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Full text of "Œuvres de Virgile, texte latin"

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UNIVERSITY OF N.C. AT CHAPEL HILL 



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THE LIBRARY OF THE 

UNIVERSITY OF 

NORTH CAROLINA 




ENDOWED BY THE 

DIALECTIC AND PHILANTHROPIC 

SOCIETIES 



PA6801 

.A3 

P6 

1919 



This book is due at the LOUIS R. WILSON LIBRARY on the 
last date stamped under "Date Due." If not on hold it may be 
renewed by bringing it to the library. 




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ŒUVRES 



DE 




VIRGILE 



Prairie HACHETTE 4 C\ p afis 

Catien Temporaire 
1u O /o du prix marqué 

. m DÉCISION Y 

*« Syndicat des Editeur. 
*« «Décembre ,9,3 rS 



VIRGILE 

(mosaïque de sousse) 



Ce portrait de Virgile forme la partie centrale d'une mosaï- 
que trouvée à Sousse, l'ancienne Hadrumète (Afrique procon- 
sulaire). 

Dans la mosaïque complète, Virgile est assis entre deux 
Muses debout. L'une, à la droite du poète, lit un rouleau; 
l'autre, à sa gauche, vêtue d une riche robe de théâtre et 
portant un masque tragique, est accoudée sur le dossier du 
siège et écoute la lecture. 

Virgile est vêtu d'une ample toge blanche, bordée d'un 
angusticlave bleu. Il tient sur ses genoux un rouleau, où" on ( 
lit: Musa mihi causas memora quo numine laeso quidve 
{En., I, 8). Il a une attitude méditative et paraît recevoir 
l'inspiration. 

Nous avons là probablement le seul portrait authentique de 
Virgile, avec des traits individuels bien marqués : cheveux 
courts, front découvert aux tempes, orbites profonds oîi les 
yeux enfoncés brillent d'une flamme sombre, pommettes 
saillantes, menton assez proéminent, bouche large et franche, 
figure maigre et accentuée, grave et énergique. L'index estj 
recourbé, dans une pose de réflexion. — Monuments et\ 
mémoires publiés par l'Académie des inscriptions. Fonda- 
tion Piot, t. IV (1898), pi. xx (en couleurs), avec une étude 
de P. Gauckler. 




VIRGILE 

(Mosaïque cfe Sousse) 



A LA MÊME LIBRAIRIE 



Virgile : Œuvres. Texte latin, publié avec une étude 
biographique et littéraire, une notice sur la métrique. 
des notes critiques, un index des noms propres et des 
notes explicatives, par MM. Plessis et Lejay. 1 vol. peFit 
in-16, cartonné 3 fr. » 

ON VEND SÉPARÉMENT 

I. Les Bucoliques, par M. F. Plessis, Un vol. . . . 90 c. 

II. Les Géorgiques, par M. Paul Lejay. Un vol. . . . i fr. 50 

III. L'Enéide, par M. Paul Lejay. Un vol 2 fr. 50 



Virgile : Œuvres. Texte latin, publié d'après les travaux 
les plus récents de la philologie, avec une introduction, 
une notice et des notes par M. Benoist, ancien professeur 
à la Faculté des lettres de Paris. Édition à l'usage des 
professeurs, format grand in-8°, broché : 

Bucoliques et Géorgiques ; 3 e tirage, revu. Un vol. . 7 fr. 50 
Enéide. Deux vol > . (Epuisé) 



Imprimerie Lahure, rue de Fleurus 9, à Paris. 



ŒUVRES 



VIRGILE 



TEXTE LATIN 

PUBLIÉES 

AVEC UNE INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE 

DES NOTES CRITIQUES ET EXPLICATIVES 

DES GRAVURES, DES CARTES 

ET UN INDEX 



PAR 



F. PLESSIS et P. LEJAY 




LIBRAIRIE HACHETTE ET C ,e 

79, BOULEVARD S A I N T - G E R M A IN , PARIS 

1919 



Dans ce volume, tout ce qui oneerne les Bucoliques 
est l'œuvre de M. F. Plessis. 

M. F. Plessis est également l'auteur de la Vie de Virgile 
et de V Index des noms propres. 

Le reste de l'ouvrage, c'est-à-dire tout ce qui concerne 
les Géorgiques et Y Enéide, ainsi que le choix de l'illus- 
tration, est l'œuvre de M. P. Lejat. 



AVERTISSEMENT 



Le Virgile d'Eugène Benoist remonte à 1873; si ses 
éditeurs se décident aujourd'hui à lui en substituer un 
autre, ce n'est pas que l'œuvre ait vieilli; ces quarante 
années ont montré qu'elle était à l'épreuve du temps, 
et que, par son exactitude et sa sûreté, elle marque en 
France une date dans les travaux sur Virgile. 

Mais les méthodes actuelles et les besoins nouveaux 
de l'enseignement ne permettaient pas de conserver 
l'édition de 1 873. Dans celle que nous offrons au public, 
nous nous sommes efforcés de donner sous le texte 
l'éclaircissement immédiat des difficultés qui peuvent 
embarrasser un élève. Nous avons tenu compte du 
plan d'études qui répartit dans leur ordre les livres de 
VÉnéide entre chaque classe, et nous avons multiplié 
à propos des premiers chants certains renseignements 
élémentaires que nous avons cru pouvoir ensuite 
négliger. Nous ne nous sommes pas substitués aux 
maîtres de l'enseignement, nous bornant souvent à des 
suggestions et à des indications qu'il leur sera facile 
de développer. 

Ajoutons que, si ces éditions classiques sont faites 
avant tout pour les élèves des lycées et collèges, il ne 
convient pas cependant d'oublier les intérêts des étu- 
diants de nos Universités ; eux aussi se servent de ces 
livres, et il faut qu'ils y trouvent l'instrument de travail 
dont ils ont besoin. Des renvois à certaines notes plus 
détaillées leur faciliteront leur tâche. Tel qu'il est, 



il AVERTISSEMENT 

l'ouvrage répondra brièvement aux questions dont on 
cherchait la solution dans l'édition savante de Benoist, 
en attendant que nous ayons pu la remplacer. On 
nous permettra de répéter ce que nous disions dans 
l'avertissement de notre édition classique d'Horace : 
Nous ne présentons ici que des conclusions; le défaut 
de place et la destination scolaire de ce livre nous 
interdisent des explications ou des discussions qui doi- 
vent être réservées à la grande édition. 

L'illustration est tirée exclusivement des monuments 
de l'antiquité. Nous nous sommes efforcés de lui 
donner une certaine unité et de rester fidèles dans 
notre choix à l'inspiration du poète. Nous avons em- 
prunté presque textuellement les descriptions des 
miniatures du Vaticanus à M. Pierre de Nolhac, qui 
a étudié ces peintures directement avec le plus grand 
détail (Le Virgile du Vatican et ses peintures, dans 
les Notices et extraits des manuscrits, t. XXV, 2 e partie, 
p. 683-791). 

Mai 1918. 




INTRODUCTION 



I. — VIE DE VIRGILE 1 

Virgile naquit le quinze octobre de l'an 70 avant J.-C. 
(a. 684 de Rome), à Andes, bourg appartenant au territoire de 
Mantoue, et que l'on peut, sans invraisemblance, identifier 
avec Pietola. Cette petite ville n'est qu'à deux ou trois milles 
de Mantoue, et entre celle-ci et Andes, d'api es la Vie de 
Probus, il n'y aurait pas eu moins de trente milles; mais, si 
le texte est exact, Probus certainement fait erreur; car Mantoue 
avait un territoire fort restreint, et à trente milles de distance, 
on était citoyen de Crémone, de Brixia, de Vérone, de Vicence 
ou de Padoue. Or Suétone : Donat dit que Virgile était Man- 
touan; Servius, qu'il était citoyen de Mantoue, et dans son 
épitaphe le poète écrit : Mantua me genuit. 

11 se nommait Publius Vergilius (ou Virgilius) Maro. La 
forme Vergilius se lit dans les meilleurs et les plus anciens 
manuscrits; elle domine dans les inscriptions de la Répu- 
blique et des premiers temps de l'Empire 2 . 

1. Je reproduis ici, avec quelques modifications {Vie de Virgile et 
Études sur les Bucoliques), les p. 206 suiv. de mon livre La Poésie Latine r 
publié en 1909 chez C. Klincksieck, Paris. 

Les principales sources pour la biographie sont les Vies placées en tète- 
des commentaires de Probus, de Donat et de Servius scelle de Donat, 
qui vient de Suétone, est développée, les deux autres sont brèves); ea 
plus, une notice trouvée dans les manuscrits de Berne 167 et 172, voy. 
plus loin, p. lxxxvii, et une Vie en vers, inachevée, par le grammairien 
Phocas. On doit aussi des renseignements à Varius (cf. Quintilien, X, 3, 8), à 
Mélissus, un affranchi de Mécène (Aulu-Gelle I, 21 et XVI, 6, 14), à Favo- 
rinus (ibid., XVII,- 10,_ 1), à Julius Montanus (Suétone, Reiff. p. 61), à 
Asconius Pedianus qui fit un livre contre les détracteurs de Virgile. 

2. Gossrau, dans, la 2 e édition de l'Enéide (1876), défend encore Virgi- 
lius ; il s'appuie sur la célèbre inscription de la statue de Claudien où se- 
lit BtpytXîoio et sur les transcriptions du latin en grec Tz$épio: T 
KockcTÔÀiov, par lesquelles on s'expliquerait que Virgilius ait donné le- 
plus souvent BspytX'.oç ou bien OôepytXioç ; et tout rétemment, M. S. K. 
Sakellaropoulos, dans une intéressante étude (Eùpip.iy.Ta yiho'hoyiytât; 
Athènes, 1912, p. 115-122), reprend avec forcé la même thèse. 



iv INTRODUCTION. 

Le père de Virgile était de condition rurale et médiocre : 
selon quelques-uns, ouvrier potier ou tuilier ; selon la plu- 
part, serviteur d'un viator nommé Magius qui, frappé de son 
activité industrieuse, fit de lui son gendre. Ce serait en 
exploitant des bois et en élevant des abeilles que Vergilius 
serait parvenu à accroître ses modestes ressources. Il y a 
dans ces témoignages divers de l'incertitude, mais on n'y 
voit pas de contradiction; le père de Virgile a fort bien p^ 
exercer d'abord le métier de potier, puis entrer au service 
du viator Magius. Le mot mercennarius, homme à gages, 
qui se lit chez Suétone-Donat, ne spécifie pas l'emploi; mais 
il est naturel de penser que c'était celui de fermier ou de 
régisseur. En tout cas, Vergilius nous apparaît comme un 
paysan qui, d'une humble origine, arriva à l'aisance par son 
labeur et par ses capacités. Sur la fin de sa vie, il devint 
aveugle. 

Magia Polla, la mère du poète, venait peut-être de Cré- 
mone : César 1 mentionne un Numerius Magius, originaire 
de cette ville. Magia eut de son mariage avec Vergilius deux 
autres fils que Virgile : Silon et Flaccus. Tous deux mouru- 
rent prématurément, le premier encore enfant, le second 
parvenu à l'adolescence; cette fois, le deuil de la mère fut 
si profond qu'elle ne survécut que peu de temps. Après la 
mort de Vergilius, elle s'était remariée ; car elle avait un 
quatrième fils, Valérius Proculus, qui vécut plus tard que 
Virgile et à qui celui-ci légua par testament la moitié de sa 
fortune. 

C'est à Crémone que Virgile alla faire ses premières 
études. Ancienne colonie devenue municipe en 90 av. J.-C, 
c'était une ville importante qui offrait de sérieuses ressources 
intellectuelles. Virgile y vint à l'âge de douze ans; il y resta 
jusqu'au jour où il prit la toge virile, en sa quinzième 
année, sous les mêmes consuls Crassus et Pompée qui étaient 
en exercice Tannée de sa naissance, et le jour même où 
mourait Lucrèce 2 ; puis il se rendit à Milan et delà, presque 
aussitôt, à Rome. La Vie de Servius dit qu'il étudia à Cré- 

1 . De bello civili I, 24, 4. 

2. Faut-il dans ce fait, transmis par Suétone-Donat, Vie de Lucrèce, 
ne voir, comme on le veut généralement, qu'une fable symbolique? une 
gracieuse légende par où l'on voulait signifier que, des mains de Lucrèce, 



VIE DE VIRGILE. v 

mone, à Milan et à Naples: mais cette biographie est si 
resserrée que l'indication de Naples peut s'appliquer. à une 
époque bien postérieure ; saint Jérôme et Donat s'accordent, 
en effet, à le faire passer directement de Milan à Rome où il 
aurait suivi, d'après la Vita Bernensis, l'enseignement du 
rhéteur Epidius qui comptait parmi ses élèves le futur 
Auguste. Suétone, dans le De Rhet., 4, rapporte bien que 
ce M. Epidius fut le maître d'Antoine et d'Octave ; on peut 
s'étonner, s'il le fut aussi de Virgile, que Suétone n'ajoute 
pas son nom : quel élève aurait fait plus d'honneur à Epi- 
dius? Cela jette au moins un doute sur le renseignement 
tiré des manuscrits de Rerne. 

Virgile n'était pas né pour l'éloquence du Forum ; il le 
savait, ou s'en aperçut dès le début, car il ne plaida qu'une 
fois. Il avait la parole difficile et. donnait une impression 
pénible d'insuffisance : in sermone tardissimum ac paene 
indocto similem fuisse 1 . Il ne s'agit pas, Sainte-Beuve 
l'a très bien vu (Et. sur Virgile, p. 46), d'une difficulté de 
prononciation; il avait, au contraire, une voix charmante 
et disait les vers avec beaucoup de séduction; mais il était 
incapable d'improviser ; ni par la nature de son esprit, par 
son caractère et ses goûts, ni par son tempérament et son 
aspect physique, il n'était fait pour parler et pour briller en 
public. Il était grand, brun ; il avait une physionomie rus- 
tique, quelque gaucherie et timidité; une santé fragile; il 
souffrait de fréquents maux de tête, et il eut à plusieurs 
reprises des vomissements de sang. On louait sa sobriété ; 
il était très laborieux, tout au moins très curieux du savoir 
humain : la philosophie, la physique, la médecine, comme 
les lettres et l'histoire. Il écouta le philosophe épicurien 
Siron, dont Gicéron parle avec éloge, et cet enseignement 
put, au début surtout, exercer de l'influence sur le déve- 
loppement d'un esprit impressionnable et modeste. 

A cette époque, Virgile composait des vers dont il reste 
bien peu de chose 2 , et il commençait d'être connu dans le 
monde des lettres. Il fut certainement en relations avec les 

Virgile avait, en digne héritier, reçu le flambeau de la poésie? Il se peut; 
mais une réelle coïncidence n'a, non plus, rien d'impossible. 

i, Suétone-Donat, Vie de Virg., 16. 

2. Voy. plus loin, p. xvn. 



vi INTRODUCTION. 

meilleurs poètes de ce temps. Catulle était mort; mais 
Cinna,maisValérius Caton vivaient encore. Furius Bibaculus, 
s'il avait pris place parmi les adversaires les plus ardents de 
César et de sa famille, n'en était pas moins le compatriote 
de Virgile, et quelque antipathie d'opinions et de* caractère 
qu'il y eût entre eux, ils ont dû néanmoins se connaître. 
Surtout avec L. Varius, Plotius Tucca, Quintilius Varus qui 
était de Crémone, Cornélius Gallus, ses rapports d'amitié 
furent étroits. Il a dû aussi être lié avec Aemilras Macer et 
Domitius Marsus ; quant à Horace, plus jeune que lui, il 
semble que leur affection réciproque a pris naissance un 
peu plus tard. Nous ne savons pas, au juste, quand il fut 
présenté à Pollion; peut-être ce ne fut pas avant 43 ou 
même avant le commencement de 42. Nous ne connaissons 
pas davantage la durée de son séjour à Rome, pendant 
lequel, d'ailleurs, il alla plusieurs fois dans son pays ; en 
tout cas, en 44 ou 43 il habitait Andes. 

C'est à ce moment que prend place un événement grave 
pour lui et qui nous intéresse d'autant plus que sa poésie y 
est mêlée et qu'il lui inspira quelques-uns de ses vers les 
plus célèbres et les plus touchants; je veux parler de la 
spoliation dont il fut victime à l'occasion du partage des 
terres de Crémone et de Mantoue entre les vétérans des 
Triumvirs, spoliation suivie de restitution selon une opinion 
longtemps indiscutée ; mais, aujourd'hui, la restitution appa- 
raît très problématique; il est même probable que la dépos- 
session fut définitive et que Virgile se vit indemnisé d'une 
autre manière que nous ne pouvons préciser. Les Vies de 
Suétone-Donat et de Probus disent qu'Alfenus Varus, Pollion 
et Gallus lui firent rendre son bien; celle de Servius, que ce 
furent Pollion et Mécène ; et la Vita Bernensis, qu'il dut 
cette restitution au souvenir d'Octave pour son ancien con- 
disciple 1 ; d'après ces deux dernières sources, il aurait été 
le seul des Mantouans à jouir d'une telle faveur. 

A examiner de près ce qu'en a écrit le poète lui-même, on 
n'a pas du tout l'impression que les choses se soient passées 
ainsi. De son silence sur Andes à partir de l'époque des 
Géorgiques, c'est-à-dire dès l'an 37 av. J.-C, il n'y aurait 

1. Chez le rhéteur Epidius, voy. page précédente. 



VIE DE VIRGILE. vu 

pas lieu de tirer une conclusion trop précise ; à ce moment, 
il habitait Naples; Suétone-Donat nous en parle comme de 
son séjour ordinaire ; bien qu'il eût une maison à Rome 
dans le quartier des Esquilies auprès des Jardins de Mécène, 
il vivait surtout en Gampanie et en Sicile. D'après cela, il est 
vraisemblable qu'il ne possédait plus sa propriété d'Andes; 
toutefois, il pouvait s'en être défait volontairement, peut-être 
parce que sa santé lui rendait nécessaire ou préférable le 
climat de l'Italie méridionale. Mais, en dehors même de 
cette question, il faut reconnaître que les textes des Bucoli- 
ques ne sont pas du tout favorables à l'hypothèse de la res- 
titution. La première Bucolique nous montre Tityre (Virgile 
dans la circonstance) tranquille en son domaine pendant que 
ses voisins dépouillés prennent la route de l'exil; pourquoi? 
parce que la menace de spoliation a été conjurée jusqu'ici 
et parait l'être pour l'avenir, sur la réponse d'Octave au 
poète quand celui-ci est venu le trouver à Rome : 

Pascite ut ante boves, pueri ; submittite tauros. 

Et Mélibée, en apprenant cette parole de sécurité, s'écrie ; 
... ergo tua rura manebunt! 

Donc Virgile, à ce moment, n'avait pas été expulsé ; il 
l'avait été, quand il écrit la neuvième Bucolique. La pro- 
messe d'Octave avait fait quelque bruit dans le pays ; mai» 
elle était demeurée sans effet. G'est à tort que le berger 
Lycidas, qui en avait eu connaissance, la croyait réalisée : 

Certe equidem audieram 

Omnia carminibus yestrum serrasse Menalcam. 

Ménalque est ici pour Virgile; et son serviteur Mœris 
répond à Lycidas : _ 

Audieras, et fama fuit. 

On l'a dit, et en cela Lycidas ne se trompe point; il se 
trompe en croyant que l'événement a justifié cette espé- 
rance. 

Nulle part, dans les vers de Virgile, il n'est question de 
restitution à la suite de spoliation. Ce qui aura induit en 



vin INTRODUCTION. 

erreur les scholiastes et les biographes, c'est que plus tard, 
Virgile aura, vraisemblablement par l'intermédiaire de Mé- 
cène, reçu une compensation; et comme on voyait bien 
qu'en fin de compte il ne retrouva pas son domaine, on 
imagina deux dépossessions : la première suivie d'une res- 
titution sous le gouvernement de Pollion dans la Cisalpine; 
la seconde, définitive, sous celui d'Alfénus Varus. Mais rien 
ne prouve qu'il y en ait eu plus d'une, et celle-ci doit avoir 
eu lieu sous Varus. 

A l'origine, le territoire de Mantoue n'était pas menacé; 
ce qui le perdit ce fut la proximité de Crémone dont les 
terres étaient insuffisantes : 

Mantua vae miserae nimium vicina Cremonae! 

Il semble aussi que Varus, qui avait la main duré au 
point que Gallus lui reprocha par la suite d'avoir dépassé 
les instructions reçues, nourrissait une rancune personnelle 
contre les Mantouans. En dépit des assertions des biogra- 
phes, des scholies de Berne et de Servius, il n'y a pas lieu 
de croire que Varus ait empêché l'expulsion de Virgile et 
lui ait fait restituer quoi que ce soit; il dut, comme Octave, 
s'en tenir à de belles promesses. Son autorité dans la Cisal- 
pine s'exerça, au plus tôt, à partir du mois de février de 
l'an 40 av. J.-C; selon toute probabilité, c'est en 39 que 
Virgile se rendit à Rome, vers la fin du mois d'août et qu'il 
y fut rassuré par Octave ; il lui témoigne sa reconnaissance 
dans la première Bucolique. Peu de temps après il eut la 
désillusion de se voir chassé de son patrimoine; il écrivit 
alors la neuvième Bucolique et dut aller de nouveau à Rome. 
Parmi tous ces ennuis, il courut même le risque de la vie : 
au retour de son premier voyage, quand, sur la foi d'Octave, 
il croyait pouvoir jouir en paix de son petit domaine, des 
vétérans, sous les ordres du primipilaire Miliénus Toron, 
ayant pris possession des champs voisins, une discussion 
s'éleva au sujet des limites, et un certain Clodius voulut 
tuer Virgile. On dit aussi qu'un centurion nommé Arrius, 
qui s'était emparé du bien de Virgile pendant une de ses 
absences, le poursuivit le glaive à la main et que le poète, 
pour lui échapper, dut se jeter dans le Mincio et le tra- 
verser à la nage. Il n'est pas facile de concilier et d'éclaircir 



VIE DE VIRGILE. ix 

ces traditions qui peut-être se rapportent à un même fait ; 
elles montrent, en tout cas, que Virgile courut de sérieux 
dangers . 

Après tant de tribulations, il alla vivre à Rome sur le 
conseil de Galluset d'Aemilius Macer; il y habita l'ancienne 
maison de son maître, le philosophe Siron. L'avis de Gai lus 
et de Macer était sage et de gens qui connaissent le monde: 
ce que n'avaient pu faire pour le poète nf son bon droit, ni 
son talent, sa présence à Rome le fit, avec le succès des 
Rucoliques qui en fut du reste une conséquence. Tous ces 
grands personnages, qu'il avait honorés de si beaux vers, 
comprirent que la protection en bonnes paroles, dont ils 
payaient le campagnard de Mantoue, n'était plus une mon- 
naie suffisante avec le poète acclamé par Rome entière en 
plein théâtre 1 . Devant le succès, ils s'avisèrent du génie. 
Puis, Virgile n'était plus le provincial qui, après une 
audience, repartait pour la Cisalpine de sorte qu'on pouvait 
se flatter de ne plus entendre parler de lui; à présent, on le 
rencontrait au Forum, sous les portiques, chez les uns et 
chez les autres ; il fallait justifier les promesses, expliquer 
l'inertie et les retards ; et, comme sa gloire naissante ouvrait 
les yeux aux puissants du jour, elle leur fit aussi ouvrir 
leur caisse. C'est sans doute alors qu'Octave lui accorda la 
compensation dont nous avons parlé ; on s'est demandé si 
c'était une maison de campagne aux environs de Tarente ; il 
ne semble pas ; c'est à Naples qu'il alla habiter à cette épo- 
que, et par un passage d'Aulu-Gelle 2 , nous voyons qu'il eut 
une villa à Noie. En tout cas, il n'aimait guère la vie de 
Rome puisque, une fois obtenu ce qui lui permettait de 
vivre selon ses goûts, il s'empressa de se réfugier de nou- 
eau en province, à distance de ses belles relations. 
Les Bucoliques avaient été écrites entre les années 42 
et 37; les Géorgiques le furent à peu près entre 37 et 30. 
Suétone-Donat et Servius assignent à leur composition une 
durée de sept ans ; si les assertions des biographes sur ces 
questions apparaissent trop précises et trop symétriques 

i. Suét.-Don., 36 : Bucolica eo successu edidit ut in scaena quo- 
que per cantores crebro pronuntiarenlur ; cf Servius, ad Bue. 6, il i 
et Tacite, Dial. des orat., 13. 

2. Aulu-Gelle VI (VII), 20, !. 



x INTRODUCTION. 

pour inspirer une grande confiance, s'il est même facile de 
les contredire en ce qui concerne les Bucoliques, il n'y a 
pas lieu de croire, non plus, que tout y soit faux. D'ailleurs, 
quand on nous représente Virgile consacrant trois ans aux . 
Bucoliques, sept aux Géorgiques, onze à l'Enéide, il est 
tout simple que ce soit au premier chiffre que l'on découvre 
une erreur : la proportion comme longueur entre les Buco- 
liques, 830 vers, et les Géorgiques 2187, aura paru à des 
grammairiens mieux respectée s'iïs supposaient que la pre- 
mière œuvre avait coûté deux fois moins de temps que la 
seconde, et même un peu moins, puisque 830 n'est pas 
•encore la moitié de 2187. En revanche, les dates entre les- 
quelles on place la confection des Géorgiques sont très satis- 
faisantes : la dernière en date des Bucoliques (la 10 e ) est, 
semble-t-il bien, de l'an 37 av. J.-C; d'autre part, un ren- 
seignement donné par Suétone-Donat montre que les Géor- 
giques, dont il est naturel de faire commencer alors la 
composition, étaient terminées lorsque Auguste, de retour 
d'Actium, séjournait à Atella (dans l'été de 29) pour soigner 
sa gorge : c'est là que le poète, avec le secours de Mécène 
quand sa voix se fatiguait, lut devant le prince les Géorgi- 
ques en quatre jours, per continuum quadriduum. La con- 
cordance entre le nombre de jours que dura la lecture et le 
nombre de livres du poème rend évident qu'il s'agit de 
l'ouvrage complet; on peut donc tenir pour acquis qu'il fut 
«crit entre 37 et 30, ou 29. 

D'après Servius, ce serait Pollion qui proposa à l'activité 
du poète le genre Bucolique; Mécène, le sujet des Géorgi- 
ques; Auguste, celui de !l'Énéide. Voilà encore bien de la 
précision et de la symétrie ; et, cependant, on peut y admet- 
tre quelque chose de vrai si l'on observe que les relations 
•de Virgile avec ses trois protecteurs coïncident, en effet, assez 
bien avec la composition des trois ouvrages ; sinon l'inspi- 
ration, il dut recevoir d'eux, tour à tour, l'encouragement, 
et cela est beaucoup ! Aussi peu M est vraisemblable qu'il 
n'ait marché dans sa voie que conduit pour ainsi dire par la 
main, autant il est possible que Pollion ait appelé son atten- 
tion sur le genre Bucolique ou que Mécène lui ait dit qu'il 
le croyait né pour écrire le poème rustique de l'Italie; petites 
questions de fait sur lesquelles, même à moins de distance 



1 



VIE DE VIRGILE. XI 

et avec plus de documents, on serait en peine de savoir 
l'exacte vérité, et dont la solution importe peu aux admira- 
teurs de Virgile. 

Le poète passa le res^e de sa vie à écrire son Enéide ; dès 
qu'il l'eut entreprise, on en parla dans Rome et dans le 
monde Romain. Rome et l'Occident pressentirent que « leur 
poème » s'élaborait; attente glorieuse qui dictait à Properce 
des accents prophétiques : 

Cedite, Romani scriptorcs, cedite, Grai : 
Nescio qiiid inajus nascitur Iliade 1 . 

Auguste, en guerre chez les Cantabres, écrivait à Virgile, 
le pressant par prières ou par menaces enjouées de lui 
communiquer quelques vers du chef-d'œuvre commencé; et, 
après son retour, qui eut lieu en l'an 24 av. J.-C., pendant 
son séjour à Rome qui se prolongea jusqu'à la fin de l'an 22, 
devant lui et devant Octavie défaillante au Tu Maroellus 
cris, le poète consentit à lire, de sa voix merveilleuse, 
plusieurs chants, trois, paraît-il; mais lesquels? On est 
d'accord pour le IV e et le VI e ; d'après Suétone-Donat, il 
aurait lu aussi le II e ; d'après Servius, ce serait peut-être le 
I er . En tout cas, le livre VI aurait été lu à part des deux 
autres: 

Le premier fut composé entre 29 et 27 av. J.-C. ; le III e est 
postérieur à l'an 28; le VI e , à l'an 23. Le VII e est de l'an 20; 
le VIII est postérieur à 27. Le V e a\été écrit après le III 9 et 
le IV e , et môme après une partie du IX e . Le II e ne peut avoir 
été fait avant le III e . Quant à la tradition rapportée par 
Suétone-Donat, d'après laquelle tout le poème aurait été 
d'abord écrit en prose, elle doit signifier simplement que 
Virgile en avait rédigé un plan plus ou moins développé. Il 
parait bien que chacun des livres a été exécuté à part : 
entre des épisodes où, d'un livre à l'autre, figurent les mêmes 
personnages, on relève des contradictions. 

A l'âge de cinquante et un ans, Virgile partit pour la Grèce 
et l'Asie. Il se proposait d'y faire un séjour de trois ans, de 
voir les lieux où se passait la première partie de son Enéide 
d'employer une part de son temps à corriger et à améliore! 

1. Piïopei«ce, H, 34, 65 suiv. 

VIRGILE h 



X[i INTRODUCTION. 

son poème: puis, il eût consacré la fin de sa vie à la philo- 
sophie. Entendons par là la sagesse, la méditation, le travail 
de perfectionnement moral exercé sur soi-même; il eût fait 
de ses dernières années cet intervalle entre la vie et la mort, 
ce temps de retraite et de recueillement dont il semble que 
tout homme, avec l'âge, devrait sentir l'impérieuse nécessité 
et que rendent possible les grandes époques de paix civile 
et de régularité. 

Biais déjà l'espok était trop long et les pensées trop vastes : 
malade à la suite d'une promenade faite sous un soleil 
at'iliiil à Mégâre, il vit son état s'aggraver pendant la tra- 
versée: et, quand Auguste, qu'il rencontra à Athènes, lui 
demanda de renoncer à son voyage en Orient et de revenir 
avec lui en Italie, il céda, comprenant sans doute qu'il 
avait trop présumé de ses forces et du temps qui lui restait à 
vivre. Peu de jours après qu'il eut débarqué à Brindes, il 
mourut le 22 septembre de Fan 19 av. J.-C, sous le consulat 
de Cn. Sentius et de 0. Lucretius. Ses" cendres furent trans- 
portées à Naples et inhumées sur le chemin de Pouzzoles 
avec celle épitaphe qu'il avait, dit-on, composée lui-même : 

Mantua me genuit: Calabri rapuere; tenct mine 
Parthcnope: eccini pascua, rura, duces. 

Le caractère insignifiant de cette inscription incline juste- 
ment à croire qu'elle est bien de lui : quel autre que Virgile 
en sa modestie eût osé écrire sur Virgile ne fût-ce qu'un 
distique sans un mot d'hommage au génie? 

Il laissait la moitié de sa fortune à son frère Proculus, un 
quart à Auguste, un douzième à Mécène, autant à L. Varius 
ct-à Plolius Tucca. Ce furent ces deux derniers qui éditèrent 
l'Enéide; mais ils tenaient cette mission d'Auguste, non de 
Virgile qui, dans ses scrupules d'artiste, avait demandé for- 
mfelferhent que son poème fût jeté au l'eu. 11 l'avait dit à 
Varius avant de partir pour la Grèce; et, dans ,ses derniers 
jours, il priait avec insistance qu'on lui remit le manuscrit 
afin qu'il le brûiàt lui-même; devant le refus, heureusement 
obstiné, de son entourage, le malade ne put faire prévaloir 
sa volonté; et, dans un dernier renoncement, abandonnant 
tout à l'avenir, il ne prit aucune mesure, n'exprima plus 
désormais aucun désir précis.. 



VIE DE VIRGILE; Su! 

ïnteiligente et pieuse déférence pour la mémoire du grand 
poète et pour son génie, lorsqu'il chargea Plotius et Tuéça 
de publier l'œuvre inachevée, mit pour condition qu'ils ne se 
permettraient d'ajouter quoi que ce soit, fût-ce un hémistiche, 
fût-ce un mot; et c'est ainsi que nous voyons dans l'EnéicIe 
certains vers incomplets, comme on découvrirait avec sur- 
prise des pierres d'attente dans un monument dent l'ensemble 
est parfait. 

En dehors des Bucoliques, des Êéorgiquejs et de l'É 
il ne reste de Virgile que bien peu de ?ërs d'une authentiéite 
certaine ou simplement probable. On cite, à litre de curiosité, 
un distique qu'il composa, dans son enfance, un sujet d'un 
laniste 1 nommé Ballisla, homme ne ruant et redouté : 

Monte sub hoc lapidum tegitur Uni lista sepufius; 
Noete die tulum carpe, vialur, iter. 

Il n'est pas du tout démontré qu'il ait écrit un Culcx; en 
j tout cas, l'ennuyeux poème qui nous est parvenu sous ee 
nom 'n'est pas de lui ; non plus que la Ciris, couvre tou- 
chante et curieuse et vraiment poétique, ou le Morçtum, joli 
récit réaliste qui n'est ni mieux, ni moins bien que tel mor- 
ceau rustique de Virgile, mais qui est tout à fait autre chose. 
Pour la Copa (58 vers, distiques élcgïaques), il y a doute. 
Dans le recueil dit Calalepton ou Catalechi, quatre ou cinq 
pièces seulement (sur quatorze) peuvent lui être attribuées 
vraisemblablement, comme la pièce 5 (7), où se lisent ces 
vers d'une délicatesse bien Virgilienne : 

Ite hinc, Camenae, vos qtioque ite jam, 
Dulces Camenae (r.arn fatebimur verum, 
Dulces fuistis) ; et tameu meas chartas 
Revisitote, sed pudentér et raro. 

On peut y joindre les distiques fiers et gracieux que lui 
inspira son Enéide, pièce 14 (fi) : 

Si mihi susceptum fuërît decurrere rnunus, 

Paphon, o sedes quae colis Idalias! 
Troius Aeneas Romana per oppida digne 

Jam tandem ut tecum carminé vectus eat. 

l. Maître d'escrime ayant à son compte une troupe de giadiai 
qu'il louait pour des jeux. 



xiv INTRODUCTION. 

Non ego turc modo aut picta tua templa tabella 

Ornabo et purîs ser-ta feram manibus; 
Corriger, liaud aries humilis, se<l maxiina tau rus 

Viclima saçratos sparget honore Cocos, 
Mr.naoreu.sque tibi aut mille coloribus aies 

in murem pif La stabit Amor pharetra. 
Adsis, o Gytherea ! tu ".s te Caesar Olympo 

Et Surrcntini liions ara vocat. 

Peut-être les pièces 8 (10) et 10 (8), peut-être même la 
piô'-e 2, sont-elles de l'ut; quant à 1, 3 (12) et 7 (9), s r il n'y 
a pas de raisons précises de les lui retirer, il n'y en a guère 
do meilleures pour les lui attribuer; 6 (3) et 12 "(4) sont tout 
à fait incertaines, et l'on doit rejeter 4 (13), 9 (11), 11 (14) 
et 13 (5). 




PEINTURE DE POMPEI 

Femme portant un diadème. as>i=>e et lisant. 
Une autre femme debout parait lire par-dessu=>~l épaule de la première. 



II. —-LES BUCOLIQUES 

C'est 1û véritable litre; il ne faut pas dire Églogues, 
appellation fausse due aux grammairiens et aux éditeurs. 
Le sens du mot Erlogae. à l'origine, était tout simplement 
« extraits », « morceaux choisis»; dans les siècles posté- 
rieurs, echga a changé d'acception, de même que idyllion, 
qui d'abord pouvait désigner toute espèce de pièce courîe 
et n'en vint qu'assez tard à signifier ce que nous nommons 
une idylle. Le nom général de Bo-jy.o"X'.-/.â fut donné aux 
poèmes où figuraient des bergers et qui représentaient les 
scènes et les mœurs de la vie pastorale, parce que les pas- 
teurs de bœufs, Bovv.oloi, étaient les plus anciens de tous. 

On sait que nul Romain ne s'était encore exercé en ce 
genre. Si vraiment c'est Pollion qui pressa Virgile d'accli- 
mater dans le Latium la poésie de Théocrite, ne lui refusons 
pas d'avoir eu ce jour-là une heureuse inspiration. Ce n'est 
pas seulement qu'il lui assurait ainsi davantage de celte 
nouveauté d'un genre, ce à quoi la critique et l'opinion, dans 
l'Antiquité comme de nos jours, attachaient un certain prix : 
c'est surtout que nulle forme ne convenait mieux aux goûts 
champêtres et aux préoccupations sentimentales du Virgjjie 
de ces années là et ne pouvait mieux faire valoir son âme 
candide et la délicatesse de son goût. Mais, comme il se 
mettait par là même à la suite de Théocrite,, nécessaire- 
ment on compara de bonne heure, — et l'on compare encore! 
sans se lasser, —'les Bucoliques du poète grec et celles du 
poète latin, et en général on juge celles-ci. fort inférieures à 
celles-là. 

Pour qui accorde au genre et à l'invention de la forme en 
elle-même une grande importance, les Bucoliques de Virgile 
ont le premier tort de paraître une imitation; elles ne 
seraient qu'artifice, tandis que les poèmes de Théocrite res- 
pirent, paraît-il, la vérité. On reproche aux bergers de Vir- 
gile de n'être pas des bergers, d'avoir fait leur» études à 



xv] INTRODUCTION. 

Rome, fréquenté les amis d'Octave et passé par les cénacles 
des"poèles à la mode, chez Mécène ou chez Messalla: et l'on 
voit ainsi dans les Bucoliques latines un brillant exercice 
d'école, où ne se laisse pressentir que dans des coins le génie 
de celui qui écrira un jour les Géorgiques et l'Enéide. 
' Nous n'avons [«as à rechercher si l'œuvre de Théocrite 
n'accuse pas, elle aussi, l'artifice et, au sens que l'on veut 
défavorable, la littérature. On ne songe pas à lui contester 
la grâce, la justesse de ton, la rapidité; non plus l'abon- 
dance- des images avec la sobriété des descriptions; ni l'art 
dfe la mise en scène et des tableaux animés, ce qui n'était 
pas au même degré le fait de Virgile, moins bien doué au 
point 3e vue dramatique. N'oublions pas pourtant que la 
langue de Théocrite, empruntée à la fois aux exemples 
classiques et aux idiomes populaires, est œuvre de travail et 
de patiente réflexion, et que, d'autre part, elle ne recule pas 
ilevanl des trivialités auxquelles répugnaient et le goût d'un 
Virgile et la dignité de la muse Romaine. Si Théocrite, par 
iiné victoire du talent, a su donner h ses vers en maint 
endroit un air de naïveté, nous voyons bien cependant, à 
travers sa poésie, que ce poète « est le moins naïf qui se 
puisse rencontrer »*. Au lieu donc d'exagérer la sincérité 
rustique de l'un pour accabler l'autre, on ferait mieux de se 
demander si l'on blâme avec justice Virgile de D'avoir pas 
l'ait ce qu'il ne voulait pas faire, et si nue critique est équi- 
table qui compare de si près des peintures si différentes 
d'inspiration et d'intention, parce qu'elles sont enfermées en 
des cadres pareils. I.e cadre, qui est beaucoup, presque tout 
aux yeux de la rhétorique, n'est que peu, n'est presque rien 
aux yeux de la littérature; celle-ci regarde d'abord au fond, 
et si elle s'attache ensuite à la forme, c'est au point de vue 
de l'exécution artistique, de la couleur du style et des vers, 
de qualités qui dépendent de la personnalité du poète bien 
plus que du cadre choisi, question secondaire. 

Or, quant à la forme prise en ce sens-là, et quant au fond, 
les Bucoliques de Théocrite et celles de Virgile se ressem- 
semblent fort peu. Les unes sont de charmants petits tableaux 
do'poé^ié familière; les. autres s'élèvent jusqu'à la plus noble 

t. A. CoHa». La Poésie Aicxcw&Hne, p. kVi, 



les urcouQi f> m 

et la plus pure poésie, jusqu'à ime émotion par moments 
sublime, et qui s'exprime en des vers dignes d'un consul. (!e 
sont des œuvres d'actualité, — ce qui ne veut pas dire de 
circonstance, — et d'une actualité sentie par une des âmes 
les plus anxieuses et les plus belles qui ait jamais été; ce 
sont les tristesses et les rêves d'un grand jeœur et d'une 
grande intelligence. Le poète agite çà et là le sort du monde 
Romain et celui de l'humanité future; sous des noms de 
pasteurs, il introduit les hommes de son temps et de sou 
monde avec leurs souvenirs, leurs passions et leurs rêve*. 
On est donc mal venu à leur reprocher de n'être pas de vrais 
paysans; les fautes de copie qu'on relève chez le poète 
Latin viennent de ce qu'il ne faisait pas et n'entendait pas 
luire une copie, mais une œuvre personnelle. El quand l'on 
montrerait qu'un modèle grec a prêté ses grandes lignes à 
la quatrième Bucolique et qu'il s'\ trouve telle ou telle imi- 
tation de détail, de qui. doue est te Ion consulaire et reli- 
gieux, sinon d'un Romain.' «le qui l'émotion humaine et 
civique, sinon àe Virgile? de qui l'ortibre do mystère ri la 
passion généreuse, sinon d'un grand poète? et de qui, enfin, 
le charme inexprimable des vers, sinon d'un artiste parfait t 
Relisons, dans la sixième Bucolique, le Twm cemit errarutem 
Përthéssi ml flumina OàUum et tout ce qui l'entoure : que 
lions voilà loin «les petites scènes familières, loin des plaines 
de Sicile, emportés vers le- Sept Collines, sous le ciel de la 
[)ea Rofnn! Et le Dapkni, quid aûtiquos signorum suspicii 
ariiis (dans la neuvième), cet élan do reconnaissance vers 
César, ce cri de la sécurité reconquise après un si long 
désordre ot une si malfaisante anarchie, cette préoccupation 
du bonheur des générations à venir : Insère, Daphni, pires, 
carpent tua poma nepotes; tout cela demeure discret, 
fondu avec art dans l'unité du poème : Omnia fert aetas. 
animum quoque, retour mélancolique! le vieux Mœris se 
réjouit moins pour lui-même que pour les autres. 

Et je sais bien que Virgile paie en quelque sorte la peine 
de sa discrétion même et de son goût : cette poésie d'allusion, 
— non d'allégorie, — où la fiction et la réalité se pénètrent 
sans cesse, où l'intérêt humain et politique s'imprègne de 
souvenirs, de sentiments intimes et personnels, n'est saisis- 
sable qu'aux; esprits attentifs et ne touche que des cœurs 



xviii INTRODUCTION. 

ouverts à des émotions de même nature. et de même qualité 
que celle du poète. On peut ne pas voir tout de suite ee 
qu'il y a de passion, de grandeur et de sérieux dans ces 
œuvres courtes s'offrant,sous une forme qui paraît aux mo- 
dernes un peu trop conventionnelle et non exempte de fadeur. 
Si Théocrite, qui avait sous les yeux les pâtres musiciens et 
chanteurs de la Sicile, a fait une jolie œuvre de réalisme 
(encore ne pensera-t-on pas qu'il représente ses personnages 
plus artistes et plus lins qu'ils ne devaient l'être?) Virgile, 
lui. a conçu et exécuté, avec autant d'habileté que dame, 
tout autre chose. Mais, alors, pourquoi avoir emprunté le 
cadre bucolique"? Parce que les aspirations dont il se fait 
l'interprète sont des aspirations versle repos, vers la retraite 
au sein de la nature, vers la tranquillité studieuse, vers les 
beaux horizons calmants, tout ce dont la vie de la campagne 
est le symbole pour un habitant des villes: parce que les 
noms de Ménalque ou d'Amaryllis, Tes paysages de Mantoue 
et de la Sicile, la vie rustique en ce qu'elle a de libre et 
d'aimable, ne sauraient nuire à l'expression de passions 
intéressantes et d'idées poétiques, et que tout ce décor leur 
est au contraire harmonieux et décent. 

Si rien ne dépasse en_ charme les vers des Bucoliques et 
que, dans ces poèmes de grâce et d'art, circule par moments 
un grand souffle, ingens animus, s'il est injuste de n'y vou- 
loir reconnaître qu'un travail d'école d'un rare mérite sans 
doute, mais heureux par la promesse des fleurs plutôt que 
par les fruits eux-mêmes, il est vrai cependant qu'elles 
demeurent, par rapport aux Géorgiques et à l'Enéide, une 
œuvre jeune encore par certains côtés et où se laisse sentir 
une dernière trace d'apprentissage. Ce style si doux, cette 
versification si souple font désirer à la longue plus de force 
et de simplicité; la continuité même de procédés ingénieux 
et d'effets imprévus, les incises et les retours, un peu trop 
d'enjolivements, ce sont là des traits de jeunesse dans la 
carrière littéraire. Non qu'en avançant dans son art, un poète 
se propose pour idéal d'écrire un bon vers sur dix, aban- 
donne peu à peu les scrupules de langue et de versification, 
se 'contente de morceaux de bravoure et ne veuille plus 
apporter de soins qu'à quelques phrases à effet; Virgile lui- 
même serait là pour nous démentir, car ni les Géorgiques ni 



LES BUCOLIQUES. mx 

l'Enéide ne portent trace de ces négligences commodes, de 
cette oblitération de la conscience artisttque. Mais la négli- 
gence est une chose, et la simplicité (souvent le prix de 
rudes efforts) en est une autre; et il y a un progrès coura- 
geux, des Bucoliques aux Géorgiques, dans la répudiation 
par le poète de ces recherches précieuses et du souci, trop 
apparent, que chaque vers par lui-même, comme un curieux 
bijou, éveille l'admiration et suffise, pris isolément, pour 
classer l'auteur parmi les habiles. 

Disons quelques mots de l'ordre dans lequel se succèdent 
les pièces des Buco'.ques. Ce n'est pas un ordre chronolo- 
gique; c'est un ordre littéraire, sous cette réserve qu'à titro 
secondaire la chronologie intervient; car Virgile s'est préoc- 
cupé de n'y pas faire de dérogation trop manifeste : la 
8 e Bucolique, datée par l'expédition de Pollion en Ilhrie, 
39 av. J. -(.!., vient après la' 4 e , datée de son consulat, 41 av. 
J.-C; dans la 7 e , au v. 55 il y a une allusion à la 2 e , ce qui 
suppose que celle-ci lui est en effet antérieure. Mais, tout eii 
respectant la chronologie, le poète a obéi d'abord à des cou 
sidérations d'une autre nature : avant tout, il a tenu à l'aire 
alterner les dialogues (1, 3, 5, 7 et 9) el les monologues (2, 
4, G, 8 et 10); puis, sans doute pour être agréable à Octave, 
il a mis à la première place une pièce qui, chronologique- 
ment, n'eût été que la huitième. Voici l'oidic de composition 
qui parait le plus probable : 2, 3, 5, 4; (3, 7 et 8; 1, 9, 10'. 

1 Ri!>boek adopte un ordre un peu différent : 2, 3, 5, 7. 1, 9, 6. 4. 
8, 10. 



Ht. — PARTICULARITES DE PROSODIE 
ET DE MÉTRIQUE 

SANS sLES BUCOLIQUES 



1. Virgile, comme la plupart dos poètes latins,- s'acêfwdis 
une. certaine liberté dans la prosodie des noms propres : lit, 
', Sïcânos {En, I, 557 Sloâmae); — M* Sith.ônias (Scô<àwoi}« 

2. Il abrège l'avant-dernière syllabe Aamillïus, 1, 7, tan- 
dis qu'il conserve la quantité longue illhis, même pièce, au 
v. 63; — même observation pour l'avant-dernière syllabe, à 
la troisième personne du pluriel du parfait: \. fil lulërun'K] 
:>. ;;'i ïulërtlnt. Il l'ait Ivrève, selon l'usage coùra/it. Fa finale 
de sriii, mol ïamhique.. 8. 44. 

3. Synizèse (contraction de deux voyelles) : :;. 96 reièë\ 
— 4, 57 Orplicl el 6, 30 Orpheà: — 0, 42 Prornethel; 78 
7>/W; — 8. 56 Orph.eu.sy H'2 eodem. 

4. Tiru'se : 6, 6 super < libi^ erunt; — 8, 17 prae 
<iquc diem^Deniens] — 9. 30 quis <^esl\> nctm. 

5. Il y a, dans les Bucoliques, six exemples de l'allonge-? 
ment d'une finale brève terminée par une consonne et placée 



l'AWIUJI.AMTKS m PROS0ME ET DE MÉTMQI R. xxi 

devant une voyelle. Cinq fois cet allongement est provoqué 
ù la fois par la césure (après 2 pieds 1/2) qui suit la syllabe 
et par le temps fort qui porte sur elle : 1, 38 Tityrus hinc 
aberât; — 3, 97 Jpse ubi tempus erït\ — 7, 23 Versibm 
ille fadt: — 9, 66 Desine pliera puer; — 10. 69 Omnia 
vtncil Amôr; — la sixième fois, il se produit sous le temps 
fort du cinquième pied dans un vers où il y a un mot grçc : 
6. 53 fuliûs hyacintho. 

6. On trouve i, 51 un exemple de l'allongement de que au 
temps fort par imitation de l'usage d'Homère pour l'en- 
clitique x£ : Terrascjur tractusque maris caelumque profun-* 
dum; allongement qui a lieu dans les conditions habituelles, 
à savoir : devant un mot commençant par deux consonnes, 
au deuxième temps fort, et avee que répété dans le même 
vers sans allongement. 

7. I. hiatus d'une voyelle brève esl teljemenl rare en latin 
qu'on n'en cite que deux exemples. Imjs deux chez Virgile; 
l'un d'eux se rencontre dans les Bucoliques 2 53 ■ Addarft 
cerëa prumï : hQno». 

8. 1, hiatus simple (c'esl -à-dire sans abrègement) d'une 
voyelle longue se trouvé »ï\ l'ois dev.nil la césure (après 
2 pieds l"/2) : 3, 6 FA meus pecerï et; fô- . 'Munera suhl 
lain-l et; — 7, 53 S tant ùt junipetâ èl\ — S, 42 Ut vidi, ut 
p&riï! uù- } 45 Aul T'mûros aut fihodopëcmt (dans ce dernier 
cas, en plus de la césure, présence d'un mot grec); — lit, 
13 lllum eliàm laurï, etiam. 

Deux fois, il a lieu au temps fort du cinquième pied, dans 
des vers renfermant des mois grecs; 2. 24 Amphion Dir- 
caeus in Aclaeo Aracyntho] — 10. 12 Ulla moram feeere i 
neqne Aonie Agànippe. 

9. L'hiatus avec abrègement, se renconlre quatre fois : 
2, 05 7e Corydon., ô A/e.ri; — 8, 109 Credimusl an qm 
amant; — 3. 79 Et tongum « formage, vale, valr », inquil. 
« le.Ua »; — 6, 44 Clamassent ut lilus « Hyla, Hylâ » 
mu ne sonqret; dans ces deux derniers cas, mots ïambiques : 



XXII 



INTRODUCTION. 



dans le dernier, en pins, nom propre grec: dans les deux 
vers, à la même place devant le cinquième temps fort, et 
avec un évident effet d'harmonie imitative. 

10. On trouve dans les Bucoliques trois vers spondaïques. 

4, 49. Cara'deum suboles magnnm-JÔvïs ïncrêmêntUm 

5, 38. Pro molli viola, pro pûrpurè à narcisse 
7, 53. Stant f/junipej'i et câstânëâe hïrsutâe. 




LE COMBAT DES TAUREAUX' 

1. Illustration des Géorgiques, III, 217. Peinture d;i Vaticanus, 
Deux taureaux se précipitent l'un contre l'autre, les cornes baissées, l'n 
arbre piniforme précise le lieu de la scène. — Dans la partie de la pein- 
ture non reproduite ici, à gauche, au second plan, une vache blanche 
observe paisiblement le combat (219). A droite, un taureau vaincu, d'un 
autre poil que les deux combattants, prépare la revanche en meurtrissant 
de ses cornes le tronc d'un autre arbre (232). P. de Nolhac, Le Yinjile 
du Vatican, p. 60. 



IV. — LES GÉORGIOUËS 



Virgile au seuil des Géorgiques. — La poésie didactique des 
Grecs. — La composition des Géorgiques : livres, préambules, 
conclusions, épisodes. — Idées fondamentales et inspiration : le 
travail, nécessaire, efficace et joyeux ; la Providence, ordonna- 
trice et lutélaire ; le sentiment national. — Élaboration poétique : 
transposition des souvenirs ; l'hypallage ; la sympatbie univer- 
selle. — Le sentiment, qualité suprême des Géorgiques. — 
Sources techniques et modèles. — Le style. — Date. — Les 
agronomes latins. — Quelques Géorgiques françaises. 

Quand vers 717/37, Virgile entreprit les Géorgiques, il 
allait avoir trente-trois ans. Il n'était plus le jeune Celte 
italien qui s était essayé à l'imitation de Théocrite cinq pu 
six ans plus tôt. Ces courtes années avaient été décisives. 
La crise de 713/41 l'avait mûri ; grâce à Mécène, elle ne 
l'avait pas abattu. Il en sortait assuré du lendemain. 11 
relisait les mêmes auteurs, mais il n'avait plus des yeux 
d'écolier. Lucrèce lui donnait l'ouverture sur les grands 
problèmes et lui montrait une ébauche de la haute poésie. 
Le contact avec les hommes qui menaient le monde à travers 
les intérêts d'un parti, élargissait son horizon. Tout ce travail 
sur lui-même, sur les livres et sur la vie, dont nous sentons 
les progrès dans les Bucoliques, porte son fruit dans les 
Géorgiques. 

Les Romains auraient pu revendiquer comme leur création 
le poème didactique. Les Grecs avaient une œuvre incompa- 
rable, les Œuvres et les Jours d'Hésiode : mais était-ce un 
poème didactique ? Conçue dans la discorde de deux frères, 
destinée à porter au plus jeune les avertissements de l'ainé 3 



xxiv INTRODUCTION. 

mêlant les conseils, les observations de mœurs, îes avis 
pratiques, cette œuvre singulière répondait à une situation 
personnelle. Elle était « l'explosion finale d'une passion » *. 
Dans la partie où Perses n'était pas nommé, le poème prenait 
l'allure d'un recueil de sentences gnomiques. La poésie 
gnomique rentre sans doute dans le genre didactique, aussi 
bien que les poèmes de généalogies mythologiques d'Hésiode. 
Cependant on ne peut voir dans ces essais le poème didac- 
tique. 

Le vers a servi encore chez les Grecs à traduire un 
enseignement, avec les premiers philosophes et avec les 
Alexandrins. Dans ces rédactions qu'éclaire à peine de loin 
en loin une image prise à l'épopée, l'auteur suit exacte- 
ment un ordre logique ; sa fantaisie n'a préparé aucun 
reposoir au lecteur. Les premiers philosophes usent du mètre 
parce que la prose littéraire n'existe pas. Les Alexandrins sont 
dos înélaphrastes, c'est-à-dire qu'ils traduisent en vers la 
prose d'un traité, technique et luttent de précision et de 
rigidité avec la sécheresse de leur modèle. Or la poésie didac- 
tique doit d'abord être poésie. Le poème didactique n'aura 
rien du traité, ni dans sa composition, ni dans son st>le, 
ni dans son esprit, ni dans l'effet qu'il tend à produire. A ces 
conditions seules, il aura le droit d'exister. 

Lucrèce l'a compris. Le De rerum nature est revécution 
inégale d'un projet excellent. C'est à ce modèle que Virgile 
s'est rangé, portant à la perfection les aménagements et les 
heureuses inspirations de son devancier. 

La matière est distribuée en livres. Le premier traite de 
la culture des champs ; le deuxième, des arbres et de la 
vigne; le troisième, de l'élevage; le quatrième, des abeilles. 
Les proportions des livres, leur disposition intérieure, la 
correspondance des parties sont des soins où excelle le génie 
coaslruçtif des Romains, Dans les Géorgiques, les quatre 
lnres sont groupé? deux à deux. Chaque groupe a son 
préambule, Une introduction générale définit le sujet et 
invoque la protection des dieux. (I, 1-42). L'autre préambule, 
après un court rappel de l'invocation et l'annonce de la nou- 
veauté de la tâche entreprise, décrit le temple que Virgile 

i. Maurice Croiset, Hist. de la littir. grecque, 1. 1, p. 472. 



ILS GÉO^GiQlKS. xxv 

élèvera sur les bords du Mincio à Octave, génie tutélaire de 
Rome et du poème (III, 1-48). A la fin du livre II (448-542), 
l'éloge de la vie et des occupations champêtres clôt la 
première partie. La seconde avait pour conclusion un éloge 
de C. Cornélius Gallus % .Après la défaite d'Antoine, ce 
personnage avait été laissé en Egypte en qualité de préfet. 
Sa vanité excessive, quelques démarches ineon. La 

trahison d'un familier attirèrent sur lui le mécontent 
d'Octave et la colère eaipsessée du sçnltf. À la suite <■ 
.sures prises contre lui, il se donna la mort e» 728/26. Virgile 
fut obligé de supprimer le morceau dédié à sa gloirç 
d'homme d'Etat. Il le remplaça par l'épisode d'Orphée cl 
Eurydice, qu'il enchâssa, dans L'histoire d'Artetée, Ce pro- 
cédé était renouvelé des .Viexandriu .. De la iiiê*H - manière, 
Catulle avait inséré dans l'épithalame de Thélis et de l'élee 
l'aventure d'Ariane abandonnée par Thésée (.pùciïie 64) 2 . 
Ovide emploiera souvent dans les Métamovphoses ce moyen 
d'ordonner une matière disparate. Virgile a lié aussi étroi- 
tement qu'il a pu les deux récits, en faisant d'Arislée la 
cause involontaire de la mort d'Eurydice. Orphée, à son tour, 
ne peut contenir son cœur et sa retourne au moment où il 
ramène Eurydice sur la ferre. Elle est donc deux fois la vic- 
time de l'amour. Virgile commence ainsi cette galerie : d'hé- 
roïnes malheureuses dont la plus touchant'' sera Didon; 

Les préambules des livres II (1-8) et IV (1-7) sont 1res 
jBréfs et ne sortent pas, de l'indication poétique du sujet Au 
contraire, à l'inférieur du système formé par deux livres, 
nous trouvons, à la Un du premier et du troisième, àcux. 
longs morceaux, la description des prodiges survenus à 
la mort de César (I, 466-514) et celle de l'épizoofie du bo- 
rique (III, 478-566). La description de l'épizootie se rattache 
assez étroitement au sujet du livre III. Ces conclusions de 
livres sont, en fait, des épisodes. 

L'art des épisodes. est un des perfedionnemerds que Vir- 
gile a introduits dan* laotruclure du poème didactique, D'or- 



1. Voy. Bue, p. 79 ; Plessis, La Pocsie latine, p. 229 et 294. 

2. Voy. Ëm. Thomas, dans Les poésies de Catulle, trad. Eug. Ros- 
tand, texte, avec un commentaire par E. Benoiat et E. Thomas (Paris, 
Hachette, ,1882-1890), t. II, p. 563. 



xxvi INTRODUCTION. 

dinaire, Lucrèce se contente, pour reposer et intéresser son 
lecteur, de développer un point de son sujet. Après avoir 
« détruit les vaines craintes de l'Achéron », il fait voir les 
supplices infernaux dans les cœurs déréglés que tourmentent 
les passions (III, 966-1011). L'épisode de Phaéthon montre la 
puissance du l'eu (III, 396-405). Le long- éloge de la terre, 
où prend place le mythe de Cybèle (II, 590-660), illustre une 
théorie sur la nature des corps et sur la variété des éléments 
qui entrent dans la composition du globe. Virgile a conçu 
les épisodes comme des ornements qui se détachent en relief 
sur le tissu du poème. 

Ce ne sont cependant pas des pièces rapportées. Nous 
mentionnons pour mémoire les deux listes de produits exo- 
tiques (I, 56-59: II, 114-135) qui prouvent la variété des 
sols : la description de la tempête (I, 316-334); le souvenir de 
quelques légendes mythologiques sur les chevaux (III, 89-94) 
ou d'une aventure de Pan avec la Lune (III, 391-393) ; la 
périphrase qui définit et décrit l'Egypte (IV, 287-293) : ces 
courts passages s'écartent à peine du sujet. L'adresse à 
Mécène, dans le livre II (39-46), est séparée du préambule : cet 
artifice la fait valoir. Virgile, par une invocation à Paies, tente 
de relever les humbles soins donnés aux moutons et aux 
chèvres (III, 284-294) : c'est une transition, et Lucrèce parle 
de sa tâche avec autant de chaleur. Mais les autres morceaux, 
par leur étendue et par leur sujet, se iient moins aisément 
au contexte. 

Ils sont pourtant dans le poème un élément essentiel ; ils 
en dégagent l'esprit; ils traduisent les 'sentiments que 
Virgile veut faire naitre. Les épisodes des Géorgiqucs sont 
comme le chœur des tragédies grecques (voy. Ilor., A. p.. 
196-200). On pourrait dire qu'iis contiennent la tliéodicée et 
la morale -du poème. Le travail est une condition de l'iiuma- 
nité et une loi de la Providence (I, 121-159, origine du tra- 
vail et des arts). Les zones tempérées sont un présent de la 
même Providence (munere concessae diimm) ; la distri- 
bution générale des zones a été combinée en vue de la suc- 
cession des travaux champêtres (ideirco) ; les enfers, dont 
Lucrèce a cru vaincre la peur, existent et sont situés 
aux antipodes (I, 231-251, les zones). Il faut en première 
ligne vénérer les dieux de qui dépend la récolte (le culte 



LES GEORGIQLES. xxvii 

do Cërès, 1,338-350; celui de Baccmïs, ÎT, 380-396). Le. 
vieillard de Tarente est heureux comme un roi de charger 
sa table avec des mets -qu'il ne doit qu'à son jardin {lV t 
132-133). Cet idéal de vie modeste, de travail et de piété est 
l'idéal romain : Hanc olîm veteres viiam coluere Sabïni (II, 
532), Et voilà un autre aspect dÀs Géùrgi,jmt, condensé 
dans trois épisodes célèbres, A les plus beaux de tout le 
poème. Les prodiges survenus à la mort de César annon- 
cent l'ébranlement et la renouvellement du monde : que les 
dieux indigètes de Rome laissent le jeune héros rétablir 
l'ordre chancelant et rendre à la charrue son juste honneur, 
aratro dignus honos (I, 460-514). Car il n'est pays plus fécond 
que l'Italie en produits utiles et en hommes, plus doux à la 
vie, plus glorieux de ses vieilles coutumes agricoles (II, 
130-170). C'est vraiment en Italie que l'hommo des champs 
peut savourer son bonheur, dans une vie sans passions, loin 
des guerres et de la discorde, soutenant sa famille <■( son 
pays par son travail (II, 458-542). Ces trois épisodes sont 
trois variations sur un mémo thème,- le salui' de Rome et de 
l'Italie acquis par le retour à l'équilibre politique et aux 
vieilles mœurs agricoles. Une mémo antithèse en fait le 
fonds; elle oppose les malheurs déchaînés, surtout dans les 
villes, par l'ambition et la cupidité à l'existence saine et 
bienfaisante des campagnes. Virgile, par un autre contraste, 
évoque les Ilyperboréens, chasseurs barbares et sauvages 
convives (III, 349-383), et les pasteurs de Libye, qui mènent 
dans d'immenses étendues une vie de nomades (III, 339-3 iX). 
La vraie vie, pour un Italien, est une civilisation aussi éloi- 
gnée des fausses recherches des cités cosmopolites que des 
grossières satisfactions et du dénuement des primitifs. 

Cette vie dépend de la Nature; elle y est comme plongée. 
C'est à la campagne que se vérifie la doctrine des stoïciens : 
un dieu universel pénètre tout (IV, 221-227). Son action se 
révèle au renouvellement de l'année, quand les pluies du 
Ciel fécondent la terre et quand Vénus anime tous les êtres 
(II, 323-345). Car l'Amour est le maître du monde. (III, 242- 
205). Ces deux derniers épisodes sur le printemps et sur 
l'amour sont inspirés de Lucrèce. Ils n'excluent pas le pan- 
théisme stoïcien ni même la mythologie gréco-latine. Lucrèce 
adonné de la Nature une explication rationaliste. Virgile 

. VIRGILE. e 



xxviii INTRODUCTION. 

prend à son devancier les images qui peignent la puissance 
de la vie physique. Mais il fait de la Nature une forée mys- 
térieuse qu'il ne soumet pas à l'analyse. Cette force, toujours 
active dans l'arrière-plan obscur du monde, peut être réglée 
par une Providence et se prêter à toutes les croyances reli- 
gieuses. Avec l'athéisme .seul Virgile refuse de la concilier. 

On voit la fonction des épisodes : ils donnent le sens du 
poème. Un traité n'a pas de tendance; il suffit qu'il soit clair, 
exact, complet. Le poème didactique s'adresse à l'âme tout 
entière. Il doit l'ébranler et produire l'enthousiasme. Il sup- 
pose donc une foi et une passion. Lucrèce croit apporter au 
monde une doctrine libératrice et relève par de soudains 
, transports l'aridité des théories. Virgile anime les Géorgiques 
par la glorification du travail, par l'esprit de religion, par 
le patriotisme, par la sympathie universelle envers la Nature 
et envers toute existence. 

Sellar a montré dans Lucrèce, V, 206-216, l'origine d'une 
des idées générales des Géorgiques : la lutte de l'homme 
contre la Nature. Il a montré aussi comment Virgile avait 
transformé cette idée. Lucrèce prétend que, dans cette lutte, 
les efforts de l'homme, vis humana (Lucr., V, 207 ; Géorg., 
I, 198), devront être de plus en plus durs pour des résultats 
de plus en plus médiocres et que, finalement, la dégénéres- 
-cence, l'usure et la dissipation des éléments amèneront la 
destruction totale de notre univers. L'homme doit donc se rési- 
gner et se réfugier dans une contemplation passive. Tout 
le caractère romain protestait contre une pareille conception. 
Les Géorgiques sont un poème d'énergie. L'homme attaque 
la Nature comme le soldat romain travaille à la conquête du 
monde, par un effort continu, par un exercice répété, par 
des commandements impérieux : redit labor actus (II, 401), 
exercetque frequens tellurem atque irnperat arvis (I, 99), 
dura exerce imperia (II, 369). Le cultivateur manie la 
houe avec le geste du fantassin qui brandit le pHum : 
duros jactare bidentes (II, 355). Il entame les montagnes : 
magnos scrobibus concidere montes (II, 260). Il sou- 
met à son empire tous les arbres utiles-, omnibus est labor 
impendendus, omnes cogendae ac dornandae (II, 61-62). 
Il s'attaque tantôt avec âpreté, acer rusttcus, tantôt avec 
colère, iratus arator } aux produits inutiles de la Nature 



LES GEORGIQUES. xxix 

luxuriante et déréglée (II, 405 et 207). Et toujours il faut 
revenir briser la terre, jamais le traTail n'est achevé : labor 
-eut numquam exhausti satis est, glaeba aetemum frangenda 
bidenlibus (II, 397-400). Cet énorme effort n'est pas trop 
lourd pour la vigueur du vigneron romain qui ébranle et 
remue avec entrain des arpents entiers : labefacta movens 
robùstus jugera fossor (II, 264). Quand il est au bout de ses 
lignes, il entonne une chanson : jam canit effectos extré- 
mité vinitor antes (II, 417). L'âme que Virgile veut réveiller 
chez les Italiens est une âme allègre et active. Le travail 
manuel réclame aussi l'usage de l'intelligence, la prévoyance 
et le calcul : multo ante provisa, curas venientem extendit 
in annum (I, 147; II, 405). Le poète n'exalte pas le travail 
pour lui-même, ce qui est une affectation toute moderne, 
une idée d'Encyclopédiste, mais pour ses résultats : labor 
omnia vicit improbus et duris urgens in rébus egestas 
(I, 145-6). Le Romain pratique poursuit des fins utiles. Il 
est avide de gagner ; il est possédé de ce désir inné que les 
abeilles ont à son image: Cecropias innfotus apes- amor 
urget habendi (IV, 177). La Nature n'est pas indocile": in 
quascumque volet artes haud tarda sequentur (II, 52). 
Elle répond aux exigences de l'âpre cultivateur : Vottè 
respondet avari agricolae (I, 47). Il est curieux de voir ino" 
difier dans cet esprit deux lieux communs antérieurs. Lu- 
crèce avait proclamé l'éternité et la fixité des lois de la 
Nature ; Virgile en déduit la certitude des récoltes propres 
à chaque contrée : leges aeternaque foedera certis \ im- 
posuit natura locis (1,60-61). Les philosophies morales qui 
se disputaient l'influence s'étaient accordées en un principe 
général : la nature a des exigences modérées ; elle est facile 
à satisfaire : « Ipsa natura divitias quibus contenta sit et 
parabiles et terminatas habet » (Cic, De fin. , I, .45). Le mot 
facilis^ e'j7rôpicrToç, est, en ce sens, un mot technique chez 
les Epicuriens *. Virgile tire de ce principe une assurance; 
la terre est une débitrice qui ne laissera pas protester la 
créance de l'homme : Ipsa fundit humo facilem victum 
justissima tellus (II, 459-460). Le fruit de tant d'efforts 
reste à la portée du bras qui se tend vers lui, facilem. 

*. Voy. l'éd. savants des Satires d'Horace, T>. 4, 33, 322. 



xxx INTRODUCTION-. 

N'est-ce pas l'exclamation admiratrve de Cicéron : « Quam 
multa ex terra arboribnsque gignuntur cum copia facili tu m 
suavitate praestanti ! » (Tusc^ V, 99). Mais Virgile y ajoute 
l'idée romaine du droit : juHtsSima tellus. 

C'est qu'au-dessus de la Nature et.de l'homme, il y a cette 
puissance que Virgile appelle en deux endroits Pater (I, 123 ; 
353) . qui est Jupiter, le dieu du tonnerre et de l'orage (L 
p83 3 328), l'Ether fécondant (II, 32t>), èlre multiple dont la 
complexité concilie les images de la mythologie, les systèmes 
de la philosophie et les croyances populaires. Cet Etre .su- 
prême a imposé le travail à l'homme comme la condition 
pour atteindre la paix et l'abondance. L'âge d'or n'était pas 
un idéal pour l'homme : il trouvait sur place la satisfaction 
de ses besoins immédiats; mais son intelligence croupissait 
dans la torpeur: les arts n'existaient pas (I, 123 suiv.). La Pro- 
vidence n'est pas intervenue seulement à l'origine. Elle ne 
cesse d'agir. Elle avertit l'homme des grandes perturbations 
de la nature par des pronostics (I. 353). Virgile ne considère 
pas les phénomènes comme liés pur un déterminisme in- 
llexible. Le moyen que prend Aristée pour reconstituer ses 
cgsaims est probablement un moyen d'ordre naturel dans la 
pensée de Virgile. Mais il a été révélé par un dieu, de même 
qjtfg Gérés a enseigne aux hommes l'agriculture (I, 147), 
que Minerve a inventé l'olivier (I. 19), que Paies est ta pro- 
tectrice des troupeaux (III, 1 et 294). Aussi le premier devoir 
de l'homme des champs est la prière : In primis venefq&g 
deos (I, 338). Le culte de Gérés et celui de Bacehus ont cha- 
cun sou épisode. De la gloire de la divine campagne, divini 
glorla ruris (1. 1.68), l'agriculture lire un caractère sacré; 
elle est inséparable de la religion d'Eleusis (I, 163-105); 
elle-même, elle est un rite de mystères, qui demande une 
initiation : << Tibi res antiquae laudis et arlis ingredior, s/mëH 
tos «usas recludere fontes, \ Ascraeumque cano romana per 
oppida carmen » (II, 174-176). 

Le commencement et la fin de la phrase expriment le sen- 
timent national qui se mêle au sentiment religieux dans les 
Q.éQrgiques. L'amour de Rome et de l'Italie n'est pas seule- 
ment l'inspiration de quelques épisodes. Il remplit tout le 
poème. Il a d'abord dicté le sujet. Le sol est le terrain pro- 
pre do l'activité romaine, sa possession est l'enjeu des luttes 



LUS GCOKGigiLi. v vxi 

intérieures et le prix de la conquête du monde. Toute une 
lignée d'écrivains s'est consacrée à l'agronomie. Virgile 
vient, non pour rivaliser avec eux, mais pour les compléter et 
leur créer un public favorable. Les paysages qu'il décrit 
sont des paysages italiens, avec leur succession de vallées 
profondes et de collines, de montagnes aux rochers étince- 
lants et de campagnes riches et cultivées. On y retrouve les 
diverses régions, la Ligurie, la Cisalpine, son grand fleuve 
Capricieux et les prairies humides du Mantouan, l'Elrurie, 
dont le Tibre toscan a reflété dans ses eaux la grandeur, 
présage et modèle de la grandeur romaine, les cantons rudes 
des vaillants Samnites, la région volcanique et féconde' du 
Vésuve, les roseraies de l'aestum. les oliviers du Taburnus, 
les bois de l'Albumus au-dessus du Siîarus et du Tanager, 
les environ* de Tarente arrosés par le Galèse. la grande 
foret de Sila. C'est aussi pour 1 Jtaii*- qu'est décrit le spectacle 
mouvant de saisons (II. 516-322), l'hiver de la Cisalpine, 
avec la gelée qui resserre le sol et promène des glaçons sur 
le cours des rivières, cum nîxallajacet, glaciemcum flumin/x 
trudunt (I. 300-310: II. 31G-:M8)\ l'hiver plus doux des ré- 
gions méridionales, saison pluvieuse (fiigidus irnhcr. 
I, 259), aux paisibles occupations domestiques (1. 291-296},; 
la fin du froid qu'annoncent la foule des neiges et le torrent 
gonflé des moindres rivières (ï, 43) : le printemps, éclatant 
et troublant (II. 323-3 \ 5) : l'été, avec ses orages soudains et 
violents (I, 315-33 \). avec ses brusques pluies diluviennes 
(I, 371-2), avec de longues journées aux heures changeantes 
depuis l'aurore mouillée de rosée jusqu'au tardif retour des 
troupeaux sous la clarté de Vcsper et de la lune (III, 323- 
338). 

Le sentiment qui enveloppe ces peintures est une rêverie 
profonde. Virgile ne réagit pas devant la nature. Il se laisse 
pénétrer d'un charme qui se dégage des choses. Il tire ses 
images du trésor de ses émotions. Les souvenirs y ont été 
transformés par l'âme inconsciente. On le voit très bien à la 
façon dont il modifie les données de ses lectures. Depuis 
Homère (Od., IX, 216-218), il n'est pas d'ornement plus souvent 
travaillé par les poètes que la comparaison du plaintif ros- 
signol privé de ses petits. Virgile a combiné ce souvenir 
littéraire avec une autre indication d'Homère (Od., XVI. 216- 



xxxii INTRODUCTION. 

218). Mais le tout a pris dans son imagination la couleur 
de son expérience personnelle. Le rossignol a fait son nid 
dans les vernes et les. saules qui croissent en abondance 
dans la région humide de Mantoue ; le paysan, sans pitié, a 
fait le guet et s'est emparé des petits; l'oiseau s'est envolé sur 
quelque peuplier d'Italie qui domine le massif des arbustes 
(IV, 511-513) : 

... Populea maerens philomela sub umbra 
Amissos queritur fétus, quos durus arator 
Observaas nido implumes detraxit 1 .... 

oC ^recs avaient un brocard météorologique : quand la 
mèche de la lampe fait des champignons, la pluie n'est pas 
loin (Aristophane, Guêpes. 263). Aratus avait habillé de mots 
épiques le dit-on et l'avait groupé avec des pronostics. 
analogues (1034). Pour Virgile, la lampe fuligineuse et odo- 
rante des anciens éclaire la veillée de la famille; elle lui 
montre les femmes attachées à leur quenouille (I, 390-302) : 

Ne noeturna quidem carpentes pensa puellae 
Neseivere hiemem, testa cum ardente -vidèrent 
Scmtillare oleum et putres concrescere fungos. 

ifôsiodc a décrit la charrue ; il en a énuméré simplement 
'os différentes pièces. Virgile imite ce morceau. Mais il se 
transporte dans la forêt : in silvis. Il montre l'un après l'au- 
tre les arbres qui donneront chaque partie, l'orme pour l'âge, 
le tilleul pour le joug, le hêtre pour le manche (I, 169-175) 2 . 
. De cette transposition poétique des données premières, 
découle une particularité de style. Virgile use volontiers de 
la figure que les anciens grammairiens appelaient hypallage 
et dont ils donnaient une explication mécanique. Elle con- 
siste dans un échange. Libyae solis erratur in agris (III, 
249) : ce ne sont pas les campagnes qui sont « seules », dit 
la logique, c'est le voyageur qui est seul. Virgile a construit 
sa phrase d'après la conscience intime, il a peint la nature 
par l'image qu'elle produit au-dedans de nous. L'isolement 

1. Voy. W. Warde Fowler, dans The Classical Review, t. IV 
(1890), p." 50. 

2. Voy. les notes sur I, 382, 414. 



LES GÉOKGIQUES. xxxm 

est attribué aux étendues de la Libye parce que l'absence 
de tout être humain, -la solitude, révèle le vide illimité. 
Sicubi nigrum ilicibus crebris sacra nernus accubet umbra 
(III, 333-334) : c'est l'ombre qui est couchée sur le sol, et non 
la forêt, dit encore la logique. Mais sous le soleil de midi, 
la forêt s'allonge dans la campagne en une ligne sombre 
vers laquelle se dirigent troupeaux et pasteurs *. 

Le trait dominant du style et de l'inspiration des Géor- 
giques est une sympathie universelle. Rien n'est plus connu : 
« Virgile anime et passionne tout. Dans ses vers, tout pense, 
tout a du sentiment, tout vous en donne; les arbres mêmes" 
vous touchent (II, 81-82) 2 . » Le ciel et le sol ont un caractère 
et des traditions (I, 51-52; II, 179). Les fleuves ont leurs habi- 
tudes (III, 243). Le jeune feuillage manque d'expérience 
(II, 372). Les animaux sont dotés de l'intelligence et des fa- 
cultés humaines. Les abeilles forment une république mo- 
dèle et suggèrent un rapprochement perpétuel avec l'homme. 
Pour la première fois, à leur propos, Larem et Pénates 
sont appliqués par métonymie au gite des bêtes (IV, 43 et 
155). Virgile s'efface derrière ses héros et prend le langage 
qu'on peut leur supposer. Si un coup de vent un peu fort 
jette une abeille dans un filet d'eau courante, c'est un Eurus 
qui Ta précipitée dans Neptune : les métonymies épiques 
peuvent seules exprimer l'aventure de la bestiole (IV, 29). 
Leur ardeur au travaU éveillerait dans une imagination 
d'abeille qui saurait sa mythologie l'antre des Cyclopes et 
l'Etna gémissant du poids des enclumes (IV, 170-175). Vir- 
gile partage les passions de ses héros au point de les expri- 
mer contradictoirement dans la même phrase : l'hirondelle 
prend des abeilles au vol, douce pâture pour des nids 
cruels (IV, 17). C'est le ton de La Fontaine : « Pour ses 
petits, pour elle impitoyable joie » (Fables, X, 7, 17). C'est 
encore le ton de la Fontaine quand la fourmi s'inquiète pour 
sa vieillesse, quand nous voyons le mulot s'édifier une mai- 
son et des magasins (I, -181-186). Le fermier poursuit ces 
bêtes comme de la vermine, pestes, monstra. Mais ces bêtes 



1, Voy. aussi les notes sur 1, 251 ; II, 376, 542 ; III, 150, 251 ; IV, 5(b 
259, 267, 300. 
2 Fénelon, Lettre sur les occupations de l'Académie française. 



&kïy INTRODUCTION. 

ont leurs affaires qui n'intéressent pas moins le poète. Ce 
ton introduit une note familière, comme tout à l'heure le 
dénicheur d'oiseaux dans les chagrins du rossignol. Cepen- 
dant Virgile évite la vulgarité, et aussi l'excès opposé, l'em- 
phase et la pompe dans des bagatelles. La sympathie poul- 
ies animaux s'exprime avec plus de vivacité et de sérieux 
quand il s'agit des serviteurs de l'homme. Elle éclate dans 
le récit de la peste qui frappe ces compagnons de vie et de 
travail. Le malheur fait briller leurs qualités, le courage et la 
fierté du taureau, l'amour fraternel du bœuf, l'attachement 
des troupeaux à leur bercail. Le morceau semblable de 
Lucrèce contient des traits vigoureux qui frappent vivement, 
isolés. Mais leur succession même engendre une sombre 
monotonie. Lucrèce n'attache pas parce qu'il ne touche pas. 
« Virgile a bien senti qu'il ne suffisait pas de décrire avec 
énergie, comme l'a fait Lucrèce, les symptômes de la peste : 
il a su intéresser pour les animaux qui en sont les victimes, 
et c'est en quoi il est infiniment supérieur à Lucrèce 1 ». 

Et si l'on devait résumer d'un seul mot la vertu des 
Gcuryiques, ce serait du mot de sentiment ; énergie 
et enthousiasme dans l'effort, soumission à, la Providence, 
patriotisme, émoi intérieur devant les beautés de la Nature, 
sympathie universelle, toutes ces inspirations du poème se 
fondent et s'expliquent dans la sensibilité vibrante du poète. 
Un paèinç didactique pourrait être la création d'une imagina- 
lion plus originale et plus puissante. Alors on lirait avec 
curiosité des morceaux détachés où se déploierait une inven- 
tion fertile, ingénieuse, spirituelle. L'ensemble resterait 
froid et ne supporterait pas l'épreuve d'une lecture continue. 
Cela explique 1 échec constant du poème descriptif. Pour 
conduire un lecteur au delà de quelques pages, il faut 
l'entraînement d'une passion qui se communique. Virgile a 
créé le modèle et le chef-d'œuvre du genre didactique parce 
que Virgile était sensible et passionné. 

Dans cette réalisation du poème didactique, le fundû reste 
au second plan. Le caractère pratique du Romain ne permet 
pas de le traiter légèrement, mais le génie du poète le 
subordonne. Virgile tirait quelques enseignements de sa 



1. Delillc. Gêoryiques, note 60 du livre III. 



LES GËOFtfiHj'-' ÎIS? 

propre expérience et de ce qu'il avait vu faire autour de 
lui. Cependant il a pris dans les livres un corps de théories 
suivies et coordonnées. Nous énumérons brièvement celles 
de ces sources que nous possédons encore. 

Livre I. Hésiode çà et" là, et surtout Varron et Theophrafcte 
pour la première partie ; Eratosthène, un des bibliothécaires 
d'Alexandrie vers 235 av. J.-C, pour les zones (I, 231-24*3) ; 
Caton l'ancien (234-149), De agri cultura, le plus ancien 
ouvrage de prose latine que nous ayons, « âpre fagot de for- 
mules rustiques » 4 , pour les occupations des jours fériés 
(I, 268-275); Aratus de Soles (315-240 env.), auteur des Phé- 
nomènes, versification d'un traité astronomique d'Eùdoxë de 
Cnide (390-337 env.), pour les pronostics (I, 351-400); une 
imitation partielle d'Aratus par Varron de l'Atav (voy, la 
n. sur I, 375). — Livre H. Théophrasle avant (oui ; secondaire^ 
ment Varron: poui* l'épisode du printemps (II, 323-345), Eu - 
er]écë. — Livre 111. Varron: accessoirement, Aristote, Histoire 
des animaux, surtout pour les vers 250-257, 272-283; Méan- 
dre de Colophon, qui écrivait au n c siècle avant noire ère des 
poèmes didactiques suivant la formule alevandrine, arides et 
sans vie, dans une langue abstruse et prétentieuse, et dont les 
Thçriaques suggèrent la description virgilienue des serpent.- 1 
(III, 414-439); Lucrèce, pour l'épjzoolie (III, 478-560). — 
Livre IV. Aristote, Histoire des aiirinuu.c, et Var*oh pour la 
première partie (IV, 8-280). — Parmi les ouvrages perdus qu*a 
])u consulter Virgile, on mentionne les Géoryiquea et les 
Mélissourgiques (sur les abeilles) de Nicandre de Colophon, 
le troisième livre des Économiques de Cicéron. La régéné- 
ration des essaims par la putréfaction d'un veau (IV, 281- 
314) est mentionnée par Varron (III, 16, 4), qui paraît y voir 
une fable poétique. Elle avait été décrite par le philosophe 
Démocrite d'Abdèrc (v c -iv° s. avant notre ère), un des précur- 
seur!? d'Épicure, et par Magon, auteur d'un traité punique 
sur l'agriculture que les Grecs et lés Latins ont traduit et 
abrégé. Les épisodes d'Aristée et d'Orphée reposent sur de.-> 
légendes grecques dont nous n'avons" pas de rédaction 
ancienne. 

Mais au-dessus de ces noms, il faut mettre partout Hésiode 

1. Taine, Essai sur Tlte Livc, Paris, IlacbcLtc, p. 3'J.- 



xxxvi INTRODUCTION. 

et Lucrèce, Hésiode, dont la sagesse grave, la piété, l'amour 
si peu hellénique du travail, convenaient au sérieux réfléchi 
du poète romain • Lucrèce, dont la conception grandiose 
d'une Nature vivante et féconde a donné l'élan à l'enthou- 
siasme de Virgile. Rien ne montre mieux à quel point sont 
secondaires les rapprochements de mots et de phrases. Les 
vraies sources d'un poète sont celles où il hoit l'inspiration. 

Virgile a subordonné le développement des préceptes à 
leur valeur poétique. Il a donné aux abeilles un livre, 
autant qu'à tous les animaux de la ferme réunis. Faute 
certaine dans une Maison rustique, heureuse disposition 
dans un poème de sentiment et d'humanité. Virgile n'omet 
rien d'essentiel ; il ne recule pas devant la mention rapide 
d'une pratique nécessaire : sparge fvmo pingui (II, 347 ; 
cf. I, 80) ; il pare de fraîche poésie les travaux d'irrigation 
(I, 106-110); une brève image illumine un conseil : Saepe 
etiam stériles incendere profuit agros, I atque levem stipulant 
crepitantibus urere flarnmis (I, 84-85). Quiconque voudra 
bien lire lentement les Géorgiques trouvera dans chaque 
vers un mot qui relève l'humble tâche annuelle, un mot qui 
peint ou qui anime ou qui fait réfléchir. Rien n'est plus 
facile que cette analyse. Mais l'analyse ne touche pas le fond- 
Dans un vers, tout se tient et le tout est plus que le total 
des éléments. Le rythme du vers, le mouvement de la phrase, 
les mots choisis, les images, les sentiments provoqués fom 
une harmonie qui reproduit la vibration intérieure de lame 
chez le poète et qui ébranle dans le lecteur une vibration 
semblable. Ce que nous pouvons appeler l'inspiration est la 
correspondance parfaite de la parole avec une conscience 
créatrice, et dans cette correspondance tous les éléments se 
fondent et s'adaptent. C'est ee qui assure à Virgile la supé- 
riorité sur Lucrèce. Le De rerum natara présente de longs 
espaces mornes. Les Géorgiques n'ont rien d'abstrait, leur 
style est une œuvre harmonieuse. Le poète est partout égal 
à lui-même. 

"Les Géorgiques étaient terminées dans l'été de 725/29 
alors Virgile les lut à Octave. Elles ne subirent d'autre 
remaniement que celui du livre IV 1 , 

i. Voy. Tintrod. des Bucoliques, p xiv; ci-dessus, p. xxv. 



LES (ilk)KGlQUES. xxxvji 

Nous avons, pour comprendre les Géorgiques, les scoliastes 
mentionnés plus haut et encore d'autres ressources. « Les 
commentateurs auraient dû, au lieu de s'épuiser en conjectures 
absurdes, chercher dans les anciens auteurs agronomiques 
l'interprétation des endroits obscurs des Géorgiques. Les 
véritables commentateurs de Virgile en ce genre, sont Palla- 
dius, Varron, Pline et surtout Columelle 1 . » Cet avis donné 
par Delille est très juste. Cependant on mettra quelques 
différences entre ces auteurs. Palladius, qui écrit au iv e siècle 
de notre ère, le plus souvent ne nous apprend rien et 
dépend de ses devanciers. Pline a, dans plusieurs endroits 
de son Histoire naturelle, une attitude de sourde hostilité à 
l'égard de Virgile. Le traité de Varron est de 717/37, l'année 
même où probablement Virgile entreprenait les Géorgiques; 
cette nouveauté littéraire a dû être toujours sous les yeux du 
poète. Columelle est le véritable commentateur technique de 
Virgile. Il le cite constamment et l'explique, non sans le 
compléter. 

En France, les Géorgiques ont été lues, admirées, imitées. 
Pour Scaliger dans sa Poétique [Poetice, Lyon, 1561), elles 
sont une œuvre irréprochable, parfaite ; il ne les cite jamais 
par leur titre, mais par les expressions opus inculpatum, 
limatissimum, elaboratum, perfectum. Au xvir siècle, le 
jésuite Rapin publie Hortorum libri IV (Paris, 1665) : au 
xviip siècle, son confrère Vanière donne un Praedium rusli- 
cum (Paris, 1710 ; Toulouse, 1730). Ces détails appartiennent 
à l'histoire de l'humanisme. Il ne peut être question non 
plus de relever les traces de la lecture des Géorgiques chez 
les écrivains français. On notera seulement la traduction de 
Segrais, publiée en 1712, que Delille a décriée et exploitée. 

Mais, au milieu du xvm e siècle, l'agriculture devient à la 
mode. Cette mode atteint la société polie et prend surtout la 
forme la plus accessible à une aristocratie, l'amour de la 
nature et l'art des jardins. En même temps, en effet, qu'un 
certain art des jardins nous arrivait d'Angleterre, nous 
recevions du même pays une poésie champêtre toute récente : 
es Saisons de Thomson sont des années 1726-1730 2 . Trois 

1. DeliUe, note 40 du livre I er . 

2. Voy. P. de Nolhac, Le jardin de Marie-Antoinette au Petit- 



xxxvnî * INTRODUCTION. 

titres ont survécu dans la littérature française : les Saisons 
de Saint-Lambert (1769), la traduction des Géorgiques par 
l'abbé de Lille (1709; l'auteur signe Jacques Deliile a partir 
dé là Révolution'), les Mois de Doucher (1779) *. 

Saint-Lambert passe pour un auteur froid : c"est que son 
poème est surtout descriptif. Quand il s'anime, il prend un 
ton emphatique; des traits de la « sensibilité » du temps 
nous amusent, effet que n'avait point prévu l'auteur. Cepen- 
dant quelques formules heureuses, l'épisode de Damon (Eté) 
traité dans l'esprit du xviir 5 siècle, sa critique des jardins a 
la française, surtout son idée de s'adresser à la noblesse et 
de lui inspirer le go'ût de la campagne et l'habitude de la 
résidence, méritent qu'on le parcoure, que l'on passe sur la 
grisaille du style et sur l'abus des épilhètes placées à la 
rime. 

La traduction des Géorgiques est très supérieure. Nous 
sommes aujourd'hui trop sévères pour Deliile. Sans doute, il 
va donner en 1782, les Jardins', en 1801, VHomme des 
champ*. Il abusera si bien de ses succès incroyables qu'il 
restera pour une postérité sceptique l'homme de la périphrase 
et du poème descriptif. Un trouverait dus morceaux curieux 
dans les Jardins, dans le chant IV, la critique de l'abus 
des principes du jardin anglais et une satire mordante des 
ruines artificielles que n'a pas entendue Chateaubriand*. 
Maïs la traduction des Géorgiques es! une œuvre fort méri- 
toire. La phrase est large et bien classique, les tours sont 
heureux, la lutte avec le texte est toujours intéressante, les 
notes prouvent avec quel soin îe travail a été préparé. Cet 
ouvrage se rattache à la tradition du xvir siècle et nous 
pouvons le citer avec autant d'orgueil que les Allemands 
citent Voss. « De Virgile élégant traducteur, j Deliile a 
quelquefois égalé son auteur », écrit Voltaire « au roi de la 
Chine'); il dit plus simplement en prose à D'Alembert : 
« Sa traduction des Géorgiques de Virgile est la meilleure 



Tria-non, dans la Revue des Deux Mondes, i K nov. 1913, p. 147-169 , 
H- Stein, Les Jardins de France, Paris (1913). 

1. Faut-il nommer encore l'Agriculture ou les Géorgiques fran- 
çaises, de Rosset (1774-1783) ? 

2. Yoy. Le Génie du Christianisme, l r6 part., Ht. IV, eh. h 



LT-8 GEORGJOUES. xxxix 

qu'on fera jamais »*. Certainement on lira toujours avec plaisir 
dans Delille les morceau?* descriptifs et avec émotion 
l'épisode d'Orphée et Eurydice 2 . 

Les Mois de Roucher apportaient des nouveautés qui 
d'abord ne furent pas comprises. L'inspiration était beaucoup 
plus profonde que celle de Saint-Lambert. Nourri de Lucrèce 
ei de Virgile, instruit par Bailly et par BufTon. le poète en- 
traînait le lecteur par des peintures larges et hardies des 
mouvements delà matière éternelle. Le cadre était beaucoup 
plus vaste que les descriptions de jardins à l'anglaise ; il 
embrassait toute la nature dans ses manifestations succes- 
sives et dans ses phénomènes révélés par la science. La 
suite des épisodes avait parfois un fil ténu: mais on admire 
encore le charme intime et le sentiment à la Jean-Jacques 
de ces morceaux, les Tleurs d'avril, les Joies de la con- 
valescence, la Veillée ah village, la Mélancolie du soir, les 
Alpes, la Fontaine de Budé. Le vers a des enjambements, un 
rythme imprévu, un mouve/nent périodique ; La Harpe, 
ennemi déclaré de Boucher, croyait l'accabler en le rappro- 
chant de Bonsard. Tout dans les A/VnVfait pressentir André 
(Ihénier ; Boucher est un André Chénier plus voisin des tradi- 
tions françaises et latines, (toucher et André Chénier, unis 
par l'amitié ,et par la communauté des sentiments, devaient 
être guillotinés ensemble, le 1 thermidor. 

Boucher avait dans sa prison tenté quelques traductions 
des Géor cliques. Voici le début ; on y trouvera un souci «le 
l'exactitude complètement étranger à Delille, et qui est une 
avance sur le xix e siècle. 

Comment naissent pour nous de riantes moissons,' 

Mécène, sous quel astre oiï tourne les sillons, 

Où la vigne docile à l'ormeau se marie, 

Les soins dus aux troupeaux, enfin quelle industrie 

De l'abeille économe achète les laveurs, 

Je le chante. O du monde immortels bienfaiteurs. 

Dont les lois font rouler le cercle de l'année; 

Bacchus. riche Cérès, si par vous couronnée 

1. Voltaire, Epîlres, C; à d'Alembert, 19 déc. 1770. 

2. Voy. Clément, Observations critiques sur la nouvelle tmduë- 
ïon en vers français et sur les poèmes des Saisons, de la Décla- 
ration et de la Peinture Genève, 1771, 



XL 



INTRODUCTION. 



De biens qu'elle ignorait, la race des humains 
Quitta le gland des bois pour le trésor des grains 
Et rougit d'un vin pùrte cristal des Naïades, 
Inspirez-moi : Sylvains, Faunes, jeunes Dryades, 
Dieux visibles des champs ; Dryades, hâtez-vous ; 
Faunes, entourez-moi; Sylvains, accourez tous; 
Je célèbre vos dons. Toi, puissant roi de l'onde, 
Qui, frappant de ton sceptre une terre inféconde, 
Fis jaillir de ses flancs l'impétueux coursier, 
Neptune; ot vous, Minerve, à qui de l'olivier 
Athènes doit les fruits, trésors de ses rivages; 
Demi-dieu qui de Cée aimes les bois sauvages 
Où, brillants de blancheur, trois cents jeunes taureaux 
Pour toi, des frais buissons paissent les verts rameau:*; 
Pan, dont les yeux amis, ouverts sur nos prairies, 
Des hauteurs du Tégé gardent nos bergeries; 
Vieillard de qui la main porte un cyprès; et toi, 
Qui du soc recourbé nous enseignas l'emploi ; 
Je vous invoque tous, dieux, déesses propices, 
Qui nourrissez nos fruits éclos sous vos auspices 
. Et versez aux moissons l'eau iéconde des deux 1 . 

1. Antoine Guillois, Pendant la Terreur, le poète Roucher (Paris, 
1890), p. 333. On pourra comparer cette traduction, plus rude « avec son 
air étranger », à celle de Delille. Les personnes que ces rapprochements 
intéressent se rappelleront que l'on a publié des papiers de Malfilâtre des 
fragments de traduction de Virgile, et ainsi cette même invocation. 




MONNAIE KOMAIXE 

do. l'époque de la première guorif-pimi"|iio. 



V. — L'ENÉIDE 



Les variations du genre épique d'Homère à Virgile. — Nouveauté e 
difficulté de la conception de l'Enéide-. — La légende d'Énée : Homère, les 
poètes cycliques, Hella'nicus, voyages d'Enée et de sa légende, Sicile et 
Italie, Lavinium, Timée, la légende troyenne à Rome. — La mission de 
Rome et d'Énée. — Les peuples dans l'Enéide : Italiens, Latins, Étrusques, 
Carthaginois, Grecs, Troyens. — Rôle et caractère d'Enée. — Le plan 
les sources et le style. — Date de la publication du poème. 

Le sujet de Y Enéide est tiré de la légende; mais par 
toutes ses perspectives, le poème ouvre sur l'histoire. Cette 
réunion des deux éléments frappe les lecteurs les moins at- 
tentifs. Elle met une différence profonde entre l'œuvre de Vir- 
gile et les épopées homériques. Homère retrace bien la lutte 
de deux: peuples: mais cette lutte, en soi, est une querelle 
privée; elle poursuit la vengeance de l'outrage fait a Mener 
las. N'était la qualité des personnages, on y verrait un inci- 
dent de la vie humaine, un incident tragique, et rien de plus. 
La colère d'Achille, sujet de Y Iliade j a encore moins de 
portée. Dans la suite, les Athéniens ont pu donner au passé 
les couleurs du présent, et, instruits par les guerres mé- 
diques, voir dans le siège de Troie le premier acte de la 
rivalité entre l'Orient et l'Occident. Homère ne s'en doute pas. 
Il .distingue la langue des dieux et la langue des hommes: 
il ne distingue pas celle des Achéens et celle des Troyens. 
Nulle part, les deux partis ne se montrent comme deux races 
ou deux nations en antagonisme. L'Odyssée est l'aventure 
d'un roi patriarcal qui retrouve son île, sa femme, son fils 
et ses troupeaux. Les poètes qui ont rempli les lacunes du 
cycle troyen, ou raconté d'autres légendes, n'ont pas davan- 
tage étendu l'horizon de l'épopée grecque. Elle est restée 
héroïque, légendaire, mythologique, jusqu'aux temps de la 
poésie attique. 

Alors se fait une tentative pour renouveler le genre. La 
bataille de Salamine a tellement ébranlé les imaginalio sUu 



xm INTRODUCTION. 

les cœurs que Ton voit la tragédie mettre sur la scène l'évé- 
nement récent, et que, vers la 86 e olympiade (436-433), on 
lisait aux Panathénées, à côté des poèmes homériques, l&Per- 
séide de Chœrilus. Cet essai de faire passer dans l'épopée les 
événements contemporains n'eut qu'un succès éphémère. Le 
poème d'un autre Chœrilus sur la guerre Lamiaque parut 
assez ridicule pour devenir proverbial. Nous ne connaissons 
les Messéniennes de Rhianns que par le résumé de Pausa- 
nias, un contemporain de Marc-Aurèle. Rhianus, qui devait 
écrire à Alexandrie au in e siècle avant notre ère, célébrait 
un héros malheureux, Aristodème, qui lutte contre la fortune 
adverse. Cette œuvre disparut de bonne heure par l'indiffé- 
rence du public 1 . Le renouvellement du genre «levait venir 
d'ailleurs. Apollonius de Rhodes traitait dans les Argonau- 
tiques un sujet à la fois mythologique et géographique. 
Son couvre diffère de VOdyssée par l'érudition; médiocre 
nouveauté, qui n'en était plus une au milieu du nr siècle. 
Ge qui distinguo les Argonauliques, c'est le troisième livre, 
le récit des amours de Jason et de Médée. L'analyse profonde 
et délicate de la passion dans le cœur de Médée excite un 
intérêt sentimental que ne réclamaient pas les auditeurs des 
poèmes homériques et qui apparaît à la fin de la période 
attique. Euripide avait transformé les anciens sujets en y 
mêlant les passions du cœur et les intrigues qu'elles font 
naître. Ménandre et d'autres poètes avaient engagé la comé- 
die dans la même voie. Toute la littérature d'imagination 
devenait romanesque. Apollonius mettait l'épopée au nouveau 
ton. 

Les poètes épiques latins qui précédent Virgile ne sont plus 
connus de nous que par des fragments ou des renseignements 
indirects. Livius Andronicus trace, environ vingt ans après l'ap- 
parition du poème d'Apollonius, un décalque de l'Odyssée^ que 
Cicéron comparait aux statues attribuées à Dédale; la gau- 
cherie du sculpteur n'a pas su décoller les membres du corps. 
C'est Névius qui est le véritable successeur d'Apollonius. Son 
Beliam Poenicum est des dernières années de la seconde 
guerre punique, qui finit en 553/201. Dans le même temps. 
Novios Plautios ciselait à Rome l'aventure des Argonautes 

t. Voy Coaat, La poésie oleccandrme (Paris, Hachette, Mtn), p. 337 



L'ENEIDE. XLiii 

chez le roi des Bébryces sur la ciste Ficoroni 1 . Pour qui suit 
l'histoire de l'épopée antique, Névius est un novateur, mais 
il innove autrement qu'Apollonius. Il choisit un sujet natio- 
nal et contemporain, la première guerre punique, guerre 
qu'il avait faite dans les rangs de l'armée romaine. A ce sujet, 
il joignit la légende d'Énée, légende romaine et mytholo- 
gique. Il racontait tout au long l'arrivée d'Énée dans le La- 
tiuin. la tempête, les consolations prodiguées par Énée à ses 
compagnons naufragés, l'entretien de Vénus et de Jupiter, en 
somme, les événements du I ,r chant de V Enéide, et proba- 
blement aussi les amours d'Énée etdeDidon. Ce long préam- 
bule pouvait paraître plus tard, à des lecteurs devenus exi- 
geants, un placage mal ajusté au sujet principal; un artiste 
plus habile pouvait plus heureusement lier les deux élé- 
ments, historique et légendaire : leur rapprochement était 
fait. Désormais on concevait comment la rencontre d'Énée et 
de Didon préparait la lutte de Rome et de Carthage. La 
légende devenait la cause éloignée de l'histoire. 

Ennius, sous ce rapport, ne marque aucune avance. En 
prenant le cadre romain et factice des annales, il s'interdi- 
sait toute combinaison intéressante et neuve. Ses dix-huit 
livres commençaient par la légende et continuaient par l'bis» 
toire. Mais le vieux maître substituait au saturnien raide et 
court l'hexamètre adapté des modèles grecs. Il créait « cet 
incomparable instrument de poésie seul digne du génie ro- 
main 2 ». Cette révolution- portait en elle tous les progrès de 
la poésie latine. Et l'inspiration qui anime les Annales 
d'Ennius et qui leur acquit plus tard le nom de Romais, 
la vision de la grandeur de Rome, la conception de l'unité 
de son histoire, qui fait d'une cité le plus prestigieux des 
héros, la gravité et la fierté des sentiments ne valaient-elles 
pas des perfectionnements de métier et de composition? 

Entre Ennius et Virgile nous avons une liste de noms. Des 
poètes nombreux paraissent avoir cultivé le genre épique, 
traitant des sujets mythologiques et plus souvent des sujets 
tirés de l'histoire romaine, les uns brièvement à la façon des 
petites épyllies alexandrines, les autres longuement. On dis- 

1. La ciste Ficoroni, au musée Kir cher à Rome, a été souvent reproduite. 
Sur les Bébryces, voy. p. 462, n. 5. 

2. F. Plessis, La poésie latine. Paris, 1909, p. 75. 

VIRGILE. ci 



xuv INTRODUCTION. 

cute sur le caractère et la matière de ces œuvres; elles ont 
péri parce qu'elles ne méritaient pas de survivre 1 . 

V Enéide est le dernier terme de ce long développement. 
Comme Névius ou Ennius, Virgile a uni la légende et l'his- 
toire, mais i\ les a véritablement unies, et non pas juxtapo- 
sées. Le sujet, tiré de la légende, échappe aux inconvénients 
d'événements trop connus, conduits par des personnages dont 
les actes et le caractère sont fixés d'avance. Mais cette lé- 
gende contient en puissance l'histoire: par toute une série 3e 
prophéties et de visions, l'avenir est montré comme le fruit 
dans le germe. L'habileté merveilleuse du poète ne triom- 
phe pas toujours des difficultés d'une conception complexe. 
Sa méthode est cependant légitime, presque exigée. Que 
serait l'aventure d'Énée sans la majesté de Rome? une lé- 
gende de fondateur, entre cent autres. Le véritable intérêt 
de ce récit est dans ses conséquences. On peut dire que 
l'histoire romaine est une partie intégrante de la légende 
d'Énée. Sans l'histoire, la légende n'a pas de portée. Sans la 
légende, ajouterait un Romain, l'histoire n'existe pas. 

Ainsi les conditions mêmes du sujet imposaient à Virgile la 
forme qu'il devait donner à son œuvre, forme nouvelle, 
forme parfaite pour le temps et pour les lecteurs de YÉnéide. 

Cette conception imprimait au poème un caractère d'uni- 
versalité sans précédent. Ce n'était pas seulement la légende 
romaine et royale, le passé républicain, le présent impérial 
qui entraient dans le champ de YÉnéide) c'était tout 1 ave- 
nir de gloire et de paix promis par les deslins et assigné 
comme tâche à Auguste. Le peuple romain avait toujours 
travaillé avec la conscience d'une longue carrière et dans 
l'espoir d'un lointain avenir. Il ne s'intéressait guère qu'à sa 
propre histoire et rien n'était, en effet, plus attachant. Dans 
la tragédie, il avait cherché surtout les fortes maximes ap- 
propriées à son tempérament et le spectacle de la volonté 
humaine, luttant contre les obstacles. Les créations purement 
idéales de la poésie, les analyses du cœur humain, le tableau 
des passions ne lui étaient pas étrangers, et ses écrivains 
savaient y porter une pénétration douloureuse. Mais de toutes 
les passions une seule le soulevait tout entier, l'amour de la 

i. Voy. Patiijj Étàdes sur la poésie lutine, t. I, p. 157 et 172. 



L'ENEIDE. xlv 

gloire. On a remarqué qu'une des grandes nouveautés de 
l'humanisme au xiv 5 et au xv e siècle a été l'idée de la gloire. 
« Pressentie par quelques écrivains du moyen âge, elle n'est 
avant Pétrarque le mobile principal d'aucune vie et personne 
n'en développe même une conception précise. Il la tire de 
l'Antiquité, qui lui en a fourni la théorie sous mille formes et 
les plus frappants exemples * ». Pétrarque, le premier huma- 
niste, « le premier homme moderne »,a une culture exclu- 
sivement latine. L'idée de la gloire est la synthèse de l'his- 
toire et delà littérature de Rome. Le peuple romain manifesl^ 
cette idée par les honneurs rendus à ses grands hommes, par 
les monuments destinés à perpétuer leur souvenir, parl'his- 
' toire sortie des traditions que gardaient les familles, par la 
consécration suprême du triomphe, où le vainqueur, re\êlu 
du costume et dans le char de Jupiter très bon, très grand, 
montait au Gapitole vers le temple du dieu dont il était 
l'image. Aussi, tandis que la physionomie des personnages 
est le charme vivant des œuvres grecques et qu'un histo- 
rien tel qu'Hérodote dépeint avec la même curiosité sympa- 
thique un Égyptien, un Perse, un Lydien ou un Grec, l'écri- 
vain latin cherche avant tout à réfléchir la vie nationale de 
son pays. Dans l'épopée, l'action devient le symbole des sou- 
venirs, des pensées et des espoirs du peuple romain. Mais, 
au temps de Virgile et pour ses lecteurs, Pvome et le monde 
se confondaient. L'ancienne distinction entre la terre, orbis 
terrae 7 et le monde romain, orbis terrarum, est effacée 
volontairement; Cicéron définit le gouvernement de Rome, le 
patronage du monde : « Illud patrocinium orbis lerrae 
verius quam imperium poterat nominari ». (De of'f., II, 27). 
'Un sujet tel que celui de V Enéide était déjà très étendu par 
ses prolongements historiques ; il devenait universel par les 
sentiments communs du poète et de ses lecteurs. 

Ces idées exigeaient une œuvre considérable, d'ample 
dessin, d'exécutionTerme, bien distribuée autour d'un noyau 
central. Or ce genre de construction était ce qui convenait le 
mieux à la fois au génie romain et à l'époque de Virgile. Les 
Romains avaient l'instinct de la grandeur ordonnée et solide, 
telle qu'ils l'exprimaient dans leurs monuments, les temples 

i. P. de Nolhae. Pétrarque ri l'humanisme (Paris, 1907). t. I. p. -il. 



xLYi INTRODUCTION*. 

dressés au fond de places décorées, les aqueducs, les ther- 
mes. Pour transporter ces qualités dans une composition 
littéraire, une patience ingénieuse, la fidélité au but, la su- 
bordination des parties au plan étaient plus nécessaires que 
la spontanéité, le mouvement, la conception rapide. Juste- 
ment une épopée ne pouvait plus être alors l'expression facile 
et joyeuse de la vie. Elle devait donner une forme plastique 
au* tendances les plus profondes de l'époque. Au lieu des 
impressions simples de la nature physique et des passions 
élémentaires d'un monde jeune, le poète avait à rendre un 
ensemble multiple de spéculations et d'images. Il vivait dans 
une atmosphère chargée d'idées. Il héritait d'une longue 
tradition littéraire qui avait accumulé un trésor de pensées. 
de formes et de procédés. S'il négligeait les traits essentiels 
de cette physionomie si tourmentée, si son œuvre n'était 
pas le miroir de l'époque, elle n'aurait pas cet intérêt qui, 
en lui assurant la reconnaissance admirative de ses contem- 
porains, lui assignerait une place permanente dans la littéra- 
ture universelle. Tout le talent de l'auteur ne lui aurait pas 
fait dépasser l'art curieux: et rare d'un Alexandrin. Pour or- 
donner et concilier des éléments si variés, l'esprit romain 
d'organisation avait une vocation; pour leur faire place, une 
œuvre aux: dispositions savantes ouvrait comme de vastes 
portiques. 

Le peuple romain était donc prédestiné à ce genre d épo- 
pée. Virgile, en combinant la légende et l'histoire, le passé, le 
présent et l'avenir, les sentiments publics et les traditions 
littéraires, les croyances de la foule et les aspirations de l'é- 
lite, a répondu à l'attente de son temps. Le poème na- 
tional des Romains ne pouvait être une Iliade^ il ne pou- 
vait être qu'une Enéide. 

Auguste désirait depuis longtemps que ses poètes favoris 
célébrassent ses exploits : Aude \ Caesaris invicti res dicere 
(Hor., Sat., II, 1, 10). On pourrait rattacher cette ambition à 
une série d'innovations qui, à cette époque,, sont inspirées 
par l'imitation des cours orientales. Mais ces éloges des 
grands hommes passaient pour la plus ancienne poésie latine 
(Cic.,7MSC.,rV, 3). Ennius avait écrit un Scipion; Tibulle chan- 
tait Messalla. Cependant Horace, à plusieurs reprises, déclina 
l'invitation d'Auguste. Virgile hésitait. Il parut d'abord songer à 



L'ENEIDE XLvn 

un poème dont Auguste aurait été le héros. Au livre III des 
Géorgiques [10-39), il s'y essaie. « Il bâtira, dit-il, un 
temple de marbre au sein d'une vaste prairie verdoyante sur 
les rives du Mincio. Il y placera César (c.-à-d. Auguste) 
comme le -Dieu du temple, et il instituera, il célébrera des- 
courses et des jeux alentour, des jeux qui feront déserter à 
la Grèce ceux d'Olympie. Lui le fondateur, le front ceint 
d'une couronne d'olivier et dans tout l'éclat de la pourpre, il 
décernera les prix. Sur les dehors du temple se verront 
graves dans l'or et dans l'ivoire les combats et les trophées 
de celui en qui se personnifie le nom romain. On y verra 
aussi debout, en marbre de Paros. des statues où la vie res- 
pire, toute la descendance d'Assaraeus, celte suite de héros 
venus de Jupiter, Tros le grand ancêtre, et Apollon, fondateur 
de Troie. L'Envie, enchaînée et domptée par la crainte des 
peines vengeresses, achèvera la glorieuse peinture. Les vers 
sont admirables et des plus polis, des plus éblouissants qui 
soient sortis de dessous le ciseau de Virgile. Le poème di- 
dactique ici est dépassé dans son cadre : c'est grand, c'est 
triomphal, c'est épique déjà 1 ». Éloge justifié. Mais c'est une 
allégorie, double ou triple. Par une association qui est 
bien romaine, un théâtre est joint au temple et fait pen- 
ser à des concours dramatiques. De gigantesques Bretons, 
Semblables à des esclaves de Michel-Ange, paraissent ma- 
nœuvrer le rideau, et leur asservissement éveille l'idée «le 
sujets nationaux mis sur la scène. Tout ce symbolisme exige 
d'être analysé de près. Là tentative était originale. Elle ne 
sera pas perdue; Properce suivra l'exemple. Ce qui conve- 
nait à une élégie ou a l'épisode d'un poème didactique n'était 
pas réalisable dans les proportions d'une épopée. Virgile a 
dû chercher un sujet qui lui ménageait par ses arrière-plans 
les effets que le symbolisme lui aurait donnés au prix de 
la clarté. Aucun ne valait la légende d'Énée. 

Énée est dans l'Iliade un héros de second rang. Mais s'il es 
un comparse dans l'action, il est réservé pour un rôle im- 
portant dans l'avenir. Plusieurs divinités le protègent, Zeus, 
Aphrodite. Hermès, Apollon, Poséidon. Quand il veut com- 
battre Achille, elles viennent à tour de rôle aauveï le 

J, Sainte-Beuve, Élude sur Virgile, p. 6?, 



x'.vni INTRODUCTION. 

Trayen; c'est qu'il {est prédestiné; Poséidon l'explique aux 
autres divinités : « Il y a longtemps que le iils de Cronosa pris 
en haine la descendance de Priam: niais bientôt la puissance 
d'Énée régnera sur les Troyens, par lui et par les enfants 
de ses enfants qui naîtront plus lard 1 . » Cet orac'e est 
le premier de ceux dont Virgile et ses devanciers marqueront 
chaque étape de la carrière d'Énée. Ailleurs, la généalogie 
du fils d'Anchise est donnée tout au long, pour montrer 
qu'il est sur le même rang qu'Hector, fils de Piiam. 
Quand Virgile met en balance la valeur d'Énée et celle 
d'Hector, il ne s'écarte pas de la tradition 2 . L'hymne homé- 
rique à Aphrodite continue ces données sans rien y ajouter 
d'essentiel. La Prise de Troie^ poème cyclique mis plus tard 
sous le nom d'Arclinos, racontait le départ d'Énée et le pla- 
çait avant la destruction de Troie, après le prodige des ser- 
pents qui étouffaient Laocoon. C'est sans doute cette version 
que Sophocle suivait dans une tragédie perdue, Laocoon-. un 
fragment montre Énée aux portes de la ville, enlevant 
sur ses épaules Anchise, que Zeus a foudroyé et paralysé: 
sa famille, un grand nombre de serviteurs et de Troyens 
l'accompagnent vers l'Ida. Ainsi, au pied de la montagne 
sacrée, s'était perpétuée la nation vaincue: un petit roVaume 
prétendait remonter à Énée: la prophétie d'Homère avait été 
faite d'après l'événement. 

Hellanicus de Mitylène, historien contemporain d'Hérodote 
et de Thucydide, parait avoir été le premier à détacher Énée 
de son pays natal et à le faire voyager. D'après cet écrivain, 
Énée,. avec des troupes venues de divers côtés, tient un 
certain temps dans la citadelle de Pergame. Cette résis- 
tance, conduite suivant les règles de l'art, lui donne le 
temps d'éloigner les enfants, les femmes et les vieillards. 
Lui-même sort le dernier, quand Néoptolème est devenu 
maître d'une partie du réduit; il emmène sur des chariots 
ce qu'il a de plus précieux, avec ses dieux, son père, sa 
femme et ses enfants. Réfugiés dans l'Ida, les Troyens se 
fortifient pendant que les Grecs sont occupés au pillage. 
Énée peut, grâce à son attitude et à ses précautions, en im- 

1. Iliade, XX, 293. Voy. plus loin, p. 352, n. 1. 

2. IL, XX, 215; voy. p. 171, n. 10 et p. 172, n. 1; En., III; 343; VI, 
170: XI, 289; XII, 440. 



L'ENEIDE, XLix 

• 

poser à l'ennemi, qui conclut un traité en bonne forme. Le 
'héros troyen abandonnera ses places et quittera le pays. 
Les Grecs l'aideront à s'en aller et lui prêteront main forte sur 
terre et sur mer. Aussitôt il envoie Ascagne dans le pays de 
Dascylie (auj. Diaskili), qui le réclame pour roi; au bout de 
peu de temps, Ascagne reviendra rétablir la famille d'Hector 
dans le royaume de ses pères. Quant à Énée, il part à son 
tour, <( avec ses autres enfants, son père et ses dieux », tra- 
verse l'Hellespont et fonde une ville sur le promontoire de 
Pallène, avec le concours d'alliés d'origine thrace 1 . 

On voit par quel procédé le narrateur esprit fort a trans- 
formé la donnée première. Notons le rôle de l'étymologie. Le 
pays de Dascylie a un lac appelé Ascagne. Désormais, toutes 
les fois qu'un nom de lieu s'y prêtera, on l'expliquera par les 
voyages d'Énée et de ses compagnons. Il est inutile d'énu- 
mérer tous les sites où, par ce lien, les souvenirs du héros 
troyen vont s'attacher. A ce jeu d'homonymie se joint une 
explication du culte d'Aphrodite. Le fils de la déesse installe 
partout où il passe des cérémonies en l'honneur de sa mère. 
Les temples d'Aphrodite en Grèce, dans les îles, en Sicile et 
en Italie deviennent la preuve des escales du héros. 

Dans ces courses, Énée touche cette Hespérie dont le nom 
cache l'Italie. Les pays d'Occident nétaient pas tout à fait 
inconnus des anciens écrivains grecs. Homère nomme les 
Sicèles et les croit voisins d'Ithaque. Les boeufs du Soleil 
paissent dans l'île mythologique de Trinacrie. Dans la Théo- 
gonie, le nom de Circé désigne un point de la côte italienne. 
La magicienne, dit Hésiode, a donné àUlysse trois fils,Agrios, 
Latinus et Télégonos, « qui, tous trois, au fond des îles sa- 
crées, régnent sur les illustres Tyrrhéniens 2 ». Avant Énée, 
et sans compter l'amant de Circé, dont le compagnon Misène 
a laissé son nom à un cap, d'autres voyageurs sont venus 
d'Orient en Occident, Anténor, Diomède, Danaé, Philoctète, 
Halésus. Pourquoi le souvenir d'Énée a-t-il été plus durable? 
probablement à cause de sa liaison avec le culte d'Aphro- 
dite 3 . 

1. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 46-47. 

2. Ilom., Od.,XX, 383; XI, 107; XII, 127; Hésiode, Théog., 1011. 

3. On croit maintenant qu'avant d'entrer dans la légende troyenne, 
Énée fut l'ancêtre mythologique des Énéens, peuple thessalien dont le 



l INTRODUCTION. 

Les escales d'Énée ne sont pas complètement les conjectures 
d'un mythographe qui a étudié la carte de la Méditerranée 
Si Énée n'a pas voyagé, sa légende a fait du chemin, portée 
par les vaisseaux qui, de__Greee, amenaient des colons sur 
toutes les cotes. Des savants modernes ont cru que Stésiehore. 
lyrique grec mort vers 550 avant notre ère. avait raconté le 
départ d'rmée pour PHespérie. Ils se fondent sur la Tablé 
iliaque du Capitole, bas-relief résumant le cycle troyen en 
une série de petites images. Mais la table est postérieure à 
Virgile, et si son original est plus ancien, son interprétation 
est très incertaine 1 . Le Latium a dû recevoir la légende de 
Sicile, où elle s'était d'abord acclimatée. Telle est du moins la 
conjecture la plus vraisemblable. Thucydide raconte que des 
Troyens fugitifs fondèrent sur la côte occidentale de Sicile 
les villes d'Éryx et de Ségeste, et que, mêlés à la population 
indigène, ils prirent le nom d'ÉIymes. Ségeste possédait un 
sanctuaire d'Énée. Aphrodite avait un temple célèbre sur le 
sommet de l'Ëryx. C'est comme Vénus Érycine que l'armée 
romaine apprit à connaître l'Aphrodite grecque au cours de 
la première guerre punique dans la campagne de Sicile 
C'est à Vénus Érycine qu'est dédié sur le Capitole le premier 
temple d'Aphrodite (537/217). Cette dédicace a lieu après con- 
sultation des oracles sibyllins. Les livres sibyllins étaient 
venus de la ville grecque de Cumes. Ils vont être dès lors 
unis au culte de la déesse grecque et à la légende d'Énée. 

Les Italiens avaient une déesse des jardins qui s'appelait 
Vénus dans le Latium, Frutis à Laurente, Hérentas chez les^ 
Qsques. Ils ne lui donneront plus que le nom de Vénus, et 
sous ce nom ils n'adoreront plus qu'Aphrodite. L'ancienne 
divinité italique avait de toute antiquité deux temples, celui 
d'Ardée et celui de Lavinium. C'est peut-être d'Ardée que 
son culte était venu à Rome. Le temple de Lavinium était le 
sanctuaire, commun de la ligue latine, mais les Ardéates y 
exerçaient le culte. Là, comme ailleurs, -on crut que Vénus 
était l'Aphrodite grecque, mère d'Enée. Or ce temple national 

nom se fixa dans la vitle dVEnéa, dans la Chalcidique. La déesse J_ocate 
de ce peuple était Aphrodite Énéade (l'Aphrodite mère d^s Énéens). 
Cela explique la propagation simultanée des cultes d'Énée et d'Aphrodite 
Énéade. 

1. Voy. la discussion deHild. I. c, p. 53. 



L'ENEiDE. 

des Latins devait renfermer les Pénates et le feu sacré de la 
communauté latine. Car toute cité, toute unité politique, 
toute confédération, avait, comme toute maison, clés dieux 
Pénates, protecteurs du foyer sur lequel ils veillaient avec 
Vest.a. Plus tard, les Pénates latins de Lavinium auront une 
place importante dans le culte romain. Dès que les consuls 
entraient en charge, ils allaient à Lavinium offrir un sacrifice 
solennel. On croyait que les Pénates de Lavinium étaient 
devenus successivement ceux d'Albe la Longue et ceux de 
Rome, les Pénates d'une métropole étant nécessairement les 
mêmes que ceux des cités filiales. Pour cette raison, les Pé- 
nates de" Lavinium étaient aussi ceuv de Laurenle. la cité 
qui, dans des temps plus lointains, avait, avant Lavinium. 
présidé la ligue latine. Les Pénates latins se trouvaient donc 
sous le même toit que Vénus-Aphrodite. Comme Aphrodite 
voyageait souvent avec son fils, Éuée a dû recevoir là les 
honneurs avec sa mère. La place que tient dans la légende 
latine d'Énée Lavinium, fondée par lui et nommée d'après su 
femme Lavinie, suffît à prouver que, dans les traditions reli- 
gieuses de cette ville, le souvenir d'Énée est aussi ancien 
que le culte d'Aphrodite. Enfin des dieux et des objets sacrés 
emportés de Troie accompagnaient Énée et, depuis le temps 
d'Hellanicus, au plus, tard, recommandent sa piété à l'ad- 
miration de la postérité. Lavinium est donc comme un car- 
refour où se rencontrent les Pénates latins, les Pénates 
troyens, Enée et Vénus-Aphrodite. Cette rencontre fut déter- 
minante. Les souvenirs homériques avaient d'abord fixé les 
imaginations et expliqué l'origine des villes latines, Tuscu- 
lum, Préneste, Ardée, Polylorium, Lanuvium, Antiuin. Ils 
s'effacèrent bientôt devant la légende énéenne. 

Vers 494/260, un historien grec, Timée, de Tauroménium 
en Sicile, donnait à cette légende une forme qui est sa 
première rédaction italienne; il faisait des objets sacrés con- 
servés à Lavinium les Pénates troyens apportés par Éuée. 
Ainsi étaient nouées pour toujours l'aventure du fils d'An- 
chise et les croyances des Latins sur les origines de leurs 
cités. 

. Timée est un contemporain de Pyrrhus. Le roi d'Épire se 
disait Éacide et fils d'Achille. Ces prétentions, connues des 
Romains, ne pouvaient que les rendre plus attentifs à tout ce 



lu INTRODUCTION. 

qui sé rattachait au; souvenirs d'Iîion. Bientôt l'origine 
troyenne des Romains devient ce que nous appellerions un 
argument de chancellerie. Vers 504/250, le Sénat envoie un 
secours aux Acarnaniens contre les Étoliens, parce que. seuls 
des Grecs, ils n'ont pas pris part a la guerre de Troie. Quel- 
ques années après, le peuple romain promet son alliance au 
roi de Syrie Séleucus, s'il exempte d'impôts les habitants 
d'Ilium, parents des Romains. En 549/205, les oracles sibyl- 
lins recommandent d'aller chercher à Pessinonte. en Phry- 
gie. la pierre noire qui y était adorée comme la Mère des 
dieux : les Romains motivent leur démarche par leur des- 
cendance du Phrygien Énée. En l'honneur de Cybèle. un 
temple s'élève sur le Palatin, site de la Rome primitive. Sur 
les monnaies d'Asie Mineure, apparaît la tète de Rome avec 
l'attribut delà déesse, la couronne de tours. L'origine troyenne 
du peuple romain ne fait plus de doute : Flamininus. en 
déclarant la liberté de la Grèce, se proclame lui-même un 
Énéade: dans la seconde guerre punique, le prophète Mar- 
cius appelle le Romain ■ Trojugena 1 . 

La littérature devait s'emparer de la légende devenue de 
l'histoire, au moins de l'histoire diplomatique. Nous avons 
vu les poèmes de Névius et d'Ennius. Accius fait représenter 
une tragédie intitulée Aeneadae. Les annalistes acceptent la 
tradition comme un fait. Caton, dans ses Origines, racontait 
longuement l'histoire d'Énée. Avant lui. Névius et Ennius 
voyaient dans Ilia, mère de Romulus. la fille d'Énée. On 
s'aperçut que cette généalogie ne cadrait pas avec la date de 
118 i avant notre ère, fixée pour la prise de Troie, et avec 
la donnée des sept rois dé Rome. Caton qui connaissait les 
tahles chronologiques des Grecs, met 432 ans entre la chute 
de Troie et la fondation de Rome 2 . Sa narration différait sur 
des points essentiels avec celle de Y Enéide. D'après lui. 
Énée et Anchise étaient partis de Phrygie sur un seul vais- 
seau. Ils abordaient dans le Latium et fondaient une ville 
militafre qu'ils appelaient Troie. Le roi Latinus donnait 
aux émigrés sept cents arpents de terre entre la nouvelle 

1. Justin, XXVIII, 1, 6; Suét. ; Claude, 25; Hérodien. I, 11, 3 ; Plu- 
tarque, Flam., 12; T.-Live, XXV, 12, 5. La date des doux premiers 
événements a été contestée. 

2. Denys d'Halicarnasse, Ant. rom., I, 74, 2. 



LWEIDE lui 

Troie et Laurente. Il accordait aussi la main de sa fi! le La- 
vinie à Énée. Turnus, roi des Rutules, est irrité par la con- 
duite de Lalinus. Il attaque les Troyens et les Latins, sui- 
vant un passage de Servius. Suivant un autre, Latinus 
devenait hostile aux Troyens qui ravageaient le pays. En tout 
cas, Latinus finissait par combattre aux: côtés de Turnus. 
Sa ville, Laurente, était prise par les Troyens ; lui-même était 
tué. Turnus se réfugiait auprès du roi de Cœré, Mézence, et 
tous deux recommençaient la guerre. Turnus était tué dans 
une seconde bataille ; mais Énée disparaissait mystérieuse- 
ment : non comparuit. Une troisième bataille, entre Mézence 
et Ascagne, se termine par la mort; de Mézence. Ascagne 
règne trente ans à Lavinium, ville fondée par Énée: puis il 
fonde Albe la Longue. Les trois batailles, avec les trois morts 
de Latinus, de Turnus et de Mézence, semblent avoir été 
caractéristiques de cette forme de la légende 1 . 

Quand Virgile abordait à son tour le même sujet, il pou- 
vait se servir (et il s'est servi) des ouvrages de Vàrron, « le 
plus savant des Romains ». Les Antiquités, le traité sur 
les familles romaines d'origine troyenne (De familiis troja- 
nis), d'autres écrits ont dû être lus et relus par le poète, 
qui se plaint, dans une lettre à Auguste, du travail immense 
qu'exige son Énée 2 . Cependant, il était poète, et devait do- 
miner son sujet en poète. Au-dessus des incidents de la légende 
d'Énée, planaient les trois plus grands souvenirs du monde 
méditerranéen, la ruine de Troie, la fondation de Carthage, la 
naissance de Rome. Ces souvenirs eux-mêmes étaient ramenés 
à une seule préoccupation. Le véritable poète est sous le joug 
d'une grande idée intérieure qui lui est propre, qui devient 
pour lui le centre vers lequel tout gravite et auquel il rap- 
porte tout. Dans Y Enéide, cette idée directrice est celle de la 
mission de Rome, dominant le monde, pour le civiliser, 
d'accord avec la volonté divine. Cette mission est symbolisée 
ou plutôt elle est inaugurée par Énée 3 . 

1. Voy. surtout dans Servius les notes sur I, 5, 267, 57Ô; III, 711 ; IV, 
427 (ci-dessus, p. 420, n. 5), 620 (p. 432, n. S) ; VI, 760 ; VII, 158 ; IX, 745. 

2. DansMacrobe, Sat., I, 24, il. — Voy. p. 125, n. 9 à la fin; p. 345, 
n. 3. 

3. Sur le caractère romain de l'Enéide, voy. Patin, Poés. lat . t. I, 
p. 197. 



Liv INTRODUCTION. 

Au moment de la crise finale, le poète a résumé dans une 
exclamation un des problèmes 'de l'action : « Tanton placuit 
concurrere motu, | Juppiter, aeterna gentes in pace futuras?» 
(XII, 503). Virgile avait à montrer comment, des peuples 
ébranlés par l'arrivée d'Énée. devait sortir un grand peuple 
unique, destiné à commander et à ordonner l'univers, le 
peuple romain. On ne peut le bien voir qu'en réunissant les 
indications éparses dans le poème, en les complétant les 
unes par les autres, et en étudiant le* rôle des personnages. 

Ayant l'arrivée de l'Arcadien Évandre, l'Italie, selon Virgile, 
était peuplée de tribus sauvages et infestée de monstres 
(VIII, 185, 3*28, 563). Turnus et Mézence sont les survivants 
de cette période d'anarchie 1 . 

Turnus est un jeune barbare plein de courage, mais sans 
équilibre. C'est le seul caractère auquel Virgile applique le 
mot de violence (X. 151 : XI, 354, 3*?6: XII, 9, 45). Quand il 
tue Pal las, il prononce des paroles odieuses et s'empresse de 
revêtir la dépouille du jeune homme (X, 492). Énée cherche 
à ramener au calme les esprits et à faire observer le traité ; 
il est blessé : Turnus met une hâte indécente à profiter de 
son absence, comme Paris autrefois après la blessure de 
Ménélas (XII, 311). Turnus passe brusquement d'un sentiment 
à un autre et presque toujours le pousse à l'extrême. Quand 
Allecto, déguisée en vieille femme, vient l'avertir des projets 
de Latinus, il commence par la railler, puis il est épouvanté, 
enfin il est transporté de fureur (VII. 440, 446, 460). Ces 
changements sont présentés comme l'œuvré d'une furie. Mais 
au livre XII, Virgile ne recouvre pas de ce voilé mytholo- 
logique les faiblesses du Hulule. Devant l'autel de l'alliance, 
au moment où ses projets de batailles s'écroulent devant 
l'accord d'Enée et de Latinus. il a la contenance et la gêne 
d'un vaincu (XII, 219). Quand la lutte est devenue générale 
par traîtrise, il se laisse emporter loin de son ennemi et de 
la mêlée., par sa sœur déguisée^ en écuyer (XII, 468, 632). 
En lui s'agitent alors des sentiments divers, trop complexes 
pour sa nature simple de barbare, sentiments qu'il ne sait 



1. Dans ce qu suit, je me tiens aux données de Virgile, laissant dans 
l'ombre ce que lui-même'ifa pas éclairci, comme la véritable nat tue des 
Ruiniez ou l'origine nationale de Turnus, 



LÉNÈIDE. l\ 

ni analyser ni diriger (XII, 66G). Il ne cache pas sa peur de 
la mort, même au moment où il retrouve son courage 
(XII, 67G). II cède toujours à ses impressions. Faut-il rap- 
peler sa présomption dans l'assemblée des Latins et son 
brusque départ (XI, 402)? Au fond, il ne veut pas admettre 
la conclusion de la guerre par un duel entre lui et Énée. Il 
est furieux de voir que cette solution est la seule (XII. 10) ; 
il ruse pour l'écarter. Cette idée se trahit déjà sous les rail- 
leries dans sa réplique à Drancès (XI, 4*34-444). Ce n'est 
point par défaut de bravoure. Mais ce combat singulier 
déclare qui est l'auteur du conflit et transforme la lutte en 
querelle privée. Turnus met une obstination sournoise de 
paysan à refuser ses responsabilités. Des critiques s'\ sont 
laissé prendre. Turnus a été pour eux le héros sympa- 
thique; ils ont cru que Virgile en faisait une peinture 
séduisante par une inclination du tendre poète vers la cause 
vaincue. Ce genr.e de sensibilité est heureusement étranger 
à Virgile et il ne faut pas négliger les ombres du poitrail. 
Lavinie n'est pas fiancée à Turnus, qui n'est qu'un prétendant 
bien accueilli de la reine-mère, suspect à Latinus à cause 
de la raison d'État, c'est-à-dire des oracles (VII, 98; VIII, 
503). Soulever une. guerre pour satisfaire des désirs per- 
sonnels contre la cause favorisée par les dieux était une 
tentative impie, que condamnaient les idées religieuses des 
Anciens. Si le Rutule accuse Énée d'imiter Paris et de vou- 
loir enlever une nouvelle Hélène (IX, 128), l'injustice violente 
de l'accusation est un trait du personnage, comme ailleurs la 
même insulte sur les lèvres du Numide larbas (IV, 215). Dans 
son caractère et dans sa conduite, Turnus ne montre aucune 
maîtrise de lui-même. 

C'est ce que prouveraient au besoin les auxiliaires qu'il 
trouve chez les Latins et dans le ciel, Amata et Junon, deux 
femmes,' dont l'une perd la raison dans les transports d'une 
bacchanale, dont l'autre fait appel aux puissances de l'enfer. 
Un culte troublant, condamné par le sénat romain ; une 
manifestation des forces de l'au-delà, telle qu'en produit la 
magie; la passion et l'égarement propres au sexe faible : 
voilà les appuis du jeune Rutule. 

Le trouble, la défaillance de la volonté devant la passion, 
lenervement sont exprimés par l'épithète de turbidus. Virgile 



lvi * INTRODUCTION. 

qui [l'applique sept fois à une personne, la donne quatre 
fois à Turnus, une fois à Mézence, quand il fait son appa 
rïtion sur le champ de bataille (X, 762). Mézence est un 
demi-civilisé, un Étrusque, le type du tyran qui raffine 
cruauté. Il lie des cadavres à des vivants. L'imagination 
est plus développée chez lui que chez les Italiens; ce pro- 
grès ne sert qu'à rendre plus atroce la satisfaction de ses 
instincts. Le mépris des dieux (VII, 648; X, 773) suppose aussi 
un certain progrès. Un Allemand du xvm e siècle aurait dit 
que Mézence était un homme éclairé. « aufgeklârt ». Le 
progrès des lumières ne l'empêcha pas de lever les bras 
vers le ciel, quand son fils fut tué (X, 845). Virgile, dans 
l'Enéide, exprime volontiers et admirablement l'affection 
mutuelle d'un père et d'un fils. Celte piété rend pathéti- 
que la mort de Mézence et ennoblit sa figure, comme 
l'ennoblit aussi un sentiment plus humble, mais digne 
d'un soldat, l'amour de son cheval. Le poète, très juste- 
ment, a évité la peinture de personnages qui ne seraient 
que des monstres/ 

Cette figure est originale dans la galerie des Rutules et 
de leurs alliés. La plupart sont des sauvages. Ils sont cou- 
verts de la peau des bêtes qu'ils ont tuées. On en voit qui 
ont la jambe gauche nue, tandis que la droite est protégée 
par du cuir non tanné (VII, 689). D'autres se servent d'armes 
primitives, boumerang et massue de jet (voy. p. 613, n. 3). 
Umbro est un charmeur de serpents (VII, 753). Ceux d'entre 
eux qui commencent à se former aux travaux de la civilisa- 
tion, comme les iEquiculi, labourent le sol en restant armés 
et continuent à vivre de rapines (VII, 748). Virgile ne peut 
que se répéter pour décrire ces tribus chasseresses et pil- 
lardes : « semperque récentes | convectare juvat praedas et 
vivere rapto » (VII, 749; IX, 612). Et toujours ce sont les 
mêmes forêts, les mêmes montagnes sauvages, où elles 
s'endurcissent et s'exercent. Camille, elle aussi, bondit au mi- 
lieu du carnage; elle ne s'interrompt de lancer des trails que 
pour manier sa double hache (XI, 648). Son père, Métabus, 
chassé pour sa cruauté comme Mézence, l'a fait vivre dès 
sa petite enfance parmi les hasards des courses solitaires, au- 
dessus des torrents grondants, dans les retraites des pâtres 
silvestres (XI, _ 549). De tels barbares ne veulent être tenus 



L'ENEIDE, lvii 

par aucun traité. Les [Hutules /remissent en voyant Énée et 
Latinus conclure un accord; ils le rompent aussitôt (XII, 21G). 
Messapus, le chef de la cavalerie des alliés italiens, dans la 
mêlée qui s'ens*uit, se montre au premier rang, déskeùx do 
briser l'alliance. L'augure Tolumnius fait servir à celte lin 
les présages faussement interprétés (XII, 290, 258). 

Cette peinture des premiers Italiens n'exclut pas l'estime 
et l'éloge de leurs qualités. Ces traits ne sont pas blessante, 
parce qu'ils tiennent à un certain degré de civilisation, à 
une époque facile à dépasser, non pas au caractère foncier 
de la race. La rudesse native, qui avait besoin d'être policée 
et disciplinée, était un capital précieux pour l'avenir. EHç 
devait produire l'esprit martial des. conquérants de l'univers. 
C'est ce que laisse entrevoir le discours du beau-frère de 
Turnus, Rémulus. II décrit les exercices et les intempéries 
qui endurcissent les Italiens dès leur enfance. Deux vers 
dont le premier est échappé des Géorgiques^ résument l'ac- 
tivité et l'endurance de ces guerriers laboureurs : « Ai pu 
tiens operum parvoque aésueta juventus | aut rastris lor- 
rain domat aut qualit oppida bello » (IX, 007). 

Les Latins sont moins pittoresques. Us se confondent un 
peu avec leurs alliés. Mais ils forment un État, tandis que 
nous ne voyons guère parmi les Italiens que des bandes avec- 
leurs chefs. Le royaume d'Évandre, le royaume de Latinus, 
et, dans le lointain, les confédérations étrusques sont les 
seuls peuples organisés en Italie, quand Énée y aborde. Chez 
les Latins, ce progrès est tout récent. Le roi .est l'éponyme, 
exactement le père de son peuple. Avant lui, la dynastie ne 
compte que des dieux, Faunus, Picus, Saturne (VII, 47). On 
est encore proche de l'âge d'or, c'est-à-dire de l'anarchie 
sans règles. Latinus est roi et prêtre. Dans les circonstances 
solennelles, au sacrifice, lors de la conclusion d'un traité. La- 
tinus porte le sceptre (voy. p. 839, n. 7); Énée prie l'épée 
nue, stricto ense (XII, 175). A Laurente, le temple de Picus e.-t 
le siège du gouvernement et le sanctuaire des cérémonies 
officielles. Là, les rois viennent recevoir le sceptre et inau- 
gurent leur règne; là siège le sénat; là ont lieu les ban- 
quet:- publics et sacrés; là, le roi donne audience (VII, 171). 
Ainsi s est formée cette coutume divine, qui tient lieu 
de loi : « Lathios | Saturni gentem, baud vinclo neç legibus 



i-viit INTRODUCTION. 

aequam, | sponte sua veterisque dei se more tenentein » 
(VII, 202). Les Latins sont par nature les hommes du droit 
et n'ont pas besoin de la loi écrite. C'est cette loi non 
écrite que les Romains essaieront plus tard par leurs exploits 
d'imposer aux Germains, legis expertes Latinae (Hor., Od., 
IV, 14, 7). 

Virgile a changé la légende à l'égard de Latinus. Dans 
Caton, il périt les armes à la main, vaincu par les Troyens: 
dans YÉnéide, il s'abstient. Cette relouche était nécessaire 
pour expliquer le rôle des Latins dans la suite de l'histoire: 
le poète a senti qu'H ne pouvait les mettre en opposition 
trop vive avec les Troyens. Déjà l'hypothèse que les Pénates 
revenaient dans leur patrie originelle (III, 167; Vil, 206), 
atténuait le conflit que Latinus cherchait à résoudre. Mais 
l'altitude réservée de Latinus n'a pas été comprise. « Il se 
retire, écrit Voltaire, au fond de son palais, laissant Turnus 
et Enée se battre pour sa fille, sûr d'avoir un gendre, quoi 
qu'il en arrive 1 ». Devant la fougue de Turnus. il ne pouvait 
que s'effacer et se réserver pour un meilleur moment. Son 
peuple n'avait pas encore acquis l'esprit politique qui le pré- 
serverait des aventures et était trop jeune pour n'être pas 
tenté par la guerre. Dans la propre maison du vieux roi. Tur- 
nus avait une alliée, la reine Àmata. Cependant Latinus 
restait libre de disposer de sa fille. Toutes les fois que les 
circonstances s'y prêtent, il essaie d'accommoder les choses 
(XI, 225 suiv.; XII, 18). Latinus est le gardien des oracles, 
le dépositaire de la volonté des dieux. Devant les manifes- 
tations de la force sans raison, vis consili expers (Hor., Od. } 
III, 4, 65), il est le représentant du destin, devenu le devoir 
et la sagesse. Ce rôle convient assez à l'ancêtre mythologique 
des Tatins. 

Les Étrusques ne pouvaient être écartés du champ de 
l'action. Ils ont eu une trop grande place dans cette histoire 
primitive de l'Italie; l'ancienne civilisation de Rome leur 
doit trop. Si os^ excepte Mézençe, qui fait bande à part, leur 
rôle est secondaire dans le poème. Virgile les passe en revue 
au moment où Énée les ramène près de son camp (X, 163) 

1. Essai sur la poésie épique (à la suite de la Hmriadé), ch. IV, à 
• a fin. 



L'ENÉIDE. lix 

Ils paraissent dans cet ensemble comme des civilisés. Ils 
viennent par mer : ce sont des navigateurs, et non pas des 
coureurs de bois. Leurs armes sont peintes; leurs navires 
portent les images sculptées des dieux et des animaux. Leurs 
prêtres ne sont pas des sorciers, mais des experts dans toutes 
les sciences augurales (X, 175). Leurs légendes sont tou- 
chantes et ils consolent leurs chagrins en chantant (X, 185). 
Leurs cités forment des confédérations régies par une consti- 
tution (X, 201). Ces catalogues de hçros-et de peuples, où 
Virgile réunit les traits les plus frappants, ne sont pas seu- 
lement une imitation des catalogues semblables de V Iliade. 
Ils sont un tribut payé à l'Italie des premiers temps; avec 
tant d'autres détails dispersés, ils contribuent à faire de 
V Enéide le livre d'or de l'Hespérie. 

Cette mêlée de peuples a pour centre le Latium, théâtre 
de l'action : aussi les Gaulois, placés en dehors, restent-ils 
dans l'ombre. Mais la peinture du Latium sert à justifier 
l'entreprise d'Énée : l'état du pays et l'attente des peuples 
appellent le chef étranger. Un droit supérieur, manifesté par 
des présages (VII, 59-106), investit le successeur du vieux 
roi qui n'a pas d'héritiers, au moment où tous deux, Latinus 
et Énée, vont se rencontrer, et où le jeune héros recevra son 
établissement avec la main.de Lavinie (VII, 148-285). 

Les Carthaginois ont peu de relief en dehors du person- 
nage de Didon. Le destin les réserve comme l'ennemi su- 
prême du nom romain (IV, 622; X, 11). Virgile n'a pas voulu 
leur donner d'avance les couleurs traditionnelles de cruauté 
et de perfidie qui les peindront plus tard dans l'histoire. Dis- 
crétion d'artiste, et surtout calcul d'architecte. L'ordonnance 
de son œuvre eût été compromise, s'il avait développé une 
partie accessoire. Les Carthaginois sont mêlés par accident à 
l'histoire primitive de Rome et de l'Italie. Il suffisait d'ouvrir 
un jour sur l'avenir. 

L'attitude de Virgile vis-à-vis des Grecs est plus difficile à 
expliquer. L'origine et l'histoire des héros justifient l'hosti- 
lité d'Énée et d'Anchise. On comprend les portraits qu'ils 
font d'Ulysse et d'Hélène. Diomède échappe au mépris parce 
que, sagement, il a reconnu la déraison et l'impiété de ses 
compatriotes (XI, 255). Virgile est donc entré dans l'âme de 
ses personnages et a épousé leur querelle. Il y a plus. Le s 

VIRGILE. c 



lx INTRODUCTION. 

Romains ont toujours méprise les Grecs 1 . Ils reconnaissent 
volontiers ce que leur littérature et leurs arts doivent à la 
Grèce: ils dépassent souvent la mesure dans l'expression de 
cette reconnaissance, peut-être par un sentiment raffiné de 
justice, parce que, sans estime pour le caractère des Grecs, 
ils ont peur de rester en deçà de la vérité. Et aussi, sans 
doute, parce que cela n'a pas tant d'importance. Les moder- 
nes sont scandalisés par le dédain d'Anchise : « Excudent aiii 
spirantia mollius aéra, | credo equidem,... | orabunt causas 
nielius » (VI, 847). Les Grecs n'apportent à la civilisation 
que sa parure, otium. Une vaudrait-elle sans l'ordre et sans 
la paix romaine? Les poètes latins mettaient chaque chose 
à sa place, et tout d'abord à la première la sécurité contre 
la barbarie. Tordre intérieur, véritables occupations de 
l'homme, négotium. « Tout le reste est littérature ». 

Si, pour les contemporains d'Auguste, Rome est la véri- 
table Troie,' la ville de Priam en tire du moins uj^e gloire 
et une sympathie nouvelles. Par Romulus, les Romains sont 
fils de Mars. Par Énée, ils sont fils de Vénus et descendants 
du dieu suprême : « Ab Jove principium generis » (VII, 219). 
Avec le progrès des moeurs, ils n'étaient pas mécontents 
d'ajouter à leur première origine, un peu rude, une ascen- 
dance qui les faisait remonter à la déesse de la beauté et au 
maitre de l'univers. Les Troyens n'ont été vaincus par les 
Grecs que grâce à l'artifice et à la ruse. Ils ont montré une 
sensibilité de civilisés qui les a rendus ies dupes d'un Sinon 
plaintif (II, 73) ; la bravoure de leurs ennemis n'a pas causé 
leur défaite. Ce passé n'était pas sans gloire. Les chants d'Ho- 
mère l'illustraient. Le sujet choisi par Virgile permettait de 
le mêler aux traditions nationales. 

La ileur de l'âme troyenne s'est épanouie dans Andromaque. 
Cette figure si justement équilibrée, si touchante et si noble, 
réalise un idéal humain. Par une de ces oppositions qui sont 
le secret arrangement du poème, Andromaque précède son 
antithèse Didon, Didon contradictoire, passionnée, absolue. 
Didon veut rester fidèle à Sychée, mais elle impose son amour 
à Énée. Andromaque, fenimejemariée, garde sa foi à son pre- 

1. F. Plessis, Troica Roma, dans les Mélanges Boissier, Paris, 1903, 

p. 4.01, 



I /ENEIDE. . lxi 

mier époux. On a dit souvent que la fidélité du souvenir était 
chez Didon un sentiment de Romaine. Mais la vraie Romaine, 
la vraie fidèle, ou plutôt la vraie femme, c'est Andromaque. 
Elle a su concilier avec les vicissitudes de la fortune 
l'éternité de son amour conjugal, elle est épouse et elle est 
mère, elle a toute la dignité sans la raideur. Un caractère 
absolu, au fond moins tendre, expose Didon aux chutes et 
l'accule au suicide. En choisissant une Troyenne pour expri- 
mer les sentiments les plus sacrés, Virgile annonçait quelles 
délicatesses les exilés apportaient sur les rives de la mer 
Tyrrhénienne. 

Cependant les ennemis d'Énée le traitent de Pnrygien ou 
de. descendant de Laomédon. C'est que les Phrygiens n'avaient 
pas meilleure réputation que les Crées. Le bea'u-frère de 
ïurnus, Rémulus, oppose à la vie rude des Italiens l'imagé 
traditionnelle du Phrygien : vêtu d'une tunique à manches, 
coiffé de la mitre, il passe son temps dans l'oisiveté, danse 
ou s'abandonne au culte troublant du Bérécynte (IX, 614). 
Quand, auprès de Didon, Enée lui-même a eu la faiblesse 
d'adopter le costume oriental, il trahit sa vocation; Mercure 
vient exprès du ciel pour l'avertir (IV, 261). Un autre détail 
choquera peut-être davantage un lecteur moderne : un Ly- 
dien, Ismarus, se sert "de flèches empoisonnées (X, 141), ordi-, 
nairement réservées à la chasse. Cette note singulière détonne 
d'autant plus que la guerre est conduite dans YEnéide avec 
humanité, surtout de la part d'Énée. (voy. p. 714, n. 4). 

Virgile est très réservé sur les peuples d'Asie. II ne les 
décrit pas, tandis qu'il passe deux revues des peuples d'Italie. 
Les ïroyens sont avant tout les serviteurs et les gardiens 
des dieux. C'est ce qu'a reconnu tardivement Diomède (voy. 
la n. sur XI, 254). Ce sont ces dieux, leur culte et la loi qui 
en découle que doivent accepter les Latins. Deux passages 
du livre XII décident la manière dont les deux éléments, 
troyeh et latino-italique, seront combinés. Énée dans sa 
prière, à la face des deux armées, déclare (189) : 

Non ego nec Teucris Halos parère jubebo 
Née mihi régna peto ; parïbus se legilnis ambae 
Invictae gentes aeterna in foedera imitant : 
- Sacra deosque dabo, soeer arma Latinus uabeto, 
Imperium sollemne socer. 



lxii INTRODUCTION. 

Junon, à son tour, pose à Jupiter C3S conditions de l'alliance 
des deux peuples (823) : 

Ne vêtus indigenasnomen mutare Latinos 
Neu Troas fieri jubeas Teucrosque vocari 
Autvocem mutare viros autjverterevestem. 

Ainsi les Latins garderont leur nom, leur langue et leur 
costume. Jupiter répond par la contre-partie : « Morem 
ritusque sacrorum | adjiciam » (836). Il semble ici que les 
Troyens n'apporteront rien du tout. Mais Jupiter donne 
comme sien ce qui est leur. Le v. 192 montre que tnos 
ritusque sacrorum viendront d'Énée. Jupiter ménage son 
irascible épouse et fait passer doucement l'article qui pour- 
rait lui être désagréable. Il réduit le plus possible le rôle des 
Troyens. Ces prophéties expriment les origines romaines, 
telles que les a comprises Virgile. 

Mais il ne faudrait pas conclure que, pour le poète, Énée 
est un héros exclusivement religieux et que ÏÉnéide est un 
poème religieux. Énée est « le pieux Énée » depuis les pre- 
miers récits qui le font sortir de Troie avec sa famille et ses 
dieux. Virgile n'a pas négligé cet aspect important de sa 
physionomie 1 . L'originalité du poète latin a été justement, 
d'abord de lui enlever toute raideur hiératique; puis de 
montrer en lui non seulement le continuateur des cultes 
troyens, mais encore le maître et le législateur. 

Notons en premier lieu les circonstances où Énée contredit 
sa réputation de froideur. A la découverte d.e l'incendie de 
Troie, il prend les armes instinctivement : c'est son premier 
mouvement, arma amens capio (II, 314). En Italie, Turnus 
vient de tuer Pallas avec des paroles et une attitude abomi- 
nables. Énée, transporté de fureur, enlève aussitôt huit jeunes 
gens, « viventes rapit, inferias quos immolet umbris | capti- 
voque rogi perfundat sanguine flammas » (X, 519-520). Vir- 
gile nous prépare à les voir égorgés froidement dans la pom- 
peuse cérémonie des funérailles (XI, 81). Dans l'entraînement 
de la lutte, la cruauté passe plus inaperçue. Mais elle reste. 
Si on se rejette sur l'imitation d'Homère pour excuser le 
poète, on peut trop facilement répondre qu'il n'était pas 

1. Boissier, La Religion romaine (Paris. Hac'iette), 1. 1, p. 221-314. 



L'ENEIDE. lxiii 

obligé de copier ce détail. Après la rupture du traité par les 
Rutules, Énée est sous les murs de Laurente et menace de 
détruire la ville où habite Lavinie : « Fulminât Aeneas armis 
summasque minatur | dejecturum arces Italum excidioque 
daturum » (XII, 654). 

La qualité habituelle d'Énée est l'endurance : « Quidquid 
erit. superanda omnis fortuna iérendo est » (V, 710). La 
matière du poème n'est pas, en effet, la victoire d'Énée, 
mais ses luttes et ses aventures. Comme les Géorgiques, 
YÉnéide est un poème d'activité personnelle et d'énergie. Le 
destin n'y agit pas. Il est une sorte de personnage dans l'an- 
cienne tragédie grecque. Ici, il est une idée, un but vers le- 
quel se dirige l'action. C'est une idée politique, si l'on 
veut, à condition de lui donner toute la valeur de l'épithète 
grecque. Le destin est l'ensemble des réalités que l'avenir 
doit-produire dans un État bien organisé. Le destin éloigné 
est la fortune de Rome ; le destin le plus proche est l'arrivée 
du héros en Italie. Les événements sont les incidents d'une 
lutte, lutte intérieure contre le découragement ou la passion, 
lutte extérieure contre les difficultés inhérentes à toute lâche 
humaine et symbolisées par l'action d'une divinité jalouse. 
Remplaçons ces termes antiques par des notions modernes. 
Nous dirons qu'Énée a un devoir et que, pour le remplir, 
il doit surmonter certains dangers et vaincre ses passions. 
VÈnéide ressemble bien plus à une tragédie française du 
xvn e siècle qu'à une tragédie d'Eschyle ou de Sophocle. Le but 
à atteindre est complexe, au moins dans ses suites, et n'admet 
qu'une faible part de moralité. La marche vers le but met' 
en jeu tous les ressorts moraux d'Énée. Ainsi le poème, sous 
le vêtement de l'antiquité, est une œuvre moderne. 

Dans les premiers livres, Énée est faible et hésitant. Sou- 
vent la foi lui manque, II reprend confiance, quand le danger 
est passé : ainsi, il encourage ses compagnons après la tem- 
pête. Même alors, il lui reste des^ appréhensions, « spem 
vultu simulât » (I, 199). Le regret du passé troyen l'envahit 
soudain et détourne ses yeux de sa mission. Il a quitté la 
Phrygie malgré lui (III, 10-11). La rencontre avec Andro- 
maque rouvre tous ses regrets (III, 349-352) : heureux les 
mortels qui peuvent rester tranquillement chez eux et qui 
te. courent, pas au devant de rivages toujours fuyants (III. 



ixiv INTRODUCTION. 

493). Il a besoin de quelqu'un pour le stimuler et le garder : 
sa mère le rappelle à la réalité et au souri des siens en 
plein incendie du palais de Priam (II, 594). Pendant ses 
courses errantes, Anchise le guide et le conseille (III, 480, 
709). Virgile fait mourir Anchise en Sicile : d'après la légende 
antérieure, il entrait avec Énée dans la terre promise. Ce 
changement parait répondre d'abord à une nécessité qui est 
de l'essence même de l'Enéide: Énée devait pouvoir retrou- 
ver son père dans l'Elysée, aûn d'apprendre les destins de 
sa race et de. connaître sa postérité. De plus, l'épisode de 
Didon, si important pour le développement du caractère 
d'Énée, était difficile à conduire avec la présence d'Anchise; 
L'amour de Didon est la plus forte tentation qu'ait rencontrée 
Énée. Virgile a donné à la femme le caractère le plus sé- 
duisant: s'il a songé à Cléopàtre ; c'est pour rendre Didon plus 
sympathique : la reine de Carthage n'a pas la perversité de 
la reine d'Egypte. La victoire d'Énée sur lui-même n'est que 
plus éclatante. Nous ne devons pas juger d'après nos idées 
modernes de justice: car le héros n'écarte l'obstacle qu'en 
trahissant une femme. Virgile a conçu l'épisode comme une 
tragédie grecque, comme la lutte souvent immorale de 
l'homme et du destin. Ce sont les dieux qui nouent l'intrigue, 
ce sont les dieux qui la tranchent. A cette fatalité se joint 
un ressort tout humain, l'amour impétueux et dominateur de 
Didon, qui s'impose à Énée .un peu malgré lui et dont le 
poids excuse une séparation libératrice. L'àme troublée du 
fils d'Anchise trouve une détente et une tranquillité dans les 
cérémonies funèbres du livre V. Avec la gravité d'un chef de 
famille romain, il rend à son père les honneurs traditionnels. 
La célébration des jeux introduit un élément sportif, de joie 
physique, presque de gaieté : c'est une transition apaisante 
de la crise du livre IV à l'apocalypse du livre VI. Mais après 
l'incendie de ses vaisseaux, Enée retombe dans ses incerti- 
tudes : « Curas | mutabat versans, Siculisne resideret arvis I 
oblitus fatorum Italasne capesseret oras » (701-703). L'ombre 
d'Anchise le remet dans sa voie et lui donne rendez-vous aux 
enfers. 

Le livre VI est le point culminant de VÉnéide : la descente 
aux enfers va tremper pour toujours le caractère du héros. 
Virgile pensait à la régénération que procuraient les mys- 



L'ENEIDE. lxv 

tères. Énée reviendra sur la terre un homme nouveau, illu- 
miné par la révélation, convaincu de la réalité de sa mission, 
initié et confirmé. Sa prière, dans le temple d'Apollon, n'est 
pas exempte de souvenirs et de lassitude (56-62). Cependant 
il remercie le dieu, comme il doit, d'avoir dirigé le trait de 
Paris dans le corps d'Achille. Pourquoi? Horace nous le dira • 
« Parce qu'Achille eût égorgé les derniers Troyens, jusqu'aux 
enfants dans le sein de leur mère, et comme ces Troyens 
furent les ancêtres des.Piomains, Achille, en les supprimant, 
eût par avance et du même coup supprimé Rome 1 . » Énée 
mêle donc la conscience de sa mission aux regrets d'une 
vie exempte de soucis. A la recherche du rameau d'or, il 
se prouve à lui-même qu'il le trouvera; la Sibylle a dû dire 
la vérité, puisqu'elle n'a que trop exactement révélé le sort 
de Miséne : Énée est un croyant qui raisonne sa foi (188). 
Devant Didon il parle quand il devrait se taire. Sa rencontre 
avec ses compagnons d'armes (482), son touchant entretien 
avec Déiphobe (voy. p. b34, n. 5) l'attardent encore sur le 
passé. Le discours d'Anchise fixe enfin cette âme flottante, 
qui voyageait d'oracle en oracle. On a comparé ce discours 
aux exhortations par lesquels les moralistes anciens invitaient 
à la sagesse et à la philosophie. La revue des illustres Ro- 
mains est le dernier argument, celui qui enlève la volonté : 
« Et dubitamus adhuc virtutem evtendere factis? » (806). A 
partir de ce moment le héros voit sa route et y marche d'un 
pas affermi : « iMajor rerum mihi nascitur ordo, | majus opus 
moveo » (VII, 43). « Le vrai but du poème est enfin atteint : 
un caractère héroïque doit par des actes héroïques poser les 
fondements de l'éternel Empire romain 2 ». 

Énée aura désormais les vertus d'un chef. Il encouragera 
ses compagnons et parlera des guerriers morts avec une affec- 
tion toute virile (XI, 14). Ce mélange de force et d'humanité 
contraste avec la sauvagerie de Turnus et de Mézence. Énêe 
refuse de prendre à Lausus l'armure qu'il aimait (X, 827); 
ses regrets sur ce jeune ennemi contrastent ave:' les paroles 
de Turnus à Pallas (X, 491). Il était sur le point de ménager 
la vie de Turnus vaincu, quand il voit sur lui le baudrier 

1. Hor., Od., IV, 6, 9 suiv. ; cf. Ptessis, Mélanges Boissier, \>. 402. 

2. Fowkr, The religions expérience nfthe Ho»! an people. p. 422. 



lxvi INTRODUCTION. 

de Pal las (XII, 941) : on ne peut condamner plus nettement 
la coutume homérique d'enlever leurs armes aux ennemis 
abattus. Pour Énée, la paix est le but de ses efforts (XI r 96-97) ; 
la guerre, suivant la belle expression de Cicéron (De o/f., I, 
80; cf. ib. : 35), est la conquête de la paix (cf. XI, 110 suiv.). 
Il cherche constamment à terminer la guerre par un accord, 
ou du moins par un combat singulier. Il réclame pour lui seul 
le droit de lutter avec Turnus : il est fidèle à la foi jurée, 
que trahissent les Rulules. 

Par son mariage avec Lavinie, Énée l'exilé deviendra ie 
véritable roi des Latins. Cela peut n'avoir aucun sens parti- 
culier pour des modernes, habitués au gouvernement repré- 
sentatif. Le fait était capital pour des Anciens, pour des 
contemporains d'Auguste. Par delà l'établissement des Pé- 
nates troyens dans le Latium, par delà les guerres menées 
contre Turnus et les Italiens, un lecteur romain voyait né- 
cessairement l'œuvre d'Énée, œuvre de pacification, de civi- 
lisation, de législation. Virgile nous le montré préparé à cet 
avenir. Nous venons de voir en lui l'homme de la paix et 
des sentiments humains. Didon lui apprend à Carthage com- 
ment on fonde une ville, comment on lui donne des lois, com- 
ment on y fait régner la justice (I, 421-436, 503-508). Avant 
d'être ému par les grâces de la femme, il a été touché d'ad- 
miration pour la reine. Au sixième livre, la leçon d'histoire 
romaine n'a pu être qu'une leçon de politique et de grandeur ; 
la leçon de philosophie et de théologie instruit le futur lé- 
gislateur dans les plus hautes doctrines. On ne doit pas 
oublier qu'un législateur ancien est presque un prophète. 

La religion d'Enée a les traits de la religion romaine. Une 
grande place est faite aux observances et surtout à la tra- 
dition, tradition bien jeune souvent pour Énée, mais qui se 
revêtait de l'autorité des siècles pour les lecteurs. Quoique 
Virgile lui-même sente et exprime merveilleusement le sur- 
naturel et sache mêler à la tristesse de la mort les terreurs 
de l'invisible, la religion d'tnée est grave, sans être mystique. 
Aux ombres qui se pressent sur les bords du Styx, ce soldat 
présente la pointe de son épée (VI, 290). 

Comme \ Enéide est un poème essentiellement humain, la 
« scène dans le ciel » est réduite à de strictes limites. L'in- 
fluence des Olympiens est presque tout intellectuelle; elle 



L'ENEIDE. lxvii 

s'exerce par des suggestions, d'après des calculs. Plus de 
mêlées homériques où se confondent immortels et mortels. 
Les dieux eux-mêmes ont pris des caractères et des habi- 
tudes de politiques. Sans doute les intrigues de Junon et de 
Vénus autour de Didon et d'Énée sont des manœuvres bien 
déliées: on y sent des femmes habituées à la vie des cours. 
L'esprit d'Apollonius de Rhodes flotte autour d'elles. Mais si 
on considère <f ensemble leur action, on les voit agir par 
politique plutôt que par passion. Junon travaille pour Car- 
thage, Vénus pour Rome. Les motifs personnels, les meur- 
trissures de la vanité, les calculs d'intérêt sont rejetés à 
l'arrière-plan. 

Tout concourt à éclairer le but et l'esprit du poème. La 
physionomie du héros'se dégage plus nettement. Sa mission 
se confond avec celle de Rome. « Populosque féroces | contun- 
det moresque viris et moenia ponet » (I, 264) ; c'est aussi la 
tâche'Jle Rome : « Pacis imponere morem,... debellare super- 
bos » (VI, 8o2). 

Ainsi une mission fixée par le destin, un héros d'abord 
hésitant, enfin résolument entré dans le chemin du devoir, 
résument VÉnéide. Si on veut, par contraste, savoir ce que 
c'est qu'une épopée religieuse dans nos littératures d'Occi- 
dent, on n'a qu'à lire ou la Messiade ou le Paradis 
perdu. '~" 

La composition du poème a un mouvement narratif con- 
tinu, dû plutôt à l'habileté et à la concentration du plan qu'à 
une facilité abondante et spontanée. Frédéric Schlegel aurait 
voulu que Virgile eût fondu les Géorgiques dans VEnéide en 
une série d'esquisses beaucoup plus libres: ainsi eussent 
été unies la nature et les traditions 1 . Il n'y a pas d'idée plus 
opposée à l'esprit de Virgile et à la conception réaliste de 
VÉnéide. On voit là l'incapacité de la critique allemande à 
comprendre le génie ordonnateur et unitaire des Latins, Ce 
qu'il fallait fondre en un tout, c'étaient la légende et l'his- 
toire, l'histoire dans la légende. L'histoire est annoncée par 
des prophéties et des visions, qui sont habilement provo- 
quées par l'action et le caractère d'Énée. VÉnéide n'a pas 

1. Hist. de la littérature ancienne et moderne, trad. W. Ducket 
(Paris, 18-29), t. I, p. 147. 



Lxviu INTRODUCTION. 

vraiment d'épisodes. Même la description du bouclier est 
amenée naturellement et à sa place 1 . On a supposé que Vir- 
gile aurait changé sa rédaction pour faire disparaître cer- 
taines contradictions qu'on tient à y voir. Mais l'examen des 
Gcorgigues montre que le poète avait sur la composition des 
idées qui ne cadrent pas avec la logique de l'école, et, quand 
on y regarde de près, les remaniements qu'on réclame pa- 
raissent le plus souvent impossibles. La dernière revision 
aurait, sans doute, consisté dans des retouches de style et 
dans l'achèvement de quelques morceaux. 

Virgile a usé très habilement de la division en livres. 
Les savants d'Alexandrie l'avaient introduite dans les poèmes 
homériques, et, si Névius l'a négligée dans son Bellum Poe- 
nieum, Ennius avait réparti ses Annales en dix-huit livres. 
« Virgile, qui a réduit à douze le nombre des livres de son 
épopée, a fait de chacun d'eux un tout, qui a sa vie à part 
et qui contraste avec les autres. Cela est surtout sensible 
dans la première moitié de Y Enéide: la seconde est plus 
uniforme, parce que le sujet se prêtait moins à la variété, 
mais là encore chaque livre à ses épisodes distincts et son 
caractère. Cet effort vers la variété se retrouve, si l'on 
examine chaque livre en lui-même. Il est fait d'un certain 
nombre de morceaux qui s'opposent. 2 » Servms avait déjà 
noté (III, 718) que chaque livre est généralement terminé 
par une catastrophe : la perte de Creuse au livre II, la mort 
d'Anchisc au livre III, celle de Didon au livre IV, l'accident 
de Palmure au livre V, le thrène de Marcellus au livre VI; 
les trois derniers, livres s'achèvent par la défaite des plus 
notables antagonistes d'Énée, Mézence (X), Camille (XI) et 
Turnus (XII). Le premier livre estime introduction qui se lie 
étroitement aux suivants ; mais le tableau du festin, l'éveil de 
l'amour chez Didon, l'oubli d'Énée qui, près de la femme 
déjà éprise, se détourne de l'avenir et remue tous les sou- 
venirs du passé, forment un ensemble intéressant par lui— 
même., posent les personnages avec .leurs faiblesses, enga- 
gent l'action pour un tiers du poème. Le livre VII se clô 

1. Plessis, La Poésie latine, p. 242siuv. 

■2. Cartault, Vues d'ensemble sur VEnéide, dans la Revue interna- 
tionale de l 'enseignement, t. XXXf (1896), p. 11 du tirage à part. 



L'ENEIDE. lxix 

Sur la "revue pittoresque des peuples italiens ; le livre VIII, 
sur la description du bouclier d'Énée; le%vre IX, sur la 
fuite de Turnus hors du camp troyen, ce prodige de force 
et d'adresse qui devait passionner les connaisseurs. Une cer- 
taine variété s'allie donc à la recherche d'une conclusion 
frappante.. Il ne serait pas difficile, au surplus, de trouver 
des ensembles de livres comme dans les Géorgiques. Les 
quatre premiers sont un tout, et le récit d'Énée (II-III) en est 
la partie centrale, -mais non la plus importante. Car Virgile 
n'écrit plus un poème didactique; il doit assurer le progrès 
de l'action dans les combinaisons du plan. Le livre IV" mar- 
que le sommet et le dénouement d'une crise. Les livres V à 
VIII forment un deuxième groupe. Ils sont la préparation 
directe d'Énée à la lutte finale, par les jeux, répétition de la 
guerre véritable, et où les Troyens déploient et exercent (eut 
force avec méthode et discipline: parle souvenir et les avis 
d'Anchise qui sert de lien entre les livres V et VI: par l'ini- 
tiation du livre VI: par les incidents du livre VII, causes 
directes de la lutte; par l'accueil d'Évandre et les rensei- 
gnements qu'il donne à Énée au livre VIII. Les quatre der- 
niers livres sont le récit de la guerre, menée d'abord en 
l'absence d'Énée (exploits de Turnus, livre IX), puis par Enée 
dans ses trois phases caractéristiques, le combat au débar- 
quement (X), la bataille dans la plaine de Laurente (XI), 
l'attaque de la viile et le due! des deux rivaux (XII). Les 
commentateurs, dès l'antiquité, ont distingué deux parties 
dans V Enéide. Ils ont été inspirés par certaines expressions 
du poète et par la comparaison de la première moitié à 

YOdyssée : de la seconde à l'Iliade; division et comparaison 

ne sont justes qu'en gros. 

L'imitation d'Homère était, en effet, un des avantages du 
sujet. Elle est fréquente dans la conception des personnages 
et des épisodes comme dans l'expression. Une analyse mi- 
nutieuse prouverait que Virgile imite en corrigeant et en 
combinant, et souvent, sans doute, à travers les Annales 
d'Ennius, le grand devancier. On peut seulement citer ici 
deux jugements qui montrent les variations de la critique. 
La Harpe dit : « Homère, en chantant le siège de Troie, 
avait pris pour son sujet ce qu'il y avait alors de plus fameux 
dans le monde, et Virgile, en voulant célébrer l'origine de 



lxx INTRODUCTION. 

Rome, s'est obligé à s'enfoncer dans les antiquités de l'Italie, 
aussi obscures que celles de la Grèce étaient célèbres 1 ». 
Sainte-Beuve se plaint que Virgile ait « trop dispensé, et les 
modernes et les Romains déjàde l'antique et divin Homère »: 
« c'est, ajoute-t-il, que l'Ida aux miile sources est bien loin, 
et qu'Ithaque est bien petite ; .c'est que Rome est Rome, et 
que tous les peuples issus d'elle en ont gardé toujours à leur 
horizon une vue présente, et ont un reste de sang latin 
jusque dans leurs veines 2 ». C'est donc que nous lisons 
V Enéide j un peu comme le faisaient les contemporains de 
Virgile; la grande image de Rome domine tout, et Auguste, 
a la cbose romaine prise au point de vue d'Auguste » sont, 
avec Homère, « les grandes sources qu'il importe de bien 
.posséder tout entières, et sur lesquelles la critique a, pour 
ainsi dire, à s'établir à demeure pour bien comprendre 
V Enéide 5 ». A cette image de Rome, on comparera les 
esquisses des prédécesseurs latins de Virgile, d'Ennius sur- 
tout: autour d'Homère on groupera les poètes grecs dont on 
saisit des échos. 

Le style de Y Enéide ne peut être analysé en une page. On 
trouvera dans les notes quelques indications. Virgile a créé, 
pour la poésie, un nouveau type de phrase, une nouvelle 
période. Tandis que la période oratoire se déploie avec une 
série de membres subordonnés qui s'étagent, la période de 
Virgile inarche d'un mouvement continu et se développe par 
des additions successives, des membres coordonnés ou (plus 
rarement) simplement juxtaposés. Les alternatives et les 
antithèses s'y balancent tout autant que chez Cicéron, mais 
les articulations sont différentes: ce sont des particules ou 
des répétitions de mots. Les développements sont rapides; et 
cette rapidité entraîne à la fois la composition et le style. 
Que de détails les exégètes modernes réclament lourdement, 
au nom de la logique ! Virgile a simplifié, déblayé, il a omis 
résolument tout ce qu'un lecteur d'Hermann et Dorothée 
regrette. Les scoliastes de l'antiquité, qui avaient la pratique 
de la rhétorique, expliquent ces prétentions xaxà zh g-kdtiuj- 

1. Lycée ou cours de littérature, I* Partie, chap. 4, sec.t.*2 (Paris, 
1821, t. I er , p. 249). 

2. Étude sur Virgile, p. 36. Voy. Patin. Poésie Int., t. I., p. 200. 

3. Sainte-Beuve, ib., p. 71. 



L'ENEIDE. , lxxi 

j^êvov, par « le passé sous silence »'. Virgile semble faire 
entendre lui-même qu'il ne dit pas tout (voy. p. 696, n. t>). 
L'expression est souvent délicatement cherchée. Nous devons, 
à cet égard, perfectionner les habitudes de l'enseignement : 
mettre une étiquette sur un détail du style n'est pas l'expli- 
quer. Mais l'étiquette est utile, quand on la comprend. Et 
alors on est frappé du modernisme de ce style. Dans V Enéide, 
nous retrouvons la pratique de l'hypallage. Cette figureJest 
un procédé de poète symboliste. Ainsi Virgile « transporte » 
la qualité de la couleur à l'odeur : « Volvitur ater odor 
tectis » (XII, 591). Ailleurs l'épithcte est un moyen de sug- 
gestion; après « graveolentis Ayerni », dans « liquidum per 
aéra » (VI, 201), liquidum, par contraste, suggère l'image de 
la vapeur lourde et opaque de l'Averne. Virgile peint les 
objets suivant l'impression de notre sensibilité (hypallage), 
disjoint les notions d'après la succession des opérations psy- 
chologiques (hendiadyin; voy. p. 535, n. 5), les groupe suivant 
leur ordre d'importance pour la conscience (hystérologie; 
voy. p. 527, n. 1). Sous ces termes d'écoje, ce sont les har- 
diesses les plus inattendues, les plus neuves, qu'un poète 
moderne retrouverait. Tantôt un détail nous montre les 
ombres colorées par contraste (XII, 68); tantôt dans un vaste 
tableau, les jeux de lumière teintent l'action d'éclaircies ou 
de ténèbres, au cours de la nuit de Troie, dans cet admirable 
livre II, un des chefs-d'œuvre de la poésie universelle 2 . 
Dans le style, on reconnaît le même souci de la variété que 
dans la composition; une peinture vigoureuse, un tableau 
dramatique, une émotion vive sont suivis d'une description 
champêtre et reposante 5 . Cet art raffiné, partout présent, 
reste contenu et discret; il ne se découvre qu'à la lecture la 
plus attentive. 

l'Enéide a été publiée par Varius et Tucca après la mort 
de Virgile, c'est-à-dire après le 21 septembre 735/19, et 
avant les jeux séculaires d'Auguste, c'est-à-dire avant le 
1 er juin 737/17 4 . On doit penser qu'elle était présente à 



1. Voy. Servius, X, 238 et ailleurs; et Patin, Poésie, t. I, p. 203. 

2. Voy. p. 307, n. 4; p. 314, n.7 ; p. 322, n. 8. 

3. Voy. p. 332, n. 4; p. 650, n. 3 ; etc. 

4. Boissier, dans la Bévue de philologie, t. VIN (1884), p. i r 



lxxïi tNTROBUCTlON. 

l'imagination et au cœur des nombreux Romains accourus à 
cette fête dont Horace avait écrit l'hymne solennel. La civili- 
sation romaine, la civilisation humaine, célébrait ce jour-là 
un des rares moments où elle a gravi un sommet. L'année 
suivante, Lollius était battu ; les Germains enlevaient l'aigle 
de la cinquième légion. Cette défaite, «une honte plutôt qu'un 
desastre 1 », montrait le danger. Tout ce qu'avait chanté 
Virgile, tous les espoirs qui l'avaient inspiré, étaient une 
lois de plus menacés, par une barbarie autrement redou- 
table que la sauvagerie des italiens primitifs; c'est une 
barbarie qu'aucun Énée ne peut dresser ou corriger 2 . 

1. Suétone, Avg., "23, 1. 

2. Sur la composition de l'Enéide, voy. plus haut, p, xi, un résumé 
des conclusions auxquelles Ribbeck était arrivé. — Le bronze d'Auguste 
ci-dessous (revers), porte une couronne civique entre deux lauriers. La 
couronne civique, laite avec le chêne aescnlus consacré à Jupiter, était 
attribuée au soldat romain qui avait sauvé un citoyen eu tuant un 
ennemi. « Corona querna uti super januam domus Imp. Caesaris 
Aueusli poneretur senatus decrevit ;quod rem publieam populi "Romani 
restituit » (Corp. inscr. lai., I, T éd., p. 231). « Augustus civicam coro- 
nam a génère humano accepit » (Pline, N. IL, XVI, 8). Les branches 
de lauriers rappellent les deux lauriers, plantés de chaque côté de la 
maison d'Auguste pour commémorer ses triomphes, « quia perpetuos 
meruit domus ista triumphos » (Ovide, Tristes, I, 41). Légende : ob 
clvls servatos (11 long indique la longueur de la voyelle 5 remarquer 
l'accusatif en -is). 




LA LÉGENDE D'ÉNEE ET DE UOMULUS 

AVANT LA COMPOSITION DE l'KNT.HT'E, 

Fresques de l'épôquè de Virgile-. 

Les fresques dont nous donnons le dessin, d'après les Mo- 
numenli delV lslituto (t. X, pi. lx), ont été trouvées en ïïiïb 
sur la voie de Préneste, à l'extrémité de l'Esquilin, enire 
Sainte-Marie-Majeure et la ruine appelée temple de Minerva 
Medica. Elles décoraient une grande chambre sépulcrale voi- 
sine du columbarium de la familin des Slalilii Tauri. Au 
m e siècle de notre ère ; on adapta l'hypogée au nouvel usage 
d'enterrer les morts et ce ne fut pas sans dommage pour les 
peintures. Elles sont aujourd'hui au musée des Thermes à 
Rome. 

Elles se succèdent sur les quatre murs, qu.?md à partir de 
l'entrée, on va de droite à gauche. Elles étaient accompagnées 
de phrases explicatives dont il reste quelques vestiges. La 
muuaille de l'Ouest a presque perdu toute sa décoration. 

Ce cycle de représentations, remarquables par le mouve- 
ment et l'action, a été exécuté peu avant la composition de 
l' Enéide. La tradition suivie n'est pas tout à fait la même que 
dans Virgile. 

1. Fondation de Lavinium par Enée. Deux tours se dressent 
de chaque côté d'un mur que des hommes sont en train de 
bâtir. A gauche une femme debout peut être Lavinie. La pein- 
ure s'accorde avec Virgile, contre Caton, pour faire de Lavi- 
nium une fondation d'Enée et non la ville de Latinus. 

2. Bataille du Numicus. Les deux partis sont distingués par 
l'armement : les vainqueurs ont une armure plus ou moins 
complète et des boucliers ronds (clipei); les vaincus n'ont 
que des boucliers longs demi-cylindriques (scuùa). Une inscrip- 
tion effacée donne les noms des Latins et des Hulules pour 



lxxit [1ÉGENDE D'ÉNÉE ET DE ROMULUS. 

ceux des deux armées. Contrairement à la version suivie par 
Virgile, mais d'accord avec Caton, l'auteur des fresques sup- 
pose que les Latins et les Troyens font cause commune. 

3. Mort de Turnus. Une Victoire apporte une couronne à 
Enée, dont l'ennemi, un jeune homme imberbe, gît à ses 
pieds. Lïncident se place au commencement de la bataille ou 
d'une série de batailles, que continue la fig. 4. 

5. Conclusion de la paix. A droite, un Latin poursuit un 
chef Rutule, le seul qui porte un habillement. Il est vêtu de 
l'exomis, tunique grecque qui laissait le côté droit de la poi- 
trine découvert et le bras libre. Au centre, le Numicus est 
assis, sous l'aspect d'un vieillard barbu, tenant un roseau. A 
gauche, le chef Rutule conclut la paix avec un des vainqueurs 
porteurs du clipeus. 

6. Fondation d'Albe. La ville est personnifiée par une 
femme assise couronnée de tours. 

7. Ascagne quitte Lavinium. A droite, une ville représentée 
comme Aibe dans la figure précédente. Elle semble donner 
un ordre. Puis se tient assise, l'air triste, une femme que re- 
gardent avec compassion deux autres femmes debout dont 
l'une porte un plat; tout à droite, un jeune homme a pris 
l'attitude du refus. En avant, une divinité locale, assise, lui 
parle en faisant des gestes. C'est une scène d'adieux; dont le 
sens particulier peut être discuté. 

8. Rhéa Silvia ; assise, est créée Vestale devant une nom- 
breuse assistance. On y distingue cinq femmes vêtues d'un 
ample manteau. Tout à droite, un soldat assis regardant à 
droite. A gauche ; le pontife suprême, la tète voilée, se 
saisit de la future Vestale, sans doute en prononçant les pa- 
roles consacrées : Te, Amata, capio. (Voy. p/587, n. 6). 

Ce personnage a été pris pour une femme par les archéo- 
logues qui se sont occupés de ces fresques. En étudiant la 
scène, j'avais été amené à l'hypothèse qu'on vient de lire. 
M. Franz Cumont, que j'ai consulté, a bien voulu examiner 
la fresque à Rome, et me donner la réponse suivante : « Il 
est difficile de se faire une idée certaine du sexe d'un person- 
nage habillé des pieds à la tête de vêtements flottants, et 
dont on ne voit que le visage, deux mains et un avant-bras. 
Toutefois, je croirais plutôt qu'il s'agit d'un homme : les 
traits du visage sont durs et le ton des chairs est brun foncé. 



LÉGENDE D'ÉNÉE ET DE ROMULUS. lxxv 

De plus, la coiffure a une forme étrange que rend mal la 
gravure des Monumenti : on dirait que le voile blanc est 
soulevé par un bonnet élevé, qui pourrait être Y apex. Mais, 
comme toute la surface de la peinture a souffert et qu'elle a 
été lardée de coups de pic, il est malaisé de se former une 
opinion. » 

9. Négociations entre Amulius et Numitor. Amulius s'est, 
emparé du trône, qui appartenait à Numitor, son frère aîné. 

10. Rliéa Silvia est surprise par Mars. Adroite, des bergers 
s'enfuient. A gauche, est à demi couché le dieu de la source, 
où Rhéa Silvia venait puiser de l'eau dans une amphore qu'on 
voit brisée à ses pieds. La silhouette d'un arbre et une 
femme portant une corne dfabondance indiquent que le lien 
de la scène est un bosquet. 

11. Condamnation de Rhéa Silvia. Au centre, Amulius, 
assis sur un trône, regarde d'un air sévère la coupable as- 
sise à sa gauche. 

12-13. A droite, une scène incertaine : un jeune homme 
est accoudé contre un roc'her dans une pose de tristesse. 
Puis, l'enduit de la peinture est parti, laissant voir deux 
pieds d'un personnage central; plus loin est assise une 
nymphe locale. La partie gauche de la figure représente l'ex- 
position des fils jumeaux de Rhéa Silvia, Romulus et Rémus. 
Le dieu Tibre, couronné de roseaux et tenant une rame, sert 
à désigner le lieu. 

14. Romulus et Rémus gardant les moutons. Adroite, divi- 
nité locale. 

Le peintre a omis la scène souvent reproduite de la louve 
allaitant les jumeaux. 

Cet ensemble montre qu'on avait établi un lien étroit 
entre la légende d'Énée et celje de Romulus. Pour Ennius, 
Romulus est le petit-fils d'Enée. 



vmoiLË, 



lxxvi LÉGENDE D'ÉNÉE ET DE ROMUEUS. 




\ Vr 



•l\\ 



m^m 



Fig. 2. — 'La bataille Fig. 1. — Fondation de Lavinium 

du Numicus. par Énée. 




Fig. 3. — Énée vainqueur de Turnus 




Fig. 4. — Suite de la bataille de Numicuî 




Fig. 5. — Fuite'desJRu tules; conclusion de la paix. 



LÉGENDE D'ÉNÉE ET DE KOMl Ll 



~7 










Pi . 6. — Fondation 'd'Albe, 




Fig. 7. — Ascagne quitte Lavinium. 




Fïg. 8. — Rhéa Silvia consacrée Vestale. 




1 , 9 # _ Négociations entre Arnulius et Numitor 



lxxviii LEGENDE D'ÉNÉE ET DE ROMULÛÉ 



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Fig. !0. — Rhea Sjlviâ surprise par Mars. 



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... . 



Fig. H. — Condamnation de Rhéa Silvia. 



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Exposition de Romulus et de Rémi 



Fig. 12. — Scène 
incertaine. 



X 



-..-■ 






fig, j.t t ■* Romulus et Réunis barges» 



BIBLIOGRAPHIE 



On trouvera des renseignements et une première prépaie 
ration dans les histoires de la littérature latine. Les ouvrages 
qui vont être indiqués ci-dessous sont les plus utiles, les 
plus célèbres ou les plus accessibles. A une élude approfon- 
die, la connaissance des derniers articles de revues est en 
outre nécessaire: nous ne pouvons en mentionner aucun. 
Ces articles sont analyses chaque année, pour l'année prêeé- 
dente, dans la Revue des revues et publications d'académies 
relatives à l'antiquité classique, annexe de la Revue de. 
p>hilologie, de littérature et d'histoire anciennes, à parlir 
de 187b'. Les ouvrages et travaux qui ont l'ait l'objet de comptes 
rendus sont mentionnés dans l'anahse des revues bibliogra- 
phiques, même Revue des revues, et, depuis 1911, dans un 
supplément séparé, la Revue 'des comptes rendus d'ouvrages 
relatifs à l'antiquité classique. Les tables de la Revue 
des revues permettent de retrouver des articles qui touchent 
à Virgile et dont le titre ne contient pas le nom du poète. 
Depuis 1908, M. P. Rasi publie dans les Atti e memorie deUa 
reale Accademia virgiliana de Mantoue une Ribliogrofia 
virgiliana, comprenant une analyse et une discussion de tout 
ce qui parait sur Virgile, livres et articles. Une étude 
d'ensemble sur les travaux relatifs à Virgile a été faite par* 
Benoist dans les .introductions de sa grande édition, il y a 
quarante ans. 

Ouvrages généraux. — Sollar. The Roman poets of the 
Augustan âge, Virgrl, Oxford. 1877: 3 G éd.. 1897. (l'étude la 
"plus complète et la meilleure, malgré un peu de diffusion). 
— Patin (IL), Études sur la poésie latine. Paris. 1869, 
t. L, p. 138-236 (sur l'épopée latine, l'Enéide. Virgile et 
Horace). — Sainte-Beuve (O.-A.). Élude sur Virgile, suivie 



l\xx BIBLIOGRAPHIE. 

d'une étude sur Quintus de Smyrne, Paris, 1857 (parle 
surtout de V Enéide). — Plessis (F.). La poésie latine, Paris, 
1909, p. 200-254 : voy. p. ni. — Fénelon, Lettre sur les 
occupations de V Académie française: voy. surtout V, Projet 
de poéli sue ; X, Sur les Anciens et les Modernes. — L Qui- 
cherat, Traité de versification latine : (Paris, Hachette. 1826; 
nombreuses éditions): analyse du style poétique de Virgile 
et appréciation d'un grand nombre de passages ; cet excellent 
traité nous a dispensé d'insister sur de nombreux raffinements 
qu'il est aisé d'apprendre aux élèves à découvrir et qu'il est 
avantageux d'étudier, d'abord d'une manière générale, puis 
dans un morceau donné. — Boissier (G.), La religion romaine. 
Paris, Hachette, 1874, t. I er , p. 221-314 (articles de la Revue 
des Deux Mondes , 1873). — W. Warde Fowler, The religions 
expérience of the Roman people from the earliest Urnes to 
the âge of Augustus, Londres. 1911, p. 403-451. — Orsini 
(Fulvio) savant [romain (1529-1600) : Virgilius collatione 
scriptorum graecorum illustralus opéra et industria Fulvii 
Ursini, Anvers, Plantin, 1507. — Eichhoff (F. G.), Etudes 
grecques sur Virgile, ou recueil de tous les passages des 
poêles grecs imités dans les Bucoliques, Géorgiques et Enéide, 
avec le texte latin et des rapprochements littéraires : Paris, 
1825, 3 vol. — Lersch(L.), Antiquitates vergilianae ad vitam 
populi romani descriptae, Bonn, 1843. — Allais (E.-P.). Index 
copiosissimustn Virgilii opéra. Paris, 1825 : maniable; in- 
complet. — Merguet (H.), Lexieon zu Vergilius mit Angabe 
sàmtlicher Stellen, Leipzig, 1909-1912 : donne le texte de tous 
les passages avec les indications grammaticales utiles. — 
Wetmore (M. N.), Index verborum Vergilianus. New-Haven, 
Londres, Oxford, 1911 : indique seulement les références; 
très pratique pour une consultation rapide; voy. ci-dessous 
"aux éditions, celle de La Rue. — Goujet (abbé), Bibliothèque 
françoise, t. Y, 2 e éd., Paris, 1747, p. 47-236,. sur les tra- 
ductions françaises de Virgile ; p. 237-295, des écrits pour 
et contre Virgile : résumé des polémiques du xvn e et du 
xviii e siècle ; la bibliographie est au t. VI, p. 371-404; voir 
aussi les additions et corrections dans les tomes VII et IX. 

Editions complètes. — Une liste complète et critique des 
éditions se trouve dans Heyne et Wagner, t. IV, p. 635. — 
J. L. de La Cerda, jésuite espagnol, né à Tolède vers 1560, 



BIBLIOGRAPHIE. lxxx 

mort en 1643 (éditions partielles, Madrid, 1608, 1612, 1617 ; 
édition complète, Madrid, 3 vol. in-f°, ïol7) : commentaires 
surabondants exploités par les éditeurs suivants. — Nicolas 
Heinsius (Amsterdam, Elzevier, 1664 ; 2 e éd., 1676; Leyde, 
1684; etc.) : le texte fait loi pour cent ans ; cette édition ne 
doit pas être confondue avec celle du père, Daniel Heinsius 
(Leyde, 1636), qui est manquée. — Tanneguy Le Fèvre 
(1615-1672), le père de Mme Dacier (Tanaquil Faber, Saumur, 
1675). — Ch. de La Rue (Ruaeus), jésuite français, 1643-1725 
(Paris, 1675, in-4°; 2 e éd., Paris, 1682): de la collection 
Ad usum Delphini, avec une paraphrase en prose et des 
notes explicatives; index. — P. Burmann (Amsterdam, 4 vol. 
in-4°, 1746) : compilation des anciennes éditions ; en dehors 
■de là, négligeable. — Chr. Gottl. Heyne (Leipzig, 1767-1775, 
4 vol.) : la première des éditions de Heyne ; la troisième 
(1801-1803) a un index, qui n'est pas tout à fait complet, 
par A. W. Schlegel et Fiorillo. — Brunck (Strasbourg, 1785 
et 1789) : <î Brunck avait le goût essentiellement français; et 
c'est même ce qui l'a entraîné à raffiner outre mesure » ; 
mais son. tact délicat, sa perspicacité, son atticisme ingé- 
nieux, qui rendait ses Analecla chers et utiles à André 
Chénier, font de lui « une gloire française de Strasbourg » ; 
on peut lui reprocher de n'avoir « pas assez pratiqué la 
méthode allemande qui prépare laborieusement les matériaux » 
(H. Dezeimeris, Corrections et remarques, III e sér., Bor- 
deaux, 1883, p. 15, note 1). — Chr. G. Heyne et G. Phil. 
Eb. Wagner (Leipzig, 1830-1841, 5 vol.) : cette édition, la 
4 e de Heyne, a une importance de premier ordre pour la 
discussion et l'explication du texte, l'étude des sources, la 
grammaire. — A. Forbiger (Leipzig, 1836-1839; 4 e éd., 1872- 
1875): la 4 e édition est le répertoire le plus complet qui 
existe ; bons index des noms propres, des matières et des- 
faits relevés dans le commentaire. — Toutes les éditions qui 
précèdent ont leurs notes en latin. — Th. Ladewig (Berlin, 
1850-1853); remaniée à partir de 1876 par Schaper, depuis 
1891 par P. Deuticke, depuis 1912 par P. Jahn (3 vol., notes 
en allemand) : Ladewig a eu des vues spécieuses ; son œuvre 
a plus perdu que gagné à la dernière réédition. — Dubner 
(Paris, D'idot, 1851; « perpetuo commentario ad modum Io. 
Bond explicata », 1858, avec tig.) : notes intéressantes et 



lxxxii BIBLIOGRAPHIE. 

personnelles. — J. Conington (Londres, 1858-1862 : revue par 
Nettleship, 1871-1881; t. I, par Haverfield, 5 e éd., 1898; 
t. II, par Nettleship, 4 e éd. r 1884: t. III, par Nettleship, 3 e éd. 
1883) : un des commentaires les plus fins et les plus judi- 
cieux qu'on ait donnés d'un auteur latin; notes en anglais. — 
0. Ribbeck (Leipzig, 1859-1868; Prolegomena, 1866; édition 
réduite, 1894-1895): édition critique en latin, avec les va- 
riantes des mss et les citations des anciens; voir p. lxvxviii. 
— Eug. Benoist (Paris, Hachette, 1866-1876; dernier tirage 
1882-1890): voy. Revue critique, 1867. t. II, p. 305. Édition 
dont la portée pour les éludes latines en France a été consi- 
dérable, ce que font comprendre assez bien ces mots de 
Sainte-Beuve, en conclusion dune remarque de .Benoist : 
« Avis à nos jeunes maîtres ! C'est à eux d'avoir raison de* 
la routine, de remettre au pas l'enseignement secondaire, et 
de faire que l'humaniste, en nos écoles, rejoigne au plus 
tôt le philologue » (Nouveaux lundis, t. XI, p. 181; article 
consacré à cette édition). Les « jeunes maitres « ne sauraient 
trop lire et relire les introductions de Benoist, qui n'ont rien 
perdu de leur actualité. = Editions classiques publiées en 
France: L. Quicherat (Hachette, 1828), W. Rinn (1864). 
Aubertin (1864), Diibner (Lecoffre, 1857), Benoist (1873)! 
Goelzer (1908), Lechatellier (1909), Pichon (1916) ; en Angle- 
terre : Kennedy (1876), Papillon et Haigh (1882), Sidgwick 
(1887), etc. = Texte sans notes: Haupt (Leipzig, 1858), 
Ribbeck (Leipzig, 1867), Thilo (Leipzig, 1886), Giithling (Leip- 
zig, 1886), Kloucek (Prague, 1886-1888), Hirtzel (Oxford, 1900). 

Éditions partielles et ouvrages s or un des poèmes. — 

. 1° Bucoliques : A. Waltz (Paris, 1893), Glaser (Halle, 1876; 

notes en allemand; fantaisiste). = A. Cartault, Etudes sur 

les Bucoliques de Virgile (Paris, 1897) : livre important, très 

utile même pour l'interprétation [de détail. 

2° Géorgiques. — Editions spéciales : Martyn (1699-1768), 
professeur de botanique à l'Université de Cambridge (Londres. 
1741; plusieurs fois réimprimée) : avec notes et traduction 
en anglais, surtout importante pour le commentaire de fond; 
figures; I.-H. Y.oss (Hambourg, 1789; Altoua, 1800, 2 vol.): 
célèbre traduction en vers allemands, mentionnée -ici à cause 
des notes sur l'agriculture; A. Waltz (Paris, 1898): édition 
classique. — Traductions françaises : envers, Segrais (publiée 



BIBLIOGRAPHIE; Lixxiii 

par Hubert le Tors. Paris, Lefébvre-, 1712): Detiile (1769; voy. 
p. xxxvii-xvxviii); en prose, Lanloine Paris. Hachette. 1910 . 
3° Enéide. — Editions spéciales : P. Hofman-Peerlkamp 
(Leyde, 1843; 2 vol.) : conjectures et suppressions inadmis- 
sibles, niais très suggestif: — Gossrau (Ouedlimbourg-. 1876: 
notes en latin);— P». Sabbadini (Turin, 1884-1888: 4 vol.) : < ; di- 
tion classique avec notes en italien, importante pour le 
détail et pour des hypothèses sur la chronologie relative des 
divers chants; — livres I et II. par Weidner (Leipzig, 1869) 
— livre VI, par Ed. Norden (Leipzig-. 1903; 2* édil. ï'.»10). — 
Traductions françaises envers par Segrais (Paris, 1668-1681 ; 
2 vol. avec des remarques paginées séparément); par Delilie 
(Paris, 1804; avec notes de Delilie peur 1-îV. de Fontanes 
pour Y- VI. de M.-.ï. Michaud pour le reste). = Les parodies 
ne sont pas inutiles pour l'histoire de riuterprélalion et la, 
critique littéraire (voy. p. 542. note 4). La plus connue c4l 
celle de Scarron (1648-1655). Cf. P. P. (LionneiYm). dans la 
Revue d'hist. litlér. de la Franee. t. Y11I (1001), p. li". = 
J. Henry, Aeneidea, or critieal, ëxegetieal and eslhetical 
remarks on the Aeneis. Londres et Dublin, 4 .Vol. el index. 
1873-1892. — \V. W. Fowler, VtrgiVs « gathering of the 
clans » ; Oxford, 1916 : sur Vil, 601-817. — Le même. Aeneas 
at the site of Rome, Oxford, 1917 : r snr. le livre VIII. = 
H. Nettleship, Suggestions iatroductory to a study of the 
Aeneid 1 Oxford, 18?;"): réimprimé dans hectares and Esèàyê] 
Oxford, 1885, p. 97-142. — L. Mtignier. Analyse critique et 
littéraire de l Enéide. Paris, Hachette. 2 vol., 1828. — IL Heinzr. 
Virgils ejnsche rec/mifc^Leipzig'. 1903; 2 e éd.. 1908 : fait hop 
dépendre la composition et l'art d_e Virgile de conventions 
littéraires; on ne peut se borner à démonter les éléments 
dont un épisode ou un poème est construit en négligeai»! 
volontairement l'esprit qui anime la construction, sans mé- 
connaître le fond même des choses. — R. Sabbadini, Studi 
critici sulla Enéide. Lonigo. 18K9 : interprétations, ques- 
tions grammaticales, chronologie. — Boissier ((J.). Nouvelles 
promenades arcltéoloyiques. Horace et Virgile, Paris, L886 
(articles de la Revue des Deux-Mondes. 1883-1885) : le pas s 
de l'Enéide : la légende d'Énée, Énée en Sicile, Oslie et 
Lavinium, Laurenle. — Glover (M. P.), Studies in \'ie<jil. 
Londres. 1904 : sauf un chapitre préliminaire, consacré à 



lxxxiv BIBLIOGRAPHIE. 

l'Enéide; résumé agréable. — Schwegler (A.). Romische 
Geschichte, t. I, Tubingue, 2 8 éd., 1867 : chef-d'œuvre de 
science profonde et claire, ce volume reste l'ouvrage fonda- 
mental sur la légende d'Énée. — Hild (J.-A.), La légende 
d'Énée avant Virgile, articles dans la Revue de l'histoire 
des religions, t. VI (1882), p. 41, 144 et 293 {Études de 
religion et de littérature anciennes, I, Paris, 1883) : d'après 
Schwegler. Voir, du même, d'excellents articles sur la reli- 
gion romaine, dans le Dictionnaire des antiquités de Saglio, 
notamment Mânes et Pénates. — Jal (A.), Virgilius nauticus, 
Examen des passages de l'Enéide qui ont trait à la marine, 
Paris, 1843. — Rébelliau (A.). De Vergilio in informandis 
muliebribus quae sunt in Aeneide personis inventore, Paris 
(thèse), Hachette, 1892. — De Witt (N. W.), The Dido épisode 
in the Aeneid of Virgil, Toronto, 1907 (thèse de Chicago). 

— La Ville de Mirmont (H. de). Apollonios de Rhodes' et 
Virgile, la mythologie et les dieux dans les Argonauliques 
et l'Enéide, Paris, Hachette, 1894 (thèse). 

- Commentaires anciens. — Nous avons sous le nom de Ser- 
vius deux groupes de scolies : 1° Servius proprement dit, 
dont l'auteur écrivait peu après 395, qui fait prédominer les 
remarques de style et de grammaire: 2° Pseudo-Servius, que 
Bibbeck appelait à tort Philargyrius, que Ton désigne sou- 
vent, par le nom du premier éditeur, Servius de Daniel 
(Paris, 1600): très précieux pour ses notes d'archéologie, de 
mUhologie, d'histoire et d'histoire littéraire, compilé vers 
l'an 500. Voy. Ém. Thomas. Essai sur Servius (Paris, 1879). 
Il y a encore des fragments d'autres commentaires, dont les 
plus importants sont le conlmentaire explicatif et littéraire 
de Tib. Claudius Donatus (iv e ou V e siècle?), les scolies de 
Berne (pourries Rucoliques et les Géorgiques), et les scolies 
de Vérone. Édition de Servius et des scolies/ par Thilo et 
Hagen, Leipzig, 1881-1902: des s.colies de Berne, par Hagen, 
Leipzig, 1867; de Donatus, par Georgii, Leipzig, 1905-1906. 

Manuscrits. — Virgile est le seul auteur latin dont nous 
ayons autant de manuscrits, complets ou fragmentaires, qui 
remontent à la fin de l'antiquité. A l'époque carolingienne, il 
devait en exister davantage; le principal intérêt d'un ms. 
du jx e siècle est de nous offrir peut-être la copie directe, ou 
presque directe, d'un de ces mss antiques perdus pour nous. 



BIBLIOGRAPHIE. lxxxv 

Après le ix c siècle, les mss de Virgile sont sans utilité pour 
établir le texte; ils ne peuvent servir qu'à son histoire à tra- 
vers le moyen âge et attester la vulgate alors répandue dans 
les écoles et le monde lettré. 

Aucun manuscrit ne semble remonter à la période du Haut- 
Empire romain. Les plus anciens ne peuvent être antérieurs 
à Dioclétien. Ils présentent les* caractères du livre nouveau, 
formé de cahiers en parchemin, par opposition au rouleau 
de papyrus. Leur exécution se rattache à cette première 
Renaissance des lettres classiques, quand, après l'anarchie 
du ni e siècle, l'État romain se reconstitua en Empire byzantin, 
et quand les hautes classes, fidèles à la tradition et à l'ancienne 
religion, cherchèrent, en face du christianisme, à renouer les 
liens avec le passé. La littérature était un des premiers élé- 
ments de cette civilisation païenne que l'on tentait de res- 
taurer dans le monde des Symmaques. A leur tour, les 
chrétiens, surtout après le règne de Julien, voulurent donner 
à leur croyance cet ornement. Tous les mss antiques de 
Virgile sont en écriture capitale, semblable à notre majuscule 
d'imprimerie, sans séparation de mots. On en trouvera des 
spécimens dans Châtelain, Paléographie des classiques latins, 
Paris, Hachette, 1884-1900; planches in-f tf . Ces mss sont : 

A : Augusteus (ainsi appelé parce qu'on l'a cru, à tort, de 
l'époque d'Auguste), ms. conservé au moyen âge dans l'abbaye 
de Saint-Denys en France, et dont il subsiste quatre feuillets 
dans le ms. du Vatican 325G {Géorg., I, 41-80, 121-160, 161- 
200, 241-280) et trois feuillets à Berlin (ib., 81-120, 201-240; 
111,181-220). — ir-iïi e siècle (Châtelain); iv e (Thompson). — 
Châtelain, pi. 61. 

F : Schedae Vaticanae, Vatican 3225. Possesseurs anciens: 
J. Jovianus Pontanus, à Naples, au xv e s.; la famille Bembo, 
de Venise, au xvi e s. ; Fulvio Orsini, chanoine de Latran et 
correcteur grec à la bibliothèque vaticane. Peintures, (voy. 
p. xc). Reproduction phototypique, Rome, 1899. Fragments 
des Géorgiques, liv. III et IV; de Y Enéide, sauf des livres 
X et XII. Ces fragments sont souvent peu étendus. Dans nos 
notes critiques, la présence de F est toujours mentionnée 
quand il y a lieu. — iv e ou v e siècle. — Châtelain, pi. 63. 

G : Schedae Sangallenses, Saint-Gall, bibliothèque du- 
chapitre 1394. Contient Géorg., III, 345-420, 535-566; En., I, 



txxxu BlBLÎOGftAPHfé 

380-418, 685-722; III, 191-228. 457-532: IV, 1-38: VI. ($£ 
724. — iv e siècle. — Châtelain, pi. 62. 

M : Mediceus, Florence, pluteus XXXIX, cod. 1. Possesseurs 
peut-être Cassiodore, à la bibliothèque du monastère et 
institut de hautes études qu'il fonda dans sa propriété de 
Vivarium, près de Squillace. en Calabre (Bull, d'anc. lillé- 
rat. chrét.. t. III [1913], p. 265): Bôbbio, monastère fondé 
par saint Columban en 612, dans la vallée de la Trebbia en 
Ligurie, (le ms. y reste jusqu'en 1 4<il -1 47 1) : Pomponius 
Laetus (f- 1498), Àngelo Colocci (f 1549; d'où le nom de 
Colotianus), cardinal Antonio del Monte (f 1533), le pape 
Jules III (Ciovanni-Maria del Monte, j 1555), Innocenzo del 
Monte (neveu de Jules III) qui le prête à R. Pio, cardinal de 
Carpi, et ne le recouvre qu'au bout de nombreuses années (d'où 
le nom de Carpensis); le ms. est vendu après sa mort (1577) 
au grand-duc de Toscane François I er . Ce ms. porte à la tin 
des BucolUjues une souscription : « Turcius Butins Apronia- 
nus Asterius, v(ir) c (larissimus) et inl uslris), ex comité 
domesti(côrum) protec(toruni), ex coni(ite) priv(atarum) 
largii(ionum).- ex praef(ecto) urbi, palricius et consul 
ordin(arius) [en 494], legi et distinexi codicem fratris 
Macharii v(iri) c(larissimi). non mei fiducia, set ejus cui si 
et ad omnia sum deyotus arbitrio, xi kal. mai. Romae. » 
La note parait originale. Description et collation minutieuse 
pour les Bue. 6, 48-13,77, les Géorgiques et les livres I et VI 
de l'Enéide, dans Mav Hoffmann, Der Codex Mediceus pi. 
XXXIX, 1 des Vergilius, Berlin, 1889. Ce travail a permis 
de distinguer les diverses mains des correcteurs. Sans entrer 
dans les distinctions, parfois subtiles, de M. Hoffmann, 8# 
peut reconnaître quatre groupes de corrections : M 1 , le co- 
piste, se corrigeant lui-même; M 2 , un correcteur très ancien, 
que M. Hoffmann croit être l'auteur delà souscription. Apro- 
nianus Asterius ; M 5 , un correcteur du moyen âge: M 4 , un 
correcteur de la Renaissance, sans doute un des humanistes 
qui ont possédé le ms.. probablement Pomponius Laetus. La 
plupart des surcharges de M 4 sont à l'encre rouge et imitent 
la forme de la capitale antique. On avait donné de l'impor- 
tance à ces notes : elles ont juste la valeur de conjectures 
faites par un érudit, et ne représentent aucune tradition. 
Ribbeck a été empêché par les administrateurs de la Lauren- 



BIBLIOGRAPHIE, lxxxvii 

tienne de collationner le Medieeus: ses indications, sauf de 
rares et furtives vérifications, reposent sur le fac-similé typo- 
graphique de Foggïni (Florence. 1741). Manquent Bue, 1.1- 
6.47 : les vers VII, 581-615 ont été rajoutés par une main 
ancienne: un feuillet contenant VIII, 585-642 a passé dans 
le ms. F. — Fin du iv e siècle. — Châtelain, pi. 66. 

P : Palatinus, Vatican Palatin lat., 1631. Provient peut- 
être de Lorsch; enlevé en 1022 à la bibliothèque de l'électeur 
palatin à Heidelberg et offert au pape comme butin de 
guerre. L'Enéide, jusqu'au livre IV inclus, est en mauvais 
état. Manquent Bue, 3, 71-4, 52; Géorg., I, 322-11, 139: IV, 
461 - En., I, 277: IV, 116-162;' VII, 277-645: X, 463-509; 
XI, 646-692, 737-783; XII, 47-93: de plus X, 509-531 est 
d'une autre main. — v e siècle-. — Châtelain, pi. 64. 

R : Romanus, Vatican 3867. Au xin e s. à l'abbaye de 
Baint-Denys en France. Peintures assez barbares. Manquent 
Bue, 1, 1-10. 9: Gëorg., II, 2-215: IV. 37-180: En., II, 73- 
III, 684; IV, 217-V, 36: XI, 757-792: XII, 759-830. 939-952. 
— vi e siècle.— Châtelain, pi. 65. 

V : Schedae Veronenses, bibliothèque du chapitre de Vé- 
rone 40 (ancien 38). Palimpseste, recouvert au vnr siècle par 
les Morales de saint Grégoire. 51 feuillets d'un ancien ms. de 
Virgile provenant peut-être de la bibliothèque de Cassiodore 
(voy. plus haut sur M); plus tard à Bobbio. Le texte est 
accompagné de scolies précieuses. L'état du ms. ne permet 
pas toujours de lire ce qui en subsiste sous la seconde écri- 
ture. — iv e s. — Châtelain, pi. 75. 

En fait de mss du moyen âge^ibbeck a négligé ceux de 
Paris, beaucoup plus intéressants que ceux qu'il a choisis. 
Voici les principaux des mss en minuscule que l'on cite: 
plusieurs n'ont pas d'importance pour la tradition du texte : 
a : Berne 172; Bue., Géorg., En., I-V. Cité par Bibbeck 
pour les lacunes de R, parce qu'il croit a dérivé d'un ms. 
semblable à R. Bibbeck ignorait que la seconde partie du 
ms. est a Paris. B. N. 7929 (Châtelain, pi. 68). — Provient de 
Fleur\ -sur-Loire. — x e siècle. 

b : Berne 165; finit à En., XII, 918. Copié à Saint-Martin de 
Tours, dont l'école calligraphique est célèbre. — Fin du 
ix e siècle. — Châtelain, p!. 67. 
c : Berne 184, Origine française, i\ e siècle, 



lxxxyiii BIBLIOGRAPHIE. 

m : Minoràugiensis, bibliothèque des jésuites à Feldbach 
(Styrië); provient de l'abbaye de YVeissenau [Augia Minor). 
Témoin de la vulgate médiévale. — xip siècle. 

y : GudÀanus, à la bibliothèque de Wolfenbiïltel, Gudianus 
F» 70. _ IX ° s. — Châtelain, pi. 68 A. 

t. : Prague, bibliothèque de Saint-Vit. L 80. Ce ms., col- 
lationné par Kvièala (Vergil-Sludien, Prague, 18787). a été 
surfait. Comme m, il représente une tradilion scolaire modi- 
fiée sous l'iniluence de Servius. — xi e siècle (et non pas ix°). 
— Châtelain, pi. 74 A. 

y : mss cités par les anciennes éditions. Parmi ces mss, 
quelques-uns se trouvent aujourd'hui à la Bibliothèque na- 
tionale de Paris. On notera comme les plus intéressants les 
N 08 7906, 7925, 7920, du ix e siècle, 7928 (fragments), 7929 
(cf. le ma. a), 10307, 13043, du x e siècle. Dans l'édition savante 
on trouvera des renseignements sur ces mss et une collation 
de quelques-uns. Les indications des anciennes éditions, sur 
ces mss et sur d'autres, manquent de précision et sont in- 
complètes. — Voy. Cl atelain, pi. 66 suiv. 

On prend les varia. ites des mss principaux dans les éditions 
critiques de Ribbe.k. Ce savant (1827-1898) appartenait à la 
génération qui a fait l'Allemagne de 1870; il avait l'intelli- 
gence pénétrante et l'imagination systématique. Son texte de 
Virgile est un des pires qu'on ait jamais imprimés. Mais Rib- 
beck a su montrer les difficultés. Après lui. on ne peut plus 
ni les passer sous silence, comme si l'explication allait de 
soi, ni se contenter de solutions empiriques remontant sou- 
vent à Servius. Ce qu'on demande à une édition critique, 
c'est moins un texte, que les données pour le faire. Il faut 
d'abord que les mss aient été exactement collationnés. Or 
,1'apparat de Ribbeck ne remplit pas cette condition. Médiocre 
paléographe, comme la plupart des philologues allemands, 
Ribbeck attache, par exemple, de l'intérêt aux séparations 
accidentelles qui se produisent dans l'écriture continue des 
mss en capitale; il s'arrête à des signes de ponctuation, qui 
ne peuvent être un élément traditionnel; il lit mal : on le 
voit maintenant, grâce à la reproduction de certains de ses 
manuscrits. Les autres peuples ont laissé l'Allemagne établir 
sa prépondérance sur le domaine des études anciennes, 
comme sur beaucoup d'autres. Au bout de près d'un siècle 



BIBLIOGRAPHIE. lxxxix 

de philologie germanisée, les manuscrits de Virgile ne sont 
pas encore collationnés. 

Dans ce qui suit on s'attachera surtout h M P R : et d'abord 
à M, dans la mesure où nous pouvons le connaître. Les 
erreurs de Ribbeck sont corrigées sans autre avis, d'après 
Hoffmann ou les fac-similés; il n'est plus permis, comme le 
font des éditions récentes, de donner pour la plus autorisée 
une leçon qui doit disparaître du texte de Virgile. On aura 
profit à consulter L. Havet, Manuel de critique verbale 
appliquée aux textes latins (Paris, Hachette, 1911 : cité ci- 
dessous sous le titre Critique). 




VIRGILE 

D'après une peinture du Bomunus (vi e siècle). En-comparant avec le 
noble portrait de la mosaïque reproduit en tète du volume, on peut 
apprécier le caractère conventionnel et byzantin de cette fade iniag^. 



LF. VIEILLARD DU GaLESE 
Miniature .lu Valicanùè 
{Ôéopgiqiies, IV, i>5). 




r Le vieillard est assis sur une pierre à gauche., au pied d'un arbre; 
il a deux doigts levés, comme s'il calculait l'époque de ses cultures; 
en face de lui, Virgile debout, lève les mêmes doigts. Ils ont tous 
deux le bâton à la main gaucbe. Entre eux, deux serviteurs tournés 
vers le vieillard, se penchent et recueillent des fleurs roses (134) et 
bleues (137) dans des corbeilles. Tous les quatre ont Texomis, jaune (le 
vieillard et un esclave}, bleue (Virgile], rose (un esclave). Au second 
plan, une maison champêtre', entourée de plantations de fleurs roses et 
bleues. Dans le ciel de teintes claires, une étoile, qui pourrait avoir- 
été peinte postérieurement et paraît se rapporter aux calculs que fait le 
vieillard (Nolhac, Le Virgile cfa Vatican, p. C2). 

M. de Nolhac a distingué dans les peintures du Vaticanus (F), trois 
miniaturistes. Celui des Géorgiques est le meilleur, par la grâce et la 
fraîcheur de la composition, la justesse des mouvements, la vérité dans 
l'observation des animaux, le dessin adroit et libre des visages. Dans les 
premiers livres de VEnéide, le travail est lourd et précipité, les visages 
sont grossiers, la perspective manque. A partir de la fin du IV* livre, 
(ainsi dans la mort de Didon, plus loin, p. 390), le dessin etles tons sont 
bien meilleurs, ^'ensemble repose sur une tradition excellente qui place 
- <- miniatures comme dans un autre momie que celles du Romamis, 



NOTES CRITIQUES 



Bucoliques. — Bucolique I. — 12 turbdhtr \>* * Qmé 
tilien (I, 4, 28 r ) Servais] turbamur PR h*. || 13 Proiinus R] 
Protenus Pyb Servius Nonius. || 17 Entre ce vers et I,- 
v. 18 ; on ht dans des mss inférieurs et tardifs : Saépé 
sinistra cava praedixit ab ilice corma>,cf. 9, 15. Lu copiste 
aura introduit dans le texte ce qui n'était qu'un jeu, en anno- 
tation marginale, de quelque lettré amateur. || 59 aèthefe] 
aequore Ribbeck Gttlnling (d'après un ms. sans valeur 
65 cretae] Cretae Forbiger Thilo Kloucek Goejzer Waltz 
(du temps de Servius, on hésitait déjà); - certc Sehaper 
Guthling;- Geticae Relier. || 74 felix quondam], quondam 
felix P y Servius Thilo Kloucek Hirtzel. ■ 

Bucolique II -7 coges) cogis Pbc y. || 9 laçerlos] 
lacertasP. || 12 me cum Bentley Ribbeck DeuUcke] rhecum 
vulg. |j 53 honos] et honos quelques mss inférieurs Haunt 
Guthling. || 56 es, Corgdon] est Corydon Ra* une inscrip- 
tion de IWpéi; Bucheler (eso n). || 57 certes] cerlet R. || 
70. Ce vers est omis dans P. 

Bucolique III. - 5 mulget] mulglt P. || 16 faciant] 
tmentnf. || 26 juneta] vineta R y I), || 27 miserum 
stipula] stipula miserum V. || 38 facili] facilis (ace. plur 
1 e .Donat; fragilis Ra*. || 100 ervo] arvo R. | 
101 «cittum ■ pecori] «ajfttwn est pecori Ray- e^/tu/M 
*>eeo™ est dans b m. || 102 Hit certe neque amor musa 
est; vixossibus haerent}. His certe [neque amor causa est) 
:vix ossibus haerent Donat comm. de ïérence ad Eun. II 
2, 38; his serait un nominatif pluriel archaïque, sujet de 
haerent. Heinsius écrivait lu, approuvé par Madviff (ad 
Ctcer., De fin. p. 808). || 105 caeli] Caeli Kloucek; cf. ici 
,pag 26, note 1. || 110 suiv. et quisquis amores Aut metuet 



vxmm 



NOTES t.IUTKilES. 

dulces aut experietur 'amaros] et quisquis amores Haud 
metuet dulres aut., etc.. Wagner; — et quisquis ainoros Haud 
metuet dulces, haud. etc., -G raser; — et quisquis amaros Aut 
metuet, dulces aut experietur amores Peerlkamp; et 
quisquis amores Hau tem.net dulces, haut experietur ama- 
ros Hibbeck. — Ce ne sont là que les principales conjectures, 
parmi lesquelles celle de Peerlkamp est la plus heureuse. 

Bucolique IV. — 7 demittitur] dimittitur R tu. || 18 At] 
Ac R. || 26 parentis] parenlum R y 2 . || 33 telluri (cf. Aen., V, 
142] tellurem R. || 52 laetantur) laetentur P y. || 53 tum] 
tara quelques mss inférieurs; longae] longe Py. \\ 55vinret] 
viiicat P 1 y- Ribbeck Thilo. || 62, qui non risere parenti 
(Quintilien, IX, 3, 38 : qui non risere "parentes), Bonnell 
Benoist (éd. maj. en note) Waltz Hirtzel] eux non risere 
parentes mss et vulg. — Quintilien cite positivement ce vers 
comme un exemple du changement de nombre dans une 
phrase : Ex illis enim qui non risere, hic quem non dignata. 
Quant à parentes dans des mss, ce peut être le fait d'un 
copiste qui connaissait la fausse leçon cui non risere 
parentes, introduite dès l'Antiquité et qui, croyant à une 
erreur, s'est permis de corriger parenti en parentes. Sca- 
liger, tout en adoptant qui, conservait parentes dans lequel 
il voyait un accusatif pluriel, régime de risere. 

Bucolique Y. — 8 certat) certet Py; Servius. || 15 ut] omis 
par Pc y m. |j 38 pur purea Biomède Ribbeck Conington 
Siclgwick] purpureo mss Servius et la majorité des édi- 
teurs. ||- 40 umbras] aras R. || 46 fessis] lassis R a. || 
68. duo PRy les mss de Nonius, sauf un, Servius Dan. (ici 
et à G, 18), Conington Guthling Kennedy Hirtzel] duos 
c 7T a 2 , Wagner Benoist et la plupart des éd. || 73 satyros 
PI)] saturas R a; sa liras y c. 

Bucoltoue VI. — 2 neque] nec RVa. silvas] sifris Ra. 
Thalia b y a 2 ; Servius] Tkalea PR (Y?) Ribbeck. |j 10 legel] 
legatàïm&m; Rriscien, suivi par Voss. || 30 miratur] mirant 
turRiïm a 1 . || 33 ex ordia Nettleship] exordia les mss (sauf 
P, qui donne ex omnia), Servius, tous les éditeurs modernes 
sauf Havèrfîeld qui écrit ex ordia, Tliilo et Guthling qui 
prennent ex omnia de P. || 40 ignaros] ignotos Pbciua*. || 
51 quaesisset] quaesissent P Ribbeck. || 62. amarae 
confirmé par Riomède] amaro R. || 74 aut] ut R. — Sryllam 



BUCOLIQUES. xciii 

Nisi quam] Scyllam Nisi aut quam iz, d'une main récente ; 
Waltz. || 86 referri] referre M 1 P 1 R b Hirtzel. 

Bucolique VII. — 18 ambo] ambos M |j 19 volebant] 
volebam, qui se lit dans deux rnss inférieurs avait, du temps 
de Servius, de nombreux partisans. |j 22. Phoebi] Phoebn 
V. || 25 nascentem M Haupt Forbiger Uenoist Nettlcship] 
crescentem P a c y m M 2 Servi us- (ad Bue, 4, 19) Ribbeek 
Conington Ladewig €uthling Kennedy Hirtzel. || 48 lento P] 
leto M (avec n au-dessus de e) 7i; laeto abey, Wagner 
Conington Forbiger Uenoist. || 54. queeeque] quâquè b c 2 
Heinsius Gronov Bentley. || 64 corylos] Veneris (génitif 
dépendant de myrtûs), variante donnée "par Servius d'après 
Hebrus, Heyne Gebauer. 

Bucolique VIII. — 4 requierunt] liquennit dans m r. 1 : lin- 
querunt y. || 11 desinet {défilait dans b) Macrc] desinam-V 
Bibbeck Schaper Waltz Hirtzel. j| 18 Nysae] Nisae M 1 , fj 
28 et 30 Entre ces deux vers, y seul donne le refrain ln- 
cipe... (voy. CartauLt, Et: syr les Bue. de Vir-g., p. 298 suiv.). 
|| 35 promissa] demissa P, prolLea c m .71 || 49 à 51 Voy. 
page 65, note 8. D'après Scrv us, de nombreux commenta- 
teurs ponctuaient : ... crudelis tu quoque mater. Crudelis 
muter rrtagis an puer improbus? Ule. Improbus ille puer 
crudelis; tu quoque , mater. — Au v. 50, Idbbeck, Forbiger, 
Benoist écrivent at au lieu de an, ce qui remplace l'interro- 
gation par une affirmation. Hermann supprimait le second 
hémistiche du v. 49 et le premier du v. 50 et donnait un 
tour exclamatif : ... Commaculare ma nu s ; puer a! puer 
improbus ille. ||59/îa£MP (fiant y, mais avec n exponctué), 
Servius] fiant ah' c-ft. || 70 eaelo possunt] possunt eaelo n. || 
106-107 corripuil) ut haec lamblt 71 Kviéala. — Je mets, 
avec Vahlen et Bibbeck, le v 105, et le v. 106, jusqu'à 
Bonum sit exclusivement.' dans la bouche d'Amaryllis. Waltz- 
y comprend Bonum sit, et Carlault (/, cit., p. 321), le v. 107. 
— Servius, au v. 105 : « hoc ab alia dici débet »; ibid., 
Schol.' de Berne : « forsitan ancilla dicit ». || 108 Hylax 
presque toutes les éditions ] Hylas mss Bibbeck Waltz. 
|| 110 jam carmina parcite Me Conington] jam parcite 
carmina les autres mss et la plupart des éditions. (Dans le 
refrain voy. v. 68, 72, etc. ducite est au 5 e pied). 

Bucolique IX. — 6 nec\non n Priscien. || vertat bene MPy 2 ] 



m\ NOTES CRtTftJlLS. 

bene vcrtat 71 my'P 2 ; mas de Servius, Donat Prisclejâ 
Nonius. Il 9 fagos M (y en marge comme variante); Heinsius| 
[agi R abcmyîc. — Ribbeck incline à reprendre cette leçon 
de l'ancienne vulgate, en écrivant veteris donné par P abc ;'* y 
{et sans doute m) et qui serait un génitif singulier, non un 
accusatif pluriel. || 29 ferent] ferant P*y. || 46 à 50 Ces 
vers sont attribués à Lycidas par M et y, Ribbeek, Forbiger, 
Kennedy, Hirtzel. J'ai conservé la disposition vulgaire auto- 
risée par P; les arguments de vraisemblance et de conve- 
nance se balancent de part et d'autre. Voy. là-dessus Cartault, 
ouvr. cité, p. 372 suiv. : il conclut en donnant à Mceris les 
numéros memini, si verba tenerem du v. 45, et à Lycidas 
les v. 40 à 50; ce partage est en effet séduisant par sa logique 
Il 64 laedil] laedel bcity 2 ;. — laedat Guthling. 

Bucolique X. — 1 laborein] laborum P 1 Ribbeck. 1| 10 
peribat] periret M 1 b c a 2 y 2 . [| 12 Aonie] Aoniae MRy. || 
13 eliam lauri, etiam] etiam lauri illum R; etiam lauri 
ilîum etiam dans a et le Longob., la vulg. avant Heinsius || 
22 Galle, quid] quid Galle 7t. || 32 vestris] nostris P 1 !:» 1 . — 
Beaucoup d'éditeurs mettent une ponctuation forte entre 
vestris et soli, sans virgule après periti; alors Arcades, du 
v. 33, devient un nominatif avec ellipse de sunt. J'adopte, 
sans hésiter, la ponctuation de Ribbeck. Forbiger. Benoist, 
Tbilo, Kloucck, Kennedy, Hirtzel . et je vois dans Arcades du 
v. 33 un vocatif, comme au v. 31, || 40 salices] calices 
Sehrader || 44 me tous les mss] te Heuoiann Cartault 
{ouvr. cité, p. 399) Gcelzer. ]| 69 vincit] vincet M vieil R. || 
74 subicil mss Scrvius Nonius] subducit R : subrigit r,; 
Kvicala. 



Georgiques. — Livre I. — 100-101 Vers interpolés pour 
L. Iïavet, Rcv. de phil, V1ÏI (1884), 12G. || 141 La ponctua- 
tion et l'interprétation adoptées sont de Coninglon. || 173 est 
placé après 174 par Sehrader el Ribbeck. || 174 stivaque mss : 
stivae Martyn Benoist. || 203 in praeceps : praeceps P Rib- 
beck. Il 218 averso : adoerso M. || 226 aristis AMR Nonius, 
p. 301 et 416: avertis Pbcy Probus. |j 236 caeruîeae : cae- 



GEORGinlL^. 

rutea Conington; mais Nettleship a rétabli caeruleae suivi 
d'une virgule. || 240 Riphaeas : on a ph, non rh, dans les 
mss ici et IV, 518; cf. III, 382. || 251 illiù mss : Mis Sén., 
Epit , 122, 2. || 277 Orcus A MRbcy, Horcus P Ribbeck. 
liés., Œuvres, 790, parle de "Opxoç, divinité du serment; m'ais 
Virgile parait, d'après l'épithète pallidus. l'identifier à l'Orcus 
latin. Les savants de l'antiquité discutaient la question. L'or- 
thographe du Palatinus n'est peut-être qu'une correction 
d'érudit. || 332 Atho Heinsius Heyne : Athon mss. Voy. 
Riemann, Rcv. critique, 1882, t. I. p. 8 ( J ; d'après Théocr., 
7, 77 : "H "A0u> i\ ToôoTrav r, Ka-j/.arrov èayaTÔwvTa. || 
337 caelo M Probus : caeli R b c y Servius Sénèque {Épît., 
88, 14). || 360 curvis M y : a curvis \i b c. Les scol. et gram- 
mairiens sont partagés également. L'addition de a est une 
correction grammaticale ou une note de construction. || 383 
variac MRacy : varias b, correction grammaticale destinée 
à faciliter la construction en rendant la phrase banale. || 386 A 
ce vers se rapporte un hexamètre noté en marge par M y : Et 
(aut y) caput objeeiat.quernlum venientibus nndis: rappro- 
chement littéraire tiré d'un écrit perdu, qui montre l origine 
de certaines interpolations (Havet, Critique, § 1190). || 457 
moveat, M : moneat M- Rbc y Piiscien. Quand on lit moneal 
on doit donner à non la fonction de ne. || 513 se spatia : spatio 
M, spatia R, in spatio y 1 , se in spatia c. Ce texte a donné lieu 
à quantité de corrections, fondées en partie sur des renseigne- 
ments inexacts. Ainsi la vraie leçon du Medieeus est spatio. 
L'humaniste, qui a fait sur ce ms. des corrections à l'encre 
rouge, a ajouté in et superposé a à ïo final de spatio. €es 
indications ne sont pas des témoignages de la tradition. Dans 
y, in spatia est aussi une correction. JNi M ni R ne donnent 
le monosyllabe (se ou in) nécessaire à la métrique. 

Livre IL — 18 direptis M a b c y : clereptis mss sans auto- 
rité. Pour les v. 2-91, M est le seul ms. ancien que nous 
ayons. || 22 alii quos M 2 a b cy : alie quosU, aliae quas M 1 
(la correction parait avoir été improvisée d'après le genre 
d'aliae). Le modèle de M devait avoir alii quos, la confusion 
de I et de E étant très facile avec certain genre d'écriture 
capitale. || ipse M a b c : ipsa y. || via M a b c y. Servius 
lisait alii quos ipse via] Scaliger corrige en : aliae quas 
ipse mm: Cf. HaveL Critique, § 182.. || 47 oras M ; auras 



xcvi NOTES CRITIQUES. 

M 2 a b c y 2 Servius (lemme), aras y 1 . Nettleship accepte auras 
sans l'expliquer. |[ 52 voles M : voces a b c y 1 . || 54 facial M : 
faciet M 2 a cy. || 65 et durae : ecdurae Ribbeck. Mais et est 
nécessaire. Cf. IV, 145. [j69 fétu : ex f élu y Yictorinus. || fétu 
nucis arbutus horrida M a b cy Marius-Yiriorinus et Servius. 
L'humaniste qui corrige M à l'encre rouge, transpose fétâ 
après horrida. Ton le la tradition est unanime sur Tordre 
des mots. || 71 castaneas fagus Scaliger : castaneae fayos 
mss, castaneae fagus Priscien. Le nom plur. insolite a égarée 
|| 95 Lire praeciae avec M; voy. Rev. de Philologie^ t. XL 
(1916), p. 176. || 129 Vers omis par M (seul jus. ancien pour 
118-138), rétabli en marge par le" copiste lui-même. Ce vers, 
qui se trouve dans les. Rernenses et que commente Serviu^ 
est répété III. "283. Ces répétitions ne sont pas rares. Le poi- 
son, désigné de manière générale par porfita, est précisé par 
herbas; la magie, avec ses formules, s'associe volontiers à 
de telles préparations. j| 196 fétus ovium y : ovium fétus 
M a b cy Nonius Priscien, ovium fetum P. ||. 219 viridi mss : 
viridis Tanneguy-Lefebvre. || 222 oleo est P R Nonius 
Arusianus : oleae est M, oleae c. || 247. amaror M b Ilygin 
Aulu-Celle Servius : amaro P R c Macrobe Cyprien (poète). 
Havet, Critique. § 211, rapporte manifestus à amaror: mais 
cf. indiciwm faciet. || 302 oleae P Rbcy Servius (lemme) : 
olca M. Avec olea, le vers s'entend de la greffe, mais il 
interrompt un développement qui, jusqu'au v. 420. ne traite 
que de la vigne. || 312 WakefièW lit : Hoc ubi non... sans 
virgule. Alors hoc est un abl. de cause et l'on met une 
virgule après terra. Cette interprétation- est la conséquence de~ 
celle qui rapporte 302 à la greffe. || 318 coneretam M'PRbcv 
Claudien Servius : concrelum M.-fl 413 aspera rusti M 1 P R. : 
asper etrusci M, aspera rusci b 2 cy 2 (b c avaient d'abord 
rusti probablement). j| 433 me paraît déplacé et vient mieux 
après 453. Il conclut le développement et prépare l'épisode qui 
commence au v. 458. Ce beau vers est, en tout cas. authen- 
tique. || 446 La ponctuation devant fecundae paraît insinuée 
par l'allitération. || 454 a son aulhenticité garantie par En., 
XII. 840. Cette question vient bien après l'exclamation du 
v. 453. |! 454-458 ramènent à la vigne par une restriction qui 
l'oppose aux plantes énumérées dans 434-453; la peinture des 
tois derniers vers, par un nouveau contraste, prépare l"é-p 



Gi : :m;(iiQi'ES. xcvii 

sodé; cf. 459, procul discorâibtis armis. \[ 469 at P b 2 : 
acî R. et M c y Asper Acron. || 488 convallibus MP : in 
vallibus R b y. || 514 hinc mss : hic Markland. || nepotes 
P R b c y : pénates M (d'après 505). || 542 spumantia P Rb : 
fumantia M Y b 2 y Quintilien (VIII, 6, 45) grammairiens. 

Livre III. — 17 Mi : illic R (dat. de illico) |] 72 dilertus 
MPR b y : delectus c. || 91 Achillei M 4 P : Achilli bcy, 
Achilles M, Achillis R. || 92 effundit MPR y : fundit c 1 , 
effudit b 2 . || 96 En faisant tomber la négation de nec sur 
ignosce, on paraît contredire a6c/e domo, mesure de pitié 
envers un vieux serviteur qu'on ménage et dont on n'expose 
pas l'a décrépitude aux sourires des gens. || 120-122 sont 
placés après 96 par Ribbeck sans utilité. || 190 acceperit PR 
Nonius, occeperit F 1 : aceesserit A M b c y. || 194 turn vocet 
AFMRbcy : provocet P. || 230 pernox leçon ancienne 
mentionnée par le Ps.-Servius et dans les scol. de Juv., 7, 
10, pernix est la leçon des mss et paraît une conjecture de 
savant ancien, fondée sur une étymologie fausse de pernix 
(« a pernitendo_ »). || 305. haec FM R b e- y 1 Servius et Ps.- 
Servius : hae P Ps.-Servius. || 323 mittes F M 2 P R b C y 
Servius : mittet M Nonius. || 329 jubebo P F : jubeto MR b c y 
Nonius. || 338 alcyonen FM R b y Probus : alcyone P, 
alcyonem c Servius. || 382 riphaeo M 1 Servius, r.ipheu b y : 
ripaeo M P, rhipeo R, rifeo c. Voy. I, 240. || 402 exportant 
mss : exportais Scaliger. || 449 vivaque sutpura .•commen- 
tateurs de Virgile, Macrobe, métriciens de la lin de l'anti- 
quité. La tradition directe (M P R b y) est une correction : et 
sidpura viva. Voy. L. Onicherat, Revue de philologie, t. XIV 
( (1890), p. 51. || ASGaut M R b c y 1 : et P. || 477 voeanti^ 
leçon de M P, peut être celle de l'archétype; voy. Rev. de 
philologie, t. XL (1916), p. 179. 

Livre IV. — 88 ambos Pca 2 b 2 y 2 Ps.-Servius : ambo Mb 1 
Cliarisius (correction de'Verrius Flaccus d'après les scol. de 
Rerne). || 112 tinos MP : pinos F M 2 a b c y. || 129 peeori 
mss : Cereri Scaliger. || 141 linus M : pinus M 2 P a b c y. || 
145 eduram Ma bcy : eiduram P ; eeduram scol. de Berne 
Ribbeck. La forme ec ne paraît justifiée que devant f (cf. 
Havet, Critique, § 940). || 169 ferv it est la forme probable, 
de Virgile ici; voy. Rev. de Philologie, t. XL (1916), p. 177, 

j| \99nixibiisM b c Servius Ps.-Servius : nmbus y 2 , nexitms 



xcviii NOTES CRITIQUES. 

M 1 R. nersibus P. || 200 ipsae e M- R b. Ps.-Serv. ipse e M y : 
ipsae P c || et b c y : sed R, e M P Ribbeck; sed de R suppose 
et par l'intermédiaire de sef. || 202 refingunt R b, relingunt 
P : refigunt M c y Serv. Ps.-Serv. || 221 omnes mss et cita- 
tions anciennes: omnia saint Ambroise et éditeurs modernes. 
|| 228 augustam M 2 P b y Servius, augusta M : angustam 
R c. || 230 ore M P R Serv. Ps.-Serv. orae y : ora M 2 c b 2 . 
|| fave M Ps.-Serv. Serv. : fove M 4 P R b c y 2 Servius. || 276 Vers 
suspecté à tort. || 291, 292, 293, se suivent ainsi dans P b c; 
on a 292, 293, 291, dans R; 292, 291. 293 dans My. || 301 
opsuitur M scol. de Berne : obstruitur P b c, obstritur R 1 y 2 . 
Dans R, obstritur vient de obsuitur, corrigé par l'addition 
de tr qui a été pris pour un substituende de u (Havet, Cri- 
tique, § 1354). || 321 La ponctuation vulgaire est faible : 
Mater Cyrene, mater. || 338. Vers manquant dansMPRby, 
contenu dans c, ajouté par une main récente dans y. Cf. En., 
V, 820. || 361 faciem G P R b c y : speciem M. || .370 saxosus 
M P R b c y Ps.-Serv. : saxosum b c, d'après une critique 
de Servius. || 400 franguntur P R c : frangenturM b y Serv. 
Ps.-Serv. || 412 iam lu Ribbeck : tantu M P y, tantum b, 
tanto R, tante c. || 415 diffundil M b c y : defundit G, 
perfundil P. depromit R (l'ambroisie a été prise pour une 
liqueur versée ou répandue). || 443 fallacia P R c y Ps.-Serv., 
phallaeia M : pellacia Ps.-Serv. || 447 quicquam M R b : 
cuiquam Pc, quiquam y. || 449 lassis M P b c y : lapsisR. 
|| 455 ûb M R b c y Priscien : ad P. || 493 stagni est R : 
stagnis M F b c y (remonte à stagnist). || Àverni F R b c y 
Serv. : Avernis M. || 505 quo (dans quo flelu) Mbc Donat : 
quos R, quod y || quae (dans quae numina) M R : qua b c- y 2 - 
|| 509 antris M b c y 2 : astris R. || 542 demitte F G R V b : 
dimitte M b y (signifierait « fais jaillir de tous côtés »)., || 
546 a été placé après 547 par Bentley, Dubner, etc. ; 545 et 
546 sont mis après 547 par Heyne. 



LNL1DE, I. 



Enéide. — Livre I. — Donat (iv e siècle ap. J.-C). dans 
une biographie dont les éléments viennent de Suétone 
(contemporain d'Hadrien), raconte que VÊnéide commençait 
par les quatre vers suivants : 

Ille ego qui quondam gracili modulatus avena 
Carmen, et, egressus silvis, vicina eoagi 
Ut, quamvis avido, parèrent arva colono, 
Gratum opus agrieoKs"; at nunc horrentia Martis... 

Les derniers mots horrentia Martis se rapportent à arma 
premier mot du poème tel que nous le connaissons. Les 
quatre vers auraient été supprimés par Yarius, quand il 
publia VÊnéide. Ce récit est attribué par le biographe à un 
professeur, Nisus, qui l'aurait entendu faire à des vieillards. 
Si la biographie de Donat remonte en gros à Suétone, nous 
ne pouvons jurer que tel ou tel détail, celui-ci en particu- 
lier, dérive de cet auteur. La date de Nisus est inconnue. 
On le place avant Suétone, parce qu'on suppose que Suétone 
est copié ici par Donat. Mais Nisus ne figure pas parmi les 
grammatici dont Suétone a écrit la vie. De plus, le même 
Nisus attribue aux mêmes vieillards une autre histoire cer- 
tainement fausse : Yarius aurait changé l'ordre primitif des 
premiers livres de VÊnéide. L'autorité est insuffisante 
contre la tradition des manuscrits, dont aucun n'a ces 
quatre vers avant le x e siècle. Properce, Ovide, Martial, 
Ausone, des inscriptions désignent VEnéide par Arma 
virumque cano. La platitude ampoulée de horrentia Martis^ 
la construction de cogère avec ui } étrangère à Virgile, la 
gaucherie de la transition, ne permettent pas d'attribuer ces 
vers, d'une manière quelconque, à l'auteur du poème. Cf. 
un passage personnel, Géorg., IV, 563-566, qui a pu donner 
l'idée des quatre vers discutés. Dans la mosaïque d'Hadru- 
mète, le rouleau que tient Yirgile porte : « Musa mini causas 
memora quo numine laeso quidve ». Ce n'est pas le début 



c NOTES CRITIQUES. 

du poème, mais un texte du début choisi en rapport avec 
l'ensemble de la scène. |J 2 Laviniaque M V, lavinaque 
R a b c y inscription en cursive du I er ' siècle sur une tuile 
(C. I. L., II, 4967, 31). « Lavina legendum est, non 
Lavinia. » (Servius). La forme lavina est probablement une 
correction d'origine scolaire, comme le prouvent la note de 
Servius, les citations des grammairiens et le graffite ; on 
a voulu épargner aux élèves l'explication de la synizèze. |j 
48-49 adorât... imponet mss. || 72 Deiopea mss. || 104 
prora R abc : proram M y : « proram : alii prora legi 
tradunt » (Ps. -Servius). || 109 Vers à tort suspecté par Heyne 
et d'autres. Dorsum... sumrno ne se construit bien qu'avec 
ce vers. || 175 succepit M R c Servius : suscepit h y Priscien : 
« succepit pro suscepit » (Servius). Forme authentique; de" 
même IV, 391 ; VI, 249. j| 181 siquem mss- « sane legitur 
eisiqua» (Ps. -Servius). }j 193 humo F M R b y Nonius Sacer- 
dos : /iumi c 2 Servius. || 211 diripiunt mss : deripiunt 
Heinsius. || 220 Oronti F M b Servius Charisius Priscien, 
aronti y, oranli c : Oronlisli. \\ 224 despiciéns : dispiciens 
Lachmann. || 320 genu mss grammairiens Servius : genum 
Quicherat, Mélanges de philologie (1879), p. 17: cf. XI, 859. 
|| 323 tegmine : tegmina y || 333 et vastis M R : vastis et 
W P b c y. || 343 Sychaeus : Vy est donné partout par M P R ; 
Vi n'apparaît que rarement et seulement dans les mss caro- 
lingiens. || agri mss Ps. -Servius Priscien Pompeius Cassip- 
dore : auri iiuet. || 365 cernes : cernisM c ; cf. 338. J| 367-368 
Donnés par les mss, commentés par Servius. condamnés par 
Pecrlkamp. ]] 374 componet : componat P R. || 401 dcrige 
Ry : dirige M b c. || 426 Donné par les mss. commenté par 
Servius, condamné par Heinsius. 427 liic lata : hinc lala 
Nonius. || lata F : (Hta M P R b c y Nonius, cf. 429. || theatris : 
thealri M Servius Nonius. || 441 umbrae F (probablement, 
puis l'E a été gratté) : timbra M P R b c y : « timbra : aut 
septimus est aut secundum Probum genetivus ut sit laetissi- 
mus umbrae » (Servius). |] 448 nexae M P R c y : nixae Fb-/ 
Probus; « multi nixae legunt, non nexae » (Ps. -Servius). || 
nexaeque: nexae y7r; « versus sane ipse hypermetros est » 
(Ps. -Servius). || 455 inter se mss Servius Priscien Nonius : 
iittra se c Madvig. || 471 vastabat multa M. j| 505 média : 
média e média P 1 . || 512 avexerat MP.Rbc : averterat F -. 



ENÉIDE, H. 

advexerat n Lachmann. |j 513 percussus'V PR b y : per- 
cnlsiiï M c Ps.-Servius. || 518 eunctis P c m y Servins : cuncti 
F Ml! I> !! lecti Y M P 1 1» c ni Servius : lectis y. lelis R: 
« nonnulli tamen lectis navibus legunt » (Servius). || 534 hic 
mss Servius : hue y. \\ 548 née te mss Servius : ne te y. || 550 
armaque PRbcy: arvaque M Heyne : « graliain reddere 
possumus, arma latenter minalur » (Ps. -Servius). || 604 justi- 
tia MPR y Priscien Servius : justitiae F M 2 b c. || 636 dii 
Aulu-Gelle (voy. la note) : dei mss; dans M, II de première 
main a été repassé à l'encre rouge par M'", comme d'autres 
lettres de ces mêmes pages. || 642 antiquae M y : an tiqua 
P 1 Pi b c x . || 664 Servius rattache solus à temnis. || 668 jac- 
taetur F : jacteturque MRbcy Nonius Servius: « vai-al 
que » (Servius). || iniquae MRbc Servius Nonius : aecrbae 
FPy; cf. XI. 587. || 610' hune MRby Priscien: nunr Y P <-. 
|| 701 famuli manibusb. || 703 longam P Charisius Ausonc : 
longo M R b c y Nonius scoliaste de Perse ; « meininisti. 
enim, credo, quaeri solilum quid Vergilius dixerit, penum 
slruere vel longam vel longo ordine : utrumque enim pr<>- 
fecto scis legi solitum » (A.-GcHe, IV, 1, 15). || 719 inpidat 
M P b 2 x Nonius : imidè&t G R c. insidiat y; « insida I : 
legitur et insideat » (Servius). 

Livre II. — 3 dolorem, Trojanas ut ..., quaeque ... et 
quorum ... fui, quis talia fando Haeckermann. || 37 sub- 
jectisque mss Servius grammairiens : subjectisve Heyne : 
« antiqua tamen evemplaria ve habere inveniuntur » (Ps.- 
Servius). || 56 staret M : s tares P R b c y grammairiens: 
« stares : si staret legeris, maneres sequitur propter 
ô;xotoxé),s'jTov >. (Servius). || maneres mss. || 76 omis de pre- 
mière main dans nos mss: est interpolé; cf. III, 612 || 89 con- 
ciliis M P R c y : consiliis V b. Il est question des assemblées 
de rois, non des conseils royaux;. Voy. plus loin sur VI, 433. 
|| 111 cybeli F Servius Ps.-Servius Nonius : çybele M P b y 
Il 114 scitantem P b 2 y : scilatum a 2 c Nonius Donat Chari- 
sius, scitantum M: « scitantem : alii scitatum legunt » (Ser- 
vius). |i 120 animi mss Ps.-Servius : animis anciennes 
éditions. || 135 dum vêla, dorent si forte, dédissent Heyne. 
|| 138 dulcis M a 2 c y : duplicisP; « quidam sane non du (ces. 
sed duplices legerunt » (Ps.-Servius). || 173 salsus mss: 



en NOTES CRITIQUES. 

« Probe sàne displicet salsus pndor: hoc autem Eimius de 
lamis dixit » (Ps.-Scrvius). || 182 omina FMPVa 2 f Sor- 
jvjus : bmriia b 2 Ea Rue. || 187 passif F M a- b c Priscien : 
fêsset Py, I 196 çpactis F M P a b c y Servius Donat : 
coacfo' y 2 Nonius. || 207 superant mss : exsuperant 
éditions. Il 208 sinuat M P a 2 b c y Servius Ps. -Servius : 



■»2 „2 



effugiunt Pabcy. || 290 
r///o : rt/to Orville (Jacques Philippe d'). || 333 rippositis 
MPacy : oppositi b. || 346 audierit MPaby : audierat 
c m. || 349 audendi M a y : audentem b c 2 , auden P: « mulli 
■audendi legunt, multi audenti; sed neutrum procedit, ergo 
audentem legendum est » (Servius). On entend avec auden- 
tem : Si vobis cupido certa est sequi (me) audentem 
ex tréma. \\ 398 demittimus : dimittimus M P.a 1 b 1 c^y 1 ; le 
préverbe a été corrigé dans les mss carolingiens. || 445 tecta 
FMb'c Servius Priscien Clédonius : tota P y, tuta a: 
« quaravis legatur et tota » (Ps. -Servius). || 448 alla M b c y 2 
Priscien Stace [Theb., V, 424) : illa F P a. || fà2'Ackaiça 



MPaby Ps. -Servius : Achaia F c. || 465 ea lapsa F M b 
elapsa P a y. || 497 exiit M P b y Servius : exit c Nonius. 
exi(*)it a. || 503 tanta M a b c m Servius (V, 645) : ampla 
Py (cf. Properce, III, 22, 41). || 546 et mss Servius Donat : 
e y. || 552 comam M a b c : coma P y 1 . || laeva M a b c 2 y : 
laevam P. || 567-588 Omis par M P a b c m y et d'autres 
mss; pour cette partie du poème, R manque. « Post hune 
versum [566] hi versus fuerunt qui a Tucca et Vario oblifi 
[de oblino] sunt. » (Ps. -Servius). Même récit dans Servius au 
v. 592. dans la préface et la biographie dues à Servius. Ces 
vers ne faisaient point partie du texte transmis par les mss 
et nous ont été conservés par le Ps. -Servius et [Servius, d'où 
les mss récents les ont tirés. L'authenticité de ce beau mor- 
ceau n'est pas douteuse. || 573 pràemetuens tous les mss de 
Servius sauf le Bern. 363 (ix e s.) qui a le permetuens des 
anciennes éditions. j| 585 merentis mss; gén. sing. pour 
Heyne. || 616 nimbo M P a b c y : Irmbo yj « nimbo : alii. 
limbo legunt » (Servius). || 632 deo ab Servius Donat Ma- 
crobe : dea M V c y Sacerdos, de P. || 661 mali : mali de 
collo fîstula pendet P ac y ; F a cette addition d'une main 
récente, un grattage d'une addition médiévale, et après mali 
une ponctuation ancienne, mais non pas les traces de lettres 



ENEIDE, Hï cm 

que Ribbeck a cru voir. || 663 patvem qui P a b c : palreuupie 
M y- Il 678 relinquor F P V a b c y : relinquar M. || 680 subi- 
tum Ps -Servi us a c : subito M P V b y, subitu¥ l . || 683 mollis 
(ace. plur.) mss : molli y. || 691 auxilium mss Boèee : 
augurium Probus Keil; « non enîm unum augurium vidisse 
sufficit. nisi confirmetur ev simili » (Servius). La suite répond 
à cette exigence dont la pensée a suggéré augurium. 
exemple d'une correction faite par un philologue ancien, [j 
699 tollit FMVbc Servius : tollere P a 1 y 1 . || 738 f atone 
mss Servius. || 739 lapsa M : rapta P, lassa a 2 b c y. j| 755 
Ùnhno M P â : animas b c y 2 . || 771 furenti Mb, furrenti 
a : menti P c y. || 778 te comitem hinc porlare c. te romi- 
lem hinc pretare M(?) : te comitem hinc asportare P a m y 
Servius, te hinc comitem asportare b: « hic versus caret 
seansione; unde multi ei hinc, multi as syllabam detrahunt : 
si tamen vis fide servata scandere, sit conversio ut eveniunt 
nec te hinc comitem » (Servius). || 783 laetae P a b c y : 
italae M, cf. VIII, 626. 

Livre III. — 3 fumât,: contraction de fumavit, d'après 
Valerius Probus. Mais ce genre de contraction ne-se trouverait 
à la 3 e personne que dans quelques propositions subordon- 
nées. On conclura que le présent historique embarrassait 
les scoliastes et qu'ils l'ont écarté par cette fausse explica- 
tion. j<| 76 Mycono e celsa Gyaroque mss : Gyaro celsa 
Myconoque J.-Pierius Valerianus (Castigationes, Rome, 1521) 
d'après des mss inférieurs (voy. Ov., Met., VII, 463); mais 
cf. PI., iV. H., IV, 66. H 82 adgnoscii M c : adgnovit F P b y. 
|| 108 ad oras M : in oras FPabcy Priscien Charisius. 
|| 111 Cybeli a 2 c 2 Servius Nonius : Cybele F M P b y cybili 
c 1 . || 124-131 Peerlkamp propose l'ordre : 123, 128-129, 
124-127, 130; Wagner : 123, 128-130, 124-127. I31,j:es chan- 
gements sont inutiles. Virgile décrit le départ et la route; 
on voit glisser la flotte; dans cet élan, on démêle l'aide du 
chant rythmé et l'aide des vents; on arrive. Cet ordre n'est 
pas celui de la logique, mais il est l'ordre de l'imagination, 
qui voit d'abord les effets, puis saisit les causes. || 125-126 
Naœum Olearum Parum F P y : Naxon Olearon Paron M b c 
Servius, Naxon Olearum Paron a. A l'accusatif de cette 
déclinaison, les poètes du siècle d'Auguste, Horace ; Tibulle, 



en NOTES CRITIQUES. 

Properce. Ovide, paraissent préférer la terminaison grecque 
pour les noms grecs de lieu. Les copistes ont pu changer 
<t\s formes en leur donnant l'aspect latin. Mais, d'autre part, 
les recenseurs anciens du texte, d'accord avec les scoliastes 
(cf. Servius), ont pu introduire les formes savantes. Plus 
probablement peut-être n'onl-ils fait crue les rétablir. |j 136 
conubis b : conubiis F M P c y, conubii a. || 153 « Hic versus 
in multis non invenitur. » (Ps .-Servius). || 204 Le Ps.-Ser- 
\ius dit qu'après ce vers, on aurait trouvé les vers suivants. 
« encadrés d'un cartouche (ciicumducti) en signe d'annula- 
tion, et copiés au net hors colonne (c.-à-d. en marge ?), extra 
paginam in mundo » (L. Havet, Man. de critique, § 103) : 

Hinc Pelopis gentes Maleaeque sonantia saxa 
Circumstant, pariterque undae terraeque minanlur: 
Pulsamur saevis et eircumsistimur andis. 

Ces vers sont en contradiction avec le v. 193 et avec l'en- 
semble du développement. || 216 excipiunt F G P c a 2 b 2 : 
accipkmt M. Le premier verbe « recueillir », convient pour 
quelqu'u'n qui échappe à un danger, et va bien avec serva^ 
lum. Yoy. Hor., Sat.. I, 5. 1 (éd. savante, N. C). Ce vers 
omis a été rétabli par une main ancienne de F. || 230 Rémi- 
niscence de I, 311; les mss.ont clausarn, qui a été corrigé 
ensuite dans M a en clausa, dans b c en clausi. pour faire un 
sens. Il 268 fugimus mss Nonius : ferimur P 2 y Heinsius. 
|| 301 cnm F M P b : tum a c. || 319 Andromachen M 1 (?) a 1 c : 
Andromache FM 2 Pb. Servius indique les deux, leçons. La 
leçon Andromache. tendait à prévaloir, parce qu'on la ratta- 
chait à ce qui suit comme un vocatif. Ribbeek ga**-de Andro- 
mache qu'il fait suivre d'un point d'interrogation et qu'il 
rattache comme" ablatif à digna. Mais Andromachen est cer- 
tainement Ja leçon la plus raffinée et la correction de M 
nous montre comment on s'efforçait d'y substituer un texte 
d'apparence plus facile. || 330 flammatus F P a y : inflam- 
matus M b c. Il était plus facile à un copiste- de substituer 
le composé, très usité même en prose, au simple, très rare 
(Silius, Stace, Tacite), que de faire l'inverse. Le cas de 
IV, 54 est différent. || 334 campos : nom propre d'après Aris- 
tonicus, grammairien et evégète d'Homère, contemporain 
d Auguste et de Tibère (cité par le Ps. -Servius). Campi et 



ËXLiDE, llî. cv 

Campania seraient des noms de l'Epire, Campus celui d'un 
roi éponyme, Campyllidae celui des descendants. || 340 
quem FMabcy Servius Suétone [Vie de Virgile) : quae 
le second ms. de Ménage, qui était d'époque assez récente 
(cité par Heinsius). Ce vers et le contexte ont été l'objet de 
conjectures et de remaniements divers, qui méconnaissent la 
donnée initiale, l'inachèvement du vers (« hemistiehium nec 
in sensu plénum » Servius), et par suite l'inachèvement du 
passage. On ne peut restaurer un texte que l'auteur n'a pas 
terminé. || 348 paraît contredire laelus du v. 347. Ribbeck 
supprime 348; Peerlkamp le place après 320 en le corrigeant 
\jsirigulUrn, et lacrimas). Mais Hélénus peut être jdyeui de 
revoir et d'accueillir ses compatriotes, tout en pleurant au 
souvenir des malheurs de Troie. || lacrimas M a h c Servius : 
larrimans P y 1 leçon mentionnée par Servius (« si lacrimans 
dixeris, quid fudit? »). |j 354 medio M P y : in medio a* h 1 . 
La plupart des grammairiens qui citent ces mots n'ont pas 
in. || 362 omnem Mabc Servius : omnis Py 1 . C'est sur 
un point, obscenam famem, que Céléno a mêlé une menace 
aux prédictions favorables. || 386 Circae mss Heinsius. j] 
416 protenus est. sans autorité et sans vraisemblance: voy. 
Mélanges Boissier, p. 349. || AiS didiictas P c 2 y : dedwtas 
Mab 1 . || 427 pistrix MPabcy : pristis mss de Pierius. | 
435 proque M P b y : praeque a.c. || 441 Cymeam M P a b c y : 
Cumaeam Servius. Silius et Slace emploient le nom grec 
Cymc. Virgile lui-même appelle le Tibre d'un nom grec 
(II, .782). Toutefois dans l'adjectif, l'y pourrait être une gra- 
phie byzantine. || 456 On ponctue aussi : poscas ipsa canat, 
c.-à-d. poscasque precibus ipsa canat oracula. || 475 An- 
chisa M 1 c Nonius Aulu-Gelle (XV. 13, 10) Servius Ps. -Servius : 
Anchise P 1 a 1 Quintilien (VIII. 6, 42) Priscien Arusianus-Mes- 
siuy, Ànchisae M P-, anchisa[*) y, anchysa b 2 (le deuxième 
a est une correction). || 484 honori G M b c Servius : honore 
Pay 1 Silius-Italicus (XII, 412 : i Nec eedet honore... seni ») 
Scaurus (dans Servius). Les deux leçons sont anciennes. Le 
datif était un. peu difficile et on devait instinctivement lui 
substituer l'ablatif de relation : « en ce qui est des préve- 
nances, elle ne le cède pas à Hélénus ». || 499 fuerint 
M P c 1 y 1 r fueris G 1 , fuerit G 2 a b. Servius connaît fuerint 
et fuerit et rejette fuerint. Au fond les deux leçons ont à peu 



cm NOTES CRITIQUES. 

près le même sens. || 503 Hesperiam G M a 1 y 1 : Hespcria 
P b 2 c 2 . Servius interprète la leçon Hesperia en rapportant 
Uesperia à Dardanus : Dardanus d'Hespérie. || 511 fessos : 
fessus M. || 527 celsa M a b c y 1 Priscien Donat : prima 
P. Cf. VIII, 080: X, 201. j| 556 ad litora M 1 P ab : ab lilorc 
M 2 c, ab litora y. || 558 haec a c y : hic M P b 1 . L'anapliore 
hos... haec... rend nécessaire la leçon plus faiblement appmée. 
|| 581 mutet M P. motet a 2 b" 2 c : mutât y, motat Servius. 
L'indicatif est incorrect. || 595 Vers omis par tï et rejeté par 
Hcyne et Ribbeçk. Mais la forme des armes fait reconnaître 
Achéménide pour un Grec (cf. II. 389) et ce détail est 
utile: voy. 590. || 614 n.omine M c y : nomen a b 2 c 2 . j| 621 
affabilis mss mal connus, afeabilis M (confusion facile 
de *F et E) : effabilis P a b c y Servius. || 625 aspersa 
M P a y : expersa h c Servius. || 627 tepidi M 1 P b 2 c y : tre- 
pidi Ma. Servius discute les deux leçons et préfère la pre- 
mière. Le pléonasme- trepidi tremerent ne serait pas impos- 
sible et renforcerait l'allittératïon. || 632 immenms M b 1 c : 
immensum Pay Servius. || 652 conspexi P a b c y : pros- 
pexi M; cf. 048. || 659 manu MPacy Servius : manum 
M 3 a 2 b 2 Quintilien (VIII, 4 ; 24). || 661 Vers inachevé com- 
plété dans Pacmy : de collo fishda pendet. Cf. \\ 595. 
|| 668 vertimus FM P abc m y : verrimus éditions anciennes. 
. La correction verrimus^ rejetée par Heyne, est adoptée par 
la plupart des récents éditeurs. On ne trouve pas aequora 
ou fluclus verterc: cf. cependant V. 141. Mais verrere est 
banal -et sans autorité. |] 670 dextra P : dextram F P 2 a b c 
y.' dextrum M, cor. M 2 . Servius rejette dextra et préfère 
dextram^ qui a gagné ainsi les mss de proche en proche; la 
faute dadura pour datur. dans F, indique une perturbation, 
comme dextrum de M. Cf. Havet, Critique, § 1403. (i 673 
contremuere M y : intremuere FPabc; cf.- 581 ; V. 5<j5. 
|| 674 immugiit M : immugit F P a b c. immugi (t *) y. j| 684- 
686 Ces vers sont manifestement imparfaits. Nous ne sa\oii> 
pas dans quel sens les vents poussent Enée. Il semble que 
les Troyens ont devant eux le choix de deux routes, l'une 
qui les conduit entre Charjbde et Scylla, au détroit de Mes- 
sine, au nord, l'autre qui les ramène en arrière, rétro, donc 
à l'ouest, sur la côte. Dans le premier cas. le vent souffle 
du midi : de l'est, dans le second. Mais comment peuvent-ils 



~ ÉNËIDE, IV. cvn 

avoir lé choix? Ce choix est qualifié par le v. 685 : deux 
routes qui mènent au trépas (cf. Tib., I, 3, 50 : leti mille 
viae) avec une différence insignifiante. Il faut se garder de 
rattacher leti à discrimine avec Wagner, malgré X, 511. 
Le v. 685 peut être de Virgile, mais devait être arrangé 
avec un autre contexte, auquel sans doute le poète songeait 
sans se décider. Car il ne peut être concilié avec l'ensemble 
du morceau. Placer 685 après 686 avec Ribbeck ne remédie à 
rien. Heyne entend : inter Scyllam atque Charybdim, 
utramque viam... Viam serait en opposition. Mais Charybde 
et Scylla ne sont ni un chemin ni un double chemin; le che- 
min est entre elles deux, qui sont l'une à gauche, l'autre à 
droite (420). On ne voit pas le moyen de raccorder tout ou 
partie de ce v. 685 avec ce qui Tenfôure. Les variantes des 
mss n'ont aucun intérêt : 684 monent : mouent F y. || Scyllam 
M P 2 a b c Servius : Scylla F G P y. || Charybdin M P a 2 b 2 c y. || 
686 ni F M a b Servius Priscien Donat : ne c 1 y 1 , nec P 1 ;R 
n"est pas sûr. || certurn est : r M ; variante singulière, voy. 
Havet, Critique, § 1541. || 690-691 Vers condamnés par Wa- 
gner et Ribbeck. Ils sont dans tous les mss qui comptent, 
Servius les explique, Priscien Tes cite. || 693 Plemurium P 
V y, Plemyrium M R b 2 c 5 . || 701 Camerina M P R V b c y 
Servius : Ka^àpiva, forme grecque admise par PL, N. H. 
III, 89, Sil., XIV, 198, etc. || 702 Wagner rejette ce vers, 
donné par les mss, commenté par Servius, imité par Sil., 
XIV, 218. || 705 ventis mss : velis Ribbeck. || 708 actus M : 
actis P R b c y Ps.-Servius (« transactis »). Cf. VII, 199 : I, 
240, 333, avec Géorg., I, 413. 

Livre IV. . — 11 quam forti : quem forti F 1 Valois, qui 
restreint toute la description à l'aspect physique et rapporte 
armis à armi (cf. XI, 644). || 25 adigat G M P R b c : abigat 
F Ribbeck. Cf. VI, 594. || 26 Erebi M b c : Erebo F G P 1 y, 
Eribo R. « Herebo, id est in Herebo. Alii Herebi' legunt. » 
(Servius). « Aut Herebo, ad Herebum. .» (Ps.-Servius). Le 
Ps.-Servius lisait donc Herebi dans son texte. || 46 hune : hue 
Ps.-Servius. || 54 impenso F 1 , penso P 1 : incensum M R b_c y. 
« Alii non incensum, sed impenso legunt. » (Ps-Serv.). 
|| inflammavit M b y Servius : flammavit F P R c. Après ani- 
mum l'addition ou l'omission du préfixe est facile même 



i vin NOTES CrUTlui i>. 

dans l'écriture capitale. La forme à préverbe indique le 
commencement de laction. Cf. III, 330. 94 nomen correc- 
tion ancienne : nurnen mss. || 98 certamine tanto mss Ser- 
vius Ps. -Servius : certarnina tarda Heinsius. ji 126 Celte 
répétition de I, 73 parait une interpolation à Peerlkamp bien 
que le vers soit donné par les mss et commenté par les 
deux Servius. On reconnaîtra que ^opriam fait ici dii'ti- 
culté. j| 166 prima mss : primae Heinsius. || 168 eonvbl.is 
M P 1 b c, conubii R V y 1 . Seul passage où les mss de Vir- 
gile favorisent l'hypothèse d'un u bref dans ce mot || 174 
qua MR : quo P 1 V b c y 2 . « Quo... quamquam alii qv.a !«■• 
gant. >< (Servius.) |j 191 sanguine M I' V b c y 1 ; a sanguine 
R. Cf. l'adjectif Trojano et Riemann. Synt., § 63, 2 e note. 
|| 198 Hammone M R b 1 : ammone P y, amone c. Les Latins 
ont une tendance à mettre une aspiration devant Va initial 
des noms barbares : HannibaJ. Hamilcar, HasJrubal. etc. 
La forme égyptienne est sans aspirée. Le dieu égyptien s'est 
d'ailleurs fondu avec une divinité punique. Ra'al Chammari, 
plus tard identifiée avec le Saturne romain. Virgile fait la 
confusion, mais dans son esprit de lettré. l'Ammon égyptien 
cache la divinité sémitique. |] 217 subnixus M P a b c y No- 
nius Servius: subnexus /.Servius imagine la mitre sem- 
blable au bonnet [pileus) des Dioscures et ne parait pas i :< mé- 
prendre subnixus. Le Ps. -Servius interprète : •< Subligatuéi 
aut... fiducia elatus». On a voulu résoudre ces difficultés 
en écrivant subnexus. à une époque tardive et contre la tra- 
dition, ji 256-258 Vers supprimés par Heyne. Wagner, Rib- 
beck. Us sont omis par b 1 : 25? et 258 sont échangés dans 
c. Mais ils forment comme une conclu -ion générale. 257 est 
commenté par les deux Survins ; 258, par Servius. Ils .-ont 
dans les mss F M P a y. 257 ad P 2 y* ; ao P 1 : ac M a b c 
Pour Ribbeck. ac est une altération de at, autre forme de ad. 
Conington et d'autres omettent le monosyllabe litigieux. . 269 
et M b c : ae P a y. || terras M a b c : tert am P y. || 273 Omis 
par M Pa 1 b 1 y 1 ; n'est dans le texte que dans c. Cf. 233. |j 
286 Vers omisparFPy; se lit dans M àb c.ifey ne supprimé 
285-286, que ne commente pas Servius. Ces versforment une 
transition entre l'incertitude absolue des v. 283-284 et la 
résolution d'Enée. H 288 Serestum F .M Pah c y : Cloanlhum 
7t. d'après 1, 540 : mais cf. XII, 561. jj 289 suciosque F M 



ENÉIDE. IV. nx 

a b : soeios P c y. || 290 relus sil F M P c y : sit rébus a b 
m. || 312 et M a b c y : sed P, si m. || 329 tamen mss : (an- 
Zwm leçon sans autorité. || 336 régit mss Heinsius : reget 
leçon sans autorité. |j 381 « Sane multi Italiam distinguunt, 
ut sequatur venlis pelé régna per undas. » (Ps.-Servius). 
Quint., IX, 2, 48, joint ventis à ce qui précède. || 386-387 
Servius rappelle que les âmes des suicidés errent sur la terre 
tant qu'elles iront pas rempli le nombre d'années qui leur 
était assigné. Didon poursuivra Enée pendant celte, période 
quand elle sera dans le lieu où elle doit rester, elle entendra 
raconter les malheurs du traître, si elle ne peut les voir 
Mais Didon ne parle pas de sa résolution de mourir et il reste 
beaucoup d'indécision. Absens contredit le raisonnement de 
Servius, mais il entend atris ignibus des feux du bûcher. Il 
explique lout ce morceau d'après les événements subséquents, 
tandis que Virgile parait avoir voulu laisser planer l'incer- 
titude sur les desseins de Didon. La reine est obsauv, 
parce qu'elle doit l'être. || 390 parantem P a b y : volentem 
Me; II, 790. || 416 circurn est rattaché expressément à ce 
qui précède par les deux Servius. Markland joignait circurn 
undique d'après Stace, Silv., II, 5, 13. Wagner met un poin 
d'interrogation après Utor'e. || 427 cinerem M : cineres P 
abc y Servius. || 428 negat M a bey : neget P M 2 . « Cur 
mea dicta negat : non interrogat, sed queritur; quidam rc- 
velli jungunt, ita ut sequatur cur... neget. » (Ps.-Servius). 
|] 436 dederit M Py : dederis abc; ciuiuihitam Pa b c y : 
cumulata M. La leçon cumulata est une faute ancienne, 
que connaît et repousse Servius : -c Nenio enim dicit ve- 
niam cumulata, sed cumulatam. » L'omission ou l'addition 
de m devant m est une faute banale. Le texte adopté dans 
l'édition est la vulgate actuelle, dont les ternies isolés ne 
présentent aucune dillicullé. Mais dans le contexte, les v. 
435-436 semblent inexplicables. Si Anna est la confidente et 
l'approbatrice des amours de Didon, pourquoi la reine, a-t-elle 
. besoin de dire miserere sororis ? Dans ce qui précède, elle 
s'adresse à sa sœur avec conlîance, sans précautions ora- 
• toires : les v. 420-423 donnent le motif de sa démarche et 
n'insistent pas sur la valeur tlu service demandé. De plus, 
cumulatam morte remittam ont un sens très clair, qui ne 
peut échapper à Anna. Paroles exagérées, « ut amantes di- 



ex NOTES CRITIQUES. 

cere consuerunt » (Servius, qui cite Bue, 8, 60), mais qui 
contredisent le v. 434. Enfin Servius donne ce renseigne- 
ment : « Quam mihi cum dederis cumulatam : quam lec- 
tionem Tucca et Varius probant ». Si Virgile a d'abord 
écrit dederis, c'est que la grâce demandée est sollicitée d'Anna, 
non pas d'Enée. Virgile pouvait avoir songé à mêler aux 
amours de Didon et d"Enée la rivalité des deux sœurs et à 
montrer Didon s'abaissant aux: supplications devant sa sœur. 
Exlremam hanc oro veniam pouvait subsister en toute hy- 
pothèse, bien que, s'adressant à Enée, cet hémistiche répète 
Extrcmum hoc miserae det munus amanti (429). La suite 
signifiait : Je te rendrai cette grâce au centuple à ma mort 
(ou par ma mort), en te laissant le champ iibre. D'après une 
légende, Anna avait abordé en Italie et excité la jalousie de 
Lavinie (Ovide, Fastes, III, 599 suiv.). Varius et Tucca ont 
trouvé une ancienne ébauche de cette fin du discours. : {Mi- 
serere sororis), | quammihi cum dederis, cumulatam morte 
remittam. Ils l'ont jointe au commencement du v. 435, sans 
songera la contradiction. Les lecteurs ou -éditeurs subsé- 
quents, dès l'antiquité, ont cru mettre tout en ordre en chan- 
geant dederis en dederit, que Servius repousse. S'il fallait 
lire dederit, je préférerais l'équivoque menaçante proposée 
par le Ps.-Servius. Dans Ovide, Hér., 7, 177-182, Didon de- 
mande un délai, tempora parva; sinon, elle se tuera; mais 
elle ne dit pas ce qu'elle fera quand le délai accordé sera 
expiré. Ovide ne s'est pas embarrassé dans l'interprétation 
des v. 435-436. || 439 aut M P a b c y : haud mss sans auto- 
rité. || 443 altaéYlA P a c y : alte b Servius Ps.-Servius. |j 456 
sorori M P a b c y : sorori est F. || 464 priorum F P a b c 
y : piorum M. « priorum : legitur et piorum. » (Servius ; 
le Ps.-Servius connaît aussi les deux leçons.) || 490 movet 
M P c, movit F : ciet a b y. || 497 superinponantFM : super- 
imponas P a b y, super imponensc, « importas : quidam im- 
ponant legunt, scilicet famulae. » (Ps.-Servius). Les édi- 
teurs qui préfèrent superimponas ne se sont pas repré- 
sentés Anna hissant le lectus jugalis au-dessus du bûcher. 
Le secret d'un bûcher pareil dans une cour de la maison 
demande plus d'un confident ; cf. 664. || 498 jubet M P b c : 
juat Y},juvat a Ps.-Servius, jubat y. || 517 rnolam M Pc y : 
mola-Y ab Servius. || 528 Interpolé. Omis par M P a 1 b 1 c 1 



ENEIDE. V. cxi 

y 1 , insère de seconde main dans les mss carolingiens, ixn 
commenté par Servius. Cf. IX, 225. |] 536 sim MPabcy: 
sum y 2 . !| 539 dMPay : aut b c m. [] 540 sinel M a b c y 
Servius : sinat P. || 545 inferar M 2 P a h c y Ps.-Servïus : 
inferet M: « insequar : alii inférât » (Servius d'après Daniel). 
|| 552 Sychaeo P 2 a c y Servius : Sycliaeies P 1 , Sychnei M. 
« Sychaeo pro Sychaeio. » (Servius.) || 559 juventa M c. 
juenta F 1 : juvenïae P a y Servius || 564 fluctuât M a b 
Ps. -Servius : concilat F P c m y. || «es^t M a b : aestus F P c y. 
I! 573 « Sane nonnulli ita distinguunt sociosque faligat 
praecipites, ut adlocutio hinc videalur incipere : Vigilâte 
vi ri... » (Ps. -Servius). || 593 diripient M P a b c y : deripient 
Heinsius. || 594 tela M P a b c y : vêla mss inférieurs. || 596 
nunc M a b c y Heinsius : nun P, num anciennes éditions. 
|| 598 porlare P a b c y : portasse M; cf. Ps.-Servius : « (jbi 
sunt qui aiunt patrios pénates portasse et parentem umeris 
suljisse ». Influence de subisse. || 602 ponere mss : appo- 
nere leçon sans autorité. || 641 celerabat M abc: celebrabat 
P y. « Alii celebrabat legunt, cpiia antiqui hoc verbum in 
velocitate ponebant. Accius : Celebri gradu gressum adcele- 
rate. » (Ps.-Servius). Cf. Plaute, Ps., 168 : « Inlro abite 
atque baec cito celebrate ». || anili M Servius Donat (Ter., 
Eun.,Y, 3,4) : anilem a b c y-, in'rfem (pour anilem, Havet 
§ 472) P. || 651 sinebat M P a b c y : sinebant F P 2 . || 682 te 
meque F M P a b c y : me teque leçon sans autorité. || 689 slri- 
dit M P a y : stridet b c. || 690 adnixa M P a b c 2 y 2 Hein- 
sius : innixa m. 

Livre V. — 29 dimittere M P a b y Priscien : demittere c. 
Le préverbe de- indiquerait un mouvement de haut en bas ; 
di-mittere, du sens de : « lancer de tous côtés », est venu à 
celui de « lâcher, laisser aller ». || 35 excelso : les mss sont 
sans autorité ou ne peuvent renseigner sur la division des 
mots. Le Ps.-Servius donne deux interprétations : ex celso 
ou excelso. \\ 38 Criniso mss : « A Crimiso fluvio quem 
Crinisum Vergilius poetica licentia vocal. « (Servius). || 49 
nisi M P R b c y : ni m. || 80 iterum : après ce mot, Servius 
place la ponctuation, ce qui est conforme à la structure de 
l'hexamètre dans Virgile. || 83 Thybrim mss : thy(*)brim b, 
vestige de ta forme Thyrnbrim, qui devait se trouver dans 



çxi] NOTES CRITIQUES, 

le texte de Virgile : voy. M. Bonnet, Revue de philologie, 
t. XVI (1892), p. 184. il 89 jacit M P y : trahit R a b c, d'a- 
près IV j 701. Cf. VII, 527 : lucem jaclant. || 101 onerant 
M P R b y : onerantque c. i| 107 complebant M : comp levant 
PRbcy. I! 112 tulentum M Py : talenta FRb c Servius. 
Il 126 chori mss ; raw- dans G'., III, 278, 356. |] 143 triden- 
iMF'MPb (cf Val. FI., I, 688): stridëntibus R c y Pris- 
cien. || 158 longa mss Heinsius : /o^#e anc. édit. || 162 grès- 
sum M P R y Heinsius : cursuni b c Sénè'que {Benef., VI, 7, 
1). || 163 laeva M P b y : laevas R c. j! 167 et om. R. || 184 
Mnesthi Py,Mnesli MR : Mnestheo b c. || 187 parlem M: 
parlim P R b c y. || 202 animi M R Servius Arusianus : ani- 
pp P y*. || proram : prora M. || 208 trudes P R b c y Isidore : 
si^des M. || 226 adnixus M R c Nonius, atnixus b : enixus 
P y. || 228 fragoribus M R b c : elamoribus P y. |{ 235 es< 
pelagi M P b y : pelagi est R c. || 238 projiciam M PRbcy: 
poriciam M 4 , porriciam leçon disculée par Servius et dé- 
fendue par Macr., III. 2, 5.-« Exta proiciuntur in fluctus, 
aris porrieiuntur, id est porriguntur. » (Servius). || 274 .<ra«- 
sit7 M P b c y : transit R. || 279 nixantem M P V c y : nexantem 
R b. Il 280 rnovebat M R V b c (cf. III, 056) : ferebat Py (cf. 
VIII. 109). Il 281 plenis... velis M (cf. I, 400) : i.-e/is... p/ems 
P II Y b c y. || 285 ubeve b c : ubera M P R y ; it&era peut 
se défendre. |j 299 Arcadia M R : Arcadia P b c y. || Te- 
geaeae P 1 : Tegeae de b c y, Tegea de R, légère de M. La le- 
çon Tegeae de n'est pas impossible en principe ; cf. 251 Meli- 
boea. Servius, qui la connaît, la rejette en comparant VIII, 
459 : cf. Géorg.. I, 18. || 312 circum amplectitur PRbcy : 
circum plecti'ur M. || 326 ambiguumve Heinsius d'après 
ses mss, Bentley : ambiguumgue M P R b c m y. || 347 reddan- 
/((/' M R : reddentur P y 1 , redduntur M 5 b c. || 350 tniserari 
M y Donat Asper : misereri P 1 R b c. j| 359 artes M b c Ser- 
vius : artem PRy. || 374 perculit F 'c^y Priscien, perluHt Tti 
perculit R b. |j 398 juv0ntas M R : juventus P y, juventa h, 
juventor c 1 . Les mss de Servius sont partagés. || 404 « animi 
tantorum : hoc est virorum fortiuin. [Hicdistinguendum (Ps.- 
Servius)].... Nam stultum est dicere tantorum boum cum 
di.verit septem. » (Servius). L'accord en cas n'est plus compris 
par les scoliastes, ni aussi par quelques modernes. || 425 
mneççuit PRbcy Diomède Priscien : intexuit M. || 449 TQr_ 



ENKIDE, Y. . GXlil 

disibus M P V a b c y : radie i tus R Priscien. || 457 Ce vers 
est rangé parmi les étais provisoires du poème « versus tibi- 
cines ». par Servius, sur VI. 186. || 470 ore ejeetanlem P b 
Heinsius, ore jectantem M Y c 1 y 1 , ore jactantemR : ore re- 
méfantemy*. || rnixtos P R I) y : mixte M c ; mais cf. Oridc, 
met., XII, 256. !| 486 pofw'ï M R V 1. c Nonius : dicit P y Hein- 
sius. || 512 alra M R b c : alla P y 1 . | 515 speculalus M P R b 
b y : specûlatur iz. || 518 aetheriis P y 1 Wagner : ôems M R. 
acreis b r. || 520 aerîas mss |j rmilorsit P b y : confondit 11 I!. 
condit c. || 522 subitum y : subito M P 11 Jb c y. || 534 hono- 
r>-s M P R y : honorem b c. || 541 honori M R b c y Ps.-Serviua : 
honore P. || 551 decedere M R b c : discedere P, discendere 
y". || 557 praefiœa mss : prdefixa Heinsius d'après des mss; 
il 573 Trinaçriae, M c y. trinacria a : trinacrii P R b Servius., 
trinacriis anciennes éditions, || 584 adversi M R : ad.rersis 
b c y. a(d)versis P. || alternas M P b c y : altérais R. || 591 
failleret M c : frangeret PR b m y Servius (qui glose par 
deciperet, falleret; cf. Catulle, 64. 115, frustrai elur). || 595 
/uduntqve per undas Re : oui. M P y, puis ajoutés dans M 
y, sur grattage dans b. Ces mots paraissent avoir été intro- 
duits pour finir un vers laissé inachevé- '! 596 /urne mo- 
rem cursus mss : //une morem. hos cursus anciennes édi- 
tions. j| 604 /(/c M c Servius : fa'nc P R b y. || 620 77/"//u P y. 
Tmari R ; (**}_9«<m (*) c : mmè M b, Tsmarii y. [| 631 <?ms 
P b y : #m M. </mrf R c. || 640 animum M P b 2 c y : animaux 
R. || 649 uoeisque M P R b y : uoeisue c. || 680 flammae R b 
c : flamma P, flammam M y . || 685 excindere M: abscindere 
P b c y, abscidere R. || 692 dimitte M P b c y : démit le R. 
!! 695 campc'sM P- y : campi R b 2 c: campis, avec la ponc- 
tuation qu'entraîne cette leçon, donne une meilleure dis- 
position de la période, en détachant le seul détail impor- 
tant : senmsta madescunl. || 706 Aaec M P R b y : hac c Rib- 
beck. |i 712 consiliis M P R c y : consilii b c 2 . || 720 anima 
mss : animum Servius (« figura graeca .«). || 734 tristes 
M P R b c y : tristesve M 4 b 2 e 2 . || 768 nomen M : mtmen P b 
c y Nonius, caelum R ; numen, « la puissance redoutable de 
l'élément ». || 776 proficit M P R b y, projecit c : porricit 
Heinsius ; cf. 238. || 777 et 778 sont intervertis par P y Ribbeck 
Renoist, etc. Interpolés pour Oebhardi. || -781 neque (ou nec) 
exsalural'ile mss : et inexsaturabile éditions anciennes. 



cxiv NOTES CRITIQUES . 

il 795 ignotae F b c Servius : ignoia M F' R y. || terrae F P 

R b c, /er;-& y : terra M. || 811 perjurae P b c y, perjure R : 
periturae F M ; cf. H, 660. ]| 812 timorés P R b y, timoris F : 
timorem M c. || 814 quaeres F M P R b cjServius. qaeres y : 
quaeret Ribbeck. || 817 aura mss : curru y. j| 821 fugiunt 
vasto M P R b c y : fugiuntque ex M 2 . || 825 tenet M : huent 
P b c y, tent R. || 836 laxarant mss : laxarunt c 1 , /a#ct- 
ranty. || 843 ipsa aequora mss Servius : sua flamina M : cf. 
832. || 850 «wm mss : austris y. || 851 cae/i M R b Servius : 
c«e/o Pc y. || sereni M P R b : sereno c y. « Alii legunt : 
Deceptus fraude caeli sereni » (Ps. -Servius) : suppose la le- 
çon cae/o comme tevle reçu. || 860 saepe P R b cy : voce M. 
Cf. XH ; 638. 

Livre VI. — « Scieuclam sane Tuccam et Varium bunc 
finem quinti esse voluisse. Nain a Vergilio duo versus se- 
quentes [VI, 1-2] buic juncti fuerunt. Unde in nonuullis 
antiquis codicibus sexti initium est : Obvertunt... tenaci. » 
(Servius, sur V, 871). « Sane seiendum, licet primos duos 
versus Probus et alii in quinti reliquerint fine, prudenter 
ad initium sexti esse translates; nam et conjunctio poe- 
matis melior est. et Homerus etiam sic inchoavit [Od., 
XIII. 1] : "Hz- ■'k'saTO.-.. >■ (Servius. sur VI, 1: sur le texte 
de celle scolie, voy. L. Havet, Rev. de philol., t. XI [1887], 
p. 64). L'analogie avec Homère est superficielle. Dans YO- 
dgssée, Ulysse vient de finir un récit qui a rempli quatre 
chants (IX-XII). Il est plus naturel de commencer un livre 
quand ce discours est fini qu'après les deux vers de regret 
donnés à Palinure par Enée. Mais il est encore moins natu- 
rel de commencer avec Obvertunt pelago proras. De plus, 
on ne S'explique pas, si l'édition princeps de Varius et Tucca 
rattachaient ies vers 1-2 au chant VI, comment Probus a pu 
connaître des exemplaires antérieure, où ils figuraient à la 
lin du chant V. D'où provenaient ces textes d'un poènïe inédit '? 
Nos mss font commencer le livre VI h Sic fatur. || 20 An- 
drogeo bc Servius Charisius Diomède : Androgei MPRm 
y: « Androgeo : secundum Atticam linguam » (Servius): 
« cum ipse alibi [II, 392] Androgei galeam » (Ps. -Ser- 
vius). |] 33 ornnia F M P c y Nonius Macrobe Marius-Victo- 
rinus : omne R b m. omnem Servius. || 37 poscit F P b c y: 



ENEH)E, VI cxv 

poscunt Mli: « sane seiendum poscit lectionem esse melio- 
rem » (Servius). Cf. XII, 156. || 39 de : ex F c. || 84 terrae M P 
y : terra R b c ; « terra : legitur et terrae » (Servius). Il n'y a 
pas de locatif terrae; voy. Mém. Soc. de linguistique, 
t. XII, p. 85. |! Lavini mss : « alii hçitini legunt » (Servius); 
|J 96 çmarn mss, Servius : çwà une partie des mss de Sénèque 
{Epist., 82, 18). Sénèque prolonge la citation jusqu'à siuet. 
ce qui était nécessaire s'il lisait quqm, mais inutile s'il lisait 
qua. Virgile a écrit quam ; qua, plus facile à expliquer, est 
suggéré par via. || 109 contingat M b c Servius : contingam 
P R y. || 113 caelique minas pélagique M. || 122 «magnum 
quid memorem Alciden ? melius sic dislinguitur, licet qui- 
dam legant quid Thesea magnum. » (Servius). A la diffé- 
rence des Grecs, les Latins mettent volontiers une ponctua- 
lion à l'intérieur des deux derniers pieds de l'hexamètre. 
|| 126 AvernoM P b : Avemi Rcy; « Averni : legitur et Aver- 
no. » (Servius.) || 132 circumvenit mss Heinsius : circumptuit 
Servius anciennes éditions. || 132 Cocytus : CocytoslSÏ. \\ 133 
cupido est M R b c y : cupido V. \\ 141 qui M : quis V R 1) c 
y; quis est l'expression facile. || 144 similis M : simili P R 
b c y. L'épithète s'applique logiquement à métallo, mais est 
rapportée poétiquement à virga. || 154 Stygis M 4 (M 1 ?) P : 
stygiis M R y, stygios P' 2 b c m: les mss de Servius sont par- 
tagés. || 161 exanimem M : exanimum P R b c y; amené par 
la iinale de socium (Havet, Critique, g 495). || 177 sepul- 
chri M R b 2 c Servius Nonius : sepulchro Py; « Probus Ui- 
men et Donatus de hoc loco requirendum adhuc esse dixe- 
runt » (Servius), parce qu'on ne peut encore parler de tom- 
beau, avant les funérailles. Cic, Orator, 160 : « Sepulcra 
coronas lacrimas dicimus, quia per aurium judicium licet », 
et non sepulchra. || 186 forte M P b c y ; voce R (cf. IX, 40*3), 
ore y; « vacat forte; et est versus de his qui tibicines vocan- 
tur, quibus datur aliquid ad solam metri sustentationem [cf 
V, 457] ; nec enim possumus intellegere eum fortuitu rogasse » 
(Servius). Voy. la note. || 193 agnovit M : agnoscit PRbcy. 
|| 195 derigite PRy : dirigite Mbc; dirigere signifie « en- 
voyer dans toutes les directions ». || 203 gemina M P b c y 
Priscien : geminae R. || 209 brattea M R b c, brattia P : 
bractea y; brattea est la forme correcte. || 241 super M P R 
supera F b c y Nonius. || 242 Vers donné par R b y, après 



cxv NOTES CRITIQUES 

240 dans y, omis par F M P c (locum : lucum b 1 , lacum b 2 : 
aornum y: averjmmli b). Traduction de Denys le Périégèté 
.1151 : TôOvexi jmv *ai ipwriç eictxXetoucrtv "Aopvov; cf. Pris- 
cicn. Périég. : • Unde lotis posuerunt Graji nomen Aornon ». 
Gomme Priseien a traduit différemment, c'est qu'il ne lisait 
pas encore l'autre rédaction dans les mss de Virgile. Le vors 
donné par Rb y doit- être une traduction indépendante, de 
Prîscien, mise en marge et qui a passé dans le texte. Le 
lieu nommé Aornon n'est pas la caverne, mais le lac. Le- 
Lymologie viendrait à sa place au v 201. quand est nommé 
l'Averne. || 249 succipiunt Y Pb- Servius : suscipiurit MR 
• y; » suceipiunt : antique •■ (Servius). Cf. I. 175. j| 254 sut 
per y : superque FM PR b c y. L'addition de que doit être 
duc à la difficulté métrique. infundens M : fvâidens Y 
P I! b c y. || 255 liminaY MÏIeihsius : lunïïna P R c y Servius 
Chai'isius. lumine I». 265 (iac)entia lat'e loca nocte P ; 
tàcenlia F M I! boy: silentia Servius (et probablement P 1 ).. 
cl'. 264, silentes. 267 "//" mss Servius : fdtosM. et'. Géora., 
II!, f,'. || 268 obscuri so/a mss (dont F) Servius : obscurci soii 
y. Il 270 incertam M P R c y. incertumF : inceptam b Ser- 
ons: « alii incertam legunt » (Servius). || 273 primisque M 
R b Macrobe Àuïu-Gelle : primis P c y. |j 289 « Sane quidam 
dicimt versus alios hos a poeta bôc.loco relielos qui ab ejus 
cmendatoribus sublati sint : Gôrgonis in medio portentnm 
imwiane Medusae, j vipereae circum ora cornue, cui sibikt 
kvrquent \ infamesque rigent oculi. mentoque sub imo \ 
§&rpeklwm extremis nodantur vincnla .candis. » (Ps. -Ser- 
vius.) Exercice d'école ou passage parallèle d'un poète in- 
connu. || 300 lumina : lumine c. || flammae M P 2 R b y : 
fîamma P. Servius cite avec flamma (I, 646: Bue.) 7. 53: mais 
les mss sont en désaccord à VI, 22) ; de même le Ps. -Servius 
(II, 333) et Donat (Andr.. 609). On ne peut comparer la 
eôiistruction dEnnius slant pulvere campi (voy. p. 849, 
n. 3), où l'idée est celle d'une masse compacte qui se tient. 
Le regard de Charnu' est fixe, en vertu d'une étymologie 
préconisée dans l'antiquité (ô'u.aaia -/ a P 07r( *); ^ ce ^ 1 s'ajoute 
le flamboiement. Ce sont deux notions unies, mais distinctes. 
|| 305-312 Cf. Ha vet, Critique, § 1191 || 332 animi M : animo 
M' P R b c y. || 375 adibis mss : - abibis : quamquam -alii 
(alibis le gant », La leçon de b est douteuse. |l 383 terme mss 



Enéide, vi. cx\ 

Nonius : terra Servius; alors cognominis est un adjecl 
(Plaute, Bacch.. 9). C'est du surnom que Palinure se re- 
jouit. j| 389 moveri : rnoverei F. ' 420 soporatam F M P R 
1) c y Servius {Géorg., IV. 190) : saporalam y. 433 consi- 
iium P*,' Pseudo-Asconius : concilium M R h c. Le- deux 
mots sont confondus souvent. En général, concilium désigne 
une grande assemblée populaire, une as><-mbl< ; o d'égaux 
ou une assemblée délibérante (voy. plus haut, sur II, 89)] 
consiiium, un conseil restreint d'hommes ehoisis, un sénat. 
un jury, une commission. Le mot consiiium apparaît ra- 
rement chez les poètes, mais dans Virgile un pou plus sou- 
vent que concilium (environ 15 toi- contre 10). Consiliwn pa- 
rait appelé par quaesitor. || 438 fas obstat niss : fata ob&-~ 
tant M 4 : « fata obstant : jura- naturae » (Servîus). || tris- 
Us T 11 y, «ris M: tristi b 2 c: « indique : trjsti unda palus 
înamabilis; ne si trislis dicamus, duo siut epitheta ° (Ser- 
vius). |j undae M Py : unda Rbc Servius. Havet, Critique^ 
§1041: « înamabilis... coercet : ajout.' d'après Géorg., IV. 
479 ». Le v. 438 était inachevé. |j 442 peredii : peremil M. 
|| 452 umbras : umbra M. umbràm M i bc . || 475 concussus 
M P b y : percussus R c u; cf. V, 700. || 476 lacrimis V R b y 
Servius : lacrimas M, lacrimans M- c. || 486 fréquentes M 
R b c : frementis P, cf. Hom., 0'/.. XXIV. G, tp : ro-j<y ou. || 495 
vtV/îf b 2 c : mrfe* FM' 2 P R b y, viditet M. uicteJ e* Heinsius. 
Servius rite Deiphobum vidit. sans les mots suivants. || 498 
m- M P : et F R b 2 c y. || 505 in litore M b c Servius : litûre F 
P R y 2 . || 524 amovet M b : cmovcl F R c y. etmovet P. 528 
thalamo : thalamos R. || additur F M c : additus P R I» v. 
|| 529 Aeolides R : Oelides M P b c y ; Euliades F: « Aeolides: 
Ulkes: alii Oeliden legunt, de quo nusquam legimus » (Ser- 
vius). il 547 tovsit FPbcy : pressil MR: cf. 197. || 551 «o- 
nantia : tonantia R; cf. V, 8GG. j| 553 bello F PR b y : ferra 
McFulgence Anth. lat. (17, 74); cf. IX, 137. || 556 exsomnis 
F M P b c y : insomnis R. || 559 strepitum F P R b c y Servius : 
strepitu M. || hausit P b c y Servius : h aesit F M P 2 R. || 561 
quis M P 2 c y : qui P R b . || plangor M R b c : clangor P y 
Servius (sur .554) ; clangor ne peut s'entendre de la voix 
humaine. || auras mss Servius : auris P. || 571 torvos : tur- 
. tos P. || 585 Sur les supplices qui vont être décrits, voy. S. 
Rçinaçh, Cultes^ mythes et religions, t II, p. 159. [j 586 



gxviii NOTES CRITIQUES. 

flammas M R b c Priscien : flammam P y. || 587-586 ordre 
proposé par M. Cartault, Rev. de philologie^ t. XL (1916), p. 
212 ] 585, 587,588, 586 : Ladewig. || 591 pulsu FM P y : cur- 
su R b c. || simularet : simulcirat F 2 c. || 602-615 doivent 
être transposés avec 616-620, comme l'a montré M. L. Ha- 
vet, dans la Rev. de philologie, t. XII [1888]. p. 145 ; cf. Th. 
Reinach, et J. Màrtha, ib., t. XIÏI [1889], p. 78 et 97; A. Car- 
tault, ib., t. XX [1896], p. 151, propose de placer 602-607 
après 620. La faute est antérieure à saint Ambroise et à Ser- 
vius, postérieure à Valérius Flaccus et à Stace. |j 616 ra- 
diisque mss : radiisve Heinsius. || 601 quo R : quod F, quos 
M P b c y Probus Macrobe. || 607 intonat F M R b c y 2 : in- 
crepat P. || 630 educta M c Servius : ducta F P R b 1 y 1 , cf. I, 
423. || 640 campos Mcy Servius : campus FRb, campis 
- P. || 651 iniratur P R b c y : mirantur F M. La Sibylle a déjà 
vu • cf. 564. || 652 terme F b c : terra M P R y ; de fixa e : de fixa 
M; hastae : ha*la P 1 . || 653 ca-mpum : campos R. y currum 
FMRbc Servius Priscien : curruum P. || 664 aliquos F 
M P R b c Servius, ali{*)quos y : alios y Donat Macrobe. 
|| 687 expectata mss : spectata Servius ; « exspectala : 
probata, ut [VIII. 151] et rébus spectata juventus » (Ser- 
vius) . Le sens donné et l'exemple cité prouvent que Ser- 
vius lisait bien spectata; exspectata est une erreur de l'ar- 
chétype de Servius, suggérée par le lexte du poète. j| pa- 
renii : parentis M, cor, M 2 . || 702 om. P b. || 704 siloae G M 
PRb y Servius: klvisF M 2 c, cf. III, 442. || 707 velut : ve- 
luti F G M. i| 720 ad : in Eugippius. || 724 terras G M c : 
terram F P R b y. || 731 noxia corpora F M R b c Servius : 
corpora noxia P y. || 734 dispiciunt y y : despiciunt FMP 
R c, respiciunt b / Servius Donat. || 746 relinquit F M b : 
reliquit P R c y. || 747 aurai b* c y 2 Servius Ps. -Servius (sur 
VII ; 464) grammairiens : aurae M PR, aure F. || 750 super ut 
M, supera ut R b c y, supera aut F, superant P. Cf. 241. || 754 
posset : possit F y, possent Nonius. || 772 atque : atqui y. 
|| 781 nate : nata Rurmann. || 787 super alta M PR b : su- 
pera alla c, superata y. Cf. 241 et 750. || 806 virtutem... factis 
M b Servius Dosithée : virtute... vires P R c, virtutem... vires 
yDiomède. || 822 Macrobe et Augustin lient utcumque... mi- 
nores à infelix. \\ 845 tu M R b c y : tun P 1 . || 846 restituis 
M P y : restitues R b c ; cf. Ennius, restituit. \\ 848 credo ; 



ÉNËIDE, VII. cxix 

redo P Markland. || 852 hae M R b c y : haec P. || paci : 
pacis x Servius. || 865 qui F P b c y : quis M R. || 897 ubi 
M b 2 c Donat : ibi F P R c 2 y. Cf. III, G9. || 901 Des mss en 
capitale, F donne seul ce vers dans le texte: M P R l'ont, isolé, 
au bas de la page. Condamné par Bentley. 

Livre VII. — 4 signant M P y : signal R b c. || 8 cursus 
F M P b c 1 y : cursum R. || 13 nocturna in lurnina F PRb 
c y : nocturno in lumine M. || 26 roseis F M P R b y Nonius : 
vaseis c 1 ; variis Ri bbeck. || 37 « Bine est sequentis operis 
initium; ante dicta enim ex: superioribus pendent. » (Ser- 
vius). Remarque littéraire dont il n'y a rien à tirer pour la 
division en livres. || 72 et M P R b y : ut c 1 . || 98 venicnt M 
P R b c y : veniunt Mentelliauus; « venient : melius veniunt » 
(Servius). |j 99 feront M P R b c y : ferent y. || 110 ipseM PRb 
cy : ilfe un correcteur de M Servius Priscien. || 129 exitiis 
mss : exiliis y. || 164 acris : acres (nominatif) édd. Cette 
interprétation est fausse, si tous les mss ont acris, comme 
on peut le conclure du silence de Ribbeck. || 175 hae M P b c 
y : haec R. j] 182 Martia qui FMc : Martiaque PRb 1 y 
Wagner, jj 207 penetravit F M P bcy : penetrarit R Bentley. 
|| 211 numerum : numerom P, numéro P 2 y. || auget FMP 
-R Servius : adit y 1 , add.it b c Heinsius. || 220 Kloucek met 
deux -points après suprema. Donat unit rex... misit (sur 
Ter., Ad., II, 1, 42). || 237 precantia : precantumPic\ pre- 
canti b 2 , vittasque precantia verba correcteur tardif de F. 
Il 288 longo M : longe FRbcy. Cf. Val. FI., III, 43 : « Dant 
aethere longo | signa tubae ». || 307 Lapithas M 2 Priscien: 
Lapilhis F R b c y Servius Priscien, capithisM. \\ Calydona 
F 2 M 2 b y Servius Priscien : Calydone M Servius Priscien, 
Calydo F c. || merenles M : merentem F M 2 b c y, merente R 
, Servius Priscien. || Les variantes de ce vers remontent à 
l'antiquité. « Lapilhis... Calydone merente : Haec est vera 
lectio: sic et sensus procedit ut uterque ablativus sit; nam 
si Calydona legas vitium erit nec sensus procedet. » (Ser- 
vius.) Servius connaît donc une leçon Lapilhis Calydona, 
Priscien en connaît ou propose trois Lapilhis Calydona 
merentem, Lapilhis Calydone merente, Lapithas Calydona 
merentem. La longueur du vers a dû aider à le mutiler. 
|| 324 deqriim F M v : sororum R b, sorum c 1 . || 351 spirans 



CXX NOTES CHÏÎHjl ES. 

M V : inspirans R b c y. || 356 percepit Mbc y : concepU 
R. || 358 woMe M c y : /m/a R b y 2 . || 363 an »wm M bi<>- 
niècle : ai non R y Donat Isido/e, ad non c, acnwonb 2 . « ai 
non... legitur et an non. » (Servius.) || 370 dicere R b 
cy : poseere M. || 377 immensdm : immensum Heyne. j 412 
rnanel M V b c y : /e/<e£ R Servius. || 416 vultus M R V b c y : 
cullus Arusianus. || 430 jubé M : para. F R h c y. |j 436 m>- 
dam F M b c y : a/ceo R: cf. 303. i| 444 gérant M : gèrent 
F R 1) c y. || 451 rabido M R h : rapido F c y. I' 458 rumpit F 
M b c y : rttfjlt R sous l'influence de ruptus du v. suiv. : cf. 
le fac-similé de F. || 459 perfundit F R b cy : perfudit M. 
|| 464 aquai M b 2 c y (?j Consentais. Servius. Ps. -Servius : 
aquae vis F R c- y 2 m Macrobe (V, 11, 23). « Ifanc auteni 
diaeresin [-ai pour -oc] Tucca et Vàrius fecerunt ; nain 
Yergilius sic reliquerat : Farit inlus aquae arnnis et cxu- 
berat amnis. » (Servius.) || 481 laborum Mil bc Ser\ ius, 
laborem y 1 : malorum leçon sans autorité. || 485 TyrrlwM 
Ry Diomède Asper Servius, Tyrrus Mb. Tyrus c : Thi/rrheus 
V (?). || 486 «aie F bcy Servius : /a/iMRV. || 490 manuik 
b cy : manu F M. Soi vins lit manum. qu'il explique comme 
un génitif pluriel. || 498 a/t«i« FM R b c y : abfuit m. |j 514 
intendit b c y : incendit M R" 2 . |j 528 ponlo M R : ve///o b 
c y. i| 543 co/trei-sa M : convexa R b c y Probus Asper 
Donat Servius. convecta Firmianus (d'après le Ps-Servius). La 
faute ancienne convexa amène Servius à supposer la c ins- 
truction per convexa cae/i, pèr auras ; mais cf. 296, cù 
c'est que cpii rend possible l'omission de la préposilk n 
avec un des régimes. [| 555 conjugia MRbcy : conu- 
bta ■/. Les additions de Fabricius à Servius ont aussi co~ 
nubia. Rien dans Servius. || 558 illc MRbcy : ipse /_ 
y en marge. || 565 œmpsancli y. ampsacti M : amsancti b 
Servius, amsantor. amfracti R. || 568 horrcndum : « quam- 
quam antiqui codices babeanl : ...hor rendus. » (Servius.). ji 
et om. m. Il spiracula : « antiqui codices pif&cula habent. » 
(Servius. Ps. -Servius.). || 569 monstrantwr M bc y : mons- 
tratur R. |j 570 eortdit Mbc y : condita R Servius Ps. -Ser- 
vius. « condita : ...alii condit legunt et se subaudiunt. » 
(Servius.) Yoy. Revue de philologie, t. XLI (1917), p. 186, 
n. 1. || 571 levabat M b c y Servius : levavit R. || 577 igai M 
Rc Servius :ignisy : igni{*) b. || 581-615 sont écrits dans 



ENÉIDE. Vil. Cttl 

M par une main antique, mais différente au copiste, cl 
forment un feuillet rajouté; les leçons de cette partie sont 
Résignées par M*. || 589 et M*Rbc y : om. V. Servius in- 
dique qu'il faut ponctuer après tenel. |! 598 nam FM*R b e 
Y : non m 2 Ladewig. Beaucoup d'éditeurs mettent un point- 
Virgule après portus. ]Le ^ens resté à. peu près celui qui 
est indiqué dans les ootes : mais la vàletiT û'pmnis est di- 
minuée et funere feîici spolwr s'explique moins aisémenl 
j| 624-627 paraissent interpolés à Rîbbeck, qui les place re- 
pendant après 637. lis sont indispensables a la suite do 6*23, 
là où les donnent les mss el où les commeirfe Servius. Tout 
au plus pourràit-oh désirer que l<' v. 628 seul suivit le y, 
623. || 642 exciti 1 R 1» c y : occili M || 649 hune M : huir. 
PR 2 bcy: dan- R. les lettres icju (de Kuie juxta) sont sur 
un grattage, il 654 Me&entius M H l> <■ ; : medientius P. || 667 
impexum MFey : impleacu li. implexum I». || 681 /<//»• 
/er/{o M : /e<?*o tate P II \ l> r y. 684 pasrit : pastis y 
Rentley. I! 695 « aequos : juslos autem dicit Faliscos. quia 
populus romanus missis decem viris ai) ipsis jui*a fetialiaéf 
non nu II a supplementa duodecim tàbularum aceepit. » (Ser> 
vins.) Ileinsius écrit Aequos^ comme »i Virgile avait rattaché 
aux Eques la ville de Paieries. 699 nubila M Rbc Ua- 
crbbe Servius : flumina l'y. | 717 .!///// MP : o/<V< Il I) y, 
a/ (*) /a c. « ^1//<Y( additum unuin / propter metrum. » (Ser- 
vais). || 722 tremit excita tellus -/. d'après Ml. 445. | 730 
éctydes M R b c ; acludes P y, aclides Servius. || 737 pre* 
mebat Rbc': tëneôa* MPy; cf. I. 236. || 740 Abellae 
bellae M P R b c y ^. « Bellae : uiulti Nùhnn volunt intellegî 
etdicunl iratum Vergilium nomen ejus mutasse propter sib 
negatum hospitium, cl id aperte tfoluisse dicere, sed osten- 
dere per periplirasin: nain iliic pùriicâ mala nascuntur: u 
nunc Bella pro Nota posuêrit. Alii ila volunt accipi ut sit 
Synafipha cl legatur moenia Abellae. » [Servius). Le Ps,- 
Servius expliqué Abellae et rattache au nom îles avelines le 
nom de la Aille: le rapport, s"il est M'ai, sérail .plutôt in- 
verse. On racontait une histoire semblable à propos àë 
Géurij.. II, 225. [| 757 mzlnere MRc : ruinera P b y. || 759 
Ângitiae Pbcy Macrobe Quintilien. àngiïte R : ani/uetiae 
M. || 762 Virbius : viribus Peerlkamp || 769 Paeonis M ; 
paeoniis P R b c y. || 773 Phoebigeaurn Probus : poenigenarn 



cxxii NOTES CRITIQUES. 

M b y 2 Servius, poeniginam R, poe{*)nigenam c. « Poenige- 
nam : matris poena genitum; alii Phoebigenam legunt, ut 
Probus » (Servius). || 801. Saturae M PRbcy Probus Servius : 
« aiii Asturae legunt » (Servius). 

Livre VIII. — 41. Servius : « Mire quidam conclusit hune 
versum dicens : Concesserc deum profugis nova moenia 
Teucris ». || 42-49 iamque tibi... incerta cano : Heyne, 
suivi par Ribbeck, supprime ce morceau. Mais nunc n r a 
plus alors de raison d'être. Ribbeck admet cependant que ce 
passage a pu être inséré par les amis du poète. || 46 passe 
pour interpolé aux yeux de nombreux critiques. La substi 1 
tution de hic à is dans III, 393. dénoterait en tout cas une 
interpolation intelligente. Bien qu'il- répète le v. 39, ce v. 46 
parait nécessaire au développement. La plus forte raison de 
le supprimer est son omission dans M P y; il -est donné par 
R b c. || 56 foedera M R c : foedere : P b y. Servius connait 
les deux leçons. Cf. IV, 112; VII, 546. || 65 exil : escit 
Havet (Rev. de phil., t. XXXV [1911]. p. 5). || 70 sustinet 
MPRy : sustulit h c Servius. || 108 taeitos M PRbcy : 
« tacilis... pro ipsi taciti.. hoc est sine celeumate » (voy. 
p. 354, n. 6) (Servius). || 121 percussus M P c y : percul- 
susRh. Cf. I, 513; G., II, 476. || 160 juventas MPRby 
Servius (VIII, 659) : juventus c, juventa y. || 167 intertex- 
tam M P 2 b c y : intertexto P R. Servius connait les deux 
leçons. || 190 primum M P c y : pridem R b. || 202 Geryo- 
nae P c y Servius (VIL 652), Geryone M : Geryoni R, Gerion (*) 
b. 1| 205 furiis M I* R b 1 y 1 : furis c Servius Ps.-Servius 
Peerlkamp || 206 intractaturn M P R b c 1 y : inLem,ptalum 
M 2 c 2 m. || 212 quaerenti}\ P y : quaerentes R b c 2 . || 221 aeri.i 
P R b : aetherii M c y. Ailleurs aetherius est seulement 1 e- 
pithète de l'Olympe. || 223 oculis M P R bij : oculos y. « ocu- 
lis...: alii eculi legunt » (Servius). Cf. T. L.,' VII, 26, 5 : 
« Oculis simul ac mente turbatum (Gallum) Valerius ob- 
truiicat ». || 229-230 Proscrits par Peerlkamp, malgré les mss 
et Servius. Le vers hypermètre 228 doit être suivi d'un vers 
commençant par une voyelle. || 239 intonat M P y : insonat 
R b c m. || 246 trépident M P b c y Nonius Macrobe : trepi- 
dnnï R. || 247 lv.ee M P y : in Inee M 2 R b c. || 271-272 Con- 
damnés par îîe\ne ; mair- ils sont dans Lesprit de Virgile, 



ENEIDE, MIL cxxm 

attentif aux; antiquités religieuses, et cf.^Prop., IV. C J. 67- 
68. !| 283-284. Rejetés par Heyne et Hibbec*. Tous ces rites 
* sont particuliers à Virgile : il faut se garder d'y toucher. 
|| 338 romani M P y : romano R b c. || 357 arcem M P b c 
y : urbem R. || 382 numeu M P 2 R b c : nomen y. ; 390 la- 
befacla M P b c y : calefacta R (suggéré par calor). || 402 
potest M P R b y : potestur c in. 406 infusas M b r y : in- 
fnsiiin P 1 R 2 . La leçon infusum parait avoir été introduite 
« propfer sehsum caçenphaton » [Servius). || 420 gémi tu* 
MPy Servius : gemilum Rbc. )j 423 hoc, M Pi b c Servius 
Priscien : hur P y. || 431 terri ficos M Pbcy : horrificôs R. 
|| 474 circumsonat : circumtonat M 2 . || 519 suo PRbcy 
i Servius : tuo M. || tibi P R b c Servius : sibi M y. |l nomme 
Me Servius : munere P R b y. || 527 inerepat mss Nonius: 
intonat Servius (lcrnme el commentaire). || 528 regione M 
Nonius : in regione M 2 PRbcy. || 529 toritiere M 1 b I's.-Sim- 
vius, torare M : sonare PRc y: sonare est banal et cf. 52&, 
soiiitu, 531 sonitum. \\ 533 « Alii Olympo poscor, alii 
Olympo sequentibus jungunt. » (Ps. -Servius). I.a secondé 
ponctuation est celle de Ilofman-Peerlkamp. Diibner, Benojst 
(éd. sav.). || 534 et 536 missurum. laturam mss : missurum 
laturum Havet [Critique, § ( J9S), qui voit dans ces formes 
l'infinitif futur indéclinable employé à l'époque archaïque 
et encore par Cicéron (Riemann, Synt. lat,, §. 154, rem. 1). 
|| 543 he&ternum Pb c y, esternum M : externum R; « maie 
quidam externum legunt ». (Servius). || 544 mactanl M 
Heinsius : mactat PRbcy Servius (influence de excitât) . 
|| 555 ThyrrenuPy 1 : thyrrefii M Rbc; litora MR b : //mi- 
na P c y 1 . Tyrrheni régis est Mézence ; litora est le 
rivage où stationne la flotte des Etrusques révoltés contre lui. 
Ces deux données ne sont pas conciliables. Enée ne va pas 
trouver Mézence, Tyrrheni ad limina régis. Il faut donc lire 
Tyrrhcna litora Voy. la n. || 559 inexpletus M b : inex- 
pletum P 1 c 2 , inpletus R y 1 ; lacrimans PRbcy: lacrimisM. 
Servius indique trois textes : inexpletus lacrimans. inex- 
pletus hicrimis et inexpletum lacrimans, et c^e plus la- 
ponctuation : haeret inexpletus, lacrimans. L'adjectif attri- 
but joue souvent le rôled'un adverbe; cf. 111,70 leniscrepi- 
tans. || 569 finitimo M R b 2 c y Servius : finitimos P, ftniti- 
iniis, variante sans autorité. || umquam Mb : usquam PRc 

VIPOIT.E, » 



cxxiv NOTES CRITIQUES. 

y: cf. le v. précédent. || 577 patior M P 1 R b : patiar P 2 c y. 
|| 579 nunc nuneo M b c y : nunc o nunc R, nunc nunc P 1 . 
|| 581 sola et sera M R c y 2 : sera et solaPh. 1] - 582 com- 
plexu M P c y : compleœus R b 2 . || 583 dicta P b c y, di[cta) 
R : maestaM; cf. III, 482. || 603 TarcJio Rbc : Tharcon M 
P y. « Hoc nomen ubique -graece [Tarchon] ponit, excepto 
uno loco, ut : Haud... Tarcho et Tyrrheni, quod metri 
causa fecit. » (Servius, surX, 153). || 610 e gelido M b 2 c Ser- 
vais : et gelido P R y. || 620 vomentem M R b c : minantem 
P y. || 627 vatum mss : fatum (=: fatorum) y, fati -/ « Dicit 
sane Plinius hoc in neutro non esse faciendum, scilicet prop- 
ter casimm simililudinem, nisi forte nimia metri nécessitas 
cogat ». (Servius, sur II, 18) : doctrine fausse, talenlum, 
jugerum sont fréquents; et mauvaise raison, la confusion 
est toujours possible du génitif avec l'accusatif. La seule 
raison de garder vatum est la tradition manuscrite. « Qui- 
busdam videtur hune versum omitti posse. » (Ps. -Servius.) 
|| 633 reflexam M c tt : rejlexa P R b y. || 642 mcdtum M. 
mettum PRb y Servius, metum c. « Quem autem dicit Yer- 
gilius Mettum Metius Fufetius dictus est, quod nomen mu- 
tilavit causa metri. » (Servius.) || 646 Porsenna M P b c y : 
Porsena R. a Unum n addidit metri causa. » (Servius.) Dans 
Horace, Silius, Martial, on a Porsena avec e bref. || 650 quia 
mss; quod est sans autorité. || 654 après 641 : Ribbeck. || 666- 
670 sont supprimés par Peerlkamp || 670 his : hic Ladêwig; 
his est indispensable pour établir une liaison entre Catonem 
et pios. || 672 spumabant* bc Heinsius : spumabat MPR 
y. || 731 a Hune versum notant critfci quasi superfluo et 
humiliter additum nec convenientem gravitati ejus. » (Ps.- 
Servius.) 

Livre IX. — 9 petit M P R y : petivit R 2 b 2 c. || 11 col- 
lectes M P R b : et collectos c y, collectosque éditions. || 17 et 
M R : ac P b c y. || 21 sequor P R b c y : sequar M. || 29 
manque dans M P R b c m y et ne se trouve que dans quel- 
ques mss sans autorité. Interpolé d'après VII, 784. || 37 
ascendite M P y : et scandite Rbc, et candite F, scandite 
M en marge. || 43 tutos M PRb c y Servius : tuto F. || 44 
monstrat : monstrant F. || 52 allorquens : intorquens M : 
cf. X, 323. || 54 çlamorem MPbc.y : clamore FR; « cla- 



ENEIDE. IX. cxxv 

morem : legitur et clamore » (Servius). || 67 qua via F M b c y : 
quae via P 1 R, qua vi Ribbeck; « qua via .... legitur tamen 
et quae via. » (Servius^ || 68 aequum F M R Ps. -Servius : 
aequor P b c y. || 85 paraît un doublet des v. 86-87 à Rib- 
beck. i| 89 angit : urget / w . j| 91 neu... neu M R b : ne... neu 
Pc y. Cf. 42. Ij 99 undis MPRbcy : « undis : ... alii 
legunt evaserit undas » (Servius). || 121 manque dans FM P 
R b c y ; quelques mss le mettent à diverses places ; inter- 
polation d'après X, 223. || 123 animi M P b y Ps. -Servius : 
ànimis F R c m Asper. || Rutulis M P y JPs.-Servius Servius , 
rutilis h : Rutuli F R c m Servius Asper. Dans animi Ru- 
tuli, Servius explique animi comme dans infelix animi 
(IV, 529). || 126 cessit ftducia Turno y_. || 135 datum M : 
datum esZFPRbcy. Cf. II, 291. || 144 ai non : « an non : 
legitur et al non » (Servius). || 146 qui F M P R b c y : quis 
éditeurs. || 151 Vers donné par tous les mss, que rejelten t 
les éditeurs modernes, sauf Conington et Sabbadini. La 
principale difficulté est le génitif Palladii : avant Properce, 
la forme attendue est Palladi. qui est dans F. Mais caesis 
custodibus complète bien tenebras et inertia furta. \\ 155 
putent MRb 2 c a : ferant FPy. || 156 diei FMPy : diei 
est R b c. || 158 parari : parati -/• Il 160 flammis M Pc y 
flamma F R b. Cf. L. Havet, Rev. de philologie, t. XXXVI 
(1912), p. 35. || 161 rutulo M. || 171 instant MR : instat P 
b c y. || 179 dMPRbcy : it x- Il 189 solulis MPRbcy: 
sepulti m Servius, d'après II, 265. || 214 « mandet humo : 
multi hic distinguunt; alii jungunt -mandet humo solita. » 
(Servius.) Nisus n'a pas affaire ici de se plaindre de la for- 
tune : qua (aliqua) fortuna solita: \\2iS persequilur mss : 
prosequitur anciennes éditions. || 226 délecta mss : et dé- 
lecta éditions antérieures à Pierius. || 229 Cf. Havet, l. c. 
|| 237 conticuere M R b : procubuere Pc y; cf. 190. "|| 241 
Ce vers était placé par des critiques anciens après 243 
(Ps. -Servius), probablement pour justifier quaesitum mis 
ainsi sous la dépendance de euntes. \\ et : ad c. || 243 fallet 
M || 268 dicere M P y : ducere R b c m; « dicere sortent : sta- 
tuere; alii proprie ducere legunt » (Servius). || 274 his mss 
Servius : is M. || 283 haud M P R y : aut b c. Servius in- 
dique un sens qui entraîne la ponctuation suivante : Me 
...arguerit : tantum; fortuna secunda aut adversa cadat: 



cxxvi NOTES CRITIQUES 

« Tantum modo hoc possum de me promittere ul semper 
audeam;... aut disjunetiva particula est, non negantis adver- 
biurn ». Le Ps. Servius, en outre, rapporte l'interprétation 
donnée par nous dans la note. Si tantum se rapporte à ce 
qui précède, Euryale ne peut guère supposer qu'il rencon- 
trera la mauvaise fortune ; autrement l'expérience de son 
courage serait terminée et tantum s'appliquerait au néant. 
Au contraire, si seulement il réussit dans l'expérience ac- 
tuelle, il peut jurer que son courage ne se démentira ja- 
mais dans la suite. Enfin, mettre entre virgules hàud adrfersa] 
comme l'explication de secundo,, est introduire une tautolo- 
gie. || 288 linquo (Nox... de.xtera) 1 quod ■ ponctuation de 
Madvig, Opuscula acad., t. III, p. 237. Auparavant, on ponc- 
tuait : linquo ;. Nox... dextera, quod. || 296 sponde M P R 
b y : spondeo c m. L'o final de la l re personne est toujours 
long chez Virgile, sauf dans les mots ïamhiques. Cf. Val. 
FI., III, 504. || 312 mandata dabat portanda : portanda 
dabat mandata anciennes éd. || 323 vasta dabo M PR b y : 
vastabo c. || 330 Rémi : Remum y. || 333 Le Ps.-Servius 
note qu'on peut rattacher atro à ce qui précède, ou, mieux, 
à ce qui suit. || 335 Serranum : Sarranum Heinsius. || 348 
« Cornutus nocte legit ». (Ps.-Servius); || 349 Servius men- 
tionne une variante purpureum qui est rapportée à ensem. 
Voy. la n. || 363 Ce vers est suspect; cf. cependant la dis- 
cussion de Servius. || 369 régi mss : « in omnibus bonis 
régis dicitur inventum » (Ps.-Servius). Les anciens discu- 
taient la contradiction avec VII, 600. Voy. la note. || 370 
Ici et ailleurs les mss ont Volcens ; Volscens est la graphie 
d'un correcteur de M. || 371 muro M R Servius : muros P 
b c y Ps.-Servius. || 380 abitum M c : aditum R V b y, 
aditu P 1 ; « melior est lectio abitum quain aditum » (Ser- 
vius). il 383 lufebat M P V c y, lucebant R : ducebat b m: 
« ducebat : legitur et lucebat » (Servius). || 387 locos 
MPRby : lucos cm, lacus Egnatius (1473-1553). |f 400 
in hostes mss Ps— Servius : « quidam in enses legunt » 
(Ps.-Servius). j| 403 altam M P b c m y :' altam ad R V. 
|| lunam et M P R Y b c m y PrisCien Asper. Les deux gram- 
mairiens expliquent et par un déplacement, au lieu de et 
suspiciens. Nâke, M. Valerius Gato (Bonn, 1847^ p. 299, 
justifie l'emploi de et comme introduisant la proposition 



ENÉIDE, IX. cxxvïi 

principale après un participe d'après l'usage homéricpje 
(//., XXII, 247); il aurait pu comparer l'emploi de tum 
deinde (p. 316, n. 9) ou de sic (voy. p. 253, n. 5). Les an- 
ciennes éditions suppriment et. On a proposé divers autres 
remèdes. || 412 aversi ^ : adversi M P R b c y Nonius Ser- 
vius ; cf. Géorg. I, 218. |] 416 acrior MPRbc Servius : 
acrius y. Il 418 it M R b c Nonius : Ut Py ; volât Priscien. 
|| 432 transabiitR Stace (Théb., II, 9) : transadibit M, tran- 
sadiit b c, transa.cligit Py Nonius. || 444 exanimum M b 2 c : 
exanimem P R y. || 451 exanimum M b : exanimem P R c 
y. || 464 suas M : suos P Rbcy Servius. || 471 rnovebant: 
videbant P y. || 481 ille M P b c y : illa R. || 485 data mss : 
date i- Cf. p. 740, n. 9. || 486 funera mss Servius Nonius 
Donat Macrobe : funere Bembo. « Funera id est funerea; 
nani_ apud majores funeras dicebant eas ad quas funus per- 
tinet, ut sororem, matrem; nam praeficae sunt planctus 
principes, non doloris. » Conington incline vers cette inter- 
prétation que Ribbeck finit par adopter: mais la formation 
d'un adjectif comme funera est bien discutable. || 514 juvat 
Ysjubat cy.jubct V, lubat M, libet R b in. || 529 Om. 
FMPbcmyjj Servius ne le commente pas; il est dans R. 
Cf. VII, 645. || 558 tecta mss : saxa Servius •/. || 579 infixa 
M R b c : adfixa P y. Servius a adfixa dans le lemme, mais 
cile IV, 689, où il y a infixum. A Ov., Met., XII, 387 : « Af- 
fila est cum fronte manus », on oppose En., I, 45. || 584 
Martis MPR b Ps. -Servius : inatris y Macrobe, matis c. 
Dan£ l'incertitude du sens, on doit garder la leçon la mieux 
appuyée. || 585 Paliei : voy. Rev. de phil., t. XLI (1917), 
p. 187. || 586 hastis M P b y : armis R c m ;. cf. X, 52 || 597 in- 
gentem mss Heinsius : ingcnti anciennes éditions. || 599 
morti P R b c y Servius : morte M, Marti -/. || 623 contenait 
M R b : intendit P y c. || 632 effugit M y : et fugit P R c, 
ecfugit b. « et fugit : melius effugit. » (Servius). || 634 tra- 
jicit Mb, trajecit cm : transigit P, transiit y 1 , transadigit 
R. || 645 se mittit M b, se mittil et R : se misit P y, sensit 
c. || 646 formant M y Bentley : forma P R b c. || 653 Aenide 
M Pc y Servius Priscien, Aenidae b 2 : Aeneadae R. || 665 
ammenta mss. || 667 adflictu R, atfiictu M : flictu P R b c, 
fluctu y 1 . « flictu pro adflictu. » (Servius). « Loquutus est 
justa antiquum morem; PacuVius, Teur.ro : Flictus navium. » 



cxxvm NOTES CRITIQUES. 

(Ps.-Servius). || 675 armis : animis Bentley. || 679 liquen- 
tia MPRb 1 y 1 Diomède ; Liquetia c 7 ; « Liquetia legen- 
dum est, non liquentia. » (Servius.) La Livenza, petit fleuve 
de la Vénétie, « juxta Padum et Athesin » ; mais malgré 
l'existence d'un adjectif Liquetius d'après Servius, la cons- 
truction est difficile. || 705 phalarica mss : falarica Servius 
Nonius. Il 710 talis M R : qualis Pbc m y . || 721 animo P R 
b y : animos M, animo (*) c. ||724 magnaM : multa P R b c y. 
I) 733 mitlit M 2 b c, mittet M : mittunt P R y Macrobe. 
Mais cf. clipei P (y 1 ?). || 745 Servius cite : Vulnus... ve~ 
niens, comme si une ponctuation précédait vulnus : mais il 
veut montrer à quel mot se rapporte veniens. \\ 761 adver- 
sos : aversos Bentley. || 769 dexter P R b y : dextra M c. || 
770 dejectum M P b c : desectum y 1 : R est incertain. || 789 
pugna Mb c y : pugnae P R : cf. X, 441. || 814. Probus 
trouve que aeger convient mieux ici que V, 432 ; d'autres 
préféraient acer ici, aeger là (Ps.-Servius). || 816 ftavo MR 
by Servius : vasto Pc. cf. I. 118 etc. 

Livre X. — 21. Vers omis d'abord dans M et rétabli 
dans l'interligne. Servius le commenté. H 24 moerorum P b 2 
Servius : murorum M R V y c. || fossae M R c : fossas P V b y. 
Il 28 surget M b y : surgit P R V c y. || 48 sane M P b y Ps.- 
Servius : procul R c 2 . || 51 mihi Paphus^l P R b çj : Paphus y 
Ps.-Servius (?). || Cytliera : alla Cytliera R, cf. 86. || 59 
cineres patriae : cineres patrios R, palriae cineres P y 
(preuve delà parenté de ces deux mss). || 71 Tyrrhenamque 
M P y : Tyrrhenamve R Y b 2 c. || 72 nostri M : nostra 
P R V b c y Servius. || 100 prima M R : summa P b c y 
Macrobe Donat. || 111 Rutulos M'P R b c y :' populos Nonius. 
Il 138 subneclit M : subnectens P II b c y. || 144 moerorum M, 
meorum P 1 : mururum lie y, mororum b 1 . || 169 gorgti M. 
gorytlii y : coryli P R, choriti c, cory[*)thi b, corici Nonius. 
Il 179 Alpheae mss : Alphea M b. || 186 Cycni : les mss 
donnent un autre nom propre suivi de et. Le nom propre a 
des formes diverses : cinyre b 2 , ' cinyrae M, cinire V b, 
cinere c y, .c(i)nera P, cumarre R; « cunare quidam duci 
nomen datum tradunt a Cunaro monte qui in Piceno est » 
(Ps. -Servius) ; igtiarùs Schapcr, sine re Madvig. Voy. Rcv. de 
philologie, t. XL (1910), p. 1G8. || 188 Autres interprétations : 



ENÉIDE, X. cvxix 

« Originis vestrae, o pinnae, causa est amor. Amor doit 
être ainsi développé : Amor quo Cycnus Phaethontem ami- 
cum amplexus erat. Traduisons donc : L'amitié fut cause, 
ô plumes, que vous avez trouvé place sur la tète de Cu- 
pavo ; vous rappelez la métamorphose de son père. Et en 
laissant de côté l'apostrophe un peu étrange du poète, 
nous dirons : Ton casque est ombragé de plumes de cygne, 
ornement qui rappelle une amitié fatale, et emblème de la 
métamorphose qu'a subie ton père. » (Renoist). Pour Sprengel, 
Amor est le vocatif ; Virgile s'adresse à Cupidon et pense en 
même temps à Vénus, ce qui explique vestrum : « Quac 
pennae vobis, Amor [et Venus] crimini et insigne paternae 
l'ormae sunt ». Voy. Rev. de philologie, ib. || 223 prorae P 
R b c y : puppis M. || 237 horrentes M R b c : ardentes P y- 
|| 238 tenet PRbcy : tenent M V (?) ; voy. p. 129, n. 9. 
|| 245 spectabit R b c y 2 Bentley : spectabis M PDonat; « spec- 
tabit est vera lectio ; maie quidam spectabis legunt » (Servais). 
Les deux leçons sont expliquées par le Ps.-Servius. || 256 
ruebat P R b c Servius : ruebant M, rubebat P 2 , ru{*)ebat y. 
|| 261 Ribbeck met un point après puppi, ce qui est con- 
traire à l'ordonnance des phrases de même type. || 278 
Omis par M P y, inséré par R b c d'après IX, 127. || 280 viris : 
viri R. || 281 referto M R b c Servius : referte Py. || 283 
egressis M P : egressi 'Rb c y, « si egressi, ligurate dictum 
est » (Ps.-Servius.) || 291 spîrant Mb Servius (Géorg.. I, 
326) : sperat PRcy Ps.-Servius; « spirant : legitur et 
sperat, quod et mclius est » (Servius). || 293 proram M 2 : 
proras M P b c y, prora R (fautes dues à socios). \\ 303 vadis 
M R b c y '■ vadi P; « Probus vadi dorso pro vado dictum 
putat » (Ps.-Servius) || 307 pedes M P R b c y : pedem M?X. 
Il 317 quod M P b Servius : quo y Markland ( z= quorsum), 
oui lie; « quod : legitur et cui » (Servius). || 321 dum : 
çum M; il n'y a peut-être pas d'exemple de usque cum. 
|| 322 Pharo M_R b c y Nonius : Pharon P ; « Pliaron : legi- 
tur et Pharo, ut sit dativus » (Servius). Le cas de Pharon 
est l'accusatif d'après Servius; voy. Riemann, Synt. lat., 
§ 42, Rem. |] 323 clamantis M P c y : clamanti R b Servius. 
Cf. Prop. ; IV, 10, 43 : « llli virgatis iaculantis ab agmine 
bracis » ; voy. Journal des savants, 1916, p. 222, n. 2. , 
|| -331 stridentia mss : stringentia Ps.-Servius. || 349 ferit 



cxxx NOTES CRITIQUES. 

M R c, fé{*jrit b : premit P y. || 383 dabat M P b y : dédit 
R c ni. || 390 arvis M R b c : agris P y. || 417 canens M R b c, 
canen(s) y, canent P 1 : « canens : alii canens legunt. » (Ser- 
vius.) || 432 addensent P Ps.-Servius Priscien : addensuntM 
R b c y. || 439 succedere MPR Ps.-Servius Nonius : succurrere 
y. Lausus n'a pas besoin <Têtre secouru. || 441 pugnoe M P 
b y : pugna R c. || 462 cernât R b c y, cerant M : cernant y. \\ 
475 deripit R y : diripit M b c. |] 476 summa M b c y : prima 
R. || 483 quem M y : cum R b c. || 484 cuspis médium M c : 
médium cuspis R b y. || 486 vidnere M c : cor pore y, pectore 
R b. || 490 adsistens : adsistens sic ore profatur R: cf. II, 
76 : XI, 41. || 512 tempus versis M R b c : versis tempus 
P* y. || succurrere M P* c y, succurre b 1 : succedere R: cf. 
439. || 520 perfundat P* R b c y : perfundant M. || 521 m- 
fensam M b 2 c : infeslam P* 2 R Macrobe. |] contenderot 
P* b Ps.-Servius Macrobe : contenderet M y 2 ; ewm tendent 
c 1 . contorserat R. || 522 r<£ P*R c y : ac b, e^ M (qui a en 
pour d au v. 523). || 524 e£ MP*Rbcy : per y 2 -/. 536 
orantis MRcy : oranti P b. || 539 armis M P 2 R b c y : 
« armis : Asper sic legit; Probus vero insignibus atbis dicil 
legendum » (Servius). On ne peut lire la première main 
de P. I: 558 humi M P R b c y : humo M 2 . || patrioque M : pa- 
triote P R b y. patrio c 1 . || 574 currus M P y : currum R b 2 c. 
|j 581 currum M P R b y : currus c Donat. || 588 aptat M R b C : 
^pieJ P, apfe y 1 . |] 612 jussaM : dicta P R b c y. 621 faiur 
M P c y : fétus R b. || 628 et : eut y. || q'uae: quod c,qui h. 
|| 640 gressus PRbcy : gressum M. || 660. Ordre proposé 
par Rrunck et adoplé par beaucoup d'éditeurs : 600. 60:VOfii. 
661-662, 665. Voy. la n. || 668 tanlon M R b c Servius Nonhi* 
grammairiens : tanto P y. j| 670 quemve : quo M, corrige 
en quove. || reducit M P R b y : reducet c. |] 673 quosne b 
Asper : quosve P c y, quosque M R; « quosve : Asper quosne 
legit » (Ps.-Servius). || 675 a#o mss. || 678 si/ra's : syrtes y. 
|j 681 mucrone M b c y Servius Priscien : mucroni P R. |j 686 
animi M P R b c y Servius Arusianus : animo y. |j 705 créât 
P R b 2 c y Servius Ps.-Servius grammairiens, crepat M : 
i^ris Rentley. qui ponctue .... regrrfa Parin : Paris urbe...: 
Ellis a proposé : ...regina créât : Paris urbe... On peut 
craindre d'introduire dans le texte des corrections auxquelles 
Virgile n'avait pas eu le temps de songer. Le passage parait 



ENÉIDE. X «xxxi 

être de ceux qui n'étaient pas encore achevés. 706 occvbdi : 

occupât M R, || 709 multosque M R b c y Servius : mullosve 
P. || 712 propiusve M R h 2 c : propiusque P y. j| 713 Ordre 
proposé par J.-J. Scaliger : 713, '717-718, 714-716, 719. La 
symétrie savante des parties, telles qu'elles se succèdent 
dans les mss, rend cette conjecture peu probable. || 727 
incumbens M Priscien : accumbens P R b 2 c y Macrobe. 
|| 737 viri M P R b y : viris cm*/; « viri : Asper viris legil » 
(Servius). || 742 ad cjuae -/, at quae V y, atquaec P 1 . atque 
M ms. de Macrobe : ad quem R b (?) c. || 751 « peditem : 
pedes et », ponctuation de Peerlkamp. Le point placé entre 
pedes et et dans M peut être destiné à montrer qu'il ne faut 
pas lire pede set (sed). La ponctuation dans M est posté- 
rieure à la copie du texte et ne peut représenter une 
tradition, remontant à l'auteur ; les ouvrages anciens ne 
recevaient pas de ponctuation semblable à la nôtre (voy. 
Havet, Critique, §§387. 707). || 754 insidiiéfR Y b. insidii{s) 
y : insignis M. Cf. VII, 478 : XI. 7K3. || 763 campum M : 
campo P R b c y. On entend campo comme un ablatif de la 
question qua : Conington, qui lit d'ailleurs campum, comme 
un datif pour in campum (voy. 148) ; Ladewig, comme un 
ablatif de la question ubi. Ce qui est embarrassant, c'est le 
mot ingredi. jj. 778 Antorem MPRcy : àntoren b. « erit 
nominativus hic Anlores. quomodo Diores\ nain si Anl<n- 
lixM'it nominativus, metri ratio non procedil ». (Servius). 
'< Quidam putant Vergilium contra ralionem propriofum prè- 
duxisse Herculis Antorem comilem; sed errant*: nain hic 
Aittores declinavit, non Antor, sicul hic Diores. » (Ps.- 
Probus, Ars catholicâ, I, To, dans Keil, Gr. lut., IV; 12, 2&; 
texte du îv 6 - s.). Ces discussions portent sur la forme du 
nominatif ('Avfwpy);, Aiwpr,ç, le premier n'est que dans Vir- 
gile), et sur la conservation de la longue. Rien n'empêchait 
Virgile de décliner Antores Antoris, comme A chi lies, Achillis. 
|| 779 ant orem M R b c-y. : antore{n) P. Voy. 778. || 785 
transiit P R b c y, transiet M : transit Laclnnann. || 788 
femme M P R b c y Servius Charisius : femore m -/ Priscien. 
il 791 optima P c y : optime R b, optimae M ; « optima : 
alii legunt optime » (Servius). Optime, au vocatif, parait un 
peu familier ; cf. Hor., Sat., I, 5, 27 cl 10, 82. || 796 prori- 
puit M b c y : prorupit P R. || 797 dextra M P b y : deœlraè 



cxxxii NOTES CRITIQUES. 

P 2 c •/ Servius, dextrarn R. || 805 arce y : arte M P R c y 
(b est incertain) Ps.-Servius Ti.-Donatus; « arte : perite ; 
tuta autem arte : quae tuetur » (Ps.-Servius). || 807 pluvit M 
P R : pluit b c y- Il 809 omnis M P R b c y': omnem anciennes 
éditions. || 812 fallit te : follet te P, fallele y, fallite R. 
|| 815 fila M R b* c 2 y : lina P. || 817 transiit M P b y : tran- 
sit R Lachmann, transilit c m -/ Ribbeck ; cf. Géorg., II, 81. 
|| 824 strinxit M : subiit P b y. subit R c 1 . || 834 levabat b c y 
Servius : lavabat M P R. || 844 multo mss Yalérius-Flaccus 
(III. 716) : immundo un correcteur de M. jj 850 exitium mss : 
exsiliurn y Servius. || 857 quamquam vis M P R b c y Ser- 
vius : quamvis dolor Peerlkamp, quamvis ex Sabbadini. 
L'emploi de quamvis, simple conjonction synonyme de 
quamquam, n'est pas fréquent dans VÉnéide. || tardât P 
Servius, ardat M : tardet R b y, trdet c 1 . || 862 cruenta 
M P 2 R b c y Servius: cruenti P: « si autem cruen ti, intel- 
lexeris scilicet crudelis » (Ps.-Servius). || 872 Om. M P R b y. 
seulement dans c. Servius ne l'annote pas. Les mots Aestuat... 
luctu sont donnés par les mss et commentés par Servius. Cf. 
XII, 66G. || 881 nam : jam y -/. || 883 figit R b y : fugitUV c. 

Livre XL — 82 flammas M P b c'Macrobe : flammam R y. 
|| 93 omnes M Pc y : duces R b, cf. 171. || 94 praecesserat 
MPRbcy :' processerat y 2 . |j 95 addidit : edidit R. || 120 
illi mss : olli éditions. || 123 infensus PRbc : infensi M. 
ïnfessus y. infestus y Dubner. j| 126 justitiae P b c y Ser- 
vius Ps.-Servius : justitia MR: « si justitia, sûbaudiendum 
praeditwn » (Ps.-SerVius). || iaborum : laborem R. 135 
alla : acla ou icta y. \\ 142 ad portas mss Servius Ps.-Ser- 
vius: « niulta lamen exemplaria Arcades at povtis rucre 
habuerunt » (Ps. -Servius). || 145 jungit P R y, junget c 1 : 
junguntUh || 150 procubuit : pvocumbit R. || 151 vocis P 
y, voces M : voci Rb c y. || 152 parenti mss Servius : « alii 
non par enti, sed petenti legunt » (Ps.-Servius). La ponctua- 
tion forte après parenti est adoptée par Heyne. Haupt, 
Ladewig, Benoist, etc., rejetée par Conington. || 168 juvabit 
P b 2 c : juvabat y 1 , juvaret M. juvare R. || 193 /lie rnss 
Servius Macrobe : hinc anciennes éditions. || 230 petendum 
b c -/ Servius Macrol)C : petendamU P R y. Servius cite Lurr.. 
I, 111. || 236 ruunt M : fluunt PR b 2 c y Servius. || 243 Dm 



ENÉIDE, XK gxxxiii 

medem i Ps.-Servius : Diomeden M P R y, Diomede b 2 c 
Servius Macrobe; « aut Diomedem legendum, aut si graecum 
accusativum facere voluerimus Diomede legamus; si autem 
Diomeden dixérimus, nec latinum est nec graecum, nec ver- 
sus ratio consistit; melius est ut Diomede legamus » (Servius) : 
« vidimus, o cives, Diomeden, ut talium nominum accusa- 
tivus graecus est in en desinens; nam si quis putat latine 
dixisse Diomedem, sanitas metri in versu desiderabitur » 
(Macrobe, V, 17, 19). Macrobe est incompréhensible, et Rib- 
beck n'obtient rien en y changeant Diomedem en Diomeden, 
car Diomeden n'est pas une forme latine. Servius se déter- 
mine par un raisonnement, en dehors de toute tradition. 
D'autre part, Aio(xr ( ô-o est une forme .d'époque romaine 
(Strabon, Plutarque, Appien, Dion Chrysostome); la forme 
attique est A:oixrjÔY)v, épique Aiou.^oex. Ribbeck suggère que 
Virgile a écrit Diomeden et laissé le vers inachevé. Mais il 
faudrait supposer qu'au iv e s. on n'avait déjà plus soupçon 
d'une interpolation et il est curieux qu'on ait complété en 
faisant un vers faux. On a plutôt altéré le vers instinctive- 
ment, en croyant que Virgile se sert partout des formes 
grecques. Cette idée est le principe que veut démontrer 
Macrobe. || 247 agris : arvis ■/ Servius Silius (IV, 554). 
|| 261 abacli : adacti M. || 263-269 Ribbeck adopte l'ordre 
263 ; ,206-268, 204-265, 269. Cette transposition a l'inconvé- 
nient de diviser en deux parties séparées ce qui concerne 
Diomede. || 267 intra MRb Servius : inter l» c y. || 304 
assidet P R c y : obsidet M b m. || 325 possunt mss Servius : 
poscunt -/. || 336 idem : pridem Peerlkamp. || 341 ferebat 
Mb y : ferebant P'Rc 1 . [| 356 jungas M P b c y : firmes R 
Servius; cf. 330. || 367 desolavi'mu.s M R b 2 c Servius : désir: 
guavimus P y 1 . || 381 detinet M : distinet Pbcy Servius 
Ps. -Servius Priscien, destinât R. || 382 moerorum M P 1 : 
murorum R b 1 c y. || 391 Le vers est terminé dans M par ces 
mots, qui ont été ensuite exponctués : nequiquam armis 
terrebimus hostem. Un ms. de Leyde a : numquamne sines 
fallacia verba? || 410 magna PRcy : magne Mb; cf.<469. 
|| 418 simid M R, semul P : semel b c y Servius. || 422 sunt 
M P c y : suntque R b. || 425 varii M P R Ps.-Servius : varius 
b 2 c m y. || 430 patva mss : tarda Servius. || 455 ad M : in 
PRIicy; voy. Wagner, Quaest. Virgil., X, 1 (p. 417). 



exxxiv NOTES CRITIQUES. 

|| 461 ruunt : ruant y Bentley. j| 463 maniplis M R b c 
Servius Donat Diomède : maniplos P y. || 466 ferment MR b 
c Ps. -Servius (v. 473) : firmet P y; capessant Rb: capessat 
M P c y. || 469 concilium PRbcy Macrobe : consilium M. 
|| 480 mali : malis Rc; tanti : tantis MRc (mali tanli 
Ps. -Servius). || 487 rutilum R b Aulu-Gelle Macrobe : Ru- 
tulum M P y Wagner, rutulem c. || 503 et om. P 2 y Ilavet 
(Rev. clephil., XXXYI [1912], p. 47). || 519 Tiburti R c y : 
Tiburni MPb Servius. On a, VII, 671 : Tiburti dans les 
mss. || 527 receptus M P b c, receptis -y : recessus R; « re- 
ceptus : maie quidam recessus legunt » (Servius). || 534 
tristes' mss, Servius : tristi R Bentley. || 537-584 Voy. la 
note. Il 574 armavit : oneravit b y Servius. Cf. X, 868. SI 592 
Italusque M PR b 2 y : Italusve c y Servius. || 595 delapsa 
M : demissa P R c y, dimissa b m. Cf. X, 73: XII, 635. || 609 
substiterat P c y, substiterant b, substituerait R : cons- 
titerant M. || 612 adversis Pbc : adversi M R y. || 613 
ruina P 2 y : ruinam M P R b c y. || 614 sonitum M P y y : 
sonitu R b c; ingenti M R b c -/ : ingentem P y. || 625 terras 
M : terram PRbcy. Cf. Georg., III, 239. Le pluriel va 
mieux avec gurgite eipontus. \\ 650 denset b Ps. -Servius : 
clensat mss (P manque). || 653 si quando in lergum M R c 
y : in tergum si quando b. || 656 securim M R b c : secu- 

I cm y Priscien. || 666 Euneum c Servius : Eunaeum M R 
y, lunaeum b 1 ; en grec, on a les deux, Eôvalo; et Ewr/j;. 

II 671 suffosso Mb 1 : suffuso Rcy Servius :'« suffuso : alii 
suffbsso legunt ». |] 672 inermem M R b : inertem cm y; 
« inertem : nudam [ce qui suppose inermem] an nihil 
proficienlem » (Ps. -Servius). || 688 redarguerct M R (?) )) y : 
redarguerat c 1 , redarguerit Priscien. || 708 fraudem M R 
b 2 : îaudem P 2 c y (poenamy d'après Heinsius) ; « fraudem : 
baec est vera et antiqua lectio : nam fraudem veteres 
poenam vocabant: si autem Iaudem legerimus... » (Servius) ; 
« fraudem non Iaudem » (Ps.-Servius). || 728 injicit Rc : 
incitât M P b y. incutit Heinsius. || 738 exspectate mss Ser- 
vius : eœspectare y. \\ 742 infert M b c : offert Ry; cf. V1I 3 
420. Il 768 Cybelo M b c m Servius : Cybelae Macrobe, Cybelé 
y. On n'a ni P ni R. || 774 erat Mb : sonat cy; cf. 652. 
Il 799 ubi M : ut PRbcy. Cf. IV, 474. || 821 fida M R c 
Servius (III, 321) : fidam P y, /idem b 1 . || 822 quicum MR 



ENÉIDE, XII. cxxxv 

y 2 grammairiens, cuicum b 1 : quacumï** c. || 830 relinquens 
M b c y, reliqjiens P(?) : reliquit R; « alii arma relinquunt » 
(Ps.-Servius). || 835 Tyrrhenum M : Tyrrheni P R b c y. 
|| 839 mulcatarn M PR b y Ps.-Servius : multatam c. || 844 
sagittas M c : pharetras P R b m y- Cf. I, 500; V. 55& 
|| 845 reliquit M Heinsius : relinquit R, relinquet P b c y. 
|| 854 laetantem animis M : fulgentem arinis P R b c y- Il 855 
derige M % P R bY : dirige c. || 859 cornum Ouicherat ; cf. I,- 
320. || 875 quadriipedikn M, quadripedwn .P b y : quadri- 
pedo F 1 R, quadripedem F 2 : l'adjectif quadripedus pourrai l 
être archaïque, il n'est pas attesté en dehors de Fronton, 
Apulée, Aminien. || 882 intra M R : inief F P b c y Macrohéf. 
|| 895 ardent ¥ M P R y •" audent b c Servius. || 901 poscunt 
MPbc T : peltuntn. Cf. IV, 014. 

Livre XII. — 24 arvis M Servius : agris P R b c y; cf. XI. 
431. || 35 Thybrina MPRy : thyberinà bc Charisius. || 46 
aegrescitque medendo P R b c y Servius Priscien : ardes- 
citque tuendo M, cf. I, 713. || 47 instilit R b c y : incipit M 
Donat, cf. 692. || 79 Riduli M R b c y : Butulum b 2 c 2 x II 92 
columnae M R c Servius : columna h y Arusianus. || 102 
absistunt M P 2 b c y : exsistunt R, absiliunl */ ; cf. Riese, 
Anth. lat., 7, 7. || 120 limo ^ : lino M P R b c y Servius Ps.- 
Servius; « lino : Caper tarn^n et Hyginus hoc loco dicunt 
lectionem esse corruptam ; nam Vergilium ita reliquisse 
confirmant : velati limo » (Servius). || 126 superbi M : de- 
cori P R b c y; cf. V, 133. || 130 tellure MPby Arusianus : 
telluri R c. || 154 profudit P b c y Ps.-Servius • profundit 
M, profugit R. || 176 precanti M b 2 c Servius Ps.-Servius: 
vocanti P R y- Il 178 conjunx PR b y •' Juno M c. || 221 pu- 
bentes M P R b y 2 Macrobe : tabentes c >/. || juvenali : ju- 
venili m. || 229 pro cunctis talibus mss : cunclis pro 
talibus anciennes éditions. || 232 fatales M R b : fatalis 
Pc y Servius. || 264 densate M P y : dense te R b c Servius (XI, 
650). || 273 alvo R b y Servius Ps.-Servius : alveo P, alvos c 1 , 
auro M. || 276 effundit : extendit */• || 308 disicit M P b c y ; 
discidit R. || 310 clauduntur M R b c y : conduntur P. |j 311 
inermem mss Servius (v. 736) : inertem M. || 321 casusne 
deusne : casusve deusve M, cf. IX, 211. || 332 increpat Pb 
Y Servius : intonat M R c. Cf. Silius, XII, 68b. || 335 Thraca M 



cxxxvi NOTES CRITIQUES 

P 1) (fy Ps.-Servius :" thraica R. j| 341 Thamyrum M P R, tha- 
murum y, thamirum b, tamîram c ; cf. Bàjxupoç. || 352 Achillis 
mss Servius (I, 30) : Achille» M. || 380 effundit M P b: e//W*7 
R c y.. || 382 harenae M P Servius (XI, 87) : liarena R b y, 
araia c. || 389 latebras M : lalebram P R c-f, latebra b. 
li 391 /a^^/cc mss (de môme v. 420 et 425) Macrobe Ausone : 
lapis x II 394 dabat P R b e : dédit M, dedi y 1 ; « vera est 
lectio dabat. nam non dédit » (Servius). || 404 forcipe mss 
Ps.-Servius : for fie e R: forceps est la seule forme ancienne. 
li 408 subcunt P b y, au-dessus de la ligne dans M : subeuntque 
R c. || 470 reliquit M P R b c y : relinquit Y. || 490 dcrigit 
M P R V (?) : cfe'WgriJ b c y. || 495 sentit M : sen*& P R V (?) b 
c y. || 511 abscisa c, abscise P 1 ; abscissa M R b, absci y 1 . 
Yoy. les noies de l'édition savante des Satires d'Horace, II. 3, 
303. || 515 après 516 : Peerlkamp, malgré les mss et Ser- 
vius. || 515 nomen Pc : nomin (devant Echionium) R b y, 
rioiiiirie'SL « Oniten Donalus di.cit aul gentile esse aut palro- 
nymicon ut nomen ejus proprium si t Echionius. Sed hoc 
non procedit..., Sequens versus erit nomen Echionium., id 
est Thebana gloria.... Unde maie quidam legunt nomine 
Chionium. » (Servius). Si on lit nomine Echionium, Echio- 
nius est le nom, c.-à-d. le genlilice, et Onitès est le surnom. 
Yoy. la n. IX. 592. || 520 limina M : munera P R b c y Ser- 
vius; « obsequia quae pauperes divitibus loco munerum 
solvunt » (Servius). Cf. Hor., Epod., 2, 8. || 541 aerei Aide 
(1501) : aeris M P R b c y. || 596 incessi P b 2 Servius Aru- 
sianus Eutyches : incedi M, incensi R, incendi c y. || 605 
ftoros : flavos M P R b c y ; « flavos : antiqua lectio floros 
habuit » (Servius): « Probus sic annotât : neotericum erat 
flavos, ergo bene floros » (Ps.-Servius). || 612-613 om. M P 
Rby; admis par c^] cf. XI, 471. Servius ne commente pas 
ces vers ici. || 641 ne nostrum M R b c y : nostrum ne P. 
Il 647 aduersa Mb y : aversa P R c. Cf. Ter., Eun., 325 
{adversae mss): T.-L., I, 46, -2. || 648 inscia MPRbc 
Servius Macrobe, inscius y 1 : nescia ■£. || 661 Alinas : Asilas 
tt/. || 662 acies M y : aciem P R b c. "|| 709 cernere P Ser- 
vius Sénèque (Epist., 58, 3) : decernere MRcy Priscien, 
discernere b: « cernere : vera et antiqua haec est lectio; 
posteritas coepit légère : et decernere » (Servius); » quae- 
dam simplicia in usu erant, sicut 'cernere ferro dicebant; 



ENEIDE, XII. i .-.xxxvi t 

Vergilius hoc probabit tibi : fngenïia... eernere ferre) quod 
nunc decernere dicimus » (Sénèque). || 715 Si la M F b c 
Asper : Silva R y 1 , oni. V; « Sila : pessime quidam Silva 
legunt » (Servius). li 719 nemori mss Ps. -Servius : pecori 
mx- ii 741 resplendent M P b y : resplendet R, resplendit 
c 1 . || fragmina mss : fragmen R. || 744 tardata : tardante 
c 2 correcteur de M. || 782 discludere P b y : discurrere M, 
convellere c; R manque. || 784 mutata M b c y : conversa P 
y; cf. G23. || 790 certamina M Pc y : certamine b y; « cer- 
tamina : aliicertamine legunt » (Servius). || 794 Indigetem : 
indigitein M; cf. C. I. L., VI* 2208. || 801 m P 1 : ne M y Dio- 
mède, nec bc Servius. || edit Py Diomède Acron (Hor.. 
Epod., 3, 3) : edat Mbc; « edat : sane edo, edis, edit in 
tegrum verbum est: nam edo y es, est esse anomalum Çonstai 
(Servius). D'après cette note, il semble que Servius lisait 
edit, mais prenait cette forme pour un présent. ; 821 conn- 
ais M b c y : conubis P 1 . || 825 vestem M b : vestes P c y. 
|| 830 es mss : et faute d'impression de l'édition Heinsius. 
|| 835 tantwn M Pbcy : tanto Ry Heinsius Bentley. || 844 
dimittere M P R- c y Servius : demittere b. || 862 subitam 
MRc : subito Pby Ps.-Scrvius (sur III, 246). || collecta R 
b c Servius : conjecta y, conjecto P, conversa M ; cf. 623. 
|| 865 ob Rb Arusianus Servius (I, 233) : in ob M(?), ad P 
c y. || 883 ima M R, jam P 1 , sima y (après satis) : alla c m. 
|| dehiscat : dehiscet P. || 893 clausumque M R b c y : clau- 
sumve P. || 897 qui y Servius (d'après sa note qui contredit 
le texte du lemme dans ses mss), que M : quod PRbcy. 
|| 904 tollentemque M c y Isidore : tollentemve P R b. || nui' 
nus M R y : manu P b c. || saxumve M P R b : saxumque 
cy. || 916 telum MRcyAusone : letum P. || 918 aurigamve 
M P c : aurigamque R b y. || 930 supplexque Me : suppléai 
P R y 2 (b manque depuis le y. 910). 



PAYSAN ALLANT AU MARCHE. 
Bas-relief provenant de Rome. 




Un vieux paysan tient, de la main droite, un panier d'œufs ; de la 
gauche, sur l'épaule, un bâton, au bout duquel pend un lièvre. Devant, 
marche un bœuf, qui a, sur son dos, deux' agneaux attachés par les 
pattes. Le tond est un paysage fantaisiste, comme ceux des peintures 
de Pompéi : une porte, qui laisse passer un figuier; une enceinte décorée 
de tambourins, au centre de laquelle une corbeille de fruits est élevée sur 
un support historié; à gauche, une construction basse, portant un can- 
Ihare, et d'où sortent un thyrse et des torches; sur un rocher, en haut, 
une chapelle rustique. Ce bas-relief est attribué par Maxime Collignon 
(Journal des Savants, 1917, p. 443), et d'autres archéologues, à une 
école d'artistes travaillant à Rome au i" siècle avant notre ère. Les mo- 
dèles étaient des maquettes en plâtre ou en cire qui servaient aussi bien 
à la sculpture qu'à l'art de la ciselure. Cette origine explique l'analogie 
de tels bas-reliefs avec les beaux vases d'argent recherchés par les 
Romains au temps de Cicéron : même approfondissement du détail, 
même saillie de parties qui se détachent du fond, même importance 
donnée au décor pittoresque. 



LES BUCOLIQUES 



Mélibée et Tityre sont deux bergers des environs de Man- 
toue ; le premier, victime de la confiscation des terres au 
profit des vétérans, quitte le pays en poussant devant lui 
ses chèvres, tout ce qui lui reste de sa fortune : le second a 
pu conserver ses biens. Il le doit à Octave: c'est d'Octave 
lui-même, à Rome, qu'il a reçu l'assurance de nôtre pas 
dépossédé; dans sa reconnaissance, il l'exalte et le divinise. 
Mélibée répond par des plaintes sur son propre sort; le soir 
approchant, Tityre exprime le regret que le chevrier mal- 
heureux n'accepte pas sous son toit un asile pour la nuit. 

C'est un poème d'allusion, non d'allégorie; si l'on s'en 
convainc, les difficultés et les contradictions disparaissent. 
Non, Tityre n'est pas Virgile : mais une même aventure 
leur est commune, ce qui permet au poète de lui prêter ses 
propres sentiments. Et même, — car Virgile n'était pas une 
âme égoïste, — les plaintes de Mélibée ne sont-elles pas 
encore l'écho de sa propre sensibilité? Un seul point demeure 
obscur : comment se fait-il que, venu à Rome pour son 
affranchissement (v. 27), soit que son maitre y habitât, soit 
pour y remplir les formalités légales, Tityre y reçoive d'Oc- 
tave, à titre de réponse, la promesse de conserver ses biens? 
On peut croire qu'il s'est occupé de deux affaires différentes; 
même il n'est pas impossible que les biens dont Octave lui 
garantit la conservation soient ceux de son maître devenu 
son patron (voy. p. 72, n. 2); mais la vraisemblance et la 
clarté souffrent un peu de l'absence d'explication. 

vibgïle. 1 



2 LES BUCOLIQUES. 

On s'est demandé si Mélïbée, à la différence de son inter- 
locuteur, est un paysan de naissance libre; plus probable- 
ment, c'est un affranchi, comme son ami. 

Cette première Bucolique doit être la huitième en date et 
avoir été composée en l'an 39 av. J.-C, peut-être en sep- 
tembre. 



MELIBOEUS. 

Tityre, tu 1 patulae recubans.sub tegmine fagi 

Siivestrem tenui musain 2 meditaris avena 5 ; 

Nos patriae fines et dulcia linquimus arva, 

Nos patriam fugimus 4 ; tu, Tityre, lentus 5 inumbra, 

Formosam resonare 6 doces Amaryllida silvas. 5 

TITYRUS. 

Meliboee! deus 7 riobis haec otia fecit. 



4. Tu, v. 1 et 4 ; nos, v. 3 et 4, 
opposition de mots qui insiste sur 
le contraste entre les destinées des 
deux bergers. 

2, Musam pris souvent pour dire 
au figuré une composition poétique, 
un chant; cf. 6, 8; — silvestrem, 
parce que les pàtrei, dans ia saison 
chaude, menaient leurs troupeaux 
sous les bois. 

3, Avena ia flûte dont on jouait 
en prélude aux vers ou en inter- 
mède; appelée ailleurs ealanius, 
cîcuta, Hstula, harundo, tibia;- — 
il est probable que tenui doit être 
entendu au sens propre, bien que 
l'on puisse y voir une intention de 
modestie. 

4, Fugimus le verbe fugere, 
comme cpéoye&v, ne s'applique pas 
seulement à une fuite volontaire; il 
convient pour dire : « être chassé, 
exilé ». Mais on peut lui laisser icî 
tout son sens ordinaire : le départ 
de Mélibée et de ses compagnons 
est d'autant pins lamentable qu'ils 
sont obligés de quitter leur pays à 



ia hâte, dans une sorte de déroute; 
ce départ est bien une fuite. 

5. Lentus nonchalant; de l'idée 
de flexibilité, qui domine dans ce 
mot au sens propre, est venue au 
figuré celle de repos, d'absence de 
l'effort, d'inaction; sens voisin de 
otiosus, et voy., en effet, deux vers 
plus bas : haec otia. 

6. Resonare transitif, avec 
Âfiiaryllida pouf régime: silvas, 
sujet. — Géorg. III, 338, il est égale- 
ment transitif; mais le sens de la 
construction n'est pas le même : 
litora alcyonem résonant : le 
rivage résonne du chant des alcyons ; 
icî, les bois résonnent, non de la 
voix^d'Amaryllis, mais de son nom 
prononcé par Tityre. 

7. Deus Octave n'avait pas encore 
été divinisé officiellement; pourtant, 
ee n'est pas une simple expression 
de reconnaiseance enthousiaste et 
d'admiration, comme chez Cicéron 
parlant de Platon (Ad. A&-IV, 16) 
ou ehez Lucrèce pour Epicure 
(J?e nat. rer. V, 8) : on verra plus 



PREMIÈRE BUCOLIQUE. 

Namque 1 erit ille mihi semper deus; illius 2 aram 
Saepe tener nostris ab ovilibus imbuet agnus 3 .. 
Ille meas errare boves, ut cernis, et ipsum 4 
Ludere quae vellem calamo permisit 5 agresti. 



10 



MELIBOEUS. 

Non equidem invideo, miror magis 6 : undique totis 
Usque adeo 7 turbatur agris! En ipse capellas 
Protinus aeger ago 8 ; hanc etiam vix, Tityre, duco. 
Hic inter densas corylos modo namque 9 gemellos, 
Spemgregis, a! silice 10 in nuda conixa 11 reliquit. 15 



loin, v. 43 et suiv., que Tityre rend 
à Octave un culte formel. 

4. Namque explique et justifie 
deus, du v. préc. 

2. Illius Métr. n° 2. 

3. Agnus offrande plus modeste 
que celle d'un venu, plus importante 
que celle d'un porc, suppose une 
condition moyenne; — imbuet 
suppléez sanguine; — la préposi- 
tion ab, devant ovilihus, marque 
le point de départ, et ces mots 
dépendent du substantif agnus : un 
agneau qui vient de ma "bergerie ; 
cf. Géorg. II, 243; — nostris pour 
meis\ au v. suiv. meas boves ; de 
même qu'aux v. 6 et inobis et mihi 
indifféremment. 

4. Ipsum = me ipsum. 

5. Permisit avec une proposi- 
tion iniinitive, au dieu de ut et le 
subjonctif. Ici, ce n'est pas seule- 
ment « m'a permis^ de... » dans le 
sens de « m'a laissé... », mais« m'a 
donné la permission », formellement 
permis de.,. — errare (v. préc), 
implique la sécurité; — ludere se 
dit pour tout exercice qui est plaisir 
plutôt que peine. 

6. Magis à la place de potius; 
se rencontre souvent en poésie (en 
prose, Suétone Div, Avg., 31). 

7. Adeo, en prose serait tq tète 
de la phrase ; — usque le renfoi^e; 
— turbari, au sens impersonnel, 



se trouve aussi chez Cicéron, Pro 
Sulla 57, et Tacite Ann. I, 20. 

8. Protinus aeger ago la forme 
protinus qui, d'après les grammai- 
riens anciens, est celle de l'adverbe 
de temps (=* statim) l'emportait 
de beaucoup dans l'usage sur prp- 
lenus même pour l'adverbe de lieu 
dont c'est ici le cas (=jporro ternis); 
— rw/'-r convient surtout a l'afflic- 
tion morale; — ago en opposition 
avec duco : Mélibëe pousse devant 
lui son troupeau; mais une de ses 
chèvres vient de mettre bas, voy. les 
deux v. suiv. : il est obligé de la 
mener à l'aide d'une corde, à cause 
de sa faiblesse et parce qu'elle vou- 
drait ne pas abandonner ses petits. 

9. Namque après cinq mots 
(cf. En. V, 733 et X, 614, après 
trois). Dans la prose classique, tou- 
jours en tête de la phrase; chez 
T. Live, très souvent le deuxième 
mot. 

10. Silice masculin en prose, 
sauf chez des écrivains tardifs. 

14. Conixa, on y voit à tort un 
exemple, qui serait le seul, de 
coniti pour enili, mettre bas; pas 
plus ici qu'ailleurs, Virgile - ne met 
un mot pour un autre : conili 
signifie faire un dur effort, s'appuyer 
des membres pour résister; or il a 
fallu à la chèvre mettre bas deux 
jumeaux. Ce verbe s'emploie très 



4 LES BUCOLIQUES. 

Saepe malum hoc nobis, si mens non laeva fuisset, 
De caelo tactas memini praedicere 1 quercus. 
Sed tamen 2 iste deus qui sit da 3 , Tityre, nobis. 

TITYRUS. 

Urbem quam dicunt Romain, Meliboee, putavi 20 

Stdltus ego huic nostrae 4 similem, quo saepe solemus 3 
Pastores ovium teneros'depellere fétus. 
Sic canibus catulos similes, sic matribus haedos 
Noram, sic parvis cornponere magna solebam. 
Verum liaec tantum alias inter caputextulit 7 urbes, 25 
Quantum lcnta soient inter viburna 8 cupressi. 

MELIBOEUS. 

Et 9 quae tanta fuit Romain tibi causa videndi? 



TITYRU3. 

Libertas î0 , quae sera tamen respexit inertem 



bien sans régime; gemeltos ne dé- 
pend donc que de reliquit. 

4. Praedicere le présent après 
memini est régulier quand on 
évoque le souvenir de ce qu'on a tu 
de ses propres yeux. 

2. Sed tamen ramène l'entre- 
tien à ce qu'a dit Tityre v. 6 et suiv. 

— iste ce dieu que tu dis, qui est 
le tien. 

3. Da analogue h. die, comme 
accipe à audi, cf. En. II, 65. 

4. Huic nostrae (urbi) Man- 
toue, dont le bourg d'Andes était 
voisin. 

5. Saepe solemus il n'y a pas 
pléonasme : une habitude peut être 
plus ou moins fréquente. — Le 
vexbc solere paraît trois fois dans 
ces six vers (v. 21 à 26) ; on ne peut 
nier que c'est beaucoup ! 

6. Depellere, voy. plus loin 
compellere 2, 30. Le préfixe cum 

— indique l'ensemble; de — la 
séparation d'une partie : on prend 
au troupeau, pour les mener à la 
tille, une part des bêtes qui le com- 



posent (cf. l'expression deducere 
coloniam). Ne pas entendre depel- 
lere a lacle. 

7. Extulit dans ce genre de 
phrases, nous mettons le présent; 
les Latins mettaient le parfait, parce 
qu'ils considéraient moins l'état 
actuel que le passé dont il est la 
conséquence : Rome est grande 
parce qu'elle a grandi. 

8. Viburna la viorne, clématite 
commune. 

9. Et marque une légère impa- 
tience de Mélibée qui voit dans 
l'éloge de Rome une digression et 
ramené Tityre au sujet. 

40. Libertas la Liberté personni- 
fiée, déesse dont le nom se "ratta- 
chait à Juppiter Liber; dans le 
principe, préside à un» vi« heureuse 
et insouciante; représente ensuite la 
liberté du citoyen opposée à l'escla- 
vage; plus t*i'd, la liberté'politique 
opposée à -a tyrannie. Elle avait à 
Rome !*i temple, sur l'Aventin, et 
un a^ium. 

A. Inertem inaclif. ne faisant 



/ 



• PREMIÈRE BUCOLIQUE. 

Candidior postquam tondenti 1 barba cadebat 2 ; 
Respexit tamen et longo post tcmpore venit, 
Postquam nos Amaryllis habet, Galafea reliquat. 
Namque, fatebor enim, dam me Galatea tenebat, 
Nec spes libertatis erat, nec cura peculi. 
Quamvis multa meis exiret victima 3 saeptis, 
Pin guis et 4 ingratae premeretur caseus urbi 5 , 
Non umquam gravis aère domum mihi dextra 

[redibat. 

MELIBOEUS. 

Mirabar quid maesta deos, Amarylli, vocares, 
Cui c pendere sua patereris in arbore poma : 
Tityrus hinc aberat 7 ! Ipsae te, Tityre, pinus, 
Ipsi te fontes, ipsa haec arbusta vocabant. 



30 



35 



TITYRUS. 



Quid facerem? Neque servitio me exire licebat, 
Nec tam praese-ntes alibi cognoscere divos. 
Hic 8 illum vidi juvenem 9 , Meliboee, quotannis 10 



kO 



rien pour se concilier la Liberté ; — 
tamen porte sur respexit. 

1. Tondenti s. ent. mihi ou Mi; 
dans le doute, il est facile de tra- 
duire : « pour la main qui me 
rasait ». 

- 2. Cadebat ici l'imparfait après 
postquam, il s'agit d'un fait qui 
s'est répété et qui est accompli; 
dans le v. 30, après la même con- 
jonction, au premier hémistiche le 
présent habet pour ur» fait qui dure 
encore; au second hémistiche, le 
parfait retiquit pour un fait accom- 
pli en une fois. 

3. Multa victima singulier col- 
lectif; fréquent en poésie avec 
multus. — Victima <*e dit du gros 
bétail, hostia du petit. 

4. Et rejeté après le premier mot 
de la phrase; Virgile paraiv avoir 
donné l'exemple de cet usage, fré- 



quent ensuite dans les vers, surtout 
chez les Elégiaques. On trouve déjà 
et le deuxième mot dans l'inscription 
d Eiuliaris Licinia, qui doit être 
des environs de CO av. J.-C. 

6 Urbi sur ce trafic de la cam- 
pagne avec la ville, cf. Géorg. I, 
273 suiv. et III, 400 suiv. 

6. Oui datif d'intérêt, comme 
plus bas, v. 43 ; pour qui = en 
l'honneur de qui. 

7. Aberat métr. n° 5. 

8. Hic ici, à Rome où Tityre se 
voit par la pensée. 

9. Juvenem Octave avait vingt- 
quatre ans ; dix ans après, Horace 
l'appelle encore juvenis (Odes 1, 
2, 41), ce qui n'a rien d'anormal. 

10. Quotannis Bis senos...dies : 
non douze jours de suite, mais un 
par mois, comme pour les dieux 
Lares, 



6 LES BUCOLIQUES. 

Bis senos cui nostra dies altaria fumant. 

Hic mihi responsum primus 1 dédit ille petenti : 

« Pascite 2 , ut ante, boves, pueri; submittite 

[tauros 3 » 

MEUBOEUS. 

Fortunate senex! ergo tua 4 rura manebunt. 
Et tibi 8 magna satis, quanrvis lapis omnia nudus 
Limosoque palus obducat pascua junco. 
Non insueta graves temptabunt pabula fêtas 6 
Nec mala vicirti pecoris contagia laedent. 
Fortunate senex ! hic inter flumina nota 
Et fontes sacros 7 frigus captabis opacum, 
Hinc 8 tibi, quae semper 9 , vicino ab limite saepes 
Hyblaeis apibus 10 Qorem depasta salicti, 



kb 



4. Primus équivalent de l'ad- 
verbe primum : dès l'abord. 

2. Pascite... Tityre, au v. 23, 
a dit qu'il s'était rendu à Rome pour 
se faire affranchir; les paroles d'Oc- 
tave, ici, répondent à autre chose ; 
c'est qu'il y a eu coïncidence : l'es- 
clave, en même temps qu'il s'occu- 
pait de son affranchissement, a dû 
voir Octave avec son maître pour 
demander protection eontre les 
spoliateurs. 

3. Submitlite tauros Servius 
interprétait submittite jugo ; mais 
il est probable qu'il s'agit d'intro- 
duire des bêtes dans le troupeau 
pour réparer les pertes et assurer 
l'accroissement et la reproduction. 

4. Tua qualificatif, non attribut 
comme on le croit généralement à 
tort; de toute nécessité, Mélibée 
doit dire : « Ta campagne... » et, 
s'il y a un second tua sous-entendu, 
c'est plutôt l'attribut que le qualifi- 
catif ; Virgile pouvait aussi bien 
écrire tibi rura manebunt. 

5. Et tibi... junco le poète décrit 
son propre domaine entre le Mincio 
et les flancs rocheux de la colline ; 
— omnia (v. 47) se rattache à 



pascua(v. 48) ; dans cette propriété, 
destinée à la pâture, tout est pierre 
et marécage; y eut-il exagération, 
on ne peut accuser Virgile d'être 
mécontent de son sort quand il 
vient dédire : Et tibi magna satis. 

6. Graves fêtas c'est le second 
mot qui est pris substantivement, 
les brebis ou chèvres pleines; — 
non temptabunt elles n'auront pas 
à affronter; le verbe temptare con- 
vient pour les atteintes d'un mal ; 
temptari morbo; cf. aussi Géorg. 
III, 441. 

7. Sacros les sources étaient 
consacrées aux Nymphes. 

8. Hinc développé et précisé par 
vicino. ab limite, comme le second 
hinc (au y.. 56) par* alla sub rupe, 
comme hic, deux v. plus haut, par 
inter flumina, etc. Virgile aime 
cette construction avec un adverbe 
tle^lieu; cf. 3, 12; En. II, 18 suiv.; 
III, 616 suiv. ; VI, 30r>. 

9. Quae semper s.-ent, suasit; 
le sens est le mîme que s'il y avait 
ut semper, romme dans 6,15. 

10. Hyiyaeis apibus datif ; le 
miel du mont Hybla (Sicile) était 
renoixûlé. 



PREMIÈRE BUCOLIQUE. 

Saepe levi somnum suadebit inire susurro 1 ; 
Hinc alla sub rupe canet frondator ad auras ; 
Nec tamen interea raucae, tua cura, palunibes, 
Nec gemere aeria cessabit turtur ab ulmo. 



55 



TITYRUS. 



Ante 2 levés ergo pascentur in aethere eervi 
Et fréta destituent nudos in litore pisces, 
Ante, pererratis amborum 5 fmibus, exsul 
Aut Ararim Parthus bibet aut Germania Tigrim 4 , 
Quam nostro illius 5 labatur pectore voltus. 



60 



MELIBOEUS. 



At nos hinc alii sitientes ibimus Afros, 

Pars Scythiamet rapidum eretae veniemus Oaxen 6 , 

Et penitus toto divisos orbe Britannos'. 

En umquam 8 patrios longo post tempore fines, 

Pauperis et 9 tuguri congestum caespite culmen. 



65 



4. Susurro le bourdonnement 
des abeilles ou le bruissement du 
feuillage; probablement, le premier 
de ces deux bruits. 

2. ,.4nte...énumération banale de 
doùvaxa; cf. plus loin 8, 27 suiv. ; 

52 'jSuiv. 

3. Amborum le Partbe et le 
Germain équivaut ici à "aXXrjXwv. 

4. Tigrim, le Tigre servait de 
frontière aux Parthes ; mais l'Arar, 
auj.-la Saône, était en Gaule, non 
en Germanie; il y a là une confu- 
sion géographique sans importance; 
Virgile nomme un fleuve d'Occident 
et un fleuve d'Orient, et cela suffit 
pour faire comprendre sa pensée. — 
Germania, le nom du pays pour 
celui des habitants; cf. 4, 58 suiv. 
Arcadia; — Géorg. 1, 38; En, II, 
193. 

5! Illius, Métr. n° 2, 
6. Oaxen, fleuve de Scvthîe 
(auj. Jihun) dont ie nom ordinaire 



était Oxus ; rapidum cretae qui 
entraîne de la craie, cf. Quinte 
Curce VII, 40, L'accusatif Oaxen 
sans ad, avec veniemus comme au 
v. préc. sitientes Afros avec ibi- 
mus ; l'omission de ia préposition 
avec des noms de pays et de peuple 
n'estpas sans exemple même en prose 
— Il est évident que les bergers 
fugitifs de Mantoue n'allaient pas si 
loin ; mais l'exagération n'est pas 
due seulement à la poésie : l'excès 
du désespoir où sejvoit réduit Méli- 
bée en est aussi une explication, 

7. Divisos orbe Britannos, cf. 
Catulle il, 11 et Horace, Odes I, 
35, 29; Tacite Agr, 30. C'est sur 
divisos que porte penitus, non sur 
toto. 

8. En umquam interrogation 
pathétique, qui exprime un souhait 
ardent, cf. 8, 6 et 8. 

9. Et le deuxième m&t de la 
phrase, voy page 5, note 4. 



8 LES BUCOLIQUES. 

Post 1 aliquot, mea régna videns, mirabor aristas? 

Impius 2 haec tam culta novaliâ miles habebit! 70 

Barbarus 3 lias segetes! En quo discordia cives 

Produxit miseros ! his nos consevimus agros! 

Insère nunc 4 , Meliboee, piros, pone ordine vîtes. 

Ite meae, felix quondam pecus, ite capellae; 

Non ego vos posthac viridi projectus in antro 75 

Dumosa pendere procul de rupe videbo. 

Carmina nulla canam; non 5 , me pascente, capellae, 

Florentem cytisum 6 et salices carpetis amaras. 

TITYRUS. 

Hic tamen hanc mecum poleras 7 requiescere noctem 
Fronde super viridi ; sunt nobis mitia poma, 80 

Castaneae molles 8 et pressi copia lactis 9 . 
Et jam summa procul villarum culmina fumant 
Majoresque cadunt altis de montibus umbrae. 



4. Post, ne pas entendre post 
aliquot aristas (== annos) ; ici 
comme au v. 67, post est adverbe 
= postea. Cette phrase est compli- 
quée ; il faut comprendre : En um- 
quara, videns postea patrios 
fines et culmen tuguri mea 
régna (ces deux derniers mots en 
apposition à fines et à culmen), 
mirabor aliquot aristas ? Mélibée 
se demande si, revenant longtemps 
après, il verra encore quelque trace 
de culture dans son domaine, jus- 
qu'ici l'objet de tant de soins (voy. 
v. 70 tam culta). 

2. Impius le. soldat des guerres 
civiles, sans respect pour les dieux, 
opposé au laboureur loué générale- 
ment pour sa piété. 

3. Barbarus il y avait à ce 
moment quelques Germains et Gau- 
lois parmi les légionnaires; Mélibée 
met les choses au pire : ce spolia- 
teur ne sera même pas d'origine 
italique ! 

4. Insère nunc mouvement iro- 



nique ; cf. 9,50, même conseil, mais 
sans ironie. 

5. iVowportesur toute la phrase, 
non sur me pascente seulement. 

6. Florentem cytisum cf.- 2, 
64 ; c'est aussi chez Théocrite 
une nourriture favorite des chè- 
vres. 

7. Poleras nous disons de même 
en français : « Tu pouvais du 
moins../»; il n'y a donc pas lieu 
d'opposer ici l'usage de l'imparfait 
latin à celui de notre conditionnel 
passé. 

8. Castaneae molles des châ- 
taignes tendres (ou d'une saveur 
douce, cf. l'expression molle vi- 
num), de bonne qualité. Les pâtres 
italiens mangent des châtaignes 
bouillies, et il est probable que 
Tityre ne comptait pas offrir les 
siennes à Mélibée sans les faire 
cuire; mais cette idée n'estpas dans 
molles- 

9. Pressi... lactis du fromage 
frxfs, du lait desséché, 



DEUXIÈME BUCOLIQUE. 



II 



Le pâtre Corydon aime Alexis, un jeune esclave qui ne lui 
appartient pas; pour le séduire, il fait valoir ses richesses 
rustiques et son talent de musicien ; il le presse de venir 
demeurer avec lui, et lui promet en retour une flûte, des 
chevreuils, des fleurs et des fruits. Puis, sentant la vanité 
de sa poursuite, il y renonce et jprend le parti de se dis- 
traire par un travail utile. 

Selon une tradition que reproduisent Martial (vm, 56),Sué- 
tone-Donat et Servius, il faudrait rechercher dans la réalité 
d'un souvenir personnel l'origine de ce petit poème où res- 
pire la passion et où -la grâce de la forme relève le sujet. A 
un repas chez Pollion, Virgile aurait été frappé de la heauté 
d'un jeune esclave nommé Alexandre ; Pollion le lui aurait 
donné; et le poète, prenant soin de son éducation, aurait 
fait de lui un grammairien distingué. Si l'on tient compte 
des habitudes d'esprit de Virgile, de son goût pour l'allusion, 
de son attachement à ses souvenirs et de la profondeur de 
ses impressions, on ne jugera pas invraisemblable qu'il ait 
choisi ce sujet sous l'influence d'un incident de sa vie. En 
poète, et en poète de tradition nourri des Grecs et de Théo- 
crite, il aura transformé cette petite histoire en une aven- 
ture de passion, alors que, dans la réalité, il ne s'agissait 
que d'un jeune homme intelligent dont l'éducation l'avait 
intéressé. C'est un instinct du génie : un fait peu important, 
et par lui-même sans poésie, donne au poète l'idée de se 
transporter sur un terrain où il est déjà maître, où il le 
deviendra de plus en plus, la peinture d'un amour malheu- 
reux. 

Dans cette pièce, où il y a beaucoup d'imitation, les prin- 
cipaux emprunts sont faits aux Idylles 11 et 3 de Théocrite. 
La première en date des Bucoliques de Virgile, elle doit 
appartenir à Tan 42 av. J.-C, 



10 LES BUCOLIQUES. 

Fôrmosum pastor. 1 Corydon ardebal- Alexim, 
Delicias domini, nec quid sperarot 3 babebat. 
Tantum inter* dertsas, umbrosa cacumina, lagos 5 
Adsiduc venicbat; ibi haec iricondita 6 solus 
Monlibus et silvis studio jaclabat inani. 

crudelis Alexi! nihil mea carmina curas 7 ? 
Nil nostri miserere? mori me denique coges 8 . 
Nune etiam pecudes timbras et frigofa captant, 
Nu ne virides etiam oceultanl spineta tacertos^ 
Thestylis 10 et rapido fëssis megôoribua aestu** 
Allia serpyilumque herbas contundit olentes 12 . 



!0 



■1. Formos'K m jjdstur vayçroche- 
ment significatif; il faut se garder 
de lire : formosum — pastor Co- 
rydon.... Ce n'est pas le rhythme 
seulement/(la césure est aprèsjpas- 
tor) qui veut qu'on lise foryttosum 
pastor — Corydon. ..,ic'e&t le sens 
lui-même : les deux premiers mot* 
qualifient l'un Alexis, l'outre Cory- 
don qui n'ftBt qu'un pâtre, un 
homme rustique et sans grâce, et 
c'est justement ce contraste entre 
euxquiîcondamne l'amour de Cory- 
don, cette antithèse qui fait le fond 
du petit poème. 

2. Ardebat en cette acception (ar- 
denter amabat) se construit lejdus 
souvent avec l'ablatif soit seul, soit 
accompagné de in ou de de. 

3. Nec quid... <c il n'avait pas de 
raison d'espérer » ; s'il y avait quod, 
ce serait: cil n'avait rien à espérer;» 
simple nuance, à vrai dire. 

4. Inter... avec mouvement (ques- 
tion quo), usage rare; voy. cepen- 
dant En. V, 618 suiv. ; " Horace, 
Epodes I 11, Ibis inter... propu- 
gnacula. 

5. Fagos ces hêtres font songer 
aux environs de Mantoue; d'autre 
part, le v. 2 1 plaee la scène en Sicile ; 
— cacumina apposition à fagos ; 
cf. 9, 9. 

G. Incondita Corydon est un ri- 



che paysan, mais n'est qu'un paysan, 
cf. v. 56 : il doit traduire ses senti- 
ments sans art et dans le désordre 
de la passion... ce qui n'empêche 
pas le chant que lui prête Virgile 
d'être, si non très bien ordonné, du 
moins très artistique. 

7. Nihil curas, NU miserere in- 
terrogations vives, sans particule 
interrogative, comme en français : 
« Tune te soucies en rien...? 

8. Mori me... coges cf. Théocr. 
3, 9 ànriY£aa6at jie itoitfjaeiç. 

9. Nunc virides... lacertos cf. 
Théocr. 7, 22. 

10. Thestylis une servante qui 
prépare le repas des moissonneurs; 
— et le deuxième.mot, voy. page 5, 
note 4. 

41. Rapido... aestu la chaleur 
violente = qui rapit, qui s'empare 
de tout comme d'une proie; cf. 
Géorg. I, 92 et 424 sol rapidus; 
IV, 425 rapidus Sinus. 

12. Olentes non bene olentes 
parfumées, mais graviter olentes : à 
l'odeur forte. Il s'agît de la prépara- 
tion du moretum, mets agréable 
aux paysans de l'Italie, et dans le- 
quel avec de l'huile, du fromage 
frais et du vinaigre, entraient des 
herbes singulièrement acres; voy. 
le petit poème, le Motetwn, v. 87 
suiv. 



DEUXIÈME l:l ÛOUQUE. 

Atme 1 cum rancis, lua duni vestigia luslro, 
Solo suli ardenti resonanl arfrusta cicadis. 
Nonne fuil satius triâtes Amaryllidia iras 
Àtque superba pati fastidia? nonne Menalcan, 
Quiunvis ille nigor, quanivis tu candidus esses 2 ? 
formose puerl nimium ne credo 5 eolori : 
Alba 4 ligustra cadunt, vaccinia nigra leguntur. 
Despectus 5 tibi sum, nec qui sini quacris, Abwi, 
Quani dives pecoris, nivei 6 quam lactis abundans; 
Mille meae 7 Siculis erraul in nionlibus auuae; 
Lac mihi non aeslale novum, non IVigore défit, 
Canto quae 8olilus s , si quando armenta v-.cabat, 
Amphion 9 Dircaeus m Actaao Aracynlho, 
Nec sum adeo 10 inforoiis : nupei me in lilorevidi 11 



15 






25 



1. Me (résonant v. sqiy.) n'-un- 
nent de ma voix; cf. page», noie 6. 

2. Esses que ta fusses.., Km fran- 
çais, nuiis dirions plutôt « que tu 
sois » ; mais il y a concordance des 
temps avec (Vit du V. 14. Cf. 10, 38. 
Comme fusons dans ce dernier vers, 
ni<jrr Ludique ici des cheveux noirs, 
un teint basané; candidus un teint 
blanc, probablement celui d'un 
blond, opposé à un brun. 

3. Ne crede impératif avec ne 
prohibitif, rare dans la prose clas- 
sique. 

4. Alba... cf. Théocr. 10, 28 
suiv. et 23, 28 suiv. ; ici même, plus 
loin, 10, 39; — ligustra probable- 
ment le troène, peut-être le henné 
des Arabes, qui lui ressemble — 
vaccinia les vaciets; — .cadunt on 
les laisse tomber, on les dédaigne, 
tandis que l'on cueille les fleurs du 
Iroëne. 

5. Despectus... pour ce vers, cf. 
Théocr. 3,7; et pour les v. 20 à 22, 
ibid. 11, 34 suiv. 

6. Nivei épithète donnée fré- 
quemment au lait (Lygdamus, Ovi- 
de); ne pas le rattacher à pecoris. 



7. Mille meae mes mille brebis; 
non mille de mes brebis. 

8. (Juac soUtus suppléez est 
cantare. 

9. Amjihiun (vuy. Métr. n*8, à 
la lin) héros Béotien, (Ils de Zeus 
et d'Antiope, reçut d'Hermès une 
lyre dont il tira de tels accents que 
les pierres vinrent d'elles-mêmes se 
ranger en cadence pour construire 
les murs de Thèbes; cest près de 
cette -ville qu'était la fontaine de 
Dircé, d'où ici Dircaeus. Amphion 
avait été élevé au milieu des bergers 
sur l'Aracynthe; ce nom était 
porté par une montagne d'Etolie; 
mais, d'autre part, Actaeo veut 
dire attique ; on s'est demandé s'il 
n'y aurait pas eu deux Aracynthe. 
Une erreur géographique de Virgile 
est d'autant moins vraisemblable 
dans ce vers qu'il paraît être tout 
entier la transcription d'un hexa- 
mètre grec. 

10. Adeo à ce point, au point de 
ne pouvoir plaire (cf. Théocr. 6, 34 
suiv); il va même dire qu'il est 
aussi beau que Daphnis, 

11. Me in litore vidi il paraît 



12 



LES BUCOLIQUES. 



Cum placidum venlis 1 staret mare ; non ego Daphnim 2 
Judice le metuam, si numquam fallit imago. 
tantum libeat mecum tibi 5 sordida rura, 
Atque humiles habitare casas, et figere 4 cervos, 
Haedorumque gregem viridi compellere hibisco 5 ! 
Mecum una in silvis imitabere Pana canendo. 
Pan primus calamos cera conjungere plures 
Instituit 6 , Pan curât oves oviumque magistros. 
Nec te paeniteat 7 calamo trivisse labelkim : 
Haec eadem ut sciret, quid non faciebat Amyntas 8 ? 
Est mihi disparibus septem compacta cicutis 9 
Fistula, Damoetas 10 dono mihi quam dédit olim, 
Et dixit moriens : « Te nune habet ista 11 secundum. » 



30 



35 



qu'il n'est pas impossible de se mi- 
rer dans la Méditerranée ; cf. Théocr. 
I. c. note préc. 

1. Ventis ablatif d'instrument 
dépendant de placidum staret, qui 
est à peu près l'équivalent de pla- 
cidum esset avec idée de stabilité : 
«quand la mer se tenait tranquille». 
On note à ce sujet que les Anciens 
attribuaient aux vents la mission 
d'apaiser aussi bien que de soulever 
la mer (cf. Horace, Odes I, 3, 16), 
et cela n'a rien d'étonnant du mo- 
ment qu'ils les personnifiaient : en 
cessant ou s'abstenant de souffler, 
les vents faisaient preuve d'une vo- 
lonté. 

2. Daphnim fils d'Hermès et 
d'une nymphe; inventeur de la poé- 
sie bucolique, et le premier des ber- 
gers de la Sicile pour la beauté et 
pour le talent. 

3. Tibi dépend de libeat, non'de 
sordida et de humiles, épithètes 
appliquées volontiers aux choses de 
la campagne par opposition avec le 
luxe des villes; elles font allusion 
à une opinion générale plutôt qu'au 
sentiment particulier d'Alexis. 

k. Figere (telis), cf. Géorg I, 308. 
5. Viridi... hibisco datif de di- 
rection, fréquent en Vers; cette 



plante doit être une sorte de 
mauve. 

6. Pan primus... Instituit cf. 
plus loin 8, 24 ; Tibulle 5, 27 suiv. ; 
Ovide, Métam. I, 689 suiv. 

7. Nec te paeniteat. Et ne te 
chagrine pas... cf. 10, 16 suiv. ; dans 
paenilere, il n'y a pas toujours 
l'idée de repentir; le sens d'origine 
de ce verbe ; qui se rattaché à la 
même racine que pênes, peniius, 
est cf sentir profondément»; mais 
de bonne heure, son emploi s'est 
restreint aux sentiments tristes et 
pénibles. 

8. Amyntas un berger émule 
de Corydon comme joueur de flûte. 

9. Septem... cicutis chez Théo- 
crite 2, 3, il y en a trois, et 8, 18, 
neuf. 

10. Damoetas encore un berger, 
mais celui-ci, le maître et l'ami de 
Corydon. 

41. Ista le pronom démonstratif 
de la deuxième personne; — secun- 
dum celui qui vient après et de 
près, qui suit; il y a dans ce mot 
la double idée que Corydon possède 
en fait la flûte après Damétas et 
qu'il vient aussi tout de suite après 
lui par le talent; il est, des deux 
manières, « le second maître », 



DEUXIÈME BUCOLIQUE. 13 

Dixit 1 Damoetas; invidit stultus 2 Amyntas. 

Praeterea duo, nec 3 tuta mihi valle reperti, 40 

I Capreoli, sparsis etiam nunc pellibus albo 4 ; 

! Bina die 5 siccant ovis ubera; quos tibi servo. 

. Jam-pridem a me illos abducere 6 Thestylis orat; ' 
Et faciet, quoniam sordent tibi munera nostra. 
Hue ades 7 , o formose puer! tibi lilia pl'enis ^5 

Ecce feruut Nymphae câlathis; tibi candida Nais 8 , 
Pallentes violas 9 et summa 10 papavera carpens, 
Narcissum et florem jungit bene olentis auethi 11 ; 
Tum, casia 12 atque aliis intexens 13 suavibus herbis, 
Mollia luteola pingit vaccinia calta. 50 



4. Dixit répété du vers préc, 
donne plus d'importance à la parole 
de Damétas et quelque chose de 
définitif à son jugement. 

2. Slullus faut-il entendre « le 
sot Amyntas »? ou bien qu'Amyntas, 
en voyant donner la flûte àson rival, 
en demeura tout sot?Cette dernière 
interprétation est plu? satisfaisante. 

3. Nec ne porte que sur tuta; la 
valeur du présent est rehaussée par 
la difficulté de l'entreprise. Pour les 
v. qui suivent, cf. Théocr. 11, 40 et 
3, 34. 

4. Albo cf. Géorg. III, 56; adjec- 
tif neutre pris susbstantivement; 
— etiam nunc à partir de six mois, 
leur pelage perd ses taches blan- 
ches. 

5. Bina die... ubera. Ces petits 
chevreuils épuisent par jour deux 
mamelles de brebis. 

6. Abducere infinitif régime 
d'un autre verbe, usage fréquent en 
vers; cf. 5, 41 ; pour oro spéciale- 
ment, En. VI, 313 et IX, 231. 

7. Hue ades = hue veni. « La 
notion de mouvement pour venir, 
se confondantavec celle de présence 
qui la suit, détermine le sens du 
verbe adesse et cet emploi d'un ad- 
verbe de mouvement » (E. Benoist, 
grande édit.). Cf. 7, 9 et 9, 39. 

8. Nymphae, Nais il importe 



peu que la commodité du vers 
amène un pluriel pour lesNymphes, 
un singulier pour les Naïades; c'est 
même une variété agréableà l'esprit 
et à l'oreille. Les unes et les autres 
sont les sources, les eaux couran- 
tes personnifiées à qui l'on doit les 
fleurs; — ecce anime la phrase et 
met sous les yeux le petit tableau 
qu'imagine Corydon. 

9. Pallentes violas on s'est de- 
demandé si c'étaient des giroflées 
ou des primevères; les unes et les 
autres fleurissent avant les pavots; 
pourquoi ne seraient-ce pas tout 
simplement des violettes? Il y en a 
de pâles comme de foncées (cf. 10, 
39 nigrae) ; il y en a même de blan- 
ches. 

10. Summa oppose les pavots, à 
haute tige, aux violettes,- qui fleu- 
rissent à raz du gazon. 

11. Anethi probablement le fe- 
nouil. 

12. Casia doit être le garou, poi- 
vre de montagne; on en faisait des 
couronnes (Pline l'Ancien). 

13. Intexens a le même régime 
que pingit, à savoir vaccinia, v. 
suiv. En mariant les fleurs du va- 
ciet à celles du souci (calta) et 
autres plantes, la Naïade varie les 
couleurs et les relève les unes par 
les autres : pingit. 



14 



LES BUCOLIQUES. 



Ipse ego cana legam tenera lanugine mala 1 , 
Castaneasque nuces, mea quas Amaryllis amabat; 
Addam cerea pruna 2 ; honos erit huic qiioque pomo 3 . 
Et vos, o lauri ! carpam, et te, proxima 4 myrte, 
Sic positae quoniam suaves miscetis odores. 55 

Rusticus es 5 , Gorydon! nec mimera curât Alexis, 
Nec, si muneribus certes, concédât Iollas 6 . 
Heu, heu! quid volui misero mihi? floribus Austrum 
Perditus 7 et liquidisimmisi fontibus apros. [silvas, 60 
Quem fugis^a! démens? habitarunt di 9 quoque 
Dardaniusque Paris 10 . Pallas, quascondidit arces 11 , 
Ipsa colat; nobis 12 placeantante omnia silvae. 
Torva 13 leaena lupum sequitur, lupus ipse capellam, 
FJorentem cytisum sequitur lasciva capella, 
Te Gorydon, oAlexi 14 ! trahit sua quem que voluptas. 65 
Aspice, aratrajugo referunt suspensa 15 juvenci 



4. Cana... lanugine mala des 
coings; ces fruits, qui ont la forme 
def poires plutôt que de pommes, 
sont d'un jaune pâle et couverts d'un 
duvet blanchâtre. 

2. Cerea prima... voy. Ilêtf. 
n" 7 ; des prunes couleur de cire, 
jaunes (ou d'un vert pâle?) les plus 
estimées des Latins d'après Pline 
l'Ancien XV, 41, Ovide Meta. XIII, 
817 suiv., Columelle X, 4o4. 

3. Honos erit huic quoque 
porno ce fruit aura, lui aussi, sa 
beauté; on lui rendra honneur. 

4. Proxima mis tout à côté des 
lauriers. 

5. Rusticus es Aux v. 58 et 59, 
Corydon reprend la première per- 
sonne (volui; immiéî) ; ce léger dé- 
sordre correspond au trouble de la 
passion. 

6. Nec... concédât Iollas Et, si 
tu luttais à coups de présents, Iollas 
ne te serait pas inférieur. 

7. Perditus (amore). 

8. Quem fugis cf. v. 19 nec qui 
sim quaeris; on voit le raisonne- 



ment : Tu te détournes de moi parce 
que je sui~ un campagnard; des 
dieux, pourtant, ont habité la cam- 
pagne ! 

9. Di Apollon faisant paître les 
troupeaux d'Admète; des déesses, 
éprises d'Adonis ou d"Endymion. 

40. Paris il fut élevé parmi les 
bergers ; — Dardanius = Troja- 
nus: Dardanius était l'ancêtre my- 
thique des rois d'Ilion. 

14. Pallas quas condidit arces 
Ipsa colatv.Que, Pallas, elle, habite 
la citadelle qu'elle a fondée ». Athè- 
nes- est la seule ville dont on lui 
attribue la fondation; mais, d'une 
manière générale, elle était consi- 
dérée comme la protectrice dès 
villes fortifiées. 

12. Nobis probablement pour 
mihi ; ou peut-être : « à nous autres, 
bergers ». 

43. 7ori'a...ce vers et le suivant 
viennent de Théocrite 10, 30 suiv. 

44. Aie xi voy. Métr. n" 9. 

45. Aratra jùgo... suspense 
pour aller aux champs ou en rêve- 



TROISIÈME BUCOLIQUE. 



15 



Et sol crescentes decedens duplicat umbras : 
Me tamen urit amor; quis enim modus adsit amori? 
A! Corydon, Corydon, quae'te dementia cepit 1 ? 
Semiputata 2 tibi frondosa vitis in ulmo est; 70 

Quin tu aliquid saltem potius 3 , quorum indiget usus, 
Viminibus molli'que paras detexere junco? 
Invenies alium, si te hic fastidit 4 , Alexim. 



III 



Deux bergers, Ménalque et Damétas, se rencontrent. Le 
premier est un jeune homme qui conduit les chèvres de son 
père (v. 34, cf. v. b) ; ce père est remarié, et Ménalque re- 
doute surtout sa belle-mère (v. 32 suiv.). Damétas, plus âgé 
(v. 7), mène des brebis et des génisses (v, 3 et 29) ; c'est 
Êgon qui les lui a confiées, négligeant son métier de pâtre 
pour une intrigue amoureuse (v. 3 suiv.). Ménalque a une 
raison d'en vouloir à Damétas; il l'interpelle et l'injurie; Da- 
métas, à son tour, lui reproche de vilaines actions ; puis, 
comme Ménalque lui conteste le talent des vers et du chant, 
il le provoque à- une lutte poétique. Le défi accepté et 
l'accord fait sur des enjeux, on prend pour juge Palémon, 
propriétaire voisin, qui vient d'arriver avec des esclaves 
pour donner des soins à ses prairies. 

Les vers 6(T*à 107 sont consacrés à un chant amébée entre 
les deux rivaux : 24 distiques, 12 pour chacun. On nomme 



nir, on suspendait au joug le soc 
renversé de la charrue (elle n'avait 
pas de roues) ; — jv.go ablatif ins- 
trumenta!. 

1. Quae ie dementia cepit cl 6, 
47;voy. aussi,- pour Corydon ré- 
pété, Théocr. il, 72 : & kûxAw'^, 
KùxXw4>. 

2. Semiputata seui exemple de 



l'emploi de ce mot ; — frondosa 
l'ormeau le long duquel grimpera 
vigne a besoin aussi d'être taillé. 

3. Potins se rattache à quin; 
ef.j pour ce v. et le suiv. Théocr. 
11, 73 suiv. 

4. Fastidit l'indicatif, car le fait 
est réel ; cf. pour ce vers. Théocr. 
11, 76. 



16 



LES BUCOLIQUES. 



ainsi un chant formé de couplets alternés, du même nombrô 
de vers, où le second des improvisateurs doit se maintenir 
dans le même sujet que le premier, soit en contredisant, 
soit, plus souvent, en enchérissant. Le premier est libre de 
suivre dans plusieurs couplets successifs une même idée, ou 
bien d'en changer brusquement, conditions défavorables pour 
le second. 

Palémon (v. 108 suiv.) déclare que les deux: chanteurs se 
valent et sont dignes d'un prix l'un et l'autre ; jugement 
inattendu et un peu singulier. La scène se passe en été 
(v. 55 suiv. et 111), vers la fin de la journée, et le paysage 
évoque les rives du Mincio et les environs d'Andes. 

Cette Bucolique (deuxième en date, 42 av. J.-C.) s'inspire 
des Idylles 5 et 4 de Théocrite; à la cinquième, elle emprunte 
le cadre et l'aspect général: à la quatrième, certains détails. 
On y relève aussi des traits pris à la 8 e Idylle. 

Mais, tandis que, dans la 5 e Idylle, Lacôn et Comatas im- 
provisent en bergers leur chant amébée et le remplissent 
des réalités de leur vie, Damétas et Ménalque se transforment 
en poètes d'art dont la rivalité, à travers de nobles et char- 
mantes fantaisies, n'est plus qu'émulation littéraire; ce qui 
n'empêche pis, dans la première partie (v. là 55), que la 
différence entre les caractères ne soit bien observée et main- 
tenue : le jeune Ménalque provoquant et emporté; Damétas, 
plus sage, expérimenté et mieux maître de lui. 



MENALCAS. 

Die mihi, Damoeta, cujum 1 pecus? an 2 Meliboei? 



1. Cujum ancien pronom inter- 
rogatif et possessif, n'est pas rare 
chez Plaute et Térence; se mainte- 
nait encore, à l'époque d'Auguste, 
dans l'usage des campagnes, comme 
le montrent des vers cités par Do- 
nat où l'on raille Virgile de l'avoir 
employé. Mais il se trouve aussi 
chez C\cér. (Verr. 2" Act. I,i42) cer- 
tainement par reproduction d'uiré' 
formule juridique": cuja res sit, 
cujum periculum, et ce doit être 
comme locution du droit que Vir- 



gile l'introduit ici. Ses bergers s'ex- 
priment toujours dans une langue 
pure et littéraire; on ne voit pas 
pourquoi il aurait fait ici une excep- 
tion, tandis que, de la part du pro- 
vocateur Ménalque, une affectation 
de langage marquant que Damétas 
n'est pas propriétaire, paraît tout 
à fait à sa place. — Pour ce v. et le 
suiv., cf. Théoc. 4, 1 suiv. 

2. An régulier en tète d'une se- 
conde partie d'une interrogation, 
cf. 9, 1. 



TROISIEME BUCOI ,IQl : E. 



17 



DAMOETAS. 

Non, verum Aegonis; nuper 1 mihi tradidit Aegon. 

MENALCAS. 

Infelix o semper, oves. pecus 2 ! ipse Neaeram 
Dum fovet, ac ne mr> sibi praeferat illa, veretur, 
Hic alienus oves custos bis tnùlget in hora 5 ; 
Et Sfuccus pecori et 4 lac subducilur agnis. 

DAMOETAS. 

Parcius ista viris 5 tamen obicienda mémento. 
Novimus et qui te 6 , transversa 7 tuentibus hircis, 
Et quo (sed faciles Nymphae risere) sacello 8 . 

MENALCAS. 

Tum, credo 9 , cum me arbustum videre 10 Miconis 
Atque mala vites incidere falce novellas. 

DAMOETAS. 

Aut hic ad veteres fagos 11 cum Daphnidis arcum 



10 



1. Nuper ce (l'est que récemment 
qu'Egon a renoncé à conduire lui- 
même ses brebis; voilà pourquoi 
Ménalque les prenait pour celles 
d'un autre propriétaire. 

2. Infelix... pecus en apposition 
à oves, cf. Géorg. IV., 168. — sem- 
per ce troupeau sera toujours mal- 
heureux : Egon, plus occupé de 
Néère que de ses brebis, les laissera 
aux mains de cet étranger (v. 5) qui 
n'a aucun intérêt à en prendre soin. 

3. Bis... in hora deux fois par 
heure — au heu de deux fois par 
jour tout au plus (Servius) — ; 
Ménalque exagère. 

4. Pecori et Métr. n° 8. 

5. Viris Damétas traite Ménalque 
en enfant qui devrait au moins res- 
pecter un homme. 

6. Te le verbe, dont ce pronom est 
le régime, est l'ojbet d'une ellipse; 



Damétas, en évitant de le pronon- 
cer, donne à Ménalque une leçon 
de convenance et du même coup 
fait entendre qu'il s'agit d'une 
vilaine action. 

7. Transcersa adjectif pluriel 
neutre jouant un rôle adverbial, cf. 
En. IV, 467, torva tuentem. 

8. Sacello quelque petit sanc- 
tuaire rustique consacré aux Nym- 
phes, probablement une grotte ; — 
sed faciles les Nymphes sont in- 
dulgentes; mais, en le notant, Da- 
métas jette le ridicule sur Ménal- 
que. 

9. Tum, credo... Ménalque, par 
ironie, s'attribue un acte malhon- 
nête de Damétas. 

10. Videre le sujet est Nyni- 
phae, v. préc. ; — arbustum le 
jeuneormeau qui soutenait la vigùe. 

il. Hic ad... fagos, voy.p. 6, n. 8* 



VIRGILE, 



18 



LES BUCOLIQUES. 



Fregisti et calamos 1 : quae tu, perverse Menalca, 
Et, cura vidisti puero 2 donata, dolebas, 
Et, si non aliqua nocuisses, mortuus esses. 

MENALCAS. 

Quid domini faciant 3 , audent cum talia fures? 
Non ego te vidi 4 Damonis, pessime, caprum 
Excipere insidiis, multum latrante Lycisca 5 ? 
Et cum clamarem : « Quo nunc se proripit ille? 
ïityre, coge pecus ! » tu post carecta latebas. 

DAMOETAS. 

An 6 mihi cantando victus non redderet ille, 
Quem mea carminibus meruisset 7 fistula caprum? 
Si nescis 8 , meus ille caper fuit; et mihi Damon 
Ipse fatebatur; sed reddereposse negabat 9 . 

MENALCAS. 

Cantando tu illum 10 ? aut umquam tibi fistula 11 
Juncta fuit? non tu in triviis, indocte, solebas [cera 



15 



20 



25 



4. Calamos, les flèches ; cf. 
Hurace Odes I, 15, 17. 

2. Puero, Daphnis, v. 12. 

3. Quid domini faciant... que 
feraient les maîtres (pour se dé- 
fendre) quand des voleurs ont une 
audace telle? — talia porte sur ce 
qui suit. 

4. Non ego te vidi, « je ne t'ai 
pas vu? » tour plus vif que ne 
serait: Ne t'ai-je pas vu? — Cf. 
la note 7 de la page 10. 

5. Lycisca, nom du chien de 
Tityre, qui gardait le troupeau de 
Damon. 

6. An, cf. page 16, note 2; ici, 
la première partie de l'interrogation 
n'est pas exprimée : (N'était-ce pas 
un vol) ou fallait-il que, vaincu, il 
ne me remît pas le chevreau que 
j'avais gagné? 



7. Meruisset le subjonctif à 
cause de redderet dans la proposi- 
tion principale. 

8. Si nescis si tu ne le sais pas, 
pour dire : sache-le. 

9. Reddere — negabat le sujet 
de la proposition infinitive, se, 
n'est pas exprimé, comme cela a 
lieu souvent en poésie quand il est 
le mèmeque celui de la proposition 
principale. Les raisons qu'invoquait 
Damon pouvaient être analogues à 
celles que donne Ménalque, v. 32 
suiv. 

40. Tu illum (s. ent. vicisti, cf. 
vers 21 victus) rapprochement d'une 
heureusevivacité:Toi,lui?Cf. 8,26. 

14. Fistula la flûte savante, for- 
mée de plusieurs tuyaux joints à la 
cire, à laquelle Ménalque va opposer 
(v. 27) la stipulai chalumeau fait 



TROISIÈME BUCOLIQUE. 

Stridenti miserum stipula disperdere 1 carmen? 



19 



DAMOETAS. 



Vis ergo 2 , inter nos, quid possit uterque, vicissim 
Experiamur? Ego hanc vitulam 3 (ne forte récuses', 
Bis venit ad mulctram, binos alit ubere fétus) 30 

Depono : tu die mecum quo pignore certes. 

MENALCAS. 

De grege non ausim 4 quicquam deponere tecum : 
Est mihi namque 5 domi pater, est injusta noverca, 
Bisque die numerantambo pecus, al ter 6 et haedos. 
Verum, id quod multo tute ipse fatebere majus 35 
(Insanire libet quoniam tibi), pocula ponam 
Fagina, caelatum divini opus Alcimedontis 7 ; 
Lenta quibus torno facili superaddita vitis 
Diffusos hederavestit pallente corymbos 8 . 
In medio 9 duo signa, Gonon, et... quis fuit alter 10 , 40 



d'une seule tige, instrument gros- 
sier. 

1. Disperdere- mot. rare; chez 
Virgile, ne se trouve qu'ici. 

2. Vis ergo cf. page préc, n. 4; 
plus pressant que visne ou vin, 
nuance de mépris: Tu veux donc... ? 

3. Ego hanc vitulam... cf. 
Théocr. 5, 21 suiv. et 8, H suiv. 
Exactement, vitula c'est la génisse 
qui n'a pas encore un an ; cepen- 
dant, voy. Géorg. IV, 299, viiu- 
lus pour un taureau de deux ans. 

4. Ausim = audeam condi- 
tionnel en français; avec/acco, c'est 
la seule survivante des anciennes 
formes futures en — so (indicatif), 
— sim (subjonctif), — sere (infi- 
nitif). 

5. Namque voy. page 3, note 9. 

6. Alter = alteruter. 

7. Alcimedoniis on ignore si 
ce nom est supposé par Virgile ou 
si c'est celui de quelque ciseleur 
célèbre alors. 



8. Superaddita... corymbos la 
vigne revêt en partie, parce que ses 
feuilles sont plus grandes ou plus 
en relief, les grappes du lierre; 
hedera pallente dépend de diffu- 
sos; l'épitliète pallente, qui s'ap- 
plique aux couleurs sans éclat, ne 
convient qu'au- lierre naturel, cf. 
p. 57, n. 4, non à celui que l'artiste a 
figuré dans le bois. — Cf. chez 
Théocr. 1, v. 27 à 60, la description 
d'une coupe où il y a bien de la sur- 
charge et de la recherche; le goût, et 
la vraisemblance qui est une preuve 
de goût, sont du côté du poète latin. 

9. In medio (de même v. 46) 
sur le tour extérieur, dans une 
place laissée libre par le feuillage. 

10. Conon, et... aller Conon 
célèbre astronome originaire de 
Samos, m siècle avant J.-G. ; 
<f l'autre », que Ménalque désigne 
par une périphrase faute de retrou- 
ver son nom, serait, d'après Ser- 
vius, Eudoxe de Cnide, auteur do 



20 



LES BUCOLIQUES. 



Bescripsit radio 1 totum qui gentibus orbem, 
Tempora 2 quae messor, quae curvus 3 arator baberet? 
Necdum illis labra admovi, sed condita servo 4 . 

DAMOETAS. 

Et nobis idem Àicimedon duo pocula feeit, 

Et molli circum est ansas amplexus aeantho kb 

Orpheaque in medio posuit silvasque sequen-tes. 

Necdum illis labra admovi. sed condita servo; 

Si ad vitulam spectas 5 , nihil s@tî quod pocula laudes, 

menalcas, [vocaris 7 . 

Numquam hodie 6 effugies; veniam quocumque 
Audiathaec tantum...vel qui venit, ecce, Palaemon 8 . 50 
Efficiam, posthac 9 ne quemquam voce lacessas. 

DAMOETAS. 

(juin âge, siquid habes 10 : in me mora non erit ulla, 
Nec quemquam fugio ; tantum, vicine Palaemon, 



d)3tivô[j.ôva, antérieur d'un siècle 
à Comm. 

1. fiadio la baguette qui servait 
de compas pour tracer des figures 
sur la cuuche de sable dont on re- 
couvrait une dalle posée à terre; 
— gentibus (même v.) datif d'a- 
vantage, 

2. Tempora. LesOa(,vd[4.eva(voy . 
n, 10 de la p. 19, à la fin) étaientun 
poème didactique rendant des ser- 
vices analogues à ceux d'un alma- 
nach, 

3. Curvusle laboureur se courbe 
sur la terre pour la travailler. 

4. Necdum — sei*vo cf. Théocr. 
1 1 59 , le même vers va être répété 
par Damétas, y. 47 ; intention 
d'ironie? ou simplement pour dire 
que ses coupes valent, de toute 
manière, celles de Ménalque? 

b. Si ad vitulam.. , ce vers 
montre que Damétas maintient 



comme enjeu la génisse offerte, 
V. 29 suiv. ; cf. v. 109. 

6. Nunquam hodie, se lit 
aussi En. II, 670; chez Névius, 
Plaute, Térence ; numquam ja- 
mais = pas du tout, comme dans le 
français familier. 

7." Quocumque vocaris c'est-à- 
dire dans quelques conditions quo 
tu me propose la lutte. 

8. Audiat liaec tantum, vel... 
ayons seulement un auditeur (= un 
Juge), si tu veux (— par exemple) 
Palémon que voici. Le sujet que 
Ménalque allait donner à audiat, 
tel que pasior aliquis, se trouve, 
par suite de l'apparition de Palémon, 
remplacé par le nom de ce dernier. 

9. Posthac appartient à la pro- 
position commandée par ne. 

10: Quin âge siquid habes (sup- 
pléez canendum, de même que plus 
loin 9, 32) \ cf. Théocr. 5, 78 ; quîn 



TROISIÈME BUCOLIQUE. 21 

Sensibus haec imis, res est non parva 1 , reponas. 



PALAEMON. 



Dicite, quandoquidem in molli consedimus ïierba. 
Et nunc omnis ager, nunc omnis parlurit arbos, 
Nunc frondent silvae, nunc formosissimus annus 2 . 
Incipe, Damoeta 5 ; tu deinde sequere, Menalca. 
Altérais dicetis, amant alterna Camenae. 



DAMOETAS. 



Ab Jove principium, Musae*; Jovis omnia plena. 
Ille colit 5 terras; illi mea carmina curae. 



60 



MENALCAS. 



Et me Phoebus amat; Phoobo sua semper apud me 
Munora sunt, I.auri et suave rubens hyacinthus 6 . 



rend l'invitation plus pressante et 
rompt avec ce qui précède; Damétas 
a hâte d'en finir. 

i. lies est non parva l'allusion 
ne porte pas sur la valeur du prix 
risqué (la génisse, v. 29 suiv.) ; ce 
qui préoccupe Damétas, c'est le ju- 
gement dont son talent va être 
l'objet; — sensibus ablatif de lieu; 
en prose, in sensibus, 

2. Nunc formosissimus annus 
c'est à présent que l'année est dans 
toute sa beauté; c'est le moment le 
plus beau de l'année. Il est inutile, et 
même inexact, de dire que « année » 
est mis ici pour « saison » (pas 
plus que En. VI, 311). 

3. Incipe, Damoeta Damétas, 
dans son impatience, avait offert à 
Ménalque de le laisser commencer; 
d'après les règles du chant amébée, 
auquel des deux adversaires cet 
avantage devait-il appartenir ? C'est 
Ménalque qui a suscité la querelle 
en injuriant le premier Damétas, 



dès le v. 3; d'autre part, c'est celui- 
ci, v. 28, qui a provoqué son rival à 
un duel poétique. D'ailleurs, Palé- 
mon ne sait pas ce qui s'est .passé 
entre eux : il semble donc qu'en 
donnant la parole à Damétas, il le 
fait à cause de son âge, peut-être de 
sa réputation. 

4. Ab Jove principium, Mu- 
sae cf. Théocr. 18, 1 'Ex A'.ôç 
àpyé\xsda, fxotaou; voy. aussi Ara- 
tos Phaen., 1, 4. 

5. Colit dans le sens de curât, 
comme le montre le second hémis- 
tiche. 

6. Phoebo sua — hyacinthus 
Daphné et Hyacinthe, métamor- 
phosés, la première en laurier, le 
second en la fleur qui porte son 
nom, furent aimés d'Apollon (Phé- 
bus). — Pour lauri et, Métr. n. 8 ; 
— suave rubens, cf. 4, 43, emploi 
adverbial de l'adjectif neutre, usage 
surtout poétique, cf, Horace, Odes, 
1,22, 23 suiv. 



22 



LES BUCOLIQUES. 

DAMOETAS. 



Malo me Galatea petit 1 , lasciva puella, 
Et fugit ad salices et se cupit ànte videri. 



65 



MENALCAS. 



At mihi sese offert ultra, meus ignis, Amyntas 2 , 
Notior ut jam sit canibus non Délia 5 nostris. 

DAMOETAS. 

Parta meae Veneri 4 sunt munera; namque notavi 5 
Ipse locum, aeriae quo congessere palumbés 6 . 

MENALCAS. 

Quod potui, puero 7 silvestri ex arbore lecta 

Aurea 8 mala decem misi; cras altéra mittam. 70 

DAMOETAS . 

quotiens et quae nobis Galatea locuta est ! 
Partem aliquam, venti, divom referatis ad aures. 

MENALCAS. 

Quid prodest quod me ipse animonon spernis, Amynta, 
Si, dum tu sectaris apros, ego retia servo 9 ? 75 



i. Malo me... petit cf. Théocr. 
5, 88 ; la pomme était consacrée à 
Vénus; Galatea une bergère, non 
une nymphe. 

2. Amyntas un jeune berger, 
compagnon de chasse de Ménalque, 
voy. v. 75. 

3. Délia Diane, née à Délos, 
déesse de la chasse ; cf. 7, 29. 

4. Meae Veneri « mon amour » 
pour dire : celle que j'aime; cf. 
meus ignis, v. 60. 

5. Notavi = animadverti j'ai 
noté l'endroit dans ma pensée, je 
l'ai fixé dans ma mémoire; cf. 
Géorg. III, 100, et En. V, 648. 

6. Congessere (nidum) ; — 



aeriae les ramiers ou pigeons sau- 
vages, palumbés, nichent très haut, 
ce qui accroît le mérite de Damétas 
à cause de la difficulté de les attein- 
dre ; cf. le quod potui de Ménalque 
au v. suiv. : lui aussi a fait une 
chose très difficile. 

7. Puero Amyntas, voy. plus 
haut v. 66. 

8. Aurea de toute beauté; mala 
decem cf. Théocr. 3, 10; — al- 
téra un second envoi pareil, dix 
autres. 

9. Retia servo demeurer en 
observation devant les fdets est un 
rôle peu agréable, par conséquent 
une preuve de complaisance. 



TROISIÈME BUCOLIQUE. 23 

DAMOETAS. 

Phyllida mitte mihi; meus est natalis 1 , Iolla 2 . 
Cum faciam 3 vitula pro fru gibus, ipse venito. 

MENALCAS. 

Phyllida amo ante alias ; nam me discedere flevit, 
Et longum 4 « Formose, vale, vale-, » inquit, Iolla 5 . 

DAMOETAS. 

Triste 6 lupus stabulis, maturis frugibus imbres, 80 
Arboribus venti, nobis Amaryllidis irae. 

MENALCAS. 

Dulce satis 7 umor, depulsis 8 arbutus haedis, 
Lenta salix feto pecori, mihi solus Amyntas. 

DAMOETAS. 

Pollio amat nostram, quamvis 9 est rustica, musam ; 



4. Natalis jour de naissance au 
sens d'anniversaire, comme chez 
Tibulle II, 2, 1, et certainement 
aussi chez Lygdamus 5, 17. 

2. Iolla un berger qui avait 
Phyllis pour amie ou servante. 

3. Faciam le verbe facere, 
comme (5éÇet,v ou è'pôeiv, pris abso- 
lument pour dire « faire un sacri- 
fice », sans doute parce que c'est 
l'acte par excellence ; facere pro 
frugibus était la formule du rituel : 
— vitula ablatif d'instrument. Il 
s'agit de la fête champêtre des Am- 
barvales, qui avait lieu au mois de 
mai, et pendant laquelle on devait 
observer l'abstinence et la gravité, 
tandis qu'un anniversaire était occa- 
sion de joie et de plaisir; on voit 
toute l'ironie de ce distique à l'égard 
d'Iollas. 

4. Longum ou c'est un adjectif 
neutre qualifiant l'adieu exprimé 



par les mots formose vale, vale, et 
cela veut dire un adieu prolongé; 
ou c'est un équivalent de longe : 
elle lui dit adieu « au loin » 
(même quand il était déjà loin); 
faible nuance entre les deux sens. 

5. Iolla correspond à Iolla du 
v. 76; Ménalque s'adresse à Iollas, 
comme Damétas vient de le faire ; 
il suit ainsi l'usage des chants 
amébées; — vale, pour la finale 
abrégée, tandis que dans le premier 
vale, elle demeure longue, voy. 
Métr. n. 9. 

6. Triste... pour ce vers et le 
suiv., cf. Théocj-. 8, 57 suiv. 

7. Salis participe passé neutre 
de sero, sévi, pris substantivement : 
les terres ensemencées. 

8. Depulsis suppléez a maire, 
a lacté ou ab ubere : sevrés. 

9. Quamvis avec l'indicatif, 
langue de la poésie. 



24 LES BUCOLIQUES. 

Piérides, vitulam lectori 1 pascite vestro. 



85 



MENALCAS. 



Pollio et ipse facit nova carmina 2 ; pascite taurum, 
Jam cornu petat et pedibus qui 3 spargat harenam. 



DAMOETAS. 



Qui te, Pollio, amat,'veniat quo te quoque gaudét*! 
Mella fluant illi, ferat et rubus asper amomum 5 . 



MENALCAS. 

Qui Bavium non odit, amet tua carmina, Maevi 6 , 
Atque idem jungat vulpes et mulgeat hircos 7 ! 

DAMOETAS. 

Qui legitis flores et humi nascentia fraga, 



90 



1. Lectori ne dit pas la même 
chose que legenli ; ce n'est pas celui 
qui lit pour lui-même, le lecteur au 
sens où nous le prenons d'ordi- 
naire; c'est celui qui lit aux autres, 
qui fait connaître une œuvre par la 
lecture qu'il en donne. Lector, à la 
différence de legens qui marque un 
acte isolé, indique une habitude, 
une sorte de profession. Damétas 
parle ici de Pollion, comme Furius 
Bîbaculus le' fait de Valérius Caton 
quand il dit de lui dans une épi- 
gramme: legit ac facit poetas. — 
Piérides les Muses, ainsi nommées 
à cause des monts de la Piérie, 
dans le S. E. de la Macédoine, 
région consacrée par les légendes et 
le culte. 

2. Nova carmina des vers nou- 
veaux; en quoi consiste cette nou- 
veauté ? On peut ne voir là qu'une 
épithète délicate pour dire que le 
talent de Pollion est bien person- 
nel; peut-être aussi, à cause des 
noms de Bavius et de Mévius qui 
paraissent aussitôt avec blâme 



(v. 90), est-ce une allusion en 
faveur de la jeune école protégée 
par Pollion. Celui-ci était surtout 
un poète tragique, voy. 8, 10 ; cf. 
Horace, Odes II, 1, 9 suiv. et Sal. 
I, 10, 42. 

3. Qui après cinq mots de la 
phrase, parmi lesquelspeta*, un des 
verbes dont il est le sujet ; cf. p. 3, 
n. 9. 

4. Quo te quoque gaudet sup- 
pléez venisse : que celui qui aime 
Pollion parvienne à la même heu- 
reuse destinée (que lui)! — S'agit-il 
du bonheur en général ou du talent 
et de la réputation du poète? Vir- 
gile demeure dans le vague; il n'y a 
donc pas heu de chercher une préci- 
sion qui ne serait jamais une certi- 
tude. 

5. Amomum plante de l'Inde 
précieuse par son parfum et à cause 
de sa rareté; cf. 4, 25. 

6. Bavium... Maevi deux 
poètes ennemis de Virgile ; pour le 
second, voy. Horace, la 10° EpGde, 

7. Jungat,,. atteler (à la char- 



TROISIÈME BUCOLIQUE, 25 

Frigidus, o pueri! fugite hinc, latet anguis 1 in herba. 

MENALCAS. 

Parcite, oves, nimium procedere 2 : non bene ripae 



Creditur; ipse aries etîam nunc vellera siccat 5 



95 



DAMOETAS. 



Tityre, pascentes a flumine reice 4 capellas; 
Ipse, ubi tempns erit 5 , omnes in fonte lavabo. 

MENALCAS. 

Cogite oves, pueri; si lac praeceperit 6 aestus, 
Ut nuper, frustra pressabimus ubera palmis. 

DAMOETAS. f erv0 7 | 100 

Heu, heu ! quam pingui macerest mibi taurus in 
Idem amor exitium est pecori pecorisque magistro. 

MENALCAS. 

His 8 certeneque 9 amor causa est ; vixossibus 10 haerent. 
Nescio quis teneros oculus mihi fascinât agnos. 



rue) des renards et traire des boucs, 
locutions plus ou moins prover- 
biales pour signifier des choses 
absurbes et impraticables. 

i. Frigidus... anguis, cf. 
Théocr. 15, 58 tpuXPÔV ô'cpiv. 

2. Parcite... procedere sens de 
parce équivalent à noli, et cons- 
truction avec un infinitif régime, cf. 

n. III, 42. ..«_ 

3. Ipse aries... le bélier lui- 
même, bien que vigoureux et expé- 
rimenté, a pris un bain malgré lui. 

4. Reice Métr. n° 3. 

5. Erit Métr. n" 5. 

6. Praeceperit a pris d'avance, 
a desséché le lait avant qu'on eût à 
ie traire. _ 

7. Ervo l'ers,- plante légum> 



neuse ; pour ce vers, cf. Théocr. 4, 

20. 

8. His Ménalque désigne, du 
geste ou du regard, des agneaux 
(voy. v. suiv, agnos), imaginaires 
comme le taureau du v. 100, comme 
l'esclave Tityre du v. 96. 

9. Neque pris au sens rare, mais 
non sans exemple, dene... quidem; 
cf. Horace Sat. II, 3, 262 nec, 
on trouve en grec un usage analo- 
gue de duôé. 

40. Ossibus ablatif; ils se tien- 
nent à peine à leurs os (haerere 
prend l'ablatif dans cette construc- 
tion) ; « à peine » c'est-à-dire seule- 
ment par la peau, n'ayant plus de 
muscles; ils n'ont tout juste que la 
peau et les os. • 



26 



LES BUCOLIQUES. 

DAMOETAS. 



Die quibus in terris (et eris mihi magnus Apollo) 
Très pateat caeli spatium non amplius ulnas 1 . 



105 



MENALCAS. 



Die quibus in terris inscripti nomina regum 
Nascantur flores 2 , et Phyllida solushabeto. 



PALAEMON. 



Non nostrum iuter vos iantas componere lites ; 
Et vitula 3 tu dignus et hic, etquisquis amores 
Autmetuet dulces, aut experietur amaros 4 . 
Claudite 5 jam rivos, pueri : sat prata biberunt. 



110 



4. Très... ulnas dans ce vers, 
au témoignage de l'Antiquité, Vir- 
gile parle par énigme et jeu de mots ; 
il aurait lui-même donné à Cornifi- 
cius et à Asconius Pédianus la clef 
de ce passage : ce serait une allusion 
à un certain Caelius, de Mantoue, 
qui avait dissipé son patrimoine et 
n'en avait gardé que l'espace de son 
tombeau, trois coudées; — le mot 
ulna paraît désigner la même lon- 
gueur que cubitus, soit 44 cm. en- 
viron. 

2. Inscripti... fores cf. Théocr. 
10, 28 Yponrxà ôar-uvOoc; ; les An- 
ciens découvraient sur les pétales de 
l'hyacinthe les lettres grecques A et 
I par où commencent lenomd'Ajax, 
Al'aç, ou encore Y, initiale de 
Tàxiv8oç, nom d'un favori d'Apol- 
lon. L'un et l'autre, Ajax fils de 
Télamon, et Hyacinthe, fils d'un roi 
de Lacédémone, étaient des reges, 
des princes; cf. chez Homère Ba<n- 
Xfjsç, pris de même. 

3. Vitula Palémon nomme 



des deux enjeux le plus impor- 
tant. 

4. Et quisquis — amaros Pa- 
lémon juge dignes également du 
prix Ménalque et Damétas et avec eux 
toutautre qui connaîtra le charmeet 
les tristesses de l'amour assez pour 
en parler aussi bien qu'eux. On peut 
donc traduire, comme Cabaret- 
Dupaty : «... Tout berger qui re- 
doutera les douceurs ou éprouvera 
les amertumes de l'amour ». La 
sentence de Palémon n'en demeure 
pas moins un peu singulière : il n'a 
jamais suffi de connaître les pas- 
sions pour les chanter; il y faut 
encore le talent et le métier. Sur- 
tout l'expression metuere dulces 
amores, plus encore l'idée, est 
subtile et surprend : on la rapproche 
de omnia tuta timens, En. IV, 
298 ; mais ces derniers mots sont 
bien plus clairs. 

5. Claudite... Palémon donne 
cet ordre à des esclaves venus avec 
lui pour arroser les prés. 



QUATRIÈME BUCOLIQUE. « 



IV 



Le poète annonce que, tout en demeurant dans le genre 
pastoral, il va traiter un sujet, prendre un ton digne d'un 
consul; s'adressant à Pollion (qui était consul cette année- 
là (40 av. J.-C), il prédit le retour de l'âge d'or parce qu'un 
enfant divin va naître qui gouvernera le monde et en fera 
disparaître le mal antique. 

Dès sa naissance, la terre s'embellira: il n'y aura plus 
d'animaux dangereux, de plantes vénéneuses. A son adoles- 
cence, un progrès s'accomplira : la terre produira sans cul- 
ture, l'humanité se nourrira sans travail ; mais il y aura 
encore des guerres, des expéditions lointaines, des traces du 
mal d'autrefois. Quand l'enfant sera parvenu à l'âge mûr, les 
derniers vestiges de la vieille misère disparaîtront : toute la 
terre ne sera qu'un jardin; rien ne troublera plus le bonheur 
universel. Puisse Virgile vivre assez pour chanter cette 
œuvre magnifique, et que dès maintenant l'enfant, par qui 
elle s'accomplira, récompense d'un 'sourire les fatigues de sa 
mère! 

Tout le poème se déroule dans une langue oratoire, en 
des vers pathétiques et s'enveloppe de mystère et d'ombre; 
l'obscurité ne vient pas d'une expression imparfaite et d'une 
défaillance du talent ; elle est une conséquence du caractère 
de prophétie. Le poète, qui est bien ici un vates, ne peut 
révéler clairement un avenir que lui-même ne fait qu'en- 
trevoir; la forme n'est pas imprécise, c'est le fond qui se 
perd dans une brume dorée. 

Virgile a mis à profit les prédictions Sibyllines et les doc- 
trines Étrusques. La conception, à laquelle il semble s'arrê- 
ter, c'est que la vie du monde se divise en grandes périodes 
composées elles-mêmes chacune de huit ou dix âges ou 
longs siècles, qu'à la fin de chaque période les astres se 
replacent où ils étaient au début, que l'histoire alors recom- 
mence et que les événements se reproduisent dans le même 



28 LES BUCOLIQUES. 

ordre. A chaque période préside une divinité; Saturne pré- 
side au premier âge qui est l'âge d'or; et comme, avec la 
naissance de l'enfant, une nouvelle période va commencer, 
c'est l'âge d'or qui va d'abord reparaître. Il est intéres- 
sant de constater là une négation du progrès, puisque le 
bonheur pour l'humanité consisterait à revenir au point de 
départ. 

Qui est cet enfant? Très probablement Àsinir.s Gallus, fils 
de Pollion. Saint Jérôme et Macrobe ne le mettent pas en 
doute ; Asconius Pedianus tenait de la bouche même d'Asi- 
nius Gallus qu'il s'agissait bien de lui. Pollion, surtout à ce 
moment, au lendemain de la paix de Brindes (cf. v. 17), était 
un personnage considérable; et il ne faut pas perdre de 
vue que la pièce lui est dédiée. En vain prétend-on tirer 
une objection du v. 11, à cause de te consule; c'est, dit- 
on, te pâtre qu'on attendait, car il était plus glorieux encore 
d'être le père d'un tel enfant que de le voir naître sous 
son consulat; il se peut (et encore, au point de vue public, 
n'oublions pas l'importance du consulat) ; mais, c'est une 
manière de marquer une date, et même il n'y en avait pas 
d'autre. 

Quant à l'opinion, défendue avec esprit par Boissier {La 
Religion romaine, t. I, p. 257, en note) que Virgile aurait 
en vue l'enfant attendu à ce moment par Octave et Scribonie 
(et qui devait être Julie), elle se heurte à trop d'obstacles. Le 
poète aurait fait preuve de beaucoup d'imprudence et de 
naïveté en n'attendant pas d'être sûr que l'enfant serait un 
fils: et même il résulte d'une élude attentive du texte que 
l'enfant était déjà né quand Virgile écrivait ces vers (voy. en 
effet. Cartault. Et. sur les Bac. de Virg.. p. 227); mais, 
par-dessus tout, il serait étrange que Virgile eût dédié à 
Pollion un poème où il eût célébré, comme apportant le salut 
au monde, un enfant sorti d'aine autre famille que la sienne; 
et de quelle famille? de celle d'Octave,., alors que Pollion 
était un partisan d'Antoine ! 

Les chrétiens, saint Augustin, Constantin, le moyen âge 
ont cru reconnaître le Christ dans cet enfant immortel annoncé 
par Virgile ; pris à la lettre, cela est insoutenable, puisque 
ïe Christ n'est pas venu au monde sous le consulat, de 
Pollion. Mais l'idée n'était pas absurde en elle-même ; il y 



QUATRIÈME BUCOLIQUE. 



29 



brille, au fond, une étincelle de vérité, puisqu'il y a, dans le 
poème, attente et promesse du Sauveur, et que, peu de 
temps après, il parut en effet sur la terre. On sait combien 
l'àme de Virgile était religieuse et toute disposée à s'ouvrir 
au christianisme; on trouve chez lui, à plusieurs reprises, 
lidée, qui n'est pas non plus étrangère à Horace, l'idée 
chrétienne que l'humanité a commis jadis une faute, que le 
Ciel veut qu'elle l'expie, et qu'elle doit consentir à cette 
expiation. Il n'est donc pas impossible que, dans la vision 
du poète, il y ait eu, alors mémo qu'il songeait au fils de 
Pollion, pressentiment confus et voilé du Sauveur qui devait 
venir quarante ans pius tard. 



Sicelides Musae 1 , paulo majora canamus ! 
Non omnes arbusta juvant humilesque myricae 2 : 
Si canimus s'il vas, silvae shtf consule dignae. 
Ultima Cumaeivenit jam carminis 5 aulas; 
Magnus ab' integro 4 saeclorum nascitur ordo. 
J;im redit et Virgo 5 , redeunt Saturnia rogna, 
Jam nova progenies caelo demittitur alto 6 . 
Tu modo nascenti puero, quo 7 ferrea primum 



1. Sicelides Musae Muses de la 
Sicile, c. à d. de Théocrite et de la 
poésie pastorale. 

2. Myricae les tamaris, plantes 
des bords de rivière et des marais, 

■•consacrées à Apollon que parfois 
on nommait pvjpixaio; ou [xupt- 
ttivo; et que Ton représentait en 
tenant une branche dans la main. 
Le tamaris était, comme le lierre, 
un emblème de poésie plus modeste 
que le laurier. 

3. Cumaei.... carminis la pré- 
diction de Cumes; des Sibylles, 
celle de Cumes était la plus célèbre; 
pour ultima aetas et lo v. suiv., 
voy. l'Arg. 

4. ab integro entièrement à nou- 
veau, tout étant remis en l'état du 



point de départ, comme si rien ne 
s'était passé, voy. l'Arg.; on disait 
ordinairement ex ou de integro, 

5. Virgo Astrée ou Ar/.T) (Géorg, 
II, 474 Juslitia), Qlle de Zeus et 
de Thémis. Pendant l'âge d'or, elle 
habitait la terre ; dans l'âge de fer, 
elle remonta au ciel et prit place 
parmi les constellations; c'est alors 
qu'elle reçut le nom d'Astrée ou la 
Vierge; — pour Saturnia régna, 
voy, l'Arg. 

6. Caelo... alto des hauteurs du 
ciel, ablatif de provenance; cf. De 
nat. rer.U, 1153, où Lucrèce raille 
le vieux mythe qui représentait la 
génération de l'âge d'or descendant 
du ciel à l'aide d'une corde. 

7. Quo (nascente). 



30 



LES BUCOLIQUES. 



Desinet ac toto surget gens-aurea 1 mundo, 

Gasta fave Lucina 2 : tuus jam régnât Apollo 3 . 10 

Teque adeo 4 decus hoc aevi,. te consule, inibit, - 

Pollio, et incipient magni procedere menses 5 

Te duce 6 . Siqua manent sceleris vestigia nostri 7 , 

Irrita perpétua solvent formidine terras. 

Ille deum vitam 8 accipiet, divisque videbit 15 

Permixtos heroas et ipse videbitur 9 illis 

Pacatumque reget patriis virtutibus 10 orbem. 

At 11 tibi prima, puer, nullo munuscula 12 cultu 

Errantes hederas passim cum baccare 13 tellus 

Mixtaque ridenti colocasia 14 fundet acantho. 20 



1 . Gens aurea (et ferrea v. préc.) 
les races d'or, de fer pour dire les 
hommes de l'âge d'or ou ceux de 
l'âge de fer; cf. Cicér.De nal.deor. 
II. 159 : ab illo aureo génère, ut 
poelae loquunlur: voy. aussi 
Géorg. II, 538 aureus Saturnus ; 
Théocr. 12, 15 /pùcetoi dvôpsi». 

2. Lucina déesse des enfante- 
ments, assimilée tantôt à Diane, 
comme ici, tantôt à Junon. 

3. Tuus... Apollo ton Apollon, 
ton frère Apollon. 

4. Adeo souvent joint aux pro- 
noms personnels quand on passe 
d'une personne à une autre; cf. 
Géorg. I, 24; En. IV, 96; c'est un 
mot qui renforce et qui équivaut 
au français « justement, précisé- 
ment. »,° 

5. Magni... menses les mois de 
la grande Année, voy. Arg. ; mais 
si magni a bien son sens propre, 
est-il impossible qu'il soit pris en 
même temps au figuré? Sens dou- 
ble, plutôt que jeu de mots, enri- 
chissement du sens, équivoque bien 
virgilienne que le poète se sera plu 
à laisser subsister; le vers perdrait 
trop en poésie, si magni ne dési- 
gnait vraiment que la durée. 

6. Te duce Pollion aura été le chef 
de l'Etat au moment de cette nais- 



sance qui fait le salut du monde 
7. Sceleris... nostri il se peut 
que Virgile songe à Sextus Pompée 
qui n'avait pas été compris dans le 
traité des Brindes et dont la flotte, 
croisant le long des côtes de l'Italie 
méridionale, empêchait l'arrivage 
des blés d'Afrique; mais l'expres- 
sion, générale et vague, doit viser 
moins un fait précis et actuel que 
des possibilités à prévoir. 

& Deum vitam un des carac- 
tères de l'âge d'or est que les hom- 
mes y mènent la même vie que les 
dieux, cf. Hésiode Trav. et jours, 112. 

9. Videbitur au sens passif 
« sera vu », non au moyen, « pa- 
raîtra »; suppléez permixtus. 

10. Patriis virtutibus dépend 
de reget. 

11. At passage à un autre déve- 
loppement; le poète s'adressait à 
Pollion; il s'adresse maintenante 
l'enfant mystérieux. 

12. Munuscula apposition auz 
substantifs compléments de fun- 
det dans les T. 19 et 20. 

13. Baccare plante dont on tirait 
un parfum estimé ; il en est ques- 
tion chez Pline l'Ancien XXI, 6, 
16; peut-être la même que la Vale- 
riana Celtica de Linné. 

14. Colocasia plante des bords 



QUATRIÈME BUCOLIQUE. 3l 

Ipsae* lacté domum réfèrent distenta capellae 
Ubera, nec magnos metuent armenta leones 
Ipsatibi blandos* fundent cunabula flores 
Occidet et serpens, et fallax herba veneni^ 
Occidet ; Assyriu m vulgo nascetur amomum *. 2 5 

At* simula heroum laudes et facta parentis 
Jam légère et quae' sit poteris cognoscere virtus, 
Molli» paulatim fïavescet campus arista, 
Incultisque rubens pendebit sentibus uva 
M durae quercus sudabunl roscida mella^. 30 

Pauca tamen suberunt priscae vestigia fraudis 
Quae temptare Thetim" ratibus, quae cingere mûris 
Oppida, quae jubeant telluri » inflndere sulcos. 

du Nil, que l'on connut à Rome à 
la suite de la conquête de l'É^ypte ■ 
d après les scholies de Berne elle 
pouvait servir d'aliment (probable- 
ment la racine). 

i. Ipsae d'elles-mêmes, cf. plus 
loin v. 23 et 43. F 

2. Blandos s'agit-il du parfum 
pu du charme pour les yeux? peut- 
être de l'un et de l'autre. 
,,. 3 ', F ««» génitif de qualité: 
1 nerbe de poison, c'est-à-dire toute 
nerbe qui empoisonne. 

4. Amomum voy. p. 24, note 5 : 
Assyrium ne signifie pas que là 
plante soit Assyrienne ; les produits 
de 1 Orient arrivaient à Rome par les 
ports de la Syrie, et Assyrius se 
mettait souvent pour Syrius 

5. At p. préc, note U; ici, l'in- 
tervention de at s'explique en ce 
que le poète, évoquant la destinée 
de 1 enfant divin, passe de son 
enfance a son adolescence; cf 
Y, 37 Hxnc, pour le passage de 
1 adolescence à la maturité. 

6. Simul = simulatque, comme 
souvent en vers. 

7. Quae dans un sens voisin de 
quanta plutôt que de quid : ce que 

e jeune homme apprendra par 
l exemple de son père, c'est moins 
ce qu est philosophiquement la ver- 



tu que le degré où elle peut s'éle- 
ver et ce qu'elle peut être dans la 
réalité. 

8. Molli on entend générale- 
ment que l'épi ne sera plus barbelé 
et piquant, n'ayant plus besoin de 
défense contre les oiseaux qui, sans 
doute se nourriraient de l'air du 
ciel ; je crois plus probable ici le 
sens ordinaire de mollis, cf. page 8 
notes .une belle moisson est sou- 
ple et ; douce dans sa maturité, ce 
qui s accorde bien d'ailleurs avec 
fïavescet. 

9-. Quercus... mella c'était une 
opinion' répandue dans l'Antiquité 
que le miel pouvait venir du ciel 
et se former sur les feuilles des ar- 
bres. Virgile ne devait pas tomber 
dans cette erreur : mais il s'agit ici 
dun retour à l'âge d'or où tout 
s obtiendra sans travail, où les 
abeilles, elles aussi, n'auront plus 
qu a se reposer; —sudabunt tran- 
sitif, emploi rare ; cf. 8, 55 

10 Thetim fille de Nérée, pour 
dire la mer;— temptare affronter; 
les Romains n'étaient marins que 
par devoir; leurs poètes reviennent 
souvent sur l'imprudence de navi- 
guer sans y être forcé. 

H. Telluri datif de direction ; en 
prose in tellurem, voy. N. crit 



32 



LES BUCOLIQUES 



Alter erit tum Tiphys l et altéra quae vehat Àrgo 
Delectos heroas; erunt etiam altéra beïla 2 , 35 

Atque iterum ad Trojam magnus mittetur Àchilles. 
Hinc 5 , ubi jam firmata virum te fecerit aetas, 
Geclet et ipse mari 4 vector, nec nautica pinus 5 
Mutabit merces : omnis feret omnia tellus. 
Non rastros patietur humus, non vinea falcem ; 40 
Robustus quoque jam tauris 6 juga solvet arator; 
Nec varios discet mentiri lana colores, 
Ipse sed in pratis aries jam suave rubenti 7 
Murice, jam croceo mutabit vellera luto 8 ; 
Sponte sua sandyx 9 pascentes vestiet agnos. 45 

« Talia saecla » 10 suis dixerunt « currite » fusis 
Concordes stabili fatorum numine Parcae. 
Adgredere o magnos (aderit jam tempus) honores 14 , 
Gara 12 deum suboles, magnum Jovis incrementumf 



4. Alter... Tiphys un second 
Tiphys; c'était le pilote du navire 
Argo qui portait à Colchos, pour la 
conquête de la Toison d'or, Jason 
etsescompagnons, delectos heroas. 

2. Altéra bella une seconde 
guerre (de Troie, comme le montre 
le v. suiv.) ; sur ce recommencement 
de l'histoire, voy. l'Arg. D'ailleurs, 
il n'y a là qu'images : ce seront des 
hommes semblables à Tiphys,, aux 
Argonautes, à Achille; ce ne seront 
pas eux, renaissant personnellement 
à une seconde vie ; et ce sera une 
guerre semblable à la guerre de 
Troie, non la guerre de Troie elle- 
même reproduite. Virgile, en 
somme, fait allusion à l'activité 
aventureuse et aux conquêtes d'un 
avenirprochain, avant que la guerre 
ait définitivement disparu. 

3. Hinc voy. p. 31, note 5. 

4. Atari en prose a ou de mari; 
poutipse, cf. p. 3i, note i. 

5. Nautica pinus cf. Horace 
Odes 1, 14, H, Pontica pinus. 

6. Tauris datif; si c'était un abla- 
tif, la phrase signifierait que ïe la- 



boureur délivre des bœufs la char- 
rue, et c'est évidemment le contraire 
que Virgile veut dire. 

7. Suave adj . neutre jouant un 
rôle d'adverbe, cf. 3, 63; pour Ipse, 
p. 31, n.l. 

8. Aiurice, luto désignent des 
couleurs par la matière dont on les 
tire; murex, c'est le coquillage qui 
donne la pourpre ; lutum, la gaude, 
plante à l'aide de laquelle on tei- 
gnait en jaune. 

9. Sandux couleur minérale, 
écarlate, obtenue par un mélange 
de céruse et de terre rouge; comme 
Pline l'Ane, l'observe XXXV, 6, 
23, Virgile a cru à tort que cette 
teinture était d'origine végétale. 

10. Talia saecla ne pas y voir 
un vocatif; c'est le régime de cur- 
rite, pris au sens transitif; ef. En. 
III, 191 currimus aequor; Cicér, 
De off. III, 42 currere stadium. 

14. Atagnos... honores les gran- 
des magistratures et les distinctions 
officielles. 

42. Cara... cet enfant, race des 
dieux (deum suboles) est cher à 



QUATRIÈME BUCOLIQUE. 



33 



Aspice convexo * nutantem pondère mundum, 50 

Terrasque 2 tractusque maris caelumque profundum; 

Aspice, venturo laetantur 5 ut omnia saeclo. 

mihi tum longae maneat pars ultima vitae, 

Spiritus et 4 quantum sat erit tua dicere facta 5 ! 

Non 6 me carminibus vincet nec Thraeius Orpheus, 55 

NecLinus 7 , huic mater quamvis atquehuic 8 pateradsit, 

Orphei 9 Calliopea, Lino formosus Apollo. 

Pan etiam, Arcadia mecum si judice 10 certet, 

Pan etiam Arcadia dicat 11 se judice victum. 

Incipe, parve puer, risu 12 cognoscere matrem : 60 

Matri longa decem tulerunt 13 fastidia menses. 

Incipe, parve puer : qui non risere parenti, 

Nec deus hune u mensa, dea nec dignata cubili est. 



tous, au monde entier; — incre- 
mentum, Métr. n° 10. 

1. Convexo à cause de la voûte 
du ciel. 

2. Terrasque voy. Métr. n° 6, 

3. Laetantur l'indicatif après 
aspice ut et formules analogues, 
bien que rare à l'époque classique, 
n'était pas du tout incorrect; on 
avait le choix entre ie suojonctif et 
lui; cf. plus haut 5, 6 suiv. ; Géorg. 
I, 57 ; Properce, i, 2, 9 

4. Spiritus et... voy, p. 5, n. 4; 
pour la construction pleine, sup- 
pléez tantus, antécédent de quan- 
tum. 

fi. Tua dicere facta cf. 8, 8; 
l'infinitif après satis est; ce serait 
ad dicendum cans la prose de 
l'époque classique 

6. Non commandant une phrase 
où il y a nec... nec; c. pour ce re- 
doublement de la négation, 5, 25 
suiv. et En. IX, 428 surv. * 

7. Orpheus, jjinus les poètes 



mythiques de l'âge d'or; Orphée, 
fils d'Œagre et de Calliope ; Linus, 
fils d'Apollon et d'Uranie. 

8. t>uic...hu%c au lieu deilli... 
huic: il y. en a d'autres exemples en 
poésie : chez Virgile, En. VI, 473 
suiv. ; 506 suiv. ; IX 572; X, 9 suiv. 

9. Vrp/iei Mécr. n # 3. 

10. Arcaaxa judice l'Arcadie 
Ducohque (cf. 7 4) Daraît être une 

oncepuon personnelle à Virgile, 
voy. Cartault, Et. sur les Bue. de 
Virg., o. i80 suiv. 

11. Uicat -valeur du conditionnel 
français 

12°. Risu par ton rire. 

13. Tulerunt Métr. n° 2. 

14. Hune on attendrait hos, mais 
Quintilien fvov. N. crit.) cite ce 
passage comme o rant un exemple 
de syllepse. a Vngile commence par 
une espèce de maxime générale qui 
appe le ie r )lunel et termine par un 
fait particulier, » (E. Benoist, grande 
édition, en note.) 



VIRGILE. 



34 LES BUCOLIQUES. 



Ménalque et Mopsus, s'étant rencontrés, vont s'asseoir 
dans une grotte pour s'y réciter des vers. Ce sont des pâ- 
tres; Mopsus mène un troupeau de chèvres (v. 12); Ménalque 
est plus âgé que lui (v. 4). La scène se passe, semble-t-il, 
dans le pays de Mantoue (d'après la végétation, v. 3, 7, 
13 et 16). Mopsus consacre vingt-quatre vers (20 suiv.) à 
pleurer la mort de Daphnis, héros pastoral de la Sicile; 
Ménalque, vingt-quatre aussi (56 suiv.) à célébrer son 
apothéose; et tes deux amis, qui avaient commencé par 
échanger des compliments, finissent en échangeant des pré- 
sents rustiques. 

Cette 5 e Bucolique ressemble à la 3 e par la mise en scène 
et le chant amébée; mais il n'y a pas querelle, bien au 
contraire, et au lieu d'une succession de distiques, chacun 
des bergers ne prend la parole qu'une fois et récite un mor- 
ceau de longue haleine. Virgile s'est inspiré de la l re Idylle 
de Théocrite où Thyrsis déplore la mort de Daphnis ; cer- 
tains traits rappellent aussi l'Idylle de Bien sur Adonis et 
celle de Moschus sur Bion. 

Les v. 86 et 87 faisant allusion aux 2 e et 3* Bucoliques, 
celle-ci leur est postérieure, mais probablement de la même 
année, 42 av. J.-C. 

Dans l'apothéose de Daphnis faut-il reconnaître une apo- 
théose voilée de César? Les scholies de Berne et Servius nous 
y invitent. Pénétrons-nous de ce qui a été dit plus haut 
page 1 (ians l'Argument de I) : la poésie des Bucoliques n'est 
pas d'allégorie, mais elle est d'allusion. Daphnis n'est pas 
César; mais le poète, en célébrant Daphnis et en le glori- 
fiant de ses bienfaits, s'y est pris de telle sorte que ses con- 
temporains devaient tout de suite songer à César, à son 
pouvoir bienfaisant, à sa mort prématurée; et c'est un des 
exemples de la manière dont Virgile introduit dans sa poésie 
pastorale, poésie d'imitation en apparence, l'actualité et son 
intérêt, et une vivante émotion. 



CINQUIÈME BUCOLIQUE, 



MENALGAS. 



Cur non, Mopse, boni 1 quoniàm convenimus ambo 
Tu calamos inflare levés, ego dicere versus, 
Hic corylis mixtas inter consedimus 2 ulmos? 

MOPSUS. 

Tu major 5 ; tibi me est aequum parère, Menalca, 
Sive sub incertas Zephyris motantibus umbras, 5 

Sive antro 4 potius succedimus ; aspice ut antrum 
Silvestris raris sparsit 5 labrusca racemis 6 . 

MENALGAS. 

Montibus in nostris solus tibi certat Amyntas. 

MOPSUS. 

Quid 7 , si idem certet Phoebum superare 8 canendo? 

MENA LC AS. 

Incipe, Mopse, prior, siquos aut Phyllidis ignés 9 10 



1. Boni a pour régimes in/laj'e et 
dicere (v. suiv.) ; langue poétique. 

2. Consedimus le parfait, qui 
présente la chose comme déjà 
faite : Pourquoi ne nous sommes- 
nous pas assis? — inter,.. ulmos 
après hoc, voy. p. 6, note 8. 

3. Afajor,pour major natu, n'est 
rare ni en vers, ni en prose, 

4. Antro datif de direction, cf. 
plus bas v. 19. Avec succedere 
pris dans ce sens (entrer sous, 
dans), c'était, au témoignage de 
Servius, la construction ancienne; 
à l'époque classique, prévaut l'ac- 
cusatif avec ad, in ou sub. 

5. Spxirsit l'indicatif après as- 
pice ut, voy. p. 33, note 3. 

6. Raris,.. labrusca racemis la 
vigne sauvage, dYpiifJiTceXoç ; ses 
grappes ne peuvent être abondantes 



et fournies comme celles de la 
vigne cultivée. 

7. Quid (= quid mirum) si.„ 
Qu'y a-t-il de surprenant, puisque 
cet Amyntas disputerait au besoin 
la palme du chant à Phébus lui- 
même ? — Ne pas entendre" : 
« Pourquoi ne s'attaquerait-il pas 
tout de suite à Phébus ? » Bien 
queMopsus ne soitpas trèsmodeste, 
rien dans la pièce n'autorise à lui 
prêter tant de présomption qu'il 
s'égale à un dieu. 

8. Cerlet , .supenare construction 
de la langue poétique; cf. p. 13, n. 6. 

9. Phyllidis ignés les amours 
de Phyllis ; rien ne montre si 
Phyllidis est un génétif subjectif 
(l'amour qu'éprouve Phyllis) ou 
objectif (qu'on éprouve pour 
Phyllis), et il importe peu. 



36 



LES BUCOLIQUES. 



Aut Alconis habes laudes aut jurgia Codri 1 . 
Incipe; pascentes servabit Tityrus 2 haedos. 



MOPSUS. 



Immo haec, in viridi nuper quae cortice 3 fagi 
Carmina descripsi et modulans alterna 4 notavi, 
Experiar. Tu deînde jubeto ut certet Amyntas! 

MENALCAS. 

Lenta salix quantum pallenti cedit olivae, 
Puniceis humilis quantum saliunca 5 rosetis, 
Judicio nostro tantum tibi cedit Amyntas. 
Sed tu desine plura fi , puer; successimus antro 7 . 

MOPSUS. 

Exstinctum Nymphae crudeli funere Daphnim 



20 



1. Codri Phyllîs et Alcon ne 
sont que des noms supposés de 
bergère et de berger ; Codrus doit 
être un personnage réel, le même 
que celui des v. 22 et 26 de la 
7* Bucolique. L'association de 
noms imaginaires et réels n'a rien 
d'anormal dans ce genre de poésie, 
et c'est même une marque virgi- 
lienne. Le génitif Codri est 
objectif, comme Alconis : ce ne 
sont pas les invectives de Codrus, 
mais celles qu'on lui adresse, les 
invectives à Codrus ; le passage de 
la 7* Bucolique montre que Virgile 
aimait Codrus et son talent; ici, il 
le cite comme un rival de Mopsus 
qui inquiète la vanité du jeune 
homme et contre qui celui-ci a pu 
composer des vers injurieux. 

2. Tityrus désigne soit un 
autre berger, soit un esclave du 
père de Mopsus. — Cf. Théocr., 1, 
14 et 3, 1, 

3. Cortice ce n'est pas de 
l'écorce détachée dont Mopsus se 
serait s£rvi comme d'une feuille de 



papyrus ; il a gravé sur le tronc de 
l'arbre les vers dont il parle, dans 
l'écorce encore rendre , cf. Calpur- 
nius 1, 33 suiv. où il est question 
de 56 vers fixés par ce procédé. 

4. Alterna les endroits où la 
flûte reprenait entre les strophes 
du chant (Dubner) ; ce mot doit 
être le régime à la fois de modulans 
et de notavi. Mopsus, en compo- 
sant la musique, a marqué sur 
l'écorce, d'un signe quelconque, les 
passages où elle intervenait. 

5. Saliunca la valériane cel- 
tique ou nard celtique, plante 
courte, odorante ; on en tirait une 
huile parfumée ; Virgile, en la 
dépréciant ici par rapport aux 
rosiers, s'attache à la beauté de 
l'aspect» 

6= Desine plura cî, 9, 66 ; 
expression claire, mais peu logique, 
résultat d'une confusion entre 
desine loqui e%parce plura loqui; 
pour desinere transitif, cf. 8, 62. 

7. Successimus antro voy. p. 
précéd., note 4. 



CINQUIÈME BUCOLIQUE. 37 

Flebant (vos 1 coryli testes et flumina Nymphis), 
Cum complexa sui corpus miserabile nati 
Atque deos atque 2 astra vocat crudelia 3 mater. 
Non ulli 4 pastos illis egere diebus [amnem 25 

Frigida, Daphni, boves ad flumina; nulla neque 5 
Libavit quadrupes 6 nec graminis attigit herbam 7 . 
Daphni, tuum Poenos etiam inpremuisse leones 8 
Interitum montesque feri silvaeque loquuntur. 
Daphnis et 9 Armenias curru 10 subjungere tigres 
Instituit, Daphnis thiasos inducere 11 Bacchi 30 

Et foliis lenlas intexere mollibus hastas 12 . 



1. Vos... ellipse du verbe sub- 
stantif, fréquente au présent ; et, 
ici, c'est bien eslis (cf. v. 23 vocat), 
non fuistis. 

2. Atque — atque on cite peu 
d'exemples de ce redoublement de 
atque à la manière de et... et ; cf. 
cependant Géorg. III, 257 ; IV, 343 ; 
Tibulle, 2, 5, 73 suiv.;'Sil. Ital., I, 
93 suiv. 

3. Crudelia elle nomme cruels 
les dieux et les astres; l'adjectif est 
attribut, non épithète ; cf. Géorg. 
IV, 356. 

4. Non ulli... pour ce qui suit, 
cf. Théocr., i, 71 à 75 et Moschus, 
3, 23 suiv. 

5. Nulla neque (et nec au v. 
suiv.), voy. plus haut p. 33, n. 6. 

6. Quadrupes adjectif pris 
substantivement, ici au féminin 
{nulla v. préc). Le poète doit avoir 
en vue les brebis, les chèvres, les 
génisses, probablement aussi les 
chevaux. Si dans ce passage il 
songe à César (voy. Arg.), il est 
possible qu'il fasse allusion au fait 
rapporté par Suétone, Div. Jul. 81, 
que les chevaux consacrés par César 
lors du passage du Rubicon, refu- 
sèrent toute nourriture au moment 
où il fut assassiné, — Libavit est 
une expression très juste, ces ani- 
maux buvant, pour ainsi dire, du 
bout des lèvres. 



7. Graminis... herbam ces 
deux mots ne sont pas dans la 
même relation que herbaet veneni 
4,24 (voy. p. 31, n 3); c'est la pousse, 
la pointe du gazon, cf. Géorg, I, 
134 frumenti herbam. 

8. Poenos... leones les lions 
de l'Afrique, pour dire les plus ter- 
ribles ; cf. v. 29, Armenias tigres. 
Ce sont des épithètes littéraires, de 
tradition;de mèmeHyblaeis apibus, 
1, 54; — ingemuisse d'ordin?ire 
prend le datif, ou l'ablatif avec ou 
sans préposition. 

9. Et « aussi » ; aucun des 
mérites de Daphnis n'a encore été 
signalé ; mais il est inadmissible 
qu'on ne sache pas son premier titre 
à la gloire, son talent de poète et 
de chanteur, d'où « aussi ». 

10. Curru datif; la flexion en — u, 
dans la 4* déclinaison, est préco- 
nisée par César et régulière à l'épo- 
que classique ; — ut ne prévaut 
que plus tard, du temps de Quinti- 
lien. 

il. Thiasos inducere introduire 
en Sicile les thiases, danses de 
Bacchus. Ne pas comprendre : con- 
duire, mener les danses. 

12. Foliis,.. hastas les thyrses, 
qui ressemblaient a des bois de 
lance enveloppésde feuilles de lierre 
et de vigne, mais qui étaient flexibles, 
d'où lentas 



: j ,8 



LES BUCOLIQUES. 



Vitis ut arboribus decori est, ut vitibus uvae, 

Ut gregibus tauri, segetes ut pinguibus arvis : 

Tu clecus omne tuis. Postquam te fata tulerunt 1 , 

Ipsa Pales agros atque ipse reliquit Àpollo 2 . 35 

Grandia saepe quibus mandavimus hordea sulcis 3 , 

Infelix lolium 4 et stériles nascuntur avenae 5 ; 

Pro molli viola, pro purpurea narcisso, 6 

Carduus et spinis surgit paliurus 7 acut-is. 

Spargite humum foliis, inducite fontibus 8 umbras, kO 

Pastores! mandat fieri 9 sibi talia ûaphnis; 

Et tumulum facite et tumulo superaddite carmen 10 : 



d, Tulerunt voy. Métr. n* 2; 
en prose, abs tulerunt. 

2. Pales... Apollo une divinité 
purement italique à côté d'un dieu 
grec, non par une confusion indif- 
férente entre l'Olympe hellénique 
et la religion nationale, mais pour 
maintenir, même en littérature, les 
droits et la tradition de Rome. 
Paies était la Jéesse des pâturages, 
protectrice du mont Palatin ; ses 
fêtes, les Pûlilia, coïncidaient avec 
l'anniversaire de la fondation de la 
Ville. Apo'lon était un dieu protec- 
teur des bergers, rs T d;xto?, depuis 
qu'il avait pendant neuf ans gardé 
les troupeaux d'Admète, à Phères 
en Thessalie. 

3. Sulcis datif, par attraction 
de l'antécédent dans la proposition 
relative ; — le pluriel hordea est 
blâmé par Quintihen. 1,5, 16 ; cf. 
Servius, ad Georg, I, 210; — 
grandia cf. Géorg. I. 195, 

4. Infelix lolium c'est le 
lolium temulentum, l'ivraie dite 
enivrante, nuisible aux champs et 
même malfaisante pour l'homme et 
les animaux si son grain se trouve 
mêlé au froment \infelix inféconde, 

Kar opposition entre les mauvaises 
erbes et les herbes nourricières, 

5. Stériles... avenae la folle 
avoine, très nuisible aux récoltes; 
elle étouffe le blé par la racine. 



6. Narcisso'û y a de nombreuses 
espèces de narcisses ; celui-ci doit 
être « le narcisse des poètes » (dit 
aussi œillet de Pâques), qui croît 
dans le nord de l'Italie et dans le 
Midi de la France. Sa fleur est 
blanche, bordée d'un liseret rou- 
geàtre ; c'est à cette dernière parti- 
cularité qu'est due l'épithète pur- 
purea. Le mot nareissus était du 
masculin ; mais Diomède, p. 'i53, 34 
K, en citant notre vers, y constate le 
féminin; cf. Théocr., 1,131 et voy. 
N. crit. — Pour ce vers spon- 
daique, Métr. n* 10. 

7. Paiiurus iraXîoupoç, une 
sorte de ronce ; peut-être est-ce 
l'aubépine (Servius : ut quidam 
volunt, spina alba). 

8. Fontibus datif; v amenez de 
l'ombre aux fontaines », c'est-à-dire 
plantez des arbres au bord des 
sources afin de sauver leur fraîcheur 
et d'embellir le paysage autour de 
la tombe de Daphnis, 

% Mandat fieri ci $ 13,n.6etp.35, 
n. 8. On a peu d'exemples de la con- 
struction de mandare avec i'infini- 
tif au lieu de ut et le subjonctif) ; 
voy, cependant Martial, I, 88, in ; 
Suétone, Tiber. 65 etCalig. 29. 

10 Co,rmen une formule, une 
inscription en vers ; — tumulum 
tumulo la répétition insiste et 
ralentit ; elle donne aux instruc- 



CINQUIÈME BUCOLIQUE. 39 

DAPHNIS EGO IN SILVIS, H1NC USQUE AD SIDERA NOTUS, 
FORMOSI PECORIS CUSTOS FORMOSIOR IPSE 1 . 

MENALCAS. 

Taie tuum carmen nobis, divine poeta v 45 

Quale 2 sopor fessis in gramme, quale per aestum 

Dulcis aqiuie saliente sitim restinguere 3 rivo. 

Nec calamis solum aequiperas, sed voce magistrum 4 . 

Fortunate puer! tu nunc eris alter ab illo 3 . 

Nos tamen haec quocumque modotibi nostra vicissim 50 

Dicemus, Daphnimque tuum tollemus ad astra. 

Daphnin 6 ad astra feremus : amavit nosquoque Daphnis. 

MOPSUS 



An 7 quicquam nobis 8 tali sit munere majus? 

Et puer ipse fuit canlari dignus 9 et ista 

Jam pridem Stimichon 10 laudavit carmina nobis. 



55 



tions un ton plus solennel et plus 
triste. 

1. Formosior ipse il n'y a 
aucune raison de mettre, comme on 
le fait dans toutes les éditions, une 
virgule après custos ; cf. Columelle, 
X, 299: Formoso Nais puero for- 
mosior ipsa ; Horace, Odes, 1, 16, f : 
rnatre pulchra filia pulchrior. — 
Rappeler que Daphnis était beau, 
paraît naturel dans ce monde de 
bergers amoureux et poètes, dont 
il est le type ; l'éloge convient aussi 
à César qui prétendait descendre de 
Vénus, et ne le trouve-t-on pas déjà 
dans la vieille épitaphe de Scipion 
Barba tus: Quojxis forma virtutei 
parisiima fuit? 

2. Quale avec sopor masculin, 
cf. 3, 80 : Triste lupus. 

3. Hestinguere infinitif coor- 
donné avec un substantif sopor, 
construction asymétrique, dont les 
exemples ne sont pas rares. 



4. Magistrum Daphnis. 

5. Aller ab illo le second après 
lui, exactement à partir de lui (en 
le comptant lui-même); cf. Horace, 
Sat. II, 3, 193 ; Cicéron, Acad. I, 
12 )N 46. 

6. Daphnin partout ailleurs la 
flexion en — im; la nécessité du 
vers explique cette dérogation. 

7. ^An cf. la note 6 delà page 18. 
On voit moins nettement ici quelle 
serait la première partie de l'inter- 
rogation si elle était exprimée 
cependant, on peut supposer quel- 
que chose comme : cur non dicas 
tua? an...? 

8. Nobis =s mihi; cf., aux v. 
45 et 50, nobis et nostra pour 
mihi et mea. 

9. Cantari dignus construc- 
tion de dignus avec l'infinitif fré- 

auente en poésie, et dans la prose 
e l'époque impériale; cf. p. 35, n. 1. 

10. Stimichon nom d'un berger. 



40 



LES BUCOLIQUES. 



MENALCAS. 

Candidus 1 insuetum miratur limen Olympi 2 
Sub pedibusque videt nubes et sidéra Daphnis. 
Ergo alacris silvas et cetera rura voluptas 3 
Panaque pastoresque tenet Dryadasque 4 puellas. 
Nec lupus insidias pecori nec retia cervis 60 

U13a dolum meditantur : aniat bonus 5 otia Daphnis. 
Ipsi laetitia 6 voces ad sidéra jactant 
lntonsi montes 7 ; ipsae jam carmin'a rupes, 
Ipsa sonant arbusta : « deus, deus ille, Menalca! » 
Sis bonus o felixque tuis 8 ! En quattuor aras: 65 

Ecce duas tibi, Daphni, duas aitaria 9 Phoebo. 
Pocula bina 10 novo spumantia lacté quotannis 
Craterasque duo statuam tibi pinguis olivi ** 



1. Candidus d'une blari^eur 
éclatante, radieux; Ovide. Métam. 
XV, 30 : candidus sol. C f te Ppî- 
thète est souvent applique,- d ux 
dieux et aux héros, voy. Horace, 
Odes, 1. 18, 11 (à Bacchûs) ; Epode 
3, 9 (à Jason). 

2. Olympi l'Olympe séjour des 
dieux, non le mont Olympe en 
Thess^ilie; — insuetum nouveau 
pour lui. 

3. .Alacris... voluptas une joie 
agile, en quelque sorte remuante; 
de l'allégresse ; ergo et cetera, dans 
ce vers,"' ne sont pas d'un vocabu- 
laire bien poétique ! 

4. Dryadas c'étaient les Nym- 
phes d^s bois ; leur nom vient' de 
chêne , ÔpOç ; cf. 10, 62 : Ama- 
dryades. 

5. Bonus bienfaisant, cf. plus 
bas v. 65. — Pour les v. 60 et 61, 
cf. Théocr., 24, 84 suiv.,oùil s'agit 
des bienfaits dus à Héraklès. 

6. Laetitia ablatif de cause. 

7. lntonsi montes les monta- 
gnes couvertes de bois que la hache 
n'a jamais touchés; opposées à ar- 
busta (v. suiv.^), les vignes et les 
ormeaux tailles par la main de 



l'homme; la nature d'une part.de 
l'autre la campagne cultivée. 

8. Bonus... felixque tuis bon 
et heureux aux tiens, c'est-à-dire 
leur apportant bonheur et fécon- 
dité; cf. En. I, 330 (Énée à Vénus): 
Sis felix nostrumque levés quae- 
cumque laborem. 

9. Aitaria apposition au second. 
duas (aras). Ménalque maintient 
la distance entre Phébus et Daohnis : 
pour Phébus Apollon, les aitaria, 
autels plus élevés, pourvus d'une 
table où l'on immolait des victimes 
et qui étaient réservés aux grandes 
divinités; pour Dapnnis, les arae 
simplement. Ara est le mot général 
pour désigner un autel Quelconque; 
ici, il s'agit d'autels oas oour brûler 
de l'encens et taire des oflrandes 
de vin, de lait, etc. — Ce passage 
semble f; ire une allusion a l'apo- 
théose de César, dont l'anniversaire 
tombait le jour des jeux Apolli- 
naires et était célébré la veille. 

10. Bina ne dit rien de plus ici 
que duos ; c'est une paire de coupes 
en tout, une coupe sur chaque 
autel. 

11. Olivi c'est oleum qu'on trouve 



CINQUIÈME BUCOLIQUE. 



41 



Et multo in primis hilarans convivia Baccho 1 , 
Ante focum, si frigus erit, si messis 2 , in umbra, 70 
Vina novum fundam calathis 3 Ariusia nectar 4 . 
Gantabunt mihi 5 Damoetas et Lyctius 6 Aegon; 
Saltantes Satyros imitabitur Alphesiboeus. 
Haec 7 tibi semper 8 erunt, et cum solienmia vota 
Reddemus Nymphis et cum lustrabimus agros. 75 
Dum juga montis aper, fluvios dum piscis amabit, 
Dumque thymo pascentur apes, dum rore cicadae 9 , 
Semper honos nomenque tuum laudesque manebunt. 
Ut Baccho Cererique, tibi sic vota quotannis 
Agricolae facient; damnabis tu quoque votis 10 . 80 

MOPSUS. 

Quae tibi, quae tali reddam pro carminé dona? 
Nam neque me tantum venientis sibilus Austri 11 , 



en prose; olivum ne se rencontre 
qu'en ioésie ; — duo archaïque, cf. 
p. 46, n. 1 a la fin, sur ambo. 

1. Baccho pour vino, fréquent 
en poésie comme Ceres nour *ru- 
mentum etc. ; — convivia les ban- 
que .s oont s'accompagnent les sa- 
crifices. Cf. pour ce passage Théocr. 
7, 63 suiv. 

2. Si frigus..., si messis voy 
1er; v. 74 et 75 qui font allusion à 
des fêtes de Bacchus se célébrant 
à l'automne quand il faisait froid 
déjà, si frigus, et aux Ambarvales, 
fête mobile qui finit iar se fixer au 
29 mai, un peu avant 1a moisson, 
si messis ; cf. Géorg. I, 338 suiv. 

3. Calathis des coupes en forme 
de corbeille. 

4. Novum... nectar en apposi- 
tion à vino, Ariusia (d'Ariusium, 
promontoire au nord de l'île de 
Chio); novum du-, vin nouveau, 
d'autant plus doux. 

5. Mihi {sacra facientï). 

6. Lyctius c'est-à-dire Cretois; 
de Lyctos, ville importante située 



sur une hauteur dans l'est de l'île 
de Crète. 

7. Haec ces choses, ces hon- 
neurs- ne oas rapporter ce pronom 
a vina au v. 71. 

8. Semver dans toutes les cir- 
constances ou Daphnis sera honoré ; 
la suite dit lesquelles: cum...Nym- 
pnis, îe culte des Nymphes était 
issocié à celui de Bacchus ; cum lus- 
trabimus agros, aux Ambarvales 
on faisait une procession autour des 
champs en promenant la victime ; 
cf. Géorg. I, 345. 

9. Rore cicadae cette idée que 
les cigales se nourrissent de rosée 
se trouve chez Hésiode, Boucl. 
d'Hér. 395, chez Anacréon, 43, 3 et 
chez Théocrite, 4, 16. 

10. Damnabis tu quoque votis 
tu condamneras les laboureurs au 
nom de leurs vœux, c'est-à-dire à 
s'acquitter de leurs vœux, parce 
que tu auras exaucé leurs prières. 

11. Venientis sibilus Austri le 
sifflement dans le feuillage, annon- 
çant l'Auster vent du sud. Ce vent 



42 LES BUCOLIQUES. 

Nec percussa juvant fluctu tam litora 1 , necquâe 
Saxosas inter decurrunt flumina 2 valles. 



MENALCAS 



Hac te nos fragili donabimus ante 5 cicuta. 
Haec 4 nos Formosum Corydon ardebat Alexim, 
Haec eadem docuit 6 Cujum pecus? an Meliboei? 



85 



MOPSUS. 



At tu sume pedum 6 , quod me cum saepe rogaret, 
Non tulit Antigènes (et erat tum dignus amari), 
Formosum paribus nodis atque aère 7 , Menalca. 



90 



VI 



Après une dédicace à Varus, Virgile aborde son sujet : 
deux jeunes pâtres (voy. v. 16) et une Naïade découvrent le 
vieux Silène, endormi dans l'ivresse; ils obliennent de lui 
un chant merveilleux : la formation du monde, l'apparition 



amenait des chaleurs; mais, s'il est 
présenté ici comme agréable, c'est 
probablement parce que. au con- 
traire, en faisantvenir l'orage, il pro- 
curera une fraîcheur reposante après 
une trop chaude journée. 

1. Litora les bords du lac Bé- 
nacus. 

2. Flumina les court, d'eau 
murmurant parmi des cailloux, 
saxosae valles. 

3 Ante adverbe « auparavant ». 

4 Haec Virgile s'identifie avec 
Ménalque. Dans ce fait de se citer 
soi-même il y a bien de la hardiesse, 
mais elle est justifiée par le génie 
et par la manière imprévue et char- 
mante. Ce sont les premiers vers de 
la T et de la 3° Bue, et ils désignent 
les.pièces tout entières. 



5.. Docuit Ménalque, en disant 
que la flûte lui a dicté ses vers, met 
la poésie dans la dépendance de la 
musique ; ce ne devait pas être la 
pensée de Virgile qui sans doute, 
entend signifier simplement que 
Tityre ou Corydon se servait ou 
s'aidait de cette flûte dans le temps 
qu'il composait les vers cités. 

6. Pedum la houlette était un 
bâton recourbé à l'aide duquel on 
pouvait retenir par la patte une 
bêta qui s'écartait du troupeau; 
Antigènes (v. suiv.) nom d'un ber- 
ger, 

7. Paribus nodis atque aère 
des ornements d'airain et des nœuds 
égaux, les nœuds du bois probable- 
ment à égale distance les Uns des 
autres. 



SIXIÈME BUCOLIQUE. 43 

ces deux dernière Silène S ^l * mt dc i«« * 
des mains de S ilTriveTdf. P ^ Ga " US ^^ 
d'Hésiode. Vesper s'ailuL ,, ^f***^ le chalumeau 
prompt ;!Tlî^^-i^**iW 

Sur Cornélius Gailus. voy. Ai- de 10 v.\ ; • 
le même de qui il est question <f 26 sut IfZ ^ être 
qui prit après Pollion le gouvernât k T 7**' 
i aimait les vers et sans doule on 1^ f»*Vm 
c'est la raison des v 11 et 12 com POsait lui-même; 

sa plus grande partie (v 27 l If " '" j»^*» '" I» *>" en 
mythologiques de I école V rlff!'"' " "" ""', iU P?* mes 
26 qu'elle se rattache ... „,,L / °, eS ' par les v ' 13 à 
rechercher une comlsUlo? I ^* 1 " M ' ilm,iie dï 
unité; il suffit «uë Tes lr g " se el lm " ^W* 
gées et que llTnblés év„ °" S ■ S '""' 11 ''^''u'en.en, «éna- 

•lu monde vu en raccourci pi - Le } )ldme • c est le passe 

ft's^3i^-eS5t-«s 

Il revêt d'images et Z LTZ e ' le drame des sentiments, 
passions donf ' Llret ne v Lnïit * '* «I*»r«gto ces 

éternelles et touchent au BmTÏÏ rS f 06 qu ' el,es ê °"< 
donne pour fond MndLm? I ," ,2 °'° nd . du ^»! et i! '*<* 
de l'humanité l'a 3 origmellf V*** 1 . V ie morale 
hérorque,. Et, 'si h %Z?7e 6« 'iÏÏft,*! 8 UCTres 

*>« nous suture, ' ' ^^ ^.SïiV^ S{ 



44 



LES BUCOLIQUES. 



que cette présence ait une explication; elle la trouve dans 
le fait que tous ces sujets étaient familiers à Gallus, poète 
mythologique; ils inspiraient, occupaient les poèmes quil 
avait écrits ou devait écrire; et nous tenons ici un exemple 
encore du procédé virgilien qui consiste à fondre le passé 
et le présent, à faire se pénétrer la fiction et la réalité, 
l'actualité et la tradition mythique, les idées les plus large- 
ment humaines et des sentiments tout personnels. 



Prima 1 Syracosio dignata est ludere versu 2 
Noslra neque erubuit silvas habitare Thalia 3 . 
Cum canerem reges et proelia 4 , Cynlhius aureni 
Vellit 5 et admonuit : a Pastorem, Tityre 6 , pingues 
Pascere oportet oves, deductum dicere carmen 7 . » 5 
Nunc ego (namque 8 super tibi erunt 9 qui dicere laudes, 



1. Prima non la première à 
Rome, mais en premier lieu, à ses 
débuts; équivalent de piHmuvn. 

2. Syracosio... versu pour dire 
la poésie bucolique, parce que 
Théocrite était né à Syracuse; cf. 
4, i : Sicelidcs musae. La forme 
Syracosius correspond à Supaxô- 
cio; (Dorien et ancien Attique) ; 
Syracïisius (Supaxoôaioç) avec le 
premier u long, n'entrerait pas dans 
le vers; — ludere (cf. p. 3, note 5, 
à la fin) le verbe dignari construit 
avec un infinitif régime, cf. En. X, 
732; Lucrèce, II, 1039; Horace, 
Epit. I, 19, 40. 

3. Thalia Thalie, qui devint la 
muse de la comédie, était à l'origine 
une muse rustique qui avait inventé 
l'agriculture et que l'on représen- 
tait avec le pedum (voy. n. 75 à 5), 
attribut des divinités 'champêtres. 
Dans la Théogonie d'Hésiode, elle 
est une des trois Grâces. 

4. Reges et proelia les rois fou 
chefs) et les guerres, le thème de 
l'épopée, Servius voyait là une allu- 
sion à un poème sur les rois d'Albe ; 
puis on a pensé, à cause du v. 6 
suiv., qu'il s'agissait des exploits 



de Varus. Il n'y a pas lieu à tant 
de précisions, qui demeurent sans 
réponse : Virgile dit simplement 
qu'il ne s'est pas senti la veine épi- 
que et qu'il retourne à un genre 
plus modeste. 

5. Aurem vellit geste familier 
pour avertir quelqu'un qu'il com- 
met un oubli ; on plaçait le siège de 
la mémoire dans le bas de l'oreille, 
Pline l'Ane, XI, 45, 103; Hor., Sat. 
I, 9, 76 suiv. ; — Cynthius Apol- 
lon, né dans l'île de Délos, dont le 
Cynthe est mie montagne. 

'5. Tityre Virgile s'assimile à 
Tityre. 

7. Dedu ctum. . . carmen un chant 
qui se poursuit sur un ton simple 
et modère ; image empruntée à l'art 
du tisserand, deducere fila, amincir 
le fil, 

8. Namque cette phrase en pa- 
renthèse donne en effet une exph- 
tion.mais c'est l'explication de ce 
qui va suivre, v. 85 ; le cas n'est 
donc pas le même que En. I, 65 où 
namque explique Aeole, qui pré- 
cède. 

9. Super... erunt Métr, n° 4 ; cf. 
En. II, 567. 



SIXIÈME BUCOLIQUE. 



45 



Vare, tuas cupiant et tristia 1 condere bella) 
Agrestem tenui meditabor haruadine musam 2 . 
Non 3 injussa cano. Siquis tamen haecquoque, siquis 
Gaptus amore leget 4 , te nostrae, Vare, myricae 5 10 
ïe nemus omne canet; nec Phoebo gratior uila est 
Quam sibi quae Vari praescripsit pagina nomen. 

Pergite 6 , Piérides. Ghromis et Mnasylos 7 in antro 
Silenum pueri somno videre jacentem, 
Inflatum hesterno venas, ut semper, Iaccho 8 ; 15 

Serta procul tantum 9 capiti delapsa jacebant 
Et gravis attrita pendebat cantharus an sa 10 . 
Adgressi (nam saepe senex sp$ carminis ambo 



4. Tristia épithète d'un carac- 
tère général donnée à la guerre, 
sujet d'épopée, par opposition aux 
joies de la paix dont s'inspire la 
poésie bucolique. 

2. Agrestem... musam cf. p. 2, 
les notes 2 et 3. 

3. Non porte sur cano, non sur 
injussa. L'ordre, ou plutôt l'invi- 
tation vient d'Apollon, voy. v. 3 
suiv., non de Varus (tandis que 
8, il, c'est de Pollion); Gornutus, 
à tort, voulait qu'ici cela fût des 
Muses. 

4. Leget le futur marque plus 
de confiance que ne ferait le sub- 
jonctif légat (voy. N. crit.), en 
même temps que la répétition de 
si quis fait la part au doute et à la 
modestie. 

5. Myricae voy. p. 29, n. 2. 

6. Pergite en dit un peu plus que 
ne ferait agite, parce qu'il com- 
porte l'idée d'un effort vers un but; 
— Pieridesvoy. p. 24, n. 1, à la fin. 

7. Chromis et Mnasylos de 
jeunes bergers ; si c'étaient, comme 
le dit Servius, des faunes ou satyres, 
on s'expliquerait mal timidi (au 
v. 20). Virgile emploie souvent le 
mot pueri (voy. v. 14) pour dési- 
gner de jeunes paysans, jamais 



il ne l'emploie pour des faunes ou 
satyres. 

8. Iaccho = le vin, comme 5, 
69 : Baccho, cf. la note à ce vers, 
et 4, 32; Thétis = la mer. 

9. Tantum s'oDPOse à semper 
du vers précédent et, par consé- 
quent, porte, non SDecialement sur 
un des mots de ia phrase, procul 
ou delapsa, mais sur la pli rase 
tout entière : Silène était ivre 
« comme toujours » (ut semper) ; 
« seulement » (tantum = tantum- 
modo ), ce qu'il y avait de particu- 
lier, ce jour-là, c'est que les guir- 
landes s'étaient détachées de sa tête, 
et ce détail a son intérêt puisque 
c'est justement cela qui permet à 
Eglé et aux jeunes pâtres de l'en- 
chaîner sans qu'il s'en aperçoive. ; 
— capiti datif avec un verbe à 
préfixe de; cf. Ovide, Met. VI, : 592 
suiv,: lateri... Vellera dépendant ; 
SU. Ital. XVI, 434 suiv. : delapsa 
corona Victoris capiti foret. 

40. Attrita... ansq parce que le 
canthare (vase à boire large et pro- 
fond avec un pied et deux anses) a 
beaucoup servi ; — pendebat pen- 
dait à sa main qui, même dans 
l'ivresse, instinctivement ne le 
lâchait pas. 



4G 



LES BUCOLIQUES. 



Luserat) 1 iniciunt ipsis ex 2 vincula sertis. 

Addit se sociam Minidisque supervenit Aegle, 20 

Aegle 5 , Naiadum* pulcherrima, jamque videnti 5 

Sanguineis frontem moris et tempora piugit. 

Ille dolum ridens : « Quo 6 vincula nectitis? inquit. 

Solvite me, pueri; satis est potuisse videri 7 . 

Garmina quae voltis cognoscite; carmina vobis, 25 

Huic aliud mercedis erit. » Simul incipit ipse 8 . 

Tum vero in numerum Faunosque ferasque videres 

Ludere 9 , tum rigidas motare cacuminaquercus; 



i.Spe... Luserat cf. En. I, 352: 
vana spe lusit amantem. Il n'y a 
pas lieu de dire que ludere, dans 
ces phrases est pour eludere; vov. 
en effet Cicér., AdQ. fr. II, 10 (12"), 
2; 13 (15"), 3 ; cf. De Orat. T, 51. — 
L'ablatif spe doit être un ablatif de 
séparation. — Ambo Servius note 
cette forme comme archaïque (par 
rapport à ambos) ; cf. 5, 68 : dxw. 

2. Ipsis ex cette inversion de la 
préposition est fréquente; voy. plus 
bas, au v. 33 ; ici." elle est placée 
devant un substantif autre que celui 
auquel elle se rattache; mais, 
comme ex ne peut se construire 
qu'avec l'ablatif et que vincula est 
à l'accusatif, il n'y a pas d'équivo- 
que grammaticale. 

3. Aegle de afyXï), éclat du so- 
leil, lumière du jour; timidis (v. 
préc.) dépend de addit, aussi bien 
que de supervenit. Il y a là un joli 
trait : les jeunes gi^ns" sont moins 
hardis que la jeune fille; ils sont 
craintifs de nature, timidis adjec- 
tif marquant le caractère, non 

limentibus participe qui ne note- 
rait que l'état du "moment. 

4. Naiadum les Naïades étaient 
les Nymphes des eaux douces, 
fleuves* et sources. 

5. Jamque videnti quand déjà 
il a les yeux ouverts, ce qui sou- 
ligne l'audace d'Eglé et qui met de 
l'animation dans le petit tableau. 

6. Quo pourquoi = en vue de' 



quoi, dans quelle intention ? quam 
ad rem ? Cf. Hor., Odes, II, 3, 9; 
Ovide, Met. XIIL 516; Lucain, I, 
678; et en prose Cicér., Pro. Sest. 
29 et Ad fam. VII, 23, 2. 

7. Satis est potuisse videri. 
« C'est assez d'avoir pu réussir à 
me voir. » La construction pleine 
serait me videri a vobis. Pour 
videri, être vu, cf. En. VIII, 604 
suiv. — L'idée première de la vio- 
lence faite à Silène pour obtenir de 
lui un chant merveilleux provient 
de la croyance que les dieux pro- 
phétiques, en possession des secrets 
de la nature, ne font de révélations 
que par surprise ou par force. 

8. Ipse quant à lui ; s'oppose à 
vobis, v. préc, et à huic, — aliud 
mercedis\in autre genre de récom- 
pense. 

9. In numerum... ludere s'é- 
battre en eadence; danser en sui- 
vant la mesure des vers ; cf. Lucrèce, 
IV, 580 suiv. — Faunos Les Fau- 
nes, êtres fantastiques tenant du 
dieu, de l'homme et de l'animal et 
que du reste Virgile confond avec 
les Satyres,' étaient la race de Fau- 
nus. Ce Faunus, un des plus an- 
ciens dieux Italiques, bienfaiteur 
des campagnes, présidait a la fécon- 
dation des troupeaux (Inuus) et les 
protégeait contre le loup (Luper- 
cus); cf. Hor., Odes, Hï, 18. On 
voyait aussi en lui un roi antique, 
père d'une nombreuse postérité, un 



SIXIÈME BUCOLIQUE. M 

Nec tantum Phoebo gaudet Parnasia rupes 1 , 

Nec tantum Rhodope miratur et Ismarus a Orphea. 30 

Namque canebat, uti magnum per inane coacta 
Semina terrarumque animaeque marisque fuissent 
Et liquidi simul ignis 3 ; ut his ex ordia primis 
Omnia 4 , et ipse tener mundi concreverit orbis 5 . 
Tum 6 du rare solum et discludere Nerea ponto 7 35 
Coeperit, et rerum paulatim sumere formas; 
Jamque novum .terrae stupeant lucescere solem 8 , 



dieu prophète et révélateur (Fatuus, 
Fatuelus); dans le panthéon 
gréco-italique, il fut assimilé à 
Pan. 

4. Parnasia rupes le Parnasse, 
montagne de la Phocide, à double 
cime, Lycorée et Tithorée (cf. 10, 
1 i : Parnasi juga),un peu au nord 
de Delphes; demeure des Muses et 
d'Apollon • consacrée aussi à Bac- 
chus. 

2. Rhodope... Ismarus mon- 
tagnes de la Thrace, pays de la 
légende d'Orphée; — Orphea Métr. 
n«'3. 

3. Terrarumque animaeque 
marisque... Et... ignis les quatre 
éléments : la terre, l'air, l'eau et le 
feu; animàe, pour dire Pair (exacte- 
ment les souffles), se rencontre chez 
Lucrèce, par exemple î, 715; dans 
VEtna, 311 ; — pour liquidi ignis, 
cf. Lucr., VI, 4205 et 349: liquidi 
= puri. 

4. His ex ordia primis Qmnia 
pour l'inversion de ex, cf. p. préc, 
n. 2; — primis = principiis (Ser- 
vius), cf. Lucrèce, I, 61 : ex Mis 
sunt omnia primis. Le mot ordia, 

' restitué ici par Nettleship (vulgate : 
exordia, voy. N. crit.), se lit chez 
Lucrèce, IV, 28 rediret in ordia 
prima. Ce mot, d'ailleurs, ne 
représente pas les atomes : il s'agit 
des choses, des formes de la vie, 
premiers résultats de la combi- 
naison des atomes. 

5. Mundi... orbis le ciel, et- 



mundum, 4, 50; si c'était l'uni- 
vers, comme le veulent quelques- 
uns, que viendrait faire ici et ipse 
après ordia omnia qui justement 
représentent le monde? — eon- 
creveHt la concordance des temps 
après canebaluti(Y.3i) demanderait 
concrevisset, et plus bas aux v. 36 
et 37, eoepisset et stuperent; 
mais, dans le style direct, le poète 
aurait admis des changements de 
temps pour donner plus de mouve- 
ment à la phrase : il eût très bien 
passé du plus-que -parfait au par- 
fait, puis au présent. On peut d'ail- 
leurs, si l'on y tient, supposersous- 
entendue la proposition principale, 
renouvelée, avec canit. 

6. Tum porte sur durare et ee 
qui suit, non surcanebat (ou canit 
s.-ent., voy. n. préc); — durare 
ici intransitif, « devenir dur », sens 
rare; habituellement, rendre dur. 

7. Discludere Nerea ponto en- 
fermer à part Nérée dans la mer ou 
au moyen de la mer, c'est-à-dire 
séparer la mer de la terre; ponto 
instrumental ou locatif, plus proba- 
blement locatif. — Nérée était, après 
Neptune, le dieu de la mer le plus 
important; fils de la Terre, il avait 
pour père, Pontus (Hésiode, Theog. 
233 suiv.j; Virgile n'y a sans doute 
lias songé en introduisant ici ponto. 

8. Nvvum... solem le soleil' 
dans sa nouveauté; — lucescere 
infinitif complément d'un verbe, cf. 
nkis haut p. 13, n 6; p. 35, n. 8. 



48 



LES BUCOLIQUES. 



Altius 1 atque cadant submotis nubibus imbres, 
Incipiant silvae cum primura surgere, cumque 
Rara per ignaros 2 errent animalia montes. 40 

Hinc 3 lapides Pyrrhae jactos 4 , Saturnia régna 5 , 
Caucasiasque refert volucres furtumque Promethei 6 . 
His adjungit, Hylan 7 nautae quo fonte relictum 
Clamassent, ut litus « Hyla, Hyla » 8 omne sonaret. 
Et fortunatam, si numquam armenta fuissent, 45 

Pasiphaen nivei solatur amore juvenci 9 . 



1. Altius peut bien se rattacher 
a cadant ou à submotis, peut-être 
aux deux; ier>lus simple est de le 
taire porter sur cadant. et a y voir 
l'équivalent ae ex alto: les élément: 
ayant été séoarés les nuages on 
été écartes ae la terre, repoussé? 
au-f essus < elle, et la pluie tomb< 
de plus haut (quelques éditeurs rat- 
tachent auius au v Dréc.) ; — 
atoue le deuxième motde laphrase; 
c'est la seu e fois chez Virgile, mais 
Horace en offre plusieurs exemples ; 
cr. aussi, dans 1 epigramme de César 
sur Térence, Lenibus atoue uti- 
nam, etc.. et voy. p. i>, note 4. 

2. Ignaros il n'y a pas lieu d. 
donner à ce mot le sens passif, 
ignoios, qui se rencontre chez 
Salluste, Ovide et Tacite; quelques 
animaux (animalia. cf. Hor., Sat. I, 
3, 99), apparaissent. sur es monta- 
gneb oui jusqu'alors les ignoraient, 
n'avaient 'amais vu d'animaux. Ne 
pas entenare : ies e ,reo animés, y 
compris /homme* il s'agit des pre- 
miers animaux, et même des tout 
premiers, en petit nomore, xara. 

3. Hinc ^temporel : là-dessus, 
ensuite. 

4. Lapides Pyrrhae jactos la 
légende thessalienne de Deucalion 
et de Pyrrha ; sauvés d» déluge par 
leur piété, ils repeuplèrent la terre 
en jetant des pierres derrière eux, 
voy. Ovide, Met. I, 348 suiv. 

5. Saturnia régna, cf. 4, 6 et 
"i'Arg. de 4 ; ce n'est pas une appo- 



sition à lapides ; c'est l'âge d'or 
antérieur au déluge. 

6. Caucasias. . . Promethei 
(Métr. n° 3) le mythe deProméthée, 
attache au Caucase et rongé par un 
oiseau de proie, par ordre de Zeus, ' 
pour avoir dérobé le feu du ciel. — 
Faut-n aans volucres vorr un «plu- 
riel poétique»? ou Virgile suit-il 
une tradition d'après laquelle il y 
avait plusieurs oiseaux ? peut-être 
tout simplement, en représentant 
Prométhée offert à la voracité des 
oiseaux &e proie, se permet-il de 
faire à la légende une légère modi- 
fication, qui l'approche davantage 
de la vraisemblance. 

7. Hylan jeune ami d'Hercule 
qui, lors de" l'expédition des Argo- 
nantes, se noya, attiré au fond de 
l'eau par ies" Nymphes qu'avait 
séduites sa beauté; sujet souvent 
traité par les poètes. 

8. Hyla, Hi/la Métr. n" 9; cf. 
3, 79; pour ce vocatif en complé- 
ment à donaret, cf. Properce, I, 
18,31 : resonent « Cynthia » silvae. 

9. Pasiphaen... juvenci Pasi- 
phaé, fille du Soleil et femme de 
Mmos, roi de Crète, éprise d'un tau- 
reau blanc ; — solatur à partir de 
ce vers, le poète met en action le 
sujet des chants de Silène -.solatur 
Pasiphaen au lieu de canit Pasi- 
phaen sese solantem, comme au 
v. 62 : Phaelontiadas musco cir- 
cumdat (bien qu'au v. 61 il y ait 
canit); — amore ablatif instrumen- 



SIXIÈME BUCOLIQUE 



>*', 



A! virgo infelix, quae te dementia cepit?* 

Proetides 2 implerunt falsis mugitibus agros; 

At non tam turpes pecudum tamen ulla secuta est 

Concubitus, quamvis collo 3 timuisset aratrum, 5C 

Et saepe in levi quaesisset cornua fronte. 

A! virgo infelix, tu nunc in montibus erras I 

Ille, latus niveum molli fui tus hyacintho 4 , 

Uice sub nigra pallentes ruminât tierbas 5 , [phae, 

Aut aliquam 6 in magno sequitur grege. Claudite, Nym- 

Dictaeae 7 Nymphae, nemorum jam claudite saltus 8 , 56 

Siqua forte 9 ferant oculis sese obvia nostris 

Errabunda bovis vestigia ; forsitan illum, 

Aut herba captum viridi; aut armenta secutum, 

Perducant aliquae stabula ad Gortynia 10 vaccae. 60 

Tum canit Hesperidum miratam raala puellam"; 



tal, cf. Hor., Odes III, 5, 5 auiv.: 
fluviis gravem solantis aestum. 
\,A! virgo infelix vient de \Io. 
poème de Calvus; quant au second 
-hémistiche, quae te etc., nous l'a- 
vons déjà vu ici 2, 69. 

2. Proetides les trois filles de 
Prétus roi d'Argos, fondateur de 
Ti'rynthe; Ovide, Métam. XV, 325 
suiv.; frappées de délire pour avoir 
offensé Heré (Janon), elles se 
croyaient changées en génisses et 
ne Tétaient pas en réalité, d'où 
falsis mugitibus et, au v. 51, levi 
fronte (un front uni, non armé de 
cornes), 

3. Collo datif avec timere. 
comme En. II, 130 et 728. 

4. Fuitus hyacinthe Métr, n°5. 
à la fin. 

5. Pallentes, ... herbus l'herbe, 
d'un vert clair, est pâle par rapport 
au feuillage d'un vert sombre de 
l'yeuse, Uice nigra 

6. Aliquam (vaccam). — A 
partir de Claudite. le poète laisse 
la parole à Pasiphaé (jusqu'au 
v. 60 inclus) 



7. Dictaeae de Dicté, une mon- 
tagne de Crète. 

8. Saltus des espaces vides dans 
une région montagneuse et boisée, 
clairières et ravins, propres au pâtu- 
rage. Pasiphaé demande aux 
Nymphes des bois environnants de 
ne pas laisser les troupeaux quitter 
ces lieux où elle espère parmi eux 
découvrir le taureau. 

9. Si qua forte.. S'il, se trouve 
que, pour le cas où ; cf, En. I, 181 : 
II, 756. 

10. Gortynia de Gortvne. ville 
de Crète; Gortynîus pour£re«ensw 
se trouve chez Cicéron, Phii V 13. 

11. PweUamAtalante.fïttedu ro: 
de Scyros. Elie défiait ses préten- 
dants à la. course; vaincus, ils 
étaient mis a mort Un d'eux, 
Hippoméne, se munit de trois 
pomme? d'or, du jardin des He^pé- 
ndes. don d'Aphrodite, en Eottfaai, 
il les laissa tomber une a \\ve, 
Atalante. surprise (inirataï. s'arrê- 
tait pour res prendre et se laissa 
ainsi vaincre à la course; voy. 
Ovide, Métarn. X< 560 su: v 



VIRGILE: 



50 



LES BUCOLIQUES. 



Tum Phaethontiadas 1 musco circumdat amarae 
Corticis 2 , atque solo proceras erigit aluos. 
Tum 3 canit, errantem Permessi 4 ad flumina Gallum 
Aonas in montes 5 ut duxerit una sororum 6 65 

Utque viro Phoebi chorus adsurrexerit 7 omnis; 
Ut Linus 8 haec illi, divino "carminé pastor, 
Floribus atque apio 9 ciïnes ornatus amaro, 
Dixerit : « Hos tibi dant calamos, en accipe, Musae 
Ascraeo quos ante seni 10 , quibus ille solebat 70 



4, Phaethontiadas les sœurs de 
Phaéton, les Héliades, filles du 
Soleil et de Clymène, changées en 
aunes (ici, v. 63) ou en peupliers 
(^n. X, 190); voy. Ovide, Métam. 
II, 340 suiv. — Les flexions — as, 
adis et — is, idis indiquent en 
général la descendance; mais elles 
peuvent aussi marquer un autre 
lien avec la personne au nom de 
qui elles s'ajoutent: Thétis, sœur 
de Titan, est appelée Titanis par 
Ovide, Fast. V, 81. 

2. Musco... Corlicis d'une 
mousse qui est sur l'écorce pour 
dire : une écorce couverte de 
mousse ; cortex, habituellement 
masculin, n'est pas rare au féminin 
en poésie. 

3. Tum Silène accumule et fait 
se succéder les légendes ; ses audi- 
teurs s'attendent à le voir finir ; lui, 
ne s'arrête pas ; et la répétition de 
« alors (= puis) » marque cette 
continuité, ce renouvellement divin 
de l'inspiration. 

4. Permessi fleuve de Béotie, 
prenait sa source au pied de l'Héli- 
con, un des séjours des Muses. 

5. Aonas in montes les mon- 
tagnes de l'Aonie (ici l'Hélicon), 
ancien nom de la Béotie, à cause 
d'un roiAôn qui y avait jadis régné. 
Aones désignait les habitants; 
l'adjectif que l'on joignait aux 
noms de lieux était ordinairement 
Aonius. 

6. Una sororum c'est une des 



Muses; de même chez Properce, II, 
30, 27 et chez Ovide, THst. V, 12, 
45, sorores = Musae. Naturelle- 
ment, le mot peut aussi bien s'ap- 
pliquer à d'autres qu'aux Muses, 
par exemple aux Parques ou aux 
Furies. 

7. Adsurrexerit on se lève de- 
vant quelqu'un en signe d'honneur; 
cf. Iliade, I, 533, tous les dieux 
devant Zeus; — Phoebi chorus les 
Muses. 

8. Linus voy. p. 33, n. 7. Virgile 
lui donne figure de berger à cause 
du cadre bucolique; divino carminé 
est un ablatif de manière qualifiant 
pastor: cf. 5, 45 et 10, 17. , 

9. Apio Tache, plante des ma- 
rais et des bords de ruisseaux; à 
cause de sa résistance, de sa couleur 
d'un vert foncé et du dessin de ses 
feuilles, elle était recherchée pour 
la confection des couronnes; — 
amaro Pline l'Ane, XX, 11, 113: 
sapore acri et fervido . 

40 Ascraeo... seni Hésiode, né 
à Ascra, en Béotie. Au début de sa 
Théogonie, il se représente en 
pâtre sur les pentes de l'Hélicon, 
lorsque les Muses viennent l'invi- 
ter à chanter les dieux et lui remet- 
tent un sceptre fait d'un rameau de 
laurier. Virgile a eu l'idée d'attri- 
buer une semblable aventure à son 
ami Gai lus, invité lui aussi à célé- 
brer un dieu, Apollon, à qui le bois 
de Grynium était consacré, voy. 
v, 72 et 73. Rien de plus — de cer- 



SIXIÈME BUCOLIQUE. 51 

Gantando rigidas deducere montibus ornos 1 . 
His tibi Grynei nemoris" 2 dicatur origo, 
Nequis sit lucus quo se plus jactet Apollo» 
Quidloquaraut Scyllam Nisi 3 , quam fama secuta est 4 
Candi da succinctam latrantibus.inguina monstris 75 
Dulichias 3 vexasse rates et gurgite in aito 
A ! timidos nautas canibus lacérasse marinis ; 6 
Aut ut mutatos Terei 7 narraverit artus, 



tain et d'intéressant — ne se dégage 
de ces vers où l'on a vu beaucoup 
de choses, par exemple que le 
poème sur Grynium aurait été 
imité d'Euphonon ou d'Hésiode. 

1. Deducere ^monlibus ornos 
C'est aux chants d'Orphée qu'est 
assignée d'ordinaire cette puissance 
merveilleuse sur la nature; voy. 3, 
46. 

2. Grynei nemoris bois sacré 
d'Apollon; la ville de Grynium 
était située sur la côte éolienne de 
l'Asie Mineure ; cf. Gryneus 
Apollo, En. IV, 345. 

3. Scyllam Nisi. . . marinis 
(v. 74 à 77). Cette proposition infini- 
tive, qui occupe près de quatre vers, 
dépend de utnarraverit qui est au 
v. 78. — Quid loquar Pourquoi 
dirais-je... ? procédé de style qui 
met de Ja variété dans l'énumération 
et qui en annonce la fin. — Dans la 
tradition ordinaire, Scylla, fille de 
Nisus, roi de Mégare, ayant trahi 
son père par amour pour Minos, 
fut changée en aigrette; la Scylla, 
métamorphosée en monstre marin 
par la jalousie de Circé, était la 
fille de Phorkys. Ovide, Métam. 
VIII, 1 suiv. et XIV, 1 suiv., et 
l'auteur de la Ciris,\. 49 à 91, les dis- 
tinguent nettement; mais le même 
Ovide, Fast. IV, 500, et Properce, 
IV, 4, 39 suiv., comme Virgile ici, 
mêlent les deux fables. On persua- 
dera difficilement que des poètes 
nourris d'alexandrinisme, exacts et 
curieux, aient péché par ignorance 



et fait une confusion que l'écart des 
deux légendes rendrait inexcusable: 
il est probable que les poètes latins 
auront suivi des exemples grecs que 
nous ne connaissons pas, et que 
cette fusion entre les deux Scyllas 
doit remonter aux Alexandrins. 

4. Quam fama secuta est... que 
la réputation a suivie (d'avoir tour- 
menté ie navire d'Ulysse), c'est-à- 
dire à qui s'est attachée la réputation 
d'avoir... 

5. Dulichias de Dulichios, auj, 
Néochori, une des Echinades voi- 
sines d'Ithaque; l'Iliade, II, 625, 
place ces îles sous ia domination 
de Mégès, non d'Ulysse. Comme il 
n'est question que d'un seul vais- 
seau dans l'Odyssée, XII, 205, on a 
le choix de voir ici soit un pluriel 
poétique, soit, de la part de Virgile, 
inadvertance... ou indifférence pour 
une chose peu importante. 

6. Canibus... marinis cette 
Scylla, entourée d'une ceinture de 
chiens marins, est plus récente que 
la Scylla homérique, monstre 
hideux a douze pieds et à six têtes, 
chacune armée d'une triple rangée 
de dents. 

7. Terei Métr. n° 3. Térée, ro; 
de Thrace, ayant épousé une des 
filles de Pandion, roi de i'Attique, 
et eu d'elle un fils, Itys, s'éprit de 
sa belle-sœur; sa femme, par ven- 
gence, tua Itys et fit manger sa chair 
à son père. Quand Térée connut la 
vérité, il se mit à la poursuite des 
deux sœurs, qui s'étaient enfuies : 



52 



LES BUCOLIQUES 



Quas illi Philomela .dapes, qliae dona paràHt,- 
Quo cursu déserta petiverit*, et quibus ante 1 
Infelix sua tecta super 2 volitaverit alis? 
Omnia, qùae, Phoebo quondam méditante 3 , beatus 
Audiit Eurotas jussitque ediscere laùrus 4 , 
Ille canit (pulsae 3 referunt ad sidéra vailes), 
Cogère donec 6 oves stabulis numerumque referri 
Jussit 7 et invito processit Vesper Olympo 8 . 



80 



85 



vïï 



Mélibée est un petit propriétaire campagnard; il a des 
chèvres (v. 7) et des agneaux (v. 15); mais il n'a personne 
pour prendre soin d'eux à son défaut (v. 14 suiv.). Il possède 
un fonds dont il soigne les arbres (v. 6); un jour quïl se 



les dieux alors le changèrent en 
huppe, Itys en chardonneret et les 
tilles de Pandion en rossignol et en 
hirondelle (voy. Ovide, Métam. VI, 
424 suiv.). Mais il règne dans cette 
fable une certaine confusion sur le 
rôle respectif des deux sœurs : chez 
les Grecs, c'est Procné qui devient 
rossignol, Philomèle hirondelle ; 
chez les Latins, .c'est le contraire, 
et généralement ils font de Procné 
la femme de Térée, tandis qu'ici 
chez Virgile, c'est Philomèle. 

4, Ante adverbial : auparavant, 
avant de prendre son vol vers la 
campagne déserte et les bois, 
déserta. 

2. Super placé après tecta, voy. 
plus haut p. 46, note 2. 

3. Phoebo... méditante, cf. i, 
2, musam medilaris. Apollon aima 
Hyacinthe, fils d'Oebalus, roi de 
Sparte; sur les bords de l'Eurotas 
(v. suiv.), il improvisait des chants 
pour lui être agréable. Omnia s'ap- 
plique, non à ce qui précède, mais 
aux sujets traités ensuite, au der- 



nier moment, par Silène, sujets 
que Virgile ne spécifie pas. 

4. Laurus il semble que Virgile, 
qui aux autres cas emploie pour ce 
mot les formes de la deuxième dé- 
clinaison, à l'accusatif pluriel aimait 
mieux la forme de la quatrième; 
toutefois, il y a doute, les mss. ici 
ne prouvant rien. 

5. Pulsae (canin), cf. En. VII, 
701 suiv. : sonat amnis et Asia 
longe Puisa palus. 

6. Donec « jusqu'à ce que ». 

7. Jussit se trouve déjà trois 
vers plus haut; on peut y voir 
quelque négligence. 

8. Invito... Olympo est-ce un 
datif de direction ou un de ces abla- 
tifs dits absolus ? Avec un verbe de 
mouvement, comme processit, la 
première solution est plu.-? probable. 
— L'Olympe, non la montagne, 
mais le ciel et peut-être, en même 
temps que l'espace céleste où s'a- 
vance le soir, le ciel, séjour des 
dieux charmés par ie chant de 
Silène, 



SEPTIÈME BUCOLIQUE. 



53 



livrait à cette occupation, son bouc s'est échappé, ce qui a 
provoqué la dispersion du troupeau. Mélibée, à la recherche 
de ses bêtes, rencontre Daphnis qui lui apprend qu'un con- 
cours poétique va avoir lieu entre le chevrier Corydon et 
un pâtre nommé Thyrsis; il le presse d'y assister; d'ailleurs, 
bouc et agneaux sont, paraît-il, en sûreté (v. 9). Ce Daphnis 
est un berger du pays à qui l'âge et le talent donnent de 
l'autorité en matière de poésie. Il ne faut pas voir en lui le 
héros des pâtres siciliens, le Daphnis de la 5 e Bucolique. 
« Nous ne sommes plus dans cette Sicile de convention qui 
est le théâtre formellement indiqué de la 2 e églogue, vague- 
ment supposé de la 3° et de la 5 e . Nous sommes sur les 
bords du Mincio (v. 12 suiv.) » (A. Cartault, ouvr. cité, p. 182). 
Mélibée s'est laissé tenter; il est venu écouter Thyrsis et 
Corydon, et il nous transmet de mémoire (ne pressons pas 
trop la vraisemblance) le chant amébée des deux pâtres, qui 
échangent par six fois des couplets de quatre vers. Daphnis 
adjuge le prix à Corydon. 

La 8° Idylle de Théocrite donnait à Virgile l'exemple d'un 
chant amébée par quatrains; il s'est souvenu aussi en quel- 
ques passages des Idylles 7,9 et 11; mais la petite scène, si 
pittoresque, du début et l'idée de faire raconter la lutte par 
Mélibée appartiennent au poète latin, et, comme dans la 
3 e Bucolique, les sujets traités par les deux pâtres sont pure- 
ment littéraires. - 

Cette pièce peut être de l'an 40 av. J.-C'. 



MELIBOEUS 



Forte sub arguta 1 consederat ilice Daphnis 2 , 
Compulerantque grèges Corydon et Thyrsis in unum, 
Thyrsis oves, Corydon distentas lacté capellas^, 
Ambo florentes aetatibus 4 , Arcades 5 ambo, 



4. Arguta sonore; le feuillage 
vibre et chante sous l'action de la 
brise. 

2. Daphnis un berger, en qui il 
ne faut pas voir le Daphnis de 5, 20 
suiv. 

3. Distetitas lacté capellas (cf. 
4- 21 suiv li = capellas quarum 



ubera lacté dis'tenta crant. 

4. Ambo florentes aetatibus en 
prose ambo florente aetate. Le plu- 
riel aetates ne s'emploie ordinaire- 
ment que pour dire les générations, 
les siècles. 

5. Arcades Arcadiens, non de 
naissance, mais par leur ta'ent dans 



64 



LES BUCOLIQUES. 



Et cantare pares, et respondere parati 1 . 

Hue 2 mihi s , dum teneras defendo 4 a frigore myrtos, 5 

Vir gregis ipse caper 5 deerraverat, atque 6 ego Daphnim 

Aspicio. 111e ubi me contra videt : « Oeius, inquit, 

Hue ades 7 , o Meliboe ! caper tibi salvus et haedi, 

Et, siquid cessare potes, requiesce sub umbra. 10 

Hue ipsi 8 potum venient per prata juvenci 9 , 

Hic virides tenera praetexit harundine ripas 

Mincius 10 , eque sacra résonant examina quercu". » 



la musique et la poésie champêtres; 
cf. 10, 31 suiv. et voy. plus haut la 
p, 33, note 10. 

4. Et cantare pares, et respon- 
dere parati pour ces infinitifs 
régimes d'adjectifs ou de participes, 
voy. p= 35, note 1, et pour le sens, 
5, 1 et 10,32suiv. — Cantare pares 
signifie qu'ils sont d'égale force 
dans le chant, et parati, portant sur 
respondere seulement, a sa raison 
d'être : le rôle de celui qui réplique, 
dans le chant amébée, est plus dif- 
ficile et demande plus de prépara- 
tion antérieure et générale, plus 
d'exercice dans le métier; voy. Arg. 
de la 3' Buc.^ 

2. Hue, ici, à l'endroit où est 
Mélibée; mais c'est l'adverbe de 
mouvement, parce qu'il se rattache 
à deerraverat (v. suiv.). 

3. Mihi datif dit éthique ou mo- 
ral; il indiqueque le fait mentionné 
a de l'intérêt pour une personne 
(ici, Mélibée) qui ne figure pas au- 
trement dons la phrase. 

4. Defendo l'indicatif présent 
après dum, bien que le verbe de la 
proposition principale soit au passé ; 
régulier lorsque dum, comme ici, 
veut dire : « dans le même temps 
que ». — Mélibé protégeait ses 
myrtes contre lf froid, sans doute 
en les recouvran/ de nattes de 
paille. 

5. Vir gregis ipse caper cf. 



Théocr., 8, 49 et Horace, Odes, 1,17, 
7 ; — Deerraverat très juste emploi 
du préfixe de — pour marquer le 
détachement d'une partie d'un tout 
cf. p. 4, note 6. Le bouc s'est dé- 
taché du troupeau qui, lui, s'en est 
allé au hasard. C'est pourquoi 
Daphnis (voy., un peu plus bas, au 
v. 9) juge devoir rassurer Mélibée 
sur les chevreaux, comme sur le 
bouc. 

6. Atque marque le passage à 
quelque chose de différent : « Et 
voilà que j'aperçois Daphnis... ». 
Ce n'était pas en effet pour le ren- 
contrer, mais pour retrouver les 
chèvres que Mélibée venait dans ces 
parages. 

7. Hue ades, voy. p. 13, note 7. 

8. Ipsi d'eux-mêmes, cf. 4, 21«; 
il n'est pas nécessaire de s'occuper 
d'eux. 

9. Juvenci probablement les 
bœufs de Mélibée, qui pouvait être 
à la fois chevrier et bouvier; voy. 
en effet 3, 26 et 29. 

10. Tenera. . . Mincius cf. Géorg. 
III, 14 suiv. Le Mincio prend sa 
source dans les Alpes, non loin de 
Mantoue, et avant d'aller grossir le 
Pô, forme le lac de Garde, lacus 
Benacus dans l'Antiquité. 

11. Eque sacra... qùercu le 
chêne est dit sacré parce que c'est 
l'arbre de Jupiter, du Zeus de Do- 
doae ; cf. Géorg. II, 16 et III, 332. 



SEPTIÈME BUCOLIQUE, 



55 



Quid facerem? 1 neque eg-o Alcippen nec Phyllida* ha- 

bebam, 
Depulsos a lacté domi quae clauderet agnos; 15 

Et certamen erat, Corydon cum Thyrside 3 , magnum ! 
Posthabui tamen illorum mea séria ludo. 
Altérais igitur contendere versibus ambo 
Coepere; alternos Musae meminisse 4 volebant. 
Hos Corydon, illos referebat in ordine 5 Thyrsis. 20 



CORYDON. 



Nymphae, noster amor, Libethrides 6 , autmihi carmen 
Quale meo Codro 7 concedite (proxima Phoebi 8 
Versibus ille facit) ; aut, si non possumus omnes 9 , 
Hic arguta sacra pendebit fistula pinu lu . 



THYRSIS. 

Pastores, hedera nascentem ornate poetam, 



25 



1. Quid facerem? Qu'aurais-je 
fait? Cf. 1, 40. 

2. Alcippen nec Phyllida des 
servantes, la première de Corydon, 
la seconde de Thyrsis; voy. en effet 
le v. 59 ou Corydon dit Phyllidis 
nostrae. 

3. Corydon cum Thyrside ap- 
position à certamen; quant à 
magnum, il est attribut. 

4. Meminisse dans un sens ana- 
logue à meditari, cf. 6, 82 : Phoebo 
méditante; 1,2: musam medi- 
taris. Virgile aime à conserver aux 
mots leur sens étymologique et 
nncien ; dans ceux comme memi- 
nisse (racine men — ), ce n'était 
pas, à l'origine, l'idée de souvenir 
qui dominait; ils représentaient les 
opérations- de la pensée en général, 
et ce n'est que par la suite qu'on 
les a restreints à celles de la mé- 
moire. 

5. In ordine on disait aussi or- 
dine t ex ordine, inordinem, et ces 



expressionsne sont séparées quepar 
des nuances, parfois difficiles à fixer. 

6. Libethrides du Libéthros 
(appelé aussi Libethra et Libe- 
thron); grotte de l!Hélicon d'où 
jaillissait une source. 11 n'est pas 
certain que Nymphae Libeth)-ides 
désigne les .Muses, bien qneVarron 
identifie en effet les Muses et les 
Nymphes; car les sources étaient 
aussi invoquées par les poètes 
comme inspiratrices; voy. plus loin 
10, i, Arethusa, et dans le Culex, 
v. 18 suiv. 

7. Codro, voy. p. 36, note 1. 

8. Proxima Phoebi le génitif 
avec proximus est moins fréquent 

3ue le datif; il n'est pas nécessaire 
e sous-entendre carmina. 

9. Si non possumus omnes 
(cf. 8, 64) à savoir talia versibus 
facere; pour facit, voy. Métr, 
n°5. 

10. Sacra... pinu le pin était 
consacré à Pan, cf. Properce, I, 18, 



■af. 



LES BUCOLIQUES , 



Arcades S mvidia rurapantur ut ilia Codro; 
Aui, si ultra placitum laudarit 2 , baccare frontem 
Cingite, ne vati noeeat i&ala \mgm futuro. 



CORYDON, 

Saetosi caput hoc apri tibî, Délia 3 , parvus 
Et ramosa Micon vivacîs cornua cerviA 
Si proprium 5 hoc fuerit, levi de marmore tota 
Puniceo stabis suras evineta eoturno 6 . 



30 



20 : Arcadio pinus agiota deo. 
Quand on renonçait à une profes- 
sion, ion suspendait aux parois d'un 
temple ou au tronc d'un arbre 
sacré l'instrument de travail qui ne 
tievait plus servir ; — fistula, voy. 
p. 2, n. 3. 

1. Arcades grammaticalement 
se rattache a pas tores du v. préc, 
mais il est bien placé où il est 
(pour ne rien dire de la grâce de 
I Incise hedera — poetam et du tour 
de style) : c'est à cause de la qua- 
lité des juges, des Arcadiens (voy. 
p. 53, note 5), que le jugement 
sera si dur à Codrus. 11 nefautdonc 
pas dans la traduction, rapprocher 
Arcades de pastores, et l'on y 
parvient aisément en répétant ce 
dernier mot : «. Pâtres, ornez de 
lierre le front du poète naissant, 
pâtres d'Arcadie, afin que Codrus 
en ait les rems cassés par l'envie. » 
— Nascentem... portam [\. préc), 
c'est lui-même que Thyrsis désigne 
ainsi. 

2. Si h.ïtra placitum laudarit 
(sujet Codais, régime poetam, l'un 
et ' autre s -ent.), la louange exa- 
gérée, .romque, ne peut que nuire 
et .es Anciens ïa tenaient même 
cour un ma.efiee, parce qu'elle 
évei:.3,t .a ja.ousie des dieu? et 
attirait leur eoje.re sur sehu qu'on 
avait trop îoué. Voi.a pourquoi 



Thyrsis veut qu'on hii ceigne le front 
des feuilles du baccar, plante qui pré- 
servait des enchantements; voy. 
p. 30, n. 13; — ultra placitum au 
delà de ce qui plairait, de la juste 
mesure. 

3. Délia Diane, cf. page 22, 
note 3. Corydon se transforme en 
Micon, jeune berger, et lui prête 
une épigramme votive à la déesse. 
Le verbe est l'objet d'une ellipse, 
comme souvent dans les inscrip- 
tions; cf. En. III, 288. 

4. Vivacis... cervi la longévité 
du cerf étajt passée' en proverbe, cf. 
Juvénal, 14, 251: longa et cervina 
senectus ; mais, ici, cette épithète 
est choisie pour la circonstance, 
comme saetosi (y. préc), appliqué 
au sanglier: Micon fait entendre 
que, toutjeune chasseur, parvus, 
il a tué des bètes âgées et fortes. 

5. Proprium, cf. En. I, 73; ce 
qui appartient en propre, ce qui est 
personnel et à demeure; — hoc ce 
que vient de dire Micon, généralisé: 
le succès à la chasse. 

6. Puniceo... cotumo, cf; En. 
I, 337; ici, il s'agit d'une statue 
peinte; et ce ne sera pas un simple 
buste, mais une statue en pied, tota 
stabis; — evineta à cause des 
courroies qui retenaient la chaus- 
sure, en se liant et se serrant sur 
la jambe. 



SEPTIÈME BUCOLIQUE. & 

THYRSIS 

Sinum 1 lactis et haec te liba, Priape, quotannis 
Exspectare sat est : custos es pauperis horti. 
Nunc te marmoreum pro tempore fecimus; at tu, 55 
Si fetura gregem suppleverit, aureus esto 2 . 



CORYDON. 



Nerine Galatea 3 , thymo mihi dulcior Hyblae, 
Gandidior cycnîs, hedera formosior alba 4 , 
Cum primum pasti répètent praesaepia tauri, 
Siqua tui Corydonis habet te cura, venito 8 . 



kO 



THYRSIS. 



Immo 6 ego Sardoniis videar tibi amarior herbis" 
Horridior rusco 8 , projecta vilior alga 9 , 



1. Sinum un grand vase, ne 
différant de la coupe, poculum, que 
par la taille (Varron, Ling. lai. IV, 
26). Thyrsis obéit aux lois' du 
chant amébée en simulant à son 
tour une épigramme votive (d'un 
vieux jardinier à Priape, dieu des 
jardins), et en renchérissant sur la 
valeur de l'offrande. Il y met de 
l'ironie à l'adresse de son rival, 
dont la statue de marbre à Diane 
est d'un luxe exagéré pour la cam- 
pagne : lui ne se contente pas, pour 
Priape, d'une statue de marbre 
(v. 35 et 36) ; il lui en dressera une 
en or, tout au moins dorée. 

2. Esto amené par le futur de la 
proposition conditionnelle, -supple- 
verit. Il ne faut pas dire que esto 
est pour eris ; sans doute, le sens 
en souffrirait peu ; mais dans l'em- 
ploi de l'impératif, il y a une 
nuance : au lieu de «. tu seras », 
c'est « je veux que tu sois ». 

3. Nerine Galatea Sa Nymphe 
marine Galatée, fille de Nérée, 
N-rçp^vY), que Théocnte, dans ses 
idylles 6 et lt, montre aimée de 
Polyphème. Corydon choisi t, cette 



amante imaginaire comme une des 
plusr glorieuses pour lui. et Virgile 
y voit une occasion de rappeler des 
vers de Théocrite, 11, 9 suiv.; — 
Hyblae cf. page 6, n. 10. 

4. Hedera... alba Pline l'An- 
cien, XVI, 34, 62, distingue le lierre 
sombre et le lierre pâle, cand.ida 
aut nigra; ef. 3, 39, 

5. Venito cf. plus haut, n. 2. 

6. Immo opposition et grada- 
tion. 

7. Sardoniis... herbis la renon- 
cule sarde, plante dont le jus, très 
amer, provoquait des spasmes et des 
contractions de la bouche ressem- 
blant au rire, d'où l'expression « un 
riresardonique », un rire amer. 

8. Ruseo le fragon, plante épi- 
neuse comme le houx; cf. Géorg. II, 
413. 

9. Vilior alga cf. Horace, Sat. 
II, 5, 8 ; ce devait être une expres- 
sion proverbiale ; — projecta jetée 
par ia mer sur le rivage ; elle s'y cor- 
rompt et ne sert à rien {alga inu- 
lili, Horace, Odee III, 1 7, 10) ; pour- 
tant si, comme il semble U s'agit 
du varech, c'est un bon engrais, et 



58 



LES BUCOLIQUES. 



Si mihi non haec lux toto jam longior anno est. 
Ite domum pasti, siquis pudor 1 , ite juvenci. 



CORYDON. 



Muscosi fontes et somno 2 mollior herba, 
Et quae vos rara viridis tegit arbutus timbra 5 , 
Solstitium pecori defendite 4 ; jam venit aestas 
Torrida, jam lento 5 turgent in palmite gemmae. 



kb 



THYRSIS. 



Hic focus et taedae pingues, hic plurimus ignis 
Semper, et adsidua postes fuligine nigri 6 ; 
Hic tantum Boreae curamus frigora, quantum 
Aut numerurn lupus 7 aut torrentia flumina ripas. 



50 



CORYDON. 



Stant et juniperi et castaneae hirsutae 8 ; 

Strata jacent passim sua quaeque 9 sub arbore poma. 



l'on peut s'étonner que les Anciens 
l'aient négligé. 

4. Si çms pudor (estvobis) les 
bœufs devraient avoir honte de 
manger au delà de la mesure. 

1. Somno ablatif : l'herbe plus 
douce que le sommeil, cf. Théocr., 
5, 51 : eipta uitvto (génitif dorien) 
;j.aXaxd)Tepa. 

3. Et quae vos tegit arbutus 
umbra la construction normale 
serait arbute quae tegis...; voy. des 
nominatifs prenant la place de voca- 
tifs. En. VIII, 77 etXI, 464 ; — rara 
l'arbousier n'est pas touffu; ses 
feuilles sont petites et peu rappro- 
chées. 

4. Solstitium pecori defendite 
cf. Horace, Odes, I, 17, 3 : Défendit 
aestatem capellis ; Cicéron, Post 
red in sen. 8, 19 à la fin : servi- 
tutem depulit civitali. Ce sont là, 
comme ici pecori, des datifs d'avan- 
tage. 



5. Lento « flexible » probablement; 
Servius l'explique, au sens de 
« lente » par le climat froid de la 
Vénétie qui retarde la vigne. 

6. Postes fuligine nigri la 
porle est noire de suie, parce que 
c'est par là que s'échappe la fumée; 
les maisons des paysans n'avaient 
pas de cheminée; parfois, le toit 
était percé d'une ouverture, la 
-/.azvcôdy.T] ou xaTrvoOd/Tj des 
Grecs. 

7. Aut numerurn lupus le loup 
ne s'effraie pas du grand nombre 
des brebis. Ne pas entendre : ne 
s'inquiète pas qu'on ait compté les 
brebis. 

8. Stant... Métr. n" 8'et 10; — 
castaneae hirsutae les châtaigniers 
sont dits hérissés à cause des coques 
piquantes de leurs fruits. 

9. Sua quaeque les fruits gisent 
à terre, chaque espèce sous l'arbre 
qui est à elle, qui la produit. 



SEPTIÈME BUCOLIQUE. 



Omnia nunc rident : at, si formosus Alexis' 
Mont.bus h,s abeaf, videas et flumina slcca. 

THYRSIS. 

Aret ager; yitio moriens sitit aeris herba; 
Liber» pampmeas mvidit* collibus umbras 
Phyl idzs ; adventu nostrae nemus omne vTrtbit 
Juppiter* et laeto descendet plurimus tabri ' 

CORYDON. 

Populus Alcidae gratissima», vitis Iaccho 
Formosae myrtus Veneri, sua laurea Phwbo ■ 
Phylbs amat corylos; illas dmn Phyllis amabit 
Nec myrtus vmcet corylos, née laurea Phoet 

THYRSIS. 

Fraxinus in silvis pulcherrima, pinusMn hortis 
Populus m fluviiss, abies in moû P tlbu S s a ^ is h : ° rtlS ' 



55 



60 



65 



i. Alexis ce nom vient ici sans 
doute par souvenu- de la y B 3 

quesmaïscelanefa.tpasquelesdeux 
Cordon so.ent un même person- 

hr?„ n Abeat le verbe ahi re, dans la 
f onne prose, ne se trouve pas cens 

srci aV av C J' abiatif . Sei,1 ' C0 ^e " 
auelmU m onlibus; sauf dans 
quelques expressions politiaues • 
ab^recpnsulatu, magistral ' 
£ -Liber dieu italique, assimilé 
dU, C a ™ US; à rWgin?, protecteur 
fécondiTf 6 - et leur «^nt la 
j te ! es instruments et objets 
servant a faire le y in lui étaient con- 

4 Invidit envier une chose à 
quelqu , un, pour dire :1a lui refuser 

234 .vïïF-J' 5 °- 8 Suiv -^.IV; 
^4, VIII, 502 suiv .;X1 ,43 

0. Juppiter le dieu des phéno- 



mènes célestes, au figuré le ciel 
ntTZ 9VeC h ,e - S maû 'festations dl 

plui -r P rï eriq f' comme ici 'a 
piuie, cl . Georg. I, 418 :Jurmitè$ 

6- Populus Alcidae qmtissim a 

e peup ,er était consacré à HeïïSï 

(Héraclès, petit-fils d'Alce ? e) y v 

Theocr., 2, 121 ; cf. Géorn U «/.* 

En VTTT 07« . rr ^ KO V9- II. 66; 

23; Phèdre, III, i7 ; 4 &d >*>'» 

7. Pinus c'est 'le' pin qu'Ovide 

désigne sous le nom de pilu! 

$&&& Uî > 692 ; «3 

des fleuves, cf. Pline l'Ane, XVI, 



60 



LES BUCOLIQUES. 



Saepius al si me, Lycida formose, revisas, 
Fraxinus in silvis cedat tibi, pinus in horlis. 



MELIBŒUS. 



Haec memini, et victum frustra eontendere Thyrsim 1 . 
Ex illo Corydon Corydon est tempore nobis 2 . 70 



VIII 

En quelques vers (1 à 5), Virgile pose le sujet : il va re- 
produire les poèmes qu'Ai phésibée et Damon, deux bergers, 
chantèrent un jour, à l'admiration de la nature entière : 
les prés et les rivières, les troupeaux et même les lynx 
(voy. p. suiv., n. 4). Il n'y a pas de préambule narratif; on trouve 
seulement dans les v. 14 à 16, l'indication de l'heure mati- 
nale; on voit l'attitude de l'un des pâtres, Damon appuyé sur 
son bâton d'olivier. Mais; auparavant, les v. 6 à 13 sont 
consacrés à une belle dédicace, oratoire et pathétique, à 
Pollion; celui-ai, sans être nommé, est clairement désigné. 
Il venait de battre les Parthines, peuple de la Dalmatie, et il 
allait recevoir les honneurs du triomphe, au mois de novem- 
bre de l'an 39 av. J.-C; le poème peut donc être daté de 
l'automne de cette même année. 

Les chants des deux pâtres ne retracent pas du tout des 
aventures ou des sentiments personnels : ce sont des fantai- 
sies littéraires. Damon imagine la plainte d'un chevrier épris 
de Nysa, dédaigné par elle pour un grossier rival, Mopsus; 
il annonce que, par désespoir, il va se jeter dans les flots. 
Àlphésibée fait parler une bergère qui, aidée de sa servante, 
essaie, à l'aide d'incantations et cérémonies magiques, de 



1. Haec memini et victum cons- 
truction asymétrique rie verbe me- 
mini commande à la fois haec et la 
proposition infinitive Thyrsim eon- 
tendere. 

2, Ex illo Corydon.,. «depuis 



ce temps-là, Corydon est pour nous 
Corydon », c'est-à-dire qu'il est 
devenu, pour tous les pâtres du 
pays, le Corydon dont le nom évo- 
que l'idée d'une supériorité incon- 
testable dans la poésie champêtre. 



HUITIÈME BUCOLIQUE. 



Gl 



ramener à elle Daphnis qu'elle aime et qui est infidèle; elie 
termine sur des paroles d'espérance. 

Ces deux morceaux constituent un chant amenée : chacun 
d'eux est de 46 vers. Us sont divisés par un refrain eu cou- 
plets symétriques pour le nombre des vers, du moins les 
sept premiers (4 vers, puis 3, 3, 2, 4, o et 3) : les trois der- 
niers ne correspondent plus exactement d'un chant à l'autre: 
Damon dit 4 vers, puis 5, puis 3; Alphésibée, 5 vers, puis 3, 
puis 4. On s'est demandé si le refrain est un prélude ou une 
conclusion, s'il se rattache aux vers qui suivent ou à ceux 
qui précèdent; la seconde solution semble plus probable. 

Le chant de Damon, s'inspire, comme le 2 e Bucolique, des 
Idylles 3 et 11 de Théocrile; celui d'Alphésibée est une imi- 
tation de la 2° Idylle, et c'est de là qu'est venu à la 8 e Buco- 
lique le titre, dans (es éditions, de Phai -maceutria, y| <ï>ap- 
ÈMMteGiJpftr, la Magicienne. 



Pastorum Musam Damonis et Alphesiboei 1 , 
Immemor herbaruin quos est m ira ta juvenca 9 
Certantes, quorum stupefaclae carminé 3 lynces 4 
Et mutai a suos requierunt flumina cursus 5 , 
Damonis Musam dicemus et Alphesiboei. 
Tu mihi 6 , seu magni superas jam saxa Timavi 7 , 



1. Pastorum musam... non la 
muse des pâtres Damon et "Alphé- 
sibée, mais « la muse pastorale » de 
Damon et d'Alphésihée ; cf. plus 
loin t. 18 et la note à coojugig 
amore, p. 62, note 12. 

2. Juvenca singulier collectif. 

3. Quorum carminé cet ablatif 
"de cause dépend à la fois de stupe- 

factae (sunt), et de requierunt. 

4. Lynces le lynx est un animal 
de l'Afrique ; mais le paysage est 
à demi imaginaire; d'ailleurs, Calli- 
maque (Dian. 89). montrait déjà le 
lynx sur leMénale, mont d'Arcadie. 

5. Suos... cursus est sans aucun 
doute le régime, non de mutata. 
mais de requierunt, transitif par 



une exception qui n'est pas très rare 
en poésie; -~ mutata s'explique 
très bien : les.cours d'eau changent 
d'aspect puisqu'ils deviennent im- 
mobiles au lieu de s'écouler vers 
leur embouchure. 

6. Tu (Pollion, voy. Arg.) mihi 
dâlff dit éthique, cf., p. 54, note 3. 

7. Magni saxa... Timavi le 
Tïmave, fleuve qui sépare -l'Istrie et 
la Vénétie et se jette dans le golfe 
de Trieste. Il prend sa source dans 
une région montagneuse (d'où 
saxa), puis forme une large nappe 
d'eau, cf, En. I, 244 (d'où magni 
et superare, ce dernier mot pou- 
vant aussi être suggéré par les rive» 
escarpées et rocheuses), 



62 



LES BUCOLIQUES. 



Sive oram Illyrici legis aequoris 1 , en erit umqcam 2 
Ille dies, mini cum liceat tua dicere facta? 
En erit, ut liceat totum mihi ferre per orbem 
Sola Sophocleo tua carmina digna coturno 5 ? 10 

A te principium, tibi desinet 4 . Accipe jussis 
Carmina coepta tuis 5 , atque hanc sine temporacircum 
Inter victrices hederam tibi serpere laurus 7 . 
Frigida vix caelo noctis decesserat umbra, 
Cum ros in tenera pecori gratissimus herba 8 , 15 

Incumbens tereti Damon sic coepit olivae 9 : 
« Nascere, praeque diem venieus 10 age,Lucifer,almum **, 
Conjugis indigno Nysae deceptus amore 12 - 



i. Oram Illyrici legis aequoris 
il s'agit de suivre sur terre les bords 
de la mer, nullement de côtoyer le 
rivage sur une flotte; il y aurait 
oram liloris, non oram aequoris. 

2. En eritumquam sur la valeur 
de ce mouvement, voy. p. 7,n. 8. 

3. Sola... coturno tes vers seuls 
(chez les Romains) dignes de So- 
phocle, c'est-à-dire tes tragédies 
seules à la hauteur de celles de So- 
phocle; le cothurne, chaussure de 
l'acteur tragique, pour dire la tra- 

■gédie, cf. Horace, Odes, II, 1, 11 et 
Artpoét. 80. 

4. Desinet employé comme 
verbe impersonnel, ou bien l'on 
peut sous-entendre comme sujet 
carmen; vôy. N. erit. ; — tibi 
datif d'avantage, en ton honneur. 

5. Jussis... tuis sur ton invita- 
tion. 

6. Circum après tempora, voy. 
plus haut p. 46, n. 2; — sine construit 
avec une proposition infînitive; 
plus loin, 9, 43 avec le subjonctif. 

7. Laurus (voy. p. 52, n. 4) les 
lauriers militaires de Pollion, vic- 
trices, non ses lauriers de poète, 
— serpere se glisser; dans cette 
expression, qui convient par elle- 
même aux plantes grimpantes comme 
ïe herre ? il peut ^y avoir une inten- 



tion de modestie, comme il y en a 
une dans h choix du lierre; voy. 
en effet p. 29, note 2, à la fin. 

8. Cum ros... ce vers reparaît 
dans les Géorgiques, III, 326 (et au 
lieu de cum au début). 

9. Incumbens... olivae s'ap- 
puyant sur son bâton de bois d'oli- 
vier, cf. Théocr.., 3, 38 et 7, 18 (et 
peut-être Ovide, Métam. II, 681), 
attitude de berger souvent repro- 
duite par les arts plastiques; — 
tereti (lisse, poli) confirme cette 
interprétation. On invoque à tort, 
pour soutenir que Damon s'appuie- 
rait contre un tronc d'olivier, ^n. 
VI, 207, où se lit tereies truncos i 
ce sont d'autres arbres que l'olivier, 
dont le tronc est rugueux. 

10. Prae — veniens tmèse, cf. 
plus haut 6, 6, super — erunt, et 
voy. Métr. n° 4. 

11 Diem... almum la douceur 
bienfaisante du jour fait contraste, 
avec la tristesse sombre de l'amant 
deNysa qui s'apprête à mourir; voy. 
v. 20 et 58 suiv. 

1 2 . Conjugis . . . amore = conju- 
gali amore, comme au v. 1 : car- 
mina pastorum = carmina pas- 
toralia. Le berger épris de Nysa 
l'aimait comme une épouse, avec 
l'intention de faire d'ell e son épouse 



HUITIÈME BUCOLIQUE. 



63 



Dum queror, et divos, quamquam nil testibus illis 
Profeci. *, extrema moriens tamen adloquor 2 hora. 20 

Incipe Maenalios 3 mecum, mea tibia 4 , versus. 
Maenalus argutumque 5 nemus pinosque loquentes 
Semper habet; semper pastorum ille audit amores, 
Panaque, qui primus 6 calamos non passus inertes 7 . 

Incipe Maenalios mecum, mea tibia, versus. 25 

Mopso Nysa datur 8 : quid non speremus amantes 9 ? 
Jungentur jam grypes 10 equis, aevoque sequenti 
Gum canibus timidi venient ad pocula dammae 11 . 



cf. v. 30 suiv. ; — le génitif Nysae 
doit être objectif, l'amour pour 
Nysa; indigno un amour qui n'ob- 
tient pas ce dont il est digne, qui 
n'est pas payé de retour; cf. 10, 10. 

1. Quamquam ml... « bien 
qu'il ne m'ait servi de rien de pren- 
dre les dieux à témoin (de nos ser- 
ments) ». 

2. Adloquor je m'adresse aux 
dieuxpour les invoquer encore, pour 
me plaindre à eux (non pour les ac- 
cuser). 

3. Maenalios du Ménale, c'est-à- 
dire bucoliques; le Ménale, dont il va 
être question dans les trois vers 
suiv., était une montagne d'Arcadie, 

,un des séjours aimés de Pan, v. 24. 

4. Tibia la flûte, cf. p. 2, n. 3; 
exactement, c'est le nom d'un ins- 
trument dont on se servait dans les 
cérémonies religieuses et les repré- 
sentations de théâtre; — mecum 
cf. Horace, Odes, I, 32, 2 (il s'adresse 
à la lyre) : Lusimus tecum. 

5. Argutum ici le bois est dit 
sonore, non, comme dans le v. 1 de 
7, à cause de la brise qui agite son 
-feuillage, mais à cause <<p chant des 
bergers dont il retentit \ et loquen- 
tes procède de la même idée. 

6. Panaque qui primus... cf. 
lev. 32, delà 2" Bue. et la note. 

7. Inertes jamais l'emploi de ce 
mot, dans sa nuance exacte d'éty- 
mologie, ne s'est trouvé mieux à 



propos : Pan a fait un instrument 
d'art de la flûte, auparavant iners 
(de ars et in— privatif). 

8. Mopso Nysa pour le rap- 
prochement des deux noms, cf. 3,25, 
tu ilium? — datur elle lui est 
donnée en mariage ; on disait aussi 
traditur. 

9. Amantes en apposition knos 
contenu dans speremus ; ce verbe 
au sens conditionnel : Après cela, 
à quoi ne nous attendrions-nous 
pas, nous les amants? à quoi d'in- 
vraisemblable et de monstrueux? — 
Sperare, à la différence du français 
« espérer » peut s'appliquer à "des 
prévisions tristes ou fâcheuses; 
ainsi En. IV, 419. 

10. Grypes les griffons, animaux 
fabuleux ayant le corps du lion et 
les ailes de l'aigle, représentés sur 
des monuments assyriens et per- 
sans. Ils gardaient, en Scythie, des 
mines d'or dont voulaient s'emparer 
les Arismapes, personnages mythi- 
ques n'ayant qu'un œil ; et comme 
ces Arismapes étaient des cavaliers, 
les griffons et les chevaux étaient 
respectivement ennemis ; — jun- 
gentur seront attelés au même 
joug. 

11. Dammae ordinairement fé- 
minin ; Qumtilien, IX, 3, 6, en 
constatant ici, comme Géorg. III, 
539, la leçon timidi, ajoute que 
l'emploi de l'un ou l'autre genre 



64 



LES BUCOLIQUES. 



Incipe Maenalios mecum, mea tibia, versus. 
Mopse, no vas incide faces : tibi ducitur uxor 1 ; 30 

Sparge, marite, nuces 2 : tibi deserit Hesperus Oetam 5 

Incipe Maenalios mecum, mea tibia, versus. 
digno conjuncta viro 4 , dum despicis omnes, 
Dumque tibi est odio mea fistula dumque capellae 
Hirsutumque supercilium promissâque barba 6 , 35 
Nec curare deum credis mortalià quemquam. 

Incipe Maenalios mecum, mea tibia, versus. 
Saepibus in nos tris e parvam te roscida mala 
(Dux ego vester eram) vidi cum matre legentem 7 ; 



est légitime ;— ad pocula on peut 
y voir l'équivalent de ad potum et 
rappeler que ce mot est mis parfois 
moins pour dire là coupe que 
pour son contenu : mais il est plu/; 
satisfaisant (Cf. Géovg. III, 529) de 
considérer que pocula désigne 
l'endroit du cours d'eau où les 
afiimaux vont boire comme dans 
une coupe. 

1. Ducitur uxor ce sont les 
cérémonies du mariage romain. La 
nouvelle mariée était conduite chez 
son époux à la lueur des torches; 
c'est pourquoi Mopsus est invité à 
en couper (incide faces), qui 
seront récentes, toutes neuves ; — 
tibi datif d'avantage (ne pas enten- 
dre un datif de direction — ad 
te). 

2. Sparge... le marié jetait .aux 
enfants des noix, pour marquer qu'il 
renonçait à leurs jeux ; cf. Catulle, 
60, 128 suiv. 

3. Tibi deserit Hesperus Oetam 
Hesperus, l'étoile du Berger, la 
même que Lucifer, cf. v. 17; elle 
change de nom selon qu'il est 
matin ou soir: Lucifer, le matin; 
le soir, Hesperus. Elle quitte 
TCEta, sur lequel elle vient d'appa- 
raître, pour monter dans le ciel ; 
c'est alors que Nysa est conduite 
chez Mopsus, et Te berger, de qui 
Damon reproduit la plainte, se 



transporte par la pensée à ce mo- 
ment â Venir. L'CEta ferme l'horizon 
à l'est de la Thessalie ; cela ne 
signifie pas que la scène se passe 
dans ce pays. ..c'est simplement une 
périphrase pour dire, à la mode 
hellénique le déclin du jour, et 
qui semble de tradition dans l'Epi- 
th'alame ; ainsi Catulle, 62,7. 

4. Digno... viro « un époux 
digne de toi» ; par ironie; Mopsus 
est un pâtre grossier et méprisable; 
voy, en effet, un peu plus haut, les 
vers -26 et suiv. 

5. Capellae... supercilium..* 
barba suppléez sunt odio ; cf. 
Théocf. 3,7 suiv., où npoYéveioç 
a inspiré ici promissa. 

6. Saepibus in nostris dans 
nos- haies, c'est-à-dire dans notre 
enclos, notre jardin, 

7. Cum matre.,. Servius le 
demande si c'est la mère de Nysa 
ou celle du berger ; et certains 
éditeurs veulent que ce soit la mère 
du, berger parce qu'il en est ainsi 
dans l'idylle 11 de Théocrite, v. 25 
<?uïv. Mai? le berger n'aurait pas eu 
à guider sa mère dans leur prepre 
jardin (Dux ego vester eram) ; et 
si Virgile avait voulu le dire, il se 
serait fort mal exprimé : gramma- 
ticalement, en l'absence de pronom, 
dans cum matre legentem, la 
mère est celle de la personne qv&e 



HUITIÈME BUCOLIQUE. 

Alter ab undecimo tum me jam acceperat annus 1 
Jam fragiles poteram ab terra contingere ramos 
Ut 2 vidi, ut perii! ut me malus abstulit error' 

Incipe Maenalios mecum, mea tibia, versus 
Nunc scio 3 quid sit amor : duris in cotibus illûm 
Aut Tmaros, aut Rhodope % aut extremi Garamantes * kb 
Nec genens nostri puerum nec sanguinis edunt 6 

Incipe Maenalios mecum, mea tibia, versus 
Saevus Amor docuit natorum sanguine matrem? 
Commaculare manus; crudelis! tu quoque, mater r 
Crudelis mater magis, an puer improbus s ille ? ' 50 
Improbus îlle puer; crudelis tu quoque, mater 

Incipe Maenalios mecum, mea tibia, versus 



05 

40 



legit, qui cueille les fruits, la mère 
de Nysa. 

i. Alter ab undecimo... an- 
nus la douzième année; cf. 5,49 et 
la note. Servais se trompe quand 
il dit la treizième, l'autre année à 
partir de (= après) la onzième ,est 
bien la douzième ; alter ne signifie 
le « second » que par rapport à un 
premier terme, et ce premier terme 
est ici undecimo. 

2. Ut temporel, « dès que » ; 
les deux ut qui suivent, exclamatifs 
« comme... ! » cf. Théocr. 2,82 et 
3,41 suiv: ; —perii Métr. n° 8. 

3. Scio Métr. n° 2, à la fin. 

4. Tmaros.-.. Rhodope mon- 
tagnes l'une de l'Epire au-dessus 
de Dodone (auj. Tomaro), l'autre 
de la Thrace, cf. 6,30; — Métr 
n°8. 

5. Extremi Garamantes peuple 
d Afrique, habitant par delà la 
betuhe (dans le Fezzan d'auj ) à 
lextrémité du monde pour l'es 
Romains; capitale Garama (auj 
Ghenna). Après des noms de lieux, 
un nom de peuple ; on peut y voir 
une manière de désigner une région ; 
mais il est plus probable que Virgile 
a bien- en vue les habitants eux- 

VIRGILE. 



nâT 5 ' ? es '! auva &es au cœur de 

SSRifi? ême ' J?? P le Rhod °p e 

et le Tmaros, ce qu'il veut signifier 
ce sont les roches dures dont le 
monts sont formés, non les monts 

S e T m , em 3 1 ui n ' ont rie n de 
farouche, le Rhodope toutau moins 
consacre, embelli par le souvenir 
d Orphée. 

6. Edunt le présent, parce que 
edunt équivaut k parentes sunt; 
M S" y'V 1 ^nerat=genitor 
est et d autres exemples chez les 
poètes. 

' 7 . Sdevus Amor. . . matrem 
allusion a Medee qui tua les'enfants 
cru elle avait eus de Jason quand 

n i ^ appnt - T'J! é P° usait Glaucé, 
fille du roi de Corinthe. 

8. Improbus épithète de puer 
(non attribut), cf. En. IV 4lo • __ 
crudelis attribut à la fois de mater 
et de. puer. — Les v. 50 et 51, plus 
ovidiens que virgiliens par leur 
tour spirituel et maniéré, paraissent 
déplaces dans un poème de passion ■ 
mais il ne faut pas perdre de vue que 
Oamon ne parle pas en son propre 
nom, qu a se |ivre à un e H erc ' ice 

littéraire, a un jeu poétique où se 
lait acceptable le jeu d'esprit. 



60 



LES BUCOLIQUES. 



Nunc et oves ultro fugiat lupus 1 , aurea durae 
Mala 2 ferant quereus, narcisse floreat alnus, 
Pinguia eorfcicibus sudent 5 electra myricae, 
Gerten't et cycnis 4 ululae, sit Tityrus Orpheus s , 
Orpheus in silvis, inter delphinas Arion 6 . 

Incipe Maenalios raecum, mea tibia, versus. 
Omnia vel médium fiât mare 7 . Vivite 8 , silvae! 
Praeceps aerii spécula de montis 9 in undas 
Déferai"; extremum hoc munus 10 morientis habeto. 

Desine 11 Maenalios, jam desine, tibia, versus ». 
Hâec Damon : vos quae responderit Alphésiboeus, 
Dicite, Piérides 12 ; non omnia possumus omnes. 



55 



60 



1. Oves ultro fugiat lupus 
que le loup aille jusqu'à fuir les 
brebis ; que, ne se bornant pas à ne 
pas les attaquer, il prenne peur 
d'elles; telle est la valeur de ultro. 
marquant que l'on va^au delà, ici 
que l'on dépasse une hypothèse 
déjà étrange. 

2. Aurea... 'ut al a cf. 3,70 et la 
note. 

3. Sudent transitif, cf. page 31, n. 
9, à la fin. Les Romains croyaient 
que l'ambre était une sorte de 
résilie se formant sur le tronc de 
certains arbres tels que l'aune et le 
peuplier (voy. Ovide Métam, II, 
364 suiv.), mais non le tamaris. 

k. Cycnis datif avec certare, cf. 
5,8 ; on disait que le cygne, avant 
de mourir, fait entendre un chant 
mélodieux, voy. Cicéron Tusc, I, 
73. 

5. SU Tityrus Orpheus le 
nom de Tityre est pris ici pour dire 
le premier venu parmi les bergers ; 
pourtant Virgile se donne ce nom 
avec tant d'insistance au cours des 
Bucoliques que, malgré l'opinion 
générale, il ne me paraît pas invrai- 
semblable qu'il ait entendu, ici, 
faire acte de modestie. 

6. Arion de Méthymne, dans 
l'île de Lesbos, revenant de l'Italie 



et de la Sicile où son talent de 
chanteur l'avait enrichi, fut jeté à la 
mer par- les matelots qui voulaient 
s'approprier son trésor ; mais il put 
chanter sur sa lyre, cbarma les 
dauphins et, porté par un d'eux, il 
aborda aux rivages de Grèce. 

7. Médium... mare la haute 
mer, le milieu de la mer; le long 
des côtes elle est moins profonde; 
— fiât au singulier par accord avec 
l'attribut (omnia est le sujet) ; — 
vel « même » ; je le veux bien, cela 
m'est indifférent. 

8. Vivite vivez (moi. je meurs); 
formule d'adieu comme valete; les 
deux mots'sont souvent associés 
dans des inscriptions funéraires et 
en littérature. 

9. Spécula de rnonlis pour la 
position de de, voy. p. 46, note 2, 
spécula désigne tout point élevé 
d'où la vue s'étend au loin. 

10. Extremum hoc munus ce 
dernier don qu'il lui fait, c'est 
celui de sa vie : par sa mort, en 
mourant ; telle est la valeur de 
morientis . 

11. Desirte transitif, cf. 5,l9. 

12. Licite, Piérides n'est pas 
du tout, comme on l'entend généra- 
lement, pour dicite vos ipsae (dites 
vous-mêmes ce chant, moi je ne 



HUITIÈME BUCOLIQUE. 



67 



« Effer aquam 1 , et molli cinge haec altaria vitta 2 . 65 
Verbenasque 5 adole 4 pingues et mascula tura 5 , 
Conjugis 6 ut magicis sanos avertere sacris 
Experiar sensiis 7 . Nihil hic nisi carmina 8 desimt. 

Duciteaburbe domum, mea carmina, ducite Daphhim. 
Carmina vel caelo possunt deducere Lunam 9 , 70 

Carminibus Circe socios mutavit Ulixi I0 , 
Frigidus in pratis cantando rumpitur anguis 11 . 



saurais le faire, non possumus); 
cette interprétation n'est ni natu- 
relle comme sens, ni grammaticale ; 
il s'agit d'une simple invocation 
aux muses : « Dites, ilictez au poète 
ce chant ». Par lajphrase à tournure 
proverbiale non omnia.,., le poète 
veut dire que chacun a son genre 
d'inspiration et de talent, et que 
celui d'Alphésibée n'est pas le même 
que celui de Damon. 

1. Effer aquam apporte (de la 
maison) l'eau lustrale; la cérémo- 
nie magique a lieu dans l'implu- 
vium. 

2. Vitta la bandelette, qualifiée 
de mollis, souple, parce qu'elle 
est en laine; — altaria pour aras, 
voy. en effet p. 40 n. 9. 

3. Verbenas tout feuillage con- 
sacré, l'olivier, le laurier, le myrte 
et d'autres; — pingues à cause du 
suc qu'elles contiennent, suc véné- 
neux dans certaines d'entre elles; 
cf. En. IV, 514. 

4. Adole brûle, fais brûler; c'est 
le sens que ce verbe a pris à la 
longue, voy. Ovide Métam. I, 492 : 
siipulae demptis adolentur aris- 
tis. Comment en est-il venu à cette 
signification? 11 y a en latin deux 
verbes olere : l'un signifie exhaler 
une odeur, sentir ; l'autre, grandir . 
Les Anciens hésitaient déjà sur 
l'origine à laquelle rattacher ado- 
lere\ les Modernes, en général, y 
voient un dérivé de olere, grandir ; 
et ce serait un équivalent àeaugere 
qui, dans la langue religieuse sur- 



tout, signifiait honorer par des 
dons, de là enrichir, etc.. Mais alors 
on attendrait, non l'accusatif ver- 
benas, mais l'ablatif verbenis; 
il faudrait adole altaria pinguibus 
verbenis, comme dans l'expression 
augere aram donis. Je crois donc 
qu'ici Virgile songeait à olere 
« sentir ». Une note de Servius 
(AdAen. I, 704) me paraît favoriser 
cette opinion. 

5. Mascula tura l'encens mâle, 
nommé aussi slagonias, à grains 
ronds, le plus fort et le plus estimé; 
pluriel dit poétique; cf. Horace, 
Odes I, 19, 14. 

6. Conjugis est ici l'équivalent 
de sponsi. 

7. Sànos avertere... sensus 
égarer la raison, en inspirant un 
amour passionné, cf. le. 44 insa- 
nus amor. 

8. Carmina les formules ma- 
giques, l'incantation; voy. v. 70 
suiv. 

9. Caelo deducere lunam pour 
la lune et les astres attirés du ciel 
sur la r terre par des incantations, 
voy. En. IV, 489 suiv.; Horace, 
Epodes, 5, 45 suiv.; 17, 4 suiv., 
77 suiv... Il en est question aussi 
chez les Élégiaqnes, et chez Lucain 
VI, 413 suiv. 

10. Ulixi forme contracte de 
Ulixei (nomin. Ulixes du dorien 
'0'jAt;;r,<;) ; sur la métamorphose des 
compagnons d'Ulysse par Gircë, 
Odyssée X, 203 = 243. 

11. Frigidus .. anguis, cf 3, 



68 



LES BUCOLIQUESt 



Duciteab urbe domum, mea carmina, ducite Daphnim. 
Terna tibi haec primum triplici diversa colore 
Lîcia 1 circuiïido, terque haec altaria circum 2 75- 

Effigiem duco; numéro deus 3 impare gaudet. 

Ducite ab urbedomum,mea carmina, ducite Daphnim. 
Necte tribus nodis ternos, Amarylli, colores, 
Necte, Amarylli, modo 4 , et Veneris, die, vincula necto . 

Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite 

[Daphnim. 80 
Limus ut hic durescit, et haec ut cera 5 liquescit 
Uno eodemque 6 igni, sic nostro Daphnis amore! 
Sparge molam, et fragiles 7 incende bitumine laurus. 
Daphnis me malus urit, ego hanc in Daphnide 8 laurum. 

Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite 

[Daphnim. 85 



93. Le gérondif cantando est pris 
substantivement ou impersonnelle- 
ment; cf. Géorg. II, 250 habendo; 
III, 454 tegendo; — En. II, 81, 
fando. Cette tradition qu'un chant 
magique pouvait faire mourir les 
serpents était d'origine Marse, voy. 
Lucilius XX, 5(L. M.); cf. Ovide, 
Métam. VII, 203 et Amor. II, 1, 
25. 

1. Terna... Licia neuf fils, cf. 
Ciris 371 suiv. ; d'après Servius, 
trois blancs, trois roses et trois 
noirs; ce sont des fils symboliques 
destinés à lier les amants; — tibi 
pour toi, Daphnis (représenté par 
son image, la figurine du y. suiv., 
effigiem, dont la bergère magicienne 
se saisit en parlant, et autour de 
laquelle elle enroule les cordons). 

2. Circum pour la place de la 
préposition, cf. p. 46, n. 2. 

3. Deus un dieu, c'est-à-dire les 
dieux en général; ici, la divinitëyà 
qui on sacrifie est Hécate. Les 
nombres impairs étaient considérés 
comme immortels, parce qu'ils ne 
peuvent se diviser en deux parties 
égales; le nombre trois était sacré, 



et ses multiples participaient de ce 
caractère; impare la forme ordi- 
naire, impari, ne ferait pas le vers. 

4. Modo tout de suite; la ma- 
gicienne, dans son impatience, 
presse sa servante. 

5. Limus... cera deux morceaux 
l'un d'argile, l'autre de cire, sym- 
boles tous les deux du cœur de 
Daphnis que la magicienne veut 
rendre dur pour les- autres femmes 
(utxlimus durescit), tendre pour 
elle (ut cera liquescit) .JZe ne sont 
pas deux images de Daphnis; le 
renvoi à Horace, Sat. I, 8, 30, sur 
lequel on s'appuie pour la soutenir, 
ne prouve rien : on y trouve bien 
deux poupées, mais elles représen- 
tent des personnages différents. 

6. Eodem Métr. n° 3. 

7. Fragiles au sens propre : 
qui craquent, qui pétillent; ce qui 
était de bon augure; cf. Théocr. 2, 
24; Tibulle II, 5, 81 suiv.; pour 
laurus, voy. p. 52, n. 4 ; — molam 
c'est de la farine mêlée de sel, 
comme on en répandait dans les 
sacrifices sur les tètes des victimes. 

8. In Daphnide on entend gé- 



HUITIÈME BUCOLIQUE. 



69 



Talis amor Daphnim, qualis 1 , cum fessa juvencum 
Per nemora atque altos quaerendobucula 2 lucos 
Propter aquae rivuni 5 viridi procumbit in ulva, 
Perdita nec serae meminit decedere nocti 4 , 
Talis amor teneat, nec sit mihi cura mederi 5 . 90 

Ducite ab urbedomun^mea carmina, ducite Daphnim. 
Has olim exuvias 6 mihi perfidus ille reliquit, 
Pignora cara sui; quae nunc ego limine in ipso 7 , 
Terra, tibi mando; debent haec pignora Daphnim 8 . 

Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite 

[Daphnim. 95 
Has herbas atque haec Ponto mihi lecta venena 9 



néralement in Baphnidis imagine; 
mais nous sommes en présence d'un 
de ces ablatifs dont le sens est 
« dans le cas de », « dans l'affaire 
de y>, comme chez Horace Epode 
17, 81 in te nil agentis, et dans 
nombre de passages des auteurs 
latins, non seulement en vers, mais 
en prose (par exemple, César Bell. 
Gall. I. 47, 4; Cicéron Ad fam. II, 
14, 2; Sénèque le père Controv. X, 
praef.b). — Urit dans le premier 
hémistiche au sens figuré ; uro sous 
entendu dans le second, au sens 
propre. 

1. Qualis cum... construction 
pleine : qualis est cum. 

2. Bucula mot rare; cf. cepen- 
dant Géorg. I, 375 ; et chez Colu- 
melle, VI, 2, 4 buculus, jeune 
taureau. 

3. Propter aquae rivum, cf. 
Lucrèce II, 30; Culex, 389; ici 
même, 5, 47 on trouve l'expression 
aquae rivus. 

4. Perdita nec... ce vers tout 
entier est de Varius, cité par Ma- 
crobe VI, 2; il s'agissait d'un chien 
égaré par l'ardeur de lâchasse; pour 
la post-position de nec, cf. p. 3, n. 9 
et p. 5, n. 4. — Tous les éditeurs (sauf 
Ribbeck et Kennedy) mettent une 
virgule après perdita et le ratta- 



chent par le sens au v. préc. ; mais 
Virgile, en prenant le vers de Va- 
rius, n'a pas dû se permettre de 
l'altérer en quoi que ce soit. Pour 
la même raison, je comprends per- 
dita au sens propre «égarée », non 
comme on l'interprète le plus sou- 
vent perdita amore. — Les mots 
serae decedere nocti se lisent aussi 
Géorg. III, 467 cf. ibid. IV, 23 
decedere... calorï); c'est s'en aller 
devant la nuit déjà avancée; on 
disait adventanti decedere « céder 
la place à un nouvel arrivant ». 

5. Mederi (huic amori). 

6. Exuvias vêtements et objets 
laissés par Daphnis; cf. Théocr. 2, 
53; En. IV, 496; 507; 651. 

7. Limine in ipso dans l'espoir 
que Daphnis, de nouveau, franchira 
le seuil pour revenir à la magi- 
cienne. 

8. Debent... ces objets, enfouis 
sous le sol, garantissent, si l'incan- 
tation réussit, le retour de Daphnis. 

9. Has herbas atque... venena 
ces herbes empoisonnées; — Ponto 
ablatif de lieu sans m, langue de la 
poésie, comme silvis au v. 98. On 
dit que le Pont est mis ici pour la 
Colchide (sur la Mer Noire égale- 
ment, mais plus à l'Est), pays de la 
magicienne Médee ; mais il avait 



~0 LES BUCOLIQUES. 

•Ipse dédit Moeris 1 (nascuntur plurima Ponto); 
His ego saepe lupum fieri et se condere silvis 
Moerim, saepe animas imis excire sepulchris 
Atque satas alio vidi traduçere messes 2 . 100 

Ducite ab urbe domum, meacarmina, ducite Daphnim. 
Fer cineres, Amarylli, foras, rivoque fiuenti 3 
Transque caput jace, nec respexeris 4 . His ego Daphnim 
Adgrediar; nihîl ille deos, nil carmina curât. 

Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite' 

[Daphnim. » 105 
— « Aspice 3 , corripuit tremulis altaria flammis [sit! 6 
Sponte sua, dum ferre moror, cinis ipse ». — « Bonum 
Nescio quid certe est, et Hylax 7 in limine latrat. 
Gredimus 8 ? an qui amant 9 ipsi sibi somnia fmgunt? 
Parcite 10 , ab urbe venit, jam carmina, parcite, 

[Daphnis. » 110 



aussi comme royaume de Mithndate. 
une réputation pour les poisons. 

\. Moeris un pâtre de la région, 
plus ou moins sorcier; — dédit 
(mihi). 

2 Satas alio... traducere 
messes la croyance superstitieuse à 
la possibilité de faire passer, par des 
incantations, une moisson d'un 
champ dans un autre était tellement 
répandue que la loi des XIÏ Tables 
prévoyait ce genre de maléfice et le 
punissait, 

3. Pdvoque fluenti datif de di- 
rection ; — cineres elle veut faire 
p]|cé nette avant d'avoir recours à 
un dernier procédé : l'emploi des 
plantes vénéneuses de Mœris,. dési- 
gnées par his au v. 103. 

6. Née respexeris, cf. Ovide, 
Fastes V, 437 aversusque jacet 
(dans la cérémonie destinée à con- 
jurer les Lémures, quand on jette 
des fèves derrière soi, sans se retour- 
ner). 

5, Aspice (et ce qui suit jusqu'à 
ipse inclu, v. suiv.), ces mots sont 
prononcés par Amaryllis, voy. N. 



-crit. — Sponte sua et ipse, cf. 
Géorg. II, 10 suiv. : ipsae Sponte 
sua, veniunt. — Dum ferre 
moror Amaryllis, au moment 
d'aller exécuter les ordres de la 
maîtresse, s'arrête en voyant la 
flamme envelopper l'autel. 

6. Bonum sit, voy. Cicéron 
De div. I, 45 : majores nostri 
omnibus rébus agendis quod, 
bonum, faustum, felix fortuna- 
tumque esset prqefabantur. 

7. Hylax nom de chien, cf. 
Hylacter Ovide Métam. III. 224 ; 
les mss. ont Hylas, voy. N. crit. 

8. Credimus ? Croyons-nous, 
c'est-à-dire devons-nous croire (au 
retour de Daphnis)? non, comme le 
veulent quelques interprètes : aux 
faits signalés (la cendre s'enflam- 
mant d'elle-même et les aboiements 
d'Hylax); car ce sont là des choses 
évidentes, hors de doute. — Inter- 
rogation double, sans particule au 
premier membre; mais an vient 
aussitôt. 

9. An qui amant Métr. n° 9. 

10. Parcite (Daphnidi). 



NEUVIÈME BUCOLIQUE. 



71 



IX 



Ménalque a été dépouillé de ses biens au cours de désor- 
dres civils; son vieux serviteur Mœris se rend à la ville pour 
offrir de jeunes chevreaux au nouveau possesseur de la terre. 
En route, le pâtre' Lycidas le rejoint; il croyait que Ménalque 
avait conservé son domaine grâce à de beaux vers qu'il avait 
composés; non, Ménalque a bien été spolié, et même il a 
failli être tué; son talent ne l'a pas sauvé. Admirateur de 
ce talent, les deux amis se récitent l'un à l'autre des vers 
de lui; mais la mémoire de Mceris le trahit; d'ailleurs, sa 
commission presse, et il remet de dire des vers de son maî- 
tre au retour de celui-ci, car il y veut croire encore. 

Autant, même un peu plus que la l re Bucolique, cette 9° 
est faite d'allusions. Ménalque, c'est Virgile; les v. 7 et suiv. 
décrivent sa propriété; les événements sont ceux par lesquels 
le poète vient de passer ; parmi les vers attribués à Ménalque, 
sur quatre citations, deux (v. 27 à 30 et 46 à 50) portent, on 
peut le dire, la signature avouée de Virgile. 

Le cadre est pris à la 7 e Idylle de Théocrite, où Simichi- 
das, se rendant aux Thalysies, rencontre Lycidas et où tous 
deux se récitent des vers; on voit que Virgile, contrairement 
à son habitude, a conservé un des noms trouvés chez son 
modèle; mais il n'y a aucun rapport entre son Lycidas et 
celui du poète grec. 

Cette pièce doit être de l'an 3g av. J.-C. 

LYCIDAS. 

Quo te, Moeri, pedes 1 ? an, quo via ducit, in urbem 2 ? 



1. Quo te, Moeri, pedes ? s.-ent. 
ferunt, non ducunt. Les expres- 
sions ferre, efferre, referre 
pedem sont dans l'usage de Virgile ; 
quant à la présence de ducit dans 
le second hémistiche, j'y vois plu- 
tôt un motif de rejeter ici ducunt: 
car le sens de ducere s'applique à 



un chemin d'une autre manière qu'il 
s'applique à des pieds; et, bien que 
l'ellipse d'un verbe autre que esse 
ne soit pas fréquente (ici ferunt), 
il s'en trouve des exemples sans que 
ce verbe figure dans un membre de 
phrase voisin, voy. Géorg. II, 1. 
2. Urbem Mantoue; cf. 1, 34. 



72 LES BUCOLIQUES. 

MOERIS. 

Lycida, vivi pervenimus 1 , advena nostri, 
Quod numquam veriti sumus, ut possessor agelli 2 
Diceret : « Haec mea sunt; veteres migrate coloni. » 
Nunc victi, tristes, quoniam Fors omnia versât, 5 

Hos illi (quod nec vertat bene!) 5 mittimus 4 haedos. 

LYCIDAS. 

Certe equidem audieram 5 , qua 6 se subducere colles 
Incipiunt mollique jugum demittere clivo, [fagos, 

Usque ad aquam 7 , et veteres, jam fracta cacumina 8 , 
Omnia 9 carminibus vestrum servasse Menalcan. 10 



1. Vivi pervenimus nous som- 
mes arrivés en vivant jusqu'à.... On 
dit en français :'« Nous avons assez 
vécu pourvoir... » ; en latin, sou- 
vent vivus vidensque . Ii n'y à pas 
besoin de sous-entendre eo à cause 
de la proposition ut possessor... 
(v. suiv.): la notion de eo est déjà 
dans pervenive = aliquo devenire. 

2. Nostri... agelli le vieux ser- 
viteur dit « notre champ » en par- 
lant du champ de son maître; cf. 1, 
3 nostris ovilibus, et 46 (Mélibée 
à Tityre) tua rura. Ici, au v. 11 
suiv.," iMœris ne dira-t-il pas, même 
des vers de son maître : carmina 
nostra? — possessor celui qui 
détient en fait. 

3. Quod nec vertat bene impré- 
cation sous une forme atténuée, 
équivalent, -comme dit Servius, 
d'un souhait de malheur: quae res 
in ejus perniciem vertatur! — 
Le latin archaïque avait une néga^ 
tion nec qui se reconnaît dans des 
composés comme hegare, nego- 
tium, et qui se conservait dans des 
formules traditionnelles telles que 
celle-ci ; — vertat intransitif. 

4. Miltimus même application 
du sens de onittere que dans l'ex- 
pression consacrée mittere infe- 
rias porter des offrandes funéraires; 



emploi bien naturel d'un mot qui 
représente l'idée d'envoi, d'expédi- 
tion, alors qu'il s'agit de faire par- 
venir une chose à quelqu'un qui est 
au loin; les morts sont séparés des. 
vivants ; ici, le maître est à dis- 
tance, en ville. Ces chevreaux sont 
probablement un présent que les 
esclaves de la métairie croient 
devoir envoyer au nouveau posses- 
seur, illi. 

5. Certe equidem audieram à 
coup sûr (= pourtant), j'avais bien 
entendu dire... A ce redoublement 
de l'affirmation certe, equidem, 
Plaute, Aul. II, 2,38, ajoute encore 
un terme, edepol. 

6. Qua en dépendance de omnia, 
du v. 10. 

7. Ad aquam sans doute le 
Mincio ; cf. l, 48 suiv. 

8. Jam fracta cacumina appo- 
sition à veteres fagos, comme um- 
brosa cacumina à densas fagos 
2,3; — jam montre assez qu'il 
n'est pas question de mutilations 
venant de la main de l'homme, mais 
de celles qui sont dues à l'âge: 
décrépitude ou accidents qui arri- 
vent plus ou moins avec le temps, 
tels que la foudre. - 

9. Omnia tout ce que compre- 
nait la région décrite dans les trois 



NEUVIÈME BUCOLIQUE. 



73 



MOERIS. 

Audieras, et fama fuit; sed carmina tantum 
Nostra 1 valent, Lycida, tela inter Martia quantum 
Chaonias 2 dicunt aquila veniente columbas. 
Quod 3 nisi me quacumque novas mcidere 4 lites 
Ante sinistra cava monuisset ab ilice cornix 5 , 
Nec tuus hic Moeris, nec viveret ipse Menalcas. 



15 



LYCIDAS. [ nobig 

Heu! cadit 6 in quemquam tanturn scelus? Heu! tua 7 
Paene simul tecum solacia rapta, Menalca? [herbis 
Quis caneret 8 Nymphas? Quis humum florentibus 
Spargeret 9 , aut viridi fontes induceret umbra 10 ? 20 



v. préc. — Carminibus grâce à des 
vers (de Ménalque); vestrum. 
Lycidas songe, non seulement à 
Mœris, mais à toute la familia, à 
l'ensemble des serviteurs de Ménal- 
que. 

4. Nostra, voy. page préc.,n. 2, 

2. Chaonias épithète littéraire, 
cf. 1, 54 ;;elle fait allusion au bois 
de Dodone, bois de chênes. Cette 
ville avait été autrefois habitée par 
des Chaoniens ; Claudien, De rapho 
Pros. III, 47, dit victus Chaonius 
pour des glands. 

3. Quod placé devant siounisi, 
relie plus étroitement ce qu'on va 
dire à ce qui précède ; de même, en 
français, « que si ». 

4. Incidere trancher, couper 
court; ici, au sens figuré. Nous 
ignorons de quelle nature étaient ces 
difficultés et contestations, lites ; 
pour l'allusion au danger de mort 
couru par Virgile dans ces circons- 
tances, voy. Vie de Virg. p. xn. 

5. Sinistra... cornix. Quandla 
corneille se faisait entendre à 
gauche, le présage était valable, 
Cïcér. De div. I, 39, 85; ici, elle 
avertissait d'un malheui qui mena- 
çait Ménalque, et le fait que cet aver- 



tissement était donné du haut d'un 
arbre creux, le rendait, d'après la 
doctrine augurale, plus inquiétant, 
— Ante adverbial, cf. plus haut, 
6,80. 

6. Heu! cadit...? interroga- 
tion d'étonnement : est-il possible? 
On disait aussi cadit aliquis in 
suspicionem; de même qu'en 
grec Tuyxâveiv pouvait prendre 
pour sujet' aussi bien l'événement 
que la personne pou qui il arrivait. 

7. Tua (avec solacia v. suiv.) 
est subjectif : les consolations qui 
viennent de toi, que nous te devons, 
c'est-à-dire des poèmes (v. suiv. 
carmina nuper) ; qui adoucissent 
les peines de ses compagnons d'in- 
fortune. 

8. Quis caneret... qui aurait 
chanté...? allusion à 5,20. suiv. 

9. Quis... Spargeret... allusion 
à 5, 40. Ici, de même que dans les 
v. 46 et 62 de 6, le poète met en ac 
tion le sujet des chants supposés 
c'est comme s'il y avait : quis 
caneret humum herbis florenti- 
bus sparsam? 

10. Fontes induceret umbra 
cette construction de inducere (ali- 
quid aliqua re) ne se rencontre 



74 LES BUCOLIQUES. 

Vel quae sublegi tacitus tibi carmina 1 nuper, 
Cum te ad delicias ferres Amaryllida 2 nostra>? 
Tilyre, dum redeo 5 (brevis est via) pasce capellas, 
Et potum pas tas age t Tîtyre, et inter ag endura - 
Occursars* capro {cornu ferit Me) caveto. 25 

MOERÏS. 

Immo haec, quae Varo, necdum 6 perfecta, canebat : 
Vare, tuum nomen, superet 1 modo Mantua nobis, 
Mantua vae miserae nimium vicina Cremonae, 



qu'ici chez Virgile ; partout ailleurs, 
il dit inducere aliquid alicui; 
voy. 5, 40; Géorg. I, 106 et 316; 
En. V. 379. 

4. Quae sublegi tacitus iibi 
carmina ces vers que j'ai retenus 
de toi sans te le dire; tibi (datif 
incommodi) et te au v. suiv. dési- 
gnent Ménalque à qui. bien qu'il ne 
soit pas présent, Lycidas s'adresse 
depuis le v. 17; Ménalque allait 
voir Amaryllis et, par les v. 23 à 
25, priait Tityre de garder les chè- 
vres pendant qu'il ferait cette visite. 

2. /lmo»'i/i(!rffl nom de bergère; 
delicias nostras n'implique pas 
une rivalité d'amour entre Ménal- 
que et Lycidas, et signiiie seule- 
ment qu'Amaryllis, par sa beauté, 
charme les yeux et le cœur de tous 
les bergers;" cf. Théocr. 3, 6 : x a ~ 
çiUgg' 'Ap-apuXXî. 

3. Dum redeo jusqu'à mon 
retour ; le présent avec dum au sens 
de « jusqu'à ce que », fréquent chez 
les vieux auteurs, se rencontre chez 
Cicéron et chez Ovide — Pour ce 
v. et les deux suiv., cf. Théocr. les 
premiers vers de l'Idylle 3. 

4. Inter agendum tout en me- 
nant les chèvres; cette construction 
de inter avec un gérondif, qui fait 
penser à notre locution « entre 
temps », ne paraît que dans le La- 
tin archaïque (Servius cite inter 



loquendum d'Afranius et inter 
ponendum d'Ennius), et à l'époque 
impériale (Quintilien, Suétone). 

5. Occursare l'infinitif après 
caveto, au lieu du subjonctif, lan- 
gue de la poésie. 

6. Necdum = et nondura qui- 
dem; voy. cependant ce qui est dit, 
p. 72, n. 3*, d'une vieille négation nec; 
mais ici nous n'avons pas affaire à 
une formule consacrée (comme 
quod nec verlat benêt), et Virgile 
pouvait aussi bien mettre nondum ; 
c'est donc que necdum n'est pas 
tout à fait la même chose : « Mieux 
encore (immo) ce poème — et, à 
vrai dire, il est encore inachevé.... » 

7. Superet = super sit, et no- 
bis est un datif d'avantage : Pourvu 
que Mantoue survive pour nous 
(non « nous survive », il y aurait 
nos), c'est-à-dire pourvu que Man- 
toue nous reste, que l'on ne nous 
prenne pas son territoire ; superare, 
en ce sens, se trouve En. II, 597 et 
643 et V, 519 ; chez Properce IV, 2, 
57 ; en prose, chez César Bell. 
Gall. VI, 17 et Salluste Juy. 70.— 
Mantoue n'était pas menacée direc- 
tement, car elle s'était mise du côté 
d'Octave; mais le voisinage de Cré- 
mone, qui avait pris parti pour Bru- 
tus et Gassius lui fut fatal, voy. Vie 
de Virg. p. xn; c'est à cela que fait 
allusion le v. 28. 



NEUVIÈME BUCOLIQUE. 75 

Cantantes sublime 1 feront ad sidéra cycni 2 

LYCIDAS. 

Sic 5 tua Cyrneas fugiant examina taxos 4 , 30 

Sic cytiso pastae distendant ubera vaccae. 

Incipe, si quid habes 5 . Et me fecere poetam G 

Piérides 7 ; sunt et mihi carmina; me quoque dicunt 

Vatem pastores. Sed non ego credulus illis : 

Nam neque adhuc Vario videor nec dicere Ginna 8 35 

Digna, sed argutos inter strepere anser olores 9 . 



1. Sublime n'est pas une épi- 
thète à nomen du v. 27 ; c'est un 
adjectif neutre employé adverbiale- 
ment avec ferent (cf. 3, 63 et p. 
21, n. 6 à la fin); voy. en effet Cal- 
purnius 8, 18 Laudesque tuas su- 
blime ferent, souvenir évident de 
notre vers. 

2. Cycni ^oy. p. 66, n. 4; les 
cygnes étaient nombreux sur les 
rives du Mincio, dans la région de 
Mantoue; Géorg.U. 198 suiv. 

3. Sic avec un subjonctif de 
souhait, est souvent mis en tête 
d'une prière ou d'un 'vœu, et sup- 
pose alors une condition (cette con- 
dition se trouve exprimée ici au 
v. 32 Incipe) ; cf. plus loin lu, 4; 
Horace, Odes I, 3, 1, suiv.; Ovide, 
Métqm. vin, 857 suiv. 

4. Taxos les ifs, dont le voisi- 
nage est à éviter pour les abeilles 
(Géorg .IV ,kT; II, 257), parce qu'ils 
communiquent à leur miel une sa- 
veur amère; — Cyrneas de la Corse 
(Kûpvoç), épithète littéraire; cf. 
Hyblaeis 1, 54 : tandis que le miel 
de PHymette était renommé pour 
sa douceur, celui de la Corse était 
peu estimé à cause de son amer- 
tume (Ovide. Àmor. I, 12, 20), 
qui venait justement de ce qu'il y 
avait beaucoup d'ifs dans ' cette 
île; — tua = lui dominiez oy. 
p. 72, n. 2. 



5. Si quid habes (canendum) 
cf. 3, 52. 

6. Poetam le poète artiste, de 
métier; vatem (v. 34) le poète ins- 
piré, interprète des dieux; même 
opposition chez Horace. Odes IV, 
6, dans les v. 29 suiv. d'une part 
(poetae) et 41 suiv. (vatis). 

7. Piérides voy. p. 24, n. là la fin. 

8. Vario... Cinna L. Varius 
Rufus, un peu plus âgé que Virgile, 
passait, jusqu'au moment où 
l'Enéide commença d'être connue, 
pour lo maître d°u genre épique à 
Rome ; il garda le premier rang 
comme poète tragique par son 
Thyeste. — C. Helvius Cinna, con- 
temporain de Catulle et un des plus 
brillants poètes de l'école Alexan- 
drine; Martial X, 21, 4 témoigne 
que, de son temps encore, il avait 
des admirateurs passionnés. 

9. Argutos inter strepere an- 
ser olores comparaison d'un carac- 
tère proverbial, comme 8, 56 Certent 
et eyeni^ ululae ou, chez Lucrèce 
III, "6 suiv. quid enim contendat 
hirundo Cycnis. En même temps, 
Virgile doit viser le poète Anser, 
ami d'Antoine; son nom prêtait, 
d'une manière fâcheuse, au jeu de 
mots, et Cicéron n'a garde d'y man- 
quer PMI. XIII, 11 ; cf. aussi Pro- 
perce II, 34, 83 suiv.; — argutos 
cf. p. 53, n, l. 



70 



LES BUCOLIQUES. 



MOERIS. 

Id quidem ago et tacitus, Lycida, mecum ipse voluto, 
Si 1 valeam meminisse ; neque est ignobile earmen. 
Hue ades 2 , o Galatea! quis est narn 3 ludus in undis? 
Hic ver purpureum * ; varios hic flumina circum 5 kO 
Fundit humus flores; hic candÀda populus antro 
Imminet, et lentae texunt umbracula vîtes. 
Hue ades; insani feriant sine 6 litora fluctus. 



LYCIDAS. 



Quid, quae te pura solum sub nocte canentem 
Audieram? numéros memini 7 , si verba tenerem. 



45 



MOERIS. 



Daphni 8 , quid antiques signorum suspi-cis ortus 9 ? 
Ecce Dionaei processit Caesaris astrum 10 , 



4. Si comme d au sens de 
« pour voir si », « au cas où ». 

2. Hue ades cf. 2, 45 et 7, 9, et 
la n. 7 de la p. 13. — Ces v. 39 à 43 
reproduisent un passage Théo- 
crite, 11, 42 suiv. 

3. Quis — nam tinèse, voy. 
Métr. n° 4 ; il y en a des exemples 
chez Plaute ; ondisait aussi, par une 
inversion des deux termes, nam- 
quis, voy. Géorg. IV, 455 et Térence 
Phorm. V, 1,5. 

4. Ver purpureum se trouve 
déjà chez Lygdamus, 5, 4. On sait 
que purpureus convient à tout ce 
qui brille d'une belle couleur, quelle 
qu'elle soit, cf. Horace Odes IV, 1, 
10; cependant il est question des 
rougeurs du printemps Géorg. II, 
319 et IV, 306. 

5. Circum après flumina, cf. 
6, 81 et ailleurs. 

6. Sine construit avec le sub- 
jonctif, à la différence de 8, 12 suiv. 
où il commande une proposition 
mfmitive. 

7. Numéros vxeraxm en fran- 



çais, sur un ton familier, on dirait 
de même, en cherchant à se rappeler 
des vers : « Je les ai dans l'oreille » 
(numéros le rythme des vers, voy. 
Quintii. IX, 4, 54, cf. Servius ad 
Aen. VI, 645) ; — Si verba tenerem 
peut-être une formule de souhait et 
de regret : « Si seulement je retrou- 
vais les mots! » ou bien s'expliquer 
par une forte ellipse: J'ai le rythme 
dans l'oreille; si je retrouvais les 
mots, < je réciterais les vers >. 

8. Daphni le représentant des 
bergers, cf. la 5 e Bucolique; l'observa- 
tion des astres leur était familière à 
cause de son intérêt pour les pro- 
ductions et la vie des campagnes ; 
voy. Géorg. I, 204 ; 257. 

9. Antiquos... l'apparition du 
nouvel astre (v. suiv.) rend inutile 
l'observation des autres, les signa 
antiqua, ceux qui sont connus de- 
puis longtemps; l'épithète est en 
effet à transporter de orlus à signo- 
rum. 

18. Caesaris astrum il est pos- 
sible que Virgile songe à la comète 



NEUVIÈME BUCOLIQUE. 77 

Astrum quo segetes gauderent frugibus, et quo 

Duceret apricis in collibus uva colorem. 

Insère, Daphni, piros : carpent tua poma nepotes * . 50 

Omnia fert aetas, animum 2 quoque; saepe ego longos 

Cantando puerum memini me condere soles 3 . 

Nunc oblita 4 mihi tôt carmina; vox quoque Moerim 

Jam fugit ipsa; lupi Moerim videre priores 5 . 

Sed tamen ista satis referet tibi saepe Menalcas. 55 

LYCIDAS. 

Causando 6 nostros in longum ducis amores. 

Et nunc omne tibi stratum silet aequor, et omnes, 7 



qui se montra dans le ciel lors des 
jeux funèbres célébrés en l'honneur 
de César; on y vit une coniirraation 
d'apothéose ; mais Caesaris astrum 
doit surtout signifier l'astre de 
César, au sens figuré, comme Ju- 
lium sidusllor. Odes, I, 13, 47, la 
fortune des Jules ; la destinée souve- 
raine de cette famille Jont Octave 
est devenu le chef et qui va assurer 
la prospérité du monde. On ne voit 
pas comment une comète, appari- 
tion passagère, réglerait désormais, 
à la place des astres connus, les tra- 
vaux et les espoirs des campagnes. 
— Dionaei Dioné, fille de l'Océan et 
de Thétis, était la mère de Vénus 
dont les Jules prétendaient descen- 
dre. 

i. Insère... l'ordre, rétabli par 
Octave, assure la transmission des 
héritages ; on peut greffer ses arbres, 
travailler à longue échéance, sans 
avoir à craindre que le bénéfice aille 
à des spoliateurs. 

2. Animum les facultés de l'es- 
prit parmi lesquelles la mémoire : 
« L'esprit, lui aussi, baisse avec 
l'âge » ; — fert en prose il y aurait 
aufert 

3. Condere soles mener des 
jours jusqu'à leur fin, les enterrer 



en quelque sorte, c'est-à-dire passer 
des tours tout entiers; soles pour 
dies, poétique; quant au présent, 
condere, voy. page 4, n. 1. 

4. Oblita au sens passif, très 
rare ; cependant, cf. Properce 1,19 6, 
etValérius Flaccus I, 792 et 11,388. 

5. Lupi... videre priores 
d'après Pline le jeune VIII, 80, on 
croyait en Italie qu'à la rencontre 
d'un loup, s'il vous apercevait le 
premier, on perdait la voix; chez 
Théocrite 14, 22, il ne s'agit que de 
la rencontre, sans la condition d'être 
vu d'abord par le loup. 

6. Causando... en donnant des 
excuses, des prétextes (contenus 
dans les 4 vers préc), tu traînes en 
longueur, tu remets à plus tard de 
me réciter les vers de Ménalque; 
— nostros (=meos, voy. plus haut 
p. 72, n. 2), amores, ces vers que 
j'aime, qui font mes délices. 

7. Aequor Servius l'entendait 
de la plaine, spatium campi; mais 
ce sont plutôt les eaux du Bénacus, 
auj. Lac de Garde, que traversejle 
Mincio; stratum s'expliquerait 
moins bien dans la première hypo- 
thèse; — tibi datif d'avantage, pour 
toi, en ta faveur, pour te permettre 
de mieux te faire entendre. 



78 



LES BUCOLIQUES. 



Aspice! ventosi ceciderunt murmuris aurae 1 . 
Hinc adeo 2 média est nobis via; namque sepulchrum . 
Incipit apparere Bianoris 3 . Hic, ubi densas 60 

Agricolae stringunt frondes, hic, Moeri, canamus; 
Hic haedos depone, tamen veniemus 4 in urbem. 
Aut si, nox 5 pluviam ne colligat ante, veremur, 
Cantantes licet usque 6 (minus via laedit) eamus. 
Gantantes lit eamus, ego hoc te fasce 7 levabo. 65 

MOERIS. 

Desine plura, puer 8 , et, quod nimc instat 9 , agamus ; 
Carmina tum melius, cum venefit ipse 10 ^ canemus. 



C'est le dernier poème Bucolique que composera Virgile; 
mais Gallus lui -a demandé des vers, et il n'est pas de ceux 



i. Ventosi... mimnuris aurae 
on peut expliquer cette locution un 
peu contournée par un génitif de 
qualité, comme herba veneni de 4, 
24. 

2. Adeo justement ; cf. 4, 11 et 
la fin de la note; se rattache à 
hinc, non à média. 

3. Sepulchrum Bianoris est-ce 
le tombeau de Bianor, le fondateur 
de Mantoue? Mais à un héros, plus 
ou moins mythique, c'est^un temple 
que Ton eût dû construire; proba- 
blement, dans ce paysage, où se 
mêlent l'invention et la réalité, le 
poète a tout simplement;donné à un 
tombeau imaginaire un nom de la 
rigion Mantouane, parce qu'il est 
naturel que Lycidas le nomme en 
l'apercevant. 

4. Tamen veniemus malgré 
cela, nous arriverons en ville; ur- 
bem Mantoue. 

5. Nox la nuit, comme nous le 
disons en français, pour l'obscurité ; 



qn' 
cf. i 



deux mots, cf. qui,»3, 87. 

6. Usque à joindre à eamus : 
jusqu'au bout, sans discontinuer; 
ce vers est imité de Théocrite 7, 35 
suiv. 

7. Fasce se dit surtout du ba- 
gage que porte le soldat, Géorg.lll, 
347 et IV. 204; ici ce sont les che- 
vreaux dès v. 6 et 22 ; si Mœris ne 
veut pas s'arrêter et lesidéposer un 
moment, Lycidas lui offre de les 
portera sa place; Mœris pourrait 
ainsi réciter des vers plus librement. 

8. Puer Métr. n' 5 ; et cf. p. 36, 
n.6. 

9. Quod nunc instat ce qui 
presse pour l'instant, porter les che- 
vreaux au nouveau possesseur. 

10. Ipse Ménalque. Mœris ne_ 
doute pas que Ménalque ne revienne 
bientôt; c'est un trait naturel et tou- 
chant chez ce vieux serviteur que 
cette foi inébranlable dans le retour 
de son maître. 



DIXIÈME BUCOLIQUE. 79 

à qui l'on en refuse; et Virgile chante la peine amoureuse 
de son ami, le désespoir qui lui vient de Lycoris. Nous som- 
mes en Arcadie; l'invocation du v. 1 à Aréthuse ferait pré- 
voir la Sicile ; mais, bien que le paysage en soit assez exact, 
c'est une Arcadie littéraire, un séjour de rêve et de poésie. 
Tout prend part à la douleur de Gadus : la nature et les 
troupeaux; et les pâtres que Ménalque représente, puis les dieux 
eux-mêmes, — et parmi eux Pan, qui se laisse voir rarement 
par les mortels; Virgile l'atteste, car lui-même était présent 
(v. 26), et dans le poème il fait figure de berger (v. 70 suiv.). 
lies dieux' essaient vainement de consoler Gallus; il répond 
par des plaintes (v. 31 à 69) : « Que n'est-il un humble pas- 
teur en Arcadie! C'est là qu'il voudraitvivre... avec Lyco- 
ris. Mais la réalité est différente : il est retenu par les 
travaux de la guerre, tandis qu'elle affronte sans lui le dur 
climat des Alpes et du Rhin. Il cherchera un remède dans la 
poésie et dans les distractions d'une vie rustique... Non, il 
n'est pas de guérison possible : l'Amour n'a pas de pitié pour 
ses victimes; Gallus se reconnaît vaincu. » Et Virgile reprend 
la parole pour affirmer du moins à Gallus la tendresse et la 
fidélité de son amitié. 

Telle est cette pièce, une des plus belles, des plus passion- 
nées et des plus touchantes qu'on ait jamais écrite, élégiaquc 
par le sentiment et le ton général, bucolique cependant, non 
par le cadre seulement, mais par l'esprit qui la pénètre, 
l'amour de la nature et de la vie champêtre. 

C. Cornélius Gallus, né à Fréjus vers Tan 70, devait par- 
courir une éclatante carrière politique et militaire et périr 
victime de la jalousie d'Octave et de la haine du Sénat, en 
26 av. J.-C. Poète de talent, épris de mythologie et d'Alexan- 
drinisme, il composa quatre livres d'Élégies, les Amores\ 
inspirés par sa passion pour Lycoris. C'était une affranchie, 
Volumnia de son nom légal, Cythéris au théâtre (elle était 
mime de profession) ; elle fut liée avec Antoine et l'austère 
Bru tu s, puis avec Gallus probablement entre 44 et 37. Au 
moment où Virgile écrivit la 10 3 Bucolique, en 37 av. J.-C, 
Gallus devait être occupé à défendre les côtes de l'Italie 
contre S. Pompée; quant à Lycoris, il est probable qu'elle 
■ avait suivi un officier de l'armée d' Agrippa dans une expédi- 
tion sur le Khin. 



80 



LES BUCOLIQUES. 



Extremum hune, Arethusa 1 , mihi concède laborem. 
Pauca meo Gallo, sedq-uae légat ipsa Lycoris 2 , 
Carmina sunt dicenda : neget quis carmina Gallo? 
Sic 3 tibi, cum fluctus subterlabere Sicanos 4 , 
Doris 3 amara suam non intermisceat undam! 5 

ïncipe; sollicitos Galli dicamus amores 6 , 
Dum tenera attendent simae virgulta capellas. 
Noncanimus surdis 7 ^ respondent omnia 8 silvae. 

Quae nemora 9 , aut qui vos saltus habuere, puellae 
Naides 10 , indigno 11 cum Gallus amore peribat? 12 10 
Nam neque Parnasi vobis juga 13 , nam neque Pindi 14 



4. Arethusa nymphe, fille de 
Nérée et de Doris. La source d'Aré- 
thuse était à Syracuse, patrie de 
Théocrite; en l'invoquant (voy. 
page 55, n. 6 ). Virgile annonce un 
poèmebucolique : casera le dernier, 
son dernier effort dans ce genre. — 
Concède, cf. 7, 21 suiv. 

2. Quae légat ipsa Lycoris des 
vers dignes d'être lus par Lycoris 
elle-même; éloge délicat de sa 
compétence littéraire : on redoute 
en elle un juge difficile àjsatisfaire, 
parce qu'il est très délicat. 

3. Sic, voy. page 75, n. 3. 

4. Cura fluctus... Sicanos (pour 
la quantité de ce dernier mot, Métr. 
n°l) et les v. suiv. L'Alphée, fleuve 
d'Elide, s'étant épris d'Aréthuse, 
la poursuivit sous la mer jusqu'en 
Sicile et l'atteignit dans l'île d'Or- 
tygie où était le grand port de Syra- 
cuse. Les Anciens semblent avoir 
cru qu'une communication sous- 
marine et souterraine existait réel- 
lement entre le fleuve /et la source; 
peut-être cette fable vient-elle de la 
propagation du culte de l'Artémis 
Eléenne jusqu'en Sicile. Le vœu 
exprimé ici par Virgile suppose ou 
que la Nymphe doit retraverser la 
mer Ionienne afin de se rendre 
auprès d'Alphée avec qui elle serait 
réconciliée, ou que le poète consi- 



dère la fuite d'Aréthuse en dehors 
de la notion de temps. 

5. Doris, mère d'Aréthuse, dési- 
gne ici la mer comme Thétis, 4, 32. 

6. Sollicitos )on a dit que ce mot 
a le sens actif parce que cet amour 
trouble Gallus; mais le sens passif, 
un amour troublé, est aussi satis- 
faisant; et qui ne voit que cela 
revient au même? 

_ 7. Non canimus surdis expres- 
sion d'un caractère proverbial; cf. 
Properce IV, 8, 17 Cantabantsurdo. 

8. Omnia l'accusatif avec res- 
pondere, comme 1, 5, avec reso- 
nar e. 

9. Quae nemora... pour ce vers 
et les trois suiv., cf. Théocr. 1, 66 
suiv. 

10. Naides, voy. p. 55, n. 6, à la 
fin. 

44. Indigno cet amour n'est pas 
celui que mériterait Gallus; son 
affection pour Lycoris n'est pas 
payée de retour; cf. 8, 18. 

42. Peribat (non permet, voy. 
N. crit.), l'indicatif donne toute son 
importance au rapport temporel : 
Que faisaient les Naïades dans le 
moment même où Gallus se per- 
dait? cf. En. II. 256 suiv. cum... 
Extulerat. 

43.. Parnasi juga, voy. p. 47, n. 1. 

44. Pindi montagne située sur 



DIXIÈME BUCOLIQUE, 81 

Ulla moram t'ecere 1 , neque Aonie Aganippe 2 . 
Illum etiam lauri, etiam flevere myricae 5 ; 
Pinifer illunl etiam sola sub rupe jaceniem 
Maenalus 4 et g-elidi fleverunt saxa Lycaei 5 . 15 

Stant et oves circum (nostri nec paenitet 6 illas 
Nec te paeniteat pecoris, divine poeta T : 
Et 8 formosus oves ad flumina pavit Adonis) 9 ; 
Venit et upilio 10 ; tardi venere subulci 11 ; 
Uvidus 12 hiberna venit de glande Menalcas. [Apollo : 20 
Omnes 13 , « Unde amor iste, » rogant, « tibi? » Venit 
« Galle, quid insanis? » inquit « tua cura Lycoris 
Perque nives alium perque horrida castra secuta est. » 



les confins de la Thessalie et de 
l'Epire, célèbre par le culte des 
Muses. 

1. Moram fecere ce ne sont ni 
le Parnasse, ni le Pinde qui vous 
ont retardées, retenues,, puisqu'eux 
mêmes s'associaient, comme toute 
la nature, à la douleur de Gallus; 
— neque... UUa(juga), cf. plus bas 
v. 56 suiv., non me ulla... Fri- 
gora. 

2. Aonie Aganippe (Métr. n° 8, 
à la fin), source consacrée aux 
Muses au pied de l'Hélicon, dans la 
Béotie, voy. p. 50, n. 5. 

3. Myricae, voy. p. 29, n. 2 ; — 
pour l'hiatus après lauri, Métr. 
n° 8 ; — illum Gallus. 

4. Maenalus, voy. p. 63, n. 3. 

5. Lycaei le Lycée, tô Aûy.ouov; 
comme leMénale, c'est une montagne 
d'Arcadie. 

6. Paenitet, voy. p. 12, n. 7; ici, 
le sentiment pénible et profond que 
ce verbe représente est un senti- 
ment de honte et de dédain. 
7. Divine poeta, cf. 5, 45 ; et 6, 
67, divino carminé pastor. 

8. Et et lui aussi ; cf. plus bas 
v. 16 et 24. 

9. Adonis jeune homme d'une 
grande beauté, représenté comme 



un chasseur ; mais la chasse est un 
plaisir connu des bergers, voy. 7, 
29 suiv. et ici même 56 suiv. Ado- 
nis était aimé d'Aphrodite: tué par 
un sanglier, il inspira, dans les 
Enfers, de l'amour à Perséphonè. 
Zeus décida qu'il passerait six mois 
de l'année auprès d'elle, six sur la 
terre auprès d'Aphrodite; symbole 
du printemps, légende d'origine 
syro -phénicienne, culte célébré 
surtout par les femme». 

10. Upilio singulier collectif; il 
y" avait aussi une forme opilio, mais 
avec la première syllabe brève et la 
deuxième longue. 

11. Tardi... subulci. les porchers 
arrivent lentement, parce que leur 
vie est plus sédentaire et leurs 
troupeaux plus difficiles à rassem- 
bler et à pousser devant eux. 

12. Uvidus les glands, pendant 
l'hiver (d'où, ici, hiberna) étaient 
conservés dans de l'eau ; on les don- 
nait, broyés, comme nourriture 
aux bœufs (voy. Columelle VI, 3, 
4, et XI, 2, 23. Caton R. R, 54); 
en se livrant à cette occupation, le 
bouvier Ménalque a trempé ses 
vêtements. 

13. Omnes, cf. Théocr. 1, 81 
suiv. : Ttdvxeç dvfjpu>Tav. 



VIRGILE. 



82 



LES BUCOLIQUES. 



Venit et agresti capitis Silvanus * honore 2 , 
Florentes ferulas et grandia lilia quassans. 25 

Pan deus Arcadiae venit, quem vidimus ipsi 3 
Sanguineis 4 ebuli bacis minioque rubentem : [curât. 
« Ecquis erit modus? 5 » inquit. « Amor non talia 
Nec lacrimis crudelis Amor, nec gramina rivis, 
Nec cytiso saturantur apes 6 , nec fronde capellae. » 30 
Tristis at ille : « Tamen 7 cantabitis, Arcades » inquit 
« Montibus haec vestris 8 , soli cantare periti 
Arcades 9 ! rnihi tam quam molliter ossa quiescant 10 , 
Vestra meos olim 11 si fistula dicat Amores 12 ! 



1. Silvanus dieu qui ressem- 
blait à Faune; ami des pâtres et 
des troupeaux, il habitait et proté- 
geait les bois, d'où son nom; U 
présidait aux plantations, et c'est 
pourquoi on le représentait un 
arbuste à la main, Géorg. I, 20; 
voy. aussi Horace Épode 2, 22, où 
il est appelé lutor flnium en tant 
que gardien des limites entre pro- 
priétés. 

2. Agresli capitis... honore 
ablatif de qualité ou, si l'on veut, 
de description. Le v. suiv. explique 
ce qui fait Thonneur, la beauté de 
cette tête de dieu rustique: ce sont des 
férules en fleur (espèce de roseau), 
des lis à longue tige qui l'enguir- 
landent et qui remuent par l'effet de 
la marche ou sous le souffle de la 
brise. 

3. Quem vidimus ipsi mots 
justifiés par la difficulté avec la- 
quelle Pan se laissait voir aux 
mortels; vidimus ipsi doit être 
pour video ipse, (cf. plus haut au 
v. 6, dicamus). Nécessairement Pan 
se montrait à Gallus puisqu'il venait 
pour le consoler, tandis que l'on 
comprend Vijgile insistant, dans le 
but de confirmer la vérité du récit, 
sur ce fait que, lui aussi, il l'a vu 
de ses yeux. 

4. Sanguineis... on peignait en 
rouge le visage des dieux cham- 



pêtres; — ebuli l'hièble, qui a des 
fruits rouges ; — minio on le tirait 
des mines d'argent de l'Espagne. 

5. Ecquis erit modus {dolori 
tuo), cf. 2 68 ; En. IV, 98^ Horace 
Odes I, 24, 1. 

6. Cytiso... apes, Columelle V, 
12, nomme les abeilles parmi les 
animaux pour lesquels le cytise est 
excellent. 

7. Tamen répond aux mots 
Amor non talia curât du v. 28. 

8. Montibus... vestris datif; cf. 
le v. il, où le Parnasse et le Pinde 
ne demeurent pas indifférents à la 
douleur de Gallus. 

9. Arcades vocatif, répété du 
v. 31; voy. N. erit.; — cantare 
régime d'un adjectif, cf. 5, 1 et la 
note à ce vers. 

10. Quiescant il y a là un sou- 
hait, non une certitude comme l'in- 
diquerait le futur quiescent, voy. 
N. erit. 

11. Olim un jour (à venir); cf. 
En, I, 203 ; cet adverbe, qui se rat- 
tache au pronom ille, s'emploie pour 
un moment autre que celui où l'on 
est, à venir ou passé, comme ille 
pour une personne qui n'est pas là. 

12. Amores probablement les 
Amours, vers élégiaques de Gallus 
(voy. Arg.), plutôt que ses amours; 
d'ailleurs comme le sujet de ses 
vers était justement son amour pour 



DIXIÈME BUCOLIQUE. 



83 



Atque utinam ex vobis unus, vestrique fuissem 35 

Aut custos gregis, aut maturae vinitor 1 uvae! 

Certe 2 sive mihi Phyllis, sive esset Amyntas 3 , 

Seu quicumque furor 4 (quid tum s , si fuscus Amyntas? 

Et nigrae violae sunt, et vaccinia 6 nigra), 

Mecum inter salices, lenta sub vite 7 jaceret; 40 

Serta mihi Phyllis legeret, cantaret Amyntas. 

Hic gelidi fontes ; hic mollia prata, Lycori ; 

Hic nemus; hic ipso tecum consumerer aevo.... 

Nunc 8 insanus amor duri me Martis 9 in armis 

Tela inter média atque adversos detinet 10 hostes ; 45 

Tu 11 procul a patria (nec sit mihi [credere tantum!) 12 

Alpinas, a! dura 13 , nives et frigora Rheni 



Lycoris, il est difficile, et un peu 
vain, de décider et même de distin- 
guer; et même Virgile n'aurait-il 
pas voulu cette légère équivoque ? 

4. Custos... vinitor un pâtre ou 
un vigneron mercenaire, quelque 
campagnard de la plus humble con- 
dition. 

2. Certe à coup sûr, du moins ; 
cf. pour les v. qui suiv. Théocr. 7, 
86 suiv. 

3. Phyllis... Amyntas noms de 
bergère et de berper. 

; 4. Quicumque furor une folie, 
une passion quelconque ; se dit de 
même, en français, pour l'objet 
d'une folie, d'une passion. 

5. Quid tum suppléez refert.. 

6. Violae... vaccinia, cf. 2, 18 
et 50 et la note 9 de la p. 13, sur 
les nuances des violettes. 

7. Inter salices lenta sub vite 
il s'agit d'une vigne bordés de saules, 
ce qui évoque la campagne de 
Mantoue, plutôt que l'Arcadie; voy. 
Arg. et N. crit 

8. Nunc Galius s'est figuré un 
moment qu'il était pâtre en Arcadie: 
il revient au sentiment des choses et 
nunc marque l'opposition entre le 
rêve et la réalité. Cette conjonction 



temporelle a souvent une valeur ad- 
versative (par exemple, En. X, 617), 
comme « maintenant » en français. 

9. Duri Martis dépend de in 
armis, non de insanus amor; 
ces derniers mots désignent l'amour 
pour Lycoris, cf. v. 22 (quid insa- 
nis), non l'amour de la guerre. 

10. Me... (v. préc.) detinet me 
tient captif, m'enchaîne ; cf. Horace 
Odesl, 33, : 14. 

11. Tu... au lieu de mener 
ensemble une vie d'amour et de 
poésie dans un paysage Arcadien, 
Galius et Lycoris séparés souffrent, 
lui, de sa passion malheureuse, au 
milieu des dangers de la guerre; 
elle, de l'inclémence du nord dans 
un pays barbare. — Servius nous 
apprend que ce passage (v. 44 à 49) 
reproduit des vers de Galius ; comme 
c'étaient des distiques élégiaques, 
Virgile nécessairement les modifie. 

12. Nec sit mihi credere tantum 
pour nec, voy. p. 72, n. 3 ; sit = li- 
ceat : « Que n'ai-je pas à en croire 
tantl » c'est-à-dire à croire à une 
réalité si triste. 

13. A ! dura, cf. Horace Odes I, 
3, 9 suiv.: Illirobur etaes triplex 
Circa pectus erat qui fragilem 



S t LES BUCOLIQUES. 

Me sine 1 sola vides. À! te ne frigora laedant! 
A ! tibi ne teneras glacies secet aspera plantas ! 
Ibo, et Chalcidico 2 quae sunt mihi condita versu 
Carmiha pastoris Siculi raodulabor avena. 
Certum est* 5 in silvis intèr spelaea 1 feraram 
Malle pati 5 , tenerisque meos incidere Amores 6 
Arboribus ; crescent illae. crescetis, Amores ! 
Interea mixtis lustrabo Maenala 7 Nymphis 8 , 
Aut acres venabor apros 9 ; non me ulla vetabunt 
Frigora Parthenios canibus circumdare saltus 10 . 
Jam mihi per rupes videor lucosque sonantes 11 



50 



55 



truci Commisit pelago raient 
Primus.... Cela ne veut pas dire 
qu'ici, dans cette dureté de cœur 
reprochée à Lycoris, il n'y ait pas, 
en plus, une allusion à son insensi- 
bilité pour la passion de Gallus. 

1. Me sine inversion delà pré- 
position, cf. 6, 81 et ailleurs. 

2. Ibo et Chalcidico... Gallus 
annonce qu'il ira, en s'accompa- 
gnant de la flûte du pâtre Sicilien, 
chanter les vers qu'il a composés 
dans le genre d'Euphorion de Ghal- 
cis. Il ne faut pas presser le sens et 
se demander, par exemple, s'il 
s'agirait d'une transformation de 
ses poèmes élégiaques en idylles 
selon Théocrite (il n'est pas sûr 
d'ailleurs que pastoris Siculi 
désigne ce dernier). Ce que Gallus 
se propose, c'est simplement d'aller 
vivre parmi les bergers, de leur 
réciter ses poèmes et d'y célébrer, à 
la mode bucolique, le même sujet 
que dans ses Amores. c'est-a-dire 
son amour et son désespoir. 

3. Certum est (mihi)... ma 
décision est prise de... 

4. Spelâea aizr^x'.a ; mot pris 
par Virgile dans les v. de Gallus ; 
rare, il ne réapparaît que dans la 
Ciris 466, puis chez Claudien, 
Bell. Get 3S4. 

5. Pati pris absolument, sans 



régime ; cf. Lucain V,313 et IX, 262. 

6. Meos... Amores ses vers 
élégiaques, comme le montre 
Crescetis, Amores du v. suiv. On 
objecte le peu de vraisemblance que 
l'on grave des élégies entières sur le 
tronc des arbres (voy. cependant la 
p. 36, n. 3 à la fin); mais, ici comme 
dans les v. 50 et 51, il faut éviter de 
trop presser le texte. D'ailleurs, 
quelques distiques des Amores, 
fixés ainsi, peuvent déjà justifier, 
delà part de^Gallus, cette affirma- 
tion d'une gloire acquise et gran- 
dissante; crescetis est pris au 
double sens, propre et figuré. 

7. Maenala cf. Géorg. I, 17, 
pour cette forme pluriel neutre, 
comme Tartara, Ismara etc. — 
On trouve Maenalon, singulier, 
Ovide Mélâm. Il, 442 — voy. ici.au 
v. 15; et à 8, 22 Maenalns. 

8. Mxxtis... Nymphis ablatif 
d'accompagnement ; cela revient au 
même, quant au sens, que s'il y 
avait permixlus Nymphis. 

9. Venabor apros cf. ce qui est 
dit p. 81, n. 9 :1a chasse, plaisirdes 
bergers. 

40. Parthenios... saltus le mont 
Parthenios était eu Arcadie (sur 
les confins de l'Argolide) ; pour 
saltus, p. 49, n. 8. 

11. Sonantes parce qu'ils reten- 



DIXIÈME BUCOLIQUE. 



8b 



Ire; libet Partho torquere Gydonia cornu 1 

Spicula. Tamquam haec 9 sit nostri medicina furoris 60 

Aut.deus ille 5 malis hominum mitescere discat! 

Jam neque Amadryades rursus 4 nec carmina nobis 

Ipsa placent; ipsae rursus concedite silvae! 

Non illum 5 nostri possunt mu tare labores; 

Nec si frigoribus mediis 6 Hebrumque 7 bibamus 65 

Sithoniasque nives 8 hiemis subeamus aquosae 9 , 

Nec si, cum moriens alta liber 10 aret in,ulmo, 

Aethiopum 11 versemus oves sub sidère Cancri 12 . 

Omnia vincit Amor 13 ; et nos cedamus Amori! » 



tissent du bruit de la chasse ; cf. 
Odyssée XIX, 444 ; — mihi... 
videor je crois me voir. 

1. Cornu la matière dont est 
fait un objet, pour l'objet lui-même : 
un arc de corne. Les Anciens fabri- 

3uaient des arcs avec des cornes 
'animaux sauvages que l'on reliait 
entre elles à l'aide d'une arma- 
ture de métal ; quant à Partho, 
c'estune épithète littéraire, cf. i, 54 ; 
9, 30 et ailleurs; de même, Cydonia 
avec spicula. Cydon était une ville 
importante au N. 0. de la Crète; 
elle fournissait des roseaux pour 
les flèches, et les Cretois étaient 
célèbres comme archers. 

2. Haec attribut en accord ré- 
gulier avec le sujet, medicina ; il 
désigne et résume toutes les distrac- 
tions énumérées depuis le v. 55. 

3. Deus ille l'Amour, voy. v. 
28 suiv. 

4. Rursus (de même, v. suiv.) à 
leur tour. Les Amadryades, nym- 
phes des bois, (exactement, des 
chênes), cessent de plaire à la dou- 
leur du poète et de lui inspirer 
confiance en la guérison ; c'est bien 
un retour, retour qu'il fait sur lui- 
même. 

5. Nonillum... (deum cf. v. 61). 
Gallus, dans ce qui suit jusqu'au 
v. 69 incl et qui est la conclusion 



de la plainte, se rend aux avis 
donnés par le dieu Pan, v. 28 suiv. ; 
— nostri = mei, cf. 

6. Frigoribus mediis en plein 
hiver, cf. Gèorg. III, 154: mediis 
fervoribus « au cœur de l'été ». 

7. Hebrum (auj. Maritea) le 
fleuve principal de la Thrace ; c'est 
sur ses bords qu'Orphée fut déchiré 
par les femmes dans les Baccha- 
nales. 

8. Sithoniasque nives pour 
dire les neiges de la Thrace; les 
Sithoniens (SiGûvioi, voy. Métr. 
n° 1) étaient une tribu Thrace des 
bords du Pont-Euxin ; leur nom 
venait d'un ancien roi, Sithon. 

9. Aquosae cette épithète, qui 
convient à l'hiver en Italie, ne carac- 
térise pas bien l'hiver des pays de 
neige et de glace. 

40. Liber exactement la pellicule 
qui est entre l'écorce et le bois de 
l'arbre ; ici, l'écorce ; — moriens... 
uret cf. 7, 57. 

44. Aethiopum l'Ethiopie était 
au sud de l'Egypte, le long de la 
Mer Rouge; les Romains ne con- 
naissaient rien au delà. 

42. Sub sidère Cancri le Cancer, 
un des signes du Zodiaque ; ce 
sont les grandes chaleurs opposées 
à frigoribus mediis du v. 65. 

43 Amor Métr. n° 5. 



86 LES BUCOLIQUES. 

Haêc sat erit, divae> yestrum cecinisse poetam 1 70 
Dum sedet et gracili fiscellam texit hibisco 2 , 
Piérides; vos haec facietis maxima Gallo, 
Gallo cujus amor tantum mihi crescit in horas 
Quantum vere novo viridis se subicit 3 alnus. 
Surgamus : solet esse gravis cantantibus 4 umbra; 75 
Juniperi gravis umbra 5 ; nocent et frugibus umbrae. 
Ite domum saturae, venit Hesperus 6 , ite capellae 7 . 



4. Vestrum.... poelam Virgile, 
non Gallus. 

2. Hibisco sur cette plante, 

fi. 12, n. 5. — fiscellam cf. Tibulle 
I, 3, 15 ; pour ce genre d'occupa- 
tion rustique, voy. plus haut 2,71 ; 
— Dum sedet, cf. p. 54, n. 4. 

3. Se subicit cf. Géorg. II, 19. 

4. Cantantibus absorbé par le 
charme des vers, on s'attarde sans 



songer à l'heure et à ses inconvé- 
nients. 

5. Juniperi\ gravis umbra les 
exhalaisons du genévrier passaient 
pour malfaisantes surtout à l'appro- 
che de la nuit. 

6. Hesperus voy. p. 64, n. 4. 

7. Ite capellae cf. plus haut 
1,74 et 7,44. 





LES GÉORGIQUES 



LIVRE I 

Les Géorgiques ont pour titre Georgicon liber et le numéro 
du livre. Georgicon est un génitif de forme grecque 
(rewpyixà) analogue à Bucolicon. Le début concerne tout le 
poème et comprend : 1° la dédicace à Mécène, qui est en 
même temps l'énoncé du sujet de chacun des livres (1-5) ; 
2° une invocation aux dieux qui ont un rapport avec les 
travaux des champs et à Auguste qui veut faire renaitre en 
Italie le goût et la pratique de ces occupations (5-43). — 
Les premières annonces du printemps sont le signe du 
labourage et de la reprise des travaux de l'année (43-46). Il 
faut au moins quatre laiours (47-49); mais comme toute 
terre a ses qualités propres (50-63), il faudra régler le temps 
et le nombre des façons d'après la nature du sol (64-70). On 
pratiquera la jachère (71-72), ou encore la culture alternative 
du blé et des légumineuses bien choisies (73-79) à condition 
de fumer (79-83). Oii peut aussi brûler les éteules sur 
place (84-93). Grâce au hersage (94-96), aux labours qui se 
recoupent (97-99), à l'été humide et à l'hiver sec (100-103), 



88 LES GEORGIQUES. 

à un labour de couvraille (104-105), à l'irrigation des terres 
sèches (106-110), à l'éclaircissement des pousses trop serrées 
(111-112), à l'assèchement des terres inondées (112-117), on 
obtiendra la faveur de Cérès (96) et une moisson digne du 
Gargare (102-103). Mais à ce travail' font obstacle les grues, 
la chicorée sauvage, l'ombre (118-121). C'est que Jupiter a 
imposé lui-même aux mortels la loi du travail (121-124), 
ignorée dans l'âge d'or (125-128), inspiratrice de tous les 
arts (129-149). Aussi le laboureur doit-il lutter maintenant 
contre la rouille (151), les plantes parasites (151-155), les 
oiseaux pillards (156), et l'ombre des arbres (156-159). Ses 
armes sont la charrue, les chariots', les traînoirs, le hoyau, 
les corbeilles (160-166), tous objets qui doivent être préparés 
avec soin, surtout la charrue (167-175). Il y a encore bien 
d'autres préceptes traditionnels : l'aire doit être construite à 
l'abri des ennemis du grain (176-186); l'abondance ou la 
rareté des fleurs de l'amandier annonce la quantité de la 
récolte du blé (187-192) ; les semences doivent être choisies 
et trempées dans un bain protecteur (193-196) ; autrement elles 
dégénèrent (197-199), ce qui est la loi générale (199-203). Le 
laboureur n'observera pas les astres- avec moins de soin que 
le marin (204-207), car ce sont les astres qui indiquent le 
moment de semer les diverses récoltes à diverses époques 
(208-230). Le inonde est divisé en zones: les deux zones tem- 
pérées ont été ménagées par les dieux pour les mortels (231- 
251), et cet univers nous indique par les astres le temps 
propice à chaque tâche (252-258). Même les pluies d'hiver 
n'arrêtent pas l'activité de l'homme (259-267), ni non plus les 
jours de fêtes (268-275). La lune marque dans le mois les 
jours favorables ou défavorables (276-286); la nuit, l'aurore, 
le soir, le temps de la chaleur (287-299) ont leurs occupations 
et aussi l'hiver, qui n'est pas sans plaisirs (300-310). — Ces 
variations du temps et des saisons entraînent des perturba- 
tions comme les violents orages d'été et imposent au cultiva- 
teur la vigilance et des prévisions fondées sur les astres 
(311-337); mais il faut avant tout prier les dieux et donner à 
Cérès ses fêtes rustiques (338-350). D'ailleurs Jupiter a établi 
lui-même des signes du temps qu'il fera (351-355): pronos- 
tics du mauvais temps, donnés par les éléments, la foudre, 
' les oiseaux, la flamme de la lampe (356-392); pronostics de 
beau temps, donnés par les astres, les oiseaux, surtout les 



LIVRE I. 



89 



corbeaux, qui ont le sentiment de la famille (393-414), mais 
dont l'instinct de prévision est un pur effet de concordance 
physique avec l'état de l'atmosphère (415-423); pronostics 
tirés de la lune (424-437) et du soleil (438-463). Le soleil 
annonça la guerre civile (463-465) ; après la mort de César, 
le soleil et toute la nature ont donné les présages d'une cata- 
strophe telle que seul pourra l'arrêter le jeune dieu descendu 
du ciel, si les puissances protectrices de Rome le permettent 
(466-514). 

Quid faeiat îaetas 1 segetes, quo sidère terram 
Vertere, Maecenas, ulmisque adjungere vites 2 
Conveniat, quae cura boum 3 , qui çultus habendo 
Sit pecori, apibus* quanta experientia parcis, 
Hinc 5 canere incipiam. Vos, o clarissima mundi 5 

Lumina 6 , labentem caelo quae ducitis annum, 
Liber et aima 7 Ceres, veslro si munere tellus 



1. Laetas, grasses, fertiles; sens 
primitif du mot. — Segetes, les 
terres labourées qui sont ensemen- 
cées (Varron, R. R., I, 29, 1) ; cf. 
satis au v. 23. — Sidère, constel- 
lation du zodiaque déterminant le 
temps de l'année. Virgile indique 
d'abord le sujet du premier livre. 

2. Vites : sujet principal du se- 
cond livre. En Italie, on fait sou- 
vent monter la vigne sur des arbres. 
Voy. la n. 7, de la p. 153. 

3. £oum,'puis pecori, désignent 
le sujet du troisième livre. Constr. : 
quae cura boum, sit. — Constr. : 
qui cultus habendo pecori (pour 
l'entretien des troupetux) sit. L'i- 
dée d'aptitude résulte de l'emploi 
du datif. — Pecori, le petit bétail, 
opposé à boum. 

4. Apibus : en hiatus après pe- 
cori. Suppléez habendis. — Ex- 
perientia : l'expérience acquise, 
qui fait de l'apiculture, sujet du 
livre IV, une science. — Parcis, 
économes. 

5. Hinc incipiam : c'est de là 
que je tirerai la matière de mes 



entreprises poétiques. De même 
Yar.,'R. R., II, préf., 6. Incipere, 
entreprendre, se trouve dans Lucr.. 
I, 54. 

6. Lumina : le soleil et la lune. 
A la fin de l'antiquité, quand le 
mysticisme est à la mode, on iden- 
tifie ces astres avec Liber et Libéra 
(Cérès), de sorte que les deux pre- 
miers couples invequés par Virgile 
n'en font qu'un (Servius; Macrobe, 
I, 18, 23). Cette interprétation est 
contredite par la teneur énuméra- 
tive du morceau, par la proposition 
relative, destinée à indiquer la rai- 
son de s'adresser aux astres (cf. quo 
sidère terram vertere), et par le 
caractère des autres divinités nom- 
mées, qui ont toutes un rôle à jouer 
dans la vie rustique. Noter que 
Von a Liber et Ceres, non pas Liber 
et Libéra. — Caelo, abL poétique 
(in caelo, per caelum), fréquent 
pour ce mot dans Virgile. 

7. Aima, nourricière, épithète 
de vues (II, 233), ager (II, 330), 
terra {En., VII, 644). — Si, s'il est 
vrai que. 



90 



LES GÉORG1QUES. 



Chaoniam* pingui glandem mutavit arista, 
Poculaque inventis Acheloïa 2 miscuit uvis; 
Et vos, agrestum 3 praesentia numina, Fauni, 10 

Ferte simul Faunique pedem 4 Dryadesque puellae : 
Mimera vestra cano. Tuque o, cui s prima frementem 
Fudit equum magno tellus percussa tridenti, 
Neptune; et cultor 6 nemorum, cui pinguia Ceae 
Ter centum 7 nivei tondent dumeta juvenci; 15 



4. Chaoniam, épithète d'excel- 
lence. Le pays des chênes, Dodone, 
passait pour avoir été anciennement 
habité par les Chaoniens (Bue, 9, 
13). Les glands avaient été la pre- 
mière nourriture de l'homme, 
d'après Démocrite et Epicure. Avec 
mutavit, on a la construction logi- 
que, « changer les glands contre les 
épis, à l'aide des épis » (arista, abl. 
d'instrument). Le sujet ne devrait 
pas être tellus, mzis vita; cf. Ti- 
bulle, II, 1,37. 

2. Acheloïa : 'A/eX^na, forme 
épique (Hom., II., XXI, 194). Le 
fleuve Àchéloùs, rivière d'Etolie, 
appartient comme Dodone à la 
Grèce du Nord-Ouest, région dont 
Virgile semble faire le berceau de 
la civilisation. Pocula Acheloia 
sont des coupes d'eau, la première 
des boissons. — Miscuit: en a fait 
un mélange par l'addition du jus 
pressé des raisins. Les débauchés 
seuls buvaient du vin pur dans 
l'antiquité. On localisait l'invention 
du vin dans la région du Pinde 
(Apollodore, I, 8, 1), en Locride 
(Paus., X, 38, 1), ou en Etolie 
(Athén., II, p. 35 B). 

3. Agrestum : forme poét. pour 
agrestium, qui n'entre pas dans 
le vers. L'adj. est pris substantive- 
ment avec un sens général" corres- 
pondant à l'article déflni français 
« les ». — Praesentia, favorables 
(Bue, 1, 41). 

4. Ferre pedem, désigne la 
marche {En., II, 756) ou la danse 
(Hor., Od., II, 12, 17); la danse est 



une occupation favorite des Faunes 
{Bue, 6, 27). L'expression convient 
aux sujets voisins {Fauni, Drya- 
des), et se rapporte par zeugma au 
plus éloigné (lumina); elle équi- 
vaut à hue adeste. Les Faunes se 
rapportent à la protection des trou- 
peaux, sujet du livre III, et les 
Dryades (voy. Bue, 5, 59), aux 
arbres, sujet'du livre IL 

5. Cui. en l'honneur de qui, 
pour qui (14; II, 5, 174, 388; III, 
17). — Prima = primum. — D'un 
coup de son trident, Poséidon 
(Neptune), en Thessalie, fit sortir 
de terre le cheval. D'autre part, en 
Attique, Athéné (Minerve) et Po- 
séidon se disputèrent le droit de 
donner un nom à la ville d'Athè- 
nes. Poséidon fit jaillir une fon- 
taine d'eau de mer; Athéné, l'oli- 
vier (Oyide, Met., VI, 77). A la fin 
de l'antiquité, on rattacha la création 
du cheval au débat sur l'Attique. 

6. Cultor : Aristée, fils d'Apol- 
lon et de Cyrène (voy. PV, 315 
suiv.), élevé en Thessalie par 
Chiron, puis époux d'Autonoé, fille 
de Cadmus de Thèbes, dont il eut ■ 
Actéon. Quand ce fils fut dévoré 
par ses chiens, Aristée netsupporta 
plus d'habiter à Thèbes et vint dans 
l'île de Céost(C'ea) qu'ilCdélivra des 
fureurs de Sirius (la Canicule). — 
Cui « en l'honneur de qui » (voy. 
n. b),-'£t par suite « par la protection 
de. qui » (II, 15, 174). 

7. Ter centum, périphrase poét. 
pour ter centeni, qui lui-même 
serait pour trecenti. 



LIVRE I. 



91 



ïpse, nemus linquens patrium saltusque Lycaei, 
Pan 1 , ovium custos, tua si tibi Maenala curae, 
Aclsis 2 , o Tegeaee, favens; oleaeque Minerva 
Inventrix; uncique puer 3 monstrator aratri; 
Et teneram ab radiée 4 ferens, Silvane, cupressum ; 20 
Diqucdeaeque omnes, studium quibus arva tueri 5 , 
Quique novas alitis non ullo semine fruges, 
Quique satis 6 largum caelo demittitis imbrem. 

Tuque 7 adeo, quem mox quae sint habitura deorum 
Concilia incertum est 8 , urbesne invisere, Caesar, 25 



4. Pan, dieu par excellence 
(ipse) des troupeaux, adoré en Arca- 
die, où le Ménale et le Lycée déli- 
mitent la vallée de l'Alptiée. Tégée 
se trouvait sur un cours d'eau qui 
passait pour l'origine de l'Alphée. — 
Si, voy. v. 7. — Maenala. (Bue, 
10, 55), à côté de Maenalus (Bue, 
8, 22; 10, 15). 

2. Adsis, placé au centre de la 
période, en accord avec le sujet le 
plus rapproché, se rapporte à ceux 

3ui suivent commeà ceux qui précè- 
ent. — Oleae : voy. n. du v. 12. 

3. Puer : Triptolème, fils de 
Céléus (165), héros éleusinien, que 
Virg. assimile aux dieux. Il avisa 
Dêmêtêr de l'enlèvement de sa fille 
(39) et, en récompense, apprit de la 
déesse à semer le blé. Il propagea 
hors de l'Attique cette invention. 

4. Abradice, à partir de la ra- 
cine: donc arraché avec la racine; 
voy. 319. Silvain est un dieu de la 
forêt et, par suite des conditions 
anciennes de l'Italie où la ferme est 
établie au milieu des bois, un dieu 
des troupeaux (En., V III, 600 - 601). 

5. Tueri : quibus studium 
(est) arva tueri, qui ont comme 
occupation à protéger les champs. 
Le substantif est construit comme 
pourrait être un verbe de même sens 
(student). L'infinitif est attribut et 
l'expression se rapporte à des per- 
sonnes déterminées (quibus). 

6. Satis, de sero, s'oppose à non 



ullo semine, aux produits sponta- 
nés du sol (voy., II, 10-13). Datif = 
in sata; cette substitution du datif 
à l'accusatif précédé de in est fré- 
quente chez les poètes. 

7. Tuque : Virgile ajoute Oc- 
tave aux dieux champêtres. Il se 
conforme à l'usage de son époque, 
usage d'origine égyptienne; il re- 
présente le prince comme un dieu 
sauveur, vivant sur la terre, et 
devant un jour (mox) remonter au 
ciel après avoir mis en ordre les 
affaires humaines. Callimaque traite 
ainsi les Ptolémées. De même Hor., 
Od., I. 2. — Adeo : voy. Bue, 4, 
U. — Mox : Hor., Od., I, 2, 45 : 
« Serus in caelum redeas » ; cf. plus 
loin, v. 504-505. — Deorum : ce 
gén. se trouve encore IV, 322 et 
plus souvent dans l'En. ; partout 
ailleurs deum. 

8. Cette longue phrase se décom- 
pose ainsi : un cadre général : Tu- 
que adeo... quidquid eris (v.36)... 
da facilem cursum ; une série 
d'alternatives, introduite par une 
relative : quem incertum est quae 
concilia deorum sint habitura, 
quem étant le complément direct 
de habitura ; et alors, première al- 
ternative introduite par ne interro- 
gatif : velisne, Caesar, invisere 
urbes... et maximus orbis (la 
terre, avec changement de sujet) 
accipiat te auclorem (attribut)... 
cingens tempora myrto ; 2° al ter- 



92 



LES GÊORGIQUES. 



Terrarumque velis 1 curarn, et te maximus orbis 
Auctorem frugum tempestatumque 9 potentem 
Accipiat, cingens materna 3 tempora myrto; 
An deus immensi venias maris, ac tua nautae 
Numina sola colant, tibi serviat ultima Thule 4 , 
Teque sibi generum Tethys 5 emat omnibus undis 
Anne ° novum tardis sidus te mensibus addas, 
Qua locus Erigonen 7 inter Ghelasque sequentes 



30 



native introduite par an comme il 
convient dans l'interrogation double 
ou multiple : an venias deus 
(attribut)... ac nautae (changement 
de sujet) colant tua numma... etc.; 
3* alernative : anne addas te(com- 
plém. direct.) sidus novum (attri- 
but). Ces trois alternatives corres- 
pondent à trois parties de l'univers, 
terre, mer, ciel. Le tout est résumé 
par quidquid eris, mais une paren- 
thèse est intercalée entre la troisième 
alternative et ces deux mots, puis 
une autre parenthèse entre quidquid 
eris et la proposition principale da 
facilem cursum. La première pa- 
renthèse est un simple développe- 
mont (ipse tibi... reliquit). La 
seconde est nécessaire pour écarter 
du choix d'Octave la quatrième par- 
tie de l'univers, les enfers. Octave peut 
donc choisir un siège définitif dans 
un de ces trois conseils des dieux, 
dieux de la terre, dieux de la mer, 
dieux du ciel. Le propre d'un dieu 
sauveur est l'aptitude générale. 

4. Velis a deux compléments de 
nature différente, invisere et gu- 
ram. 

2. Tempestatum, les états de 
l'atmosphère et, par suite, les sai- 
sons qui les commandent. 

3. Materna myrto, le myrte 
consacré à Vénus '(Suc, 7, 62), 
ancêtre des Jules (ib., 9, 47). 

4. Thule, île située à l'extrémité 
(ultima) nord-ouest du monde et 
dont ("identification a varié suivant 
les connaissances géographiques 
des anciens. 



5. Tethys, épouse de l'Océan et 
mère d'un très grand nombre de 
nymphes, les Océanides. 

6. Anne, ou bien si; cf. Gic, 
Ver., IV, 73. — Addas : Virg. 
réunit trois aspects dans la même 
personne, l'astre (sidus), le mois 
(mensibus) et le signe du zodiaque 
(parenthèse des v. 33- 35). — A/en- 
sibus : Virg. pense au mois de 
Quinctilis- qui fa Rappelé Julius en 
l'honneur de César. Le mois de 
Sextilis a reçu le nom d'Augus- 
tus seulement en 746/8. Les mois 
d'été sont appelés lents parce que 
le jour s'y prolonge. 

7. Erigonen : Virg. fait tou- 
jours en -n l'accus. des noms grecs 
féminins dont le nomin. est en -e. 
Ce nom désigne le signe du zodia- 
que appelé aussi la Vierge (Bue, 
4, 6). Erigone, fille d'Icare, se tua 
de douleur à la mort de son père 
et fut placée dans le ciel. — Inter 
est entre les deux régimes. — Che- 
las : le Scorpion ne se trouvant 
pas à la mesure d'un signe du zodia- 
que, on distingua les Pinces 
(/TjÀai) et le Scorpion proprement 
dit. Au 1" s. av. J.-C, on substi- 
tua aux Pinces lt nom de la Balance. 
Virg. suppose qu'on donnera de la 
même manière un nom nouveau aux 
Pinces; c'est ainsi que le Scorpion 
fera une place à l'astre Octave. Il ne 
peut être question d'un treizième 
signe du zodiaque. Les Pinces pré- 
sidaient au mois de septembre, mois 
natal d'Octave. — Sequentes : car 
rapporta Erigone. 



LIVRE I. 



03 



Panditur (îpse tibi jam bracehia contrahit ardens 
Scorpios, et caeli justa plus parte 1 reliquit): 
Quidquid eris (nam 2 te nec sperant Tartara regem, 
Nec tibi regnandi veniat tam dira cupido, 
Quamvis Elysios miretur Graecia campos 
Nec repetita sequi curet Proserpina 3 mat rem), 
Dafacilem cursum atque audacibus annue coeptis, 
Ignarosque viae 4 mecum miseratus agrestes, 
Ingredere 5 , et votis jamnunc assuesce vocari. 

Vere novo, gelidus canis cum montibus 6 umor 
Liquitur et Zephyro 7 putris se glaeba resolvit, 
Depresso incipiat jam tum mihi 8 taurus aratro 
Ingemere, et sulco attritus splendescere vomer. 
llla seges 9 demum votis- respondet avari 
Agricolae, bis 10 quae solem, bis frigora sensit: 



35 



40 



45 



1. Justa plus parte : plus que 
l'espace légitime d'un signe 
(trente degrés). — Reliquit : 
le passé indique la conséquence" par 
rapport à contrahit. 

2. Nam elliptique : tu recevras 
l'immortalité sous une de ces trois 
formes ; car la quatrième hypothèse 
possible doit être écartée. — Tar- 
tara, l'ensemble du royaume infer- 
nal (cf. Elysios campos). Mot exclu- 
sivementpoét., généralement à cette 
forme {En., VI, 577, Tartarus). 

3. Proserpina ou Coré (p. 91, 
II. 3 ; p. 102, n. 6), fille de Dêmêtèr, 
enlevée par Pluton et devenue reine 
dès enfers. Virg. s'écarte de la tra- 
dition ordinaire en lui attribuant le 
refus (non curet, ne se soucie 
pas, == nolii) de quitter les enfers, 
bien que réclamée par sa mère ; 
Lucain, VI, 699, s'inspire de Virg. 

k. Viae, la méthode. — Mecum, 
c'est-à-dire comme moi ; se rattache 
à miseratus. — Agrestes : voy. p. 
90, n. 3. 

5. Ingredere, avance-toi pour 
me servir de dieu tutélaire dans 
mon entreprise ; îam nunc, dès 



maintenant, sans attendre ton 
apothéose. 

6. Canis montibus, abl. avec 
accord, au lieu d'un abl. précédé de 
de ou de m; voy. p. 137, n. 5. 

7. Zephyro, vent d'ouest, Favo- 
nius des Latins, qui commençait à 
souffler le 8 (PI. ,N. #. ( XVI, 93) ou 
le 9 févr. (Col., XI, 2, 15), et qui 
donnait le signal du printemps. On 
devançait généralement cette date : 
le cultivateur ne se règle pas sur "lé 
calendrier avec l'exactitude d'un 
astronome (Col., XI, 2, 2) ; cf. v. 64. 
— L'abl. indique la cause. — Pu- 
tris, désagrégé ; dans la langue 
technique, « terre franche ». 

8. Mihi, à mon avis. Toute la 
description montre l'effort puissant 
du premier labourage (proscin- 
dere) dans une terre grasse: cf. 
Lucr., Vj 207 suiv. 

9. Seges toute terre arable, 
voy. n. du v. 1. — Demum sert à 
préciser Ma, d'où la nuance de 
« seulement ». 

10. Bis... bis... : deux labours 
voisins du solstice d'hiver (frigora), 
deux voisins du solstice d'été 



94 



LES GÉORGIQUES. 



Illius 1 immensae ruperunt horrea messes. 

At 2 prius ignotum ferro quam scindimus aequor, 50 
Ventos et varium caeli praediscere 3 morem 
Cura sit ac patrios 4 cultusque habitusque locorum, 
Et quid 5 quaeque ferat regio et quid quaeque recuset. 
Hic segetes, illic veniunt felicius uvae ; 
Arborei fétus alibi atque injussa virescunt 55 

Gramina. Nonne vides croceos 6 ut Tmolus odores, 
India mittit 7 ebur, molles sua tura Sabaei, 
Àt 8 Chalybesnudi ferrum, virosaque Pontus 



(solem). L'un d'eux avait lieu avant 
les semailles, qui se faisaient assez 
tard (voy. 204-229); un autre, au 
printemps, était très fort (voy. n. du 
v. 45) ; deux autres labours profonds 
d'été sont désignés par les verbes ite- 
rareet ter tiare dans Col., II, 4, 3-4 
et 9 ; mais il ne connaît que trois 
labours avant les semailles et Var., 
R. R., I, 29, 2, deux seulement. 
Virg. ne parle pas ici du travail 
destiné à recouvrir le grain après 
les semailles, ce qui s'appelle lirare 
quand on le fait à la charrue. 

4. IUius (dactyle) : segelis. — 
Ruperunt : chez les poètes, le passé 
marque l'habitude sans un adverbe 
comme saepe (cf. 84), parce que ce 
qui s'est fait peut toujours se faire; 
cf. 161. 

2. At : pour donner aux champs 
les façons qu'ils réclament, il faut 
se rendre compte de la nature du 
sol; toute terre n'a pas les mêmes 
propriétés. Donc des labours pro- 
fonds doivent être pratiqués dans 
un sol gras, des labours légers dans 
un sol léger. Virg. relève ces pres- 
criptions arides et sans imprévu par 
l'image des pays exotiques et le 
souvenir de Deucalion (50-70). — 
Ignotum : les agronomes ont l'habi- 
tude de supposer dans leurs traités 
un domaine d'acquisition récente, 
auquel leurs préceptes doivent s'ap- 
pliquer. — Scindimus convient à 
aequor, bien qu'il s'agisse des 
champs et non de la mer. 



3. Praediscere, attribut de 
cura, comme tueri au v. 21. Ce 
verbe fait avec prius un pléonasme 
qui n'est pas rare en latin. — 
Varium caeli morem, la variété 
des climats; voy. la n. sur III, 399. 

4. Patrios continue l'image 
introduite par morem. Les vents 
ont un caractère. De même les con- 
trées d'un pays ont des dispositions 
ataviques (patrios habitus), qui 
ont requis de tout temps des procé- 
dés traditionnels de culture (patrios 
cultus). Cf. II, 35 : « Proprios cul- 
tus ». 

- 5. Et quid : inter. indir. après 
des accus, dépendant du même 
verbe ; voy. v. 25. 

6. Croceos odores = crocum 
odoratum ; ce qu'on recherche dans 
le safran, c'est l'odeur, que met en 
relief le tour choisi. — Tmolus, 
montagne de Lydie, au sud de Sar- 
des. Cependant le meilleur safran 
venait de Cilicie (Hor., Sat.,ll,'k, 68). 

7. Mittit : les poètes continuent, 
d'après un usage ancien, à mettre 
à l'indic. l'interrog. indirecte, au 
lieu du subj. de l'époque classique. 
Cependant on peutponctuer : Nonne 
vides? croceos ut Tmolus odores... 
mittit. — Molles, efféminés comme 
on suppose que sont les peuples de 
l'Orient et du Midi. — Sabaei, 
peuple de l'Arabie heureuse ou mé- 
ridionale. 

8. At, dans l'énumération, op- 
pose des membres différents^ ici la 



LIVRE I. 



Castorea, Eliadum 1 palmas Epirus equarum? 
Continuo 2 has leges aeternaque foedera certis 
Imposuit natura locis, quo tempore primum 
Deucalion 3 vacuum lapides jactavit in orbem, 
Unde homines nati, durum 4 genus. Ergo âge, terrae 
Pingue solum, primis 5 extemplo a mensibus anni, 
Fortes invertant tauri, glaebasque jacentes 
Pulverulenta coquat maturis 6 solibus aestas ; 
At si non fuerit tellus fecunda 7 , sub ipsum 
Arcturum 8 tenui sat erit suspendere sulco: 
Illic 9 ,' officiant laetis ne frugibus herbae ; 
Hic, sterilem exiguus ne deserat umor harenam. 
Altérais 10 idem tonsas cessare novales 



60 



65 



70 



mollesse des Arabes et le rude 
travail des Chalybes, peuple qui 
habitait près de la côte sud-est du 
Pont-Euxin(Xén., An., V. 5, 1).— 
Virosa, à l'odeur fétide. 

4. Eliadum: ce dérivé n'existe 
pas en grec où l'on a 'HXetoç et 
'Hàsuxxô; ; des cavales d'Elide, 
c'est-à-dire courant en Elide, aux 
jeux olympiques. — Palmas, la 
première qualité (cf. En., V, 339) : 
î'Epire (pays renommé pour ses 
chevaux) envoie, parmi les cavales 
des concours olympiques, la palme; 
celles qui sont victorieuses. Les 
cavales passaient pour plus vites 
que les étalons. 

2. Continuo... quo tempore = 
stalim illo tempore quo. 

3. Deucalion (BuG. 9 6, 41) : les 
produits de la terre sont différents 
suivant les régions, depuis le déluge 
qui marque la déchéance de. l'huma- 
nité ; dans l'âge d'or, « omnis feret 
omnia tellus » (Bue., 4, 39). 

4. Durum : l'humanité est 
aussi un produit du sol. — Ergo 
âge : eh bien donc I retour au 
sujet du labourage. 

5. Primis mensibus, les 
ides de janv. (Col., XI, 2, 6-8). 



Les spondées du v. suiv. marquent 
l'effort puissant. 

6. Maturis, dans son plein; 
pluriel de répétition ou d'intensité. 
Cf. Lamartine, Méditations, préf. 
de 1849, vers la fin : « Ce cœur 
mûri parles longs soleils de la vie ». 

7. Non fecunda, sèche et 
sablonneuse. 

8. Arcturum, étoile brillante 
située sur la ceinture du Bouvier, 
constellation qui est à la queue de 
la Grande-Ourse. L'Arcture se lève 
au commencement de septembre 
(5 ou 17, dans Col., XI, 2, 63 et 
65)j et c'est entre les calendes et 
les ides (13) de ce mois qu'il faut 
commencer le labourage des terres 
sèches, d'après Col., II, 4, il. — 
Suspendere (tellurem), soulever 
la terre par un labour superficiel 
(cf. Col., III, 13,7). 

9 Illic, « in pingui solo »; 
hic, « si non fuerit tellus fecunda». 

10. Alternis, expression adver- 
biale qui ne se trouve ni dans Cic. 
ni dans Ces. ; alternis (vicibus), 
comme alias (vices). — Idem 
rapporte à la même personne les 
préceptes et en établit la continuité: 
« aussi ». 



96 



LES GEORGIQUES. 



Et segnem patiere situ durescere 1 campum ; 
Aut 2 ibi flava sefes mutato sidefe farra, 
Unde prius laetum siliqua quassante 3 legumen 
Aut 4 tenues fétus viciâe tristisque lupini 
Sustuleris fragiles calamos silvamque sonantem 5 
Urit enim 6 lini campum seges, urit avenàe, 
Urunt Lethaeo 7 perfusâ papavera somno. 
Sed tamen 8 alternis faeilis labor : arida tantum 
Ne saturare fimo pingui pudeat sola neve 
Effetos cinerem 9 immundum jactare per agros. 
Sic quoque 10 mutatis requiescunt fetibus arva 
Nec 11 nulla interea est inaratae gratia terrae. 

Saepe etiam stériles 13 ineendere profuit agros 
Atque levem stipulam 13 crepitantibus urereflammis : 85 



75 



80 



1. Durescere, se fortifier ; cf. du- 
rare, fortifier, dansHor., Sat.,1, 4, 
119. — Situ, l'abandon, de sinere. 

2. Âut : autre nféthode, celle 
des cultures alternées, corrigées 
par les fumures (v. 80-81). — Ibi, 
antécédent de unde. — Sidère, le 
temps de l'année, voy. v. 1 ; muta- 
to sidère, faisant des semailles 
d'époques diverses, littéralement en 
changeant les dates. 

3. Quassante, moyen réfléchi, 
« qui s'agite »'. 

4. Aut, ne s'oppose pas à aut 
du v. 73, mais introduit la défini- 
tion de legumen par des exemples. 
Ler noms des légumes à cosse sont 
régulièrement du sg. en latin, con- 
trairement à l'usage français. 

5. Sonantem : « Ces moissons 
bruyantes | De pois retentissans 
dans leurs cosses tremblantes. » 

Dehlle.) 

6. Enim : quant à. Le rai- 
sonnement est abrégé : « Je ne men- 
tionne pas le lin, etc. ; car... ». 

7. Lethaeo, qui produit l'oubli 
comme l'eau du Léthê, fleuve des 
enfers (En., VI, 749). 

8. Sed tamen répond à l'ob- 
jection introduite par enim : 



même avec le lin, l'avoine et 
le pavot, le travail que la terre 
doit fournir sera facile dans le ré- 
gime des cultures alternées si on 
a soin de fumer abondamment. Al- 
ternis (= alternis frugibus) est 
précisé parle contexte. Lacondition 
de faeilis labor est introduite par 
tantum sous forme de proposition 
indépendante. 

9. Cinerem : usage des Trans- 
padan (PL, N. H., X\ll, 49) et 
dont Virg. devait avoir l'expérience 
personnelle. 

40. Sic quoque, par l'emploi des 
cultures alternées. 

11. Nec porte sur l'ensemble de 
la -phrase : « Et il n'est pas vrai que 
pendant ce temps (où, d'après l'au- 
tre méthode, on eût tenu des ja- 
chères), la terre, bien que n'étant 
pas soumise aux labours exigés par 
la culture du blé (inarat a), sera 
sans produire du fruit (gratia) » 
Gratia est la parure de la terre. 

12. Stériles, épuisés, après la 
moisson. 

13. Stipulant, les éteules fort 
hautes, parce qu'on coupait sou- 
vent le blé près de l'épi ou à mi- 
hauteur (Var., R. R., I, 50,2). 



LIVRE I 



97 



Sive inde occultas vires et pabula 1 terrae 
Pinguia concipiunt, sive illis omne per ignem 
Excoquitur vitium 2 atque exsudât inutilis umor, 
Seu plures calor ille vias et caeca 5 relaxât 
Spiramenta, novas veniat qua 4 sucus in herbas, SO 
Seu durât 5 magis et venas adstringit hiantes, 
Ne tenues 6 pluviae rapidive potentia solis 
Acrior aut Boreae penetrabile frigus adurat 7 . 

Multum adeo 8 , rastris glaebas qui frangit inertes 
Vimineasque trahit crate s 9 , juvat arva, neque illum 95 
Flava Gères alto nequiquam 10 spectat Olympo ; 
Et qui 11 , proscisso quae suscitât aequore terga, 
Rursus 12 in obliquum verso perrumpit aratro, 



i. Pabula, sucs nourriciers, 
dulcis uligo (II, 184). 

2. Vilium, excès (cf. Ov., F., 
IV, 785 ; Grattius, Cyn., 145 et 
423). Les"- effets du feu varient sui- 
vant la nature des terrains, ici 
ameublissant et engraissant par les 
produits de la combustion, là des- 
séchant et enlevant l'excès d'humi- 
dité. De même relaxât (89) et 
adstringit (!) 1) sont en exacte oppo- 
sition. 

3. Caeca, cachés, sens fréquent 
dans Lucrèce, qui n'est pas inouï 
en prose. 

4. Qua = quibus. 

5. Durât, adstringit. L'effet a 
été contesté ; l'opération serait fu- 
neste aux terrains légers et sablon- 
neux. 

6. Tenues, fines, donc péné- 
trantes. — Rapidi, de rapere, 
épuisant; cf. Bue, 2, 10. /■ 

7. Adurat, en accord avec le 
sujet le plus voisin, ne convient 
pour le sens qu'aux deux derniers 
(zeugma). 

8. Adeo, bien plus, en outre. 
— Rastris, instrument armé de 
dents, qui servait à l'oceatio, her- 
sage, opération décrite dans ces 
vers. Tantôt c'était une herse pe- 
sante (164; 496), traînée par des 

VIRGIT E. 



bestiaux (cf. trahit), tantôt un 
simple râteau à main, pourvu de 
quatre dents (Caton, 10,3). — In- 
ertes, sans activité, ne pouvant 
réagir pour accueillir la semence 
à cause de leur masse. 

9. Crates : des claies d'osier 
suffisaient à égaliser le sol labouré 
dans les terres légères. 

10. Nequiquam est nié par neque ; 
= propitia. — Olympo avec alto, 
abl. avec épithete (voy. n, sur H, 
114), au lieu de l'abl. proprement 
dit avec une préposition {ex). 

11. Et qui... perrumpit, etc. : 
nouveau sujet de juvat arva; 
neque... Olympo est une parenthèse 
— Proscisso est le mot technique 
pour désignei le premier labour. — 
Aequore : voy. 50. — Terga, les 
crêtes des sillons, appelées ordinai- 
rement porcae. L'antécédent est 
enclavé dans la relative mise en 
tête, ce qui est ordinaire : perrum- 
pit terga quae suscitât. 

12. Rursus : les charrues des 
anciens n'avaient ordinairement ni 
coutre ni versoir. Quand on les 
tenait droites, elles remuaient seu- 
lement un peu la terre. On obtenait 
un meilleur résultat en les tenant 
alternativement droites et obli- 
ques. Le sillon, repris obliquement 



03 



LES GÉORGIQUES. 



Exercetque frequens tellurem atque imperat arvis. 

Umida solstitia 4 atque hiemes orate serenas, 100 
Agricolae: hiberno laetissima pulvere farra. 
Laetus ager nullo tantum se Mysia 2 cultu 
Jactat, et ipsa suas rnirantur Gargara messes» 

Quid dicam 3 jacto qui semine comminus arva 
Insequitur cumulosque * mit maie pinguis harenae, 105 
Deinde satis 6 fluvium inducit rivosque sequentes, 
Et, çum exustus ager morientibus_aestuat herbis, 
Ecce supercilio 6 elivosi tramitis undam 
Elicit? illa cadens raueum perlevia murmur 
Saxa ciet, scatebrisque arentia tempérât 7 arya; 110 
Quid 8 qui, ne gravi dis procumbat culmus aristis, 
Luxuriem segetum tenera depascit in herba, 
Cum primum sulcos 9 aequant sata? quique paludis 



en biseau, était ainsi retourné du 
côté de la partie déjà labourée ; 
dans le mouvement suivant, le la- 
boureur coupait -la terre perpen- 
diculairement et, tout en étendant 
la surface travaillée, remuait la 
terre qu'il entamait et la mêlait en 
partie avec le sillon précédent. Cf. 
Dickson, Agric. des Anciens, 
t. I, p. 402. Rursus indique cette 
reprise oblique (in obliquum verso 
aratro) du sillon tracé d'abord 
verticalement; voy. Col., II, 2,25. 
Le laboureur ne faisait pas le tour 
de la pièce comme chez nous, mais 
il revenait sur ses pas, traçant le 
nouveau sillon à côté du précédent. 

4. Solstitia : les étés, le solstice 
d'hiver s'appelant bruma (Cic, 
N. D., II, 19). — Hiemes : saison 
des pluies dans le Midi ; le temps 
sec maintient le sol ameubli (cf. 
II..418). 

2. Mysia, au N.-O. de l'Asie Mi- 
neure, contrée comprenant l'an- 
cienne Troade et la chaîne de l'Ida, 
avec le Gargare pour sommet. 
« Autant la Mysie, campagne fer- 
tile, quoique sans culture, a de 
fierté (que les champs en question), 



et cependant le Gargare même 
s'étonne de ses propres moissons."» 



Nullo çuliu caractérise l'a 



d'oi 



(Bue. , 4, 1 8) et les contrées qui rivali- 
sent avec cette fécondité légendaire. 

3. Quid dicam (de eo) qui... 
(cf. 111 : 'quid qui) enchérit sur 
93-99. — Comminus, de près, à la 
main (cum manu), avecjm hoyau. 

4. Çumulos, les arêtes formées 
par le labour des semailles. - Ruit, 
transitif (II, 308 : En., I, 85, etc.). 
— Maie, négatif. 

5. Satis, dat., = in sata, cf. 23. 

6. Supercilio elivosi tramitis : 
du sommet sourcilleux d'une tra- 
verse en pente, c'est-à-dire par une 
voie oblique qui descend d'un som- 
met sourcilleux. 

7. Tempérât, rétablit l'équilibre 
de la température; donc, rafraîchit. 

8. Quid (dicam de eo) qui, 
voy. 104. — Voy. La Fontaine, 
Fables, IX, il. 

9. Sulcos, c.-à-d. quand le blé 
en herbe cache la crête des sillons. 
Cf. Roucher, Les Mois, ch. VIII : 
«' Mais que d'un vert naissant, le 
sillon surmonté | De son dos inég.-.J 
cache la nudité ». 



LIVRE I. 



99 



Collectum umorem bibula 1 deducit harena, 
Praesertim incertis 2 si mensibus amnis abundans 115 
Exit 3 et obducto late tenet omnia limo, 
Unde cavae tepido sudant umore lacunae? 

Nec 4 tamen, haec cum sint honiinumque boum que 

[labores 
Versando terrain experti, nihil improbus anser 
Strymoniaeque 5 grues et amaris intiba fibris 120 

Officiunt, aut umbra nocet. Pater 6 ipse colendi 
Haud facilem esse viam voluit, primusque 7 per artem 
Movit 8 agros, çuris acuens mortalia corda 9 , 
Nec torpere 10 gravi passus sua régna veterno. 

Ante Jovem 11 nulli subigebant arva coloni; 125 

Ne signare 12 quidem aut partiri limite campum 
Fas erat: in médium 13 quaerebant, ipsaque tellus 
Omnia liberius 14 , nullo poscente, ferebat. 



1. Bibula harena : hors^u sol 
v léger du champ qui boirait cette 

eau avidement. 

2. Incertis, dans les mois où le 
temps est inconstant, c.-à-d. au 
printemps et en automne. 

3. Exit, sort de son lit. — Et 
introduit la conséquence. 

4. Nec... nihil..., on aurait -tort 
de croire que, les travaux des hom- 
mes et des bœufs subissant.de telles 
épreuves, l'oie vorace et la grue ne 
font aucun ravage. 

5. Strymoniae, du Strymon 
(au]. Strouma), fleuve de Thrace 
qui sortait de l'Hémus. Les grues 
en hiver Tenaient de Thrace dans 
le Grèce centrale. — Fibris, Gla- 
ments de la chicorée sauvage; l'épi- 
thète désigne les feuilles étalées et 
minces, mais suggère l'idée des 
racines, qui se propagent et empê- 
chent les cultures voisines. 

6. Pater, Jupiter. Dans Hésiode, 
Œuvres, 42 suiv., le travail est pré- 
senté comme une vengeance de Zeus, 
« furieux dans son âme d'avoir été 
trompé par l'astucieux Prométhée ». 



7. Primus, de ceux qui ont 
régné sur le monde ; opposition à 
Saturne, le dieu de l'âge d'or (Birt., 
4, 6). 

8. Movit : Jupiter est la cause 
déterminante (moveri agros vo- 
luit), mais non l'inventeur de l'agri- 
culture et des métiers. 

9. Corda, les esprits ; voy. 
Cic, Tusc, I, 18; ce senssc trouve 
déjà dans Ennius. 

10. Torpere : Virgile justifie le 
dessein de Jupiter, vante l'activité 
humaine et critique indirectement 
la légende de l'âge d'or. Voy. l'in- 
troduction, p. xxvm. 

14. Ante Jovem : voy. primus, 
v. 122. 

12. Signare, par des bornes ; 
limite, par un sentier, une bordure, 
un fossé, une haie. 

13. In médium : ut reponerent. 
cf. IV, 157. — Quaerebant, spon- 
dée rare devant la coupe ou ponc- 
tuation bucolique (voy. p. 115, n. 6), 

14. Liberius, d autantjplus libéra- 
lement que personne ne la sollicitait 
{nullo poscente). 



100 



LES GÉORGIQUES 



Ille maîum virus serpentibus addidit atris, 

Praedarique lupos jussit pontumque moveri 1 , 130 

Mellaque decussit 2 foliis, ignemque removit, 

Et passim rivis 3 currentia vina repressit, 

Ut varias usus 4 meditando extunderet.artes 

Paulatim, et sulcis frumenti quaereret herbam, 

Ut silicis venis abstrusum excuderet ignem. 135 

Tune aines primuni (luvii sensere cavatas 5 ; 

Navita tum stellis numéros et nomina 6 fecit, 

Pleïadas 7 , Hyadas, claramque Lycaonis Arcton; 

Tum laqueis captare feras et fallere visco 

Inventum et magnos canibus circumdare saltus 8 ; 140 

Atque alius 9 latum funda jam verberat amnem 

Alta petens 10 , pela'goque alius trahit umida lina ; 



4. Moveri, moyen réfléchi. 

2. Decussit, enleva, supprima ; 
cf. Bue, 4, 30. — Removit : cf. 
135 ; Hés., Œuvres, 50 : Kpû'^s 6è 
TO>p. 

3. Rivis, en ruisseaux ; voy. 
Ov., Met., I, 111. 

4. Usus, le besoin, yozix. Cette 
théorie sur l'origine dès arts est 
exposée par Lucr., V, 1452. Cf. II, 
20 et 22. — Meditando, par l'exer- 
cice; meditari, s'exercer, ptsXsTâv. 

5. Cavatas, comme des piro- 
gues. 

6. Numéros et nomina : la 
constellation est définie par un nom 
et le nombre de ses étoiles 

7. Plêïâdâs, d'après la forme 
ionienne nXr/iiôsç, avec la syllabe 
finale allongée au temps fort. Cette 
constellation, en lat. Vergiliae, 
formée de sept étoiles sur l'épaule 
du Taureau, marquait par son lever 
au matin (22 avril - 10 mai) l'ouver- 
ture de la navigation. Le coucher 
des mêmes étoiles au matin (28 oct.- 
9 nov.) annonçait le retour des jours 
mauvais. Ces deux dates divisaient 
donc l'année en deux saisons. — 
Hyadas : les Ryndes. en lat. Su- 
culae, sont au nombre de sept et se 



trouvent sur la tète du Taureau, 
Un rapprochement, fondé ou non. 
avec ustv, « pleuvoir », faisait de 
leurs mouvements le présage de la 
pluie. En réalité, au matin, leur 
lever (16mai-9 juinjetleur coucher 
(2-14 nox.) marquaient un change- 
ment de saison. — Arcton: Callisto, 
fille de Lycaon (Lycaonis filiam), 
roi d'Arcadie, fut changée en Ourse 
parJunon et mise au ciel par Jupiter. 
La Grande-Ourse guidait la navi- 
gation des Grecs et des Romains. 

8. Saltus : voy. Bue, 10, 57. 
Ne pas confondre viscum et viscus. 

9. Alius, un autre, par opposi- 
tion au chasseur; le second alius 
ne s'oppose pas au premier, mais 
signifie encore un autre, c.-à-d. un 
troisième. — Funda, l'épervier, 
muni de balles e plomb ou de 
pierres, qui fouettent (verberat) 
l'eau quand >n le lance. 

10. Alla petens, gagnant le large 
du fleuve (cf. T. L.. XXI, 28, 10) ; 
l'expression enchérit sur latum, : 
c'est une mer. Heyne joint alta 
petens et pelago, et rapporte ces 
deux déterminations à trahit. — 
Pelago: abl. de la question qua. — 
Trahit, traîne. 



livre i. 



101 



Tum ferririgor 1 atque argutae lammina serrae 
(Nam primi 2 cuneis scindebant fissile lignum); 
Tum variae venere artes. Labor omnia vicit 1^5 

lmprobus 5 et duris urgens in. rébus egestas. 

Prima Gères 4 ferro mortales vertere terrain 
Instituit, cum jam 3 glandes atque arbuta sacrae 
Deficerent 6 silvae et victum Dodona negaret. 
Mox 7 et frumentis labor additus, ut mala culmos 150 
Esset 8 robigo segnisque horreret in arvis 
Carduus: intereunt 9 segetes; subit aspera silva, 
Lappaeque 10 tribolique, interque nitentia culta 
Infelix lolium et stériles dominanlur avenae 11 . 
Quod 12 nisi et assiduis herbam inseclabere rastris 155 



4. Ferri rigor =~ferrum rigi- 
dum, mais le tour adopté met en 
relief la qualité ; cf. 56. — Vers 
d'harmonie imitative ; cf. Delille : 
« J'entends crier la dent de la 
lime mordante ». 

2. Primi = primum, cf. 12. 
Chaque perfectionnement a pour 
rançon une peine nouvelle et une 
diminution de la beauté. 

3. lmprobus : extrême ou 
excessif (cf. 119). — Egestas : le 
thème de la Pauvreté, mère des 
arts, a été développé dans le Plutus 
d'Aristophane, 510 suiv., et résumé 
dans un vers de Théocr., 21, 1. Le 
morceau de Virg. est l'éloge du 
travail et une critique des peintures 
traditionnelles de l'âge d'or. 

• 4. Cérès invente l'agriculture. 
Jupiter n'est pas l'inventeur des 
arts. Il a donné seulement une im- 
pulsion générale, surtout en sup- 
primant les délices amollissantes de 
l'âge d'or. 

5. Iam = commencer à. 

6. Deficere, manquer, prend le 
nom de l'objet qui manque soit 
pour sujet, soit plus rarement pour 
complément direct. — Silvae, gén. 
— Dodona, synecdoque, les arbres 
de Dodone, c'est-à-dire les chênes 
(p. 90, n. 1); cf. Bue, 7, 13. 



7. Mox = postea; en prose, ce 
sens est postérieur à l'époque clas- 
sique. Mox, au propre, désigne, 
l'avenir de celui qui parle ou écrit; 
ainsi v. 24. — Labor, une fatigue 
que doit supporter le blé (cf. v. 79) 
et qui est définie par les propo- 
sitions dépendant de ut. 

8. Esset, de ed-o, esse = 
'ed-se, verbe complètement diffé- 
rent de sum, es-se. — Robigo, la 
rouille ou nielle, maladie cryptoga- 
mique des céréales, était pour 
les Romains primitifs un esprit 
malfaisant, Robigus ou Robigo, 
qui avait le 25 avril une-fête propi- 
tiatoire, les Robigalia, consistant 
en une procession et un sacrifice. 
La fête a été christianisée et est 
devenue la litanie majeure ou pro- 
cession de saint Marc. 

9. Intereunt : la description 
continue par des propositions indé- 
pendantes; même structure dans 
les comparaisons. 

10. Lappaeque : la. syllabe brève 
finale est allongée à la partie forte 
du pied. 

11. Avenae : vers répété; voy. 
Bue, 5, 37. 

12. Quod établit un lien avec ce 
qui précède, « aussi, en consé- 
quence ». 



102 



LES GÉORGIQUES. 



Et sonitu terrebis aves et ruris opaci 
Falce premes l umbram votisque vocaveris imbrern, 
Heu ! magnum alterius frustra speetabis a^cervum 
Concussaque famem insilvis solabere quercu. 

Dicenduin et quae sint duris agrestibus arma, 160 
Quis 2 sine nec potuere seri nec surgere messes, 
Vomis et inflexi primum grave robur aratri, 
Tardaquc 5 Eleusinae Matris volventia plaustra, 
Tribulaque 4 traheaeque et iniquo pondère rastri, 
Virgea praeterea Gelei 5 vilisque supellex, 165 

Arbuteae crates 6 et mystica vannus lacclii : 
Omnia quae multo ante 7 memor provisa repones, 
Si te digna 8 manet divini gloria ruris. 



1. Premes, tu repousseras 
l'ombre, armé de la serpe. — 
] r otis, supplications et rites. 

2. Quié ss quibns. — Sine, 
anastroptie d'une prépos. disylLa- 
bique avec un régime pronominal, 
ce qui peut se rencontrer dans Gic. 
Après un régime nominal, cette 
inversion est surtout poétique. — 
Potuere, <x ont pu », donc « pour- 
ront »,"car ce qui est possible dans 
le passé peut se reproduire dans 
l'avenir. Cet ex. fait comprendre la 
nature du passé d'habitude employé 
par les poètes (voy. 49). 

3. Tarda — tarde. — Eleusi- 
nae, pour Eleusiniae, qui n'entre 
pas dans le vers. Eleusis est un 
bourg de l'Attique fameux par les 
mystères qu'on y célébrait en l'hon- 
neur de Dèmêtèr. — Matris, 
A7][j.T)Tpoç. — Volventia, moyen 
réfléchi, quae volvuntur. — Plaus- 
tra, chariots de transport, donc 
chariots rustiques; ils sont consa- 
crés par la protection de la déesse 
de l'agriculture et servent à pro- 
mener sa statue. 

4. Tribulaque (allongement au 
temps fort, cf: v.;l53) traheaeque : 
instruments destinés à détacher le 
grain et consistant en plateaux ou 
madriers traînés sur les épis. Les 



premiers avaient de petites roues 
et portaient une garniture de dents 
et d'aspérités. Les seconds étaient 
sans roue. En Italie, on employait, 
pour le même résultat, deux autres 
méthodes. On faisait piétiner le 
grain par des tètes de somme, ou 
on le battait au fléau (Col., 11,20, 4). 
•Comme aujourd'hui, les procédés 
variaient suivant les régions. Les 
Grecs ne paraissent pas s'être servis 
des machines désignées ici. — Ini- 
quo, excessif; cf. 146, improbus. 

5. Celei, père de Triptolème; 
voy. 19. 

6. Crates : voy. 95. — Mystica, 
mot étranger à la prose avant Pline 
l'Ane. Il a son sens propre. Iacchos, 
considéré comme le frère de Coré 
(p. 93, n. 3), conduisait par son 
image la procession des initiés d'A- 
thènes à Eleusis. Le van, qui sépare 
de la balle le grain*- était un syn>- 
bole de purification. 

7. Multo ante : quam Us opus 
sit. Cf. Hés., Œuvres, 457 : Tciv 
r^ôzbzw (ante) pteXérriv (provisa) 
êxéfjisv for, t'a ÔsaQat (repones). 
—* Memor : II, 347. 

8. Digna : qui te sera due à 
cause de ton habileté. — Manet, si 
t'est destinée vraiment, c'est-à-dire 
si tu veux que te soit destinée. — 



LIVBE I. 103 

Continuo i m silvis magna vi flexa domatur 
In burim 2 et curvi formam accipit ulmus aratri; 170 
Huic 3 a stirpe pedes temo protentus in octo, 
Binae 4 aures, duplici aptantur dentalia dorso. 
Caeditur et tilia ante 3 jugo levis, attaque iagus 
Stivaque 6 quae currus a tergo torqueat, imos ; 
Et suspensa focis explorât robora fumus. 175 

Possum multa tibi veterum praecepta referre 
Ni refugis tenuesque piget cognoscere curas. 

Area 7 cum primis ingenti aequanda cylindre- 
Et vertenda manu et creta 8 solidanda tenaci, 
Ne subeant herbae 9 , neu pulvere vicia fatiscat, 180 



Divini, à cause du rôle de Gérés, 
de Triptolème (cf. Céiéus) et de 
Iacchus rappelé dans ce qui pré- 
cède. Virg. relève par le rôle des 
dieux la modestie des occupations 
rurales et des ustensiles; viLis su- 
pelle x forme une antithèse con- 
forme au ton, et au but du poème. 
Voy. l'introd. p. xxx. 

1. Continue : dès le début, tout 
d'abord. Quand l'arbre est encore 
jeune, on le courbe vers le sol, 
pour lui faire prendre la forme dé- 
sirée. La description qui suit s'ins- 
pire très librement d'Hésiode, Œu- 
vres, 427 suiv. Voy. p. xxxn. 

2. Burim : l'âge de la charrue, 
partie centrale recourbée, à laquelle 
toutes les autres taient adaptées. 

3. Huic : ul/mo. — A stirpe : 
dans la direction de la racine, du 
côté de la racine. Quand l'âge est 
une branche recourbée, la fourche 
est au bas de la charrue; c'est là 
que, sans sep ou avec sep, le soc 
est Axé. L'autre extrémité de l'âge 
remonte vers le timon; par suite, 
cette partie, quand l'arbre est en- 
core en place, est la •souche et se 
trouve près de la racine. < — Pedes 
octo : plus de deux mètres. 

4. Binae : une paire. — Aurès : 
oreilles, pièces de bois placées aux 
deux eêlés dé la partie inférieure de 



l'âge, en arrière du soc, et desti- 
nées à rejeter la terre à. droite et à 
gauche en relevant les arêtes du 
sillon. — Dentalia. plur. poét. pour 
dentale, le sep, pièce de bois qui 
continue l'âge et reçoit à son extré- 
mité antérieure le soc. Dans la 
charrue primitive, le sep et l'age 
sont d'une seule pièce. — Duplici 
dorso : à double face; abl. descrip- 
tif. — Dans la figure placée en tète, 
p. 87, le sep, l'age et le timon 
sont d'un seul morceau. Le soc est 
un sabot de fer attaché par des frettes 
de même métal a crochet que forme 
l"age. Il n'y a ./pas d'oreilles. Le 
manche parait une pièce rapportée ; 
à sa partie supérieure une cheville 
permet d'y appliquer les deux mains. 

5. Ante : adv. — Jugo : in ju 
gum. 

6. Stivaque : que est explica 
tif : le frêne élevé est abattu, c'est 
à-dire le manche (et cela est le 
manche). — Currus, le train. 

7. Area : sur l'aire à battre, 
voy. Caton, Agr.,91 et 129; v T ar., 
R. R., I, 51; Col., II, 19 (20); I, 
6, 23-24. — Cum primis, en pre- 
mière ligne. 

8. Xireta, de la terre à potier 
(voy. Col., IH, 11, 9). 

9. Herbae, l'aire est établie à 
découvert, dans un champ. — Pul' 



104 



LES GÉORGIQUES. 



Tum 1 variae illudant pestes : saepe exiguus mus 
Sub terris posuitque domos atque horreâ fecit, 
Aut oculis capti 2 fodere cubilia talpae, 
Inveritusque cavis bufo et quae plurjma terrae 
Monstra ferunt, populatque 5 ingentem farris acervum 
Curculio atque inopi meUiens formica senectae. 183 

Contemplator* item, cum se nux plurima silvis 
Induet in florem 5 et ramos -curvabit olentes : 
Si superant fétus 6 , pariter frumenta sequentur 
Magnaque cum magno veniet tritura 7 calore; 190 

At si luxuria foliorum exuberat umbra, 
Nequiquam 8 pingaes palea teret area culmos. 

Semina vidi equidem multos medicare 9 serentes 
Et nitro 10 prius et nigra perfundere amurca, 
Grandior ut fétus siliquis fallacibus esset, 195 

Et, quamvis 11 igni exiguo, properata maderent. 



vere, en poussière; abl. de ma- 
nière, indiquant le résultat de l'ac- 
tion. 

4. Tum lie la proposition avec 
celle qui la précède comme une vé- 
ritable conj. de coordination, de 
sorte que illudant dépend de neu. 
— Mus : u Clausula ipsa unius syl- 
labae non usitata addidit gratiam. »" 
(Quint., VIII, 3, 20). 

2. Capti : on croyait aveugles 
les taupes qui ont les yeux très pe- 
tits et cachés. 

3. Populat, archaïque pour po- 
pulalur. 

4. Contemplator : l'impér. fu- 
tur convient à un enseignement; 
mais les formes du déponentet du 
passif sont archaïques ou poéti- 
ques; cf. Lucr., II, 114. — Nux, 
l'amandier {amygdalus), dont la 
floraison est précoce. — Plurima : 
multus et plurimus, joints à un 
subst. qui n'est ni un collectif ni un 
nom de matière, sont poétiques 
(Bue, 1, 34). — Silvis : abl. de la 
question ubi sans préposition. 

5. In florem, dans un vêtement 



de fleurs. — Curvabit : effet pro- 
duit ordinairement par les fruits. 

6. Felus, les fruits, promis 
dans la fleur. — Superant, abon- 
dent, sans idée comparative. 

7. Tritura, le battage; cf. 164. 

8. Nequiquam tombe sur teret. 
— Teret area, personnification fré- 
quente en poésie; cf. 298. — Palea: 
complément de pingues. 

9. Medicare (non medicari, II, 
135), mot technique qui paraît pour 
la première fois dons Virg. ctHor. 
et désigne le traitement d'une subs- 
tance par une autre, au sens de mé- 
langer, préparer, imprégner. 

40. Nitrum n'est pas le nitre ou 
salpêtre, mais un carbonate de 
soude. La pratique ancienne cor- 
respond à notre chaulage. — Prius, 
avant de semer. — Fallacibus, 
trompeuses, étant vides. — Ce que 
Virg. dit expressément des légumes 
doit s'entendre aussi du blé, dont 
les Romains tiraient leur mets na- 
tional, puis; voy. p. 106, n. 8. 

44. Quamvis, employé réguliè- 
rement, tombe sur exiguo. — 



LIVRE 1. 



105 



Vidî lecta diu et miilto spectata labore 
Degenerare tamen, ni vis humana 1 quolannis 
Maxima quaeque manu legeret. Sic omnia fatis 2 
In pejus ruere 3 ac rétro sublapsa referri,. 200 

Non aliter quam qui adverso vix flumine lembum 
Remigiis subigit 4 , si bracchia forte remisit, 
Atque 5 illum in praeceps prono rapit alveus amni. 

Praeterea 6 tam sunt Arcturi 7 sidéra nobis 
Haedorumque dies servandi et lucidus Anguis s , 205 
Quam quibus 9 in patriam vent osa per aequora vectis 
Pontus et ostriferi fauces temptantur Abydi 10 . 

Libra 11 die somnique pares ubi fecerit horas 



Properata vaut citius. — Made- 
rent : s'amollissent par la cuisson, 
se cuisent-, ce sens se rencontre 
dans l'ancienne langue (Plaute, 
Mén., 326). 

1. Vis humana : la main de 
l'homme, par opposition à la na- 
ture; cf. l'introd., p. xxvm.Virg.se 
fait l'écho d'une théorie desanciens, 
d'après laquelle se produirait une 
évolution rétrograde, ramenant le 
blé à d'autres espèces comme la 
folle avoine ou l'ivraie (Théophr., 
H. pi., VIII, 7. 1). 

2. Fatis, abl. de cause : néces- 
sairement. 

3. Ruere, infm. exclamatif (voy. 
Uiemann, Synt. lat., § 247 et 164, 
note). 

4. Subigit, pousse en remon- 
tant. 

5. Atque continue librement la 
comparaison par une propos, prin- 
cipale. Rapit est le fait principal 
parallèle de ruere ac referri. Il- 
lum représente qui subigit. 

6. Praeterea : les v. 208-230 
établissent d'après les astres les 
fpoques des semailles. Quatre vers 
sur les semailles de printemps (215- 
218) coupent en deux parties le 
développement beaucoup plus long 
que réclament les semailles d'au- 
tomne ; la seconde partie est elle- 



même divisée en deux : semailles 
précoces (219-226) et semailles plus 
tardives (227-230). 

7. Arcturi : voy. 68. Le cou- 
cher de cette étoile au soir est fixé 
au 29 oct. par Col., XI, 2, 78; 
Plaute, Rud., 71 : « Vehemens sum 
exoriens ; quom occido, veliemen- 
tior » (paroles prêtées à l'Arcture). 

8. Haedorum, deux étoiles sur 
le bras gauche du Cocher, qui se 
levaient le soir aux alentours de 
l'équinoxe. Cf. En., IX, 668. — 
Servandi : servare, dans la langue 
religieuse, signifie observer un si- 
gne, un phénomène. — Anguis, 
le Serpent austral ou Hydre, dont 
les apparitions correspondent à peu 
près auxrsaisons. 

9. Quibus, dat., au lieu de a 
quibus qui serait la construction 
de la prose. — Vectis = Us qui 
vehunlur (voy. Riemann, Synt. 
lat., % 156, rem. 1). 

10.- Fauces Abydi, les Darda- 
nelles; Abydos, ville -de la côte 
asiatique' du Pont-Euxin (mer 
Noire) et patrie de Léandre, est en 
face de Sestos, patrie de Héro ; voy. 
III, 258 suiv. 

11. Libra : voy. v. 33. L'équi- 
noxe d'automne (25 sept.) a lieu 
quand le soleil est dans le signe de 
la Balance. — Die, gén. archaïque, 



106 



LES GEORGÏQUES. 



Et médium luci atque umbris jam dividit? orbem, 
Exercete, Vin, tauros, serite hordea 2 campis, 210 
Usque sub extremum 5 brumae intractabilis inibrem. . 
Nec non et 4 lini segetem et Céréale papaver 
Tempiis 5 humo légère et jamdudum incumbere aratris, 
Du m sicca tellure licet, dum nubila pendent. 

Vere 6 fabissatio; tumtequoque, inedica, pulres 215 
Àccipiunt sulci et milio venit annua cura, 
Cahdidus auratis aperit 7 cumcornibus annum 
Taurus et averse- 8 cedens Canis occidit astro. 

At 9 si triticeam in messem robustaque farra 



quelquefois conservé dans les au- 
teurs classiques, approuvé par Cé- 
sar dans le De analogia (À. G., 
IX, .14, 25). 

1. Feoerit exprime la cause de 
dividit, d'où le fut. an ter. ; dividit 
est un élat présent, dont il faut 
profiter, d'où iam. 

2. Hordea, plur. nécessaire à 
la métrique, comme beaucoup d'au- 
tres; il avait cependant provoqué 
les critiques de Bavius et Mévius : 
« Hordea qui dixit superest'ut tri- 
tica dicat ». — Campis = in cam- 
pis. 

3. Extremum, qui marque la 
fin des travaux. — Brumae, le jour 
le plus court de l'année (de "bre- 
vima), le solstice d'hiver. — In- 
tractabilis, que l'on ne peut 
manier, utiliser; mot nouveau. — 
Imbrem : l'hiver est en Italie une 
saison surtout pluvieuse. 

4. Nec non et : pléonasme qui 
paraît dans Varroïi, Virg. (15 fois), 
les écrivains de l'Empire. — Sege- 
tem est une anticipation, puisqu'il 
s'agit seulement de semer; cf. là n. 
du v. 1. — Céréale, attribut de 
Cérès, dont il avait endormi les 
chagrins; cf. Ov., Fastes, IV, 547. 
Le pavot faisait partie de l'alimen- 
tation populaire; voy. IV, 131. 

5. Tempus, attribut; tempes- 
livitmrst teçjere. — Iamdudum, 
sans perare un moment. 



6. Vere : pour mettre une cer- 
taine variété, Virgile'intercale ici 
quatre vers sur les semailles de 
printemps (215-218). — Fabis : en 
latin, les noms de légumes a cosses 
sont généralement du sing. — Me- 
dica, la luzerne importée de Perse 
en Grèce à la suite des guerres 
médiques (PI., N. IL, XVIfï, 144). 

— Pulres, voy. v. 44. 

7. Aperit, ouvre l'année agri- 
cole, avec une allusion à une éty- 
mologie d'aprilis,* quod ver om- 
nia aperit » (Var., L, L.. VI, 33), 
Le soleil entrait dans le Taureau le 
17 avril (Col., XI, 2, 36). Les se- 
mailles du millet étaient des plus 
tardives, fin mars (Col., II, 9, 18) ou 
avril-mai (PL, N. H., XVIII, 250). 

— Cum : cum aperit. 

8. Averso : le Taureau était 
représenté tourné en sens inverse 
du Bélier; quand il montait au-des- 
sus de l'horizon, il paraissait aller 
à reculons. — Occidit : le Chien 
ne se montrait plus à partir du soir 
du 30 avril (Col., XI, 2, 37). 

9. At : Virg. revient aux se- 
mailles d'automne; voy. la n. du 
v. 215. — In, en vue de. — t erra, 
toujours au plur. à l'accus. daili 
Virg. L'épeautre ou grand épeau- 
tre, Triticum spella (Linné), est 
une variété très robuste, convenant 
aussi bien .aux terres froides et 
meubles qu'aux terres chaudes et 



LIVRE I. 



107 



Exercebis bumum, solisque instabis aristis, 220 

Ante tibi Eoae 1 Atlantides abscondantur 

Gnosiaque ardentis decedat stella 2 Coronae, 

Débita quam 3 sulcis commiltas semina quamquc 

Invitae 4 properes anni spem credere terrae. 

Multi ante occasum Maiae 5 coepere ; sed illos 225 

Exspectata seges vanis elusit aristis. 

Si vero viciamque seres vilemque phaselum 
Nec Pelùsiacae 7 curam aspernabere lentis, 
Haud obscura cadens mittet tibi signa Bootes 8 : 
Incipe, et ad médias sementem'extende pruinas. 230 

Idcirco 9 certis dimensum partibus orbcm 
Per duodena régit mundi 10 sol aurons astra. 



sèches. Il a fourni, d'après Verrius 
Flaccus, pendant trois cents ans la 
nourriture aux Romains sous la 
forme de bouillie, puis, et les gâ- 
teaux sacrés n'admettaient pas d'au- 
tre élément (PI., N. IL, XVIII, 
62, 83-84). 

4. Eoae, matinales, ù l'aurore 
=s mane; de l'ion, 'ffyioz, (att. 
s&oç). La syllabe finale n'est ni 
élïdée ni abrégée, conformément à 
la métrique grecque, quand cette 
syllabe longue est au temps fort. 
— Atlantides : les Pléiades, filles 
d'Atlas. Le Titan Atlas, fils d'Ou- 
ranos, portait le ciel et était aussi 
le père des Hyades : c'était un des. 
dieux de l'astrologie. Le coucher 
matinal des Pléiades avait lieu alors 
à Rome vers le 8 nov. (Col., XI, 2, 
84). — Abscondantur : fin de vers 
spondaïque. Les mots grecs servent 
d'excuse pour l'emploi d'un mot 
unique aux deux derniers pieds. 

2. Stella = sidus. Quand Bac- 
chus épousa Ariane, la fille de Minos, 
roi de Crète, Vulcain offrit une 
couronne que Bacchus plaça dans 
le ciel. Cnossos est une dés villes 
principales de la Crète. La Cou- 
ronne, constellation voisine du Bou- 
vier avait alors son coucher du soir 
le 9 nov. 



S. Quam doit fctrç approché de 

ante. 

4. Inï'ilae : auparavant, la terre 
recevrait la semence à regret. 

5. Maiae : une des Pléiades, 
mère d'Hermès. Ce nom évite la 
répétition de Atlantides . 

6. Phaselum : ce mot ne dési- 
gne pas le haricot, dont l'origine 
américaine est maintenant recon- 
nue, mais les pois mange-tout. 

7. Pelùsiacae, de Péluse, ville 
située sur l'embouchure orientale 
du Nil ; — Aegyptiae (qui n'en- 
trerait pas dans le vers) : l'Egypte 
avait développé et perfectionné la 
culture des lentilles. 

8. Bootes, constellation dont 
l'Arcture est une étoile; voy. la n. 
du v. 204. 

9. Idcirco : pour déterminer 
l'époque des travaux des champs; 
voy. la n. sur hinc, v. 252. Ce mor- 
ceau (231-251) est tiré, pour l'en- 
semble, d'Eratosthène de Cyrène, 
un des savants les plus considéra- 
bles de l'école d'Alexandrie (275-196 
env.), qui avait écrit plusieurs 
poèmes sur des sujets astronomi- 
ques. Cf. Ov., Met., I, 45-51. — 
Dimensum, de dimetior, avec le 
sens passif. 

40. Mundi = caeli. 



108 



LES GÉORGIQÙES. 



Quinque tenent caelum 1 zonae: quarum una corusco 
Semper sole rubens et torrida semper ab 2 igni ; 
Quam circum extremae dextra laevaque trahuntur, 235 
Caeruleae, glacie concretae atque imbribus 3 atris; 
Has inter 4 mediamque, duae mortalibus aegris 
Munere concessae divum 5 , et via secta per ambas", 
Obliquus 6 qua se signorum verteret ordo. 
Mundus 7 , ut ad Scythiam Riphaeasque arduus arces 2^0 
Consurgit 8 , premitur Libyae devexus.in austros. 
Hic vertex 9 nobis semper sublimis; at illum 
Sub pedibus Styx 10 atra videt Manesque profimdi" 
Maximus hic 11 flexu sinuoso elabitur Anguis 12 



d. Caelum : les zones du ciel, 
en vertu du principe de la solida- 
rité universelle qu'admettaient les 
savants anciens, sont répétées sur 
la terre à une moindre échelle. 

2. Ab, par suite de : sens qui 
n'est admis ni par Ces. ni par Cic. 

— Circum après son régime; voy. 
p. 102, n. 2. — Extremae, leszones 
voisines des pôles. — Dextra lae- 
vaque, èxiTcpOs (Eratosth.).Ç" — 
Trahuntur, Ttepilpnjuwtt, s'éten- 
dent. 

3. Imbribus, uoocji : pour le 
Méridional, la pluie est inséparable 
du froid. Concretae ne convient 
qu'à glacie ; zeugma, 

4. Inter placé entre ses deux 
compléments se trouve quelquefois 
dans la prose classique. — Mediam, 
la zone torride. 

5. Divum : Virg. emploie di- 
vorum seulement En., VII, 211. 

— Secta : est. — Per, entre; le 
soleil effleure seulement les zones 
tempérées quand il est dans le Can- 
cer ou lç Capricorne, aux points 
solstitiaux ou tropiques. 

6. Obliquus équivaut à un adv. 
de manière portant sur verteret. 
L'écliptique ou le zodiaque (signo- 
rum ordo) est incliné de 23° et 
demi sur l'équateur. 

7. Mundus = caelum. — Ut... 



consurgit, (ita) premitur. — Ri- 
phaeas : montagnes indéterminées 
placées au nord du monde connu. 

8. Consurgit : dans notre hé- 
misphère, le ciel parait monter 
vers le nord. Le pôle arctique était 
au temps de Virg., élevé de 41°5 au- 
dessus de l'horizon de Rome. — 
Premitur: s'abaisse, de sorte que le 
pôle antarctique (illu.m verticem) 
qui est placé sous nos pieds (sub 
pedibus) est toujours dérobé à 
notre vue. 

9. Hic vertex, le pôle nord. 

10. Styx, fleuve des enfers, pour 
les Enfers. — Profundi = imi 
(En., IV, 387).— Virgile se sert des 
données de la science grecque pour 
restaurer la notion des Enfers que 
voulait effacer Lucrèce ; cf. 247- 
251. 

11. Hic, sous ce pôle-ci, s'oppose 
à illic, du v. 247. 

12. Anguis : le Dragon ou Ser- 
pentaire, constellation caractéris- 
tique du pôle nord. La queue est 
entre la Grande et la Petite Ourse. 
Le corps contourne d'un repli la 
Petite Ourse et d'un autre touche à 
Céphée. La tête, avec deux étoiles 
de seconde grandeur, est comme 
placée sous la grande figure appelée 
Engonasin (Hercule). Cf. Aratus, 
45 (Cic, N. D., II, 106). 



LIVRE I. 



109 



Circum perque 1 duas in morem fluminis Arctos, 
Arctos Oceani metuentes 2 aequore tingi. 
Illic, ut perhibent, aut intempesta 3 silet nox 
Semper et obtenta 4 densenlur nocte tcnebrae, 
Aut 5 redit anobis Aurora diemque reducit, 
Nosque ubi.primus equis Oriens afflavit anhelis, 
Illic sera rubcns accendit lumina Vespcr 6 . 
Hinc 7 tempestates dubio praecliscere caelo 
Possumus, hincmessisque diem tempusque serendi 
Et quando 8 infrdum remis impellere marmor 
Conveniat, quando armatas 9 deducere classes, S 
Aut tempestivam 10 silvis evertere pinuni; 
Nec frustra signorum obitus speciilamur et ortus 
Temporibusque parem diversis quattuor annum. 
Frigidus 11 agricolam si quando continet imber, 



245 



250 



1. Per : entre; cf. 238. —Arc- 
tos, ace. plur. 

2. Metuentes, n'osant pas ; en 
ce sens, les verbes de crainte se 
construisent régulièrement avec 
l'inf. La périphrase équivaut à non 
tingentes. Ces deux constellations 
restent toujours sur l'horizon, donc 
ne plongent jamais dans le fleuve 
Océan qui' le borne (conception et 
expression homériques; voy. IL, 
XVIII, 489). 

3. Intempesta : « eu m tempus 
agendi est nullum ■» (Aelius Stilo 
dans Var., L. L., VI, 7). 

k. Obtenta : voy. Hom., Od., 
XI, 19. — Densentur, de la 2" 
conjugaison. 

5. Aut : ou les Enfers sont 
éternellement plongés dans les té- 
nèbres, hypothèse qui cadre avec le 
coucher des astres dans le fleuve 
Océan, ou les astres en passant 
sous notre hémisphère éclairent les 
Enfers placés aux antipodes. — A 
nobis : ad Mânes. 

6. Vespèr : l'étoile du soir ou 
du Berger (généralement- distin- 
guée de l'étoile du matin ou Luci- 



fer dans l'usage courant), au milieu 
des rougeurs du couchant, allume 
les feux du soir. Rien ne peint 
mieux les étoiles apparaissant une 
à une à mesure que le crépuscule 
fait place à la nuit. Rubens est 
transporté du ciel, où brille Vesper, 
à l'astre lui-même (hypallage). Voy. 
p. 154, n. 7, et p. 112, n. 6. 

7. Hinc, d'après cette observa- 
tion des astres; cf. ideirco du v. 
231. — Tempestates, les temps fa- 
vorables pour les travaux des 
champs. — Dubio, dans lequel on 
ne peut lire sans préparation. 

8. Quando : praediscere a des 
compl. de nature différente, accus, 
et inter. indir. — Marmor : méta- 
phore inspirée par Hom., II., XIV, 
273, et déjà admise par Ennius. 

9. Armatas, équipées. — De- 
ducere, traîner du rivage à la" mer 
les navires mis au sec pendant la 
mauvaise saison. 

40. Tempestivam = tempestive. 

il. Frigidus : le poète oppose 
vivement et sans transition les 
jours mauvais qui retiennent chez 
lui le cultivateur aux jours qui l'ap- 



110 



LES GÉORGIQUES. 



Mal fa, forent quae mox caelo properanda sereno, 260 

Maturare datur: durum procudit arâtor 

Vomeris obtusi dentem, cavat arbore lintres 1 , 

Aut peeori signum 2 aut numéros ïmpressit acervis. 

Exacuunt alii vallos furcasque bicornes 

Atque Amerina 3 parant lentae retinacula viti. 265 

Nunc facilis rubea texatur fiscina virga ; 

Nimc torrete 4 igni fruges, nunc frangite saxo. 

Quippe 5 etiam festis quaedam exercere diebus 

Fas et jura sinunt :.rivos deducere nulla 

Religio 7 vetuit, segeti praetendere saepem, 270 

Insidias avibus moliri, incendere vêpres, 

BaIantumque G gregem fluvio mersare salubri. 



pellent au dehors. Aux jours de 
pluie sont jointes, comme jours de 
chômage, les fêtes religieuses. Cf. 
Hés., Œ., 494; Galon, Agr., 2, 3-4. 
— Properanda et maturare s'op- 
posent : ce Plusieurs font à loisir, 
retenus par l'orage. | Ce qu'il fau- 
droit hâter sous un ciel sans nuage » 
(Delille). 

1. Lintres, barriques servant à 
transporter la vendange de la vigne 
au pressoir (Tib.,I, 5, 23; Caton, 
Agr., 11, 5). 

2. Signum, un timbre pour 
marquer les troupeaux. — Numé- 
ros, des étiquettes indiquant la 
contenance de chaque tas. — /m- 
pressit : le parfait caractérise l'ac- 
tion isolée et achevée à la fin d'une 
énumération au présent : « il ré- 
pare . un soc, il creuse des vais- 
seaux de bois, ou bien il aura fa- 
briqué une marque ». 

3. Amerina, d'Amérie, bourg 
d'Ombrie. L'épithète désigne une 
des trois principales espèces de 
de saule, répandue dans la Sabine 
(Col., IV, 30, 4). 

4. Torrete, préparation primi- 
tive du grain, instituée par Numa, 
disait-on, et gardée dans l'usage 
religieux (PL, N. H., XVIII, 7). — 
Frangite saxo, broyez-le avec 



une pierre, c'est-à-dire un pilon de 
pierre, comme Schliemann en a 
trouvé dans les ruines de Troie. 
C'est ce qu'on appelait pinsere. 

5. Quippe. T« bien 1 sûr », sert de 
transition ~en enchérissant : « on 
peut s'occuper les jours de pluie, 
puisque même les jours de fête, il y 
a moyen de faire œuvre utile ». • 

6. Fas, les lois divines; jura, 
les lois humaines. — Deducere, 
faire écouler l'eau des fossés' pour 
les purger, d'où le sens de deter- 
gere {.Macrobe, III, 3, 10J. L'opposé 
est inducere (106), amener l'eau, 
c'est-à-dire creuser de nouveaux 
fossés, ce qui était absolument in- 
terdit. I! était défendu de deducere 
aux seules feriae denicales, purifi- 
cations de la famille après une 
mort. 

7. Religio, scrupule religieux. 
— Praetendere : « Quamquam 
pontifices negant segetem reriis* 
saepiri debere » (Col., II, 21 [22], 2). 

8. Balantum = balantium, 
qui n'entre pas dans levers; pris 
substantivement, comme natantes 
(III, 541). — Salubri : « Si cura- 
tione scabies abluenda sit» (Macr., 
III, 3, 12). Mais il n'était pas per- 
mis de baigner les moutons pour 
nettoyer leur laine. 



LIVRE I. 



111 



Saepe oleo tardi costas agitator aselJi 

Vilibus aut * onerat pomis, lapidemque revertens 

Incusum 2 aut atrae massam picis urbe reportai. 

Ipsa dies alios alio dédit ordine Lima 3 
-Felices operum 4 . Quintam mge : pallidus Orcus 
Eumenidesque satae 3 ; tum partu Terra nefando 
Goeumque Iapetumque G créât saevumque Typhoea 
Et conjurâtes caelum rescindere 7 fratres. 
Ter sunt conati imponere Pelio Ossam G 



280 



i. Construire : aut vilibus. Voy. 
p. 124, n. 10. 

2. Incusum, pierre piquée au 
marteau, pour servir de meule. — 
Urbe est construit comme Roina. 
Virg. construit souvent sans pré- 
position, ies composés de re-. 

3. Luna : après avoir fixé à 
chaque époque les travaux répartis 
dans l'année (204-275), Virg., à la 
suite de Démocrite, à qui l'on attri- 
buait un ouvrage sur l'agriculture 
(d'après PL, N. H., XVIII, 321), 
d'Hésiode, 765-828, de Var., R. R., 
I, 37, parle des jours du mois. La 
lune préside à cette distribution, 
comme le soleil et les constella- 
tions à l'ordre de l'année. Mais tan- 
dis que le règlement de l'année est 
fondé sur des données réelles, desai- 
son, de. température, de convenance, 
celui du mois n'est qu'un tissu 
d'observances superstitieuses, telles 
qu'on en trouve encore dans les al- 
manachs populaires. — « Ipsa Luna 
praebet dies varios série prosperos 
ad opéra jK' (La Rue) : ces jours ne 
sont pas aptes à toute besogne et 
leur ordre est irrégulier. Dédit sup- 
pose- une ordonnance réglée une fois 
pour toutes et qui subsiste ; cf. 270. 

4. Operum, gén. marquant 
pourquoi les jours sont felices. — 
Quintam : dies est fém. au sens 
de jour fixé, mais toujours du 
masc. au plur. (dies alios). — Or- 
cus, le dieu de la mort chez les Ro- 
mains, qu'on identifiait à tort ou à 



raison, avec le dieu grec du ser- 
ment, Horkos, né le 5°jour, d'après 
une leçon d'Hésiode, Œ\,*804. 

5. Satae : satae sunt ea die; 
l'accord se fait avec le sujet lemlus 
rapproché. — Tum, ce jour-là 

6. Coeumque Iapetumque, Ti- 
tans, c'est-à-dire fils de la Terre 
et d'Ouranos; les Titans détrônè- 
rent Ouranosau profit de Kronos, 
l'un d'eux. — Créât, prés, fréquent 
en grec dans les données généalo- 
giques. — Typhoea, Tucpwéa : les 
voyelles ea, unies par sy'nizèze, ne 
font qu'une syllabe. Typhon, fils de 
la Terre et du Tartare, d'après 
Hés., Théog., 821, avait un corps 
gigantesque terminé par d'énormes 
vipères. Il escalada ie ciel à lui 
seul, mit les dieux en fuite et fut 
enfin réduit à l'impuissance par 
Zeus qui l'accabla sous l'Etna. 

7. Rescindere, inf. après con- 
jurare; de même. Sali., Cat., 52, 
24; Hor., Od., I, 15, 7. — Fra- 
trps : Otus et Ephialtès, fils de Po- 
séidon et d'Iphimédie, la femme 
d'Aloée (En., VI, 582 : Aloidas). 
Ils croissaient chaque année d'une 
coudée en grosseur et d'une toise 
en hauteur. A neuf ans, ils vou- 
lurent escalader le ciel et furent 
tués par Apollon. Ils étaient nourris 
de terre (Ho m., Od., XI, 309), ce 
qui les fait attribuer comme fils à 
la Terre par Virg., peut-être par 
une confusion avec les Géants. 

8. Ossam; ce vers, imité d'Hoœ., 



112 



LES GÉORGIQUES. 



Scilicet 1 atque Ossae frondosum involvere Olympum : 
Ter Pater exstructos disjecit fulmine montes. 
Septima post decimam 2 felix et ponere vitem 
Et prensos 3 domitare boves etlicia telae 
Addere ; nona 4 fugae melior, contraria furtis. 
Multa adeo gelidâ melius se nocte dedere 5 , 
Aut cum sole novo terras irrorat Eous 6 . 
Nocte levés melius stipulae 7 , nocte arida prata 
Tondentur; noctes lentus 8 non déficit umor. 
Et quidam 9 seros hiberni ad luminis ignés 
Pervigilat, fe.rroque faces inspicat 10 acuto : 
Interea, longum cantu solata 11 laborem, 
Arguto conjimx.percurrit pectine telas, 



285 



290 



Od., XI, 315, peint l'effort des 
Aloïdes par l'accumulation des 
spondées au début, le hiatus pur 
et simple conati imponere à la cé- 
sure-principale, le hiatus avec abrè- 
gement Pelio Ossam. Ces hiatus 
sont de structure grecque. Les trois 
montagnes sont en Thessalie. 

4. Sci-licet, du sens de « natu- 
rellement », passe à un sens expli- 
catif : « C'est une histoire connue 
que... ». — Ossae, datif. 

2. Septima post decimam, 
e6oofX7) stù 5ey.a, le 17° jour. — 
Félix est suivi d'un inf. marquant 
pourquoi le jour est favorable. 
L'inf. de relation et le gén. de rela- 
tion (277) avec des adj. sont des 
constructions développées chez les 
poètes. 

3. Prensos : on les laissait errer 
librement jusqu'à l'âge de trois ans; 
entre "trois et cinq ans, on les pre- 
nait au lasso et on les attachait à 
l'écurie (Col., VI, 2, 1-5); cf. III, 
207. — Licia : les lisses, dans le 
métier à tisser, sont des fils ou des 
cordelettes rattachés à des tringles 
de bois, les jougs. Les lisses em- 
brassent les fils de la chaîne, soit 
dans des boucles soit par des an- 
neaux, et les font avancer ou recu- 



ler dans le .métier droit, lever ou 
baisser dans le métier horizontal, 
pour faire passer la navette et le fil 
de la trame. Ces mouvements s'ap- 
pellent ouvrir ou fermer la chaîne, 
désignée ici par tela. 

4. Nona : la lune, après le pre- 
mier quartier, commence à donner 
assez de lumière. 

5. Dedere, ont l'habitude de se 
présenter; voy. n. du v. 49. 

6. Eous, att. eoJo;, mais sans 
aspiration comme dans la forme 
ion.; voy. n.idu v.221. L'étoile du 
matin ou Lucifer, identique à l'é- 
toile du soir ou Vesper (Vénus), 
mais distinguées dans l'usage cou- 
rant; voy. 251. 

7. Stipulae : voy. la n. du v. 84. 
Dans le mois qui suivait la moisson, 
on coupait les éteules si on ne les 
brûlait pas (Col., VI, 3, 1). Levés, 
vides d'épis (opposé : gravidas ; cf. 
111). — Arida : on fauchait de 
nuit, quand on ne pouvait irriguer 
la veille (PI., N. H., XVIII, 260). 

8. Lentus exprime l'effet, une 
qualité qui se communique. 

9. Quidam : tel. 

40. Inspicat : taille en forme 
d'épi; seul exemple de ce mot. 
44. Solata a le sens du présent. 



LIVRE I. 



113 



Aut rïulcis musti Vulcano 1 decoquit umorem, 295 

Et foliis 2 undam trepidi despumat aheni. 

At 3 rubicunda Ceres medio succiditur aestu, 
Et medio tostas 4 aestu terit area fruges. 
Nudus ara, sere nudus : hiems ignava 5 colono. 
Frigoribus 6 parto âgricolae plerumque fruuntur, 300 
Mutuaque inter se laeti convivia curant. 
Invitât 7 genialis hiems curasque resolvit, 
Geu pressae s cum jam portum tetigere carmae, 
Puppibus et laeti nautae imposuere coronas 9 . 
Sedtamen 10 et quernas glandes tum stringere tempus 



1. Vulcano, le feu. — Decoquit : 
fabrication du vin cuit, defrutum. 
On le réduisait sur un feu doux 
d'abord, puis plus ardent. On y 
ajoutait pendant la cuisson des con- 
diments, comme des coings, et 
après la cuisson divers aromates 
(Col., XII, 19-20). — Vers dit hy- 
permètre dont la syllabe finale est 
élidée sur l'initiale du v. suiv. Cette 
syllabe est généralement que dans 
Virg. Ces vers ont été imaginés 
par les Alexandrins qui ont pris 
l'accus. Zf,v, de Zsûç, pour une éli- 
sion de l'accus. Z7)va, à la fin de 
certains vers d'Homère. Virg. est 
seul des poètes latins à se permettre 
cette élision devant une ponctua- 
tion forte (En., IV, 629) ou après 
syllabe brève (Georg., II. 69 ■; III, 449). 

2. Foliis : on remuait et écumait 
à l'aide de joncs, ou de branches 
munies de leurs feuilles, pour ne pas 
employer le bois, qui en touchant 
les parois du vase aurait donné un 
goût de brûlé (Col., XII, 19, 4; PL, 
N.H., XVIII, 318). 

3. At oppose les travaux de l'été 
à ceux de l'hiver, de même que 
Virg. a précédemment opposé la 
nuit (nocie, 287) et le jour (dies, 
276), les nuits d'hiver (291) et les 
nuits d'été (289-290). Par une nou- 
velle opposition (299-300, hiems, 
frigoribus), il reviendra bientôt 
aux plaisirs et aux occupations de 

VIRGILE. 



l'hiver. — RubiGunda, le champ 
d'épis participe de l'embrasement 
général de la nature, medio aestu. 
Col'., II, 20, 2, a pris l'épithète dans 
le sens ordinaire. — Ceres, le 
blé. — Medio aestu, au fort de la 
chaleur. 

4. Tostas, grillés par le soleil. 
— Terit : cf. 192 et 164. 

5. Ignava : c'est le temps de la 
paresse. Quelle que soit l'origine 
du précepte précédent (S. Reinach. 
Cultes, mythes et religions, I, 
144, n. 3), ces mots prouvent que 
Virg., comme déjà Hésiode: (Œ., 
391; cf. wpta), l'entend dans un 
sens pratique : quand la tempéra- 
ture permet d"ètre dévêtu. 

6. Frigoribus = hieme ; cf. 
Bue"., 2, 22, frigore opposé à aes- 
tate. 

7. Invitât, régale (sens archaï- 

Sue). — Genialis,' où l'on fête le 
énie. Le Génie naissait avec cha- 
que homme, le suivait dans sa vie, 
se résolvait à sa mort dans l'éther. 
On honorait cette espèce de double 
de soi-même en se livrant à la 
bonne chère, indulgere genio. 

8. Pressae : enfoncées sous le 
poids des marchandises. — Teti- 
gere, passé d'habitude, voy. la n. 
du v. 49. 

9. Vers repris En.. IV, 418. 

10. Sed tamen s'oppose à hiems 
ignava colono et à tout le dévelop- 



114 



LES GÉORGIQUES. 



Et lauri bacas oîeamque cruentaque myrta; 306 

Tum gruibus pedicas et retia ponere cervis 
Auritosque sequi lepores ; tum figere xtammas, 
Stuppea torquentem Balearis 2 verbera fundae, 
Cum nix alta jacet, glaciem cum flumina trudunt 2 . 310 

Quid tempestates autumni et sidéra 3 dicam, 
Atque, ubi* jam breviorque dies et moliior aestas, 
Quae vigilanda 5 viris? vel cum ruit imbriferum ver,- 
Spicea jam campis cum messis inhorruit, et cum 
Frumenta in viridi stipula lactentia 6 turgent? 315 

Saepe ego, cum flavis messorem induceret arvis 7 
Agricola et fragili jam stringeret hordea culmo 8 , 
Omnia ventorum concurrere proelia 9 vidi, 
Quae gravidam 10 latê segetem ab radicibus imis 
Sublimem 11 expulsam eruerent, ita turbine nigro 320" 
Ferret hiems culmumque levem stipulasque volantes. 



pement : malgré cela. — Tempus 
= tenipestivum (est) ; voy. 213. 

1. Balearis, épithète d'excel- 
lence, à la mode alexandrine ; l'habi- 
leté des frondeurs baléares était 
proverbiale. — Verbera, les laniè- 
res faites avec des cheveux, de 
l'étoupe ou du cuir (Végèce, De re 
mil., IH, 14). 

2. Trudunt, font sortir à la 
surface, charrient. 

3. Sidéra : l'Arcture (204), les 
Chevreaux (205), la Couronne (222), 
le Centaure, non mentionné par 
Virgile (Col., XI, 2, 66). 

4. Ubi, dans la saison où. — 
Moliior, tempéré, c.-à-d. à la fin 
d'août. 

5. Quae vigilanda (== provi- 
denda) : sint ; dicam est suivi de 
deux compléments de nature diffé- 
rente, un accusatif et une interro- 
gation indirecte; voy. p. 109, n. 8. 
Vigilare est construit chez les 
poètes comme curare, transitive- 
ment; Cic, Att.,ÏX, 12, 1 : « Consi- 
lia evigilata ». —Ruit, se précipite 
en pluie sur la terre. 



6. Lactentia, encore en lait. 
C'est une autre époque habituelle 
de pluies, la fin d'avril. « Mais 
même en dehors de ces deux* dates, 
en plein été, j'ai vu... »; d'où le 
cas suivant. 

7. Arvis, datif = in arva. 

8. Fragili... culmo, abl. avec 
une épithète en accord, construit 
librement; voy. n.< de II, 114. 

9. V-entorum proelia = ventOQ 
proeli-antes. 

10. Gravidam : voy. p. 112, 
n. 7. — Ab radicibus : voy. p. 91, 
n. 4. 

44. Sublimem, en l'air ; subli- 
mem expulsam indique le résul- 
tat de l'action exprimée parle verbe 
(prolepse). — Ita : il faut tirer ut 
consécutif de quae qui l'implique, 
et entendre : « des luttes teiles que 
les vents déracinaient la lourde 
moisson, qu'ainsi [conséquence de 
eruerent). dans son noir tourbillon, 
l'ouragan l'emportait [rappeler sege- 
tem après ferret], chaume léger et 
pailles volantes [apposition à sege- 
tem sous-entendu] ». 






LIVRE 1. 



115 



Saepe etiam 1 immensum caelo 2 venit agmen aquarum, 
Et foedam glomerant tempestatem imbribus atris 
Collectae ex alto 3 nubes ; mit ârduus aether, 
Et pluvia ingenti sata laeta boumque labores 325 

Diidit; implentur fossae, et cava flumina crescunt 
Cum sonitu, fervetque fretis spirantibus aequor. 
Ipse Pater 4 , média nimborum in nocte, corusca 
Fulmina molitur dextra; quo maxima motu 
Terra tremit, fugere 5 ferae et mortalia corda 330 

Per gentes humilis stravit pavor ; ille 6 flagranti 
Aut Atho 7 aut Rhodopen aut alta Ceraunia telo 
Dejicit; ingeminant 8 Austri et densissimus imber : 
Nunc nemora ingenti vento, nunc litora plangunt. 

Hoc metuens, caeli menses et sidéra serva 9 , 335 
Frigida l0 Saturai sese quo Stella receptet, 
Quos ignis caelo Cyllenius 11 erret in orbes. 



!.. Cette description est inspirée, 
mais non traduite, d'Hom., IL, XVI, 
384-392, combiné, ibrement avec 
Lucr., VI, 253-294. a Virg. ajm'is, 
dans ces vers une gradation admi- 
rable ; d'abord on voit les fossés se 
remplir, ensuite lesjueuvcs, mugis- 
sants se déborder, et enfin la mer 
bouillonner dans Ses gouffres. » 
(Delille). 

2. Caelo, abl. de la question ubi 
sans préposition ; le lieu de la scène 
est d'abord indiqué. 

3. Ex alto, du haut du ciel, 
"comme d'une position militaire 

élevée; cf. la suite. — Aether, la 
partie supérieure, la plus impondé- 
rable et la plus chaude de l'atmo- 
sphère. 

4. Pater, Jupiter. 

5. Fugere, stravit : l'effet est 
déjà produit, instantanément. 

6. Ille, Jupiter, introduit une 
opposition, que souligne la suspen- 
sion de sens devant le 5° pied, dite 
coupe ou ponctuation bucolique. 

7. Atho (ace. du mot grec), en 
Macédoine; Rhodopen (ace. de 



forme grecque), en Tlirace ; Cerau- 
nia, monts Acrocérauniens (Hor., 
Od., I, 3, 20) ou de la foudre 
(xspauvdç), en Epire. Transcription 
deïhéocr., 7,77. — Telo, la foudre. 

8. Ingeminant et plangunt 
sont pris absolument. 

9. Serva: voy. p. 105, n. 8. 

10. Frigida : Saturne, planète 
la plus éloignée du soleil, passait 
pour avoir un caractère réfrigérant 
et funeste. — Quo. . . receptet' dépend 
de serva, qui a des compléments de 
nature différente; cf. 313. L'action 
des planètes différait, croyait-on, 
suivant là constellation où "elles se 
trouvaient. Saturne dans le Capri- 
corne déchaînait des pluies torren- 
tielles en Italie ; dans le Scorpion, 
de la grêle (Servius). 

11. Cyllenius : le dieu Mercure 
était né sur le mont Cyllène en 
Arcadie ; l'épithète passe à l'astre, 
ignis, appelé en grec SxtX6o)v, le 
brillant. — In orbes : en traçant 
quels cercles l'astre de Cyllène pro- 
duit sa course errante. In marque 
le résultat. Mercure est la planète 



11G 



LES GÉORGIQUES. 



In primis venerare deos, atque annua magnae 
Sacra 1 refer Gereri, laetis operatus in herbis, 
Extremae sub casum hiemis, jam vere sereno. 340 
Tum 2 pingues agni et tum molli s si ma vina, 
Tum somni dulces densaeque in montibus umbrae. 
Guncta tibi 3 Gererem pubes agrestis adoret; 
Gui 4 tu lacté favos.et miti dilue Baccho; 
Terque novas circum 5 felix eat hostia fruges, 3-i5 

Omnis quam chorus et socii comitentur ovantes, 
Et Gererem clamore vocent in tecta; neque ante 6 
Falcem maturis quisquam supponat aristis 
Quam Gereri 7 , torta redimitus tempora quercu, 
Det motus 8 incompositos et carmina dicat. 350 

Atque haec ut certis possemus discere signis, 



qui a la révolution la plus courte, 
87 jours '23 h. ; Saturne, celle«qui a 
la révolution la plus longue, 29 ans 
66 jours 19 h. Le grand nombre de 
révolutions tracées par Mercure le 
met en présence d'astres-nombreii-x. 
4. Sacra, un rit semblable'au.x 
Ambarvales, fête de purification, 
dont la date était fixée chaque année 
dans le courant de mai. La divinité 
honorée était, à l'origine, Mars 
(Caton,-,4grr\, 141), que supplanta 
Cérès sous l'influence des idées 
grecques. Cf. Tib., II, 1. — Opéra- 
tas et ferialus ont toujours le 
sens présent. Operari, accomplir 
une cérémonie religieuse, une « fonc- 
tion ». Elle appartient au culte 
familial, puisque l'officiant est le 
cultivateur, et non pas un collège 
sacerdotal du peuple romain. 

2. Tum, à cette époque; vers 
imité de Théocr., 13, 25. — Agni 
et : hiatus rare entre des mots latins, 
quand le premier n'estpas un mono- 
syllabe. 

3. Tibi : le datif indique d'une 
manière générale la personne inté- 
resse. 

4 Oui, en l'honneur de qui, 
voy. 12. — Baccho = vino. 



5. Circum : le rit principal* de 
purification est la procession de la 
victime et des assistants autour du 
lieu à purifier; lustratio, de luere, 
délier, purifier, a pris ainsi le sens 
de course en rond, promenade. — 
Felix, propice. — Hostia : quand 
la divinité honorée était Mars, le 
sacrifice était le; sacrifice ordinaire 
du culte de Mars, suovetaurile, 
porc,mouton, taureau (Caton,i. c). 
A l'époque dé Virg., la victime était 
unique et proportionnée à la fortune 
(Tib., I, 1,21-22). 

6. Ante... quam (v. 349) : avant 
la moisson, .on sacrifiait à Cérès la 
truie d'inauguration, porcapraeci- 
danea,Çii on lui offrait les premiers 
épis, praemetium (Caton, 134, 1). 
Cette seconde fête ae Cérès ne doit 
pas plus être omise que la première, 
dit Virgile. 

7. Cereri, en l'honneur de Cérès. 
— Redimitus '= postquam sibi 
redimiit. 

8. Motus : la .danse des anciens 
était une gesticulation qui ne 
mettait pas seulement les pieds en 
mouvement. — Incotnpositos, qui 
ne sont pas coordonnés, sans har- 
monie. 



LIVRE I. 



117 



Aestusque 1 pluviasque et agentes frigora ventes, 
ïpse Pater statuit quid menstrua Luna moneret, 
Quo signe caderent Austri, quid- saepe Videritês 
Agricolae propius stabulis armenta tenerent. 

Continuo 3 , ventis surgentibus, aut fréta ponti 
Incipiunt agitata tumescere et aridus altis 
-Montibus audirï fragor, aut resonantia longe 
Litora misceri et nemorum increbrescere murmur 
Jam sibi tum curvis maie tempérât 4 unda carinis, 
Gum medio celeres revolant ex aequore mergi 
Glamoremque ferunt ad litora, cumque marinae 
In sicco ludunt fulicae, notasque paludes 
Deserit atque altam supra volât ardea nubem. 
Saepe etiam stellas, vento impendente, videbis 
Praecipites caelo 3 labi, noctisque per umbram 
Flammarum longos a tergo G albeseere tractus; 
Saepe levem paleam et frondes volitare caducas, 
Aut summa nantes in aqua colludere plumas. 

AtBoreae de parte trucis cum fulminât 7 et cum 
Eurique 8 Zephyriquc tonat domus, omnia plçnis 
Rura natant fossis, atque omnis navita ponto 



355 



360 



365 



170 



1. Aestusque, avec allongement 
de-que (cf. 153); ces ace. dévelop- 
pent haec. — Une partie des pro- 
nostics (signa) décrits par Virg. 
sont tirés des Phénomènes d'Aratus 
de Soles, poète de l'époque alexan- 
drine qui vivait à la cour des rois de 
Macédoine dans le dernier quart du 
m° s. Ce poème a été traduit par 
Cicéron, puis sous Tibère, par Ger- 
mnnicus, neveu de l'empereur, et au 
iv* s., par Aviénus. 

2. Quid, quel signe, compl. de 
videntes. 

3. Continue*, tout d'abord. Un 
progrès est marqué par jam, v. 360. 

4. Sibi Jemperat, se modère ; 
curvis carinis, de manière à 
s'abstenir de toucher aux vaisseaux. 



Au sens de s'abstenir, temperare 
est employé d'ordinaire sans réflé- 
chi. — Maie = vice. 

5. Caelo = e caelo. 

6. A tergo : stell arum . — Flam- 
marum tractus, des traînées lumi- 
neuses. 

7. Fulminât, quand il tonne des 
quatre points cardinaux, désignés 
dans Aratus, 933-7, par les quatre 
vents principaux (Hom., Od., V 
295), Borée (Septentrio), du N. 
Eurus (Volturnus), du S.-E. : 
Zéphyre (Favonius), de l'O 
Notus (Auster) , du S. Mais Vir- 
gile omet ce dernier. 

8. Eurique : allongement de la 
syllabe finale au temps fort du 
deuxième pied. 



118 LES GÉORGIQUES. 

Umida 1 vêla legit. Numquam imprudentibus imber 

Obfuit : aut illum surgentem vallibus imis 

Aëriae fugere grues, aut 2 bucula caelum 375 

Suspiciens patulis captavit naribus auras, 

Aut arguta lacus circumvolitavit hirundo, 

Etveterem in limo rame cecinere querellam. 

Saepius et tectis penetralibus 5 extulit ova 

Angustum formica terens iter ; et bibit ingens 380 

Arcus 4 , et e pastu decedens v agmine magno 

Corvorum increpuit densis 5 exercitus alis. 

Jam variae 6 pelagi volucres, et quae.Asia circum 

Dulcibus in stagnis rimantur prata Caystri, 

Certatim largos umeris infundere rores : 385 

Nunc caput objectare fretis, nunc currere in undas 



i. Umida, chargées de pluie. — 
Legit, cargue. — Numquam ; ce 
n'est jamais qu'à des gens avertis 
que la pluie a causé des dommages. 

2. Virgile imite dans ce qui suit 
Varron de l'Atax dont Servius cite 
les vers : « Tum liceat pelagi volu- 
cres [383]-tardaeque paludis|eernere, 
inexpletas studio certare lavandi 
[•387], | et velut insolitum pennis 
infundere rorem [385] : | aut arguta 
lacus circumvolitavit nirundo [377], 

| et bos suspiciens caelum (mirabile 
-visu)| naribus aërium patulis decer- 
psit odorem [375-376], | nec tenuis 
formica cavis non evehit ova [379] ». 
Varron de l'Atax (l'Aude) était un 
contemporain un peu plus âgé que 
Virgile et Horace. C'était un poète 
fécond. Il avait écrit un Bellum Se- 
quanicum (guerre de César contre 
Arioviste), des Argonautiques, 
une description du monde, des élé- 
gies, des satires. Voy. Hor., Sat., I, 
10,46.Nousn"avons de lui que quel- 
ques fragments. Varron abrégeait 
Aratus, 942-957, en gardant l'ordre 
des signes, dont Virgile s'est affran- 
chi. 

3. Penetralibus, adjectif (Cic, 
liar. resp., 57). 



4. Arcus : dans la croyance 
populaire, l'arc-en-ciel puisaii par 
ses deux extrémités l'eau de la mer- 
et des continents et la déversait 
ensuite sous forme de pluie (Plaute, 
Cure., 131; Ov., Met., 1,271). La 
théorie de l'arc-en-ciel était cepen- 
dant connue (Aristote, Meleov., III, 
2, p. 371 B; Sén., N. Q.,1, 6-8). 

5. Densis, suggéré par Tivacari- 
[xevot XTepà iruxvâ (agitant ses 
ailes à coups pressés) d'Arat., 969, 
n'est pas une traduction, mais 
accorde l'épithète avec l'image mili- 
taire brodée par Virgile sur le cane- 
vas grec. Il faut garder le sens pro- 
pre. 

6. Variae volucres: le sujet de 
l'infin. historique ou descriptif. 
(infundere, 385) se met au nomin., 
tandis que le sujet de l'inf. excla- 
matif (199, omnia) se met à l'accus. 
— Asia, adj. se rapportant à prata. 
L'a initial est long; il est bref dans 
le nom de l'Asie. Le Caystre, qui 
arrose la plaine Asienne, se perd 
dans des marécages à son embou- 
chure, non loin d'Ephèse. Allusion 
àHom., IL, II, 460, qui énumère les 
oies, les grues et les cygnes. — Çir~ 
cum, adverbe, 



LIVRE I. 



119 



Et studio in cassum * videas gestire lavandi ; 
Tum cornix plena pluviam vocat improba 2 voce, 
Etsola 3 in sicca secum spatiatur harena. 
Ne nocturna quidem 4 carpentes pensa puellae 
Nescivere hiemem 5 , testa cum ardente vidèrent 
Scintillare oleum et putres concrescere fungos. 

Nec minus ex imbri 6 soles et aperta serena 
Prospicere, et certis poteris cognoscere signis. 
Nam neque tum stellis acies 7 obtusa videtur, 
Nec fratris 8 radiis obnoxia surgere Luna, 
Tenvia 9 nec lanae per caelum vellera ferri; 
Non tepidum-ad solem pennas in litore pandunt 
Dilectae Thetidi 10 alcyones; non ore solutos 
linmundi meminere 11 sues jactare maniplos : 



390 



395 



400 



1. In cassum, en vain, parce 

3u'ils recommencent toujours; 
onc, sans relâche. — Lavandi, du 
moyen lavari, se baigner. 

2. Improba, importune. 

3. Sola secum, par opposition 
aux cygnes et aux corbeaux qui mar- 
chent en troupe. 

4. Ne nocturna quidem : même 
pendant la nuit, quand on est enfer- 
mé à la maison ; l'adj . en accord avec 
pensa équivautà un compl. de temps 
(nocte). — Carpentes, prenant entre 
le pouce et l'index un flocon de laine 
qu'elles étirent. — Pensa, la laine 
pesée qui est leur tâche quotidienne 
et qui est attachée à la quenouille. 

5. Hiemem, le mauvais temps. 
— Testa, lampe d'argile. 

6. 'Ex imbri, du milieu de la 
pluie, quand elle dure encore. — So- 
les, les beaux jours ; cf. 66. — Se- 
reno,adj . pris substantivement, dont 
aperta est l'attribut (non pas l'épi- 
thete) : on peut prévoir de manière 
évidente les temps sereins. Cf. En., 
IX, 363. 

7. Acies : l'éclat des étoiles 
(slellis; dat. possessif) ne paraît pas 
émoussé, c.-à-d, obscurci par le 
brouillard, 



8. Fratris, le soleil, Phébus 
étant frère de Phébé (la lune). — 
Obnoxia, redevable. La lune est si 
brillante qu'elle semble ne rien 
devoir aux rayons de son frère. La 
théorie qui attribue la lumière de la 
lune à la réflexion des rayons 
solaires est ancienne. Plutarque 
l'attribue tantôt à Thaïes de Milet, 
un des sept sages (vi° s. av. J.-C), 
tantôt à Empédocle d'Agrigente, 
philosophe poète (v 6 s. av. J.-C). 

9. Tenvia en trois syllabes; cf. 
vieux français tenve (léger, fin). — 
Lanae vellera, des flocons de laine 
(auxquels ressemblent les nuages 
qui moutonnent). 

10. Thetidi : une des Néréides, à 
qui sont chers les oiseaux de mer 
(Théocr., 7, 59). Voir l'histoire de 
Cévx et d'Alcyone dans Ov., Met., 
XI," 266-795. Courir les ailes éten- 
dues annoncerait la pluie. 

11. Non meminere : ne songent 
pas, n'ont pas en tête (mente). — 
Jactare, les mettre en pièces ; solu- 
tos, de manière à les disperser 
(prolepse). — Maniplos = mani- 
pulos. Cf. PI., N. H., XVIII, 364 : 
« Turpesqueporci... manipulosfaeni 
lacérantes », 



120 



LES GÉORGIQUES. 



At 1 nebulae magis ima petunt campoque recumbunt. 
Soiis et occasimi servans de culmine summo 
Nequiquam 2 seros exercet noctua cantus. 
Apparet liquido sublimis in aëre Nisus 3 , 
Et pro purpureo poenas dat Scylla capillo; 405 

Quacumque illa levem fugiens secat aethera pennis, 
Ecce inimicus, atrox, magno stridore per auras 
Insequitur Nisus; qua se fert Nisus ad auras, 
Illa levem fugiens raptim secat aethera pénnis. 
Tum liquidas corvi presso 4 ter gutture voces 
Aut quater ingeminant, et saepe cubilibus altis, 
Nescio qua praeier solitum dulcedine laeti, 
Inter se foliis strepitant; juvat, imbribus actis, 
Progeniem parvam dulcesque revisere nidos 5 . 
Haud 6 , equidem credo, quia sît divinitus illis 
Ingenium, aut rerum fato 7 prudentia major; 
Verum, ubi tempestas 8 et caeli mobilis umor 



410 



415 



1. At .indique le passage aux 
pronostics positifs. — Campo, dat. 
dépendant d'un verbe composé ; 
Virg. construit de même accumbo, 
in-, oc-,suc-cumbo. — Pl.,iV. H., 
XVIII, 357 : « Nebulae montibus 
descendentes aut caelo cadentes vel 
in vallibus sidentes serenitatem 
promittunt ». 

2. Nequiquam : le cri sinistre 
du hibou n'amène pas les nuages. 

3. Nisus, roi de Mégare, avait 
un. cheveu de pourpre auquel le 
salut de la ville était attaché. Sa 
fille, Scylla, l'enleva pour le donner 
au roi de Crète, Minos, qui assiégeait 
Mégare. Minos eut horreur de cette 
trahison et fit attacher Scylla au 
gouvernail de son navire. Elle fut 
changée en huppe, son père en aigle 
marin. — Cette histoire est ra- 
contée par Ov., Met., VIII, 1-151, 
et dans le poème attribué à Virg., 
Ciris, auquel les v. 406 - 409 servent 
de conclusion. — Liquido, transpa- 
rent. 

4. Pressa, en resserrant leur 



gosier, les corbeaux émettent des 
sons plus aigus et plus clairs. 

5. Nidos : Virg. a réduit Ara t., 
1003-1009. Par contre, il a trans- 
formé les indications sèches de son 
devancier, donnant v. 412 à une joie 
paisible un charme pénétrant et 
indéfini (/aîpeiv xé tiç ouaaaTo), 
tirant ici d'une simple mention du 
gîte (fiyj te xetouatv) tout un 
vers de sentiment. La suite enfin 
relève et ordonne cette énumération 
de détails sans liaison en posant le 
problème de l'instinct. 

6. Haud : ent. sic agunt. — Sit, 
le subj., parce^que l'explication est 
écartée comme fausse. — Divinitus, 
par une communication de la divi- 
nité, soit par don gratuit, soit par 
participation naturelle. 

7. Fato, en vertu d'une nécessité 
intime. — Rerum prudentia (de 
providentia) major : une connais- 
sance de l'avenir plus pénétrante 
(que celle des hpmmes). 

8. Tempestas, l'état du ciel. — 
Caeli umor, l'humidité de l'atmo- 



.IVRE I. 



121 



Mutavere vias, et Juppiter 1 uvidus .Austris 
Denset 2 , erant quae raramodo, et, quae densa, relaxât, 
Vertuntur species animorum, et pectora 3 motus 420 
Nunc alios, alios dum nubila ventus agebat, 
Concipiunt : hinc ille avium concentus in agris 
Et laetae pecudes et ovantes gutture corvi. 

.Si vero solem ad rapidum lunasque sequentes 
Ordine respicies, nunquam te crastina fallet k25. 

Hora, neque insidiis noctis capiere serenae^. 
Lima reVer tentes cum primum colligit ignés, 
Si ïijgrum obscuro 4 comprenderit aëra cornu, 
Maximus agricolis pelagoque 5 parabitur imber. 
At si virgineum suffuderit ore ruborem, 430 

Ventus erit : vento semper rubet aurea Phoebe. 
Sin ortu quarto 6 , namque is certîssimus auctor, 
Pura neque obtusis per caelum cornibus ibit, 
Totus et ille dies, et qui nascentur ab illo 
Exactum ad mensem, pluvia ventisque carebunt, 435 
Votaque servati solvent in litore nautae. 
Glauco.et Panopeae et Inoo Melicertae 7 . 



sphère, les brouillards et les nuages. 

1. Juppiter, l'air personnifié par 
son dieu et représenté mouillé par 
les vents du Midi (Auster == Notus, 
Nôtoç)- 

2. Denset = densat, archaïsme. 
— Quae densa : modo erant. 

3. Pectora concipiunt nunc mo- 
tus alios (différents), (concipiebant 
motus) alios (tum) dum ventus 
agebat nubila. On peut aussi tra- 
duire alios répété, par: d'autres... 
que... — Après dum, « dans le 
même temps que », le verbe se met 
au présent de Findic. dans la langue 
classique, même quand le verbe 
principal est au passé. L'imparfait 
se trouve chez les poètes et à partir 
de Tite-Live en prose. 

4. Obscuro : si l'air compris 
entre les cornes du croissant, et, 



par extension, celui qui entoure la 
lune, obscurcit l'éclat* de l'astre. 

5. Pelagoque est préféré à nan- 
tis comme inattendu. 

6. Ortu quxxrto, le quatrième 
jour après la nouvelle lune. 

7. Ce vers est, d'après A. G., 
XIII, 27 (26), 1, et Macr., V, 17, 18, 
transcrit de Parthénius de Nicée 
élégiaque grec, qui vint en Italie à 
la suite de la guerre contre Mithri- 
date (682/72), se lia d'amitié avec 
Cornélius Galles et compta Virg. 
parmi ses disciples à Naples. Mais 
le même vers commence l'élégie 15 
de Callimaque, un des maîtres de 
l'élégie alexandrine, un des plus 
savants hommes de son temps 
(m s. av. J. C.) : rXaûxcp xat 
Nï)pfjï xal 'Ivwcp MeXtxepTTQ. 
Le- vers latin est plus « grec » que 



122 



LES GÉORGIQEES. 



Sol quoque, et exoriens et cum se condet in undas, 
Signa dabit; solem certissima signa sequuntur, 
Et quae mane refert 1 , et quae surgentibus astris. 440 
Ille ubi nascentem maculis variaverit ortum 
Gonditus in nubem medioque refugerit orbe 2 , 
Suspecti tibi sint imbres; namque urget ab alto 
Arboribusque satisque 3 Notus pecorique sinister. 
Aut ubi sub lucem densa inter nubila sese 445 

Diversi 4 rumpent radii, aut ubi pallida surget 
Tithoni 5 croceum linquens Aurora cubile, 
Heu! maie 6 tum mites defendet pampinus uvas : 
Tarn multa in tectis crepitans salit horrida grando T ! 

Hoc etiam, emenso cum jam decedit 8 Olympo, 450 
Profuerit meminisse magis ; nam saepe videmus 
Ipsius in vultu varios errare colores : 
Caeruleus pluviam denuntiat, igneus Euros 9 . 
Sin maculae incipient rutilo immiscerier 10 igni, 



l'original. Non seulement il finit 
par un mot de quatre syllabes et il 
a un hiatus avec abrègement d'une 
longue finale au temps faible (Pa- 
nopeae et) ; mais il y a un hiatus 
sans abrègement de la voyelle lon- 
gue au temps faible, ce qui est 
inouï en grec et unique dans Virg. 
(Gtauco). — Glaucus, pêcheur 
d'Anthédon, en Béotie, ayant goûté 
certaines herbes, se précipita dans 
la mer, où il devint un dieu marin 
(Ov., Met., XIII, 897-967). — Pano- 
pée, ÏTavdTtEia (la diphtongue est 
transcrite par e long), une des cin- 
quante Néréides, fille de Nérée et 
de Doris (Hom., II., XVIII, 45; 
Hés., Théog., 250). — Ino, femme 
d'Athamas, fuyant, avec son fils 
Mélicerte, son mari devenu fou, se 
précipita dans la mer (Ov., Met., 
IV, 518-541). La filiation est expri- 
mée par un adjectif. 

4. Refert : fert rediens. 

2. Medio orbe, relativement au 
centre de son disque, qui s'obscur- 



cit et semble s'enfoncer ; d'où sol 
concavus (PI., N. H., XVIII, 342), 

3. Satis, les champs, voy. v. 23. 
— Notus == Auster, voy. 418. 

4. Diversi, divergents ; sens 
étymologique. — Sub, à l'approche 
de. 

5. Tithon, fils de Laomédon, de- 
vint l'époux de l'Aurore qui obtint 
pour lui l'immortalité ; mais elle 
oublia de demander en même temps 
une éternelle jeunesse, et Tithon 
vieillit dans une sénilité crois- 
sante. 

6. Maie = vix (360). 

7. Forme de phrase exclamative 
assez fréquente pour expliquer ce 
qui précède d'une manière pathé- 
tique. Ce vers est aussi un exemple 
d'harmonie imitative. 

8. Decedit : sol; Olympo = 
caelo. 

9. Euros, pris pour un vent 
quelconque (Arat., 837, àvéjxoto). 

40. Immiscerier, forme archaï- 
que et familière de l'inf. passif. 



LIVRE I. 



1-23 



Omniatum pariter vento nimbisque videbis 455 

Fervere 1 ; non illa quisquam me nocte per altum . 

Ire neque ab terra moveat 2 convellere funem. 

At si, cura referetque diem condetque relatum, 

Lucidus orbis erit, frustra terrebere nimbis 

Et claro 5 silvas cernes Aquilone moveri. ' 460 

Denique, quid vesper serus vehat 4 , unde serenas 
Ventus agat nubes, quid cogitet umidus Auster 3 , 
Sol tibi signa dabit 6 . Solem quis dicere faisum 
Audeat? Ille etiam 7 caecos instare tumultus 
.Saepe monet, fraudemque et operta tuinescere 8 bella. 
Ille etiam exstincto 9 miseratus Caesare Romam, 466 
Cum caput obscura nitidum ferrugine 10 texit, 
Impiaque aeternam timuerunt saecuia 11 noctem. 



1. Fervere, dactyle ; ce verbe a 
toujours dans Virg. la formé de la 
3 8 conj. à l'infinitif. 

2. Moveat : déciderait ; soûl ex. 
où ce verbe est ,suivi de l'inf. 

3. Claro, qui rend le ciel clair 
en chassant les nuages. Au con- 
traire, III, 278, nigerrimus Aus- 
ter. 

4. Nescis quid vesper semts 
vehat, proverbe de paysan, dont 
Virg. rappelle ici le sens premier et 
qui était le titre d'une Ménippée de 
Varron ; il faut attendre la fin de 
la soirée pour juger de la journée. 

5. Auster : voy. 418 et 444. 

6. Signa dabit = significabit . 

7. Ille etiam : oui, c'est lui 
qui... ; cette formule d'affirmation, 
d'autant plus énergique qu'elle est 
répétée, attire l'attention sur cette 
conclusion du livre, la description 

'des phénomènes qui suivirent la 
mort de César (ides [15] de mars 
710/44). Cf.Hor., Od., I, 2; Tib., 
Il, 5, 71-78. Ovide place ces pré- 
sages avant la mort de César et en 
fait des avertissements (Met., XV, 
782) ; Lucain emprunte cette des- 
cription pour la mettre au moment 
du passage du Rubicon (1,522). — 



Caecos : encore cachés, voy. p. 97, 
n. 3. 

8. Tumescere, comme la mer 
au commencement de l'orage (357). 
Nous transposons l'image : fer- 
mente. 

9. Exstincto : d'après Hor. et 
Dion Cassius. XLV, 17, ces présages 
sont postérieurs à la mort du dic- 
tateur; cf. aussi 469-471. Telle est 
la vérité historique : Cic, Phil., 
IV, 10 (20 déc. 710/44), s'en fait une 
arme contre Antoine au moment 
où ils se produisent. Ils ne sont 
donc pas une légende poétique ; ils 
frappèrent beaucoup les contempo- 
rains. — Miseratus : est. ■ 

10. Ferrugine, couleur sombre 
et métallique d'un vert bleuâtre. 
Bien que le mot signifie « rouille 
du fer », son emploi ne correspond 
pas du tout à ce que nous appelons 
« couleur rouille », probablement 
par suite de quelque confusion avec 
la rouille et patine du bronze 
(aerugo). 

44. Saecuia, générations; expres- 
sion de Lucrèce. — Quanquam, 
cependant ce ne fut pas seulement 
(quoque explique quanquam) le 
soleil qui donna des avertissements. 



m 



LES GÉORGIQUES. 



Tempore quanquam illo fcellus quoque et aequora ponli 
Obscenaeque 1 canes importunaeque vol acres 470 

Signa dabant. Quotiens Cyclopum effervere 2 in agros 
Vidimus undantem 5 ruptis fornacibus Aetnam, 
Flammarumque globos liquefactaque volvere saxa! 
Armorum sonitum toto Germania caelo 
Audiit; insolitis tremuerunt motibus Alpes. 475 

Vox quoque per lucos vulgo exaudita silentes 
Ingens, et simulacra 4 modis pallentia miris 
Visa sub obscurum noctis 5 , pecudesque locutae, 
Infandum! Sistunt amnes terraeque 6 dehiscunt 
Et maestum illacrimat templis 7 ebur aeraque sudant. 
Proluit 8 insano contorquens vertice silvas • 481 

Fluvjorum 9 rex Eridanus, camposque per omnes 
Gum stabulis armenta tulit. Nec tempore eodem 
ïristibus 10 atit extis fibrae apparere minaces 



4. Obscenae, de mauvais au- 
gure. 

2. Effervere (3 e conj. ; voy. la 
n. du v. 456), déborder en bouil- 
lonnant. 

3. Undantem, couvert d'un 
tourbillon de fumée et de feu. — 
Aetnam, : le site des Cyclopes a 
varié; Hom., Od.,IX, 106, les place 
sur la côte occidentale de Sicile ; 
plus tard, on les fixe dans la grande 
île Lipari, ou à Hiéra, une des îles 
Egates, auj. Marittimo(Callimaque, 
Hymne à Art, 46; En., VIII, 
416). 

4. Simulacra, des fantômes: vers 
emprunté à Lucr., I, 123. 

5. Obscurum noctis ; la con- 
struction d'un adj. neutre pris sub- 
stantivement avec un gén. partitif, 
fréquente chez les poètes, est rare 
dans Cic. et Ces. Voy. En., I, 422. 

6. Terrae, sur plusieurs points ; 
d'où le plur. 

7* Templis = in templis. — 
Ebur. aéra : « Simulacra deum » 
(Tib.^I, 5, 77). 



8. Proluit : charrie (pro, en 
Chassant devant soi). — Insano, 
excessif; voy. Bue, 9, 43. 

9. Fluvjorum : trisyllabe avec i 
consonne. — Eridanus, normd'un 
fleuve plus ou moins légendaire, 
placé dans le nord par Hérod., III, 
115, le -grand fleuve de l'Occident 
(Hés., Théog., 338), identifié avec 
le Rhône (Eschyle) ou le Pô, puis 
avec ce dernier seulement à partir 
d'Euripide et chez tous les poètes 
latins.- Le -Pô est le plus grand 
fleuve d'Italie. 

10. Trislibus : de présage sinistre. 

— Aui est placé après un mot (poé- 
tique). — Extis : dans la langue des 
haruspices, la rate, l'estomac, l'épi- 
ploon, les reins, le cœur, le pou- 
mon, le fiel et le foie ; ce dernier 
avait une importance particulière. 

— Fibrae : ce mot désigne, dans la 
même langue, l'extrémité saillante 
d'un viscère. — Apparere, dépend 
de cessavit, comme manare et 
resonare. Cessavit s'accorde avec 
le sujet le plus rapproché. 



LIVRE I. 



12b 



Aut puteis manare cruor cessavit, et altae . 
Per noctem resonare lupis ululantibus urbes. 
Non alias 1 caelo ceciderunt plura sereno 
Fulgura, nec diri totiens arsere cometae. 

Ergo 2 inter sese paribus concurrere telis 
Romanas acies iterum 3 videre Philippi; 
Nec fuit indignum* Superis bis sanguine nostro 
Emathiam 5 et latos Haemi pinguescere campos. 
Scilicet 6 et tempus veniet, cum fmibus illis 
Agricola, incurvo terram molitus 7 aratro, 
Exesa inveniet scabra robigine pila, 
Aut gravibus rastris galeas pulsabit inanes 7 
Grandiaque 8 effossis mirabitur ossa sepulcris. 

Di patrii Indigeles 9 , et Romule Vestaque mater, 



485 



490 



495 



1. Alias, adv. de temps (vices) ; 
, non s'y rapporte. 

2. Ergo, en conséquence de tous 
ces présages. 

3. Iterum : Bru tus et Cassius, 
meurtriers de César, furent défaits 

- en 712/42 à Philippes, en Thrace. 
En 706/48, Pharsale, ville de Thes- 
salie, avait vu la fortune' se décider 
en faveur de César &t contre Pom- 
pée. On suppose que ces deux 
batailles sont réunies dans la pensée 
de Virg., malgré la distance. Les 
deux bourgs faisaient partie de la 
province romaine de Macédoine. 
Virg. ne les confond pas, mais les 
superpose en quelque sorte, nom- 
mant seulement Philippes, puisque 
c'est la bataille qui suivit la mort 
de César. ,;I1 y eut bien réellement 
deux batailles de Philippes, à vingt 
jours de distance. Mais il n'y en 
a qu'une qui compte. 

4. Indignum = iniquum. — 
Superis, datif. 

5. Emathiam, un des trois dis- 
tricts de la côte macédonienne, 
ccpur du royaume, où se trouvait la 
capitale Pella ; ce nom devient le 
nom poétique de la Macédoine. — 



Haemi, la chaîne des Balkans qu 
divise la plaine de Thrace. 

6. Scilicet, bien entendu, sans 
doute ; voy. 282. — Tempus veniet, 
formulecélèbred'Hom., 7^.,IV, 164, 
empruntée à des vers que Scipion 
Emilien récita lors de la destruction 
de Carthage. 

7. Molitus, sens présent* qu'a 
souvent ce partie, des verbes dépo- 
nents. — Ce verbe rappelle le sujet 
du poème et fait sentir la perma- 
nence des travaux des champs à tra- 
vers toutes les révolutions. 

8. Grandia : les ossements et 
les armes des combattants, retrou- 
vés après des siècles, passent tou- 
jours pour gigantesques. 

9. Di patrii Indigètes: les dieux 
indigètes sont les dieux primitifs 
des Romains, comme Jupiter, Mars, 
Quirinus, Vesta ; ils s'opposent aux 
di novensides , dieux importés soit 
d'Italie soit de Grèce. Les Indigètes 
sont par excellence nationaux, pa- 
trii. La distinction des dieux pro- 
prement dits et des morts divini- 
sés ou héros est propre à la Grèce 
ei n'a pas d'application dans la plus 
ancienne religion romaine. — Et 



126 



LES GÉORGIQUES. 



Quae Tuscum 4 Tiberim et Romana Palatia servas, 
Hune saltem everso juvenem 2 succurrere saeclo 500 
Ne 3 prohibete! Sati's jampridem sanguine nostro 
Laomedonteae 4 luimus perjuria Trojae; 
Jampridem nobis caeli te regia, Caesar, 
Invidet 5 , atque hominum queritur curare triumphos; 
Quippe 6 ubi fas versum atque nefas : totbella 7 per orbem, 
Tarn multae scelerum faciès, non ullus aratro 506 
Dignus honos, squalent abductis arva colonis 



introduit des exemples après l'énoncé 
général. — Romule : vers la fin de 
la République, on crut que Quiri- 
nus était Romulus divinisé par 
Numa et cette croyance servit la 
politique de César et d'Auguste; on 
en vint à identifier Octave avec 
Romulus Quirinus. — Vesta mater 
est le nom consacré de la déesse. 
Dans son temple étaient gardés les 
pénates et le palladium, que, sur la 
foi de Varron, on racontait \enir 
de Troie. Mais les pénates troyens 
étaient ceux des Jules, d'après la 
légende d'Énée. Il suivait de là 
que les pénates gardés dans le 
temple de Vesta, au foyer de la cité, 
étaient les pénates domestiques 
d'Octave. Voy. En., II, 277. 

4. Tuscum rie Tibre est étrus- 
que par son cours supérieur et sa 
rive droite. Les Etrusques ont 
exercé une grande influence sur la 
civilisation et la religion de Rome 
(association de Junon et de Minerve 
à Jupiter sur le Capitole, pompe 
triomphale, jeux des gladiateurs, 
haruspicine). — Palatia : le Pala- 
tin, où Octave avait sa maison, avait 
porté la ville de Romulus, la Roma 
quadrata, dont les anciens souve- 
nirs étaient alors restaurés pieuse- 
ment, et, plus anciennement, la 
ville d'Evandre (En., IX, 9). 

2. Juvenem : à la mort de César, 
Octave, né le 23 septembre 691/63, 
avait 18 ans. L'expression est encore 
longtemps employée, par Hor v Sat., 



II, 5, 62, en 724/30, quand il a 33 ans ; 
Orf., 1,2,41, en 725/29, quand il a 
34 ans. Ce morceau peut avoir été 
écrit vers 718/36, quand Octave avait 
27 ans. 

3. Ne avec l'impératif est fami- 
lier ou poétique. Prohibere se cons- 
truit habituellement avec l'infinitif. 

4. Laomedonteae ; Aocopie- 
ôôvts(,oç, dont et est transcrit 
par e long, voy. 437. — Perjuria : 
Laomédon, roi de Troie, fit bâtir 
les murs de Pergame par Apollon 
et Poséidon, puis délivrer sa fille 
Hésione par Hercule ; dans les 
deux circonstances, il frustra les 
dieux de la récompense promise. Les 
Romains, à l'époque de Virgile, se 
considéraient comme les descen- 
dants des Troyens. 

5. Invidet est construit transi- 
tivement comme à l'époque ar- 
chaïque (te) ; nobis indique la per- 
sonne intéressée, ' relativement à 
qui a lieu l'action te invidet. — 
Triumphos : en 718/36, le sénat 
décerna l'ovation à Octave pour 
sa victoire sur Sex. Pompée. Octave 
n'eut de triomphe proprement dit 
qu'en 725/29, après la bataille 
d'Actium. — Curare a te pour sujet. 

6. Quippe, c'est que. — Ubi = 
apud quos se rapportant à homi- 
num. 

7. Bella : cf. 509. — Aratro : 
(dat.) l'exemple, pris entre mille 
formes du mal, est adapté au sujet 
du poème ; cf. 494. 



LIVRE II. 127 

Et curvae rigidum falces conflantur 1 in ensem. 
Hinc movet Euphrates 2 , illinc Germania bellum; 
Vrêinaë, ruptis inter se legibus, urbes 5 510 

Arma ferunt ; saevit toto Mars impius orbe : 
Ut, cum carceribus sese èffudere quadrigae, 
Addunt se spatio 4 et frustra retinacuh tendens 
Fertur equis auriga neque audit currus habenas. 



LIVRE II 

Que Bacchus vienne collaborer à ce nouveau chant, con- 
sacré à la vigne et aux arbres (1-8). Les arbres se repro- 
duisent de bien des manières (9-34) que les hommes des 
champs doivent connaître (35-37). Voilà une belle tâche à 
laquelle participera Mécène (38-46). Aux modes naturels de 
propagation des arbres correspondent autant de moyens arti- 



i. Conflantur : flare est le 
mot propre pour la fusion du me-' 
tal ; cf. les tresviri A(uro) A(rgen- 
to) A(ere) F(tando) F(eriundo). 
On se met à fondre les socs pour en 
faire des armes, de même qu'on 
emmène les cultivateurs pour en 
faire des soldats. 

2. Euphrates : le nom de 
fleuve pour celui du peuple; de 
même, II, 137, 225, 497 ; III, 29, 30 ; 
IV, 211. La frontière parthe était 
troublée depuis 714/40. En 718/36, 
Antoine dirigea contre les Parthes 
une expédition qui fut malheureuse 
et que suivirent diverses tentatives 
jusqu'en 721/33. Des relations paci- 
fiques ne furent rétablies, pour un 
temps, qu'en 724/30. — Germania: 
en 716/38, Agrippa installe les 
Ubiens sur la rive gauche du Rhin, 
au point où devait être Cologne. 
Entre 717/37 et 724/30, C. Carrinas 
défait les Morins et les Suèves. En 
719/35-720/34, une expédition est 
.dirigée contre les peuples des 



Alpes, en Illyricum et en Dalmatie, 
et Octave achève lui-même cette 
campagne. Ces vers dépeignent la 
situation telle qu'elle était avant 
725/29, quand, au lendemain de son 
triple triomphe, Octave ferma le 
temple de Janus. 

3. Vicinae urbes: dans les guer- 
res civiles continuelles, les rivalités 
des cités voisines s'exaspèrent, au 
mépris des conventions antérieures 
(legibus). Des troubles locaux sont 
signalés en Etrurie par les histo- 
riens (Dion Cas., XLIX, 15; L, 6; 
Appien, G. C., III, 16), vers 718/36. 

à. Addunt se spatio, littér. « s'a- 
joutent à l'espace », se donnent du 
champ. Virgile décrit les chevaux au 
moment où les barrières s'ouvrent 
devant leur impatience et où ils 
voient devant eux comme un es- 
pace illimité. Ils s'emportent et leur 
conducteur est impuissant à retenir 
et à régler l'attelage (cuwus). En 
résumé, la barrière une fois enlevée, 
le mal n'a plus de frein. 



128 



LES GÉORGIQUES. 



ficiels de les produire (47-68), parmi lesquels on remarque 
les deux sortes de greffe (69-82). Et un arbre présente bien 
des variétés (83-89), surtout la vigne dont on ne peut énu- 
mérer toutes les espèces (90-108). A son tour, toute terre ne 
porte pas tous fruits, comme on le voit par les végétaux 
exotiques (109-135) ; mais il n'est pas de région qui puisse 
rivaliser avec l'Italie (136-176). ïî faudra choisir le terrain 
propre à chaque genre de culture (177-225); des expériences 
ou les produits spontanés du sol montreront sa qualité 
(216-258). Le choix fait, on défoncera (259-264); on transplan- 
tera (265-272) et on ordonnera les vignes (273-287). La fosse 
sera moins profonde que pour les' arbres (288-297). On 
prendra diverses précautions (298-302); ainsi on évitera de 
planter dans le vignoble des oliviers sauvages, qui peuvent 
déchaîner l'incendie (302-314). On ne doit pas planter la vigne 
par la gelée (315-318), mais au printemps (319-320) ou en 
automne (321-322). C'est le printemps qui est le vrai moment 
de la végétation, le renouvellement de la nature, le retour 
périodique de l'aurore du monde (323-345). Les jeunes plants 
exigent des soins (346-361); on les taillera seulement quand 
ils seront développés (362-370), Une clôture préservera la 
vigne contre l'atteinte des troupeaux (371-379), du bouc que 
l'on immole à Bacchus pour ce méfait et dont le sacrifice est 
un des rites nombreux du culte des vignerons (380-396)? La 
vigne une fois adulte exige des soins continuels, divers sui- 
vant les saisons (397-419). "Par contre, les oliviers n'ont pas 
besoin de culture (420-425), ni les arbres fruitiers, ni les 
essences forestières, ni les arbrisseaux, tous si utiles à 
l'homme et dont les produits n'allument pas les fureurs 
comme le vin (426-457). Trop heureux habitants des champs, 
qui ignorent teur bonheur, loin des folies homicides de la 
ville, et qui gardent les mœurs et les traditions de l'antique 
Italie (458-542). 

Hactenus 1 arvorum cultus et sidéra caeli. 
Nimc te, Bacche 2 , canani, nec non silvestria tecum 



1. Hactenus, ordinaire dans les 
formules de transition, souvent 
sans verbe, avec l'objet à l'accusatif, 
ou à l'ablatif précédé de de. 



2. Bacche, protecteur de la vigne 
et, en général des arbres fruitiers. 
— Nec non, pléonasme et' néolo- . 
gisme, déjà dans Varron. — Sit- 



LIVRE IL 129 

Virgulta, et prolem tarde * crescentis olivae. 
Hue, pater 2 o Lenaee (tuis hic omnia plena 
Muneribus, tibi 3 pampineo gravidus autumno 5 

Floret 4 ager, spumat plenis vindemia labris), 
Hue, pater o Lenaee, veni, nudataque musto 
Tinge novo mecum direptis crura coturnis 5 . 

Principio arboribus varia est natura 6 creandis. 
Namque aliae, nullis 7 hominum cogentibus, ipsae 10 
Sponte sua veniunt, camposque et flumina late 
Curva tenent, ut molle siler lentaeque genistae, 
Populus et glauca canentia 8 fronde salicta. 
Pars 9 autem posito surgunt de semine, ut altae 



veslria virgulta, les rameaux des 
arbres forestiers, qui ne donnent 
pas de fruits comestibles. 

4. Tarde : d'après Hésiode (dans 
PL, N. H., XV, 3), celui qui plantait 
l'olivier n'en voyait pas les fruits. 

2. Pater, terme de révérence 
donné aux dieux, et peut-être pour 
Bacchus, inspiré par le nom du dieu 
italique, Liber pater, correspon- 
dant à Vesta mater (I, 498). — Le- 
naee, surnom grec de Dionysos, 
Arçvaïoç, rattaché à "krivôç, cuve 
où l'on foule le raisin. — Hic, dans 
ce livre. 

3. Tibi, en son honneur, voy. I, 
12. — Gravidus : la syllabe finale, 
précédée de deux brèves, est allon- 
gée au temps fort. Le vers est spon- 
daïque. Sur 31 vers spondaïques de 
Virg., 23 ont une particularité tra- 
hissant l'imitation grecque. 

4. Floret, à cause des belles cou- 
leurs des fruits. — Ager, le verger, 
ici ; « locus sine aedificio rure ager 
appellatur» (Dig., L, 16,211).— 
Labris, vastes cuves, pouvant ser- 
vir à divers usages. 

5. Coturnis : le cothurne était 
une chaussure d'intérieur chez les 
Grecs; sa commodité et son am- 
pleur en ont fait la chaussure des 
femmes et, par suite, du Dionysos 
efféminé de l'époque classique. Les 



Romains ont donné ce nom à une 
chaussure montante, l'endromis des 
Grecs, qui couvrait la jambe (cru- 
ra) parfois jusqu'aux genoux. 

6. Natura, moyens naturels (op- 
posé : usus, v. 22). — Arboribus 
creandis : cf. I, 3, habendo pe- 
cori ; pour la production des arbres. 

7. Nullis : en prose, ce plur. a un 
sens particulier : « aucune catégo- 
rie » ; mais nullis hominum, pour 
nullis hominibus , nullo homine, 
est une locution partitive dont on 
ne trouve de semblables qu'à par- 
tir de Tite-Live en prose. — Ipsae 
et sponte sua s'expliquent mutuel- 
lement. Ces deux expressions réu- 
nies ne sont pas rares, même en 
prose (où l'ordre est sua sponte). 

8. Canentia : faire attention à 
la quantité de la première syllabe. 

9. Pars répond à aliae (10), 
aliis (17), au lieu de aliae; la 
prose soutenue préfère la répétition 
anaphorique; la poésie, suivie par 
l'histoire, la variété. — Posito, 
tombé de l'arbre qui le porte. — 
Surgunt : plur. avec un sujet col- 
lectif au sg. Dans la prose clas- 
sique, le plur. est possible quand le 
sujet sg. ne fait point partie de la 
même proposition; dans Virg., le 
plur. est possible dans la même 
proposition, quand l'idée de plura- 

9 



130 



LES GÉORGIQUES. 



Castaneae,nemorumque Jovi 1 qu'ae maxima frondet 15 

Aesculus, atque habitae Grajis oracula quercus 2 . 

Pullulât ab radice aliis 3 densissima silva, 

Ut cerasisulmisque; etiam Parnasia 4 laurus 

Parva sub ingenti matris se subjicit 5 umbra. 

Hos natura modos primum dédit; his.genus omne 20 

Silvarum fruticumque viret nemorumque sacrorum a . 

Sunt alii quos ipse via 7 sibi repperit usus. 
Hic plantas tenero abscindens de corpore matrum 
Deposuit 8 sulcis; hic stirpes obruit arvo, 
Quadrifidasque 9 sudes et acuto robore vallos. 25 

Silvarumque 10 aliae pressos propaginis arcus 



lité est suggérée antérieurement on 
est exprimée dans le contexte (ici 
par aliae, v. 10). 

1. Jovi : en l'honneur de Jupiter, 
voy. p. 90, n. 5. — Maxima, en 
accord avec aesculus. 

2. Quercus habitae Grajis 
(== a Grajis) oracula (attribut), 
cf. Graji habent quercus oracula. 
L'oracle rendu par le frémissement 
du feuillage ou par le roucoulement 
des colombes qui se posaient sur 
ces arbres, à peu près délaissé au 
temps de Virg., n'est guère chez 
les poètes latins qu'un souvenir 
littéraire (cf. Hom., Od., XIV, 327; 
Eschyle, Prom., 828). 

3. Âliis = aliarum; mais le 
dat. marque, en quelque sorte, l'in- 
térêt que prennent ces arbres à leur 
pullulement. L'expression est d'une 
variété calculée pour éviter la mo- 
notonie de l'énumération. 

4. Parnasia, du Parnasse, qui 
domine Delphes^ sanctuaire d'Apol- 
lon, à qui le laurier est consacré. 

5. Se subjicit, se soulève, 
pousse ; le préfixe indique un mou- 
vement de dessous vers, de bas en 
haut. Voy. III, 241. 

6. Nemorum sacrorum : î'épi- 
thète montre que l'énumération est 
ici purement poétique. Le mot ne- 
mus est surtout employé pour dé- 



signer des forêts d'un caractère 
religieux et prend de cette accep- 
tion un ton de solennité. 

7 « Virgile a marqué les. trois 
manières naturelles dont les arbres 
peuvent naître, ou d'une semence 
que le hasard a fait germer, 
ou d'une semence déposée par 
l'homme, ou enfin de rejetons : 
maintenant il va parler des ma- 
nières artificielles de multiplier les 
arbres. » (Delille). — Via, par ses 
progrès. — Usus, l'expérience. 

8. Deposuit : le passé nous 
place au moment où, la plantation 
faite, l'horticulteur attend le fruit 
de ses peines. — Sulcis : des trous 
disposés en lignes. — Stirpes, des 
souches, plus robustes que les 
simples tiges, plantas. 

9. Qv.adrifi.das : premier ex. du 
mot. — Sudes, vallos : apposition 
(I, 321) décrivant la forme donnée 
aux souches par la taille avant de les 
enfoncer dans la terre, soit avec 
quatre brins soit avec un bout 
pointu. Les deux parties sont liées 
par que... et, coordination em- 
ployée à toutes les époques sauf par 
Cic' et Ces. ; cf. ts... %*L 

10. Silvarum = arborum, gén. . 
partitif, au lieu de l'accord qui est 
l'usage en prose. — Pressos = de- 
2?ressos. — Propaginis, marcotte; 



LIVUE lî. 



131 



Exspectant 1 et viva sua plantaria terra; 
Nil radicis egent aliae, summumque 3 putator 
Haud dubitat terrae referens 3 mandare cacumen. 
Quin et 4 caudicibus sectis 5 , mirabile dictu, 
Truditur 6 e sicco radix oleagina ligne-; 
Etsaepe alterius ramos impime 7 videmus 
Vertere 8 in alterius mutatamque hlsita mala 
Ferre pirum 9 et prunis lapidosa rubescere corna. 

Quare agite 10 , o proprios generatim discite cultus, 
Agricolae, fructusque feros mollite colendo, 
Neu 11 segnes jaceant terrae: juvatlsmara Baccho 



35 



le procédé, marcottage, s'appelle 
propagatio (Caton, 51, 133; Col., 
De arb., 7,1). Il est surtout pratiqué 
pour la vigne (provignage). 

4. Exspectant : l'attente est 
transportée de l'horticulteur à la 
plante mère; voy. la n. du v. 24. — 
Viva, qui leur restent unis, parti- 
cipant de leur vie. — Sua (qui leur 
est propre) renvoie au sujet de 
exspectant. Mère et fille sont dans 
le même terrain. — Plantaria, 
mot nouveau. Pline l'ancien em- 
ploie au sg., plantarium, ce pépi- 
nière » ; Juvénal a plantaribus, 
« pousses, plantations, boutures ». 
La forme commune plantaria a 
les deux sens, le second dans Virg. 

2. Summum oppose les hautes 
branches ainsi coupées aux basses 
branches qui servent de marcottes. 

3. Referens, par une sorte de 
restitution. 

4. Quin et, locution étrangère 
à Cicéron et à César, fréquente 
dans Tacite. 

- 5. Caudicibus sectis : les tiges 
-de l'olivier sont coupées, et dé- 
pouillées des petites branches et des 
feuilles. On doit prendre garde de 
les planter ensuite dans le même 
.sens qu'elles avaient sur pied; au 
besoin on faisait une marque au 
minium. On devait aussi avoir 
grand soin de ne pas blesser l'é- 
corec ou le liber et de n'y toucher 



qu'aux points où le couteau devait 
passer. Voy. Caton, Agr., 45, 1-2; 
Col., V, 9, 2-3 ; pour le myrte, PI., 
N. H,, XVII, 124. 

6. Truditur : pousse ; passif de 
sens réfléchi". Cf. 74 et I, 310. — 
Sicco, dont on a enlevé les parties 
vertes, et même complètement sec; 
cf. l'histoire racontée par PL, N. IL, 
XVI, 231. 

7. Impune, sans dommage pour 
l'arbre. 

8. Vertere : intransitif de sens 
réfléchi. — In alterius : ramos. Il 
s'agit de la greffe. — Insita : voy. 
n. du v. 50. 

9. Pirum, féminin, désigne 
l'arbre; mala, corna*, le fruit. Voy. 
p. 137, n. 7. On faisait des con- 
serves de cornouilles (Col., XII, 10. 
> ; PL, N. H., XV, iOb). — Prunis,, 
dat. désignant l'arbre « intéressé » :. 
des cornouilles se mettent à rougir 
pour des pruniers. Cf. 17. 

10. Agite : avec un verbe au 
plur., Cic. emploie âge. — Gene- 
ratim, par genres; précise pro- 
prios. Cet adv., très classique, est 
fréquent dans Lucr. qui, avucVar- 
ron (R. R., I, 18,6), paraît l'em- 
ployer pour la première fois. 

il. Neu : Virg. coordonne (et 
ne) dans une phrase où il serait plus 
naturel de subordonner. — I&mara, 
montagne de Thrace don t le vin 
servit à enivrer le Cyclone (Hom.,, 



132 



LES GÉORGIQUES. 



Conserere atque olea magnum vestire Taburaum 1 . 

Tuque ades 2 , inceptumque una decurre laborem 
decus s , o famae merito pars maxima nostrae, 
Maecenas, pelagoque volans da vêla* patenti. 
Non ego cuncta meis amplecti versibus opto- 5 , 
Non, mini si linguae centum 6 sint, oraque centum 
Ferrea vox. Ades, et primi 7 lege litorisoram; 
In manibusterrae 8 : non hic te carminé ficto 
Atque per ambages et longa exorsa tenebo. 

Sponte sua 9 quae se tollunt in luminis oras, 
Infecunda quidem, sed laeta et fortia surgunt; 
Quippe solo natura 10 subest. Tamen haec quoque si quis 
Insérât 11 aut scrobibus mandet mutata subactis, 50 
Exuerint 12 silvestrem animum cultuque frequenti 



kQ 



45 



Od., IX, 196 suiv.). — Baccho, la 
vigne. 

1. Taburnum, massif de mon- 
tagnes dans le Samnium. 

2. Ades, impératif. — Incep- 
tum : ce livre. — Laborem, accus, 
de qualification ; cf. stadium cur- 
rere. 

3. O decus : Hor., Od!., I, 1, 2; 
II, 17, 4. 

4. Da vêla : Virg. associe Mé- 
cène à sa navigation poétique. — 
Patenti, qui s'ouvre, sans obstacles. 

5. Opto, dans une formule de 
valeur négative, je (ne) songe (pas) 
à; cf. En., VI , 501. Anciennement 
optare signifiait choisir. 

6. Centum : hyperbole imitée 
d'Hom., IL, II, 488. 

7. Primi fait un pléonasme avec 
oram. 

8. Terrae (sunt) : on peut tou- 
cher lai terre du doigt, c'est-à-dire 
le sujet n'est pas tiré de loin. — 
Ficto, romanesque ou mythologi- 
que ; Je sujet appartient à la réalité 
et comporte une exposition sans 
ornement et sans longueurs. Cf. 
Lucr.. VI, 1081. 

9. Sponte sua : Virg. reprend 
les catégories précédentes : 47-52 , 



correspondent à 10-13; 53-56 à 17- 
19; 57-60 à 14-16. L'art reçoit de 
la nature des produits qu'il amé- 
liore. — Luminis oras, formule 
d'Ennius, consacrée par Lucr., 
« qui semble désigner la ligne ou 
les confins de la lumière et des té- 
nèbres, de l'être et du non-être » 
(Munro). — Infecunda : ce mot est 
rare et surtout employé par les 
poètes. 

10. Natura = naturae vis. 

11. Insérât a pour comp. dir. 
haec, désignantle porte-greffe; d'où 
inseritur arbutus (69) ; le nom du 
scion est à l'abl. (fétu nucis). Le 
compl. dir. peut-être aussi le nom 
du scion, d'où insita mata (33); 
alors le nom du porte-greffe est à 
l'accus. avec in : ce Si in pirum sil- 
vaticam inseveris pirum bonam » 
(Var., R. R., I, 40, 5) — Mutata : 
d'après les anciens, la simple trans- 
plantation dans un sol bien cul- 
tivé (subactis) pouvait améliorer 
les sauvageons (Théophr., Caus. 
plant., III, 18,6). 

• 12. Exuerint, fut. antér. : ils au 
ront vite fait de dépouiller; cf. 
haud tarda. — Arles, procédés do 
culture. 



LIVRE II. 



133 



In quascumque voles artes haud tarda sequentur 
Nec non et 1 sterilis quae stirpibus exit ab imis 
Hoc 2 facial, vacuos si sit digesta per agros : 
Nunc 5 altae frondes et rami matris opacant, 
Crescentique adimunt fétus 4 uruntque ferentem. 
Jam, quae seminibus jactis se sustulit arbos, 
Tarda venit, seris factura nepotibus unibram, 
Pomaque dégénérant, sucos oblita priores, 
Et turpes avibus praedam fert uva racemos. 

Scilicet 5 omnibus est labor impendendus, et omnes 
Cogendae 6 in sulcum ac multa mercede domandae, 
Sed 7 truncis oleae melius, propagine vîtes 
Respondent 8 , solido Paphiae 9 de robore myrtus. 
Plantis et durae coryli nascuntur et ingens 
Fraxinus Herculeaeque arbos umbrosa coronae 10 
Chaoniique patris 1 " 1 glandes; etiam ardua palma 
Nascitur 12 et casus abies visura marinos. 

Inseritur 13 vero et fétu nucis arbutus horrida. 



55 



60 



65 



1. Necnon et: voy. p. 106, n. 4. — 
Quae se rapporte à l'idée de arbor, 
exprimée v. 57; sterilis, attribut. 

2. Hoc : exuere silvestrem 
animum. — Faciat = potes t fa- 
cere. 

3. Nunc : dans le cas présent, 
en laissant la pousse sous l'arbre 
qui lui a donné naissance. 

4. Fétus, des fruits. — Feren- 
tem, qui essaie de les produire ; le 
présent exprime parfois l'idée d'une 
tentative. 

5. Scilicet : le fait est que; voy. 
p. 112, n. 1. 

6. Cogendae in sulcum, trans- 
plantées dans des fosses régulière- 
ment disposées; cf. 24. — Multa 
mercede, à grands frais, par un 
grand travail. 

7. Sed : Virg. revient aux mé- 
thodes trouvées par l'art (22-34) et 
en indique l'application : truncis = 
caudicibus sectis (30), propagine 
=propaginis arcus (26), solido de 
robore = stirpes, sudes, vallos 



(24-25), plantis =23, inseritur = 
32-34. Une sixième méthode, sum- 
mum cacumen (23-29) est omise. 
— Arbos : seule forme du nomi- 
natif chez Virgile. 

8. Respondent : votis agricolae 
(I, 47). 

9. Paphiae : le myrte était con- 
sacré à Vénus, déesse de Paphos 
(I, 28). — Myrtus, nom. plur. ; 
l'ace, plur., myrtus, s& trouve dans 
Catulle, 64, 89. Les autres cas sui- 
vent la 2" déclinaison. 

10. Herculeae coronae : Her- 
cule, en sortant des enfers, s'était 
faitune couronne de peuplier blanc. 

11. Chaonii patris : Jupiter; 
voy. p. 90, n. l. 

12. Nascitur : plantis (65). — 
Abies, variété de pin servant à la 
construction des navires. — Ft- 
sûra, destiné à voir; voy. Rie- 
mann, Synt. lat., § 265 b. 

13. Inseritur : la greffe n'est 
possible qu'entre végétaux de même 
famille. Les mélanges que Virg. 



134 



/.ES GÉORGIQUES. 



Et stériles platani malos gessere vaîentes, 
Castaneas fagus 1 ; ornusque ineanuit albo 
Flore piri, glandemque sues fregere sub ulmis. 
Nec modus 2 inserere atque oculosimponere simplex. 
Nam qua se medio trudunt 3 de cortice gemmae 
Et tenues rumpunt tunicas*, angustus in ipso 
Fit nodo sinus 5 : hue aliéna ex arbore germen 
Includunt udoque docent inolescere iibro 6 . 
Aut rursum 7 enodes trunci resecantur et alte 
Finditur in soiidum s cuneis via; deinde feraces 



75 



suppose ici ont probablement pour 
origine des accidents mal inter- 
prétés. Des arbres ont été trouvés 
vivants dans le creux de quelques 
'vieux troncs. Ils ne proviennent pas 
plus de la greffe que ceux qui pous- 
sent dans les anfractuosités des ro- 
chers ou dans les fentes des mu- 
railles. Théophr., H. pi., II, 1, 2; 
Caus. pi., II, 17, 4; V, 4, 5, cite 
des faits de -ce genre et les consi- 
dère comme des exemples de para- 
sitisme. Moins prudent, Col., V, 
11, 12, proteste contre la doctrine 
des « Anciens », qui n'admettent la 
possibilité de la greffe qu'entre es- 
pèces similaires. Parmi ces anciens, 
on doit sans doute ranger- Varron 
(/?. /?., I, 40, b). — Fetu, abl. d'ins- 
trument; voy. la n. du v. 50. — 
Horrida : la" finale s'élide devant et 
du v. suiv. ; la syllabe brève rid, 
devient le temps faible du 6° pied. 
Voy. p. 113, n. 1. 

1. Fagus : le hêtre et le châ- 
taignier sont des espèces voisines. 
Nominatif pluriel, de la 4 e décl., 
ce qui n'est pas rare pour les noms 
d'arbres chez les poètes (04). 

2. Constr. : Nec modus simplex 
(est), inserere oAque imponere 
oculos. Les infinitifs sont une appo- 
sition ou une explication de modus. 
Cf.Tér. , And. ,56: « Animum adali- 
quod studium (juvenes) adjungant, 
aut equos | alere aut canes »; Ov., 
Met., I, 260: « Poena placet diversa, 



genus mortale sub undisiperdere ». 
il y a deux méthodes (pour enter, 
opération dont il est question à 
partir du v. 69) : enter en greffe ou 
en fente, inserere; enter en écus- 
son, oculos imponere. Virg. décrit 
d'abord le second procédé. 

3. Se trudunt : voy. 31. 

4. Tunicas : les enveloppes cel- 
lulaires qui sont sous l'épiderme de 
l'écorce, le collenchyme et, sur le 
liber, le parenchyme. 

5. Sinus, une entaille. Le sujet 
des verbes est indéterminé (« on », 
includunt), parce qu'il est im- 
pliqué par les actes mêmes; c'est le 
jardinier. — Bue: in sinum. — 
Germen = gemmam = oculos. 

6. Libro, le liber, fibres situées 
entre les membranes de l'écorce et 
l'aubier, qui s'emboîtent en imitant 
la tranche d'un rouleau, le livre 
des anciens. Il est imbibé (udo) de 
cambium, suc nutritif que l'on 
trouve entre l'écorce et -le bois et 
qui établit le contact avec la greffe: 

7. Rursum, archaïsme employé 
pour l'élision ; cet adv. annonce 
l'autre procédé (inserere). — 
Enodes, premier ex. de cet adj. 

8. In solidum, là où la tige du 
sujet est bien ferme et entière. — 
Cuneis : la fente du sujet est main- 
tenue ouverte par un coin. — 
Feraces plantae, des rameaux pris 
sur un arbre fertile; le contraire de 
stériles (70). 



LIVRE II. 



I3b 



Plantae immittuntw : nec longumtempus^t 1 ingens 80 
Exsilit 2 ad caelum ramis felicibus arbos, 
Mirata estque 5 no vas frondes et non sua poma. 

Praeterea genus haud unum 4 nec fortibus ulmis, 
Nec salici lotoque, neque Idaeis 5 cyparissis; 
Nec pingues unam in 6 faciem nascuntur olivae, 
Orchades 7 et radii et amara pausia baca, 
Pomaque et 8 Alcinoi silvae; nec surculus idem 
Grustumiis 9 Syriisque piris gravibusque volaemis 
Non eadem arboribus 10 pendet vindemia nostris, 
Quam Methymnaeo 11 carpit de palmite Lesbôs. 
Sunt Thasiae 12 vites, sunt et Mareotides albae, 



85 



€0 



4. Et ou atque marque souvent 
la succession rapide ou la simulta- 
néité de deux actions, surtout après 
une expression de temps. 

2. Exsilit de exsilio, jaillit, se 
dresse vivement; le mot saisit le 
mouvement en train de s'accomplir ; 
cf. III, 433. . 

3. Mirata est : le passé exprime 
la conséquence, comme reliquit 
après contrahit dans I, 34-35. 
Quand l'arbre se dresse vers leiciel, 
il porte déjà ses rameaux rendus 
fertiles par un feuillage et des fruits 
nouveaux {ramis felicibus) ; - il a 
déjà conçu les sentiments de sur- 
prise fièré (cf. I, i03) qui convien- 
nent à l'aspect donné par la greffe. 
— Poma, fruits en général; de 
même au v. 87. 

4. Haud unum : chaque espèce 
a ses variétés. L'énumération qui 
suit semble un sacrifice peu agréable 
aux conventions didactiques. PL, 

JV. H.j XIV, 7, la critique comme 
très incomplète, o La différence des 
climats et de culture et l'éioignement 
des temps ne nous permettent guère 
que des conjectures sur ce que 
pouvaient être ces fruits chez les 
Romains. Je crois qu'on me par- 
pardonnera de n'avoir pas hérissé 
mes vers de tous ces noms latins. » 
(Dclille). 



5. Idaeis : l'Ida, chaîne de l'île 
de Crète. 

6. In indique le résultat : de- 
manière à présenter un même as- 
pect. 

7. Orchades, nom grec d'une 
espèce d'olive ovale ; il correspond 
à un pluriel en -eç, d'où la brève 
finale. — Radii, espèce allongée; 
la finale est en hiatus devant et y 
au temps fort et à la césure. — 
Pausia, espèce que l'on presse, de 
pavio. 

8. Et : et en général. — Alci- 
noi, les vergers d'AIcinoûs (Hom., 
Od., VII, 112 suiv.) sont prover- 
biaux clans la poésie latine. Ent. : 
non in unam faciem nascuntur. 

9. Crustumium (Crustumeri ou 
Crustumeria) se trouvait dans le 
nord du Latium sur la voie Salaria. 
— Volaemis, d'un nom. sg. volae- 
mum, mot italique rare, dont le 
sens est incertain. 

10. Arboribus, les arbres sur 
lesquels en Italie on faisait monter 
la vigne./ 

14. Méthymne était située sur la 
côte méridionale de Lesbos, île de 
la mer Eeée. — Palmes ou valma 
(Var., R^R., I, 31, 3) est le nom 
propre du rameau de vigne qui 
porte des fruits. 

12. Thasos, autre île de la mer 



136 



LES GÉORGIQUES. 



Pinguibus hae terris habiles, levioribus illae; 
Et passo 1 psilhia utilior; Lenuisque lageos, 
Temptatura 3 pedes olim vincturaque iinguam; 
Purpureae preciaeque; et quo te carminé dicam, 90 
Raetica 3 ? nec cellis ideo contende Falernis 4 . 
Sunt et aminnaeae vîtes, firmissima vina, 
Tmolius 5 assurgit quibus et rex ipse Phanaeus, 
Argitisque 6 minor, cui non certaverit ulla 
Aut tantum fluere 7 aut totidem durare per annos. 100 
Non ego te, dis et niensis accepta secundis 8 , 
Transierim, Rhodia, et tumidis, bumaste 9 , racemis. 
Sed neque quam multae species, nec nomina quae sint 



Egée, en face de' la Thrace, avait 
donné son nom à une variété de 
vigne cultivée en Egvpte (PI., 
N. H., XIV, 117 et 74). — Mareo- 
tides, des environs du lac Maréo- 
tis, en Egvpte. Cf. Hor., Od.,- I, 
37, 14; Ov., Met., IX, 773. Même 
quantité que pour orchades. Cette 
variété est désignée par hae au v. 
suiv. 

4. Passo : vino, vin de raisin 
séché au soleil; dat. de destination. 
— Psithia, vin grec connu par les 
auteurs comiques; lageos suppose 
Xaystoç, adjectif n'ayant que deux 
formes. 

2. Temptatura, vinctura : cet 
emploi du part. fut. comme épithète 
n'est pas conforme au strict usage 
classique. — Olim, quelque jour. 

3. Raetica, espèce cultivée aux 
environs de Vérone, qui donnait 
un vin goûté d'Auguste et préféré 
à tous par Tibère (PI., N. H., XIV, 
67 et 16 ; Suét., Aug., 77). — Con- 
tende est irrégulier au lieu de con- 
tendas ; Cic, Fin., I, 25 : « Quid 
tanta tôt versuum memoria volup- 
tatis affert? Nec mihi illud dixe- 
ris », etc. 

h. Falernis, vignoble célèbre 
au pied du mont Massique en Cam- 
panie. PI., N. H., XIV, 61 suiv., 



donne une classification ancienne 
des crus italiens, peut-être encore 
valable pour le temps des Géor- 
giques : 1° Cécube, récolté dans les 
marais entre Terracine et Fundi ; 
2° Falerne ; 3° vins d'Albe et de Sor- 
rente, Massique. — Le datif est 
compl, d'un verbe signifiant lutter, 
construction fréquente chez les 
poètes. 

5. Tmolius : le vin du Tmolus 
(I, 56), sous-ent. oïvoç. — Qui- 
bus, en l'honneur de qui, voy. p. 90, 
n. 5. — Rex : vinorum; cf. I, 
482. — Phanaeus, du Phanée, 
promontoire de l'ile de Chio. 

6. Argitis, nom de sens 
inconnu. Un certain nombre de 
variétés étaient subdivisées en ma- 
jor et minor. Ent. : « il y a aussi ». 
— Cui certaverit (subj.), cf. cellis 
Falernis contende. 

7. Fluere, durare, dépendent 
de certaverit et indiquent relative- 
ment à quoi une espèce peut lutter. 

8. Mensis secundis, le second 
service ou le dessert, correspondant 
au au [xirôatov des Grecs e: commen- 
çant par des libations ai;x d eux. Voy. 
notre éd. classique d'Horace, p. 408. 

9. Bumaste : PI., JV. H., XIV, 
15 : a Tument vero mammarum 
[piaaxûv] modo bumasti ». 



LIVRE II. 



137 



Estnumerus^nequeenim numéro comprendere refert: 
Quem qui scire velit, Libyci velit aequoris 2 idem 105 
Discere quam multae Zephyro turbentur harenae 
Aut, ubi navigiis violentior incidit Eurus, 
Nosse quot Ionii veuiant ad litora fluctus. 

Nec vero, terrae ferre omnes omnia possunt. 
Fluminibus 3 salices, crassisque paludibus ami 110 
Nascuntur, stériles saxosis montibus orni; 
Litora myrtetis laetissima ; denique apertos 
Bacchus 4 amat colles, Aquilonem et frigora taxi. 
Aspice et extremis domitum cultoribus 5 orbem, 
Eoasque domos Arabum pictosque Gelonos 6 : 115 

Divisae arboribus patriae. Sola India nigrum 
Fert hebenum 7 , solis est turea virga Sabaeis 8 . 
Quid tibi odorato releram sudantia ligno 9 



i. Numerus : PL, N. H., XIV, 
158, compte 185 espèces, dont 80 
(ib., 87) valent la peine d'être énu- 
mérées; Col., III, 2, en décrit 58. 
Aujourd'hui, on en connaît plus de 
1500. — Est implique idée de pos- 
sibilité : « non enumerari potest». 
— Enim, anciennement adverbe 
affirmatif (oui, assurément), signifie 
ici « de fait » et appuie une restric- 
tion. « Je ne connais guère mieux 
la possibilité que l'utilité d'un pareil 
calcul. » (Delille). 

2. Aequoris dépend de hare- 
nae ; la mer de Libye qui baigne 
un désert de sable : « litus hareno- 
sum Libyae » {En., IV, 257). 

3. Fluminibus : abl. de la ques- 
tion ubi, passe à la faveur de la 
symétrie avec les abl. accompagnés 
d'épithète (voy. n.5); myrtetis (112) 
est un abl. d'instrument. 

4. Bacchus, la vigne. 

5. Cultoribus extremis, abl. 
avec épithète : « les cultivateurs 
étant aux limites (du monde) ». 
Cette construction, à laquelle se 
rattache l'abl. absolu, permet une 
grande liberté dans l'emploi de l'abl. 
quand il est accompagné d'une dé- 



termination. Elle correspond à 
divers emplois particuliers, ici à 
l'abl. précédé de ab. Cf. Cés.,J9. g., 
V, 55, 3 : « Hac spe lapsus » ; B. C, 
III, 112, 3 : « Decedere suo cursu » 
(question unde) ; Cic, Arch., 9 : 
« His tabulis nomen Licinii vide- 
tis»; Cés.,£. g., IV, 23,6: « Piano 
litore naves constituit» (question 
ubi). Voy. IV, 170, 279, des 
phrases où cet abl. n'a qu'un lien 
très lâche avec le reste de la phrase. 

6. Gelonos, Gelons, peuple scy- 
the, qui semble, à cette époque, 
avoir été le voisin septentrional des 
Daces, à une des extrémités du 
monde connu. Ils étaient taijués 
(piclos). 

7. Hebenum, bois des Indes, 
connu par les conquêtes d'Alexan- 
dre (Théophr., Hist. pi., IV, 4, 6). 

j»Le nom du bois est neutre, comme 
un nom de fruit {malum, pirum, 
arbutum, etc.; de même, balsama); 
celui de l'arbre, féminin, suivant la 
règle. 

8. Sabaeis, peuple de l'Arabie 
heureuse ou méridionale. 

9. Odorato ligno = ex o. I. ; 
mais voy. la note 5. — Sudantia, 



138 



LES GÉOIiGIQUES. 



Balsamaque et bacas 1 semper frondentis acanthi? 
Quid nemora Aethiopum, molli canentia lana 2 , 
Velleraque ut 3 foliis depectanttenvia Seres 4 ? 
Aut quos Oceano 5 propior gerit India lucos, 
Extremi sinus 6 orbis, ubi aëra vincere summum 
Arboris haud ullae jactu potuere 7 sagittae? 
Et gens illa quidem sumptis non tarda 8 pharetris. 
Media fert tristes 9 sueos tardumque saporem 
Felicis 10 mali, quo non presentius ullum, 
Pocula si quando saevae infecere novercae u 
Miscueruntque herbas 12 et non innoxia verba 7 



120 



125 



en accord avec un seul substantif, 
ce qui est la règle pour l'épithète, 
qualifie aussi bacas. 

1. Bacas, les boules de gomme, 
provenant de Uacacia du Nil {Mi- 
mosa niloliea de L.), qu'il ne faut 
confondre ni avec nos acacias, robi- 
niers originaires de l'Amérique du 
Mord, ni avec l'acanthe molle (IV, 
123 ; Bue, 3, 45), dont les thyrses 
flexibles, à grandes feuilles décou- 
pées, ornent les chapiteaux corin- 
thiens. — Sur les particules, voy. 
p. 130, n. 9. 

2. Lana, le coton, produit du 
Gossypiumherbaceum (L.), origi- 
naire" de l'Inde orientale et des 
régions tropicales de l'Afrique. 

3. Ut dépend de quid referam, 
qui a des compléments de nature 
différente. Voy. p. 109, n. 8. 

4. Seres, les Chinois, du nom 
chinois de la soie, dont la capitale 
indiquée par les géographes grecs 
correspond à Si-ngan-fou. Les an- 
ciens croyaient que la soie était un 
produit végétal. Pausanias est le 
premier auteur qui ait attribué. la 
soie de Chine à un insecte, à la suite 
d'une mission romaine qui aborda 
au Tonkin en 1G6 de notre ère. Les 
vers du mûrier furent apportés pour 
la première fois dans l'Empire sous 
Justinien, à Constantinople. — 
Foliis se construit avec de dans I 



depectant. — Tenvia, voy. p. 119, 
n. 9. 

5. Oceano, l'Océan, qui, d'après 
Homère, entoure la terre de toute 
part. Virg. paraît combiner cette 
conception traditionnelle avec la 
notion réelle de l'Inde extra-gangé- 
tique, l'Indo-Chine actuelle. — ■ 
Constr. : lucos quos India gerit. 

6. Sinus, pointe de terre, cap 
dessiné pardes flots; « pointe avan- 
cée de l'univers ». — Summum, la 
partie supérieure de l'air qui entoure 
l'arbre, là où l'arbre semble toucher 
le ciel. Ce sont des arbres « aussi 
hauts que le temps », que l'on attri- 
buait à l'Inde (Pl.,,iV. B., VII, 21). 

7. Potuere : voy. p. 102, n. 2. 

8. Non tarda : slrenuissima 
(Serv.). On évitait ce genre de super- 
latif, ce qui peut expliquer la litote. 

9. Tristes : sûrs, acides. — 
Tardum : persistant. 

10. Felicis : salutaire (d'après la 
suite). — Mali : malum medicum, 
le citron.'Ne pas rattacher à ce fruit, 
citrum, bois de tliuya, que l'on im- 
portait de Maurétahie. — Quo, en 
comparaison de quoi ; compl. du 
comparatif. — Praesentius : auoei- 
lium ; voy. Bue, 1, 41. 

11. Novercae : III, 282. 

12. Miscuerunt : avec ë bref, 
quantité primitive de cette termi- 
naison. 



LIVRE IL 



139 



Auxilium venit, ac membris i agit atra venena. 
Ipsa ingens arbos faciemque 2 simillima lauro ; 
Et, si non alium late jactaret odorem, 
Laurus 3 erat;folia haud uliis labentia ventis, 
Flos ad prima 4 tenax; animas et olentia Medi • 
Ora fovent ilio 5 , et senibus medicantur anhelis. 
Sed neque Medorum, silvae ditissima 6 , terra, 
Nec pulcher Ganges atque auro turbidus Hermus 7 
Laudibus Italiae 8 certent; non Bactra, neque Indi, 
Totaque turiferis Panchaïa 9 pinguis harenis. 
Haec 10 loca non tauri spirantes naribus ignem 
lnvertere satis immanis dentibus 11 hydri, 



130 



135 



1W) 



4. Membris — e membris. 

2. Faciem, accus, de relation. 
Le type à feuille de laurier s'est 
répandu dans tout le Midi de l'Eu- 
rope postérieurement à Théophraste, 
qui ne connaît que la variété à 
feuille large (H.pL, IV, 4, 2). 

3. Erat = esset ; emploi oratoire 
et figuré de l'indicatif, qui donne 
plus de vivacité. 

4. Ad prima, entre toutes, 
expression adverbial ejcréée probable- 
ment par Virg. — Olentia se rap- 
porte aussi à animas, haleine; voy. 
la n. du v. 118. 

5. Rio : malo. — Medicantur : 
déponent rare et archaïque. 

6. Ditissima, non divitissima, 
qui ne peut entrer dans l'hexamètre. 
La pratique des poètes a entraîné 
l'emploi de dilior et généralisé l'u- 
sage de ces formes syncopées dans la 
prose de l'époque impériale. Cet adj. 
se construit régulièrement avec le 
gén. ; l'abl. est poét. {En., IV, 38). 
Ce v. commence l'éloge de l'Italie 
dont Chénier s'est inspiré dans 
YHymrleà la France. Virg. a pu 
en prendre la première idée dans 
Var., R.R., I, 2, 3, suiv. (publié en 
717/37). 

7. Hermus, fleuve d'Asie mi- 
neure, dont l'affluent, le Pactole, est 
surtout célèbre par les paillettes 



d'or qu'il roulait. Sur l'emploi des 
noms de fleuves, voy. p. 12-7, n. 2. 

8. Italiae, datif" compl. d'un 
verbe de lutte ; poétique. — Certent, 
potentiel. — Bactra, capitale de la 
Bactriane, auj. Balkh (Turkestan). 

9. Panchaïa (4 syll.): île fabu- 
leuse, où prétendait avoir abordé 
Evhémère, s'inspirant des découver- 
tes de l'armée d'Alexandre. L'Ecri- 
ture sacrée d'Evhémère, roman 
philosophique, avait été rendue 
familière aux Romains par l'adapta- 
tion d'Ennius, Evhememis. 

10. Haec, que nous habitons 
(1" pers.). — Tauri : allusion à une 
épreuve préliminaire à laquelle 
Jason fut soumis par le roi de 
Colchide pour obtenir la toison d'or. 
Il dut atteler à une charrue deux 
taureaux aux sabots de bronze et 
qui vomissaient du feu. Dans le 
champ labouré avec cet attelage, il 
sema les dents d'un dragon. De 
cette graine sort soudain « une 
moisson d'hommes armés » qui se 
précipitent sur Jason. Le héros les 
taille en pièces. La Colchide, au 
fond du Pont-Euxin, arrosée par 
le Phase (Ripn), correspond à 
l'Imérétie. Virg. oppose à cette agri- 
culture paradoxale la fécondité 
sereine et utile de l'Italie. 

11. Satis dentibus, dat. com- 



140 



LES GÉORGIQUES. 



Nec galeis densisque virum 1 seges horruit hastis: 
Se _1 gravidae fruges et Bacchi Massicus, umor 2 
Implevere; tenent oleae 3 armentaque laeta. 
Hinc bellator equus campo 4 sese arduusinfert; 
Hinc albi, Clitumne 5 , grèges, et maxima taurus 
Victima, saepe tuo perfusi flumine sacro, 
Romanos ad templa deum 6 duxere triumphos. 
Hic 7 ver assidum, atque alienis mensibus aestas ; 
Bis gravidae 8 pecudes, bis pomis utilis arbos. 
At 9 rabidae tigres absunt et saeva leonum 
Scmina 10 , nec miseros fallunt aconita legentes; 
Nec rapit îmmensos orbes per humum, neque 11 tanto 
Squameus in spiram tractuse colligit anguis. 



145 



150 



plément de invertere, avec cette 
nuance particulière que l'action sera 
terminée. 

4. Virum, : ancienne forme de 
gén., avec désinence -um, qui n'est 
pas une syncope de virorum et 
qui subsiste dans des expressions 
fixées, comme duumvirum. Cette 
forme virum est habituelle dans 
Virg. 

2. Massicus umor : voy. la n. 
4 de la p. 136. 

3. Oleae en hiatus. 

4. Campo, dat., = in campum ; 
voy. p. 91, n. 6. 

5. Clitumne : le Clitumne, « le 
plus vivant cristal où vint jamais se 
baigner la nymphe » (Byron). Ses 
eaux étaient portées dans le Tibre. 
Il coulait dans une contrée abon- 
damment arrosée, sur le territoire 
de Mevania, région natale de Pro- 
perce. — Maxima : on distinguait 
les hostiae, petit bétail (pecudes), 
et les victimae, gros bétail [ar- 
menta), et dans chaque catégorie, 
d'après l'âge, les lactentes et les 
majores . 

6. Deum. forme la plus fré- 
quente de ce gén. dans Virg. ; voy. 
n. 1 et p. 91, n. 7. — Duxere : le 
triomphateur, image mortelle de 



Jupiter Capitolin, est traîné sur le 
char du dieu, aux chevaux blancs, 
et précédé par les victimes du triom- 
phe, des taureaux blancs. 

7. Hic : les avantages de l'Italie 
sont décrits par les traits de l'âge 
d'or; cf. Ov., Met., I, 107; Bue, 
4,23 suiv. — Alienis, qui ne lui 
appartiennent pas ; alienus est le 
possessif de alius. 

8. Gravidae, au printemps et en 
automne. — Pomis : dat., cf. 93. 
Var., R. /?., I, 7, 6, note une dou- 
ble récolte de pommes à Consen- 
tium (Cosenza), dans le Bruttium. 

9. At : « Virg. veut dire que le 
climat d'Italie renferme tous les 
avantages des pays chauds sans en 
avoir les inconvénients. » (Belille). 

40. Semina: la famille des lions; 
cf. Lucr., III, 741. — Fallunt: 
quand on ignore leur danger. 

44. Neque : reprise de la phrase 
au 5 e pied, peignant les replis du 
serpent. — Tanto : quanto in 
Aegypto. — Virg. paraît songer à 
la Médie et à l'Arménie, pays des 
tigres, à la Numidie, patrie des 
lions, à la région du Pont, qui pas- 
sait pour l'habitat des plantes véné- 
neuses, à l'Egypte, célèbre par ses 
serpents. 



LIVRE II. 



141 



Adde tôt egregias urbes operumque 1 laborem, 155 
Tôt congesta manu praeruptis opp.da saxis 2 , 
Fluminaque antiquos subterlabentia muros. 
An 3 mare,quod supra, memorem, quodque alluit infra? 
Anne lacus tantos? te, Lari 4 maxime, teque, 
Fluctibus etfremitu assurgens Benacemarino? 160 
An memorem portus 5 , Lucrinoque addita claustra 
Atque indignatum magnis stridoribus aequor, 
Julia qua ponto longe sonat unda refuso 6 
Tyrrhenusque fretis immittitur aestus Avérais 7 ?" 
Haec eadem 8 argenti rivos aerisque metalla 165 

Ostendit venis, atque auro plurima fluxit 9 . 



4. Operum, surtout les grands 
travaux publics. — Laborem: l'adj. 
laboriosus, qui ne peut entrer 
dans l'hexamètre, s'applique d'ordi- 
naire aux personnes ; le sens est : 
l,es ouvrages menés à grand travail. 

2. Praeruptis saccis:voy.p.l37, 
n. 5. 

3. An s'explique par une abré- 
viation d'expression : est-il inutile 
de rappeler ou bien faut-il rappeler 
(memorem, subj. potentiel). Lapre- 
miere partie de l'interrogation 
double n'est pas exprimée et il 
reste an memorem, On remarquera 
que, dans ce cas, la réponse est for- 
cément négative : Il n'est pas néces- 
saire de rappeler. — Supra, l'Adria- 
tique, mare superum ; infra, la 
mer Tyrrhénienne, mare-inferum. 
Ces noms sont donnés d'après l'A- 
pennin considéré par un Romain. 

4. Lari, le lac de Côme, le plus 
petit des trois grands lacs de l'Italie 
septentrionale, mais le plus pro- 
fond ; le plus grand est le lac de 
Garde, Benacus, qui est presque 
toujours fort agité. Marino se 
rapporte pour le sens à fluctibus et 
à fremitu : voy. la n. du v. 118. 

5. Portus, plur. poét., qui 
désigne le Portus Jtilius, établi 
par Agrippa près de Pouzzoles. Le 



travail consista dans une commu- 
nication établie entre le lac Averne, 
situé dans l'intérieur des terres, et 
une lagune appelée le lac Lucrin. 
La mer pénétrait dans celui-ci. 
Agrippa renforça la dune qui l'en 
séparait, en fit une digue (claustra), 
et aménagea l'entrée qui coupait la 
digue. Par suite, une flotte pouvait 
passer de la mer dans le lac Lucrin, 
puis de là dans le lac Averne. Ces 
travaux exécutés au moment de la 
guerre contre Sex. Pompée, en 
717/37, eurent un succès éphémère. 
Le défaut de profondeur obligea 
Auguste à transférer la flotte à 
Misène. 

6. L'eau du port, c.-à-d. des 
deux lacs, abritée et calme, est heur- 
tée par les flots du large, qui sont 
refoulés (refuso) soit par le vent 
soit par la marée. Le bruit de ce 
choc s'entend au loin. 

7. Fretis Avernis, pour l'ace, 
avec in ou ad ; voy. p. 91, n. 6. 

8. Eadem : encore. 

9. Ostendit, fluxit ; le passé, 
parce que le fait est constant. Virg. 
songe peut-être aussi au sénatus- 
consulte qui interdisait l'exploita- 
tion des mines dans l'étendue de 
l'Italie (P\.,N.H., III, 138).— Plu- 
rima = plurimum. 



142 



LES GÊORGIQUES. 



Haec genus acre virum 1 , Marsos pubemque Sabelkun 
Assuetumque malo 2 Ligurem Volscosque verutos 
Extulit; haec Decios, îvlarios, magnosque Camillos 3 , 
Scipiadas 4 dures bello, et te, maxime Caesar, 170 

Qui nunc, extremis Asiae 5 jam victor in oris, 
Imbellem 6 avertis Romanis arcibus Indum. 
Salve 7 , magna parens frugum, Saturnia tellus, 
Magna virum;tibi 8 res antiquae laudis et artis 
Ingredior, sanctos ausus recludere fontes, 175 

Ascraeumque 9 cano Romana per oppida carmen. 
Nunc locus 10 arvorum ingeniis : quae robora cuique, 



4. Virum : voy. p. 140, n. 1.— 
Pubem, proprement la réunion des 
hommes en état de porter les armes. 
Les Marses et les Samnites étaient 
les peuples les plus belliqueux de 
l'Italie. 

2. Malo : abl. ; la fatigue. — 
Ligurem: sing.' collectif fréquent 
chez les historiens pour désigner des 
peuples ou des corps de troupes 
(Poenus, eques). Les Ligures 
étaient les montagnards des envi- 
rons de Gènes, auxquels leur sol, 
dit Gic, Leg. ag., II, 95, avait 
appris que rien ne s'obtient sans 
grands efforts. — Les Volsques, 
peuple du Latium; sur leur ter- 
ritoire se trouvaient Velitrae, pa- 
trie d'Octave, Arpinum, patrie de 
Cicéron, Cereatae, patrie de Marius. 
Le veru était une sorte d'épieu ; 
ils pratiquaient l'offensive. 

3. Pluriels de généralisation, 
bien qu'il y ait eu trois Décius. 

4. Scipiadas : Scipiones ne 
peut entrer dans le vers ; voy. notre 
éd. classique d'Horace, p. 367, n.2. 
— Bello, abl. d'instrument. — Te : 
Octave termine le mouvement ascen- 
dant de la phrase et' i'énumération 
des héros romains ; cf. I, 24, où 
Octave clôt l'invocation aux dieux. 

5. Asiae : pendant les deux 
hivers qui suivirent la bataille 



d'Actium (2 sept, 723/31), Octave 
régla ou crut régler les affaires des 
Parthes. Voy. notre éd. d'Horace, 
p. 366, n. 7. 

6. Imbellem indique le résultat. 
— Indum: Octave a été tout au 
plus jusqu'à l'Euphrate (IV, 561)- 
Mais sa victoire fut, dans la pensée 
des contemporains, la victoire de 
l'Occident sur l'Orient. Ce vers con- 
tient en germe la description de ' 
YEn., VIII, 685 suiv. Voy. III, 27. 

7. Salve, .chez les poètes classi- 
ques, s'adresse à une divinité. — 
Saturnia, sur laquelle régna Sa- 
turne (En., VIII, 319). 

8. Tibi, en ton honneur; voy. 
p. 90, n. 5. 

9. Ascraeum, qui s'oppose à 
Ronidna, désigne à la fois le genre 
du poème et sa nouveauté pour les 
Romains. Hésiode, poète d'Ascra, 
en Béotie, a donné dans les Œu- 
vres et Jours un modèle auquel 
Virg. doit surtout l'idée générale 
et quelques détails. Voy. p. xxxv. 

10. Locus : est. — Ingeniis : 
la nature des terrains pour lesquels 
Virg. emploie des expressions mo- 
rales: difficiles, ingrats, d'un abord 
rebutant ; maligni, mesquins, 
maigres. — Quae robora : la phrase 
continue par une autre construc- 
tion, comme s'il y avait dicerc. 



livre ii. 



143 



Quis color et quae sit rébus naturaferendis 1 . 
Difficiles primum terrae collesque maligni, 
Tenvis 2 ubi argilla et clumosis calculus arvis, 
Palladia 3 gaudent silva vivacis olivae. 
Indicio est tractu surgens oleaster eodem 4 
Plurimus, et strati bacis silvestribus agri. 
At 5 quae pinguis humus dulcique uligine laeta, 
Quique frequens herbis et fertilis ubere 6 campus, ' 
Qualem saepe cavamontis convalle 7 solemus 
Despicere (hue 8 summis liquuntur rupibus amnes 
Felicemque 9 trahunt limum), quique editus Auslro 
Et filicem curvis invisam 10 pascit aratris : 
Hictibi prae validas olim 11 multoque fluentes 
Sufficiet Baccho ,2 vîtes ; hic fertilis uvae, 
Hic laticis, qualem pateris libamus et auro 13 , 
Inflavit cum pinguis ebur 14 Tyrrlienus ad aras, 



180 



185 



190 



1. Rébus ferendis, dat. mar- 
quant l'aptitude ; voy. p. 89, n. 3. 

2. Tenvis, disyllabe, voy. p. 119, 
n. 9. 

3. Palladia. voy. p. 90, n. 5. — 
Gaudent : produisent avec joie et 
facilité, possèdent; sens nouveau, 
qui ne parait en prose qu'à l'époque 
impériale avec un nom de chose 
pour sujet. Cette signification est 
un des abus du latin moderne. 

4. Tractu eodem : voy. la n. 
du v. 114; équivaut à in tractu. 

5. At humus quae pinguis 
(est)..., campusque qui (est) fre- 
quens... (talis) qualem solemus 
despicere... quique... pascit.., 
hic (campus) sufficiet.... — Uli- 
gine, l'humidité du sol. 

6. Ubere, fertilité ; premier ex. 
du mot avec ce sens. 

7. Gava convalle vaut un abl. 
absolu ; voy. la n. du v. 114. 

8. Bua : in convallem. 

9. Felicem, fécond. — Auslro : 
ad Austrnm. 

10. Invisam, à cause de ses 
longues racines. 



11. Olim, un jour ; cf. 94. 

12. Baccho = vino. Les terrains 
humides n'étaient pas impropres à 
la vigne en Italie. Le Cécube crois- 
sait dans un terrain marécageux 
(p. 136, n. 4) et se perdit quand des 
travaux d'irrigation desséchèrent le 
sol sous. Néron (PL, N. H., XIV, 
61). — Fertilis est construit avec 
le"gén. déjà dans Sali., Jug., 17 ; 5. 

13. Pateris et auro, hendiadyin, 
figure qui consiste à dissocier deux 
notions qui se complètent (pateris 
aureis) et à les mettre sur le même 
plan. La réunion de deux expres- 
sions qui s'expliquent mutuelle- 
ment, très fréquente dans la prose 
oratoire, a été pratiquée de tout 
temps en latin et a un caractère 
primitif. » 

14. Ebur : la flûte d'ivoire (ou 
prosaïquement d'os). — Tyrrhenus: 
les joueurs de flûte qui figuraient 
nécessairement dans les sacrifices 
et qu'engraissaient (pinguis) les 
victimes, étaient venus d'Etrurie 
à Rome, de même que les acteurs 
de profession (T. L., VII, 2, 4). 



144 



LES GÉORGIQUES. 



Lancibus et pandis 1 fumantia reddîmus exta. 

Sin armenta magïs studium 8 vitulosque tueri, 195 
Aut fétus ovium aut urentes culta capellas, 
Saltus et saturi petito longinqua 3 Tarenti, 
Et qualem infelix amisit 4 Mantua campum, 
Pascentem niveos herboso flumine cycnos : 
Non liquidi gregibus fontes, non gramina deerunt 5 , 200 
Et, quantum longis carpent armenta diebus, 
Exigua tantum gelidus ros nocte reponet 6 . 

Nigra fere 7 et presso pinguis subvomere terra 
Et cui putre solum (namque hoc imitamur arando), 
Optima frumentis : non ullo ex aequore 8 cernes 205 
Plura domum tardis 9 decedere plaustra juvencis: 
Aut 10 unde iratus 11 silvam devexit arator : 
Et 12 nemora evertit multos ignava per annos, 
Antiquasque domos avium cum stirpibus imis 
Emit; illae altum nidis petiere relictis, 210 



1. Constr. : et pandis (courbés 
sous le poids des exta) lancibus. — 
Heddimus : l'offrande à la divinité 
lui est due. — Exta : voy. p. 124, 
n. 10. 

2. Studium (tibi) estmagis (= 
majus) tueri ( = alere) : vov. p. 
91, n. 5. 

3. Longinqua a pour complé- 
ment, au gén. partitif, saturi Ta- 
renti ; voy. p. 125, n. 5. 

4. Allusion aux événements qui 
privèrent Virg. de son patrimoine; 
voir les églogues 1 et 9, avec leurs 
introductions. — Flumine, le Min- 
cio. 

5. Deerunt : déesse et les for- 
mes semblables de ce verbe sont 
toujours disyllabiques. 

6. Reponet : rendra; mot de la 
langue des affaires (Plaute, Persa, 
37 ;' Pline, Ep., Vin, 2,6). 

7. Fere, en général; cf. Hor., 
Sat., I, 3, 96. 

£ 8. Aequore = agro ; cf. I, 50. 



9. Tardis (ralentis par leur 
charge) juvencis, abl. équivalant à 
une petite proposition ; voy. p. 137, 
n. 5. 

10. Cernes ex ullo aequore non 
plura plaustra decedere domum 
juvencis tardis : aut [ = et, à cause 
de la négation mise en tête] (cernes 
non plura plaustra decedere... 
quam ex eo aequore) undearatm* 
iratus devexit, etc. L'expression 
est fortement elliptique, par suite 
de la suppression de tout ce qui 
logiquement devrait être répété. Cf. 
Delille : « Tel encore ce terrain 
couvert d'un bois stérile^j Que son 
maître rougit de laisser inutile. » 

11. Iratus est expliqué par igna- 
va. 

12. Et : les verbes suivants ne 
dépendent plus de unde, mais con- 
tinuent d'une manière indépendante 
la description par l'addition de 
nouveaux détails, exprimés chacun 
pour soi. De là : illae petiere, etc. 



LIVRE II. 



14b 



At radis* enituit impulso vomere campus. 

Nam* jejuna quidem clivosi glarea ruris 
Vix humiles apibus casias 5 roremque ministrat- 
Et toius 4 scaber et nigris exesa chelydris 
Creta negant alios aeque 5 serpentibus agros 215 

Dulcem ferre cibum et curvas praebere latebras. 

Quaee tenuem exhalât riebuîam fumosque volucres 
Et bibit umorem, et, cum vult, ex se îpsa remittit 
(Juaeque suo semper viridi se gramine vestit, 
Nec scabie et salsa 7 laedit robigine ferrum, ' 220 

îlla tibi laetis intexet vitibus ulmos, 
Illa ferax oleo 8 est; illam experiere colendo 
Et facilem» pecori, et patientera vomeris unci. 
Talem dives arat Gapua et vicina Vesaevo* 
Orajago et vacuis Glanius" non aequus Acerris 225 
Nunc, quoquamque" modo possis cognoscere, dicam. 
Kara sit an supra morem si densa requires 15 
Altéra frumentis quoniam favet, altéra Baccho", 



iJ-.Rudie, qui n'a pas encore 
ete défoncé. — Enituit : cf I 
153 : « Nitentia culta ». La iinalé 
brève est allongée au temps fort 
devant une césure. — Impulso : cf. 
I, 45 : « Depresso aratro ». 

2. Nam, il est vrai. — Quidem, 
quant a. 

9. Casias, plante odoriférante, 
variété de daphné, qu'il ne faut pas 
confondue avec une espèce de can- 
nelle appelée aussi casia (466) et 
qui est un produit exotique. — 7ïo- 
rem : marinum, à odeur d'encens, 

4. Tofus, nom commun au 
travertin, calcaire blanc, et au pé- 
perin, tuf volcanique noir, qui a 
des variétés très résistantes et d'au- 
tres très friables. Virg. parle proba- 
blement du second. — Les terrains 
eux-mêmes sont mis en scène et 
censés parler. 

t. Aeque : ac se; l'adv. porte 
sur ferre et sur praebere. 

6. Quae : terra quae... 
VIRGILE. 



7. Salsa : acide. 

. 8. Oleo, datif marquant la des- 
tination : pour faire de l'huile. 

9 Facilem : d'humeur accom- 
modante, qui se prête à. 

10. Vesaevo : le volcan qui était 
couvert de verdure et de bois, avait 
l'aspect d'un volcan éteint avant la 
terrible éruption de 79 ap. J -C 
qui engloutit Herculaneum etPoni- 
pei, et où périt Pline l'Ancien. 

il. Clanitis, cours d'eau qui 
prend sa source près de Noie et se 
perdait dans les marais de Liter- 
num. Ses inondations étaient fu- 
nestes à la ville voisine d'Acerrae 

42. Quamque, de quisque. 

13. Si requires (utrum) terra sit 
Tara an densa supra morem (cf. 
I, 51). Dans l'interrogation indi- 
recte double, il n'est pas nécessaire 
d employer une particule (utrum 
ne) dans le premier membre. 

44. Baccho, Lyaco = vitî; 
Cercri = frumenio. 

10 



146 



LES GEORGIQUES 



Densa magis Cereri, rarissima quaeque Lyaeo, 
Ante 1 locum capies oculis, alteque jubebis 
In solido puteum 2 demitti, ornnemque repones 
Rursus humum et pedibus summas aequabis harenas 
Si deerunt, rarum, pecorique et vitibus almis 
Aptius uber erit; sin in suaposse negabunt 3 
îre loca et scrobibus superabit terra repletis, 
Spissus ager : glaebas cunctantes crassaque terga 4 
Exspecta, et validis terram proscinde juvencis. 

Salsa autem tellus, et quae perhibetur 5 amara, 
Frugibus infelix: ea nec mansuescit arando 6 ,, 
Nec Baccho 7 genus aut pomis sua nomina servat. 
Taie dabit spécimen : tu spisso vimine qualos 
Colaque prelorum fumosis 8 deripe tectis ; 
Hue 9 ager ille malus dulcesque a fontibus undae 
Ad plénum calcentur; aqua eluctabitur omnis 
Scilicet, et grandes ibunt per vimina guttae ; > 
At sapor 10 indicium faciet manifestus, et ora 
Tristia temptantum sensu 11 torquebit amaror. 

Pinguis item quae sit tellus, hoc denique pacto 



230 



235 



240 



245 



1. Ante : adv. — Copies = eli- 
ges. 

2. Puteum, une fosse profonde ; 
ce sens est rare. 

3. Negabunt : cf. 215. 

4. Terga, proscinde : voy. I, 97. 

5. Perhibetur indique qxx'ama- 
ra est une désignation tradition- 
nelle. 

6. Arando, abl. instrumental 
de l'idée du verbe. 

7. Baccho = vino. — Nomina : 
ses qualités distinctives. 

8. Fumosis : les ustensiles 
étaient pendus près du foyer, à }V 
bri de l'humidité et des insectes. 
Cf. I, 175. 

9. Hue calcentur = hue infun- 
dantur et calcentur. — A fontibus 
équivaut à un adj. ; tour rare, poéti- 
que et peut-être de la langue la 
plus familière. 



10. Sapor : guttarum. 

41. Tristia annonce 1'effeU — 
Temptantum sensu = gustan- 
tum. — Amaror, mot très rare, 
que Virg. trouvait dans Lucr., 
IV, 224. — « Beaucoup de sous- 
sols.- italiens, en particulier dans 
l'ouest de la Toscane, contiennent 
en excès du sel marin, qui entre- 
tient l'humidité de la terre et lui 
donne une grande dureté. De for- 
tes quantités de magnésie sont 
également nuisibles à la vigne. Et 
c'est probablement au sol trop ri- 
che en magnésie que les auteurs 
latins donnent le nom d'amer, 
car, faute de connaissances chimi- 
ques et analytiques, la saveur des 
différentes terres était le seul 
réactif qu'ils pratiquassent. » (Cur- 
tel, La vigne et le vin chez les 
Romains, Paris, 1903, p. 17). 



LIVRE IL 



147 



Discimus : haud unquam manibus jactata 1 fatiscit, 
Sed picis in morem ad 2 digitos lentescit habendo. 250 

Umida majores herbas alit, ipsaque 3 justo 
Laetior. A 4 ! nimiura ne sit mihi fertilis illa, 
Nec 5 se praevalidam primis ostendat aristis ! 

Quae gravis est, ipso tacitam se pondère prodit, 
Quaeque levis. Promptumest oculis praediscere nigram, 
Et qtùs oui 6 color. At seeleratum exquirere frigus 256 
Difficile est; piceae tantum taxique nocentes 
Interdum, aut hederae pandunt vestigia 7 nigrae. 

His animadversis, terrain multo ante 8 mémento 
Excoquere et magnos scrobibus concidere montes 9 , 
Ante supinatas Aquiloni ostendere glaebas 
Quam laetiim infodias vitis genus. Optima putri 10 
Arva solo ; id il venti curant gelidaeque pruinae, 
Et labefacta movens robustus jugera fossor. 
At, si quos haud ultet viros vigilantia fugit, 
Ante 12 locum similem exquirunt, ubi prima paretur 
Arboribus 13 seges et quo mox digesta feratur, 



260 



265 



1. Jactata, passant d'une main 
dans l'autre. 

2. Ad indique le lieu de l'action ; 
cet emploi est très répandu et très 
varié en dehors de la langue clas- 
sique. — Habendo, au porter; 
cf. 239. 

3. Ipsa, par elle-même. 

4. A ! orthographe classique ; ah! 
est archaïque. 

5. Nec : dans la prose classique, 
une défense est lièé^à une autre par 
neu ou neue. — Primis aristis, 
littéralement au début des épis ;cf. 
summa arbor. 

S.Quis cui : deux pronoms inter- 
rogatifs dans la même proposition 
et posant en fait deux questions : 
Quis color sit alicui terrae, cui 
terrae sitis color. Cf. Cic, Mil., 
23 : « Quaerere... uter utri insidias 
fecerit ». En grec, la même parti- 
cularité s'observe dans l'interroga- 
tion soit directe soit indirecte. — 



Seeleratum, sorte de superlatif de 
noxius qui n'a pas de degrés. — 
Exquirere, tirer au clair à la suite 
d'une enquête,- reconnaître. 

7. Vestigia = indicia (frigo- 
ris). 

8. Multo ante, et au v. 2Gi, 
ante, doivent être joints à quam du 
V. 262. 

9. Magnos concidere montes : 
hyperbole qui révèle l'ardeur et la 
force ; cf. Lucr., I, 201. 

10. Putri solo vaut une- épithète 
de arva; optima: sunt. 

ii. Id : ut sit puire ; cf. 54. 

42. Ante, à l'avance. — Simi- 
lem... et, le même que. Cet emploi 
de et, au lieu de atque (ac), se ren- 
contre dans Cic, Fin., IV, 31 et 
64 (après aeque). — Prima seges, 
les premières pousses, c.-à.-d. la 
pépinière. 

43. Arboribus, pour les arbres 
auxquels la vigne sera suspendue. 



LES GÉORGIQUES. 



Mutatam ignorent subito ne semina 1 matrem. 
Quin etiam caeli regionem 2 in cortice signant, 
Ut, quo quaeque 5 modo steterit, qua parte calores 
Austrinos 4 tulerit, quae terga obverterit axi 
Restituant 3 : adeo in teneris 6 eonsuescere multumest! 

Collibus an piano melius sit ponere vitem 7 , 
Quaere prius. Si pinguis agros metabere campi, 
Densa sere: indenso 8 nonsegnior ubere Bacchus. 
Sin 9 tumulis acclive solum collesque supinos, 
Indulge 10 ordinibus, nec setius omnis in unguem 
Arboribus positis secto via limite quadret 11 . 



270 



275 



1. Semina, les plantes. 

2. Caeli regionem, l'orienta- 
tion, pour qu'elle soit la même 
dans le vignoble que dans la pépi- 
nière. 

3. Quaeque se rapporte gram- 
maticalement à seges ; tout plant. 

4. Austrinos : premier ex. — 
Axi, le pôle nord, reconnaissable à 
la position de la constellation du 
Chariot. 

5. Restituant a pour objet 
dans la pensée le plant (quaeque) 
qu'il faut replacer dans la même 
position ; mais grammaticalement 
le complément est modmn, partent, 
terga. 

6. In teneris, poét., = in twê- 
ma aetate ; se rapporte à eonsues- 
cere en jouant le rôle d'une épi- 
thète de l'idée verbale : telle est la 
force de l'habitude prise dans l'âge 
le plus tendre. 

7. Vitem, dans l'assignation 
des diverses cultures aux diverses 
parties d'ua domaine rural. 

8. Densa : neutre pris substan- 
tivement = in densa viti. — 
Ubere, abl. de relation, dépendant 
de segnior. 

9. Sin : metabere. 

10. Indulge, favorise, en espa- 
çant. — Nec setius : néanmoins. 
— In unguem = ad «., métaphore 
des marbriers qui éprouvent le poli 
avec l'ongle ; parfaitement. 



11. Que le chemin, via (qui 
sépare les lignes d'arbres), fasse un 
angle droit par le fait qu'il coupe 
une autre ligne : limite secto est 
un abl. d'instrument, dans lequel 
le participe représente l'idée d'un 
substantif verbal. Cf. Sicilia amis- 
sa, la perte de la Sicile ; T. L., 
XXIII, 1,10: « Aburbe oppugnanda 
Poenum absterruere conspecta moe- 
nia », la vue des remparts dissuada 
Hannibal du siège de Naples. — On 
discute pour savoir si Virg. décrit 
une plantation en carré ou une plan- 
tation en quinconce. Le quinconce 
était la disposition générale poul- 
ies vignes (Var., /?./?., 1,7, 2 ; Cic, 
De sen., 59 ; Col., III, 13,4; 15, 1 ; 
Pl.,iV. H., XVII, 78 ; Quint,, VIII, 
3,9). La comparaison avec l'armée 
en bataille implique le quinconce. 
D'autre part, in unguem quadrarr 
estune expression technique de sens 
bien défini, équarrir, tailler à an- 
gle droit (Col., XI, 2, 13). Si l'on 
s'en tient aux mots choisis par 
Virg., via et. limes désigneront 
les sentiers figurés ci-dessous par 
des lignes de points. Ces sentiers 
séparent les pieds de vigne alternés, 
figurés par des étoiles. Lés plants 
dessinent le V, signe àe.quinque, 
d'où quincunx. Mais les sentiers se 
coupent à angle droit. Ce système, 
ainsi entendu, justifie indulge or- 
dinibus. Les pieds, plantés en 



LIVRE II. 



149 



280 



285 



Ut saepe ingenti bello cum longa cohortes 
Explicuit legio, et campo stetit agmen 1 aperto, 
Derectaeque 2 acies, ac late fluctuât omnis 
Aère renidenti tellus, necdum horrida miscent 
Proelia, sed dubius niediis Mars errât in armis : 
Omnia sint paribus numeris dimensa viarum 5 ; 
Non animum modo uti pascat prospectus inanem, 
Sed quia non aliter vires dabit omnibus aequas 
Terra neque in vacuum poteruntse extendere rami. 
Forsitan et scrobibus quae sint fastigia 4 quaeras. 
Ausim 5 vel tenui vitem committere sulco; 
Altior ac penitus terrae 6 defigitur arbos, 290 

Aesculus imprimis, quae, quantum vertice ad auras 
Aetherias, tantum radice in Tartara tendit 7 . 
Ergo non hiemes illam, non ilabra neque imbres 



carré sur les mêmes lignes perpen- 

* ! ! * i ; • î ! • 
\ * ! I • ! i * ! 



! * I I * I 

• ! ! * i I * 



r;J 

* I j * I i * ! I • 



i • 



• s 



diculaires seraient deux fois plus 
nombreux. 

i. Agmen, l'armée en marche. 
La légion forme alors unecolonîie, 
longa, suivie de ses bagages. Voy. 
l'éd. classique de César, par Dos- 
son, Rem. sur l'armée, § 123 suiv. 

2. Derectae, formée en ligne 
droite ; directae, en lignes, diver- 
gentes (dis-), n'est pas possible. — 
Actes: l'armée en ordre de mar- 
ine s'arrête, puis se met en ordre 



de bataille. Cet ordre était la dis- 
position en quinconce pour chaque 
cohorte. Voy. l'éd. citée de César, 
Ko., g 140. 

3. Numéris viarum: la mesure 
des intervalles. Les pieds doivent 
être à des distances régulières; prises 
sur une ligne horizontale, puis sur 
upe ligne oblique, elles diffèrent 
dans un rapport constant, paribus 
numens. 

4. Fastigia : le mot parait dési- 
gner ce qui fprme une double 
pente, ainsi dans un fossé de coupe 
triangulaire; Ces., VII, 73,5 : « Scro- 
bes fodiebantur paulatim angustiore 
ad infimum fastigio ». Par voie de 
conséquence, on entendra la profon- 
deur. 

5. Ausim, seul reste à l'époque 
classique d'une formation de subj. 
aoristique très développée à l'épo- 
que archaïque [faxim, turbassim, 
etc.). — Sulco, synonyme de scrobe, 
.quoiqu'il y ait une différence pour 
les agronomes. 

6. Terrae, dat., = in terram. 
— Arbos, l'arbre portant la vigne. 

7. Voy. La Fontaine, I, 22, Le 
chêne et le roseau, 31 suiv. 



150 



LES GEORGIQUES. 



Convellunt ; immota manet, multosque nepotes, 
Multavirum volvens durando saecula vincit 1 ; 
Tum fortis late ramos et bracchia tendens 
Hue illlic, média ipsa ingentem sustinet umbram. 



Neve' 



tibi ad solem vergant vineta cadentem ^ 



Neve inter vites corylum sere ; neve flagella 
Summapete, aut 3 summa lefringe ex arbore plantas 
(Tantiis amor terrae 4 ) ; neu ferro laede retuso 
Semina ; neve oleae 5 silvestres insère truncos : 
Nam saepe Incautis pastoribus excidit ignis, 
Qui, furtim pingui primum sub cortice tectus, 
Robora comprendit, frondesque elapsus in altas 
Ingentem caelo 6 sonitum dédit , inde secutus 
Per ramos victor perque alta cacumina régnât, 
Et totum involvit flammis nemus v et ruit atram 
Ad caelum picea crassus caligvne nubem, 
Praesertim si tempestas a vertice 8 silvis 
Incubuit glomeratque ferens 9 incendia ventus. 
Hoc ubi ie , non a stirpe valent caesaeque reverti 



295 



300 



305 



310 



1. Vincit durando (cf. 239) 
volvens multos nepotes, multa 
saeclavirum( 142). L'expression est 
inspirée de Lucr. (I, 202 ; III, 948), 
dont saecla, au sens primitif de 
générations, est un mot caractéris- 
tique. — Umbram : la masse sombre 
de son feuillage qu'il supporte seul 
(ipsa) au centre. « Et loin de tous 
côtés tendant ses rameaux sombres, 

| Seul il jette à l'entour une im- 
mensité d'ombres. » (Delille.) 

2. Neve (neu) répété est fort 
rare dans la proposition principale, 
surtout quand cette proposition 
ne continue pas une série 
d'ordres ou de préceptes positifs. 
Les impérat. sere, pete, etc., avec 
ne (neve), sont de la langue fami- 
lière (au lieu du subj.). 

3. Aut continue la défense et 
équivaut à neu. Virgile a en vue la 
position de la branche. — Arbore, 



le support (290),sur lequel on monte. 

4. Amor terrae : les branches 
les plus voisines de la terre ont 
une telle affection pour elle qu'elles 
reprendront plus facilement. 

5. Oleae, gén. dépendant de 
truncos. — Insère équivaut à in- 
ter... sere (299) et en évite la répé- 
tition ; Col., V, 7, 3 : « Arboribus 
frumentum non inseritur ». 

6. Caelo, dat. de but. — Dédit : 
le passé, au milieu des présents, 
montre la brusque explosion de 
l'incendie qui a d'abord cheminé 
lentement. 

7. Nemus, la plantation (hyper- 
bole). — Ruit, transitif (I, 105). 

8. A vertice : du haut du ciel ; cf. 
I, 324, ex alto. 

9. Ferens, s'emportant, de ferri 
au sens moyen ; cf. volvens (I, 163). 

10. Hoc ubi ; factum est. ■ — 
Valent : vites. Les vignes, à la. 



LIVRE II. 



151 



Possimt atque 1 ima similes revirescere terra : 
Infelix 2 superat foliis oleaster amaris. 

Nec t'ibi tam prudens quisquam persuadeat auctor 315 
Tellurem Borea rigidam spirante movere. 
Rura gelu tum claudit hiems, nec semine 5 jacto 
Goncretam 4 patitur radicem at'figere terrae. 
Optima vinetis satio, cum vere rubenti 
Candida venit avis 5 longis invisa colubris, 320 

Prima vel autumni sub frigora, cum rapidus 6 Sol 
Nondum hiemem 7 contingitequis, jam praeterit aestas. 

Ver 8 adeo 9 frondi nemorum, ver utile silvis; 
Vere tument terrae et genitalia semina poscunt. 
Tum pater omnipotens fccundis imbribus Aether 10 325 
Conjugis in gremium laetae descendit, et omnes 
Magnus alit 11 , magno commixtus corpore, fétus. 
Avia tum résonant avibus virgulta canoris, 
Et Venerem certis repetunt armenta diebus; 
Parturit almus ager, Zephyrique lî tepentibus auris 330 



suite de cet incendie, n'ont plus de 
force, a slirpe, du côté de la souche; 
donc elles ne peuvent repousser. — 
Caesae : on ne peut espérer davan- 
tage de les aider à reprendre en les 
coupant. 

4. Atque : et en conséquence; 
sens fort et originel de ad (en outre) 
que (et). — Ima terra, la terre qui 
entoure les racines ; non possunt 
doit être emprunté à ce qui pré- 
cède. - 

2. Infelix : stérile (I, 154). ^~ 
Superat : l'emporte ; l'olivier sau- 
vage repousse et couvre la terre 
dévastée de son feuillage (foliis). 

3. Semine, c.-à-d. surculo ; cf. 
268. 

4. Concretam annonce le résultat 
(prolepse). Le marcotte raidie parle 
froid ne peut s'implanter; affigere 
a le sens réfléchi. 

5. Candida avis : la cigogne. 

6. Rapidus-: voy. p. 97, n. 6. 



7. Hiemem, c.-à-d. les constel- 
lations appartenant à l'hiver. 

8. Ce morceau est un véritable 
hymne au printemps et à la force 
fécondante de la nature. De nom- 
breuses imitations et des emprunts 
d'expressions témoignent de l'inspi- 
ration de Lucrèce. 

9. Adeo insiste sur ver. — 
Nemorum, les bois considérés 
comme lieux de pâture ; silvis, les 
vergers et les vignes montées sur 
des arbres (310). 

40. Aether : la partie la plus sub- 
tile et la plus ignée de l'atmosphère, 
identifiée avec le dieu du ciel. Son 
hymen avec la Terre, symbolisé 
par les pluies fécondantes, a été 
décrit en des termes semblables par 
Eschyle et Euripide, qui ont inspiré 
Lucr., I, 250, 11,992, modèle direct 
de Virgile. 

44. Alit, fait croître. 

42. Zephyri : génitif. 



152 



LES GÉORGIQUES. 



Laxant arva sinus ; superat 1 tener omnibus umor: 
Inque novos soles 2 audent se germina tuto 
Gredere nec metuit surgentes pampinus Austros 
Aut actum caelo 5 magnis Aquilonibus imbrem, 
Sed trudit gemmas et frondes explicat omnes. 
Non alios prima crescentis origine mundi 
Illuxisse dies aliumve habuisse tenorem 
Crediderim: ver illud erat, ver magnus agebat 4 
Orbis et hibernis parcebant flatibus Euri, 
Cum primae s lucem pecudes hausere virumque 
Terrea progenies duris caput extulit arvis, 
Immissaeque ferae silvis 6 et sidéra caelo. 
Nec res hune lenerae ~ ! possent perferre laborem, ■ 
Si non tanta quies 8 iret frigusque caloremque 
Inter 9 , et exciperet caeli indulgentia terras. 
Quod superest 10 , quaecumque premes virgulta per 

[agros 7 
Sparge fimo pingui et multa memor 11 occule terra. 
Aut lapidem bibulum aut squalentes infode conchas ; 
Inter 12 enim labentur aquae, tenuisque subibit 
Halitus 13 atque animos tollent sata. Jamque reperti 350 



3c5 



340 



345 



1. Superat, surabonde; umor: 
la sève. Lucr., V, 806 : a Umor 
superabat in arvis ». 

2. In soles suggère l'idée de pro- 
dire. Cf. Lucr., V, 781. 

3. Caelo = e caelo. 

4. Ver agebal = vernabat. Cf. 
agere diem. 

5. Primae . = primum. — 
Virum : voy. p. 140, n. 1. 

6. Silvis, caelo, dat., au lieu 
de l'accus. avec in. Les astres sont 
rapprochés de l'homme et des ani- 
maux parce qu'on les croyait ani- 
més ; voy. Ov., Met., I, 73. 

7. Res tener ae, des êtres si déli- 
cats. — Hune laborem, le travail 
de naître et de croître. 

8. Quies, le répit, le loisir de 
se développer en paix. — Calorem- 



que : la syllabe finale s'élide devant 
inier ; voy. p. 113, n.l. 

9. Inter est placé après son 
régime et ce régime est formé de 
deux mots liés par que répété. — 
Exciperet, accueillait, à la suite 
des rigueurs de l'hiver. — Indul- 
gentia, la douceur. 

10. Quod superest, transition 
habituelle chez Lucrèce. — Pre- 
mes, u enfonceras. 

11. Memor occule = mémento 
occulere, cf. I, 167. 

12. Inter-labentur : cette sépa- 
tion du prélîxe-et du verbe ou tmèse 
est assez rare dans Virg., plus fré- 
quente dans l'ancienne langue. 

13. Halitus, la vapeur de l'eau 
qui aura glissé au fond remontera 
de dessous (sub-ibit).' 



LIVRE II. 



153 



Qui saxo super 1 atque ingentis 'pondère testae 
Urgerent: hoc effusos munimen ad imbres; 
Hoc, ubi hiulca 2 siti fmdit Canis aestifer arva. 

Seminibus positis, superest diducere 3 terrain 
Saepius ad capita 4 et duros jactare bidentes, 355 

Aut presso exercere 5 solum sub vomere et ipsa 
Fiectere luctantes inter vineta juvencos; 
Tum 6 levés calamos et rasae hastilia virgae 
Fraxineasque aptare sudes furcasque valentes, 
Viribus eniti quarum et conte mnere ventos 360 

Assuescant summasque sequi tabulata 7 per ulmos. 

Ac, dum prima novis adolescit frondibus aetas, 
Parcendum teneris ; et dum se laetus ad auras 
Palmes agit, Iaxis per purum immissus habenis 8 , 
Ipsa 9 acie nondum falcis temptanda, sed uncis 365 
Carpendao manibus frondes interque legendae 10 . 
Inde ubi jam vaiidis amplexae slirpibus ulmos 
Exierint, tum stringe comas, tum bracchia tonde; 



4. Super, adverbe, se rapportant 
à urgerent. Le lieu estja terre de la 
vigne. 

2. Hiidca indique le résultat 
(prolepse). «— Canis, la Canicule 
ou Sirius, qui apparaissait au matin 
vers le 26 juillet, date d'où partaient 
les jours caniculaires. 

3. Diducere, ramener de tous 
les sens vers les plants (seminibus) 
la terre en l'émiettant. 

4. Capita : la tète des nouveaux 
plants ; voy. Cic, De sen., 53. Ce 
mot évite la répétition de semina. 
— Bidentes : hoyau armé d'un fer 
à deux fourchons. 

5. Exercere : voy. I, 99. On 
labourait les vignes, même quand 
on ne semait pas du blé dans les 
intervalles (Var., R. R., I, 31, 1 ; 
Col., De arb., 12, 2). 

6. Tum : superest. 

7. Tabulata, disposée en étages. 
La vigne montait sur des arbres, 
dont on avait enlevé les branches 



centrales. On faisait se développer 
les branches latérales, autant que 
possible dans un plan différent. La 
vigne était suspendue à ces 
« étages » ; on lui faisait gagner 
chaque année l'échelon supérieur." 
Cette méthode, déjà fort discutée 
dans l'antiquité, est condamnée par 
les viticulteurs modernes (Col., V, 
6, 12, 23-24). Virg. ne parle dans 
les Géorgiques que de celle-là. 
L'ensemble de la plantation, arbres 
porteurs et pieds de vigne, est 
souvent appelé arbustum. 

8. Cf. Lucr., V, 786 : « Arbori- 
husque datumst variis exinde per 
auras | crescendi magnum immissis 
certamen habenis ».— Per purum : 
in vacuum (287). Cf. III, 109. 
' 9. Ipsa oppose l'idée du tout, 
vitis, à celle de la partie, palmes. 
Cf. Quint., II. 3, il. 

40. Interque legendae : tmèse ; 
voy. p. 152, n.12. On enlève par 
intervalles, on «claircit. 



154 



LES GÉORGIQUES. 



Ante * reformidant ferrum : tum denique dura 

Exerce imperia et ramos compesce fluentes. 370 

Texendae saepes eti'am et pecus omne tenenduin 2 , 
Praecipue dum frons 3 tenera imprudensque laborum ; 
Cui 4 , super indignas hiemes solemque potentem, 
Silvestres uri 5 assidue capreaeque sequaces 
ïlludunt, pascuntur 6 oves avidaeque juvencae. 
Frigora 7 nec tantum cana concreta pruina 
Aiît gravis 8 incumbens scopulis arentibus aestas, 
Quantum illi nocuere grèges durique venenum 
Dentis et admorso signata in stirpe 9 cicatrix. 
Non aliam ob culpam Baccho caper omnibus aris 
Caeditur 10 , etveteres ineunt proscaenia ludi, 
Praemiaque ingeniis pagos et compita circum 11 



375 



330 



1. Ante. adverbe. 

2. Tenendum : tenir enfermé ; cf. 
se tenere domi, castris. 

3. Frons : Virg. avait peut-être 
ici une orthographe savante, fronds, 
qui montre à quel mot nous avons 
affaire. — Laborum, les épreuves 
énuméréesv. 373 suiv. 

U. Cui : frottai. — Super, outre, 
en plus de; sens non classique. — 
Jndignas, superlatif passionné de 
magnus, comme insanus (I, 481). 
— Hiemes : les mauvais temps. 
Nous disons : « un temps indigne ». 

5. Uri, les buffles, qu'il ne faut 
pas confondre avec le bos primige- 
nius, appelé aussi urus (Ces., 
B.G., VI, 28; PL, iV. H., VIII, 38), 
et qui a disparu pendant le moyen 
âge. 

6. Pascuntur : il faut du relatif 
cui tirer le complément (eam). Les 
deux verbes sont rapprochés et les 
sujets placés symétriquement aux 
places extrêmes ; cette disposition 
(chiasme) suffit pour lier les deux 
parties de la phrase. 

7. Nec frigora tantum (nocue- 
re)... quantum illi (nominatif) 
grèges. — Concreta logiquement 
devrait se rapporter à pruina. Mais 



la poésie peint les objets par l'im- 
pression qu'ils produisent sur notre 
sensibilité. Le froid est a serré » 
parce qu'il se révèle à nos sens par 
la gelée. Ce a transport » de l'épi- 
thète s'appelle hypallage. Voy. l'in- 
troduction, p. XXXII. 

8. Gravis, attribut équivalant à 
un adverbe. 

9. Stirps est masculin, au sens de 
souche, généralement féminin au 
sens de lignée. 

10. Caeditur, ineunt : présents 
d'habitude. — Veteres, tradition- 
nels. — Proscaenia : estrade placée 
en avant du mur formant la scène et 
sur laquelle jouent les acteurs. Ces 
deux vers paraissent se rapporter à 
la tragédie. C'est dans les concours 
tragiques que « du plus habile 
chantre un bouc était le prix » (cf. 
Ror.,A. p., 220). Sur lesoriginesde 
la tragédie, vov. Maur. Croiset 
Hist. de la litter. gr., t. III (1891), 
p. 22, e-t l'exposé des théories récen- 
tes par Mlle Delcourt, Bev. de 
l'instruct. publique en Belgique 
t. LV (1912), p. 307. La suite ne 
peut s'appliquer qu'à la comédie. 

11. Circum est placé après son 
régime ; voy. la n. 2 de la p. 102. La 



LIVRE II. 



155 



Thesidae posuere, atque inter pocula laeti 

Mollibus in pratis unctos saluere per utres 1 . 

Nec non 2 Ausonii, Troja gens missa, coloni 385 

Versibus incomptis 3 ludunt risuque soluto, 

Craque 4 corticibus sumunt horrenda cavatis, 

Et te, Bacche, vocant per carmina laet'a, tibique 

Oscilla 5 ex alta suspendunt mollia pinu. 

Hinc 6 omnis largo pubescit vinea fétu, 390 

Complentur vallesque cavae saltusque profundi 

Et quocumque deus circum caput egit 7 honestum. 

Ergo rite suum Baccho dicemus honorem 

Carminibus patriis, lancesque et liba feremus; 

Et ductus cornu stabit sacer hircus ad aram, 395 

Pinguiaque in veribus torrebimus exta colurnis 8 . 



comédie est, à l'origine, la prome- 
nade des gens ivres ( x(I>|jlo;) à 
travers les dèmes et les cantons du 
pays (ôfjixoç en att., %ii)\ir\ en 
ionien et en grec commun). La 
confusion de x&jxo; avec y.w[X7) a 
entraîné dèsle temps d'Aristote une 
fausse étymologie qui n'est peut-être 

£as sans influence sur la description. 
,es deux genres sont liés au culte 
deBacchuschez.le» Athéniens (The- 
sidae), la tragédie étant représentée 
aux grandes Dionysies du commen- 
cement du printemps, la comédie 
surtout aux Lénéennes (voy. v. 4), 
enjanv.-févr. 

1. Utres jeu des outres, qui 
avait lieu dans une fête populaire 
de Dionysos, les Ascolia. Le jeu 
consistait à sauter à cloche-pied [sa- 
luere, de salio; dsxtoXiàÇeov. 
sauter à cloche-pied) sur des outres 



2. Nec non: voy. p. 128, n. 2. 
— Ausonii, mot poét., pour Au- 
sones, qui ne peut entrer dans le 
vers. Ausones, forme antérieure au 
rhotacisme, correspond à Aurunei, 
et d'un peuple guerrier de l'Italie 
moyenne a passé à toute la popu- 



lation non hellénique de la pénin- 
sule. — Troja, rappel de la légende 
qui se propage à cette époque et 
sert les desseins d'Octave. — Co- 
loni : les paysans. Virgile embrasse 
tous les divertissements populaires 
suscités par le culte de Bacchus, 
mais en se limitant à la campagne. 

3. Incomptis, irréguliers, comme 
paraissait être le vers saturnien (voy. 
notre éd. classique d'Hor., p. 554, 
n. 4). Virg. doit penser aux chants 
fescennins, injurieux et satiriques 
(voy. ib., p. 553, n. 5). 

4. Ora, des masques. — Tibi, 
en ton honneur. 

5. Oscilla, figurines que l'on 
suspendait aux arbres {alta pinu) 
ou aux entrecolonnements des 
maisons et que l'air faisait aller et 
venir. — Molli a, de matière souple, 
probablement en cire ou en laine; 
la laine avait un caractère favorable. 

6. Hinc, par suite de ces pra- 
tiques. 

7. Circum-egii : tmèse ; voy. 
p. 152, n. 12. Le vers a un sens 
général : partout où le dieu a mani- 
festé sa présence. 

8. Colurnis : ervius remarque 



156 



LES GÉORGIQUES. 



Est etiam ille labor curandis vitibus * alter, 
Cui nunquam exhàusti 2 satis est: namque omne quo- 

[tannis 
■Terque quaterque solum scindendum 8 glaebaque versis 
Aelernum* frangenda bidentibus ; omne levandum 400 
Fronde nemus 3 . Redit agricolis labor actus inorbem 6 , 
Atque in se sua per vestigia volvitur annus : 
Ac jam olim 7 seras posuit cum vinea frondes, 
Frigidns et silvis Aquilo decussit honorem 8 , 
Jam tum acer curas venientem extendit in annum 405 
Rusticus et curvo Saturni dente 9 relictam 
Persequitur vitem attondens 10 fingïtque putando. 
Primus humum fodito, primus devecta cremato 



dans ce sacrifice la réunion de l'ani- 
mal et de l'arbuste qui sont tous 
deux les ennemis de la vigne. 
" 4. Curandis vitibus, dat. de 
destination; voy. la n.3 delà p. 89. 

2. Exhàusti" : génitif partitif 
dépendant de salis ; le part, neu- 
tre est pris substantivement au 
sens du passif impersonnel : « ce 
fait qu'il y a eu épuisement». Cf. III, 

-.348 : « Ante expectatum ». — Nam- 
que introduit 1 explication de num- 
quara exhàusti satis est. 

3. Scindendum : aratro, tra- 
vail se combinant avec le travail à 
la houe, versis bidentibus. On 
explique versis en supposant que 
la houe, pourvue d'un fer à dents, 
était à l'autre extrémité terminée 
par une sorte de maillet, servant à 
briser les mottes. Cela est une pure 
conjecture. Versis peut peindre 
le mouvement vigoureux qui élève 
en l'air e hoyau avant de l'abattre 
sur le sol; cf. iactare, au v. 355. 

4. Aeternum, ace. pris adver- 
bialement, poét. et chez Tacite. 

5* Nemus, le vignoble, c.-à-d. 
la vigne et les arbres qui la portent. 
Cf. 308. 

6. Labor (qui) actus (erat) 
redit in orbem. 



7. Olim, antécédent de cuaK, 
repris dans la suite par tum. 
désigne un moment indéterminé, 
une occurrence de caractère géné- 
ral, un fait habituel. — Posuit : 
voy. p. 129, n. 9. 

8. Honorem. le feuillage. 

9. Saturni dente : la ÔcpitT) 
(harpe), sorte de serpe qui avait en 
avant de la lame recourbée une pointe 
aiguë ; la faucille, faix vinitoria, 
décrite par Col., IV, 25, 1, lui res- 
semble beaucoup. Saturne, dieu 
italique des semailles, a ïfini, sous 
l'influence des idées hel)éniques l 
par recevoir la protection générale 
des fruits de la terre. — Relictam : 
depuis la vendange, en septembre. 

10. At-tondens, mot bien choisi 
pour désigner le déchaussage, abla- 
queatio. Cette opération consistait 
à mettre à nu les grosses racines 
de la vigne et à couper jusqu'à une 
profondeur de un pied et demi les 
racines superficielles. Cet émondage 
donnait plus de force aux racines 
inférieures et les obligeait à cher- 
cher leur nourriture plus profondé- 
ment. Le déchaussage, que l'on 
commençait après le 15 octobre, 
était suivi de la taille, putatio. On 
taillait en automne dans les régions 



LIVRE II. 



157 



Sarmenta et vallos 1 primus sub tecta referto; 
Postremus metito 2 . Bis vitibus ingruit umbra, 
Bis segetem 3 densis obducunt sentibus herbae; 
punis ulerque labor. Laudato 4 ingentia rura: 
Exiguum colito. Nec non etiam 5 aspera rusti 6 
Vimina per silvam et ripis 7 fluvialis harundo 
Gaeditur, incultique exercet cura salicti. 
Jam 8 vinctae vîtes, jam falcem arbusta reponunc, 
Jam canit effectos extremus vinitor antes 9 : 
Sollicitanda tamen tellus pulvisque 10 movendus, 
Et jam maturis metuendus Juppiter 11 uvis. 

Contra non ulla 12 est oleis cultura; neque illae 
Procurvam exspectant falcem rastrosque tenaces, 
Cum semel haeserunt arvis aurasque tulerunt. 
Ipsa satis 13 tellus, cum dente recluditur unco, 
Sufficit umorem et gravidas cum vomere 14 fruges. 



410 



415 



420 



chaudes aux hivers doux (Col., IV, 
10 et 23; Var.,I, 34, 2; 35, 2; 36). 
4. Vallos, les tuteurs (359). 

2. Metito s'entend de la ven- 
dange. — Bis : autre opération, 
l'épamprement, qui débarrasse le 
plant du superflu de s'a végétation 
au printemps, et qui, un peu avant 
la récolte, dégage le fruit soustrait 
aux rayons du soleil par les petites 
branches. 

3. Segetem, la plantation. Le 
travail qui est ici décrit se faisait 
à la main. 

4. Laudato paraît ironique et 
s'oppose à colito, comme dans le 
modèle suivi par Virg., Hés., 
Œuvres et J., 643. — Col., I, 3, 8, 
cite un proverbe carthaginois : Le 
champ doit ètreinférieurau maître ; 
PL, N. H., XVIII. 35, un proverbe 
des vieux Latins : « Satius est 
minus serere et melius arare ». 

5. Nec non etiam] pléonasme 
isolé dans Virg. ; cf. nec non (2), 
nec non el{l, 212). 

6. Rusti : rustûm est un vieux 
mot désignant le grand houx, dis- 



tinct du ruscum, le fragon, plante 
comestible que l'on conservait d'ans 
un mélange de vinaigre et de sau- 
mure. A la On de l'antiquité, la 

forment s cw s (ruscitm) a supplanté 
l'autre et pris les deux sens. On faisait 
des liens {vimina) avec le rv.stum. 

7. Ripis = in ripis. 

8. Jam : voilà. — Arbusta, les 
plantations de vignes montées sur 
arbres; voy. p. 153, n. 7. 

9. Antes, le front des lignes, 
mot apparenté à ante. Effectos 
antes, c'est l'achèvement des antex 
ou des lignes; voy. p. 148, n. il 
(seclo limite). 

10. Pulvis ; l'opération est appe - 
lée pulveratio par Col., XI, 2, "60 
et IV, 28, 1. C'est le hersage {ocea- 
tio), qui brise les mottes de terre. 

11. Juppiter, qui fait tomber la 
grêle ou la pluie. 

12. Non ulla : par comparaison 
avec la vigne. 

13. SatiSj'de sata. — Dente, de 
la houe. 

1A. Cum (conjonction) vomere: 
recluditur. 



158 



LES GÉORGIQUES. 



Hoc * pinguem et placitam Paci nutritor olivam. 425 
Poma 2 quoque, ut primum truncos sensere valentes 
Et vires habuere suas,. ad sidéra raptim 
Vi propria nituntur, opisque haud indiga nostrae. 
Nec minus interea fétu nemus omne gravescit, 
Sanguineisque inculta rubent aviaria 3 bacis ; 430 

Tondentur cytisi ; taedas silva alta ministrat, 
Pascunturque ignés 4 nocturni et lumina fundunt. 
Et dubitant homines serere atque impendere curam? 

Quid majora sequar? Salices humilesque genistae 
Aut illae 5 pecori frondem aut pastoribus umbram 435 
Sufficiunt saepemque satis 6 et pabulamelli. 
Et juvat undantem buxo spectare Cytorum 7 
Naryciaeque 8 picis lucos, juvat arva videre 
Non rastris, hominum non ulli obnoxia curae. 
Ipsae Caueasio stériles 9 in vertice silvae, 440 

Quas animosi Euri assidue franguntque feruntquc 10 , 
Dant alios aliae fétus, dànt utile lignum, 
Navigiis pinos, domibus cedrumque cupressosque 11 . 
Hinc 12 radios trivere rôtis, hinc tympana plaustris 
Agrîcolae et pandas ratibus posuere carinas. 445 



1. Hoc : abl. de cause. — Nutri- 
tor : ces formes d'impérat. en -tor 
appartiennent à la langue archaïque 
et à la poésie ; nutrior, déponent, 
est très rare. 

2. Poma : les fruits, pour : les 
arbres fruitiers. 

3. A viaria, les Tôlières, pour : 
les bocages ; cf. 209. 

4. Ignés : les feux allumés dans 
la campagne par les bergers et les 
gens qui passent la nuit dehors, 
s'opposent aux torches qui servent 
dans la maison. 

5. Illae, pronom emphatique qui 
établit une opposition avec ma- 
jora. 

; 6. Satis, de sata, toutes produc- 
tions sur pied. 
7. Cytorum, montagne froide de 



Paphlagonie, dont les] buis étaient 
proverbiaux. 

8. Naryciae : Narycus ou Nary- 
cium, ville de Locride, fournit tes 
colons qui fondèrent Locres dans 
le Bruttium. Virg. applique l'épi- 
thete à la poix qui vient de la ville 
italienne ; picis, à son tour, désigne 
l'arbre par le nom du produit. 

9. Stériles, qui .e donnent pas 
de fruits comestibles, mais des pro- 
duits» {fétus) utiles. 

10. Ferunt : dont ils emportent 
les branches après les avoir bri- 
sées. 

41. Cupressosque élidé devant 
hinc ; voy. la n. 1 de la p. H 3. 

12. Hinc : e silvis. — Trivere : 
terere soient; voy. la n. 1 de la p. 94. 
— Tympana : des roues pleines. 



LIVRE IL 



159 



Viminibus salices, fecundae frondibus * ulmi, 

At 2 myrtus validis hastilibus et bona bello 

Cornus ; Ituraeos 3 taxi torquentur in arcus. 

Nec 4 tiliae levés aut torno rasile buxum 

Non formam accipiunt ferroque cavantur acuto ; 450 

Nec non et torrentem undam levis innatat 5 alnus, 

Missa Pado 6 , nec non et apes examina condunt 

Corticibusque cavis vitiosaeque 7 ilicis alveo. 

Quid mémorandum aeque 8 Baccheïa dona tulerunt? ■ 

Bacchus et ad culpam causas dédit ; ille furentes 455 

Centauros 9 leto domuit, Rhoetumque Pholumque, 

Et magno Hylaeum Lapithis cratère 10 minautem. 



4. Frondibus : les feuillages ser- 
raient à la pâture (Caton, Agr., 
6, 3). 

2. At oppose les arbres utiles 
pour la guerre à.ceux qui sont utiles 
en agriculture. — Bello, abl. djins- 
trument; cf. bello fessus." — 
Constr. : at myrtus et cornus 
bona bello (sunt fecundae) validis 
hastilibus. 

3. Ituraeos : l'Iturée était un 
canton montagneux, situé au N.-E. 
de la Palestine, rempli de cavernes 
et habité par une population de pil- 
lards. L'épithète est une épithète 
d'excellence, qui spécialise un objet 
par une variété ou une provenance 
particulière et remarquable. De la 
même manière les grandes forêts 
sont celles du Caucase (440), le 
bronze précieux vient de Corinthe 
(464) et la pourpre d'Assyrie (465), 
l'olive broyée par le cultivateur 
italien est l'olive de Sicyone (519), 
etc. Ce procédé remonte à Ho- 
mère. Un nom propre spécialise de 
la même manière; voy. 452. 

4. Nec (et il n'est pas vrai)... 
non (que... ne... pas...) - on voit 

fiar là comment se sont formées les 
iaisons nec non (voy. la n. 2 de la 
p. 128), nec non et (451; voy. p. 
106, n. 4). — Levés : prendre garde 
à la quantité de ce mot. 



5. -Innatat est construit transiti- 
vement, comme innare (III, 142). 

6. Pado = in Padum. L'indi- 
cation du Pô localise d"une manière 

Pittoresque l'usage des esquifs fa- 
riqués avec les arbres de la rive. 
Pl.,N. H., III, 117, dit que le Pô 
devient torrentueux à la fonte des 
neiges. 

7. Vitiosae, gâté. — Alveo 
compte pour deux syllabes. 

8. Quid mémorandum aeque : 
quel bienfait digne d'être célébré 
autant que ceux des arbres ; cf.- En., 
XII, 840. — Baccheïa, quatre syl- 
labes, Baxx'^ Va. L'a dj. est ordinai- 
rement Bacchëus depuis Ovide, ou 
Bacchicus (Ennius). 

9. Centauros : les Centaures, 
invités aux noces de Pirithoiis et 
d'Hippodamie, égarés par le vin (fu- 
rentes), livrèrent bataille aux Lapi- 
thes pendant le festin; voy. Ov., 
Met., XII, 210 suiv. Pholus, Rhoe- 
tus, Hylaeus sont des Centaures. 

40. Cratère, vase de forme et de 
dimension variable, où l'on mélan- 
geait le vin et l'eau pendant les 
repas. Sa taille pouvait être énorme, 
puisqu'un Rutule se cache derrière 
un de ces récipients (En., IX, 346). 
Ce vers semble avoir été suggéré 
par une œuvre d'art, probablement 
un bas-relief. 



160 LES GÉORGIQUES. 

fortunatos niraium 1 , sua. si boha norint, 
Agricolas! quibus ipsa 2 , procul discordibus armis. 
Fundit humo 3 facilem victum justissima tellus. 
Si 4 non ingentem foribus domus alta superbis 
Mane salutantum 5 totis vomit aedibus undam, 
Nec varios inhiant 6 pulchra testudine postes 
Illusasque auro 7 vestes Ephyreïaque 8 aéra, 
Alba neque Assyrio 9 fucatur lana veneno, 
Nec casia 10 liquidi corrumpitur usus olivi: 
At 11 secura quies et nescia fallere vita, 
Dives 12 opum variarum, at latis otia fundis, 



460 



463 



1. Nimium donne à fortuna- 
tos le sens d'un superlatif, ce qui 
est particulier à la langue familière. 

2. Ipsa, d'elle-même. 

3. Humo = ex ou de humo, en 
prose. 

4. Vers inspirés de Lucr., II, 
24 suiv., d'après Hom., Od., VII, 
84 suiv. 

5. Salutantum = salutan- 
tium, forme qui n'entre pas dans 
le vers. — La foule des clients ve- 
nait saluer le patron dès le matin. 

6. Inhiant, couvent des yeux; 
notre langue change la métaphore. 
Le verbe est transitif dans l'an- 
cien latin. — Testudine, incrusta- 
tions d'écaillé de tortue venant de 
l'Inde et de l'Ethiopie. Complément 
de varios (varialos). 

7. Illusas auro, dans lesquelles 
on s'est joué avec de l'or; à l'actif, 
illudere avec l'accus. signifie ré- 
gulièrement : se jouer de quelque 
chose. — Vestes, plur., inusité dans 
la prose classique; dans Virg., il a 
seulement le sens de « étoffes ». Le 
sg. vestis est un collectif désignant 
des étoffes ou l'ensemble de l'habil- 
lement. 

8. Ephyreïa : de Corinthe, dont 
l'ancien nom est Ephyré; Hom. se 
sert de l'un et de l'autre nom. Voy. 
p. *59, n. 3. 



9. Assyrio : synonyme de Sy- 
rio. La Phénicie, pays' de la pour- 
pre, faisait partie de la province ro- 
maine de Syrie. — Fucatur : « Pour 

'le simple paysan, ces nuances nou- 
velles que l'on donne à la laine la 
déguisent (fucatur) et l'empoison- 
nent, comme les parfums que l'on 
mêle à l'huile pure (olivum liqui- 
dum) la gâtent {corrumpitur) " » 
(Benoist). 

10. Casia : la cannelle, de l'Inde 
et de Ceylan, était importée en Oc- 
cident par des intermédiaires arabes 
et syriens,- ce qui induisait les an- 
ciens en erreur sur le pays d'ori- 
gine. 

11. At, trois fois répété; mêm 
mouvement dans Hor., Sat., I, 3, 
32-33. Le verbe commun est à la fin 
(471): non absunt. — Secura -- 
sine cura, sens étymologique; La 
Fontaine, Fables] XI, 4, 40 ; 
« J'aurai vécu sans soins ». —Nes- 
cia : avec l'inf. est poétique. — 
Fallere, au sens moral ; le bonheur 
des gens de la campagne est dû à 
leurs vertus, voy. 472-474. 

12. Dires avec le gén. est ordi- 
naire chez les poètes, — Latis fun- 
dis, abl. avec épithète, voy. la n. 5 
de la p. 137; les larges espaces où 
l'on respire , surtout les terrains de 
nature. 



LIVRE II. 

Speluncae vivique lacus, at frigida Tempe* 
Mugitusque boum mollesque sub arbore soini 
Non abstint. Illic saltus ac lustra ferarum 
£t patiens operum exiguoque* assueta juventus, 
•,-bacra deum* sanctique patres; extrema per illos 
Justitia* excedens terris vestigia fecit 

Me vëro primum» dulces ante omnia Musae, 
Quarum sacra» fero ingenti percussus amore 
Accipiant, caelique vias et sidéra monstrent, 
Defectus solis varios lunaeque labores ' • 
Unde tremor terris ; qua vi maria alta tumescant* 
Ob icibus rupùs*, rursusque in se ipsa résidant; 
Uuid tantum Oceano properent se tingere soles 
Hiberni vel quae tardis" mora noctibus ob 



161 



470 



475 



480 



1. Tempe : nom générique pour 
toute vallée fraîche. La véritable 
vallée de Tempe était une gorge de 
Thessalie, entre l'Ossa et l'Olympe 
arrosée par le Pénée. Plus tard on 
aménage des vallées de Tempe dans 

itnS de f - pi °P r ^ tés ' com me dans 
celle d Hadrien à Tibur. 

2. Exiguo, abl., qui est le cas 
du complément de assuetus. 

3. Sacra deum : Mie (471) 
sunt. Voy. la n. 6 de la p. 140. _ 
Patres : patres familias. Là se 
sont réfugiés les rits religieux des 
dieux, a sainteté de la famille. Ce 
qui explique la suite. 

4 Justifia : la vierge Astrée 
ou la Justice est remontée au ciel 
ou elle est devenue une constella- 
tion. 

5. Primum, adv., précisé par 
ante omnia s'oppose à l'hypothèse 
du v. 483, Sm. - Ante omnia 
se rapporte a accipiant. 

G. Sacra, les insignes et les 
oojets sacres, comme la ciste mys- 
tique, etc. L'expression est au figuré 
ît équivaut à : « dont je suit le 
Jretre ,,. _ Fero : hiatus à la cé- 
sure penthemimère. ~ Vir°- se 
epresente la tâche du poète ins- 



VIRGTLE. 



pire comme celle d'un savant qui 
explique les lois de la nature Poé- 
sie, science et religion étaient unies 
ai origine de la philosophie grecque 
et confondues dans certaines sectes 
Par ex. chez les Pythagoriciens! 
#£ ^ - 6 ' 31 ; le chant de Silène; 

rr /"' /* 7 Î?'- Ce . lui d ' Io P as ; TibulJe 
", 4, 15. Mais le poème de Lucrèce 
avait impose ces préoccupations à la 
génération de Virgile et accrédité les 
solutions épicuriennes. Il faut ajou- 
ter 1 influence d'Aratus, qui venait 
d être traduit par Cicéron et qui 
nkus Ctre de n0UTeau P ar Germa- 

ell L , ahores '■ 'es éclipses (de- 
fectus), « quod vulgo dicunt : La- 
borat luna » (Servius). 

8. Tumescant ; le contexte 
montre que Virg. pense au grandi 
mouvements de la mer qui acecom- 
pagnent les secousses^sismiques, 

9. Objicibus ruptis : des acci- 
dents comme la rupture qui se pro- 
duisit aux colonnes d'Hercule et qui 
est citée par un commentateur an- 

10. Tardis, lentes à venir. 

11 



162 



LES GÉORGIQUES. 



Sin 1 , lias ne possim naturae accenere partes, 
Frigidus obstiterit circum praecordia sanguis, 
Rura mihi et rigui placcantin vallibus amnes ; 
Flumina amem silvasque inglorius. 2 ubi campi 
Spercheosque 3 et virginibus bacchata Lacaenis 
Taugeta 4 ? o qui me gelidis con vallibus Haemi^ 
Sistat, et ingenti ramorum protegat uinbra? 
Félix qui potuit rerum cognoscere causas 6 , 
Atque metus omnes et inexoi'abile fatum 
Subjecit pedibus, strepitumque Acherontis avari ! 
Fortunatus et ille 8 deos qui novit agrestes, 
Panaque 9 Silvanumque senem Nymphasque sorores ! 
Illum non populi fasces 10 , non purpura regum 495 

Flexit 11 , et infidos agitans discordia fratres 12 , 



k%$ 



k$0 



1. Sin sanquis (meus) obstite- 
rit circum praecordia frigidus 
(attribut) ne possim. etc. Ëmpé- 
docle faisait du sang qui entoure le 
cœu,i l'organe de la pensée. 

2. Ce vers et les suiv, 'expriment 
le souha.it de mener ia vie des gens 
de la campagne (voy. 493-494, 500- 
501, 513-531), que Virg. oppose 
aux méditations philosophiques. Il 
ne veut pas direqu'il se rabattra sur 
le poème rural comme sur une sorte 
de pis-aller. 

3. Spercheos, fleuve de Thessa- 
liç (auj. Ilellada), qui coule entre 
des montagnes de 1000 à 2000 mè- 
tres et se jette dans le golfe Ma- 
liaque. — Virginibus = a virgi- 
nibus. — Bacchata, passif. 

4. Taugeta, TaOye^ov, à l'é- 
poque romaine TauysTa, le Tay- 
gète, chaîne de montagnes qui s'a- 
vance d'Areadie à travers laLaconie 
jusqu'au rap Ténare. Taygeta est 
une orthographe étrangère au texte 
de Virgile" 

5. Haemi, les Balkans. — 
c Dieux! que ne v-ùs-je à^èase à 
l'ombre des forêts. » (Racine. Phè- 
dre). 

6. Tout ce mouvement est une 



allusion à Lucrèce, dont la philoso- 
phie -e proposait de supprimer chez 
l'homme la crainte des enfers; 
Lucr., III, 37 : « Metus ille foras 
praeceps Acheruntis agendus ». 
L'Achércn est un des fleuves des 
enfers. 

7. Strepiium, le bruit que l'on 
fait autour, l'opinion vulgaire sur. 
— Avari, qui ne rend point sa 
proie. 

8. Fortunatus et ille : symé- 
trique et synonyme de Félix qui. 
Le poète savant, et* le cultivateur 
sont mis sur le même pied. 

9. Prt/>a(acc.de forme grecque), 
dieu grec (III, 395), inventeur de la 
syringe. identifié par les Latins à 
Silvain ou à Faune. — Senem : le 
Silvain proprement latin n'est pas 
ub vieillard; Virgile superpose au 
Silvain latin le Silène grec. 

10. Fasces, symboles de Yimpe- 
rium dont seuls sont investis, par- 
mi les magistrat* ordinaires, le 
consul (douze licteurs) et le préteur 
(six licteurs, mais deux à Rome). 

il. Flexit. commence une série 
de passés indiquant l'habitude (voy. 
la n. 1 de la p. 94). 

12. Fratres : Lucrèce, III, 72 : 



LIVRE ïï. 



Aut conjurato descendens Dacus 1 ab Histro; 
Non res Romanae perituraque régna ; neque ille 
Autdoluit miserans inopem aut invidit habenti 2 . 
Quos ranli fructus, quos ipsa volentia rura 
Sponte tulere sua, carpsit, nec ferrea jura 
Insanumque forum 3 aut populi tabularia vidit. 
Sollicitant alii 4 remis fréta caeca rui 



untque 
,^ regum. 
urbem 6 miserosqûe Pénates, 



In ferrum : pénétrant 5 aulas et limina regum 
Hic petit excidiis urbem 6 miserosqûe Pénates 



163 



500 



505 



« Crudeles gaudent in tristi funere 
fratres». Allusion générale aux em- 
bûches que se tendent des frères 
dans les guerres civiles. 

1. Dacus : les Daces, qui avaient 
constitué un royaume puissant 
entre le Danube et la mer Noire, 
Ils ont longtemps menacé Rome 
d'une invasion au N.-E., par la 
Pannonie [(Alpes de Carinthie), et 
en 722/32, se déclarèrent en faveur 
d'Antoine. Le Danube formait leur 
limite à l'ouest et au sud et les 
séparait des Gètes, peuple de même 
race que les Daces et les Thraces. 
Diverses campagnes eurent alors 
pour objectif d'inspirer aux Daces 
la crainte du nom romain, princi- 
palement en frappant les peuples 
intermédiaires, les Pannoniens, 
attaqués par Octave en 720/34, les 
Gètes, soumis partiellement par 
Crassus en 725/29. Entre 25 et 50 de 
notre ère, les Daces furent éloignés 
des passages sur l'Italie par les 
Jazyges, qui les refoulèrent au delà 
du Pathissus (la Theiss) et s'instal- 
lèrent eux-mêmes entre cet affluent 
du Danube et le Danube. — Des- 
cendens, des Carpathes, ou plutôt 
des montagnes de Pannonie, les 
Alpes de Carinthie, voisines de l'Ita- 
lie. — Ab indique le pointée départ 
du mouvement; ils quittent le Da- 
nube (Histro) pour descendre. — 
Conjurato s'entend d'une coalition 
des peuples du Danube, spécialement 
des Gètes, avec les Daces, de sorte 
que Histro est pris à la fois au sens 



propre et au figuré pour désigner 
les peuples qui habitent ses rives 
(voy. la n. 2 de la p. 127). Cepen- 
dant Servius rapporte une interpré- 
tation moins contournée d'Aufidius 
Modestus, contemporain de Plu- 
tarque : « du Danube par lequel ils 
ont prêté serment ». Les Daces au- 
raienteû coutume, chaque fois qu'ils 
partaient»en expédition, de boire de 
l'eau du fleuve en jurant de ne pas 
rentrer autrement que victorieux. 

2. A la campagne il n'y a ni pau- 
vres ni riches, chacun a ce qu'il 
lui faut. 

3. Forum, lieu commun aux 
luttes des plaideurs et à celles des 
partis. — Tabularia, où se con- 
servent les baux et les marchés de 
l'Etat, ainsi que les actes de l'état- 
civil. Le tabularium est cet édilice, 
remontant à l'époque républicaine, 
qui, remanié et en partie rebâti, do- 
mine encore le forum. Il y avait 
aussi des archives avec le trésor pu- 
blic dans le temple de Saturne, re- 
construit en 712~/43, sur le forum, 

4. Alii, les habitants des villes, 
d'autres, opposés à ceux de la cam- 
pagne (495 et 498). — Caeca, rece- 
lant des périls cachés; cf. I, 464. 

5. Pénétrant, non par l'intrigue, 
mais le fer à la main (in ferrum). 
Ces deux vers décrivent les attaques 
dirigées contre les princes étran- 
gers ; les suivants, celles qui mena- 
cent Rome (urbem) et les citoyens. 

6. Urbem, l'Etat; Pénates, les 
foyers particuliers ; les proscriptions 



164 



LES GÉORGIQUES. 



Ut gemma 1 bibat et Sarrano dormiat ostro; 

Condit opes alius, defossoque incubât auro; 

Hic stupet attonitus rostris 2 ; hune plausus hiantem 

Per cuneos 5 , geminatus enim, plebisque patrumque 

Corripuit 4 ; gaudent perfusi sanguine fratrum, 510 

Exsilioque domos et dulcia limina mutant, 

Atque alio patriam quaerunt sub sole jacentem. 

Agricola incurvo terram dimovit aratro 5 : 

Hinc anni labor 6 , hinc patriam parvosque nepotes 

Sustinet, hinc armenta boum meritosque juvencos; 515 



ont satisfait bien des haines privées 
et des cupidités inavouables. On a 
voulu voir dans ces vers des allu- 
sions aux intrigues et aux crimes 
des rois et des grands ambitieux de 
l'époque. Mais ces allusions seraient 
déplacées dans un éloge de l'agri- 
culture. Il ne peut être question que 
de particuliers qui ont cherché, à 
la faveur des guerres et des discor- 
des civiles, à faire fortune et à 
réunir dans leur demeure les ri- 
chesses de l'Orient. La guerre était 
alors un métier et un moyen de 
s'enrichir (Prop., III, 5, 3-6; 12, 
1-6; Tib., I, 1, 1-6; 75-78; etc.; cf. 
Catulle, 10, 9-13). 

4. Gemma, un vase taillé dans 
une pierre rare, comme l'étaient les 
vases myrrhins et, par ex., la belle 
coupe dite des Ptolémées, conservée 
au Cabinet des médailles ;voy. Cic, 
Ver., IV, 62; Sén., Dial., I, 3, 13. 
— Sarrano : de Tyr, appelée ancien- 
nement Sarra. 

2. Rostris, abl. de cause ; la tri- 
bune aux harangues était garnie 
.d'éperons de navires. César l'avait 
fait reconstruire sur le forum, à 
l'ouest; vers le temps où Virg. 
écrivait, Octave disposait à l'autre 
extrémité, en avant du temple de 
César, une autre tribune, les rostra 
Julia. — Plausus : les applaudis- 
sements qui saluent au théâtre les 
personnages en vue. 

3. Cuneos : les gradins séparés 



par des allées rayonnantes, for- 
maient des secteurs. — Enim, bien 
entendu; adverbe aflirmatif qui n'est 
pas sans quelque ironie. 

4. Corripuit : ce verbe, « saisir 
brusquement, violemment », dans 
l'explication ne doit pas être séparé 
de hiantem ; le quidam est saisi 
bouche bée par la surprise et l'ad- 
miration. — Gaudent : cette joie 
criminelle est courte ; ils doivent 
bientôt, par un juste retour, pren- 
dre le chemin de l'exil (exsilio 
mutant). — Perfusi : tour sem- 
blable au tour grec êXittÇwv x.aîpet, 
pour indiquer la cause du sentiment, 
au lieu de gaudere quod avec le 
subjonctif. 

5. Cf. I, 494. 

6. Labor : le début du cycle 
annuel des travaux champêtres , 
cf. 401-402. Ce travail est une occu- 
pation stable et définie d'avance, 
qui s'oppose aux agitations mala- 
dives et hasardeuses des citadins. 
— Nepotes, les petits enfants, qui 
réclament les soins et l'entretien. 
Ainsi surgit l'image de la ferme où 
toute une famille trouve son emploi, 
avec les fils déjà mariés travaillant 
sous la direction du père. Patriam, 
dès lors, désigne probablement le 
domaine rural, le « pays_», comme 
le voulait Donat. Le paysan, dans 
un horizon limité, est à l'abri des 
risques et ne court aucune aven- 
ture. 



LIVRE II. 



165 



Nec requies/ quin aut pomis exuberet annus ' 
Aut fétu pecorum aut Cerealis mergite culmi, 
Proventuque oneret sulcos atque horrea vincat. 
Venit hiems : teritur Sicuonia 2 baca trapetis; 
Glande sues laeti redeunt; dant arbuta silvae; 520 
Et varios ponit 3 fétus autumnus, et alte 
Mitis in apricis coquitur vindemia saxis. 
Interea dulces pendent circum oscula 4 nati; 
Casta pudicitiam servat domus; ubera vaccaa 
Lactea demittunt, pinguesque in gramme laeto 525 
Inter se adversis luctantur cornibus haedi. 
Ipse 5 dies agitât festos, fususque per herbam, . 
Ignis ubi 6 in medio et socii cratera coronant 7 , 
Te, l'ibans, Lenaee 8 , vocat, pecorisque magistris 
Velocis jaculi certamina ponit 9 in ulmo, 530 

Corporaque agresti nudant praedura palaestrae 10 . 

Hanc olim veteres vitam coluere Sabini, 
Hanc Remus et frater; sic fortis Etruria. crevit 
Scilicet 11 et rerum facta est pulcherrima Roma 
Septemque una sibi muro circumdedit arces 12 . 535 
Ante etiam sceptrum 13 Dictaei régis et ante 



1. Necrequies quin = semper. 

2. Sicuonia : de Sicyone ; près 
de Corinthe ; épithète d'excel- 
lence, voy.^. 159, n. 3. 

3. Ponit, laisse tomber, cf. 14. 

4. Oscula, diminutif de os, 
mais avec la suggestion des baisers 
vers lesquels se tendent les bou- 
ches. 

5. Ipse, le maître, chef de la fa- 
mille. Cf. IV, 112. 

6. Ubi ignis (sur un autel de 
gazon) (est) in medio. 

7._ Coronant : de fleurs, avant 
la libation. Voy. p. 159, n. 10. 

8. Lenaee : voy. p. 129, n. 2. 
Ce livre, placé sous l'invocation 
de Bacchus et consacré surtout à la 
culture de la vigne, se termine sur 



le tableau de la fête des vendanges 
et du sacrifice au dieu. « Ce choix 
est une preuve de l'art avec lequel 
Virgile composait. » (Benoist). — 
Magistris, les bergers. 

9. Certamina ponit, établit une 
lutte, in ulmo, dont le but est 
placé sur un orme. 

10. Palaestrae= adpalaestram. 
11*. Scilicet, certainement; voy. 

p. 112, n. 1. — Rerum renforce 
pulcherrima, qui est une épithète : 
Sic Roma, pulcherrima rerum, 
facta est. 

12. Arces : les sept collines, 
c.-à.-d. l'Aventin, le Capitule, 
le Caelius, l'Esquilin, le Palatin, 
le Quirinal et le Viminal. 

13. Sceptrum = regnum. — 



165 



LES GÉORGIQUES. 



Impia quam caesis gens est epùlata juvencis 1 , 
Aureus hahc vitam in terris Saturnus 2 agebat; 
Necdum etiam audierant inflari classica, necdum 
ïmpositos duris crepitare incudibus enses. 540 

Sed nos immensum spatiis 3 confecimus aequor, 
Et jam tempus* equura spumantia solvere colla. 



livre m 

A Paies et aux divinités des troupeaux ce chant d'un genre 
nouveau (1-11), 'qui vaudra le triomphe au poète; en sou- 
venir de sa victoire, il élèvera sur les bords du Mincio un 
temple à la gloire de César (12-48). Un choix sérieux doit 
être fait des génisses destinées à la reproduction (49-71) 
aussi bien que des étalons (72-122). Pour les deux espèces, 
on alimentera largement les mâles (123-128) et on fera mai- 
grir les femelles (129-137) avant le rapprochement; après, 
on devra entourer de soins les femelles (138-145) et les mettre 
à l'abri des taons (146-156). Quand les mères seront délivrées, 
on marquera les nouveau-nés et on les répartira suivant leurs 
tâches futures (157-162). On exercera peu à peu les veaux 
destinés aux charrois (163-178). On domptera les poulains et 
on les dressera (179-208). Si on veut maintenir ces animaux en 
pleine force, on les écartera de Vénus (209-211), qui mine 



Dictaei : Dicté, montagne de Crête, 
dont une grotte abrita l'enfance de 
Jupiter. 

4. Ce vers est inspiré par Aratus, 
130-133. D'après Var.,A'. B., II, 5,4, 
les anciens, anliqui, avaient défen- 
du de tuer le bœuf sous peine de 
mort. 

2. Saturne, dieu latin, avait eu 
un règne paisible commémoré dans 
les Saturnales où toUs retrouvaient 
la liberté et l'égalité. Le Kronos 
grec, avec qui les Latins l'identi- 
fièrent, avait régné au temps de 
l'âge d'or, et depuis avait transporté 



son empire dans les îles des Bien- 
heureux. Virgile eombine les deux 
légendes. Cl En., VIII, 319. 

3. Spatiis, les tours que font 
les chars dans l'arène en revenant 
à leur point de départ. — Aequor 
= campum. 

4. Tempus, attribut; tempesti- 
vum. — Equum, gén. plur. du type 
virum, voy. la n. 1 de la p„ 140. 
Virg. a plus souvent equorum. — 
Spumantia : l'épithète, qui logi- 
quement qualifie equum, est trans- 
portée à colla (hypallage). Voy. 
l'introduction, p. xxxn. 



LIVRE III. 



1G7 



souvent les taureaux et les rend furieux (212-241). Car 
l'Amour est le maitre de toute la nature (242-265). Il est 
surtout puissant sur les cavales que féconde le Zéphyre 
(266-283). — Mais il est temps de parler du petit bétail et de 
continuer à frayer un sentier nouveau sur le Parnasse, avec 
l'aide de Paies (284-294). Les étables des brebis et des chèvres 
seront convenablement orientées et aménagées (295-304). Les 
chèvres sont très productives et faciles à conduire (305-317); 
on doit donc les soigner quand elles sont à letable (318-321). 
En été ; chèvres et brebis pâturent en plein air (322-338). 
Cette vie de bergers est la vie nomade des Libyens (339-348). 
Par contre, durant la nuit hivernale du Septentrion, les 
Scythes passent le temps dans des antres souterrains, jouant, 
mangeant, buvant (349-383).' On devra prendre les soins 
utiles pour avoir une laine couleur de neige (384-393). 
D'autres soins procureront du lait et du fromage (394-403). 
De bons chiens seront fidèles gardiens et meute agile (404- 
413). On poursuivra les serpents qui cherchent à se glisser 
dans les étables (414-439). Enfin on arrêtera promptement 
les maladies par des remèdes (440-456), au besoin par ie 
sacrifice de la bête malade (457-473). C'est une contagion 
pestilentielle qui a ravagé pour de longues années les Alpes 
du Norique et les bords du Timave (474-566). 



Te quoque. magna Pales 1 , et te memorande, canemus, 
Pastor ab Amphrysb 2 , vos, silvae amnesque Lycaei. 
Cetera 5 , quae vacuas tenuissent carminé mentes, 
Omnia jam vulgala : quis aut Eurysthea 4 durum 
Aut illaudati 5 nescit Busiridis aras? 5 



4. Pal"s, déesse du pâturage. En 
indiquant le sujet, Virgile invoque 
en même temps les dieux qui con- 
7iennent. 

2. Ab Amphryso équivaut à une 
épithète. Apollon, dépouillé de sa 
divinité pour avoir tué les Cyclopes, 
lit paître les troupeaux d'Admète, roi 
de Thessalie, sur les bords de l'Am- 
phryssos. — Lycaei : cette mention 
évoque le dieu du Lycée, Pan : voy. 
b. 91, n . 1 . 



3. Cetera : tous les autres su- 
jets, qui ont été traités' souvent 
(vv.tgata) par les Alexandrins dans 
de petites épopées. — Tenuissent/. 
conditionnel de sens passé. 

4. Eurysthea, ace. de forme grec- 
que. Eurysthée, roi d'Argos, imposa 
les douze travaux à Hercule. On 
peut comparer Théocr., 25, 162 suiv. 

5. Illaudati : litote et emploi du 
participe au sens d'un adj. en ~biïis. 
Busiris, roi d'Egypte, immolait les 



168 



LES GEORGIQUES. 



Cui 1 non dictus Hylas puer et Latonia Delos 
Hippodameque 2 , umeroque Pelops insignis eburno, 
Acer equis? Temptanda via est, qua me quoque 3 possim 
Tollere humo victorque virum volitare per ora 4 . 
Primus 5 ego in patriam mecum, modo vita supersit, 10 
Aonio 6 rediens deducam vertice Musas; 
Primus Idumaeas/ referam tibi, Mantua, palmas ; 
Et viridi in campo templum de marmore 8 ponam 
Propter aquam, tardis ingens ubi flexibus errât 
Mincius et tenera praetexit 9 Larundine ripas. 15 



étrangers à Jupiter et fut tué par Her- 
cule. Sujet traité par Callimaque. 

1. Cui = a quo. — Hylas : voy. 
la n. de Bue, 6, 44. Sujet traité 
par Apollonius de Rhodes, Théo- 
crite, Nicandre. — Delos, île des 
Cyclades, où Latone mit au monde 
Apollon et Diane, sur le Cynthe. 
Sujet célébré par Callimaque dans 
un hymne à Délos. 

2. Hippodame ( l litizoôà\ir\) : 
Hippodamie devait devenir l'épouse 
de celui qui vaincrait dans la course 
de chars son père Œnomaùs, roi 
d'Elide, dont les chevaux, fils du 
vent (voy. plus loin, 275), étaientles 
plus rapides. Œnomaùs, toujours 
vainqueur, tuait les concurrents. 
Pélops finit par l'emporter avec des 
chevaux ailés que lui avait donnés 
Poséidon. — Ùmero : Tantale, roi 
de Lydie, servit aux dieux, pour les 
tenter, les membres de son fils 
Pélops. Les dieux ne touchèrent 
point à ce mets, sauf Cérès qui 
mangea une épaule par-distraction. 
Quand ils ressuscitèrent Pélops, 
Cérès lui mit une épaule d'ivoire. 

3. Quoque, à mon,tour, après les 
poètes grecs. 

' 4. Ennius, dans Cic, Tusc, 
I, 34 : « Volito vivôs (nomin.) per 
ora virum ». — Virum : voy. p. 
140, n. 1. 

5. Primus : les poètes latins 
aiment à revendiquer la priorité 
dans le genre qu'ils introduisent à 



Rome; Lucr., I, 117 : « Ennius... 
qui primus amoeno jdetulit exHeli- 
cone perenni fronde coronam,j per 
gentes Italas quae clara clueret ». 

6. Aonio : les Aoniens, tribu 
établie anciennement en Béotie, 
ont donné leur nom à la chaîne 
qui longe le golfe de Corinthe et 
où se trouvaient l'Hélicon (auj. 
Zagara, 1527 m.), le val des Muses 
et l'Hippocrène. Ascra, ville natale 
d'Hésiode, n'est séparée de-l'Hélicon 
que par le cours du Permesse ; 
Virg.,£wc, 6, 65 et 70, établit un 
rapport étroit entre le vieillard d'As- 
cra et les monts Aoniens. Il dit 
ici qu'il a introduit à Rome la 
poésie hésiodéenne. — Rediens : 
de cette lutte qu'il imagine et où 
il a vaincu. 

7. Idumaeas, du pays d'Edom, 
à cette époque la partie méridionale 
de la Palestine. — Mantua : Virg. 
passe de la grande patrie à la petite. 
— tPalmam dare et deducere sont 
des expressions habituelles à propos 
du triomphe romain. 

8. De marmore : construction 
étrangère à la langue classique 
(marmoreum). — Le temple est 
une allégorie comme le concours 
poétique où Virgile se voit victo- 
rieux. Ce temple est un poème his- 
torique qu'il veut composer en 
l'honneur d'Octave. 

9. Praetexit, composé de teœere, 
« tisser, entrelacer ». 



LIVRE III. 



169 



In meclio mihi Caesar 1 erit, templumque tenebit. 
Mi 2 , victor ego et Tyrio conspectus in ostro, 
Centum quadrijugos agitabo 3 ad flumina currus. 
Cuncta mihi, Alpheum linquens lucosque Molorchi 4 , 
Cursibus et crudo decernet Graecia caestu. 20 

Ipse, caput tonsae foliis ornatus 3 olivae, 
Dona feram. Jam nunc 6 sollemnes ducere pompas 
Ad delubra juvat caesosque videre juvencos, 
Vel scaena ut 7 versis discedat frontibus utque 
Purpurea intexti tollant 8 aulaea Britanni. 25 

In foribus 9 pngnam ex auro solidoque elephanto 



i. Caesar : la statue d'Octave, 
telle la statue d'un dieu au fond 
de la cella d'un temple. 

2. Mi : en son honneur ; voy. la 
n. 5 de la p. 90. — Victor : dans la 
lutte poétique ; voy. v. 9. — Cons- 
pectus supplée un adj. en -bilis qui 
n'existe pas. — Ostro : la toga pi- 
cta, écarlate, ornée de broderies, 
portée par ceux qui donnaient les 
jeux et les présidaient. 

3. Agitabo : il donnera le signal, 
comme editor ludi. — Flumina : 
plur. poét.; le Mincio l'emportera 
sur l'Alphée, rivière qui coule près 
d'Olympie et sur les bords de 
laquelle ont lieu tous les quatre 
ans les jeux olympiques. 

4. Molorchi : le pasteur Molor- 
chus reçut Hercule quand il vint 
tuer le °lion de Némée. Les jeux 
Néméens, fondés ou restaurés par 
Hercule, avaient lieu tous les deux 
ans à Argos au temps de Virgile. 

5. Ornatus, sens moyen : « s'é- 
tant orné la tête ». Comme sacrifi- 
cateur, Virgile»portera la couronne 
d'olivier. — Tonsae : dont les feuil- 
les trop longues ont été enlevées; 
une couronne bien égale. 

6. Jam nunc : le moment est 
venu ; Virgile s'y voit déjà. — Pom- 
pas, la procession solennelle qui 
ouvrait les jeux ; à Rome, on y 



portait les images des dieux du 
Capitule. Le sacrifice suivait, avant 
les jeux. 

7. Vt : videre a deux espèces de 
compléments, un complément direct 
et deux interrogations indirectes. 
Cf. p. 109, n. 8. — Versis fronti- 
bus : décors peints sur des châssis 
tournant autour d'un axe; le chan- 
gement de scène se faisait par rota- 

-tion. — Discedat : un autre système 
de décors formait le fond, à l'aide de 
châssis verticaux glissant dans des 
rainures. Le changement décrit est 
donc complet grâce à deux manœu- 
vres simultanées. 

8. Tollant : chez les anciens, 
le rideau montait pour cacher la 
scène, au lieu de descendre comme 
chez nous. Les Bretons, brodés 
dans le tissu, paraissaient soutenir 
et élever la tenture. Virgile, en les 
montrant dans cette besogne d'es- 
claves soumis (cf. I, 30), devançait 
les désirs d'Octave, qui projeta, 
en 720/34 et en 727/27, de passer en 
Bretagne, à l'imitation de César. 
On, ne sait quand se place une 
ambassade de chefs bretons men- 
tionnée par le monument d'An- 
cyre, 32. 

9. Foribus : templi. — Solido 
qualifie aussi auro ; voy. p. 137, 
n. 9. 



170 



LES GÉORGïQUES. 



Gangaridum 1 faciam victorisque arma Quirinî, 
Atquehic* undantem bello magnumqae fluentem 
Nilum 3 ac navali surgentes aère columnas*. 
Addam urbes 5 Asiae doraitas pulsumque Mphaten, 
Fidentemque fuga Parthum r versisque sagittis, 
Et duo rapta manu diverso 7 ex hoste tropàea, 
Bisque 8 Iriumphatas utroque ab litore gentes. 
Slabunt et Parii lapides 9 , spirantia signa, 
Assaraci 10 proies demissaeque ab Jove gentis 



35 



1. Gangaridum, gén. plur. de 
Gangarida, forme qui n'est pas 
rare pour les noms étrangers, même 
en prose. Les Gangaridae ou Gan- 
davidae habitaient à l'embouchure 
du Gange. Pendant son séjour à 
Samos, dans l'hiver- 724/30-725/29, 
Octave reçut des ambassades, no- 
tamment de l'Inde, qui frappèrent 
les imaginations. Les peuples 
d'Orient croyaient que le nouvel 
Alexandre allait détruire l'empire 
parthe et paraître sur les bords du 
Gange. Virgile décrit prophétique- 
ment ces exploits. Voy . Il, i 72. — Qui- 
nni : le dieu des Quirites, auquel 
on identiGa Romulus, devient Oc- 
tave vainqueur incarnant le génie 
du peuple romain. Le 16 janvier 
727/27, Octave reçut du sénat le 
surnom d'Auguste ; on avait pro- 
posé de l'appeler Romulus. 

2. Hrc : sur un des battants de 
la porte, l'autre étant occupé par 
la représentation de la guerre de 
l'Inde. — Undantem : aux ondes 
agitées par les flottes guerrières. 
— Bello, abl. d'instrument. — Ma- 
gnum : adjectif pour l'adverbe. 

3. Nilum : le Nil représente 
l'Egypte (voy. la note 2 de la p. 127). 
centre des opérations d'Antoine et de 
Cléopàtre. 

4. Columnas : avec les éperons 
des navires ennemis, Octave fit 
faire quatre colonnes de bronze qui 
décoraient le Capitole depuis Do* 
iriitien jusqu'au temps du com- 



mentateur Servius (fin du iv 9 siècle 
ap. J.-C). 

5. Urbes : les villes étaient re- 
présentées par des femmes cou- 
ronnées de tours. — Xiphaten : chez 
les géographes, montagne d'Armé- 
nie, mais chez les poèteâ, fleuve 
du même pays. Phraate, roi des 
Parthes, avait battu le roi Arta- 
vazde d'Arménie et lui substitua 
Artaxe qui fit massacrer les rési- 
dents romains (avant la bataille 
d'Actium). Dans l'hiver 724/30- 
725/29, Octave ne put s'occuper 
des affaires d'Arménie, qui ne fu- 
rent réglées qu'en 734/20, par Ti- 
bère (voy. notre éd. classique d'Ho- 
race, p. 465). Virgile devance encore 
les événements. 

6. Parthum : sg. collectif; 
voy. la n. 2 de la p. 142. Voy. notre 
éd." class. d'Horace, p. 366, n. 7. 

7. Diverso : opposé (sens propre 
du mot), donc à l'Orient et à l'Occi- 
dent. 

8. Bis répète diverso et est ré- 
pété par utroque; la victoire est 
double par le lieu. Mais litore ajoute 
l'idée de combats sur mer. — Tri- 
umphatas : premier ex. de ce pas- 
sif, qui se rencontre surtout en 
poésie et surtout au participe. 

9. Lapides : le plur. du nom de 
matière indique la pluralité des ob- 
jets fabriqués; des statues. Le marbre 
de Paros est le marbre statuaire par 
excellence. Cf. En., VI. 848. 

10. Assaraci la série généalo- 



LIVRE III. 



171 



Nomina*, Trosque parens et Trojae Cynthius auctor. 
Invidia 2 infelix Furias amnemque severum 
Cocyti 5 metuet tortosque Ixionis angucs 
Immanemque rotam et non exsuperabile 4 saxum. 

Interea Dryadum 5 silvas saltusque sequamur 40 
Intactos 6 , tua, Maecenas, jiaud mollia jussa. 
Te sine 7 nil altum mens inchoat. En âge. segnes 
Rumpe moras; vocat ingenti clamore 8 Githaeron 
Taugetique 9 canes domitrixque Epidaurus equorum. 
Et vox assensu nemorum ingeminata remugit. 45 

Mox 10 tamen ardentes accingar dicere pugnas 



gique en descendant est ; Zeus, Dar- 
danus, Erichthonius, Tros, Assa- 
racus, Capys, Anchise, Enée. 
(Hom., IL, XX, 215 suiv.). La gens 
Julia, à laquelle Octave apparte- 
nait par l'adoption de César, pré- 
tendait remonter à Iule, fils d'Enée. 

4. Nomiiia, les gloires. — Cyn- 
thius auctor : Apollon, né sur le 
Cynthe (voy. p. 44, n. 5), qui bâtit les 
mursdeTroie (voy. p. 126, n. 4), est 
aussi le dieu protecteur d'Octave. 

2 Invidia, bas-relief allégorique ; 
la Haine sacrilège des ennemis du 
dieu Octave est précipitée aux Enfers. 

3. Cocyti : Kdntuxoç (Od., X. 
514), fleuve des enfers qui reçoit 
l'Achéron (En., VI, 297) et forme 
avec lui le marais du Styx ()'&., 323), 
— Angues : les serpents lient Ixion 
à la roue sur une représentation 
d'un vase grec de Cumes ; cette 
donnée est isolée dans la littérature. 
Ixion, roi des Lapithes, fut con- 
damné à être attaché à une roue 
tournant sans fin pour avoir ou- 
tragé Héra. — Noter Ixionis. 

4. Exsuperabile, au sens actif. 
comme dans l'annaliste Claudius 
Quadrigarius (A. G., XVII, 2, 14). 
C'est le rocher que Sisyphe, roi 
d'Ephyre ou Corinthe (cf. II, 464), 
et voleur de grand chemin, est con- 
damné à rouler au sommet d'une 
montagne et qui retombe toujours. 



5. Dryadum: voy. p. 90, n. 4. 
— Sallus, passages montagneux 
couverts d'arbrisseaux et où pais- 
sent les troupeaux. 

6. Intactos : inexplorés ; en 
même temps, Virg. suggère la nou- 
veauté de sa tâche chez les Romains. 
Voy. 10-11. — Haud mollia (£= 
perfectu facilia) jussa : apposition 
à la phrase. 

7. Te sine : ana>trophe; voy. p. 
102, n. 2. — En âge : Virg. invite 
.Mécène à s'associer à son entreprise ; 
cf. II, 39. 

8. Clamore : Virg. croit enten- 
dre les appels des animaux qui sont 
le sujet de ce livre. — Cithaeron : 
chaîne qui sépare l'Attique de la 
Béotie et de la Mégaride, formant 
une région boisée, et giboyeuse, 
célèbre aussi par les histoires 
mythologiques de chasse dont 
Actéon et Penthée sont les héros. 

9. Taugeti : voy. p. 162, n. 4. 
Les chiens de Laconie étaient célè- 
bres (345 et 405). — Epidaurus, 
ville d'Argolide, contrée réputée 
pour ses chevaux (Hor., Od.. I, 7 
9)- 

10. Mox, « dans un avenir pro- 
chain », explique interea (40). — 
Accingar : moyen réfléchi employé 
au sens figuré, : je me ceindrai, j'en- 
treprendrai. La construction avec 
l'inf. se trouve aussi dans Tacite.- 



172 LÈS GÉORGIQUES. 

Caesaris, et nomen fama tôt ferre « per annos 
Tithoni prima quot abest ab origine Caesar 

beu quis, Olympiacae mîratus' praemia palmae 
Pascit equos, seu quis fortes ad ar'atra juvln S ' 50 
For™ h PraeCIpUe matrum Ie ^ at ' Ptima tome 
F , Z f mi tUrp ° 3 Ca f Jut ' cui Périma cervix 

Tum oZ "T f ment ° ^^ P^ent ; ' 

Tum ongo nullus lateri modus; omnia magna 

Pes etiam; et camuris hirtae sub cornibusCes 55 

Ne* mihi displiceat maculis insignis et albo* 

Au . juga detractans, interdumque aspera cornu 

Et faciem* tauro pmpior; quaeque ardua tota, 

M gradiens ima verrit vestigia cauda 

Aetas Lucinam» justosque pati hymenaeos 60 

Desmit ante decem, post quattuor incipit annos • 

Int eZ ^ fet " rae h f ili8 ' nec fortis aratrir' 
Interea, superat gregibus dum laeta inventas 
Solve mares, mitte in Venerem pecuaria primus 
Atque a ham ex alia generando suffice prolem ' 65 
Optimal quaeque dies miseris mortalibus aevi 



Dicere : célébrer dans une épopée 
historique. F F 

1. Ferre nomen (Caesaris) per 
tôt annos quot (annis) Caesar 
abest a prima origine Tithoni 
(=quaeestTithonus). Tithon est 
Je : frère de Priam; tous deux sont 
ni*, de Laomedon fils d'Ilus: Ilus 
est frère d'Assaracus et fils de Tros 
voy. p. no, n. 10). Dans la généa- 
logie mythique des Jules, Tithon ap- 
partient a une ligne collatérale Son 
nom est choisi dans cette formule à 

mmJÏÏ™ tUS a ) e sen s du présent, 
fomme Souvent le part, d'un verbe 
déponent. Voy. p. 4,, n . 3 n >eiJ3e 

3. Turpe : disproportionnée. 

4. Tenus se place après son 
régime et se construit ïé-ulière 
ment avec l'abl. ; cependant^ gé n 



est fréquent chez les poètes et 

dyin, voy. p. 143, n. 13) sur une 
iobenoire;voy.-Var.,i?.k,ii j5>8 

de paVUe! eW '" ^^ derelation °« 

nrh ^? inam := Partum; Lucîne 
^ f? naissances. - Justos : 
3 rZLnt tate - - Pati indic ï ue «ne 
ffvîmonP" ra ^ P ,?. rt a rfesi '^ (rela- 
tivement a quo. l'âge cesse) et équi- 
vaut a peu près kpatiendi (aetas). 
— Hiatus de la finale de »atf sans 
abrègement devant un motgrec 

8. Cetera ; aetas. 

9. Retour brusque et poignant 
£ï VW? humaiQ e. Ces g ve?s 
ont ete traduits par La Fontaine - 
pour la traductioï des Epîtresdt 



LIVRE III. 



173 



Prima fugit; subeunt morbi tristisque senectus 
Et labor, et durae rapit inclementia mortis. 
Semper erunt 1 quarum mutari corpora malis, 
Semper enim 2 refice; ac, ne post amissa requiras, 
Anteveni et subolem armento 3 sortire quotannis. 

Nec non et 4 pecori est idem delectus equino. 
Tu modo, quos in spem statues submittere 5 gentis, 
Praecipuum jam inde a teneris impende laborem. 
Continuo pecoris generosi pullus in arvis 
Altius ingreditur 6 , etmollia crura reponit. 
Primus et ire viam et fluvios temptare minantes 
Auclet et ignoto sese committere ponti, 
Nec vanos horret strepitus. Illi ardua cervix 
Argutumque caput, brevis alvus obesaque terga, 
Luxuriatque toris animosum pectus. Honesti 
Spadices 7 glaucique; oolor deterrimus albis 
Et gilvo 8 . Tum, si qua sonum procul arma dedere, 
Stare loco nescit, micat auribus et tremit artus 9 , 
Collcctumque {remens volvit sub naribus igné m. 



70 



75 



80 



85 



Sénèque par Pintrei (Œuvres de 
La Fontaine, éd. Régnier, dans 
Les Grands Ecrivains de la 
France, Paris, Hachette, t. VIII, 
1892, p. 479) : « La plus belle sai- 
son fuit toujoursla première; |Puis 
la foule des maux amène lechagrin,| 
Puis la triste vieillesse ; et puis 
l'heure dernière | Au malheur des 
mortels met la dernière main ». 

4. Erunt : matres. — Malis : 
subjonctif exprimant la possibilité. 

2. Enim, affirma tif, voy. p. 164, 
n. 3. Le contexte lui donne le 
sens de « donc ». — Post : adverbe. 

3. Armento : dat. de but, qui 
est employé très librement par les 
poètes. — Sortire : choisis. 

4. Nec non et : voy. la n. de 1, 
212. 

5. Submittere : élever en vue de 
la reproduction. 



6. Ingreditur : la syllabe finale 
est allongée après deux brèves 
devant une césure. — Mollia : sou- 
ples. — Reponit : il avance ses 
pattes levées ; la fin du mouvement 
est décrite, au moment où elles 
vont retomber. « L'étalon doit 
avoir... divressort dans tout le corps 
et surtout dans les jarrets. » 
(Buffon). 

7. Spadices, bai-brun, nom 
tiré de l'aspect d'une branche de 
palmier portant des fruits d'un 
rouge brun ; la branche s'appelait 
G-rcàôi£ en dorien (A- G., Il, 26, 
10). — Glauci, gris pommelé. — 
Albis : d'un blanc jaunâtre ; mais 
cf. Hor., Sat., I, 7, 8. 

8. Gilvo : d'un bleu verdàtre ; 
mot très rare (Var.,il/én., 358 Biï- 
cheler; Isidore, Orig., XII, 1, 50). 

9. Artus : ace. de relation. 



174 



LES GÉORGIQUES. 



Densa juba, et dextro jactata recumbit in armo; 
At duplex agitur per lumbos spina 1 ; cavatque 
Tellurem et solido graviter sonat ungula cornu. 
Talis Amyclaei 8 domitus Pollucis habenis 
Cyllarus 3 et, quorum Graji meminere poetae, 90 

Martis* equi bijuges et magni currus Achillei. 
Talis et ipse jubam cervice effundit equina 
Conjugis adyentu pernix Saturnus 5 et altum 
Pelion hinnitu fugiens implevit acuto. 
Hunc 6 quoque, ubi autmorbo gravis aut jam segnior 

[annis 95 
Déficit, abde domo 7 nec turpi ignosce senectae. 
Frigidus in Venerem senior, frustraque laborem 
Ingratum trahit 8 ; et, si quando ad proelia ventum est, 
Ut quondam 9 in stipulis magnus sine viribus ignis, 
Incassum furit. Ergo animos aevumque notabis 100 
Praecipue; hinc 10 alias artes prolemque parentuix, 



1. Spina : «L'épine double c-st 
la plus belle et la plus commode 
pour s'asseoir. » (Xén.,De l'équit., 
1, 11, trad. Courier). 

2. Amyclées était l'ancienne 
capitale des Achéens, à une heure et 
demie environ au S. de Lacédé- 
mone. Là régna Tyndare, époux de 
Léda, mère des Dioscures (Aiôç 
'itoOpot, enfants de Zeus) Castor 
et Pollux. 

3. Cyllarus est ordinairement 
le nom du cheval de Castor. 

4. Antimaque, poète contempo- 
rain de Platon, appelle un des 
chevaux de Mars, <J>o6o?, Crainte, 
peut-être d'après IL, XV, 119, mal 
compris. A l'époque d'Homère, on 
ne monte pas les chevaux, mais on 
les attelle à des chars; d'oùbijugps 
et currus. Les chevaux d'Achille 
s'appelaient EdvBoç (le Blond) et 
BaÀîoç (le Moucheté), d'après 
IL, XVI, 149. — Achillei : gén. 
latin cle Àchilleus, avec synizèze 
(trois syllabes). 



5. Kronos, surpris par Rhéa 
dans ses amours avec la nymphe 
Philyra, se changea en cheval (Apoll. 
de~Rh., II, 1236). Et porte sur ipse 
et ne correspond pas à et du v. 93. 

6. Hune (l re pers.), ce cheval 
parfait dont « je » viens d'énumérer 
les qualités. 

7. Domo : datif, pour l'accus. 
avec in (voy. Dosson, éd. classique 
de César, I, 8, 53). Cf. En., II, 553. 
— Nec : la négation porte sur turpi, 
contrairement à l'usage classique; 
mais en prose, déjà dans T.-L., 
nec contient une négation tombant 
seulement sur un mot voisin. — 
Igyiosce : en lui épargnent des 
épreuves humiliantes. 

8. Trahit . accomplit languis- 
samment. — Proelia : au sens pro- 
pre, cf. 83-84. 

9. Quondam : parfois, uu jour; 
Cf. II, 94. 

40. Hinc, ce ensuite », sens nou- 
veau, qui pénètre en prose chez 
Pline l'Ane, Tac, Suét. — Artes, 



LIVRE III. 



175 



Et quis cuique dolor victo, quae gloria palmae. 
Nonne vides 1 , cum praecipiti certamine campum 
Corripuere 2 ruuntque effusi carcere currus, 
Giim spes arrectaejuvenum 3 exsultantiaque haurit 105 
Corda pavor pulsans? illi 4 instant verbere torto, 
Et proni dant lora; volât vi fervidus axis : 
Jamque humiles jamque elati, sublime 5 videntur 
Aëra per vaeuum ferri atque assurgere in auras ; 
Nec mora nec requies, at fuivae nimbus harenae 110 
Tollitur, umescunt spumis flatuque sequentum 6 : 
Tantus amor laudum, tantae est Victoria curae. 
PrimusJErichthonius 7 currus et quattuor ausus 
Jungere equos, rapidusque rôtis insistere vietor. 
Frena Pelethronii 8 Lapithae gyrosque dedere, 115 

Impositi dorso, atque equitem 9 docuere sub armis 
Insultare solo et gressus glomerare 10 superbos. 



« qualités », nuance fréquente à 
toutes les époques. — Prolem : la 
race, sens technique (Col., VII, 
6, 7). 

4. Vides a pour complément 
l'idée générale résultant du con- 
texte : « Est-ce que tu ne constates 
pas cela?... ». Morceau inspiré par 
Hom., IL, XXIII, 362 suiv. (cf. ib., 
500), repris dans En., V, 144. — 
Praecipiti certamine, combat de 
vitesse. 

2. Corripuere : se sont saisis 
de l'espace, action antérieure à 
ruunt. 

3. Spes arrectae juvenum = 
juvenes spe arrecti ou juvenum 
animi spe arrecti. Hor., A. p., 
164 : « Imberbis juvenis... gaudet 
equis ». —Haurit : épuise (dévore) 
h-s cœurs en les agitant. 

4. Illï : nom. plur, La suite de 
la comparaison, comme souvent, 
forme un tableau distinct. 

5. Sublime : adverbe. 

6. Umescunt : premier exempt. 
— Sequentum : gén. plur. propre à 



Virg. et. nécessaire pour la mesure. 

7. Erichthonius, roi d'Athènes, 
inventeur du quadrige et des courses 
de char qui étaient l'élément le plus 
ancien des grandes Panathénées, 
fête par laquelle on célébrait l'union 
de tous les bourgs de l'Attique en 
une seule cité. 

8. Pelethronii : épithète de lieu 
qualifiant Lo/pithae et se rappor- 
tant à une partie du Pélion. Pre- 
mier passage où l'invention du frein 
est attribuée aux Lapithes, vain- 
queurs des Centaures ; voy. p. 139, 
n. 8. — Gyros : des voltes. Le 
verbe, convenant à frena, est joint 
à gyros par syllepse (artem, gyros 
faciendi). 

9. Equiterû, : le cheval et le 
cavalier font corps. 

40. Gressus glomerare : galoper 
en cadence, de manière à ramener 
régulièrement en dedans les jam- 
bes antérieures, en formant un aw; 
àe cercle, tandis q»ue celles de 
derrière, tendues, s'appuient sur 
le sol, et inversement. 



176 



LES GÉORGIQUES. 



Aequus uterque labor 1 , aeque juvenemque magistri 
Exquirunt calidumque animis et cursibus acrem : 
Quamvis 2 saepe fuga versos ille egerit hostes, 120 
Et patriam 5 Epirum référât fortesque Mycenas, 
Neptunique ipsa deducat origine 4 gentem. 

His animadversis 5 , instant sub tempus et omnes 
Impendunt curas denso distendere 6 pingui 
Quem légère ducem et pecori 7 dixere maritum, 
Florentesque sécant herbas fluviosque 8 ministrant 
Farraque, ne blando nequeat superesse 9 làbori 
Invalidique patrum référant jejunia nati. 
Ipsa autem macie tenuant armenta 10 volentes; 
Atque, ubi concubitus primos 11 jam nota voluptas 
Sollicitât 12 , frondesque negant et fontibus arcent; 



125 



130 



1. Uterque labor : l'attelage et 
l'équitation. — Aeque : leséleveurs 
(magistri) réclament au même titre 
In jeunesse (iuvenem adjectif) 
que l'ardeur et la vitesse (les deux 
que opposent deux compléments, 
dont le second est formé de deux 
parties). Juvenem s'oppose à tout 
ce qui suit : cet autre étalon (ille), 
plus âgé, aura beau se vanter de 
ses victoires et de sa race ; ce. qu'on 
demande, c'est d'abord la jeunesse : 
« Fût-il sorti d'Epire, eùt-il servi 
les dieux, | Fût-il né du trident, 
il languit s'il est vieux. » (Delille.) 
Cf. Boileau, Sat., 5, 31 suiv. 

2. Quamvis tombe sur saepe. — 
Egerit : admettons (ou supposons, 
que l'on suppose) qu'il ait remporté ; 
une des fonctions du subj. est 
d'exprimer qu'on dispose des évé- 
nements par la pensée. 

3. Patriam : attribut. L'Epire 
et l'Argolide, dont Mycènes fut une 
capitale, étaient renommées pour 
leurs chevaux ; cf. I, 59. 

4. Origine... Neptuni : quae 
estNeptunus (cf. 48). Il y avait un 
rapport général entre Poséidon et 
le cheval; cf. la fable du cheval 



sorti de terre au coup du trident 
(voy. p. 90, n. 5). 

5. His animadversis : sous le 
bénéfice des observations précéden- 
tes. — Ce qui suit regarde bœufs et 
chevaux. — Instant : magistri. — 
Tempus : admissurae. 

6. Distendere dépend de impen- 
dunt curas, expression cons- 
truite comme insto, curae habere 
ou esse chez Corn. Népos et T.-L., 
consilium capio. — Pingui : adj. 
pris substantivement, et qualifié 
par denso; pinguetudo (Caton, 
Varron, etc.) n'entre pas dans l'hexa- 
mètre. 

7. Pecori, les femelles, qui for- 
ment la plus grande partie des trou- 
peaux ; de même armenta (129), 
grex (386 et 473). 

8. Fluvios ; [de l'eau vive en 
abondance. 

9. Sûperesse : <r Supra la- 
borem esse neque opprimi a labore. r> 
(A. G., I, 22, Ï3). 

40. Armenta : voy. 125. 

41. Primos : le commencement 
des accouplements. — Nota ; magis- 
trats. 

42. Sollicitât, a réclame », avec 



uvnr !IÏ. 



77 



pc cliara cursii qnaliunt et sole fatigant 1 , 
Cum graviter tunsis gémit area frugibus et cum 
Surgentem ad Zéphyr um paleae jactântur inanes. 
Hoc faciunt nimio ne luxu 2 obtusior usus 135 

{Bit genitali arvo et sulcos oblimet inertes, 
Sed rapiat sitiens Venerem interiusque recondat. 

Rursus cura patrum cadere, et succedere matrum 
Incipit. Exactis gravidae cum mensibus 3 errant , 
Non illas gravibus quisquam juga ducere plaustris 4 , 
Non saltu superare viam sit passus 3 , et acri \kl 

Carpere prata fuga fluviosque innare rapaces. 
Saltibus in vacuis pascunt et plena secundum 
Flumina, muscus ubi 6 et viridissima gramme ripa. 



Speluncaeque tegant, ct-saxea procubet umbra. 

Est lucos Silari 7 circa ilicibusque virentem 
Plurimus 8 Alburnum volitans, cui nomen asilo 
Romanum est, oestrum Graji vertere vocantes, 
Asper, acerba 9 sonans, quo iota exterrita si 1 vis 
Diffugiunt armenta; farit mugitibus aether 10 



145 



150 



l'ace, du nom de chose, comme si 
le verbe pouvait admettre le double 
accusatif. — Negarit : mayistri. 

1. On fera marcher les femelles, 
quand il fera un temps assez beau 
pour battre le grain sur l'aire et 
quand le souffle du vent d'ouest 
enlèvera la balle. Ces indications 
ne sont pas une date. 

2. Luxu : pinguetudtne ; cf. 
124. — Usus : genitalis arvi ; le 
mot abstrait est pour le concret. 
Sujet des verbes suivants. 

3. Exactis meniibus : au 
cours des mois de la grossesse 
(quand approche le terme);, le parti- 
cipe, a la valeur d'un présent. Cf. 
17, conspectus. 

4. Gravibus piaustris : abl. 
avec épithète construit librement; 
voy. p. 137, n. 5 (les chariots étant 
lourds). 

5. Sit pas sus : subj. d'ordre 

VIR6ILE. 



avec non, au lieu de ne, ce qui est 
rare à l'époque classique (Cic, C7u., 
ioj). Le sujet indéterminé est la 
personne dont c'est la fonction ; cf. 
123 et 131. 

6. Ubi : sit. Le subjonctif a une 
valeur consécutive. 

7. Silari : fleuve séparant la 
Carnpanie de la Lucanie (auj. Sele). 

— Circa est pîïrcê librement entra 
ses deux régimes. 

3. Plurimus : Aoy. p. 10';, n. 4. 

— Volitans, nom. sg. du part, pris 
substantivement, ce qui est évité 
par les prosateurs classiques et par 
T.-L. — Asilo : voy. la n. 6 de la \>. 
216. 

9. Acerba : ace. adverbial d'un 
adj. Cet emploi de l'accusatif de 
l'adjectif est très fréquent chez les 
poètes. 

10. Aether furit mv.gilibus = 
acihrr resonat mugitibus ani- 

12 



178 



LES GÉORGigUES. 



Concussus silvaeque et sicci ripa Tanagri 1 . 

Hoc quondam monstro horribiles exercuit iras 

Inachiae 2 Juno pestem meditata juvencae. 

Hune quoque, nam mediis fervoribus 3 acrior instat, 

Àrcebis gravido pecori 4 , armentaque pasces 155 

Sole recens orto aut noctem ducentibus astris. 

Post partnm, cura in vitulos traducitur omnis, 
Continuoque notas 5 et nomina gentis inurunt, 
Et quos aut pecori malint 6 submittere habendo 
Aut aris servare sacros aut scindere 7 terrain 160 

Et campum horrentem fractis invertere glaebis. 
Cetera 8 pascuntur virides armenta per herbas. 
Tu, quos ad studium atque usum formabis agrestem, 
Jam 9 vitulos hortare, viamque insiste domandi, 
Dum faciles animi juvenum, dum mobilis aetas. 165 
Ac primum laxos tenui de vimine circlos 



malium furentium. La colère est 
transportée (hypallage, voy. p. 159, 
n. 3) des animaux à l'air qui est 
frappé par leurs cris; c'est que nous 
percevons cette colère d'abord par 
leurs cris furieux. La figure est 
suggérée par Eschyle, Sept, 155 
(141). 

1. Tanagri : affluent considé- 
rable du SiWus, dont il est séparé 
par la chaîne de l'Alburno; auj. 
Negro. 

2. Io, fille d'Inaehus, fut aimée 
de Jupiter, qui la métamorphosa en 
vache. Junon la fit surveiller par 
Argus, et après le meurtre de ce 
surveillant tué par Mercure, elle 
attacha un taon à la poursuite de sa 
rivale. (Benoist). 

3. Mediis fervoribus = raedio 
aestu{l, 297). 

4. Pecori, les femelles (129). 
Dat. construit. avec arceo (rare); 
cf. defendo {Bue., 7, 47), depello 
dans Cic, etc. — La voyelle finale 
est en hiatus à la césure après deux 
syllabes brèves. 

5. Notas : des marques, desti- 



nées à distinguer les portées et les 
ascendants (cf. 100; Col., VII, 9, 
12). — Nomina gentis : le nom 
gentilice du propriétaire (Galpurn., 
Bue, 5, 82; Col., XI, ^, 14 et 38). 
— Inurunt: sujet indéterminé; voy. 
p. 177, n. 5. 

6. Quos malint : interrog. in- 
dir. dépendant, non pas de inu- 
runt, qui a ses compléments pro- 
pres {notas, nomina), mais de l'idée 
qui résulte du v. 157 : désignant. 
L'expression est abrégée. — Pecori 
habendo : pour avoir...; datif de 
destination. 

7. Scindere et invertere ont 
quos pour sujet, qui est complé- 
ment de submittere (voy. p. 173, 
n. 5) et de servare. 

8. Cetera s'oppose à ce qui suit 
(183-173), c'est-a-dire à la catégorie 
des animaux destinés au labourage. 
Pour tous les autres, c'est-à-dire 
pour les deux premières catégories 
des v. 159-160, on n'a qu'à leur lais- 
ser leur liberté. 

9. Jam porte sur vitulos, qui 
est attribut. — Hortare : entraîne- 



LIVRE III. 179 

Cervici subnecte; dehinc, ubi libéra colla 
Servi tio assuerint, ipsis e torquibus 1 aptos 
Junge pares, et coge gradum conferre juvencos; 
Atque illis jam saepe rotae ducantur inanes 170 

Per terram, et summo vestigia pulvere signent. 
Post valido nitens sub pondère fagmus axis 
Instrepat, et junctos temo trahat aereus orbes. 
Interea pubi indomitae non gramina tantum, 
Nec vescas 2 salicum frondes ulvamque palustrem, 175 
Sed frumenta 3 manu carpes sata; nec tibi fetae 
More patrum 4 nivea implebunt mulctraria vaccae, 
Sed tota in dulces consument ubera natos. 

Sin ad bella magis studium 5 turmasque féroces, 
Aut Alphea 6 rôtis praelabi flumina Pisae, 180 

Et Jovis in luco 7 currus agitare volantes : 
Primus equi labor est animos atque arma videre 
Bellantum 8 , lituosque pati, tractuque gementem 
Ferre rotam, et stabulo frenos 9 audire sonantes; 



1. Ipsis e torquibus, aux col- 
liers mêmes, aux véritables colliers, 
et non plus aux cercles d'osier flot- 
tant autour de leur cou. — Aptos, 
attachés, partie, de l'inusité apio. 

2. Vescas : maigres, minces 
(scol.). Le sens est différent. IV, 
131. — Ulvam, plante de marais 
(En., VI, 415), probablement une 
espèce de massette. 

3. Frumenta : du blé sur pied 
et en herbe. — Fetae : quae pepe- 
rerunt. 

4. Virgile pense à la coutume 
primitive : More patrum fetae im- 
plebant mulctraria; la négation 
porte dans le texte sur implebunt, 
non sur more patrum, 

5. Studium : tibi est. Cette ex- 
pression reçoit deux constructions, 
l'ace, avec ad (cf. Cic, Nat. deor., 
II, 130 : « Opportunitates ad cultum 
hominum ») et l'inf. (voy. la n. 5 de 
la p. 91). 



6. Alphea : voy. la n. du v. 19. 

— Pisae, la ville dont dépendait 
anciennement Olympie; Olympie 
elle-même n'était qu'un assemblage 
de temples et de terrains de jeux. 
En 572 av. J.-C, Elis, pour avoir 
l'administration des fêtes, détruisit 
Pi se. 

7. Jovis in luco : l'enceinte sa- 
crée, dont Zeus était le maître, 
s'appelait Altis, d'après une forme 
dialectale de aXsoç, bois sacré. — 
Dans ce passage, Virgile veut donner 
à sa patrie un art qui faisait l'or- 
gueil de la Grèce, l'élevage des che- 
vaux, tandis que l'élevage des bœufs 
est une tradition nationale en Ita- 
lie. 

8. Bellantum = bellantium, 
qui ne peut entrer dans l'hexamètre. 

— Tractu, ablatif de cause. 

9. Frenos, seul ex. du masculin, 
le nom.-acc. plur. dans Virgile étant 
frena. 



180 



LES GÉORGIQUES. 



Tum magis atque magis blandis gaudere magistri 185 
Laudibus et plausae sonitum cervicis amare. 
Atque haec jam primo 1 depulsus ab ubere matris 
Audeat, inque vicem 2 det mollibus ora capistris, 
Invalidus 3 etiamque tremens, etiam inscius aevi. 
At, tribus exactis ubi quarta acceperit 4 aestas, 190 
Carpere mox gyrum incipiat gradibusque sonare 
Gompositis 5 , sinuetque alterna volumina crurum, 
Sitque laboranti 6 similis; tum 7 cursibus auras 
Tum vocet, ac per aperta volans, ceu liber habenis, 
Aequora 8 , vix summa vestigia ponat harena. 195 

Qualis Hyperboreis Aquilo cum densus ab oris 
Incubuit, Scythiaeque hiemes 9 atque arida differt 
Nubila: tum segetes altae campique natantes 10 
Lenibus 11 horrescunt flabris, summaeque sonorem 
Dant silvae, longique urgent 12 ad litora fluctus; 200 
Ille 15 volât, simul arva fuga, simul aequora verrens. 
Hic 14 vel ad Eiei metas et maxima campi 



4. Primo = primum, adv. : ubi 
primum depulsus est. 

2. Inque vicem, exactement : 
« tour à tour, alternativement », en 
opposition à haec audeat. — 
Capistris, le^harnais de lête, formé 
par l'entrecroisement de courroies 
ou 1 de cordes auxquelles est fixée la 
longe; on y ajoutait une muselière, 
à défaut de mors. 

3. Invalidus : finale allongée à la 
césure après deux brèves. — Aevi, 
les forces que lui donnera l'âge, ee 
que c'est que vivre. 

4. Acceperit : equum. 

5. Compositis : cadencés; cf. 
169. — Alterna volumina :*le che- 
val courbe alternativement chacune 
de ses jambes, en esquissant des en- 
roulements successifs. 

6. Laboranti : le cheval ne peut 
suivre son libre mouvement, mais 
doit se forcer à obéir aux directions 
du cavalier, surtout quand il tourne 
au manège. Cf. Hor., Od., IL 3, 



11. — Cursibus = ad cursus. 

7. Tum, répété dans la même 
proposition et avec un verbe unique, 
marque l'impatience. — Vocet = 
provocet. ' — Ceu : mot poét. em- 
ployé surtout dans le style épique; 
en prose, à partir de Sénéque. 

8. Aequora : les plaines. 

9. Iliemes : les orages. — 'Ari- 
da : le vent duN. est en Italie «n 
vent sec qui dissipe les nuages. — 
Differt : « dissipât ». 

40. Campi natantes : image 
transférée 'des surfaces liquides 
(Lucr., V, 488, etc.) aux plaines qui 
ondulent sous le vent. 

44. Lenibus, parce que c'est le 
début de la tempête. — Sonorem : 
mot de Lucr., repris dans YEn., 
puis par Valérius Flaccus et Tacite. 

42. Urgent : intransitif de sens 
réfléchi. 

43. Ille : Aquilo. — Aequora : 
mare. 

44. Hic : equus. — Ad metas et 



LIVRE III. 



181 



Sudabit spatia et spumas aget ore cruentas, 
Belgica vel molli melius feret esseda* collo. 
Tum demum 2 crassa magnum farragine corpus 205 
Crescere jam domilis sinito : namque ante domandum 5 
Ingénies tollent animos, prensique negabunt 
Verbera lenta pati et duris parère lupatis *. 
Sed non ulla magis vires industria firmat 
Quam Venerem et caeci 5 stimulos avertere amoris, 
Sive boum, sive est cui gratior usus equorum. 211 
Atque ideo tauros procul atque in sola relegant 
Pascua,post montem oppositum 6 et trans flumina lata, 
Aut intus clausos satura 7 ad praesaepia servant. 
Garpit 8 enim vires paulatim uritque videndo 215 

Femina, nec nemorum patitur meminisso nec herbae 
Dulcibus illa quidem 9 illecebris, et saepe superbos 
Cornibus inter se subigit decernere amantes. 
Pascitur in magna Sila 10 formosa juvenca : 
Illi alternantes 11 multa vi proelia miscent 220 

Vulneribus crebris ; lavit 12 ater corpora sanguis, 



maxima spatia (voy. p. 166, n. 3) 
campi Elei (voy. p. 179, n. 6). 

4< Esseda : cabriolet à deux 
roues, attelé de deux chevaux qui 
avait servi de char de guerre aux 
Gaulois et n'était plus employé à cet 
usage qu'en Grande-Bretagne du 
temps de César; il avait pénétré en 
Italie comme voiture ordinaire. 

2. Tum demum : jam d&milis ; 
cf. 1 87, primo. — Magnum : prolep 
tique (voy. p. 114, n. 11). 

3. Domandum équivaut à un 
subst. verbal. 

4. Lupatis : mors garnis de 
pointes. 

5. Caeci : voy. p. 97, n. 3. 

6. Oppositum : qui interdit la 
vue. 

7. Satura indique l'effet, quae 
salv.rant. 

8. Garpit : use. — Videndo = 
visu; cf. 206. Pour le sens général, 



on attendrait comme sujet : visa 
femina, la vue de la femelle. 

9. Illa quidem : femina. Res- 
triction qui porte sur dulcibus : 
elle leur»fait oublier les bois et les 
pâturages grâce à ses charmes, et 
cependant ses charmes sont doux. 

40. Sila : massif montagneux, 
formant une presqu'île au sud du 
Bruttium, et couvert de forêts. — 
« Tranquille, elle s'égare en un gras 
pâturage : J'ai tâché en multipliant 
les a dans ce vers, de rendre quel- 
que chose de la douce harmonie du 
vers latin, qui peint si bien la gé- 
nisse errante paisiblement. — Ses 
superbes amants s'élancent pleins de 
rage : Quelle différence entre la dou- 
ceur du premier vers et l'âpreté du 
second. » (Delille). — Cf. En., XII, 
715 et suiv. 

44. Alternantes : prem. exemple. 

42. Lavit : archaïsme. 



182 



LES GEOftGIGUES 



Versaque in obnixos urgentur cornua vasto 

Cum gemitu : reboant silvaeque et longus Olympus 1 . 

Nec mos bellantes una stabulare; sed alter 

Victus abit, longeque ignotis exsulat oris : 225 

Multa gemens ignominiam plagasque superbi 

Victoris, tum quos amisit inultus amores, 

Et stabula aspectans 2 regnis excessit avitis. 

Ergo 3 omni cura vires exercet, et inter 

Dura jacet pernox instrato 4 saxa cubili, 230 

FrondÛbus hirsutis et carice pastus acuta; 

Et temptat sese, atque irasci in cornua 5 discit 

Arboris obnixus trunco, ventosque lacessit 6 

Ictibus, et sparsa ad pugnam proludit harena 7 . 

Post, ubi collectum robor 8 viresque refectae, 235 

Signa movet 9 , praecepsque oblitum fertur in hostem: 

Fluctus uti 10 , medio coepit cum albescere ponto, 

Longius ex altoque 11 sinum trahit, utque volutus 

Ad terras immane 12 sonat per saxa, neque ipso 

Monte minor procumbit; at 13 ima exaestuat unda 240 



1. Olympus = caelum; lon- 
gus, au loin. 

2. Adsprctans : ne pas négliger 
la nuance fréquentative. — Exces- 
sit : le parfait marque l'antériorité 
par rapport à exsulat et à exercet. 

3. Ergo résume l'idée : post- 
quam excessit. 

4. Instrato. avec ïe sens négatif, 
est un ex. unique. Inslratus est 
ailleurs le partie, de insterno. — 
Cubili, a'M. avec épithète ', voy. la 
n. 5 de la p. 137. 

5. In cornua : Eur., Bacch., 
743 : TaOpot ziç, xépaç 0u[xoû[ie- 
vot. L'accus. marque un progrès 
croissant {En., VII, 8) et in indique 
un rapport : accumuler la colère 
dans les cornes ; donc préparer les 
cornes à devenir l'instrument de la 
colère.— Cf. En., XII, 104-106. 

6. Ventos lacessit : donner des 
coups répétés dans le vide, comme 



les gladiateurs qui préludent (venti- 
lare). 

7. Harena : voy. Bue, 3, 87. 

8. Robor = robur : archaïsme 
prisa Lucr., II, 1131. 

9. Signa movet : il lève les en- 
seignes, il part en guerre ; expression 
militaire (étrangère à César) qui rap- 
proche l'animal de l'homme (IV, 108). 

10. Comparaison reprise et abré- 
gée En., VII, 528; d'après Hom., 
IL, IV, 422. 

11. Longius ex altoque : liaison 
de membres de nature différente (II, 
290; En., VII, 357; etc.). — Si- 
num : la courbure de la vague. 

12. Immane: accus, adverbial. — 
Saxa : parties de là falaise (monte) 
contre laquelle les flots viennent se 
briser; cf. En.,X, 127. 

13. At introduit un nouveau détail 
et une conclusion sous forme de 
proposition indépendante; cf. 87. 



LIVRE III. 



183 



Verticibus, nigramque alte subjectat 1 harenam. 

Omneadeo 2 genus in terris hominumque ferarumque 
Et genus aequoreum, pecudes pictaeque volucres, 
In furias ignemque ruunt : Amor omnibus idem. 
Tempore non alio catulorum oblita leaena 
Saevior erravit campis, nec funera vulgo 3 
Tarn multa informes 4 ursi stragemque dedere 
Per silvas; tum saevus aper, tum pessima tigris: 
Heu! maie tum Libyae solis 5 erratur in agris. 
Nonne vides ut tota tremor pertemptet equorum 
Corpora, si tantum notas odor attulit auras 6 ? 
Ac 7 neque eos jam frena virum neque verbera saeva, 
Non scopuli rupesque cavae atque objecta retardant 8 
Flumina correptosque 9 unda torquentia montes. 
Ipse ruit dentesque Sabellicus 10 exacuit sus, 255 

Et pede prosubigit terram, fricat arbore costas, 
Atque 11 hinc atque illinc umeros ad vulnera durât. 
Quid juvenis 1 -, magnum cui versât in ossibus ignem 



245 



250 



4. Subjectat : sub-, de dessous, 
de bas en haut. 

2. Adeo : certes, tant il est vrai 
que. — Ferarumque : la syllabe 
finale est élidée devant et du v. suiv. 
Voy. la n. 1 de la p. 113. 

3. Vulgo, çà et là, partout. 

4. Informes : monstrueux. 

5. Solis : hypallage (voy. p. 154, 
n. 7); l'isolement est attribué aux 
étendues de la Libye, parce que la 
solitude révèle au voyageur le vide 
illimité. 

6. Auras : géométriquement : 
aurae attulerunt odorem; autre 
hypallage. C'est l'odeur qui permet 
aux sens de percevoir le souffle 
léger de l'air tranquille. Par l' hy- 
pallage, les qualités ou les actions 
ne sont pas attribuées à leur sujet, 
mais à ce qui leur sert d'intermé- 
diaire et de truchement pour la 
conscience. 

7. Ac introduit une conséquence 
mmédiate de ce qui précède. — 



Virum : voy. la n. 1 de la p. 140. 

8. Voy. Bue, p. 69, n. 4. 

9. Correptosque : enchérit sur 
objecta; que équivaut à « et bien 
plus ». — Montes : exagération poé- 
tique; des quartiers de roc. 

40. Sabellicus : le Samnium, 
avec ses montagnes et ses bois, était 
un pays de chasse. 

11. Atque : le premier atque 
joint durât aux verbes précédents, 
le second hinc et illi)ic. 

42. Juvenis : Léandre, jeune 
homme d'Abydos, qui toutes les 
nuits traversait l'Hellespont à la 
nage pour retrouver Héro à Sestos ; 
mais il périt dans les flots, et quand 
le matin les vagues déposèrent son 
corps sur le rivage de Sestos, Héro 
se jeta dans la mer. Première men- 
tion de cette légende, qui doit être 
d'origine alexandrine et eut beau- 
coup de succès sous l'Empire (Ov., 
Hér., 18 et 19; etc.). — Le mot est 
au nomin., comme sujet de la peu- 



m 



LES (.LUHl.IQl HËS 



Durus amor? Nempe* abruptis turbata procellis 
Nocte natat caeca 2 serus fréta; quem super ingens 260 
Porta tonat caeli 3 , et scopulis illisa reclamant 
Aequora; nec miseri possunt revocare parentes 4 
Née moritura super crudeli funere virgo. 
Quid lynces 5 Bacchi variae, et genus acre luporurn 264 
Atque canum? quid quae imbelles dant proelia cervi? 

Scilicet 7 ante omnes lïtror est insignis equarum; 
El mentern 8 Venus ipsa dédit, que lempore Glauci 
PotniacJes 8 malis membra absumpsere quadrigae. 
Illas ducit amor trans Gargara* Iransque sonantem 
Aseanium; superant montes et tlumina tranant; 270 
Continuoque, avidis ubi subdita llamma medullis, 



Bée; de môme lynces (264), quae 
(•.(>.»). Quid, accus., pose la question 
( ! appelle une réponse, comme 
iiulic « quoi? ». La phrase n'a pas 
de verbe et n'en comporte pas. La 
traduction la plus rapprochée sera : 
<< Que dire du jeune homme 
qui.... /i 

1. Nempe : eh bien! 

u'ticule aflirmative dans les 
réponses. — Abi apLis : le partie. 
équivaut à un nom d'action, le dé : 
chaîneraient de la tempête; vov. 
p. l'.8, n. il. 

2. Caeca: la quantité indique à 
quel substantif se rapporte cette 
èpithète. — Quem super : ana- 
strophe (vo*. la n. ^ <k !:i ^. iflg) 
qui ne pal ait que chez les poètes cl 
Tacite. 

•3. Porta caeli : expression prise 
par Enaius à Homère (Sén., Ep., 
los. 34). Le tonnerre est le fracas 
des portes du ciel qui s'ou T 'rent pour 
laisser passer l'orage. 

4. Miseri parentes : le malheur 
de ses parents ^moritura virgo : 
le fait que, la jeune femme en 
mourra; voy. la a. H. de la p. 148. 
Mais ici le contexte donne ces faits 
comme envisagés par Léandre : ia 



pensée du malheur de ses parents,, la 
pensée qu'elle en mourra. — 6upev, 
adverbe. 

5. Lynces : les félins tachetés 
attelés au char de Bacchus. 

6. Quid quae proelia : quid 
dicam de proeliis quae; voy. la 
n. de 258. L'antécédent est inséré 
dans la proposition relative. 

7. Scilicel : c'est un fait bien 
connu que.... Voy. p. 112, n. 1. 

8. MenlcJh : " disposition. — 
Glauci : Glaucus, lil» de Siayjahe et 
père de Bellérophpn, fut déchiré 
par ses pouliches que Vénus rendit 
furieuses parce qu'il les empêchait 
de devenir fécondes pour les rendre 
plus légères. 

9. Potniades ; de Potnies, en 
Béotic. — Mâlis : les mâchoire^, 
de nialae, malarum. 

10. Gargara : voy. p. 98. n. 2; 
Aïco/nium : rivière de Bithynie qui 
déchargeait les eaux du lac du même 
nom (auj. Isnik), baignar,* 

dans le. sinus Cianus (baie de 
Mudantd). Suivant l'habitude des 
Alexandrins, qui particularisent le 
plus possible, les deux noms dési- 
gnent toute montagne, toute rivière 
éloignée. Voy. p. i50 ; n. 3. 



LIWΠ



Hîb 



Vere magis, quia vere calor redit ossibus*, illae 
Ore orunes versae in Zephyrum slant rupibus altis, 
Exceptantque levés auras, et saepe sine ullis 
Conjugiis 2 vente gravidae, mirabile dictu, 275 

Saxa per 3 et scopulos et depressas convalles 
Ditïugiunt, non, Eure, tuos neque solis ad ortus*, 
In Borean Caurumque, aul unde nigcrrimus Auster 
Nascitur et pluvio conlristut irigore caelutn. 
Hic démuni 5 , hippomanes vero quod nomine dicunt 
l'aslorcs, lenlum destillat ab ingiiiiic virus; 281 

Hippomanes, quod saepe malae légère novercae, 
Miscuerunique 6 herbas et non innoxia veiba. 

Sed fugït interea, fugit irreparabile tempus, 
Singula dum eapti circuniveetamur 7 amore. 
Hoc salis armcnlis : supcrat 8 pars altrra rurac, 
Lanigeros agita»* gregos hirlasque cajtellas. 
Hic labor, hinc laudcm fortes sperate coloni. 
Nec 10 sum animi dubius verbis ea vinccrc 11 inagnum 



1. ùssibus = inossa; la moelle 
él.iit Ka siège do la chaleur vitale. 

2. Conjugiis : amcubUu. — 
Vmto : t'a'lilc focalisée (Mi Crète 

par Aristote, llist. an., VI, 18, 4; 
dans la péninsule hispanique par 
Var., H.R., II, 1, 19; Cul., \ I, -'7,7 
Cf. llom.,7L, XVI, 150 ;XX ; 22f 

3. /Vc est intercalé dans la série 
il, g régimes.'— CvnvaUes : le spon- 
dée. i'i)K|iiipme n'esi pas prAcédÉ du 
(in lylc habituel. Cette irrégularité 
produit un effet d'harmonie résul- 
tant du brusque changement de 
mouvement : deux dactyles, puis 
quatre spondées. 

" 4. Le levant est désigné a la fois 
par le point où le soleil se lève et 
par te vent du S.-E.Les autres points 
cardinaux sont indiqués par Borée 
(N.), Auster (S.) ; le Courus^ vent 
du N.-O. (àpYsornî), compte encore 
pour le nord. Le Zéphyre (273) dési- 
gnait l'ouest. — In Bureau = 



sed in Borcnn. — Inde : co mule. 

5. Sic deraum : alors seule- 
ment. — Vero, : exact, justilié. 

6. Sfiscuovuntqtïs : et cui ntis- 
cuerunt. Souvent on ne répéta pifl 
le relatif, même à un autre eas, sur- 
tout dans la langue familière. Vuy. 
p. 1.18, n. Î2. 

1 '. , CirrHtnv.eclaraur : moyen 
réttéobi, qui •» xwiguto, pour cojm- 

plmienl dll préfixe; cf. (te., /)•■ 

die., 11, 62 : « Vectem eirciupja& 
tus ». 

8. Sucerai =■ superest. 

9. Agitare s'entend a la Sois de 
la tâche de l'éleveur et de celle du 
poète ; apposition a pars. 

10. Les v. 289-293 sont inspirés 
de Lucr., I, 136-137, 921-930. — 
Animi, locatif; voy. Kiemann, 
Syntaxe latine, § 59. 

IL Vei-bi* ca vincere : triom- 
irtier des difficultés du sujet par 
l'expression. 



186 



LES GÉORGIQUES. 



Quam sit, et angustis hune addere rébus honorem ; 290 
Sed me Parnasi 1 déserta per ardua dulcis 
Raptat araor; juvat ire jugis 2 , qua nulla priorum 
Castaliam 3 molli devertitur orbita clivo. 
Nunc, veneranda Pales 4 , magno nunc ore sonandum. 
Incipiens stabulis edico 5 in mollibus herbam 295 
Carpere oves, dum 6 mox frondosa reducitur aestas, 
Et multa duram stipula filicumque maniplis 
Sternere subter humum, glacies ne frigida laedat 
Molle 7 pecus, scabiemque ferat turpesque podagras. 



Post, hinc digressus, jubeo frondentia capris 
Arbuta sufficere et fluvios 8 praebere récentes, 
Et stabula a ventis 9 hiberno opponere soli 
Ad médium conversa diem, cum frigidus olim 
Jam cadit extremoque irrorat Aquarius anno 10 . 

Haec* 1 quoque non cura nobis leviore tuendae. 
Nec minor usus erit, quamvis Milesia 12 magno 



300 



305 



1. Parnasi : le Parnasse, mas- 
sif montagneux qui domine Del- 
phes (sommet principal, Liakoura, 
2459 m.), consacré par les Grecs à 
Dionysos et aux Ménades; pour les 
poètes latins, c'était le séjour d'Apol- 
lon et des Muses. — Déserta qua- 
lifie ardua pris substantivement. 
Virg. est le premier des Romains à 
passer par là, c'est-à-dire à traiter 
en vers un tel sujet; cf. 10-il. 

2. Jugis : abl. de la questionguo. 

3. Castaliam : fontaine qui jail- 
lit au N.-E. de Delphes et servait aux 
purifications; les poètes latins en 
ont fait une source inspiratrice. 
Accus, sans préposition indiquant 
le but du mouvement (poét.). 

4. Pales : voy. p. 167, n. 1. 

5. Edico est ordinairement en 
prose suivi de ut avec le subj . quand 
il introduit un ordre; le subj. sans 
ut se trouve dans T. L. (voy. En., 
III, 235; X, 258). — Mollibus est 
expliqué par les v. 297-298. 

6. Dum, « jusqu'à ce que », est 



régulièrement suivi de l'indic. prés, 
ou du subj. prés. 

7. Molle : délicat. — Turpes 
qualifie d'après le résultat poda- 
gras : qui déforment les pattes. 

8. Fluvios : de l'eau vive eu 
abondance. 

9. A ventis : à l'abri du vent. 

' 40. Extremo anno : à la fin de 
l'hiver, l'année agricole recommen- 
çant avec le printemps. Var., R. R., 
I, 28, 1, place le début du printemps 
au 7 févr. ; le 15 févr. le soleil passe 
du Verseau dans les Poissons (Col., 
XI, 2, 20). 

ii.Haec: nom. fém.plur., se rap- 
portant à caprae (300). Forme exclu- 
sivement employée devant voyelle 
par Plaute et Ter., attestée dans 
un certain nombre de passages de 
Cic, Ces., T. L. — Non leviore : 
quam. oves. 

12. Milesia : PI., A 7 . H. f VIII, 190, 
donne le troisième rang à la laine 
de Milet. Epithète d'excellence: 
voy. la n. 3 de la p. 159. 



LIVRE III. 



187 



Veliera mutentur, Tyrios incocta rubores 1 ; 
Densior hinc suboles, hinc largi copia lactis. 
Quam magis 2 exhausto spumaverit ubere mulctra, 
Laeta 3 magis pressis manabunt flumina mammis. 310 
Nec minus interea barbas incanaque menta 
Cinyphîi tondent hirci 4 saetasque cornantes 
Usum in castrorum et miseris velamina nautis. 
Pascuntur 5 vero silvas et summa Lycaei, 
Horrentesque rubos et amantes ardua dumos ; 
Atque ipsae memores redeunt in tecta, suosque 
Ducunt, et gravido superant vix ubere limen. 
Ergo omni studio 6 glaciem ventosque nivales, 
Quo minor est illis curae mortalis egestas, 
Avertes, victumque feres et virgea laetus 
Pabula, nec tota claudes faenilia bruma. 

At vero, Zephyris cum laeta vocantibus aestas 
In saltus utrumque gregem atque in pascua mittet, 
Luciferi 7 primo cum sidère frigida rura 
Carpamus 8 , dum mane novum, dum gramina carient, 
Et ros in tenera pecori gratissimus herba J . 326 

Inde, ubi quarta 10 sitirn caeli collegerit hora 



315 



320 



4. Tyrios incocta rubores : s'é- 
tant fixé par la cuisson la pour- 
pre de Tyr ; incoqui, verbe moyen, 
est construit comme indui dans 
loricam induiturj(En., VII, 640). 

2. Quant magis..., magis = 
quam magis... tam magis, avec 
le sens de quo magis... eo magis...; 
c'est un archaïsme. L'omission de 
tam se trouve dans Plaute et dans 
Tite-Live. 

3. Laeta, abondants ; voy. la 
note i de la p. 89. 

4. Cinyphii hirci : Cinyps est 
le nom d'un port et d'un petit 
cours d'eau à l'est de Leptis magna, 
entre les deux Syrtes. Génitif. — 
Tondent : le sujet est indéterminé : 
ceux dont telle est la fonction ; 
cf. 141. 



5. Pascuntur : eaprae. — Ly- 
caei: voy. la B. 1 de la p. 91. 

6. Omni studio vaut eo magis 
qui serait employé dans une phrase 
compassée :eo magis avertes. ..quo 
egestas curae mortalis est minor 
iltis (tour abstrait équivalant à 
quo minus illae egent cura mor- 
taliur.i). 

7. Luciferi : voy. la n. 6 de 
la p. 112. 

8. Carpamus : « Carpere co- 
gamus animalia » (Serv.) ; cf. her- 
bam carpere (295). 

9. Voy. Bue, 8, 15. 

40. Quarta: en été, entre 9 h. 1/2 
et 10 h. 1/2 Le jour, entre le lever 
et le coucher du soleil, était divisé 
en douze heures de longueur va- 
riable suivant les saisons. — Colle- 



188 



LES GÉORUIQUES: 



Et caatu querulae rumpent arbusta cicadae, 
Ad puteos aut al ta grèges ad stagna jubebo 
Currentem ilignis potare canalibus undam; 
Àestibus at mediis umbrosam exquirere vallem, 
Sicubi magna Jovis • antique robore quercus 
Ingentes tendat ramos, aut sicubi nigrum 
Ilicibus crebris sacra nemus accubet 2 umbra; 
l'uni tenues dare rursus aquas et pascere rursus 
Solis ad occasum, cum frigidus aëra vesper 
Tempérât et saltus reficit jam roscida luna 5 , 
Litoraque Alcyonen 4 résonant, acalanthida dumi. 

Quid tibi pastores Libyae, quid pascua versu 
Prosequar et raris habitata mapalia 5 tectis? 
Saepe diem noctemque et totum ex ordine 6 mensem 
Pascitur itque pecus longa in déserta sine ullis 
Hospitiis : tantum carnpi jacet! Omnia secum 
Armentarius Afer agit, tectumque Laremque 
Armaque Amyclaeumque 7 canem Gressamque phare- 

[tram ; 
Non secus ac patriis acer Romanus in armis 3kQ 



330 



335 



340 



ger'd = adduxerit. — Arbusta : 
voy. p. 153, n. 7. 

■1. Jovis : un chêne comme ceux 
de Dodone : voy. p. 130, n. 2. La 
syllabe finale est allongée à la césure 
penthémimère. 

2. Arcxbrl : l'action de l'ombre 
est t ransportée à l'objet qm la pro- 
duit ; voy. l'introduction, p xxxrn. 

3. Luna : voy. II, 202. 

4. Alcyonen": le martin pécheur 
s'appelle alcyon (I, 399) ;. mais le 
souvenir de la métamorphose d'Al- 
cyoné, femme de Céyx, amène la 
substitution du nom mythologique 
féminin ('AVx.uôvTi) et un accus, 
de forme grecque, construit avec 
résonant, comme sonat pans Y En.. 
I, 328. — Acalanthida- : exemple 
unique de ce mot; probablement le 
chardonneret. 



5. Mapalia : « Aedificia Numi- 
darum agrestium, oblonga, incurvis 
lateribus tecta, quasi navium cari- 
nae ». (Sa!., Jug., 18,8). — Raris 
tectis : abl. avec épithète (voy. la 
n. 5 de la p. 137); « ita sparsa ut 
rara tecta praebeant ». 

6. k'.c oi'diar; sans interruption. 

7. Awyclacv.m : d'Amyclées ; 
voy. la a. du v. 89. Les chiens de 
Laconie, aux flancs maigres, à la 
taille mince, à la tète pointue, étaient 
par excellence des chiens de chasse. 
— Cressam : KpfjCraa signifie une 
Cretoise; mais Virgile emploie cet 
ethnique au lieu de l'adj. Cretirns, 
mal commode dans l'hexamètre. 
Voy. Bue., p. 85, n. 1. — Epitbètes 
d'excellence, qui n'ont pas de rap- 
port à la circonstance particulière : 
voy. la n. 3 de la p. 159. 



LIVRE 



189 



Injuste 1 sub fasce viaui cuni earpit, et hosti 
Ante expectatum 2 positis stat in agmine eastris. 

At non 5 , qua Scythiae gentes Maeotiaque unda, 
Turbidus 4 et torquens flaventes Hister arenas, 350 
Quaque redit médium Rhodope porrecta siib axem. 
Illic clausa tenent 6 stabulis armenta, neque uîlae 
Aut herbae campo 6 apparent aut arbore frondes; 
Sed jacet aggeribus niveis informis et alto 
Terra gelu late, septemque assurgit 7 in ulnas : 355 
Semper hiems, semper spirantes frigora Cauri 8 . 
Tum sol pallentes haud unquam discutit umbras, 
Nec cum invectus equis altum petit aethera, nec cura 
Praecipitem Oceani rubro 9 lavit aequore currum. 
Concrescunt subitae currenti in fluniine crustae 360 
Undaque jam 10 tergo ferratos suslinet orbes, 
Puppibus illa 11 prius, patulis nunc hospita plaustris; 
Aeraque 12 dissiliunt vulgo, vestesque rigescunt 
Indutae 13 , caeduntque securibus umida vina, 
Et totae solidam in glaciem vertere 14 lacunae, 365 



1. Injusto : énorme; cf. I, 164. 
Cic, T-usc, II, 37 : « Qui labor et 
quantus agminis : ferre plus ùimi- 
diati mensiscibaria, ferre si quitl ad 
usum velint, ferre vallum ! nam 
scutum, gladium, galeam in onero 
nostri milites non plus numerant 
quam umeros, lacertos, manus ». 
Cette charge allait à une vingtaine 
de kilog. (Vég., I, 19). — Hosti, 
datif de relation se rapportant à 
stat. 

2. Expectatum : participe Dtjs 
substantivement ; « avant le fait 
d'être attendu ». Le participe équi- 
vaut à un substantif verbal; voy. la 
n. 11 delà p. 148. 

3. At non : pascitur itque pe- 
cus (342) ita in regione. — Maeo- 
tia unda : la mer d'Azof où se jette 
le Don (Tanaïs). L'Hister est le Da- 
nube : le Rhodope, une rhaîne de la 
Thrace. Désignation des pays du 



nord (axis, voy. la n. 4 de la p. 148). 

4. Turbidiis qualifie torquens ; 
et est déplacé. 

5. Tenent : magistri pecorura. 

6. Campo, arbore = in campo, 
in arbore. 

7. Assurgit indique l'accrois- 
sement qui résulte de l'accumula- 
tion dé la neige. Ulna n'est pas un 
nom tecbnique de mesure. 

8. Cauri : voy. 278. 

9. Rubro l rougi des feux du 
couchant. — Lavit : voy. 221. 

10. Jam : va jusqu'à. 

14. Illa sert de point d'appui au 
développement que constitue ce 
vers par rapport à tmda. 

12. Aéra : des objets de bronze. 
— Vulgo : voy. la n. du v. 246. 

13. Indutae: sur le corps. — Umi- 
da : dans leur état ordinaire. 

14. Vertere : passé d'habitude: 
voy. la n. 1 de la p. 94. Sons réfléchi. 



190 



LES GÉORGIQUES. 



Stiriaque impexis induruit horrida barbis. 
Interea toto non setius aëre ningit; 
Intereunt pecudes 1 : stant circumfusa pruinis 
Corpora magna boum, confertoque agmine cervi 
Torpent mole nova et summis vix cornibus exstant. 
Hos non immissis canibus, non cassibus ullis 
Puniceaeve agitant 2 pavidos formidine pennae; 
Sed frustra oppositum trudentes pectore montem 
Comminus obtruncant ferro, graviterque rudentes 
Caedunt, et magno laeti clamore reportant. 
Ipsi 3 in defossis specubus secura sub alta 
Otia agunt terra, congestaque robora totasque 4 
Advolvere focis ulmos ignique dedere. 
Hic noctem 5 ludo ducunt, et pocula laeti 
Fermento 6 atque acidis imitantur vitea sorbis. 
Talis Hyperboreo 7 Septem subjecta trioni 
Gens effrena 8 virum Riphaeo tunditur Euro, 
Et pecudum fulvis velatur 9 corpora saetis. 

Si tibi lanitium curae, primum aspera silva, 
Lappaeque tribolique 10 absint; fuge pabula laeta 11 






370 



375 



380 



385 



4. Intereunt pecudes s'explique 

fiar ce qui .suit : d'abord les atte- 
ages de bœufs, puis lesjcerfs, sont 
surpris par une tempête de neige, 
telle que celle de Maître et Ser- 
viteur chez Tolstoï. 

2. Agitant : venatores ; voy. 
p. 177, n. 5. — Formidine : l'é- 
pouvantail, corde garnie de plumes 
écarlates, que l'on tendait au-devant 
des cerfs pour les obliger à prendre 
le chemin des filets. 

3. Ipsi : les habitants. 

4. Totasque élide sa finale de- 
vant advolvere;. voy. p. 113, 
n. 1. 

5. Noctem : la longue nuit de 
l'hiver. — Ducunt : font passer. 

6. Fermento : l'orge ou le blé 
fermenté qui servait à fabriquer la 
cervoise. — Sorbis : le sorbier ou 
cormier donne un fruit âpre et 



acide d'où l'on peut tirer une bois- 
son fermentée. 

7. Hyperboreo : voy. 196. — 
Septemlrioni : la tmèseest hardie, 
car il semble qu'on a un singulier 
avec septem. Le surnom romain 
Trio semble prouver que ce mot 
existait isolément avec le sens de 
bœuf. Du pluriel septemtrionesAes 
sept bœufs paissant dans le ciel, on 
a tiré un singulier désignant l'as- 
semblage de sept étoiles, la Grande- 
Ourse. Voy. p. 152, n. 12. 

8. Effrena est transporté de 
virum (voy. la n. 1 de la p. 140) à 
gens. — Riphaeo : voy. p. 108, n. 7. 

9. Velatur : moyen réfléchi. — 
Corpora : complément direct de 
velatur. Cf. 307. 

10. Aspera... tribolique : voy. 
I, 152. 

11. Laeta ; voy. p. 89, n. 1. 



LIVRE III. 



191 



Continuoque grèves 1 villis lege mollibus albos. 
Illum 2 autem, quamvis aries sit candidus ipse, 
Nigra subest udo tantum cui lingua palato, 
Rejice, ne maculis infuscet vellera pullis 
Nascentum 3 plenoque alium circumspice campo. 390 
Munere* sicniveo lanac, si credere dignum est, 
Pan 5 , deus Arcadiae, captam te, Lima, fefellit, 
In nemora al ta vocans; nec tu aspernata vocantem. 

At cui lactis amor, cytisum lotosque 6 fréquentes 
lpse manu salsasque ferat praesaepibus herbas. 395 
Hinc et amant fluvios 7 magis, et magis ubera tendunt, 
Et salis occultum referunt in lacté saporcm. 
Muïti jam excrètes 8 proliibent a matribus haedos, 
Primaque 9 fcrratis praefigunt 10 ont capistris. 
Quod 11 surgente die mulsero horisque diurnis, 400 
Nocte premunt; quod 12 jam tenebris et sole cadente, 
Sub lucem exportant calathis (adit oppida pastor), 
A ii f parco sale contingunt 13 hiemique reponunt. 

Nec tibi cura canum l'uerit postrema, sed una 



laines estimées de Parme et de 
Modène provenaient de pâturages 
maigres. 

1. Continuo : voy. la note 1 de 
la p. 103. — Grèges : des femelles; 
voy. la n. 7 de la p. 176. 

2. Illum, le Délier. — Ipse 
oppose le corps entier à une par- 
tie. 

3. Nascentum : nascentium ne 
peut entrer dans l'hexamètre. — Cir- 
cumspice : cherche en regardant 
autour de toi. — Pleno campo : 
voy. la n. 5 de la p. 137. 

4. Munere : par le moyen de. 
Niveo se rapporte pour le sens à 
lanae. 

5. Pan : voy. p. 162, n. 9. La 
légende à laquelle Virgile fait allu- 
sion était rapportée par le poète 
alexandrin Nicandre (Macr., V, 22, 
10; Ps. Serv). 

6. Lotos : le mélilot. 



7. Fluvios : voy. 126. — Ten- 
dunt : distendunt lacté. 

8. Jam excretos : aussitôt 
BéparéSv 

9. Prima : l'extrémité. L'idée 
principale pour la logique française 
est représentée par une épithète. 
Ce tour est fréquent si l'épi thete 
exprime un rapport d'ordre, de 
situation, etc. (summa arbor)\ 
ruais il n'est pas rare avec des adjec- 
tifs quelconques : miseri parente* 
(260), le malheur de ses parents. Cf. 
p. 148, n. 1 1, pour un sens analogue 
du participe. 

40. Praefigunt, ils garnissent en 
avant; ora : complément direct; 
capistris, d'un harnais de tète (abl. 
d'instrument). 

11. Quod : lac quod. 

12: Quod : lac quod mulsere. 

13. Contingunt : saupoudrent ; 
technique en ce sens. 



]'.)■. 



LES GEORfiflHJES, 



Vcloccs Spartae 1 calulos acfemque Molossum 
Pasce sero 2 pingui : numquam, custodibus illis, 
Noctumum stabulis 5 furem incursusque luporum 
Aut impacatos a tergo horrebis Hiberos 4 . 
Saepe etiam cursu timidos agitabis onagros 8 , 
Et canibus leporem, canibus venabere dammas; 
Saepe volutabris 6 pulsos silvestribus apros 
Latratu turbabis agens, montesque per altos 
ïngentem clamore premes ad retia cervum. 

Disce et odoratam stabulis accendere cedrum, 
Galbaneoque agitare graves nidore chelydros. 
Saepe sub immotis praesaepibus aut mala tactil 
Vipera delituit caelumque exlerrita fugit, 
Aut tecto assuetus coluber 7 succedere et umbrae, 
Pestis acerba boum, pecorique adspergere virus, 
Fovit humum. Cape saxa manu, cape robora, 
Tollentemque minas et sibila colla 8 tumentem 
Dejice : jamque fuga timidum caput abdidit alte, 
Cura medii nexus extremaeque agmina caudae 
Solvuntur, tardosque trahit sinus ultimus orbes. 
Est etiam ille malus Calabris in saltibus anguis 9 , 
Squamea convoi vens sublato pectore terga 
Atque notis longam maculosus grandibus alvum 40 , 
Qui, dum amnes ulli rumpuntur 11 fontibus et dum 



kQê 



410 



415 



pastor, 
421 



425 



1. Spartae : voy. p. 188, n. 7. 
— Molossum : originairement 
peuple d'Epire. Le mo4 désignait 
plusieurs variétés de dogues. 

2. Sero : la quantité permet de 
reconnaître ce mot. 

3. Stabulis : dat. de relation : 
voy. 347. 

4. Hiberos, pour : les voleurs de 
bestiaux (proprement abigeos, qui 
n'entre pas dans l'hexamètre) ; voy. 
lan. 3 de la p. 159. 

5. Onagros : le choix du mot 
est une recherche de style ; il y 
avait des troupeaux d'ânes sauvages 
en Phrygie, en Lycaoaie et en 



Afrique, mais non pas en Italie. 

6. Volutabris : premier ex. de 
ce mot très rare. 

7. Coluber : premier ex.; co- 
lubra est la forme ancienne. Ces 
noms désignent toujours un reptile 
venimeux. 

8. Colla : accusatif de partie. 

9. Anguis : ce serpent qui n'est 
pas nommé est le chersydrus am- 
phibie (Solin, II, 33). 

10. Longam alvum : accusatif à 
joindre à maculosus. 

14. Rumpuntur: moyen réfléchi, 
équivalent d'uû iiltraniitif {erum- 
punt). 



LIVRE III. 



193 



Vere madent udo terrae ac pluvialibus Austris, 
Stagna colit, ripisque * habilans hic piscibus atram 430 
Improbus ingluviem ranisque loquacibus explet. 
rostquam exusta-palus, terraeque ardore dehiscunt, 
Exsilit in siccum, et flammantia lumina torquens 
Saevit agris, asperque' siti atque exterritus aestu. 
Ne mihi tum molles sub divo carpere somnos, 435 
Neu dorso nemoris libeat jacuisse 2 per herbas, 
Cum« positis 3 novus exuviis nitidusque juventa 
Volvitur, aut* catulos tectis aut ova relinquens, 
Arduus ad solem, et linguis micat ore 5 trisulcis. 

Morborum quoque te causas' et signa docebo. 440 
Turpis oves temptat scabies, ubi frigidus imber 
Altius ad vivum persedit 6 et horrida cano 
Bruma gelu, vel cum tonsis illutus adhaesit 
Sudor et hirsuti secuerunt corpora vêpres. 
Dulcibus idcirco fluviis pecus omne magistri 7 445 
Perfundunt, udisque aries in gurgite villis 8 
Mersatur, missusque secundo définit amni; 
Aut tonsum tristi 9 contingunt corpus amurca, 
Et spumas miscent argenti vivaque sulpura 10 
Idaeasque " pices, et pingues unguine ceras, 450 

Scillamque elleborosquc graves nigrumque bitumen. 



t. Ripis = in ripis. — Hic: 
adverbe. 

2. Jacuisse : après un verbe de 
volonté, le passé de Fini, est em- 
ployé pour marquer l'antériorité, 
« s'être déjà étendu » ; cependant 
chez les poètes la facilité métrique 
dicte souvent ce choix. 

3. Positis : quittées ; cf. II, 14. 

4. Les deux aut ne s'opposent pas, 
le second lie seulement catulos et 
ova ; le premier, relinquens et 
nitidus. 

5. Ore — in ore. Linguis trisul- 
cis est un ablatif d'instrument; cf. 
84, micat auribus. 

6. Persedit, de persido, le simple 

VIRGILE, 



étant sido, marquant l'action (s'as- 
seoir) et opposé a sedeo marquant 
l'état. Mot de Lucrèce. 

7. Magistri : les Bergers. 

8. Udis villis indique le résul- 
tat. — Missus = immissus. — 
Defluit : il descend porté par le 
courant ; manière de dire que le 
bain doit être donné dans une eau 
vive (fluviis). 

9. Tristi : amer. — Contin- 
gunt, oignent. 

10. Vivaque sulpura : le sou- 
fre vierge. La syllabe finale est 
élidée; voy. p. 113, n. 1. 

14. Idaeas : le mont Ida en Phry- 
gie était couvert de. pins. — Le 

13 



194 



[.ES GÉORGIQUES. 



Non tamen ulla màgis praesens 1 fortuna laborum est, 

Quam si quis ferro potuit 2 rescindere summum 

Ulceris os : alitur vitium vivitque tegendo 3 , 

Dum medicas adhibere m anus ad vulnera pastor 455 

Abnegat, aut meliora 4 deos sedet omnia poscens. 

Quin etiam, ima dolor balantum 3 lapsus ad ossa 

Cum furit atque artus depascitur arida febris, 

Profuit 6 incensos aestus avertere et înter 

Ima ferire pedis 7 salicntem sanguine venam; 460 

Bisaltae 8 quo more soient acerque Gelonus, 

Cum fugit in Rhodopen 9 atque in déserta Getarum 

Et lac concretum cum sanguine potat equino. 

Quam 10 procul aut molli succedere saepius umbrae ll 
Videris, aut summas carpentem ignavius herbas 465 
Extremamque sequi, aut medio procumbere campo 
Pascentem, et serae solam dccedere nocti 12 , 
Gontinuo culpam 15 ferro compesce, priusquam 
Dira per incautum 14 scrpant contagia vulgus. 469 

Non tam creber 15 , agens biemem, ruit aequore turbo 



pluriel des noms de matière doit 
('■veiller une idée de quantité. 

1. Praesens : certaine. — For- 
tuna : chance de guérison. 

2. Potuil a pris sur lui. 

3. Tegendo : ablatif de l'idée ver- 
Jbale (" le .ait d'être caché »). 

4. Meliora est attributif. 

5. Balantum : voy. la n. s de 
la p. 110 —Dolor: le mal dont il 
est rjuestiou, scabies. 

6. Profuit : passé indiquant 
l'expérience ; voy. 1& n. 1 de la p. 9i. 
— Et introduit une explication, 
le moyen employé. 

7. Pedis : voy. p. 124, n, 5. 

8. Bisaltae : peuple d'origine 
thrace habitant le cours inférieur 
du Strymon. — Gelonus : peuple 
voisin des Gètes, le plus au nord 
de ceux qui sont nommés ici. 

9. Rhodopen : voy. 351. Les 
Gètes et les Gelons étaient séparés 
du Rhodope par le Danube et l'Hé- 



mus. Les Bisaltes étaient plus rap- 
prochés. Les Gètes habitaient le 
Bas-Danube depuis les Carpathes 
jusqu'à la mer Noire. C'était aussi 
un peuple thrace. dont le rameau 
septentrional et occidental était le 
peuple dace (voy. p. 163, n. l). 

10. Quam : eam ovem quam. 

11. Umbrae : dat. complément 
d'un verbe composé indiquant une 
action physique, au lieu de sub um- 
bram qui serait régulier en prose. 
— Summas : a Effleurer à regret 
la pointe de l'herbage » (Delille). 

12. Nocti : voy. Bue, p. 69, n. 4. 

13. Culpam est pris en un sens 
concret, ce qui pèche, ovem vitio- 
sam (cf. 454). 

14. Incautum équivaut à un adj. 
exprimant l'aptitude. — Serpant : 
le subj. donne h priusqv.am lé sens 
de <.'. sans attendre que ». 

15. Creber : abondant ; premier 
ex. de ce nominatif singulier. — 



LIVRE III. 



195 



Quam îiiultae pecudum pestes 1 , nec singula moilù 
Corpora cotripiunt, sed tota aestiva 2 repente, 
Jpemque 8 gfegenique simul, cunclarnque ab origine 

[gentem : 

Tum sciât 4 , aerias Alpes et Norica 5 si quis 
Castella 6 in tuinulis et Iapydis ârva Timavi klb 

Nunc quoque posl 7 lanto videat, desej'tâcjuê régna 
Pastorum, et longe salins lateque vacantes. 

Hic quondain inorbo eaeli misefanda coorta est 
Tempestas 8 totoque autumni ineanduil aestti. 
Et genus omne neci pecudum dédit, omne ferarum, ^80 
Gorrupitque 9 lacus, infecit pabulâ t;il>o. 
Nec via niorlis erat simplet; sed ubi Ignëa renia 
Omnibus acta sitis 10 miscros adduxerat arlus, 
Rursus abundabat fluidus liquor, oinniaqin.' in se 
Ossa niinutatim 11 inorbo collapsa trahebal. k8b 



jffiemem : l'orage. — Aequore : 
abl. de la questionna. 

1. Pestesl: le fléau se multiplie 
parle noml, re des tètes du troupeau; 
ce genre de plur. est habituel en 
latin : Putestates mugistratuwu 
(Cic, Sest., 98). De mime morbi. 
, 2. Aestiva : s tabula; ci. aesti- 
va castra). 

3. Bpem : agnos; gvegem : ma- 
ires (cf. 1~>5). ' 

4. Sciât : scire totum gvegem 



pevive passe licebit ei qui vident ; 
hypothèse se rapportant à l'avenir. 

5. Norica : le Norique était une 
région montagneuse correspondant 
à peu près à la Styrie, à la Carin- 
thie et au pays de Salzbourg réunis , 
les Alpes Carniques le séparaient 
de la Cisalpine. 

6. Castella : habitations situées 
sur des montagnes, chalets. — Ia- 
pydis : les Japydes habitaient un 
massif montagneux de la Carniole. 
actuelle au sud de la Save. Ils pil- 
lèrent Trieste et mirent le siège 
devant Aquilée. Octave prit leur 
capitale, Metulum (Metlika), située 



sur un affluent de la Save, le 
Colapis (Kulpa), en 7I9/:Jj. — Ti- 
mavi : tivs eottrtfe rivière, formée 
de la réunion de plusieurs sources 

(/•;n., I, rt5), qui se jetti daha 

I '.\dri;iliqiieeutre Aquilcc il TfiMtjB 
(Timao). 

7. Post -. adverbe. — TantoiM. 
aiAené par ridée comparative : I n-., 
(ai., III, ti : « Post alternée to » ; 
Ce».. B. ;/., \ il. m, i. Ordinaire* 
ment l'abl. précède l'adverbe. 

8. 'l'empesta* : un état de l'at- 
mosphère. — Totoautvmni aeslu : 
de toute la force des chaleurs de 
l'automne, saison malsaine par ex- 
cellence (Hor., Epit.. I, 7, â-y). 

9. Corvupitque . la conjonc- 
tion lio le v. 481 au v. 480 dont il 
est l'explication; les deux parties 
de cette explication, exprimées par 
des verbes synonymes, restent en 
asyndete. 

40. Sitis : l'effet pour la cause, 
itesbus. — Adduxerat = àontra- 
.vevat. 

11. Minutatim : progressive- 
ment; mot de Lucrèce. 



196 



LES GÉORGIQUES. 



490 



495' 



Saepe in honore 1 deum medio stans hostia ad aram. 
Lanea dum nivea circumdatur infula 2 vitta, 
Inter cunctantes cecidit moribunda ministros. 
Aut si quam ferro mactaverat ante 3 sacerdos, 
Inde 4 neque impositis ardent altaria fibris, 
Nec responsa potest consultus reddere vates ; 
Ac vix suppositi tinguntur sanguine cultri, 
Summaque jejuna sanie infuscatur harena. 

Hinc laetis vituli vulgo 5 moriuntur in herbis, 
Et dulces animas plena ad praesaepia reddunt; 
Hinc canibus blandis rabies venit, et quatit aegros 
Tussis anhela sues ac faucibus angit obesis. 

Labitur, infelix.studiorum 6 atque immemor herbae. 
Victor equus, fontesque avertitur 7 , et pede terram 
Crebra 8 ferit;' demissae aures; incertus ibidem 500 
Sudor, et ille quidem morituris 9 frigidus: aret 
Pellis et ad tactum tractanti dura resistit. 

Haec ante exitium primis dant 10 signa diebus. 
Sin in processu coepit crudescere morbus, 
Tum vero ardentes oculi atqùe attractus at) alto 
Spiritus, interdit m gemitu gravis; imaque longo 
Ilia singultu tendunt ; it narftms ater 



505 



4. Honore : ordinairement l'of- 
frande {En., I, 49) ; ici, le sacri- 
fice. — Hostia : voy. p. 140, 
n. 5. 

$ 2. Infula : bandeau, ou dia- 
dème, formé de plusieurs bourrelets 
(d'où le pluriel ordinaire en prose), 
attaché sur la tète par les vittae, 
qui retombaient de chaque côté de 
l.i tète, derrière les oreilles des 
prêtres, derrière les cornes des vic- 
times. Signe de consécration à la 
divinité. 

3. Ante : adverbe. 

h. Inde : ex ea hostia. — Fi- 
bris : les entrailles ; voy. p. 124, 
n. 10. 

5. Vulgo : « en foule », partout. 

6. Infelix studiorum : littéra- 



lement : « qui n'a pas de chance re- 
lativement à ses efforts », puisque 
toute sa carrière aboutit là ; « trahi 
par la Fortune au milieu de sa car- 
rière ». Le génitif de relation 
construit avec un adjectif s'est déve- 
loppé en dehors de la langue clas- 
sique et surtout chez les poètes. 

7. Avertitur : verbe moyen de 
sens*-éflécbi avec construction tran- 
sitive. 

8. Crebra : accus, adverbial 
(poét.). — Incertus : de quantité 
variable. 

9. Morituris : qui doivent mou- 
rir. Ce sens du participe futur s'est 
développé avec l'emploi de nature 
adjective. 

40. Dant : equi. 



LIVRE III 



197 



Sanguis, et obsessas fauces premit aspera lingua. 

Profuit inserto, latices infundere cornu 

Lenaeos*; ea visa salus morientibus una; 510 

Mox erat hoc ipsum exitio, furiîsque refecti 

Ardebant, ipsique suos jam morte sub aegra 

(Di meliora 2 piis erroremque hostibus illum !) 

Discissos nudis laniabant dentibus artus. 

Ecce autem duro fumans sub vomere taurus 515 
Concidit et mixtum spumis vomit ore cruorem 
Extremosque ciet gemitus. It tristis arator, 
Maerentem abjungens fraterna morte juvencum, 
Atque opère in medio defixa relinquit aratra. 
Nonumbrae altorum nemorum, nonmollia possunt520 
Prata movere animum 3 , non qui per saxa volutus 
Purior electro campum petit amnis; at ima 
Solvuntur 4 latera, atque oculos stupor urget inertes, 
Ad terramque fluit devexo pondère cervix. 
Quid labor aut benefacta 5 juvant? quid vomere terras 
Invertisse graves? Atqui 6 non Massica Bacchi 526 

Munera, non illis epulae nocuere repostae 7 : 
Frondibus et victu pascuntur simplicis herbae ; 
Pocula sunt fontes liquidi atque exercita cursu 
Flumina, nec somnos abrumpit cura salubres. 530 

Tempore non alio dicunt regionibus illis 
Quaesitas 8 ad sacra boves Junonis, et uris 
Imparibus ductos alta ad donaria 9 currus. 



1. Lenaeos : voy. p. 129, n. 2. 

2. Di meliora : exclamation fré- 
quente axecferant, velint, et sur- 
tout sans 'verbe, pour écarter le 
mauvais sort. — Errorem : égare- 
ment. 

3. Après un cas particulier, sai- 
sissant, Virgile parle des bœufs en 
général. 

4. Solvuntur : se détendent, 
pendent. 

5. Benefacta : envers l'homme. 
— Quid : juvat. 



6. Atqui : et cependant. — 
Massica : voy. p. 136, n. 4. 

7. Repostae : syncope poétique, 
qu'on remarque dans positus et ses 
composés. Repostus, déjà dans 
Ennius, est assez fréquent. L'idée est 
générale : des festins recommencés. 

8,. Quaesitas : en vain. — 
Junonis : suivant son usage, Virgile 
particularise; voy. p. 159, n. 3. — 
Uris. : voy. p. 154, n. 5. 

9. Donaria : la partie du temple 
réservée aux offrandes 



198 



LES GÉORGIQUES. 



Ergo aegre rastris terram rimantur 1 et ipsis 
Unguibus infodiunt fruges, montesque per altos 535 
Contenta cervice trahunt stridentia plaustra. 

Non lupus insidias 2 explorât ovilia circum 
Nec gregibus nocturnus 3 obambulat : acrior iîlum 
Cura domat ; timidi dammae cervique fugaces 
Nunc interque canes et circum tecta vagantur. 540 
Jam maris immensi prolem et genus omne natantum 4 
Litore in extremo, ceu naufraga corpora, fluctus 
Proluit; insolitae fugiunt in flumina phocae. 
Interit et curvis frustra defensa latebris 
Vipera, et attoniti squamis adstantibus bydri. 545 

Ipsis 3 est aër avibus non aequus, et illae 
Praecipites alta vitam sub nube relinquunt. 

Praeterea jam nec mutari pabula refert, 
Quaesitaeque nocent artes; cessere 6 magistri, 
Phillyrides Chiron 7 Amythaoniusque Melampus. 550 
Saevit et, in lucem Stygiis emissa tenebris, 
Pallida Tisiphone 8 Morbos agit ante Metumqu'e, 
Inque dies avidum surgens caput altius 9 offert. 
Balatu pecorum et crebris 10 mugitibus amnes 
Arentesque sonant ripae collesque supini. 555 



1. Rimantur : agricolae; voy. 
la n. 5 de la p. 177. — Remarquer 
l'harmonie imitatiye. 

2. Insidias : le lieu d'une 
embuscade. — Explorât : reconnaît. 
— Circum : anastrophe,voy.p. 102, 
n. 2. 

3. iXocturnus == noctu. 

4. Natantum == natantium, 
qui ne peut entrer dans l'hexamètre. 

5. Ipsis : bien que l'air soit leur 
élément, parce qu'il est le véhicule 
de la contagion. 

6. Cessere : se sont retirés. — 
Magistri : en l'art de guérir. 

7. Chiron, centaure médecin, fils 
de Kronos et de Philyra(voy. la n. 
du v. 92). Mélampus, fils d'Amy- 



thaon et cousin de Jason, est sur- 
tout un devin ; mais en cette qua- 
lité, il purifiait par des lustrations. 
Ni la médecine rationnelle ni la 
médecine magique (ou religieuse; 
ne peuvent écarter la contagion. 
Cette idée est précisée de manière 
savante par ces deux noms propres. 
Cf. p. 159, n- 3. —Phillyrides, en 
regard de Philyra, avec redouble- 
ment de 17 pour obtenir un rythme 
dactvlique. 

8. Tisiphone : une des Furies. 
— Ante : adverbe. 

9. Altius : elle grandit chaque 
jour avec le nombre des victimes. 

10. Crebris se rapporte aux deux 
substantifs ; voy. p. 137, n. 9. 



LIVRE IV 



199 



Jamque calervatim dat* stragem atque aggerat ipsis 
In stabulis turpi dilapsa cadavera tabo, 
Donec humo tegere ac foveis abscondere discunt 2 . 
Nam neque erat coriis usus, nec viseera 3 quisquam 



Aut undis abolere 4 potest aut vincere flamma; 
Ne tondere quidem morbo illuvieque peresa 
Vellera, nec 5 telas possunt attingere putres; 
Verum etiam, invisos si quis temptarat 6 amictus, 
Ardentes papulae atque immundus olentia sudor 
Membra sequebatur 7 ; nec longo deinde moranti 
Tetnpore contactos sacer artus ignis 8 edebat. 



560 



565 



LIVRE IV 

Que Mécène jette encore un regard sur cette partie du 
poème : elle décrit les mœurs d'un peuple généreux, humble 
héros, sujet glorieux, si Apollon favorise l'auteur (1-8). La 
situation des ruches (8-32) et leur condition (33-50) doivent 
être étudiées. Les abeilles sortent pour butiner (51-57), mais 
aussi pour essaimer (58-66) et pour se battre (67-87) : l'api- 
culteur saura ce qu'il faut faire alors. On doit supprimer lé 
roi de moins belle apparence, et, en général, distinguer les 
deux races dont l'une est meilleure que l'autre (88-102). On 
empêchera les abeilles de faire l'école buissonnière et on les 
retiendra par un jardin fleuri (103-115). Ge serait le cas, si le 



1. Dat : Tisiphone. 

2. Discunt est expliqué par la 
suite : nam... 

3. Viseera = carnem (poétique 
ou archaïque). 

4. Abolere : purifier. — Vin- 
cere : cuire. 

: 5. Nec : Virgile dissimule par 
divers moyens une gradation (y.Xï- 
jjiaÇ)qui aurait une régularité arti- 
ficielle. On ne peut tondre cette 
laine infectée; si on la tond, la 



toile qu'on en fait tombe en mor- 
ceaux ; si on peut tirer de cette 
toile des vêtements, ils commu- 
niquent la contagion à ceux qui 
les portent. — Possunt : homines. 

6. Temptarat : avait fait l'expé- 
rience. 

7. Sequebatur : s'attachait. — 
Moranti : sans qu'il attendît long- 
temps. 

8. Sacer ignis : érysipèle gan- 
greneux. 



200 LES GÉORGIQUES. 

temps ne pressait, de parler des jardins, tel que celui du 
vieillard Corycien, près de Tarente (116448). Les abeilles 
forment une cité bien ordonnée, active, où chacun a sa tâche, 
où les heures sont réglées, où l'on tient compte des saisons 
et de la température (149-196). Les abeilles recueillent les 
petites qui sont écloses sur les feuilles et les herbes (197- 
202). Parfois, elles succombent à la peine (203-205) et 
abrègent une vie qui ne dépasse jamais le septième été 
(206-209). Le roi est le lien de la cité, qui se dissout s'il 
manque, qui lui fait un rempart s'il est attaqué (210-218). 
Cette merveilleuse organisation a fait penser que les abeilles 
participaient de l'âme divine, qui est répandue et vit dans 
tous les êtres (219-227). On prendra des précautions religieuses 
quand on voudra recueillir le miel au printemps et à l'au- 
tomne (228-238). On devra ouvrir aussi la ruche pour la 
purger de la cire inutile et des animaux ennemis (239-247) : 
ainsi on rendra courage aux abeilles (248-250). On saura de 
plus reconnaître et soigner leurs maladies (251-280). Si enfin 
l'espèce disparaît tout à coup, l'éleveur emploiera le _moyen 
d'Aristée, tel qu'on le pratique sur les bords du Nil (281-294); 
il laissera se putréfier le corps d'un veau, d'où sortira un 
nouvel essaim (295-314). Aristée avait perdu ses abeilles; il de- 
manda la cause et le remède de ce désastre à sa mère Cyrène 
(315-386). Celle-ci lui dit de consulter le prophétique Nérée 
(387-414), ce que fit Aristée avec l'assistance de sa mère (415- 
452). Nérée rendit un oracle : « Tu as causé sans le vouloir 
la mort d'Eurydice (453-466). Orphée descendit aux enfers, 
ramena l'infortunée; mais tout d'un coup, il se retourna, 
oubliant la loi de Proserpine (467-493) : Eurydice s'évanouit 
dans les ténèbres infernales (494-506). Orphée inconsolable fut 
lui-même déchiré par les femmes qu'il avait méprisées (507- 
527) ». Cyrène complète ces révélations en indiquant les 
sacrifices expiatoires et le rit des victimes laissées à la putré- 
faction (528-547). Aristée se conforme à ces avis (548-558). — 
Ainsi chantait Virgile sur le territoire de Parthénope, quand 
César faisait retentir son tonnerre sur l'Euphrate (559-566). 

Protmus 1 aërii mellis caelestia dona 
Protinus : tenus, adverbe, | « jusqu'à »; marque la continuité et 



LIVRE IV. 



201 



Exsequar 1 : hanc ctiam, Maecenas, aspice partem. 
Admiranda tibi îevium spectacula rerum, 
Magnanimosque duces, totiusque ordine 2 gentis 
Mores et studia et populos et proelia dicam. 5 

In tenui labor; at tenuis non gloria, si quem 
Numina laeva 3 sinunt auditque vocatus Apollo. 

Principio sedes apibus statioque petenda 4 , 
Quo neque sit ventis aditus (nam pabula venti 
Ferre domum prohibent), neque oves haedique petulci 
Floribus insultent, aut errans bucula campo 5 11 

Decutiat rorem et surgentes atterat herbas. 
Absint et picti squalentia terga 6 Jacerti 
Pinguibus a stabulis, meropesque 7 aliaeque volucres 
Et manibus Procne 8 pectus signata cruentis : 1 5 

Omnia nam late vastant ipsasque volantes 9 
Ore ferunt, dulcem nidis immitibus 10 eseam. 
At liquidi fontes et stagna virentia musco 
Adsint et tenuis 11 fugiens per graraina rivus, 
Palmaque vestibulum 12 aut ingens oleaster inumbret; 



probablement est un doublet de 
ténor, « continuité » ; pro, en 
avant, ensuite; d'où : «en poursui- 
vant ». — Aërii : suivant les an- 
ciens, le miel était une rosée céleste 
que les abeilles recueillaient. 

1. Exsequar : verbis. 

2. Ordine : en suivant l'ordre 
/ogique. 

3. Laeva : défavorables. Dans 
l'art augurai, emprunté par les 
Romains aux Etrusques, l'observa- 
teur, tourné versle midi, aies dieux 
favorables à sa gauche et les dieux 
hostiles à sa droite. Mais en dehors 
de cette technique étrangère, les 
Romains, comme tous les peuples 
indo-européens, font de la droite le 
côté favorable. 

4. Petenda ea stalio ut eo non 
sit. ..neque ibi.... 

5. Campo = in campo. 

6. Terga : accus, de relation au 



lieu de l'ablatif de qualité (poétique). 

7. Meropes : lesguêDiers, oiseaux 
du Midi. 

8. Procné servit à son mari, 
Térée, les membres de son fils, 
Itys, et fut à cause de cela changée 
en hirondelle. Térée, changé en 
épervier (ou en huppe), la poursuit. 
— Pectus : accusatif de partie; 
Procné, devenue hirondelle, reste 
tachée du sang de son fils. 

9. Ipsas, les abeilles, par opposi- 
tion à omnia. — Volantes : ces 
oiseaux attrapent leur proie au vol. 

10. Immitibus : La Fontaine, 
Fables, X, 7, 17 : « Pour ses petits, 
pour elle impitoyable joie ». 

14. Tenuis : attribut de fugiens; 
Var., R. R., III, 16, 27, réclame un 
filet d'eau courante, de deux ou 
trois doigts (37 ou 55 millimètres) 

12. Vestibulum : la place privée 
devant la porte d'une grande mai- 



202 



LES GÉORGIQUES. 



Ut, cum prima 1 novi ducent examina reges 21 

Vere suo 2 ludetque favis emissa juyentus, 
Vicina invitet decedere ripa calori 3 
Obviaque hospitiis teneat frondentibus arbos. 
In médium 4 , seu stabit iners, seu profluet umor, 25 
Transversas sajjces et grandia conjice saxa, 
Pontibus ut crebris possint consistera et alas 
Pandere ad aoslivum solem, si forte morantes 
Sparserit 5 aut praeceps Neptuno immerserit Eurus. 
Haec circum 6 casiae virides et olentia late 30 

Serpylla et graviter spirantis copia thymbrae 
Floreat, irriguumque bibant violaria fontem. 
Ipsa autem, seu corticibus tibi suta cavatis, 
Seu lento fuerint al varia 7 vimine texta, 
Angustos habeant aditus : nain frigore mella 35 

Gogit hiems, eademque calor ljquei'acta remiitit. 
Utraque vis apifous pariter metuenda: neque 3 illae 
Nequiquam intectis certatjm tenvia cera 9 
Spiramenta linunt, fucoque et fioribus oras 
Expient, collectumque haec ipsa ad munera gluten 40 
Et visco et Phrygiae servant pice lentius Idae 10 . 
Saepe etiam effossis, si yera est fama, latebris 
Sub terra fovere larem ; penitusque repertae 



son; où peuvent se tenir les clients 
sans gêner les passants (En., VI, 
273) ; par analogie, les abords immé- 
diats de la ruche. 

4. Prima — primum. — Reges i 
les anciens croyaient que les chefs 
des essaims étaient des mâles. 

2. Sue : qui leur convient. 

3. Calori : voy. Bue, p. 69, n. 4. 

4. In médium : umorem. 

5. Sparserit: asperserit v.raors. 
— Neptuno : métonymie pour 
mari, qui serait lui-même une 
figure; un peu d 1 eau est pour les 
abeilles un océan. Voy. p. xxxin, 

6. Circum : voy. p. 103, n : 2, — 



Casiae : voy. la a, 3 de la p. U5. 

7. Alvaria : les termes d'apicul- 
ture, dérivant iïalvus. n ''ont pas d e. 

8. Neque... nequiquam : et ce 
n'est pas sans raison. 

9. Tenvia . trois syllabes ; voy. 
p, 119, n. 3. — Cera : ce mot. h' eus, 
flores (pour le suc extrait des fleurs), 
gluten, d .signent ici une même sub- 
stance, la propolis, résine d'abeille, 
rougeâtreet odorante, d'abord molle 
et qui devient par la suite pius dure 
que la cire. Elle est tirée soit des 
bourgeons du peuplier, soit des 
arbres résineux. 

40. Idae: voy = p. 193, n. 11. 



LIVRE IV. 



203 



kc 



Pumicib'-sque cavis exesaeque arboris antro. 

Tu tamen 1 et levi rimosa cubilia limo 

Unge fovens circu'm, et raras superinjice frondes. 

Neu propius tectis taxum sine 3 , neve rubentes 

Ure foco cancros 3 , altae neu crede paludi, 

Aut ubi 4 odor caeni gravis, aut ubi concava pulsu 

Saxa sonant vocisque offensa 5 résultat imago. 50 

Quod superest 6 , ubi pulsam hiemem Soi aureus egit 
Sub terras caelumque aestiva luce reclusit, 
Il lac continuo saltus sil vasque peragrant 
Purpureosque metunt flores et fluniina libant 
Summa levés : hinc 7 , nescio qua dulcedine laetae, 
Progeniem nidosque fovent; hinc arte récentes 
Excudunt eeras et mella tenacia fmgunt. 

Hinc ubi jam emissum caveis 8 ad sidéra caeli 
Nare per aestatem liquidam suspexeris agmen 
Gbscuramque trahi vento mirabere nubem, 
Gontemplator 9 : aquas dulces et frondea semper 
Teeta petunt. Hue 10 tu jussos adsperge sapores, 
Trita raelisphylla et cerinthae jgnobile 11 granien; 
Tinnitusque cie et Malris 19 quate cymbala circiun 
Ipsae consident medicatis 15 sedibus, ipsae 
Intima more suo.sese in cunabula 14 eondent. 



55 



60 



65 



1. Tamen ; malgré les soins des 
abeilles pour se radier et se protéger 
contre l'air froid (cf. fovens). 

2. Sine; impératif ; voy. p, 150, 
n.2. 

3. Cancros : dont la cendre ser- 
vait à fabriquer des remèdes. Cette. 

f réparation est interdite à cause de 
odeur, comme ce qui suit. — 
Crede : intransitif. 

4. Aut ubi : aut locis ubi. 

5. Offensa : c'est le choc du 
son contre la roche que l'écho 
(imago) rend sensible. 

6. Voy. p. 152, n. 10. 

7. Hinc : temporel; à partir de 
ce moment. 



8 Caveis : les alvéoles des ru- 
ches. 

9. Contemplatûr : voy, p, loi, 
n.4. 

10. Hue : in frondea tecta. — 
Jussos : prescrits; énumérés, dans 
le vers suivant. 

11. Ignobile : commun. 

12. Matris : la Mère des dieux, 
Cybèle, dont les prêtres frappaient 
des cymbales en souvenir des 
Curetés (voy. p. 209, n- 6)- 

13. Medicatis : voy. p. 104, n. 9. 
— Ipsae : d'elles-mêmes. 

14. Cunabula : la nouvelle 
ruche est comme le berceau d'une 
autre génération d'abeilles. 



•204 LES GÉORGIQUES. 

Sin autem ad pugnam exierint 1 : nam saepe duobus 
Regibus incessit 2 magno discordia motu, 
Continuoque animos vulgi et trepidàntia bello 3 
Corda licet longe 4 praesciscere ; namque morantes 70 
Martius ille 5 aeris rauci canor increpat, et vox 
Auditur fractos sonitus 6 imitata tubarum. 
Tum trepidae inter se coeunt pennisque coruscant 7 
Spiculaque exacuunt rostris 8 aptantque lacertos, 
Et circa regem atque ipsa 9 ad praetoria densae 75 
Miscentur, magnisque vocant clamoribus hostem. 
Ergo 10 , ubi ver nanctae sudum caraposque patentes, 
Erumpunt portis : concurritur, aethere in alto 
Fit sonitus, magnum mixtae glomerantur in orbem 
Praecipitesque cadunt; non densior aëre 11 grando, 80 
Nec de concussa tantum pluit ilice glandis 12 . 



1. Le sens est celui-ci : si les 
abeilles sortent (58) pour former 
un nouvel essaim, il faut les rappe- 
ler avec le son des cymbales; si au 
contraire (sin) elles ont quitté la 
ruche pour combattre (67), une 
poignée de poussière jetée propos 
les fait rentrer (86-87). Mais l'image 
du combat retient le poète ; il en 
fait un développement particulier 
(67-85). Quand il revient au sujet, 
il y a longtemps qu'il a perdu de 
vue la proposition conditionnelle 
sin autem ad pugnam exierint. 
D'où une forte anacoluthe. 

2. Incessit : parfait de incesso, 
verbe intensif, approprié à magno 
motu, employé surtout pour expri- 
mai' un sentiment vif et brusque. Il 
se construit avec le datif (incessit 
timoranimis,L'és., B. c, II, 29, 1) 
ou avec l'accusatif. 

3. Bello : d'ardeur belliqueuse, 
du sentiment que fait naître la 
pensée de la guerre. On dit de même 
libertas, l'amour de la liberté, Veri- 
tas, l'amour de la vérité, elegantia, 
le sentiment du beau, etc. 

4. Longe ; temporel. 



5. Ille renforce l'expression 
(« vraiment »). — Aeris : du clai- 
ron auquel fait songer le bourdon- 
nement des abeilles (bombus). 

6. Fractos sonitus : les éclats 
du son ; voy. p. 148, n. 11. 

7. Coruscant : s'agitent; pen- 
nis indique l'instrument du mouve- 
ment. 

8. Rostris : ablatif de lieu ou 
datif; contre leur tête. 

9. Ipsa : précisément (là, non 
ailleurs). — Praetoria : pluriel 
nécessaire pour le mètre. Le prae- 
torium est la tente du général dans 
lejcamp romain ; ici la cellule de la 
reine. 

40. Ergo : en conséquence de ces 
préparatifs. La Darticule marque un 
progrès dans la narration/ — Nan- 
ctae : la forme usuelle est nactae ; 
ent. sunt. — Sudum : « Serenum 
post pluvias » ; « serenum subumi- 
dum » (scol.): un beau temps encore 
mouillé. 

14. Densior grando (in) aëre 
(pluit). _ 

42. Glandis dépend de tantum et 
l'expression est sujet de pluit. 



LIVRE IV. 



205 



Ipsi 1 per médias acies insignibus alis 
Ingentes animos angusto in pectore versant 2 , 
Usque adeo obnixi 3 non cedere, dum gravis aut hos 
Aut hos versa fuga victor dare terga subegit. 85 

Hi motus animorum atque liaec certamina tanta 
Pulveris exigui jactu compressa quiescunt. 

Verum, ubi ductores acie revocaveris ambos, 
Deterior 4 qui visus, eum, ne prodigus obsit, 
Dede neci; melior vacua sine regnet 5 in aula. 9 

Alter 6 erit maculis auro squalentibus ardens; 
Nam duo sunt gênera : hic melior 7 , insignis et ore 
Et rutilis clarus squamis ; ille horridus alter 
Desidia latamque trahens inglorius alvum 8 . 
Ut binae regum faciès, ita corpora plebis : 95 

Namque aliae turpes horrent, ceu pulvere ab alto 
Cum venit et sicco terrain 9 spuit ore viator 
Aridus 10 ; elucent aliae et fulgore coruscant, 
Ardentes auro et paribus lita corpora guttis 11 . 
Haec 12 potior suboles; bine caeli tempore certo 100 



1. Ipsi : les rois. 

2. « Et dans un faible corps 
s'allume un grand courage ». (Louis 
Racine). 

3. Obnixi non cedere usque 
(sans interruption) adeo (jusqu'à ce 
point) dum (où) : usque adeo dum 
est un archaïsme ; Gic. dit usque 
adeo quoad. — Aut hos aut hos 
(milites) pour aut hos aut illos. 

4. Deterior : le moins bon. — 
Prodigus : parasite, superflu. 

5. Regnet : le subj. après sino, 
surtout mis à l'impératif, au lieu 
de l'infinitif, est une construction 
poétique, admise en prose à partir 
de T. Live. 

6. Aller : le meilleur. La paren- 
thèse nam duo sunt gênera fait 
adopter ensuite une autre construc- 
tion que alter... alter..., à savoir 
hic... ille... — Squalentibus : la 
couleur fait l'effet d'une aspérité ; 



l'expression est suggérée par la 
comparaison implicite avec les orne- 
ments saillants d'une cuirasse. 

7. Melior : la flnale brève, mais 
qui était primitivement longue 
(encore dans Ennius et Plaute), est 
allongée à la césure hephthémimère 
après deux brèves. 

8. « L'autre, à regret montrant 
sa figure hideuse, | Traîne d'un 
ventre épais la masse paresseuse. » 
(Delille). 

9. Terram = pulverem. 

10. Aridus : siiiens. Imitation 
de Callimaque, H. à Cérès, 6. 

11. Auro et guttis : hendiadyin 
(voy. p. 143, n. 13), qui permet 
d'insister également sur la couleur 
des taches et sur leur forme. — 
Paribus : symétriques. — Lita = 
illita. — Corpora : accusatif de 
partie, qui dépend de ardentes. 

12. Haec ; l'espèce décrite serap- 



206 



LES GÉORGIQUES. 



Dulcia mella prennes 1 , nec tantum dulcia quantum 
Et liquida et durum 2 Bacchi domitura saporem. 

At ciim incerla volant caeloque 3 examina ludunt 
Conte mnuntguo favos et frigida* tecta relinquunt^ 
Instabiies animos ludo prohibebis inani. 105 

Nec magnus prohibere labor : tu regibus alas 
Eripe ; non illis quisquam 5 cunctàntibus altum 
Ire iter aut eastris audebit vellere signa 6 . 

Invitent croceis halantes floribus horti, 
Et custos furum 7 atque avium cum falce saligna 110 
Hellespontiaci servet tutela Priapi 8 . 
Ipse, thymum tinosque 9 fercns de montibus altis, 
Tecta 10 serat late circum cui talia curae ; 
Jpse labore manu m duro terat ; ipse feraces 
Figat 11 humo plantas et amicos irriget imbres. 115 

Atque 12 equidem, extremo ni jam sub fine laborum 



proche de l'abeille italienne. — 
Hinc : ex hoc. 

1. Premes : voy. 140. — Nec 
tantum dulcia quantum °. tour 
rare, pour... tam... qvam, et d'ail- 
leurs peu naturel; le sens paraît 
être : cum dulcia, tum praeci- 
pue liquida et domitura... 

2. Durum : Horace donne au 
Falerne (voy. p. 136, n. 4) les épi- 
thètes de sèvenim, ardens, forte 
(Orf., I, 27, 9 ; II, 11, 19; S<Xt., II, 
4, 24). — Bacchi = vini. — Le 
mélange, fait dans des proportions 
variables, s'appelait mu.lsum. — 
Domitura, pris adjectivement, est 
poétique. 

3. Caelo = in caelo, par le ciel. 

4. Frigida : par suite de leur 
départ. 

5. Quisquam : masculin; Vir- 
gile pense à miles. 

■: 6. Vellere signa : voy. la n. de 
III, 236. 

7. Custos furum correspond à 
la tournure verbale cuslodit a 
furibus. 



8. Hellespontiaci Priapi : 
Priape, dieu de Lampsaque, sur 
l'Hellespont, protecteur des jardins, 
dont le culte se répand à ce moment 
à Rome. C'est parce que Virgile va 
parler des jardins qu'il le' men- 
tionne ici. — Tutela Priapi vaut 
Priapus; mais tutela met en relief 
i 'aspect sous lequel le dieu est con- 
sidéré. 

9. Tinos : tinus est lé laurier- 
tin (Viburnum tinus de Linné). 

10. Tecta : les ruches. — Cir- 
cum : âprèsson régime; voy. p. 102, 
n. 2. 

il. Figat = infigat. «-* Hv.moi 
datif. 

12. Cet épisode estlapremière des- 
cription continue d'un jardin chezun 
auteur latin ; l'idée première paraît 
venir de Var., R. i?., III, 16, 10. 
Virgile conçoit ce jardin, placé à 
Tarente, bj qii'il pourrait le voir à 
Rome ou dans son pays natal. Le 
vieillard met surtout sa gloire dans 
les primeurs (137-141) ou dans les 
tours de force horticoles (144-146). 



LIVRE IV. 



207 



Vêla traham 1 et terris festinem advertere proram, 
Forsitan et pingues hortos quae cura colondi 
Ornaret 2 canerem biferique rosaria Paesti, 
Quoque modo potis 3 gauderent intiba ri vis 190 

Et virides apio ripae 4 tortusqïïe per herbam 
Cresceretin ventrem cucumis; nec sera 5 comantein 
Narcissum 6 aut flexi tacuissem vimen acanthi 
Pallentesque 7 hederas et amantes litora myrtos. 
Namque 8 sub Oebaliae 9 memini me turribus arci*. 
Qua niger ,0 umectat flaventia culta Galaesus, 126 

Corycium ll vidisse senem, oui pauca relicti 
Jugera ruris erant, nec Fertilis illa 1 - ju vends 



1. Traham et festinem, au lieu 
de traherem, festinarem, qui 
seraient logiques. Cette irrégularité 
se trouve dans quelques passages de 
Plaute, Lucr., T. Live, Sén. le trag., 
Martial. Elle peut être due a l'équi- 
voque introduite par la négation. 

2. Urnaret : ce passé après for- 
sitan se trouve déjà dans Cic, 
Rose, com., 47, etc. — Paesti : 
Paestum, ville deLucanie; ses roses 
sont p.'irticiiljr-cern. n t célébrée? par 
les, poètes latins. 

3. Potis = qi'.od potaveht. 

4. Ripae : gauderent. — Apio, 
le céleri odorant {Apiu.m graveo- 
lens de Linné). 

5. Sera : ace. adverbial (poét.). 
— Comanteto : désigne ici toute la 
végétation. 

6. Narcissum \, le Narcissus 
sTolinus de Linné. — Acanthi : 
\oy. p. 138, n. 1. 

7. Panades :'\'oy .Bv.,c.,$.*ii ,n.k-. 

8. Namqve : par exemple. 

9. Oebaliae : on faisait d'Œbalos 
un ancien roi de Sparte, où il avait 
une chapelle (hérôon). Cette épithète 
savante, introduite par ce vers dans 
in poésie latine, y a eu le plus grand 
succès pour désigner tout ce qui est 
lacédémonien. — Amis, sommet; 
d'où chez Virgile l'emploi ordinaire 
du mot pour désigner une ville, les 



villes antiques (ffci Taiente) étant 
souvent torchées aurdes Bomméte; 

10. Niger : soit à eau-.' Je La 
profondeur de ses eaux, soit à cause 
de son limon fertilisant (cf. 29l;[ If, 
241). — Flaventia suggère l'image 
des moissons: les auteurs parlent 
surtout de pâturages où les brebis 
donnaient une laine célèbre. — 
Galaesus : petit fleuve situé, d'après 
les anciens, à environ 7 km. de Ta- 
ie nie. 

11. l'oryrium, de Corycus, en 
Cilicie. Les Conviens tVaieat 
pous-r loin l'horln ultiin- ; ils 
avaient imaginé de bhJtéejer leurs 
plantations de safran par des lames 
de verre. Suétone rapporte que 
Pompée ayant Vaincu les pirates de 
Cihcie, les établit les uns en Grèce, 
les autres en Calabre. — Relicti : 
mot technique chez les arpenteurs 
romains pour désigner ce qui, dans 
la distribution des terres d'une colo- 
nie, reste sans affectation pour une 
cause quelconque, comme la mau- 
vaise qualité du sol. 

48. IUa seges = ager; apposi- 
tion à jugera. — ■ Juvencis = 
juvencoman labore, si les trois 
incises désignent trois emplois 
déférents de la terre : culture, 
piUure, vigne. Mais l'interprétation 
par le datif est possible ; voy. II, 222. 



208 



LES GÉORGIQUES. 



Nec pecori opportuna seges nec commoda Baccho. 
Hic 1 , rarum tamen in dumis holus albaque circum 130 
Lilia verbenasque 2 premens vescumque papaver, 
Regum aequabat opes animis 5 ; seraque revertens 
Nocte clomum, dapibus mensas onerabat inemptis. 
Primus vere rosam atque autumno carpere 4 poma; 
Et, cum tristis hiems etiamnum frigore saxa 135 

Rumperet et glacie cursus frenaret aquarum, 
Ille comam 5 mollis jam tondebat hyacinthi 6 , 
Aestatem increpitans 7 seram Zephyrosque morantes. 
Ergo apibus fetis 8 idem atque examine multo 
Primus abundare, et.spumantia cogère pressis 140 
Mella favis; illi tiliae atque uberrima tinus 9 ; 
Quotque in flore novo pomis 10 se fertilis arbos 
Induerat, totidem autumno matura tenebat. 
Ille etiam seras 11 m versum distulit ulmos, 



4. Hic : « notre » vieillard. — 
In dumis : au milieu des ronces 
qui poussent à l'entour de son 
jardin sur ce sol ingrat. — Rarum 
holus : planté en lignes, espacé. 
— Circum : formant bordure. 

2. Verbe nas : la plante d'agré- 
ment cultivée de toute antiquité 
dans la cour de la maison romaine ; 
elle avait un rôle dans le culte. — 
Vescum : comestible. 

3. Animis : pluriel ordinaire 
quand il s'agit de sentiments exal- 
tés et fiers. Il égalait la puissance 
des rois par sa fierté d'avoir triom- 
phé d'un sol ingrat. 

4. Carpere dépend de primus 
erat). 

5. Comam : la végétation; voy. 
122. 

6. Hyacinthi : ce mot grec 
excuse à la fois l'allongement de la 
finale de tondebat et la chute du 
vers sur un mot de quatre syl- 
labes. 

7. Increpitans : gourmandant 
avec moquerie. — Seram et moran- 



tes expriment l'idée dont le fran- 
çais fait le mot régissant : le retard 
de...; voy. p. 191, n. 9. 

8. Fetis : fécondes. 

9. Tinus : voy. p. 206, n. 9. 
Le laurier-tin a une belle végéta- 
tion ; uberrima peut s'entendre des 
fleurs et des graines. 

10. Quotpomis : datif dépendant 
de fertilis, qui est l'attribut, non 
pas l'épithète, de arbos. Le mot à 
mot est impossible, parce que le 
latin admet qu'un relatif ou un 
corrélatif puisse jouer un rôle acces- 
soire dans sa proposition : « Autant 
de fruits en vue desquels l'arbre se 
montrant fertile s'était paré sous 
les fleurs nouvelles, autant il les 
gardait dans leur maturité à l'au- 
tomne. » 

44. Seras : déjà grands.'— In 
versum : en lignes. Versus a d'abord 
désigné les lignes que tracent les 
bœufs de labour en allant et venant. 
— Distulit: temps du récit; dif- 
ferre, transplanter (mot technique), 
parce que l'on porte les plants de la 



LIVRE IV 



209 



Eduramque 1 pirum et spinos jam prima ferentes U5 
Jamque ministrantem platanum potantibus timbras. 
Verum.haec ipse equidem, spatiis exclusus iniquis, 
Praetereo, atque aliis 2 post me memoranda relinquo. 

Nunc âge, naturas 3 apibus quas Juppiter ipse 
Àddidit 4 , expecliam, pro qua mercede 5 , canoros 150 
Curetum 6 sonitus crepitantiaque aéra secutae, 
Dictaeo caeli regem pavere sub antro. 
Solae commîmes natos, consortia 7 tecta 
Urbis habent, magnisque agitant sub legibus aevum, 
Et patriam solae et certos novere 8 Pénates; 155 

Venturaeque hiemis mémoires, aestate laborem 
Experiuntur et in médium 9 quaesita reponunt. 
Namquealiae victu 10 invigilant et foedere pacto 
Exercentur agris; pars intra saepta 11 domorum 
Narcissi lacrimam et lentum de cortice gluten 12 160 
Prima favis ponimt 13 fundamina, deinde tenaces 



pépinière où ils sont serrés, dans la 
plantation, où on les espace (dis-). 

1. Eduram ; très dur, donc âgé. 

2. Aliis : Columelle a écrit en 
vers le X e livre de son De re rustica 
pour rempUr les intentions de Vir- 
gile. ) 

3. Naturas : pluriel entraîné par 
celui dé apibus. 

4. Addidit : par un don parti- 
culier. 

5. Pro qua mercede : mercedem 
(apposition à naturas) pro qua. 
L'antécédent du relatif est enclavé 
dans la proposition relative et s'ac- 
corde en cas avec le relatif, quand 
cet antécédent est une apposition à 
un mot de la proposition princi- 
pale (Madvig, Gr. lat., § 320). Vir- 
gile assimile les abeilles à des ou- 
vriers humains qui travaillent en 
vue d'un salaire fixé d'avance. - 

6. Curetum : les Curetés sont 
de petits dieux Cretois qui se li- 
vraient à une danse grave, accom- 
pagnée du bruit des. armes. Ils sont 

VIRGILE. 



liés dès l'origine avec Rhéa et avec 
le jeune Zeus qu'ils élèvent dans 
l'antre de Dicté (II, 536). — Pavere, 
de pasco. 

7. Consortia : indivis. 

8. Novere : elles ont une patrie 
et elles en ont conscience. 

9. In médium : voy. ri. 99, n. 13. 

10. Victu : forme de datif que 
César recommandait dans son livre 
sur l'analqgie grammaticale. Elle 
est rare en prose et Virgile n'en a 
que six exemples. — foedere pacto, 
comme s'il y avait une distribution 
convenue des différentes tâches 
entre les abejlles (Arist., H. an., 
IX, 40, 23). En fait, la sécrétion de 
la cire est la tâche plus spéciale des 
jeunes abeilles; tandis que les 
vieilles, aux organes' fatigues, sont 
plutôt butineuses. 

11. Saepta domorum : voy. 
p. 124, n. b. 

12. Gluten, : voy. p. 202, n. 9. 

13. Ponunt : sujet pars. Voy. 
p. 129, n. 9. 

14 



210 



JES GÉORGIQUES. 



Suspendunt 1 ceras; aliae sp.em gentîs adultos 

Educunt 2 fctus; aliae purissima mella 

Stipant et liquido distendunt nectare cellas. 

Sunt quibus ad portas cecidit 3 custodia sorti, 165 

[nque vicem speculantur aquas* et nubila caeli, 

Aut onera accipiunt venientum 3 , aut, agmine facto, 

Ignavum f licos pecus"~ a praesaepibus arcent. 

Fervet opus redolentque thymo fragrantia mella; 
Ac veluti lentis Gyclopes fulmina massis 6 170 

?Aim properant 7 , alji taurinis follibus auras 
Accipiunt redduntque, alii stridentia tingunt 
Aéra lacu 8 ; gémit impositis incudibus Aetna; 
Illi 9 inter sese magna vi bracchia tollunt 
In numerum, versantque tenaci forcipe ferrum : 175 
Non aliter, si parva licet componere magnis, 
Cecropias 10 innatus apes amor urget habendi, 
Munere quamque suo 11 , Grandaevis oppida curae 12 , 



4 . Suspendunt : elles commen- 
cent par le haut. 

2. Educunt : font sortir, pour 
apprendre à voler et à butiner. 

3. Cecidit : après est qui, sunt 
qui, le subjonctif est de règle à 
l'époque classique ; mais l'indicatif, 
employé anciennement, se trouve 
encore' dans la langue familière et. 
chez les poètes. — Sorti, ancien 
ablatif, conservé dans des formules 
officielles : « sorti ager datus », 
« sorti pronontiarit » (C. /. L., I, 
•200, 16, de 643/111: 198, 64, de 
63-2/123) ; « sorti tvenit » (T. L., 
IV, 37, 6; XXVIII, 45, il; etc.). De 
même, En., IX, 271 : « Excipiam 
sorti ». Cf. En., I, 174. 

4. Aquas : caeli. 

5. Venientum : forme exigée 
par le mètre. 

6. Massis : les masses de mine- 
rai où le métal est mêlé aux scories. 
Grâce à l'épithète, l'ablatif indique 
un rapport très général que peut 



rendre « avec »; voy. p. 1.37, q .">. 

7. Properant avec l'accusatif 
avait été déjà employé par Piaute et 
paraît dans £all., Tac, etc. — Cf. 
En.. VIII, 449-453. 

8. Lacu : mot habituel pour 
tout récipient un peu vaste. — Im- 
positis incudibus : sous le poids 
des enclumes; voy. p. 148, n. 11. 

9. Noter le rythme imitatif des 
v. 174-175. 

10. Cecropias = Atticas qui 
n'entre pas dans l'hexamètre; Cé- 
crops fut le premier roi mytholo- 
gique d'Athènes. Les abeilles de 
l'Hymette, montagne de l'Attique, 
donnaient un miel célèbre. 

11. Munere quamque suo : cha- 
cune dans sa sphère. L'abl. est de 
même nature que lentis massis 
(170). 

12. Curae : sunt avec oppida 
pour sujet ; dans le vers suivant, le 
sujet change de nature : Grandaevis 
est curae et munire et fingere. 



LIVRE IV. 



211 



Et munire fa vos et daedala 1 fmgere tecta. 
At fessae multa refenmt se nocte minores, 180 

Crura 2 thymo plenae : pascuntur et arbuta passim 
Etglaucas salices, casiamque crocumque rubentem, 
Et pinguem tiliam et ferrugineos 3 hyacinthos. 
Omnibus una* quies operum, labor omnibus unus ; 
Mane ruunt portis, nusquam mora; rursus easdem 185 
Vesper ubi e pastu tandem decedere 5 campis 
Admonuit, tu m tecta petunt, tum corpora curant ; 
Fit sonitus, mussantque oras et limina circum. 
Post, ubi jam lhalamis 6 se composuere, siletur 
In noctem 7 , fess'osque sopor suus occupât artus. 190 
Nec vero a stabulis, pluvia impendente, recedunt 
Longius, aul credunt 8 caelo adventantibus Euris; 
Sed circum tutae sub moenibus urbis aquantur 
Excursusque brèves temptant, et saepe lapillos 9 , 
Ut cymbae instabiles fluctu jactante saburram, 195 
Tollunt : his sese per inania nubila librant. 

Illum adeo placuisse apibus mirabere morem, 
Quod nec concubitu 10 indulgent, nec corpora segnes 
In Venerem solvunt aut fétus nixibus edunt ; 
Verum ipsae e foliis 11 natos et suavibus herbis 200 



1. Daedala : fabriqués avec art 
(SatÔàXsoç dans Homère) ; mot in- 
troduit par Ennius et repris par 
Lucrèce. 

2. Crura : ace. grec de la partie. 
Ce que les abeilles emportent ainsi 
est le pollen des Qeurs. 

3. Ferrugineos désigne une cou- 
leur intense et foncée; cf. p. 1 23, n. 10. 

4. Una et unus, joints à omni- 
bus, valent simul. 

5. Admonuit est rarement cons- 
truit avec .'inf. dans Gicéron, au 
lieu de ut et le subjonctif. _ 

6. Thalamis = in thalamos; 
datif. 

7. In noctem : à mesure que la 
nuit s'avance, se fait plus profonde. 
— Suus : qui leur est dû. — - Occu- 



pât : s'empare (et non pa* : hVnt, 
occupe). 

8. Credunt : ont confiante. 

9. Lapillos : interprétation er- 
ronée d'un fait bien observé. On a 
confondu avec l'abeille ordinaire 
l'abeille maçonne qui bâtit son nid 
contre les murs avec du sable et du 
gravier qu elle transporte entre ses 
pattes. 

10. Concubitu : datif; voy. p. 209, 
n. 10. — Segnes : proleptique; 
voy. p. 114, n. il. 

14. E foliis : cette croyance n'est 
nullement partagée par Anstote 
(Gen. an., III, 9; H. an., V, 21) 
ni par Pline (N. H., XI, 46 suiv), 
bien que la propagation des abeil- 
les reste pour eux un problème. 



212 LES GEORGIQUES. 

Ore legunt, ipsae regem parvosque Ouirites 1 
Sufficiunt, aulasque et cerea régna refingunt. 
Saepe etiam 2 duris errando in cotibus alas 
Attrivere ultroque 3 animam sub fasce dedere : 
Tantus amor florum et generandi gloria mellis ! SOI 
Ergo* ipsas quamvis angusti terminus aevi 
Excipiat 3 (neque enim plus septima ducitur aestas), 
At 6 genus immortale manet multosque per annos 
Stat fortuna domus et avi numerantur avorum. 

Praeterea regem non sic Aegyptos 7 et ingens 210 
Ludia 8 , nec populi Parthorum aut Medus Hydaspes 
Observant. Rege incolumi, mens omnibus una est; 
Amisso, rupere 9 fidem construclaque niella 
Diripuere ipsae et crates solvere favorum. 
Ille operum custos, illum admirantur et omnes 215 
Circumstant fremitu denso stipantque fréquentes, 



1. Quiriteç assimile les abeilles 
aux citoyens romains. 

2. Après avoir montré comment 
les abeilles maintiennent à la fois 
leur race et leur demeure et com- 
ment elles réparent les pertes die 
l'une etde l'autre, Virgile, insistant 
sur le travail de la ruche, dit à 
quels risques elles s'exposent en 
cherchant et en rapportant le butin 
des fleurs : elles se blessent, elles 
meurent sous le faix : telle.est leur 
passion pour les fleurs, tel est leur 
point d'honneur à fabriquer le miel 1 
L'image de la mort évoquée suggère 
la notion du terme ordinaire que la 
nature assigne à la vie des abeilles. 
Tout se tient et se succède natu- 
rellement dans ce développement 
dont l'idée dominante est la per- 
manence de la ruche, de la ruche 
animée, de la ruche matérielle, 
celle-ci étant le symbole concret de 
celle-là. 

3. Ultro : sans y être obligées 
par la discipline de la ruche. 

4. Ergo : par suite de tels soins. 



— Ipsas : les individus (opposé à 
genus. 

5. Excipiat : les reçoit comme le 
filet ou le chasseur reçoit le gibier. 
Phèdre, I, Il (12 Havet), 6 : « Ut... 
feras | fugientes ipse exciperet ». — 
Plus (quam) septima : l'omission 
de quam est fréquente avec plus, 
amplius, minus, et un nom de 
nombre. 

6. At, après une proposition con- 
cessive ou conditionnelle, a le sens 
de « du moins », 

7. Aegyptos : nominatif (forme 
grecque). Le roi d'Egypte était dieu 
en qualité de fils de Rà et de repré- 
sentant terrestre du dieu. 

8. Ludia : Ludia est une forme 
postérieure; voy. II, 488. — Hy- 
daspes : rivière du Pendjab actuel, 
appartenant au bassin septentrional 
de l'Indus. Cette région fit quelque 
temps partie de l'Empire perse. Vir- 
gile, par ces exemples, veut rappeler 
l'étiquette des cours orientales. 

9. Rupere : parfait d'habitude; 
voy. p. 94, n. 1 



LIVHE IV. 213 

Et saepe attollunt umeris, et corpora bello 1 
Objectant pulchramque petunt per vulnera mortem. 

His quidam signis- atque haec exempla secuti, 
Esse apiljus pftrtetft divinae mentis et baustus 3 â30 
Aetherios dixere* : de uni namque ire per onmes 
Terrasque 3 tractusque maris caelumque profunduin ; 
Hinc 6 pecudes, armenta, viros, genus omne ferarum," 
Quemque sibi tenues 7 nascentem arcessere vitas ; 
Scilicet 8 hue reddi deinde ac resoluta referri 225 

Omnia, nec morti esse locum, sed viva voiare 
Sideris innuinerum 9 atque alto succedere caelo. 

Si quando sedem augustain 10 servataque niella 
Thensauris relines 11 , prius baustu sparsus aquarum 
Ore fave 12 fumosque manu praetende seipiaces. 230 
Bis gravides cogunt 15 fétus, duo tempera niessis : 
Taugote 14 simul os terris ostemlit honcsUuii 



1. Bello (datif) : les armes hos- 
tiles, l'ennemi. 

2. Ilis signis fc cum sint hëec 
signa; cf. p. 137, n. 5. Cet ablatif 
forme avec sceuti un groupe dispa- 
rate, ce qu'évite la prose classique 

3. Haustus : émanations. 

4. Diœere : doctrine de Pytha- 
gnro et des Stoïciens. 

5. Ta vasque : voy. Bue., 4, 51. 

6. Iline : ex anirno divino. 

7. Tenues : subtils. 

8. Scilicet : naturellement. 

9. Sideris numerum : littéra- 
lement la somnie de l'astral, l'élé- 
ment sidéral. — Alto caelo : l'em- 
pyrée. — « Aucun ne doit périr, 
niais tous..., | En retournant aux 
deux en globe de lumière, | Vont 
rejoindre leur être à la masse pre- 
mière. » (Delille). 

10. Avgustam est justifié par ce 
qui précède, par l'origine peut-être 
divine des abeilles ; c'est ce qui 
explique les précautions et les puri- 
fications. 

41. Relines : relinere, enlever 
l'enduit qui oblitère une ouverture; 



par BUite déboucher un Tl 

les joints ioftt garnis i — HmUêttk 
sparsus aquàrum : l'étant inondé 

d'e;ui puisée (à une fontaine), i; ,-t 
un rit 'le purification. 

\'l <>v>> fnvi' : garde le silemo 
comme dalle Les mptèresi — f'u- 
mos : la fumée est aussi un agent 

de purification. — Virgile, | 

enhobHr le sujet et faire sentir le 
car, ictère mystérieux et sacré .les 
abeilles, transforme des précautions 
pratiques en rites religieux. — Se- 
<l>i,irrs : qui pénètrent partout; cf. 
11,374. 

13. Gogwït ' apps; la recuit».' 
(tnê'ssfè) est solidaire de la fabfieft* 
tion. 

14. Taugete, la ; jye-zr\, nom 
dune Pléiade; originairement une 
nymphe, fille d'Atlas et de Pléione. 
Sur la forme, voy. p. 162, n. 4. — 
Os ostendit : le lever apparent des 
Pléiades au matin avait lieu vers 
la fin d'avril. — Simul, seul, pour 
simul ac ou simul cum, est rare 
dans la prose classique, mais de- 
vient la règle dans Tite-Live. 



214 



LES GÉORGIQUES. 



Plias * et Oceani spretos pede reppulit amnes, 
Aut eadem sidus fugiens ubi Piscis 2 aquosi 
Tristior hibernas caelo descendit 3 in undas. 
Illis 4 ira modum supra est, laesaeque venenum 
Morsibus inspirant, et spicula caeca relinquunt 
Affixae venis 5 , animasque in vulnere ponunt. 
• Sin 6 duram metues hiemem parcesque futuro 
Contusosque animos et res miserabere fractas, 
At suffire thymo cerasque recidere inanes 7 
Qiùs dubitet 8 ? nam saepe favos ignotus adedit 
Steljo 9 , et lucifugis congesta cubilia blattis; 
Immunisque 10 sedens aliéna ad pabula fucus, 
Aut asper crabro 14 imparibus se immiscuit armis, 245 
Aut dirum tiniae 12 genus, aut invisa Minervae 



235 



240 



4. Plias : la forme Pleias est 
trisyllabique (1, 138). — Oceani 
amnes : dans Homère, le fleuve 
Océan entoure la terre; il forme la 
limite de l'horizon d'où se lèvent et 
où se couchent les astres. 

2. Piscis : le signe du zodia- 
que, qui correspond au mois de 
mars-avril, mais qui, comme ailleurs 
le Verseau, désigne ici la mauvaise 
saison en général. Cf. hibernas 
undas. 

3. Descendit : le coucher des 
Pléiades au matin qui avait lieu 
vers le 8 nov. Ces deux dates des 
Pléiades divisent l'année en deux 
saisons, l'une chaude et' l'autre 
froide et pluvieuse. Aristote admet 
une récolte de miel, deux à la ri- 
gueur {H. an., V, 22, 6 et 4); Co- 
lum., IX, 14, 5 et 11, deux; Var.. 
fi. fi., III, 16, 34 et PL, A\ H.,X\, 
34-41, trois, ce qui excessif. 

4. Illis : quant à elles ; le choix 
du pronom précise le retour de la 
pensée vers les abeilles dont on s'est 
éloigné. — Modum supra : ana- 
slrophe; voy. p. 102, n. 2. 

5. Ve7iis : datif dépendant de 
affixae. Le mot désigne l'intérieur, 
ce qu'il y a de plus intime, la pro- 



fondeur des chairs. — Ponunt : 
l'aiguillon étant barbelé ne peut 
être retiré ; pour se dégager, l'abeille 
s'arrache la vésicule vénénifère et 
elle survit rarement à cet accident. 

6. Sin : « Si, au contraire » op- 
pose nettement ce qui va suivre à 
la pratique des deux récoltes en- 
seignée dans les vers précédents; 
« si vous ne touchez pas à la ruche 
pour enlever le miel, craignant la 
rigueur de l'hiver (voy. la n. 9 de 
la p. 191)... que ce soit du moins 
(voy. p. 212, n. b^pour y pratiquer 
des fumigations ». 

7. Inanes : qui peuvent servir 
de retraite aux animaux nuisibles. 

8. Quis dubitet = nemo dubi- 
tare potest. — Ignotus : dissimulé, 
échappant à la vue. 

9. Steljo : synizèze avec élision. 
— Congesta : suntjont été bâtis. 

40. Immunis : qui se soustrait 
aux obligations publiques (mune- 
rà), paresseux. 

44. Crabro : le.. frelon, plus fort 
que l'abeille (imparibus armis). 

42. Tiniae : nominatif plur., la 
fausse teigne, dont la chenille 
creuse des galeries dans les -ayons 
et tend des fils soyeux, semblables 



LIVRE IV. 



215 



Laxos in foribus suspendit aranea 1 casses. 
Quo magis 3 exhauslae fuerint, hoc acrius omnes 
Incumbent 3 generis lapsi sarcire ruinas, 
Complebuntque foros 4 et floribus horrea texent. 250 

Si vero, quoniam casus apibus quoque nostros 
Vita 5 tulit, tristi languebunt corpora morbo, 
Quod jam non dubiis poteris cognoscere signis: 
Continuo 6 est aegris alius color; horrida vultuin 
Déformât macies ; tum corpora luce carentuin 7 
Exportant tectis et tristia funeraducunt; 
Aut illae pedibus connexae 8 ad limina pendent, 
Aut intus clausis cunctantur in aedibus, omnes 
Ignavaeque famé et contracto frigore 9 pigrae. 
Tum sonus auditur gravior tractimque susurrant: 260 
Frigidus ut 10 quondam silvis immurmurat Auster, 
Ut mare sollicituni stridit 11 relluentibus undis, 



aux toiles de 1 araignée. - — Siiner- 
vae : Arachné voulut rivaliser avec 
Minerve dans la broderie ou la ta- 
pisserie et, vaincue, fut changée en 
araignée (Ov., Met., VI, 1-145). 

1. Aranea : les araignées ne pa- 
raissent pas gêner les abeilles et 
sont innocentes des toiles tissées 
dans les rayons par les teignes. 

2. Quo magis : une fois qu'on a 
rendu de tels soins à la ruche et ex- 
pulsé ou détruit ses ennemis, plus 
les abeilles ont été appauvries par 
ces fléaux, plus elles travaillent à 
réparer leurs pertes. Hyperbole ad- 
missible, très différente de celle 
qu'on prête à Virgile : plus on leur 
prend de miel, plus elles„en font; 
aucun auteur ancien n'a donné dans 
une telle exagération. 

3. Incumbent sarcire : cons- 
truction très rare. 

4. Foros : les vides produits par 
le nettoyage des ruches. — Flori- 
bus : le suc des fleurs, voy. 38. 

5. Vita : leur condition. 

6. Continuo : d'emblée. Ici le 



poète commence à décrire la mala- 
die annoncée dans la proposition 
conditionnelle. Cette subordonnée 
reste en suspens et la proposition 
principale est oubliée. Aux vers 254 
suiv., Virgile formule eo qu'elle 
aurait contenu, ce qu'on doit faire 
dans cette maladie : si languebunt 
corpora, suadebo incendere odo- 
res, etc. L'anacoluthe est la même 
qu'aux vers 67 suiv. 

7. Carentuin : forme exigée par 
le mètre. 

8. Pedibus connexae : les pattes 
entrelacées comme il arrive aux in- 
sectes qui meurent. 

9. Contracto frigore p frigore 
quo contractae sunt; voy. p. 154, 
n. 7. 

10. Ut : triple comparaison ; cf. 
Hom., IL, XIV, 394. — Quondam : 
parfois. — Silvis : datif. 

11. Stridit : ce, verbe est toujours 
de la 3° conj. dans Virgile. — 
Refluentibus : se retirant vers la 
haute mer après avoir heurté la 
côte. 



21G 



LES GÊORGÎQUES. 



Aestuat ut clausis rapidus fornacibus ignis. 
Hic 1 jam galbaneos suadebo incendere odores 
Mellaque harundineis inferre canalibus, ultro 265 

Hôrtantem et fessas ad pabula nota vocantem. 
Proderit et tunsum 2 gallae admiscere saporem 
Arentesque rosas, aut igni pinguia multo 
Defruta 3 , vel Psithia passos de vite racemos 
Cecropiumque* thymum et graveolentia centaurea 3 . 
Est etiam flos in pratis, cui nomen ainello 6 271 

Fecere agricolae, facilis quaerentibus 7 herba: 
Namque uno ingentem tollit de caespite silvam, 
Aureus ipse 8 , sed infoliis, quae plurima circum 
Funduntur, violae sublucet 9 purpura nigra* 87§i 

Saepe deum 10 nexis ornatae torquibus arae; 
Asper in ore sapor; tonsis 11 in vallibus illum 
Pastores et curva legunt prope flumina Mellae 12 . 
Hujus odorato 15 radiées incoque Baccho, 



4. //ic, temporel. — Suadebo 
incendere, construction rare à 
l'époque classique (au lieu de ut). 
— Galbaneos odores c=galbanwn 
o'Ioralum. Cf. p. 94, II. 6. 

2. Tunsum se rapporte logique- 
ment à gullae. Mais on dégage la 
saveur en broyant. Cf. introd., 
p. xxxn. 

3. Defruta: voy. p.H3,n. i. — 
Psithia : voy. !I, 93. 

4. Cecropium : voy. p. 210, n. 
10. 

5. Centaurea : la plante que 
nous appelons centaurée n'a pas une 
odeur forte. Virgile indique quel- 
que autre végétal. 

6. Amello : l'accord en cas du 
nom que l'on donne à/un objet avec 
le nom qui représente cet objet 
(rnihi nomen est Petro) est la 
construction latine, plus fréquente 
que l'emploi du nominatif (mihi 
nomen est Petrus) ou du génitif 
(mihi nomen est Pétri). — Des- 
cription d'une exactitude technique 



de ['Aster amellus de L., qui croît 
sur les collines et dans les vignes 
et dont le nom vulgaire est Œil- 
de-Christ. Cette plante abonde dans 
le nord de l'Italie, mais se ttoule 
aussi en France à l'état sauvage. 

7. Quaerentibus: datif du point 
de vue. 

8. Ipse, le cœur, par opposition à 
foliis, les pétales. 

9. Sublucet : brille faiblement 
en comparaison du cœur jaune d'or. 
La couleur est violet foncé. 

10. Deum : voy. la n. 6 de la 
p. 140. — Ce détail religieux rehausse 
la description et suggère au lecteur 
un souvenir. — Torquibus : les 
festons, qui entourent l'autel comme 
un collier. 

11. Tonsis : après que les regains 
ont été coupés, en automne. 

12. La Mella coule près de Bres- 
cia et se jette dans l'OgiiOj affluent 
du„Pô. 

13. Odorato : qui a du bouquet 
(ainsi l'entend Col., IX, 13, 8), ou 



LIVRE IV. 



217 



Pabulaque in foribus plenis appone canistris. 

Sed si quem proies subito defecerit omnis, 
Nec genus unde novae stirpis revocetur habebit, 
Tempus 1 et Arcadii memorancla inventa magistri 
Pandere, quoque modo caesis jam saepe juvencis 
Insincerus 2 apes tulerit cruor. Altius omnem 
Expediam prima répétons ab origine famam. 
Nam qua 3 Pellaei 4 gens fortunata Canopi 
Accolit effuso stagnantem 5 fltimine Nilum 
Et circum 6 pictis vehitur sua rura phaselis, 
Quaque pharetratae vicinia Persidis urget, 
Et viridem 7 Aegyptum nigra-fecundat harena. 
Et diversa ruens septem disait rit in ora 
Usque coloratis amnis devexus ab Indis, 
Omnis in hac certam regio 8 jacit arte salutem. 

Exiguus primum atque ipsos contractus in usus 
Eligitur locus; hune angustique imbrice teeti 



280 



285 



290 



295 



qui a été parfumé par des aromates 
(appelés odores d&në Col., XIF, -»0, 
•2). — L'ablatif avec épithète a un 
sens très général et peut se rendre 
ici encore par « avec»; voy. lé n. 
6 de la p. 210. 

4. Tempus (attribut) (est) pan- 
dere (sujet). Voy. p. 106, n. 5. — 
Magistri : Aristée; voy. 317. 

2. Insincerus : corrompu; mot 
nouveau. — Tulerit = genuerit. 
Cette croyance populaire n'est pas 
mentionnée ^par Aristote, paraît une 
fable de poètes chez Varron et 
Pline, n'est pas rapportée sans scep- 
ticisme par Columelle. 

3. Qua : la périphrase qui suit 
désigne l'Egypte par les points car- 
dinaux : Canope, qui était à l'extré- 
mité occidentale du pays avant la 
fondation d'Alexandrie; la Perse, 
à l'Orient, plus exactement le pays 
des Parthes (pharetratae); les em- 
Ijuurliures du Nil, au nord; le point 
où le fleuve sort dit pays des Ethio- 



piens (India), au sud. L'étendue de 
ce développement montre l'intérêt 
que l'Egypte commence à exciter 
chez les Romains; ce pays va être 
comme misa la mode par les litté- 
rateurs, les (toètéB surtout, ainsi 
Lucain et Juvénal. Cf. p. xxv. 

4. l'i'llaei : Alexandre était de 
Pella, ville de Macédoine, d'où Pel- 
laeus prend chez les poètes (ici pour 
la première fois) le sens d'égyptien 
oit d'alexandrin. 

5. Stagnantem : à cause des 
inondations périodiques. 

6. Circum a ) ura pour régime. 

— Phaselis : barques aux formes al- 
longées et fines, fabriquées souvent 
avec des tiges de papyrus tressées ou 
en poterie. 

7. Viridem : épithète d'un pays 
fertile. — Le Nil, qui coule du sud 
au nord, est d'abord caractérisé en 
général. 

8. Omnis regio résume. — Jact 

— ponit. 



218 



LES GÉORGIQUES. 



Parjetibusque 1 premunt artis, et quattuor addunt. 
Quattuor a ventis, obliqua luce fenestras. 
Tum vitulus, bima curvans* 2 jam cornua fronte, 
Quaerrtur huic geminae nareset spiritus^oris 3 300 
Multa reluctanti obsuitur 4 , plagisque perempto 
Tunsa per integram solvuntur viscera pellem. 
Sic positum in clauso linquunt, et ramea costis 
Subjiciunt fragmenta, thymum casiasque récentes. 
Hoc geritur 6 Zephyris primum impeïlentibus undas, 305 
Ante novis rubeant quam prata coloribus, ante 
Garrula quam tignis nidum suspendat hirundo. 
lnterea 7 teneris tepefactus in ossibus umor 
Aestuat, et visenda modis animalia miris, 
Trunca 8 pedum primo, mox et stridentia pennis, 310 
Miscentur 9 , tenuemque magis magis aëra carpunt, 
Donec, ut aestivis effusus nubibus imber, 
Erupere 10 , aut ut nervo puisante sagittae, 
Prima levés ineunt si quando proelia Parthi. 



4. Parjetibus : quatre, syllabes, 
dont la première est longue à cause 
du groupe rj. — Premunt : ils le 
resserrent. Tout indique un soin 
particulier de ne laisser que le 
nioins d'air possible. 

2. Curvans : dont les cornes 
s'élèvent en se recourbant déjà sur 
un front de deux ans; donc qui a 
deux, ans passés. 

3. Spirilus oris : os quo spî- 
ritus agitur. L'action a pour effet 
de rendre la respiration impossible: 
par suite, spiritus est mis au pre- 
mier plan. Cf. introd., p. xxxn. 

4. Obsuitur : verbe rare. 

6. Viscera les chairs. On tue 
le veau en le frappant, sans l'ouvrir 
ni fendre la peau. Les chairs sont 
mortifiées pour hâter la décomposi- 
tion. . 

6. Geritur : s'accomplit; cf. rem 
gerere. 

7, lnterea : au bout ae onze jours, 



on a un nouvel essaim, dit Floren- 
tinus, agronome du temps d'Alexan- 
dre Sévère (222-235 ap. J.-C). 

8. Trunca, marquant une idée 
de privation, est. coistrnit, par une 
extension poétique, avec le génitif; 
cf. inops amicorum (Cic). Ce vers 
est fondé sur une observation par- 
tielle de la réalité. De l'œuf sort une 
larve, incapable d'aller et venir. 
Elle se tisse un cocon où elle s'en- 
ferme et devient une chrysalide. A 
ce moment apparaissent les ailes et 
les pattes. L'insecte devenu parfait 
fend sa prison et l'abandonne. 

9. Misceniur : fourmillent 
(verbe de sens moyen). — Magis 
magis = magis ac 'magis; déjà 
dans Catulle. 

10. Erupere : les conjonctions 
signifiant « avant que » et « jusqu'à 
ce que » se construisent avec l'in- 
dicatif parfait quand il s'agit d'une 
action qui se répète auorésent. 



LIVRE IV. 



219 



Quis deus * hanc, Musae, quis nobis extudit artem ? 
Unde nova ingréssus hominum experientia cepit? 316 

Pastor Aristaeus 2 , fugiens Peneïa Tempe, 
Amissis 3 , ut fama, apibus morboque fameque, 
Tristis ad extremi sacrum caput 4 adstitit amnis, 
Multa querens, atque hac affatus voce parentem : 320 
_« Mater, Cyrene 5 mater, quae gurgitis hujus 
Ima tenes, quid me praeclara stirpe deorum 6 , 
1 Si modo, quem perhïbes, pater est ThymbraeusApollo, 
Invisum fatis 7 genuisti ? aut quo tibi nostri 
ï^ulsus amor? quid me caelum 8 sperare jubebas? 325 
En etiam hune ipsum vitae mortalis honorera, 
Quem mihi vix frugum et pecudum custodia sollers 
Omnia temptanti extuderat 9 , te matre, Kelinquo. 
Quin âge 10 , et ipsa manu felices erue silvas; 
Fer stabulis inimicum ignem atque interfice 11 messes, 
Ure sata et duram in vites molire bipennem, 331 

Tanta meae si te ceperunt taedia laudis. » 

At mater sonitum thalamo sub 12 flumînis alti 



4. Deus : un dieu a donné l'im- 
pulsion ; les hommes ont appli- 
qué el développé l'invention (homi- 
num experientia). — Extudit fit 
sortir à grand'peine, obtint pénible- 
ment; cf.^328. — Ingressus : accu- 
satif pluriel. 

2. Aristaeus : voy. p. 90, n. 6. 

— Peneia (quatre syllabes, ionien 
U'r\yf{ia.) Tempe : voy. p. 161, n. 1. 

3. Amissis : on voit pourquoi 
aux v.p453 suiv. 

4. Caput : la source du Pénée. 

5. Cyrene : Cyrène, qui a eu 
Aristée d'Apollon. — Gurgitis 
ima . voy. p. 124, n. 5. 

6. Deorum : voy. p. 91, n. 7. 

— Perhibes : patrem meum esse. 

— Thymbraeus : adoré dans Thym- 
bra, partie delà plaine troyenne où 
coulait le Thymbrios, ruisseau 
affluent du Scamandre, et où se 
trouvait une chapelle d'Apollon. 
L'épithète paraît dans Euripide. 



7. Fatis : auxquels est soumis un 
demi-dieu. — Quo pulsus (est) : où 
a été chassé ; l'agent du passif reste 
indéterminé. Tibi marque le point 
de vue, « pour toi », et équivaut 
presque au possessif. Cf. En., II, 
595 : « Aut quonam nostri tibi cura 
recessit ». 

8. Caelum : l'enfant d'un dieu 
peu se promettre l'apothéose; ainsi 
Enée (En., I, 250; XII, 795) et l'en- 
fant de la quatrième bucolique 
(4, 15). 

9. Extuderat : le sens est précisé 
par temptanti; cf. la n. du v. 315. 
— Te matre : quoique tu sois ma 
mère. 

10. Quin âge : le ton devient iro- 
nique. — Felices : fertiles (II, 81); 
donc des arbres fruitiers. 

14. Interfice : détruis; ce sens 
général est un archaïsme. 

42. Sub est intercalé entre son 
régime et ce qui en dépend ; cf. III, 



220 



LES GÉORGIQUES. 



Sensit. Eam circum 1 Milesia vellera Nymphae 
Carpebant 2 , hyali saturo fucata colore, 
Drymoque 5 Xanthoque Ligeaque Phyllodoceque< 
Caesariem effusae 5 nitidam per candida colla, 
[Nesaee 6 Spioque Thaliaque Cymodoceque] 
Cydippeque et flava Lycorias,, altéra virgo, 
Altéra tum prinios Lucinae 7 experta labores, 
Clioque et Beroe soror Oceanitides arnbae, 
Ambae auro, pictis s incinctae pellibus ambae, 
Atque Ephyre 9 atque Opis et Asia Deïopea, 
Et tandem positis velox Arethusa 10 sagittis. 
Inter quas curam Glymene narrabat inanem n 
Vulcani 12 , Martisque dolos et dulcia furta, 
Aque Chao densos divum 13 numerabat amores. 
Carminé quo 14 captae, du m fusis mollia pensa 
Devolvunt, iterUm maternas impulit aures 



335 



dkO 



276. La demeure de Cyrène, formée 
d'une succession de grottes souter- 
raines, se confond aussi partielle- 
ment avec le lit du fleuve. 

1. Eam circum : voy. p. 102, 
n. 2. — Milesia : voy, p. 186, 
n. 12. 

2. Carpebant : voy. p. 119, n. 4. 

— Hyali colore : couleur de verre. 

— Saturo : chargée. 

3. Drymoque : la finale est al- 
longée, dans ce vers à la grecque, 
à la césure et devant a?. — Ces énu- 
mérations ont un caractère épique. 
Elles plaisaient par le' jeu transpa- 
rent des étymologies et par la so- 
norité des mots accumulés. 

4. Phyllodoceqne : mot de cinq 
syllabes unissant un vers tout grec. 

5. Effusae l moyen de sens réflé^ 
clii avec caesariem pour complet 
ment direct ; « ayant répandu sur 
elles leur chevelure ». 

6. Vers interpolé ; voy. les notes 
Critiques. 

7. Lucinae : déesse de l'enfan- 
tement. Lycorias venait d'être mère 
pour la première fois. 



8. Pictis : tachetées. Ces peaux 
tachetées sont des nébrides. Les 
nymphes énumérées ne sont pas 
toutes des nymphes des eaux. Cel- 
les-ci sont des chasseresses; plus 
loin, v. 382, nous voyons des 
Dryades. 

9. Ephyre : dans l'hexamètre 
grec, la voyelle longue ou la diph- 
tongue en hiatus garde sa valeur 
au temps fort : 'Ho' 'EcpûpTj f\% 3 
'QiEiç. — Opis : surnom d'Arté- 
mis ou nom d'une jeune fille aimée 
parla déesse. — Asia : voy. p. 118, 
ri. 6. — Dëïôpêa forme les deux der- 
niers pieds dans ce vers hellénisant. 
Cf. 336. 

10. Arethuêa : Yoy. Bue., p. 80, 
n. 1. 

11. Inanem : vain. 

12. Vulcani : Vulcain essayait 
d'empêcher les amours furtifs 
(furta) de Vénus avec Mars. 

13. Divum : voy. p. 108, n. 5. 

14. Carminé quo = quarum 
rerum carminé = et carminé rie 
ils rébus. —Pensa: voy, p. 119, 



LIVRE IV. 



221 



Luctiis Aristaei, vitreisque sedilibus omnes 350 

Obstupuere; sed ante alias Arethusa sorores 
Prospiciens summa flavum caput extulit 1 unda, 
Et procul : « gemitu non frustra exterrita tanto ; 
Cyrene soror, ipse tibi 2 tua maxinia cura, 
Tristis Aristaeus Penei 5 genitoris ad undam 355 

Statlacrimans,- et te crudelem nomine dicit. » 
Huicpercussa nova* mentem formidine mater: 
a Duc âge, duc ad nos; fas illi limina divum 5 
Tangere, » ait. Simul alta jubet discedere* 5 late 
Flumina, qua juvenis gressus inferret 7 : at illum 36.0 
Curvata in montis faciem ciroumstetit unda 
Accepitque^ sinu vasto misitque sub amnem. 

Jamque domum 9 mirans genetricis et umida régna, 
Speluncisque *° lacus clausos lucosque sonantes, 
Ibat, et, ingenti motu stupefactus aquarum, 365 

Omnia sub magna labentia llumina terra 



i. Extulit : voy. En., I, 127. 

2. Tibi : datif de sentiment, 
marquant que Cyrène est intéressée 
à l'aetion ; ef. Boileau : « Prends- 
moi le bon parti », 

3. Penei : spondée, correspond 
à n-f)V£QQ, gén. d'une forme IlrjvsQv 
— Genitoris : qualificatif des fleu- 
ves, que l'on représente comme des 
hommes âgés et barbus; cf. 369; 
En., I, 155; V, 817; VIIÏ, 72. On 
ne peut conclure de ce titre que 
Virgile fait depénée le père de Cy- 
rène, bien qu'Hygin, abréviateur et 
mythographe de basse époque, l'ait 
ainsi compris. Les plus anciennes 
formes de la légende assignent à 
Cyrène pour père le roi des, Lapi- 
thes Hypseus. 

4. Nova : subite. — Mentem : 
accusatif de partie. 

5. Divum : voy. p. 108, n. 5. 

6. Biscedere : sur Tordre de 
Cyrène, les flots s'écartent et lais- 
pont Aristée s'avancer sur le lit 
même du fleuve. Ils se rejoignent 



ensuite de tous cotés, formant 
autour d'Aristée et sur sa tête une 
voûte qu'un observateur du dehors, 
placé sur la rive, prendrait pour une 
montagne d'eau. Ariâtée et la voûte 
d'eau qui le cache marchent 
jusqu'au moment où le jeune 
héros parvient auprès de sa mère. 

1. inferret : au passé, parce que 
jubet, présent historique, équivaut 
à un pas.se- — Al : de son côté. 

8. Accepit, misit : l'action est 
prêtée au lieu où l'on entre, par où 
l'on passe. 

9. Domum :- l'imagination de 
Virgile élargit le théâtre 'de la scène 
et transforme la retraite de Cyrène 
en une immense caverne, source et 
décharge de toutes les eaux. C'est là 
que, d'après Platon, se trouvent les 
bassips (Lacus clausi) qui, une fois 
remplis, débordent sur la terre {Ph^é- 
don, p. 112 A). 

10. Spelitncis : ablatif d'instru- 
ment. — Sonantes : retentissait du 
bruit des eaux ; cf. En., III, 442. 



222 



LES GKORGIQUES. 



Spectabat diversa 1 locis, Phasimque Lycumque, 
Et caput unde altus prirnum se erumpit Enipeus 2 , 
Unde pater 3 Tibcrinus et unde Aniena fluenta, 
Saxosusquc sonans Hypanis 4 Mysusque Caïcus, 370 
Et gemina auratus 5 taurino cornua vultu 
Eridanus 6 , quo non alius per pinguia culta 
In mare purpureum 7 violentior effluit amnis. 

Postquam est in thalami pendentia 8 pumice tecta 
Perventum et nati fletus cognovit inanes 9 375 

Cyrene, manibus liquidos dant 10 ordine fontes 
Germanae" tonsisque ferunt mantelia villis; 
Pars epulis onerant 13 mensas et plena repoihunt 
Pocula; Panchaeis 13 adolescunt ignibus arae. 
Et mater : « Cape Maeonii 14 carchesia Bacchi ; 380 
Oceano libemus, » ait. Simul ipsa precatur 
Oceanumque patrem rerum 15 Nymphasque sorores, 



4. Diversa : divergents d'un 
point central. L'ordre dans lesquels 
les. voit Aristée, à cette .source, ne 
peut avoir rien de commun avec leur 
emplacement géographique sur 
terre. — Phasim. fleuve de Col- 
chide, auj. Rioni. — Lycum: rivière 
du Pont, qui se jetait dans l'Iris, 
et qui est auj. levXelkid-Irmak. 

2. Enipeus affluent du Pénée 
en Thessalie, auj. Phersalitis. 

3. Pater: qualificatif du Tibre, 
En., VIII, 540 etJK, 421. Cf. 355. — 
Fluenta mot poétique. 

4. Hypanis : fleuve se jetant 
dans le Pont-Euxin, le Boug. — 
Caïcus : le Bakyr ; il coulait en 
Lydie, mais descendait des monta- 
gnes de Mysie. 

5. Au valus : épithète ordinaire 
dc-s attributs des dieux, surtout 
dans l'épopée. — Cornua : accusatif 
de partie. — Taurino vultu : repré- 
sentation due à une assimilation 
ancienne chez les Grecs et que les 
Romains ont adoptée. 

6. Eridanus : voy. p. 124, n.9. 



— Quo : en comparaison duquel. 

7. Purpureum: violette; c'est la 
couleur de la mer agitée. 

8. Pendentia : une grotte de 
rocaille en forme de chambre voûtée. 

9. Inanes : qui ne réparent rien. 

10. Dant : réception traditionnelle 
de l'âge héroïque; cf. En.,1, 701 -uiv. 

— Ordine : avec ordre, chacune 
ayant sa tâche. — Fontes = aquas. 

14. Germanae, comme sorores, 
au v. 351, doit être entendu dans 
un sens large : sœurs par l'origine 
semi-divine et le genre héroïque de 
vie. 

12. Pars onerant : voy. p. 129, 
n. 9. — Reponunt : les coupes se 
succèdent multipliées ; cf. III, 527. 

13. Panchaeis : du pays de l'en- 
cens ; voy. p. 139, n. 9.. 

14. Maeonii : de Lydie (cf. II, 98, 
le vin du Tmolus lydien), ancienne- 
ment Méonie. 

15. Patrem rerum : surtout père 
des eaux dans l'univers ; voy. 
Hom., IL, XXI, 195 suiv. — Soro- 
res, sœurs entre elles. 



LIVRE IV. 



223 



385 



390 



Centum 1 quae silvas, centum quae flumina servant. 
Ter liqnido ardentem perfudit nectare 2 Vestam, 
Ter flamma ad summum tecti 3 subjecta reluxit. 
Omine que- firmans animum sic incipit ipsa : 
« Est in Carpathio 4 Neptuni gurgite vates, 
Gaeruleus Proteus 5 magnum qui piscibus aequor 
Et jimcto bipedum curru metitur equorum. 
Hic nunc Emathiae portus patriamque revisit 
Pallenen 6 ; hune et Nymphae veneramur, et ipse 
Grandaevus Nereus 7 ; novit namque omnia vates, 
Quae sint 8 , quae fuerint, quae mox ventura trahantur. 
Quippe ita Neptuno visum est, immania cujus 
Armenta et turpes pascit 9 sub gurgite phocas. 395 
Hic tibi, nate, prius vinclis capiendus, ut omnem 
Expédiât morbi causam eventusque secundet 10 . 
Nam sine vi non ulla dabit praecepta, neque illum 
Orando flectes; vim 11 duram et vincula capto 
Tende : doli circum haec demum franguntur 12 inanes. 
Ipsa ego te, medios cum sol accenderit aestus, 401 
Cum sitiunt herbae et pecori jam gratior umbra est, . 



1. Centum : nombre indéfini. 

— Servant : à la fois comme séjour 
habituel et comme présidence t'uté- 
laire. 

2. Nectare : le vin. — Vestam : 
le feu sacré du foyer. 

3. Summum tecti : voy. p. 124, 
n. 5. — Subjecla : s'étant élancée ; 
voy. p. 130, n. 5. 

4. Carpathio = Aegyptio, bien 
que la mer de Carpathos, entre 
l'île de Rhodes et la Crète, ne bai- 
gne pas immédiatement l'Egypte. 

— Neptuni se rapporte à gurgite. 

5. Proteus : sur sa légende, voy. 
Hom., Od., IV, 365. — Piscibus : au 
lieu de piscium (qui ne peut'entrer 
dans le vers) et curru equorum, 
avec un génitif possessif désignant 
(attelage. Les hippocampes sont en 
partie poissons et en partie chevaux. 
Virgile énonce séparément ces deux 



termo>, parce qu'il n'existe pas de 
mot composé les réunissant. 

6. Pallenen : la presqu'île la 
plus occidentale de la Chalcidique. 

7. Nereus: fils de Pontos, dieu 
de la mer et père de§ Néréides. 

8. Sint : ces propositions sont 
traitées comme des interrogations 
indirectes. 

9. Pascit a vates (Proteus) pour 
sujet. 

10. Eventusque secundet : pro- 
cure une favorable issue (pluriel 
poétique). 

41. Vim est amené par sine vi ; 
Virgile passe immédiatement au 
nom concret de l'instrument, vin- 
cula, ce qui entraîne tende (En., II, 
236), qui a le sens de injice. 

12. Franguntur : le fait est cons- 
tant et immédiat. — Inanes indique 
le résultat 



224 LES GÉORGIQUES. 

In sécréta senis clucam, quo fessus ab undis 
Se recipit, facile ut somno aggrediare jacentem. 
Verum, ubi correptiim manibus vinclisque tenebis 1 , 
Tum variae éludent 2 species atque ora ferarum : 406 
Fiet enim subito sus horridus atraque tigris, 
Squamosusque draco et fulva ceryjce leaena; 
Aut acreni flammae sonitum dabit 3 atque ita vinclis 
Excidet, aut in aquas tenues dilapsus abibit. 410 

Sed quanto ille magis formas se vertet in omnes, 
Tarn 4 tu, nate, magis contende tenacia vincla, 
Donec talis erit mutato corpore qualem 
Videris, incepto tegeret 5 cum lumina somno. » 

Haec ait, et liquidum ambrosiae diffundit 6 odorem 
Quo totum nati corpus perduxit ; atilli 7 416 

Duicis compositis spiravit 8 crinibus aura 
Atque habilis 9 merobris venit vigor. Est specus ingens 
Exesilatere in 10 montis, quo plurima vento 
Oogihir 11 inque sinus scindit sese unda reductos, 420 
Deprensis olim statio tutissima nautis' : 



1. Tenebis, et non tenueris, 
parce que cette action se prolonge 
pendant le temps de la proposition 
principale. 

2. Eludent : chercheront à te 
tromper. L'idée d'une tentative est 
quelquefois impliquée par le simple 
usage du présent, de l'imparfait ou 
du futur. Entendre de même excidet 
au v. 410. 

3. Sonitum dabit : ces méta- 
morphoses sont de simples appa- 
rences : Aristée entendra le pétille- 
ment de la flamme, mais il n'y aura 
pas de flamme réelle. 

4. Tam = lanto, qui serait régu- 
lier. Cf. tam... quam = tanio... 
quanta, dans YEn., VII, 787. 

5. Tegeret (Proteiis) lumina 
somno, poétique au lieu de : som- 
nus lumina (ejns) tegeret. 

6. Diffundit : dégage l'odeur 
pure de 1 ambroisie comme un par- 



fum 'subtil qui émane de sa per- 
sonne- Ce parfum, qui pourrait se 
dissiper dans l'air, est, en quelque 
sorte, dirigé sur Aristée ; il par- 
court son corps comme un souffle 
léger. 

7. At illi oppose à l'action de 
Cyrène d'abord la sensation 
qu'éprouve Aristée. 

8. Spiravit a le sens propre ; 
le souffle parfumé pénètre sa cheve- 
lure dont l'arrangement (compo- 
sitis) pouvait être un obstacle. 

9. Habilis indique le résultat. 

10. Lattre in : anastrophe ; voy. 
p. ii)2, n. 2. 

IL Le vent pousse les flots dans 
la grotte; ils se brisent au fond 
(scindit sese unda)e\ reviennent en 
vagues ondulantes (in sinus re- 
ductos). Dans reductos, re- marque 
ce retour (II, 163, 480). — In : de 
manière à former. 



LIVRE li. 



225 



Tntus se vasti Proteus tegit objice saxi. 

Hic juvenem in latebris aversum a lumine Nympha 

Collocat; ipsa procul 1 nebulis obscura resistit. 

Jam rapidus 2 torrens siti entes Sirius Indos 425 

Ardebat caelo et médium sol igneus orbem 3 
Hauserat 4 , arebant berbae et cava flumina siccis 
Faucibus ad limum radii tepefacta coquebant : 
Cum Proteus consueta petens e fluctibus antra 
Ibat; eum vasti circum 5 gens umida ponti 430 

Exultans rorem late dispergit amarum. 
Sternunt se somno 6 diversae in litore phocae ; 
Ipse, velut stabuli custos in montibus olim, 
Vesper 7 ubi e pastu vitulos ad tecta reducit 
Auditisque lupos acuunt 8 balatibus agni, 435 

Considit 9 scopulo médius numerumque recenset. 

Cujus 10 Aristaeo quoniam est oblata facultas, 
Vix defessa senem passus componere membra, 
Cum clamore ruit magno manicisque jacentem 
Occupât. Ille suae contra non immemor artis 440 

Omnia transformat sese in miracula rerum 11 , 
Ignemque horribilemque feram fluviumque liquenlem. 
Verum ubi nullafngam reperit fallacia, victus 
In sese redit 12 , atque hominis tandem ore locutus : 



4. Procul : à une certaine dis- 
tance, à part. 

2. Jam rapidus (dévorant) 
Sirius, torrens Indos sitientes, 
iirilebat caelo (= in caelo). 

3. Orbem, : le cercle que le 
soleil décrit de son lever à son cou- 
cher. 

4. Hauserat: avait épuisé, donc 
accompli. — Radii coquebant 
cava flumina (le lit profond des 
cours d'eau; vpy. p. 191, n. 9) 
tepefacta ad limum (jusqu'à la 
y ase), faucibus (= in faucibus, em- 
bouchures) siccis. 

5. Circum eum ; voy. p. 102, n. 2. 

6. Somno : datif de but. — Diver- 

VIRGILR, 



sae = in diversis locis ; voy. la 
n. 1 de la p. 222. 

7. Vesper : voy. p. 109, n. 6. 

8. Acuunt : excitent. — Audi- 
fis (l'acte doit être rapporté aux 
loups) balatibus : voy. la n. 9 de la 
p. 191. 

9. Considit : présent. 

10. Cujxis : Protei capiendi. — 
Quoniam == quom jam (étymolo- 
gie de quoniam), à ce moment où. 

14. Rerum complète le substan- 
tif d'une manière un peu explétive : 
objets surprenants. 

12. In sese redit : expression habi- 
tuellement employée au sens moral, 
puisque le sens physique, que 

15-16 



m LES GEÔuGIQUES. 

«'Namquis 1 te, jitvenum eonildcntissime, ftôstfâs kkb 
Jussit adiré dômos ? quidve hinc pétis? » inquit. At il le : 
« Scis, Proteu, scis ipse ; neque est 2 te falle're quicTRiarn; 
Scd tu desine velle. Deum 5 praecepta secuti 
Venimus, hinc lâssis quaesitum oracula rébus 4 . » 
Tanturri elïatus. Ad haec vates vi denique multa khù 
Ardentes oculos intorsit lUnline glauCo^ 
Et graviter frendens sic fatis ora resôlvit : 
« Non le nullills 5 cxercont numinis irae; 
Magna luis commissa : tibi lias miserabilis Orpheus 6 
Haudquaquam ob meritum 7 poenas. ni fata résistant, 
Suscitât 8 , et rapta graviter pro conjuge saevit. 456 
T lla quidem, dum te fugerW per flumina praeceps, 
fmmanem ante pedes hydrum moritura 10 puella 
Servantem ripas alta non vidit in herba. 
At chorus aequalis 11 Dryadum clamore supremôs 460 



nous avons ici, ne peut être 
qu'exceptionnel. 

1. Nam quis = quisnam (ar- 
chaïsme). 

2. Est : il est po;-siblç, comme 
on dit videre est ; formula de' la 
langue Familière. — l'allège : le 
sujet est indéterminé il n'est pas 
possible qu'on te trompe en rien. 
Cette traduction va mieux avec ce 
qui précède que l'interprétation 
usuelle : « Il n'est pas possible que 
tu le trompes ». — • Desine velle : 
fnUnre. Il y a une opposition que 
marque tu : toi, à ton tour. 

3. Deum=deorum; voy. p. 140, 
n. 6. 

4. Lassis rébus : notre détresse; 
même périphrase dans Ovide, 
Tristes, V, 2, 41, etc. ; cf. f es sis 
rébus (É>t., III, 145). Datif de des- 
tination : de même au v. 452, fâtis. 

5. Nullius : la finale est allon- 
gée à la césure. 

6. Orpheus ; Virgile eit le pre* 
rnier, et à ptU pifès U seul t li»f 



la mort d'Eurydice à la légende 
d'Àristée. Il y a' là probablement un 
artifice de romposition littéraire. 

7. Mpi'ituma un sens défavora- 
ble. 

8. Suscitât : appelle sur toi et 
continuerait à appeler ce châtiment, 
ni fata résistant. — Rapta : 
amis sa. 

9. Fugeréi '. lès poètes, depuis 
Virgile, et les prosateurs depuis 
T L., emploient 1 subjonctif après 
dum-, « dans le même temps que », 
tandis que la construction classique 
est l'indicatif j généralemen au pré- 
sent. Voy. 560 : dum fulminât. ■» 
Per, le long de. — Flumina : 
l'Hebre (Marïtza), er Thrace. 

10. Moritura: dont la destinée 
est de mourir ; cf. Ilï, 501. -* Puel- 
la : jeune femme. 

11! Aeqvalif> : elles sont du mê- 
me âge. =» Dryadum : voy. Bur., 
p. 40, n. 4. — Supremôs montes : 
le? plus hauts sommets des mohta- 
gft«t, roy, p. I9i, fi. &. 



UVliE IV. 

Implerunt 1 montes; flerunt Rhodopeïae arces, 

Altaque Pangaea et Rhesi Mavortia tellus, 

Atque Getae 3 atque Hebrus, et Actias Orithyia. 

Ipse 4 , eava solans aegrum testudine ainorem, 

Te, dulcis conjunx, te solo 3 ia litore seeum, ^65 

Te, veniente die, te decedentc, canebat. 

a Taenarias 6 ctiam fauces, alta ostia Ditis, 
Et caligantem nigra fonnidine lucum 
Ingressus, Manesque 7 adiit regemque trenienduin, 
JNesciacwe humanis precibus niansuescere corda. 470 
A! cantu comuiotac Erebi 8 de sedibtts unis 
Umbrae ibant tenues simulacraque luce cârentum , 
Quam multa 10 in foliis avium se milia condunt, 
Vesper ubi aut hibernus 11 agit de montibus hnber. 
Ma très atque viri, dcfunctaque porpora vita 475 

Magnaninium 1 - hcroum, pueri innuptaeque puellae, 
Impositique rogis juvenA ante ora parentuiu; 
Quos circum 13 limus niger et deformis harundo 



1. irnplerunt avec chorus pour 
sujet; voy. p. 129, n. 9. — ttlw- 
dopeiae arces; ' PokoUritan ixpai, 
fa) mot grec permet d'abréger la 
diphtongue en hiatus au tejnps 
f;iible. suivant les règles de la 
métrique grecque. Montagnes de 
Tlirace. 

2. Pangaea : le Pangée, autre 
chaîne de ïhrace qui court entre 
l'embouchure du Strymon (Strouma) 
et le Nestos (Mesta)"; le plus haut 
sommet a 1872 m. — Rhésus 
conduisit les Th races au siège de 
Troie {En., I, 469). — Mnvarliu : 

paj Thrace était un pays belliqueux , 
lionière y place le oejour d'Ares. 

3. Getae : la finale n'est ni abré- 
gée ni élidée, étant au temps fort. 
Voy. p. 194, n. 9. — Hebrus : 
voy. Bue, p. 85, n. 7. — Orithyia : 
'QpstÔuia, vers spondaïque ; voy. 
p. 107, n. l. Orithye, fille d'Erecn- 
thée, roi d'Athènes (appelée Acte 



par les poètes), fut enlevée par 
Borée et transportée en Thrace. 

\. Ipse marque le retour du 
poète au personnage principal. 

5. $OÏO vwy. p, S.i. n. 5. 

6. TœnWÏQS ' le Téiiari'. extré- 
mité du Taygète, est le cap .Mota- 
pan. 

7. Mânes, les dieux mânes, 
c.-à.-d. l'ensemble indéterminé des 
puissances infernales. — tiegem ; 
Dis, le Pluton latin. 

8. Erebi : les ténèbres des enfers 
et, par extension, les enfers. 

9. Cârentum =r car ènliurn qui 
n'entre pas dans l'hexamètre. 

10. Quam multa : tara multa 
{simulacra) qv.ûm multa... 

11. Hibernus : d'orage. 

12. Magnanimum : gén.pjuf. — 
Cf. /•;/*., VI, 300 suiv. ; Chénier, 
Eglogues, I, 191. 

13. Quos circum : voy. p. 102, 
n 2. 



228 



LES UÉORGIQUES. 



Cocyti 1 tardaque palus inamabilis 2 uncla 
Alligat, et noviens Styx interi'usa coercet. 480 

Quin ipsae stupuere domus atque 3 intima Leti 
Tartara, caeruleosque implexae 4 crinibus angues 
EumeDides 5 , tenuitque inhians tria Cerberus ora, 
Atque Ixionii 6 vento rota constitit orbis. 
Jamque pedem referens casus evaserat omnes 485 
Redditaque Eurydice superas veniebat ad auras, 
Pone sequens(namque hanc dederatProserpinalegem) 7 , 
Cum subita incautum dementia cepit amantem, 
Ignoscenda quidem 8 , scirent si ignoscere Maries : 
Restitit, Eurydicenque suam, jam luce sub ipsa 490 
Immemor heu ! victusque animi 9 respexit. Ibi omnis 
Effusus 10 labor, atque immitis rupta tyranni 
Foedera 11 , terque fragor stagni est auditus Avérai. 
Illa : « Quis et me, inquit, miseram et te 12 perdidit,Orpheu , 
« Quis tantus furor 13 ? En iterum crudelia rétro 495 
« Fala vocant, conditque nâtantia 14 lumina somnus. 
« Jamque vale : icror ingenti circumdala nocte, 



1. Cocyti,: voy. p. 171, n. 3. 

2. Inamabilis: litote; cf. p. 167, 
n. 5. 

3. Domus atque (explicatif) Tar- 
tara : c'est une même chose. Voy. 
p. 93, n. 2. 

. 4. Implexae : participe à sens 
moyen (réfléchi), dont le complément 
direct es tangues : s'étant emmêlé 
des serpents à leurs cheveux (crini- 
bus, datif complément d'un verbe 
composé). 

5. Eumenides : nom grec des 
Furies. 

6. Ixionii : voy. p. 171, n. 8. — 
Vento : datif marquant la rela- 
tion. C'est le vent qui met la roue 
en mouvement. — Rota orbis : la 
roue qui trace un cercle ; l'idée de 
la roue est complétée par un génitif 
de même sens. 

7. Legem : condicionein ; « ne 
flectat rétro sua lumina donec Aver- 



nas | exierit valles » (Ov., Met., X, 
51). 

8. Ignoscenda : dementia. — 
Mânes : voy. p. 227, n. 7. 

9. Animi : voy. p. 185, n. 10. 

10. Effusus : fut anéanti, comme 
un liquide qui se répand. 

11. Foedera : legem, voy. v. 487. 
— Fragor : un grondement sou- 
terrain accompagne la reprise d'Eu- 
rydice par les Enfers, manifestant 
la volonté des dieux (cf. En., VII, 
141) et rendant sensible la cata- 
strophe. — Averni : voy. p. 141, 
n. 5. On croyait que le lac "■Averne 
recouvrait une entrée des enfers. 

12. Et me et te : elle ne voit dans 
son malheur que leur séparation. 

13. Furor : folie (sens propre). 

14. Nâtantia : « Adieu ! déjà je 
sens dans un nuage épais | Nager 
mes yeux éteints et formés pour 
iar-ais. » (Delille). 



LIVRE ïV 






« Invxlidasque tibi tendens, heu! non tua, palmas». » 
Dixit,"et ex oculis subito, ceu 2 fumus in auras 
Commixtus tenuis 3 , fugit diversa, neque illum, 500 
Prensantem nequiquam timbras et multa volentem 
Dicere, praeterea vidit; nec portitor 4 Orci 
Amplius objectam passus 3 transire paludem. 
Quid faceret 6 ? quo se rapta bis conjuge ferret? 
Quo fletu Mânes, quae numina 7 voce moveret? 
Illa quidem Stygia nabat jam frigida cumba. 

« Septem illum 8 totos perhibent ex ordine mens© 
Rupe sub 9 aëria, deserti ad Strymonis undam, 
Flevisse, et gelidis haec 10 evolvisse sub antris, 
Mulcentem tigres et agentem carminé quercus; 
Qualis 11 populea maerens philomela sub umbra 
Amissos queritur fétus, quos durus arator 
Observans nido 12 implumes detraxit : at illa 
Flet noctem 15 , ramoque sedens miscrabile camion 
Intégrât et maestis late loca questibus implet. 515' 

«Nulla Venus 14 , non ulli animum flexere hymenaei. 
Solus Hyperboreas glacies Tanaimque 15 nivalem 
Arvaque Riphaeis 16 nunquam viduata pruinis 
Eustrabat, raplam Eurydicen atque irrita Ditis 



505 



510 



d. Palmas : pour Ribbeck, la 
phrase est inachevée ; la voix et la 
personne d'Eurydice s'évanouissent. 

2. Ceu : voy. p. 180, n. 7. 

3. Temiis : attribut de fumus 
commixtus. — Diversa : à l'op- 
posé (ce qui est, le sens propre du 
mot à l'époque classique). 

4. Portitor : Charon. — Orci : 
le aveu de la mort chez les Ro- 
maitis- 

5. Passus (est aliquem) tran- 
sire paludem. L'opposition de 
Charon s'exerce contre quiconque, 
d'un côté ou de l'autre, ferait une 
tentative. 

6. Quid faceret? Subjonctif dé- 
ibératif placé dans le passé : Orohée 



se disait alors : Quid faciam? 

7. Quae numina : quels autres 
dieux. Le v. suiv. montre par le 
fait l'inutilité de ces supplications. 

8. Illum : quant à lui. — Ex 
ordine : consécutifs ; cf. III, 341. 

9. Rupe sub : voy. p. 102, n. 2. 
— Strymonis : voy. p. 99, n. 5. 

10. Haec : ces malheurs. 

14. Qualis : voy. l'introduction, 
p. xxxi.— Philomela : voy. Bue, 
p. 51, n. 7. 

12. Nido de-traxit = de nido ; 
cf. 542, jugulis de-mitte. 

13. Noctem : accusatif ds durée» 

14. Venus : passion. 

15. Tanaim : le Don. 

16. Riûhaeis : voy. p. 108, !î. 7. 



m) 



LEb GÉOÎlGtOUES. 



Dona querens; spretae Ciconum 1 quo munero maires 
Inlcr sacra deum 2 noctarnique orgia Bacchi 521 

Discerptum latos juvenem sparscre per agros. 
Tnm quoque marmorea caput a cervicc revulsum 
Gurgite cum inedio porlans Oeagrius 3 Hebrus 
Volveret, Eurydicen, vox ipsa et frigida lingua, 
A 4 ! niiseraiii Eurydicen anima fugiente vocabal; 
Eurydicen loto rel'erebant llumine ripae. » 

Haec Proteus, etse'iadu dedil aequor in ail mn ; 
Quaque dedil, spumantem undam sub vertice :; torsit. 

At non I ~.!yrene°; natnque ullro aiïata timenlem : 530 
« Nate, licet tristes animo deponere curas. 
Haec omnis morbi causa; hinc miserabileJNymphae, 
Cum quibus illa 7 choros lucis agitabal in altis, 
Exilium misère apibus. Tu mimera supplex 
Tende, petens pacem 8 , et faciles venerare Napaeas; 535 
Namque dabunt veniam volis irasque rémittent, 
Sed, modusorandi qui sit, prius ordine 9 dicam. 
Quattuor eximios praestanti corpore tauros, 
Quitibi 10 nunc viridis depascunt summa Lycaei, 
Délire, et intacta tolidem cervicc juvencas. 540 

Qualtuor his aras alta ad delubra dearum il 
Constitue, et sacrum jugulis 12 demitle cruorem, 



525 



4. Ciconum : peuple thrace, 
dont parle Homère, et qui habitait 
la Côte à I'oupsI île l'embouchure 
de î'Hèbre.^- Quo munei-e — rnjns 
aeacris miuwre, par suite de tels 
honneurs rendus à Eurydice. — 
Maires désigne les tilles des Cicones 
romme des bacchantes ; cf. Eschyle, 
dp., -1235 : ©ôovîav "Aioo'j \ir r 
ispa.' 

2. Deum ; voy. p. 140, n. 6. — 
Vucturnt : la circonstance de temps 
,/jui nocte coiilur) est exprimée 
par une épithete. Voy. notre éd. 
classique d'Hor., p. 338, n. 7. 

3. Oeagrius : du nom d'Œagrus, 
père d'Orphée. 



h, A : voy. p. 147, n. 4. 

5. Sub vertice : Protée soulevé 
une colonne d'eau tourbillonnanto 
à l'endroit où il plonge. 

6. At non Cyrene : discessit. 

7. Illa : Eurydice. 

8. Pacem : le pardon. — Faci- 
les : voy. Bue, y. 17. n. 8. — Ka- 
ijaeas : Napéés, de vxT:r h vallon 
boisé. 

9. Ordine : voy. p. 201, n. 2. 

40. Tibi : possessif. — Summa 
Lyiaei : voy. p. 124, n. 5 et p. 9i, 
n. 1. 

14. Dearum : les nymphes. 

42. Jugulis ; voy. la n. 12 dt 
la p. 229. 



LIVRE IV. 



231 



Corporaque ipsa 1 boum frondôso desere luco. 
Post. ubi nona suos aurora ostenderit ortus, 
Inferias 2 Orphei Lelhaea pa pavera mittes 
Et nigram mactabis ovom lucumque révises 5 : 
Placatam Eurydicen vituia venerabere caesa. » 

Haud mora; continue matris praecepta facessit 
Ad delubra venit monstratas excitât aras ; 
Quattuor eximios praestanti corpore tauros 
Ducit et intacta totidem cervice juvencas. 
Post, ubi nona suos aurora induxerat* orlus, 
Inferias Orphei mittit, lucumque revisit. 
Hic vero subitum ac dictu mirabile monstrum 
Aspiciunt, fiquefacta boum per viscera toto 
Stridere 3 apes utero et ruptis effervere coslis, 
Immensasque trahi nubes, jamque arbore summa 
Confluere, et lentis uvam demittere ramis. 

Haec 6 super arvorum cultu pecorumque eanebam 



bkb 



550 



555 



1. Ipsa : par opposition à rruo- 
rem ; les corps, saignés, restent 
entiers. — Frondôso luco : ablatif 
avec épithèto, voy. p. 137, n. 5. 
Desere : Aristée ne doit revenir 
qu'après le sacrifice funéraire (in- 
ferias). 

2. Inferias: attribut; « sacrificia 
quae dis manibus inferebant »i(Fes- 
tus, p. 112). — Orphei: datif. 

3. Lucumque revises : alors 
Aristée constatera le prodige de. la 
production des abeilles. Ce prodige 
•■attestera l'apaisement des mânes 

d'Eurydice, placatam Eurydicen. 
En reconnaissance, non plus en 
expiation, il leur immolera une 
génisse. Ainsi se terminera l'épreuve 
d' Aristée. Dans ce qui suit, chaque 
point est repris, presque dans les 
mêmes termes; Virgile montre qu'A- 
ristée accomplit les prescriptions 
de Cyrène. Le sacrifice de recon- 
naissance à Eurydice est seul omis. 
Il valait;tnieux finir sur la généra- 
tion meVvoiitetiso des abeilles, r.i- 



mener le lecteur au point de départ 
de ce long épisode ('.'Uâ-St '») et le 
laisser sur le sujet général du 
livre. 

4. Induxerat : dans la langue 
classique, le plus-i|ue-parfait est 
construit avec ubi pour marquer la 
répétitionwdans le passé ou la persis- 
tance d'un état pendant l'action 
principale. T. L. et Corn. Népos ont, 
aiucontraire, comme Virgile ici, le 
p.-q.-p. avec un verbe principal au 
parfait ou au présent historique,' 
quand ubi indique la simple suc- 
cession immédiate des faits. 

5. Les infinitifs qui suivent sont 
en apposition à monstrum ; voy. 
p. 134, n. 2. Sur la quantité de 
stridere, effervere,xoy. p. 215, n. 1 î, 
et p. 123, n. 1. 

6. Haec : ce poème, les Géorgi- 
ques. — Super = de (acception 
admise dans la langue familière'). 
— Canebam : Virgile se place par la 
pensée au moment où on lira son 
poèmes 



232 



LES GÉORGIQUES. 



El super àrboribus, Gaesar dum magnus ad altum 560 
Fulminai 1 Euphraten bello victorque volentes 
Per populos dat jura viamque affectât Olympo 2 . 
Illo Vergilium me tempore dulcis alebat 
Parthenope 3 studiis florentem ignobilis oti, 
Garmina 4 qui lusi pastorum audaxque juventa, 565 
Tityre, te patulae cecini sub tegmine fagi. 



4. Fulminât : construction clas- 
sique de dunt. « dans le même 
temps que » ; cf. |». 226, n. 9. — 
Euphraten, c.-à.-d. les Parjthes; 
voy. p. 127, n. 2, et 142, n. 5. — 
Bello : ablatif d'instrument. 

2. Olympo : datif du but du 
mouvement (poétique). 

3. Parthenope : nap8evd~Tj. 
nom ancien de Naples, qui l'avait 



reçu d'une Sirène dont on véné- 
rait le tombeau dans cette ville. 
— • Florentem : s'ahandonnant avec 
zèle. — Ignobilis : humble (par 
rapport à la gloire de César). — Oti : 
les arts de la paix, opposés aux 
affaires {neg-otium) . 

4. Carmina pastorum : les 
Bucoliques, dont le premier vers 
est rappelé par le vers suivant. 





L'ENÉIDE 



Liviii: i 



Énée, conduit par les destins, s'échappe du pays troyeu et 
aborde en Italie, <>ù il fonde Lavinie et donne des dieux au 
Latiuin ; cette entreprise, principe de la grandeur romaine, 

est traversée par la liaine de Junon : les aventures de mer 
et les luttes armées que provoque la déesse sont le sujet du 
poème (1-7). 

L'arrivée en Afrique. — Le principal grief de Junon est 
l'avenir promis à Rome : Garthage est le séjour favori de 
Junon ; pour Garthage, Junon désire l'empire du monde ; 
mais les destins s'opposent à ses vœux (8-49). Elle obtient 
d'Éole qu'il déchaîne les vents dont il a la garde (50-80) ; 
une tempête fait sombrer un navire des Troyens et disperse 
les autres au moment où ils pensaient aborder enfin en Italie 
(81-1*23). Neptune, irrité de l'usurpation d'un dieu subalterne 
sur ses pouvoirs, calme les flots (124-153). Sept vais:>eaux 
avec Énée s'abritent sur l.i côte d'Afrique dans le port des 

VIRGILE. 17 



234 L'ENEIDE. 

Nymphes (154-220). Connue Jupiter conlemple les parafes 
libyens, Vénus, mère d'Énée, saisit ce moment pour l'implorer 
en faveur de son fils (221-253). Le dieu la rassure, lui dévoile 
les glorieuses destinées de la Rome future que gouverneront 
les Énéades ou descendants d'Énée (254-296). Mercure est 
envoyé auprès de la reine de Carthage, Didon, pour qu'elle 
fasse bon accueil aux Troyens (297-304). A l'aurore du jour 
suivant, Énée part avec Achate explorer la contrée et ren- 
contre Vénus déguisée en chasseresse (305-324). Elle- lui 
apprend qu'il est en Afrique, lui raconte l'histoire de Didon 
(325-368) et lui montre par un présage le sort de ses compa- 
gnons (369-401). Énée, qui a reconnu sa mère (402-417), se 
dirige vers Carthage dont il contemple les travaux du haut 
dune colline (418-438). Enveloppés d'un nuage, Énée et 
Achale entrent dans la ville et vont au temple de Junon que 
décorent des tableaux de la guerre de Troie (489-493). Didon 
survient pour accomplir sa tâche de législation et de justice 
(494-508), quand soudain se présentent à elle Jlionée et d'autres 
Troyens que laMempête avait séparés de leur chef (509-560). 
Didon leur fait bon accueil (561-578). Énée sort du nuage 
(579-612). Didon charmée ordonne une fête et un grand festin 
(613-642). Énée fail venir du camp des présents et son fils 
Iule (643-656). Vénus substitue à Iule Cupidon, chargé 
d'enflammer le cœur de Didon pour Énée (657-694). Pendant 
le festin magnifique qui réunit Tyriens et Troyens, Cupidon 
se serre contre la reine et efface le souvenir de Sychée pour 
ne plus laisser que l'impression vive produite par le jeune 
héros (095-722). Didon ne se lasse pas de voir et d'entendre 
Énée et lui demande de raconter la ruine d'Ilion (723-756) *. 



4. La ligure qui, sert de frontis- 
pice est le registre supérieur du grand 
camée de France.jou camée de la 
Sainte-Chapelle, conservé au Cabinet 
des médailles. L'œuvre est de l'épo- 
que de Tibère. On n'est pas d'accord 
sur les personnages; mais il n'est 
pas douteux- que la scène, placée 
dans l'Olympe, représente un des 
Jules, peut-être Marcellus, monté sur 
Pégase, reçu au ciel par ses ancè 1res 
immédiats et lointains. Un des aïeux 
du héros est divinisé et voilé en 



pontife, CésW ou Auguste; à sa 
gauche se trouve un prince déitié. 
peut-être Drusus l'Ancien. Au-des- 
sous, costumé en Phrygien. Enée ou 
Ascagne tient le globe du monde, 
symbole de la domination univer- 
selle. L'Amour, lils de Vénus et 
génie protecteur des Jules, conduit 
Pégase. Ainsi les Knéades et les 
Jules sont unis dans l'apothéose et 
l'empire suprême : « Hinc fore 
ductores revoeato a sanguine Teu- 
eri » (I, 235). 



LIVRE I. 



23â 



Arma 1 virumque cano, Trojae qui primus ab ori.s 
Italiam 2 fato 3 profugua Lavinjaque 4 venit 
Litora 6 , multum ille° et terris jactatus et alto 
Vi Superum, saevae me more m Junonis ob iram 7 , 
Multa quoque et belle passys, dum conderet 8 urbem 5 



1. Arma (= bella) indique le 
caractère du poème ; virum, le sujet 
(Enée). Un mot suffit pour l'un ; la 
période est nécessaire pour l'autre. 
— Trojae ab oris doit être joint à 
venit prof ug us. — Primus, le plus 
notable de tous, le chef et la souche 
des Latins. Enée, ancêtre des Jules, 
est primus, comme Auguste est 
princeps. 

2. Italiam: le premier i était pri- 
mitivement bref; pour des raisons 
mélriques, les poètes grecs, depuis 
Sophocle, Anlig.. 1119, l'allongent 
souvent. Les Latins ont suivi cet 
exemple. De même pour Italus. 

3. Fato : la mission d'Enee agi 
providentielle. Fatum est l'ordre 
général qui préside aux événement- 
du monde, et, par suite, la destinée 
que doit remplir spécialement Enée 
en vertu de cet ordre général. 

4. Laoinja : trois syllabes; Vi 
devient consonne et se prononce 
comme y dans « yeux » ; la pronon- 
ciation de i ou de ii (voy. p. 119. 
n. 9) comme consonnes s'appelle 
synizèse. — Lavinium était une 
ville du Latium, entre Laurente et 
Ardée, près de la côte. Elle devait 
être fondé* par Enée. A l'époque de 
Virgile, il n'en subsistait guère que 
des vestiges, protégés par la lé- 
gende; une colonie nouvelle lui 
rendit la \ie vers le temps de Trajan. 

5. Litora, Italiam : noms de lieu 
construits sans préposition. A l'ori- 
gine, l'accusatif, désignant par lui- 
même l'objet sur lequel porte l'ac- 
tion du verbe, suffisait pour le but 
d'un verbe de mouvement. Parfois, 
on précisait le sens du cas par un 
adverbe signifiant « vers, dans la 
direction de, sur, dans ». L'habi- 
tude de joindre toujours certains 



cas avec certains adverbes dans un 
sens déterminé fut l'origine d'une 
nouvelle partie du discours, la pré- 
position. Mais il resta en prose 
quelques survivances de l'emploi 
primitif du cas sans préposition (do- 
mum, rus, noms de villes et de 
petites îles, etc. ; cf. p. 413, n. 6). 
Les poètes ont garde davantage de 
cette liberté ; ici Italiam et lUm-n 
exigeraient en prose in et ad. Cette 
explication doit être entendue aussi 
de l'.il.latif sans préposition et sans 
épithète (70, ponto). En général, |ss 
poètes classiques n'usent de cotte 
liberté avec les noms communs qas 
si l'expression correspond a la no- 
tion française de l'article défini, 
«sur la r.'lii i-i.-l. dam la plaine. » 

6. ///'■ rattache an sujet de rmit 
d'abord iactatus et terri* et ait". 
puis posait' m a Un quoque ef (aussi) 
bello (ablatif de cause), llle ajoute 
CSS détails (voy. p. 189, n. H), avec 
une nuance d'opposition : Enée r>i 
parvenu au but malgré ses coursai 
errantes (sujet des premiers livras) 
et malgré de rudes combats (sujet 
des derniers livres). Les participes 
tootofusel possvssont prisadiectP 
veinent; il ne faut pas suppléeras!. 
— Ce début est inspiré de celui de 
l'Odyssée; cf. Apollonius, III, 348. 

7. Ce vers énonce la cause de 
l'action, la colère de Junon, qui 
suscitera contre Enée les entreprises 
d'autres divinités. Neptune, Eole, 
Juturnettn Super um). La colère de 
Junon va faire le sujet du dévelop- 
pement qui suit (8-33). — Supc- 
rum : voy. p. 140, n. i ; Virgile n'a 
pas d'autre forme de génitif pluriel 
pour ce mot. — Eschyle, Ayant., 
141 (155) : [xviixwv ;jlvi;. 

8. Dion rondcfjt : voy. p. 226, 



23(5 



L'ENEIDE. 



Jnferretque deos 1 Latio 2 , genus unde Latin uni 
Albanique patres 3 atque altae moenia Romae. 

Musa, mihi causas memora, quo numine lacso 4 , 
Ouidve dolens reg'ina deum tôt volvere casus 
Insignem pietate 5 virum, tôt adiré labores 
Impulerit 6 : tantaene animis caelestibus irae 7 ? 

Lrbs antiqua 8 fuit (Tyrii tenuere colohi), 
Karthago 9 , Italiam contra 10 Tiberinaque longe 



10 



n. 9. — Toute cette fin de la période 
annonce le but d'Enée. Cette idée 
va être reprise et habilement com- 
binée avec l'explication de la haine 
de Junon. 

1. Deos : les pénates troyens; 
voy. p. 126, n. 9 de la p. I25,et p. 
345, n. 9. 

2. Latio : datif pour in Laliurn. 
En général dans la prose classique, 
un verbe composé se construit avec 
une préposition qui est ordinaire- 
ment le préfixe, quand l'expression 
n un sens matériel ou physique: le 
datif ifest possible que si elle a un 
sens moral. — Unde : ex qua re, 
quo factum est ut oreretur. 

3. Patres : ancêtres des Romains. 
Enéc fonde Laviniu m ;Ascagne(Iule), 
son fils, Albe; Romulus, le descen- 
dant des rois d'Albe, Rome. Cf. 
271 ;,XJI, 823 suiv. 

4. Laeso équivaut à un substan- 
tif verbal, quam ob laesionem nu- 
minis sui; voy. p. 148, n. 11. Nu- 
mine est la résolution de faire de 
Carthage la première ville du monde 
(voy. 12-22) ; dolens comprend tous 
les sentiments pénibles éprouvés par 
Junon, dans la guerre de Troie 
(23-24), lors du jugement de Paris 
(26-27), lors de la naissance deDar- 
danus et du rapt de Ganymède (28). 
Ainsi se mêlent intimement l'histoire 
et la mythologie. 

5. Pietate : trait dislinctif du pitts 
Aeneas, qui rend plus surprenant 
encore l'acharnement de la déesse ; 
pietas est le sentiment qui fait 



rendre avec amour tous les devoirs 
aux dieux, aux parents, aux enfants, 
aux protecteurs et aux protégés, aux 
amis, à la patrie. D'Enée et des 
Troyens, il s'entendra surtout du 
respect des dieux et#e la soumission 
aux destins, et aussi de l'élection 
particulière de la race d'Enée pour 
l'œuvre de la grandeur romaine. 
Voy. p. 325, n. 11. — Cf. Lyco- 
phron, 1270. 

6. Impulerit, avec l'infinitif, est 
ici un des premiers exemples; anté- 
rieurement, impellere ut (ou ad). 

7. a Le bon Homère se serait 
bien gardé de faire une pareille ques- 
tion ; il trouvait tout simple que 
les dieux eussent des passions. » 
(Delille.) 

8. Antiqua: par rapportai! temps 
de Virgile. Varron avait fixé la date 
de la fondation de Rome dans la 
3* année de la 6 e Olympiade (753 av. 
J.-C.) ; on plaçait celle de Carthage 
au plus tôt "l30 ans auparavant. 
Quand Virgile écrivait, il y avait un 
peu plus de cent ans qu'elle était 
détruite (146/608). — Cf. Hom.. IL, 
VI, 152. 

9. Les Latins, à l'époque clas- 
sique, se servent souvent encore du 
K au commencement de certains 
mots, Kalendae, kaput, surtout 
Karthago (même sur une tombe 
chrétienne du Louvre). 

10. Contra est après son régime ; 
voy. p. 102, n. 2. — ■ Longe entre 
Tiberina et ostia a une valeur 
adjective (longinqua), ce qui est 



LIVRE 1. 



Ostia, dives opum 1 studiisque asperrima belli ; 
Quam Juno fertur terris magis omnibus- imam 
Posthabita coluisse Samo 3 : hic illius arma, 
Hic currus fuit; hoc regnum dea gentibus esse 4 , 
Si qua fata sinant, jam tum tenditque fovetque. 
Progeniem sed enim 5 Trojano a sanguine duci 
Audierat, Tyrias olim quae verteret arces; 
Hinc populum late regem 6 belloque superbum 
Venturum excidio 7 Libyae : sic volvere Parcas. 
Id metuens veterisque memor Saturnia 8 belli, 



15 



20 



fréquent en grec pour l'adverbe 
ainsi placé; voy. Riemann, Synt. 
lai., § 5. 

1. Voy. p. 160, n. 12. 

2. Omnibus : quam omnes. Le 
complément d'un adverbe au compa- 
ratif est rarement à l'ablatif, quand 
la phrase ne contient pas une néga- 
tion indéfinie (nihil, numqvam, 
etc.). — Unam renforce l'expres- 
sion, qui équivaut à un superlatif; 
voy. p. 319, n. 1. 

3. Samo, île de la mer Egée, en 
face du promontoire de Mycale 
célèbre par la défaite des Perses 
(479 av. J.-C.) : les Grecs avaient 
reçu ce jour-là pour mot d'ordre 
« ,Héra » (Junon). Le temple de 
Héra à Samos était au temps d'Hé- 
rodote le plus grand de tous les 
temples grecs. Virgile confond ici 
sous le nom latin l'Héra grecque et 
l'Astarté phénicienne ou plutôt la 
Tanit carthaginoise, honorée après 
la conquête de l'Afrique par les 
Romains sous le nom de Caelestis 
(Juno Caeleslis). — Dans ce mot 
grec, à la césure, la voyelle longue 

jVest ni élidée ni abrégée, suivant 
l'usage grec; voy. p. 220, n. 9. — 
Cf. Hom., II., V, 720-733. 

4. Constr. : dea tendit jam tum 
hoc regnum esse regnum genti- 
bus, le royaume des nations, le 
siège de l'empire universel. Tendit, 
« fait effort », avec la proposition 
iniinitive, est unique. Quand le 



I sujet des deux verbes est différent, 
ut et le subjonctif sont nécessaires. 
Voy. JJ, 220. — Qua : ralione. — 
Fovet:animo, médite avec comptai- 
sance: cf. « couver » un projet. 

5. Sed enim : « mais de fait »; 
voy. p. 137, n. 1. L'expression 
abrège un long raisonnement : 
Junon rêvait de la domination uni- 
verselle pour Carthage; mais, en 
réalité, elle avait appris, etc. 

6. Regem est pris adjectivement 
et modifié par late. Le latin sup- 
plée par un tel artifice aux mots 
composés qui lui manquent, cf. 
sôp'jxptiojv, épithèté d'Agamem- 
non (Iliade, I, 102), de Poséidon 
(XI, 751), etc. Cf. p. 251, n. 9. 

7. Excidio : dalif indiquant le 
but d'un mouvement ; fréquent en 
poésie, pirce qu'il vivifie, et souvent 
personnifie l'expression en montrant 
que l'objet est comme intéressé à 
l'action : it caelo clamor (XI, 192), 
les cris vont frapper le ciel; cf. 
II, 488 : « Ferit aurea sidéra cla- 
mor ». Souvent, comme ici, le datif 
équivaut simplement à l'emploi 
d'une préposition, toujours moins 
énergique et plus banal. Cf. p. 341, 
n. 6. — Volvere : moliri ; méta- 
phore assez ordinaire, mais qui fait 
penser ici au fil des Parques. 

8. Saturnia : épithèté déjà don- 
née à Junon par Ennius(voy. p. 430, 
n. 2). Héra était enfant de Kronos 
comme Zeus lui-même. Elle est sœur 



238 



L'KNEIDE. 



Prima 1 quod ad Trojam pro caris gesserat Argis 
Necdum 2 etiam causae irarum saevique dolores 
Exciderant animo ; manet al ta mente repostum 3 
Judicium Paridis spretaeque injuria formae* 
Et genus invisum 5 et rapti Ganymedis honores 6 
His accensa super 7 , jactatos aequore toto 
Troas, reliquias Danaum 8 atque immitis Achilli 9 . 
Arcebat longe Latio 10 , multosque per annos 



25 



30 



et femme de Zeus. Mais Saturnin 
peut rappeler aussi l'autre grande 
divinité de Cartilage à laquelle 
Caelestis était associée, Baal-Mo- 
loch, dans les inscriptions la- 
tines D(ominus) S(anclus) S(a- 
turnus). 

1. Prima, au premier rang; cf. 1. 
— Argis : un des noms de la Grèce 
dans VIliade; mais Argos, avec 
Sparte et Myeènes, est à l'époque 
d'Homère une des villes favorites de 
liera, qui y a un temple et une fête 
célèbres. Àrgos est le royaume de 
Diomède; cf. p. 244, n. 2. — Cf. 
llom.,//., IV, 51. 

2. La phrase subit une forte ana- 
coluthe; les v. 25-28 forment 
comme une parenthèse que vise 
accensa super his (voy. p. 102, 
n. 2). La proposition principale 
est : Saturnia metuens id me- 
morque..., accensa super his ar- 
cebat. 

3. Repostum : repositum, voy. 
p. 197, n. 7. 

4. Aux noces de Thétis et de 
Pelée, Eris (la Discorde), n'ayant pas 
été invitée, jeta au milieu des dieux 
attablés une pomme pour la plus 
belle. Héra, Athéha (Minerve), 
Aphrodite (Vénus) se la disputèrent. 
Sur l'ordre de Zeus, le jugement fut 
remis au berger troyen Paris, qui, 
sur le mont Ida, décerna la pomme 
à Aphrodite. Cf. Hom., /?., XXIV,25. 

5. Ganus : la race troyenne. 
Dardanus (voy. p. 170, n. 10) 
était fils de Zeus et d'Electre, fille 
d'Atlas. 



6. Ganymède, qu'Homère dit fils 
de Tros (II., V, 265), fut enlevé 
au ciel par Zeus métamorphosé 
en aigle et y reçut les fonctions 
d'échanson, à la place de Hébé, fille 
de Héra. 

7. Super, au sens de de, paraît 
dans les lettres de Cicéroh, mai> 
appartient surtout à l'époque impé- 
riale. On entend aussi super adver- 
bialement, ce qui est moins naturel. 
— Aequore toto est très régulier 
avec le sens de : « sur toute la sur- 
face de l'océan » ; voy. Riemann, 
Synt. lat., § 67 e, note. 

8. Danaum, génitif objectif (voy. 
p. 269, n. 3), « débris échappés aux 
coups des Grecs ». Les Grecs étaient 
ainsi nommés d'après l'Egyptien 
Danaos qui fonda la ville d'Argos; 
Danai est donc synonyme de Ar- 
givi, qui lui-même est synonyme de 
Graeci. On attribuait à Danaos di- 
verses inventions, surtout celle de 
la construction des vaisseaux et de 
l'écriture. Cette forme du génitif 
(voy. p. 140, n. 1) est ordinaire 
dans les. mots grées; Virgile a tou- 
jours Danaum. 

9. Achilli : génitif formé comme 
si on disait en grec 'A/'.aat,:. 
'A/iaXoû. On dit de même Ulixes, 
Uli'xi (II, 7). On fait ainsi passer 
ces noms dans la 2 e déclinaison, où 
l'on a Aristides, Aristidi. Les 
Latins y ont rangé aussi des noms 
de la 3 e déclinaison grecque : Peri- 
cles, Pericli. 

10. Latio : ablatif sans préposition, 
ce qui est là construction ordinaire 



LIVRE I. 



Errabant, acti fatis maria omnia circuni l . 
Tantae molis erat Romanam condere gentem-. 

Vix e conspectu Siculae telluris in altum 
Vêla dabant 5 laeti et spumas salis aère ruebanl. 
Cum Juno, aeternum servans sub pectore vulnus. 
Haec secum* : « Mené incepto desistere 3 victam 
Nec posse Italia Teucrorum avertere regem? 
Qui p ne 6 vetor fatis ! Pallasne exurere classem 
Argivum 7 atque ipsos potuit submergere ponto, 
Unius ob noxam et ftirias 8 Àjâcîs 9 Oïl i ? 



35 



^0 



de arceo avec un nom de lieu; mais 
on ajoute ab avec un uurn de per- 
sonne. — Multosque per omui* 
etquiper iinillns nmins rrrulm ni ; 
voy. p. 295, n. 10. 

1. Voy. p. 1<»2, n. 2. 

2. « Tant dut coûter de peine | Qe 
long enfantement de la grandeur 
romaine. » (Delille.) Epiphonème. 

3. Dabant : ventis Trojani. Vir- 
gile nous transporte à la dernière 
année de la navigation des Trôyens 
(voy. p. 288, n. 1), au moment 
où ils quittent la Sicile, croyant 
faire route sur l'Italie et toucher la 
fin de leurs épreuves {laeti). Les 
événements antérieurs sont racon- 
tés à Didon par Enée lui-même dans 
les livres II et- III. Homère avait 
donné dans l'Odyssée le modèle de 
ce plan qui jette le lecteur au milieu 
de l'action et qui paraît ainsi plus 
vif. Horace, A. p., 148, en fera pres- 
que une règle du poème épique. 
Dans l'Enéide, il permet de frapper 
l'imagination dès le début par l'anti- 
thèse des deux destins de Rome et 
de Carthage. — Salis et aère sont 
des métonymies pour maris et ros- 
tris. Sur ruebanl, cf. p. 98, n. 4. 

4. Haec secum implique l'idée 
d'un verbe comme volulat. « Le 
caractère de la déesse devait être 
annoncé avec cette brusque préci- 
sion. » (Delille.) — Cf. Hom., Od., 
V, 284suiv. 

5. Infinitif exclamatif dont le 



-ujei M met à l 'accusatif (p. U8 . 
ri. 6). — Teueromm : des Troyena 
voy. p. 2J4, n. 1. 

6. ijuippe : i bien sûr * ; ironique 
et indigné. Lis diem pouvaient oott- 
trarier et retarder les destins pen- 
dant des siècles. 

7. Argivum : cf. p. 238, n. 8. 

8. I-'iiri'i* : accès de Foli 
tement fkfor désigne la tolie fu- 
rieuse avec crises ; la démence 

eontl s'appelle ittsanlti. .Jlllmil 

attentif autant qu'elle peut la faute 
d'Ajax : il était seul coupable, 

Unius; il n'avait plus sa raison, 
furias; il n'avait commis qu'on 
dommage : notcenn. Ce mot con- 
cerne, en effet, souvent les Itréfi, 
hommes ou animaux. Contre les- 
quels la personne lésée ne peut 
avoir de recours' direct et don! les 
torts doivent être répares par le 
paterfamilias. 

9. Ajacis: lors de la prise de Troie, 
Ajax, fils d'Oïlee. arracha violem- 
ment Cassandre, prophétesse, à l'au- 
tel de Minerve (II, 403), et fit tomber 
par ce mouvement la statue de la 
déesse, le Palladium. Il y a deux 
versions principales de la mort 
d'Ajax, fils d'Oilée. Dans l'une, 
adoptée par Virgile et par Euripide 
(Troyennes, 77), Minerve foudroya, 
près du promontoire de Capharée 
dans l'île d'Eubée, Ajax à son re^ 
tour de Troie ; voy. XI, 260. Suf 
vaut Homère, Od., IV, 499-511" 



240 



L'ENÉIDE. 



Ipsa 1 , Jovis rapidum jaculata e nubibus ignem, 
Disjecitque rates evertitque aequora ventis; 
Illum, exspirantem transfixo pectore flammas 8 , 
Turbine corripuit scopuloquc infixit acuto 3 : 
Ast 4 ego, quae divum incerïo- 5 regina, Jovisque 
Et soror et conjunx, una eu m gente tôt annos 
Bella gero! Et quisquam numen Junonis adorât 6 






kb 



Ajax aurait, au contraire, échappé 
au courroux de Pallas, grâce à la 
protection de Poséidon. Mais l'in- 
sensé lança aux dieux une bravade 
impie; Poséidon fendit les roches des 
Gyrae sur lesquelles il était échoué 
et le précipita dans la mer. Les 
scoliastes placent les Gyrae près de 
l'île de Mycone, où l'on montrait le 
tombeau d'Ajax. La première forme 
de la légende est probablement la 
plus récente. Elle est destinée à 
lier la mort d'Ajax et la destruction 
de la flotte grecque. Celle-ci fait 
l'objet d'un récit qui est également 
étranger à Homère et adopté par 
Euripide dans Hélène. Les Grecs 
essuyèrent une tempête soulevée 
par la colère de Pallas dans les pa- 
rages de l'Eubée. Alors Nauplius 
voulut venger la mort de son iils 
Palamède, mis à mort injustement 
par les Grecs (voy. II, 81-83). Il 
alluma des torches sur le promon- 
toire de Capharée, comme pour gui- 
der les vaisseaux des Grecs, et ceux- 
ci vinrent se briser sur les rochers 
(Prop., IV, 1, 115; Ov., Met., XIV, 
47'2 ; Sen., Ag., 557, etc.). Cette lé- 
gende ne semble pas admise par 
Virgile, qui fait déchaîner la fou- 
dre et l'orage par Pallas. — Oïli : 
génitif semblable à Achilli du v. 30. 
En grec, on ne trouve pas plus 
Ayik'Kfiç, °, ue 'OïâtÎ;. Le génitif 
indique la filiation sans que le 
mot filius soit exprimé. Tel est 
l'usage grec courant, opposé à 
l'usage latin. 

4. Ipsa : ce pronom marque sur- 
tout une opposition, ici avec Junon 



(cf. ast ego) ; au v. 40, avec classem 
(cf. Hom., /J., XIV, 47). 

2. Cf. Lucrèce, VI, 391. 

3. Noter la vivacité du rythme ; 
elle contraste avec la lenteur du 
vers précédent, dans lequel Pallas 
semble représentée savourant lon- 
guement sa vengeance. 

4. Ast est employé dans la plus 
ancienne langue pour joindre une 
seconde proposition conditionnelle 
à une première; alors les deux con- 
ditions étaient souvent, mais non 
toujours, opposées. Voy. la loi 
de Servius ïullius, citée p. 539, 
n. 7. Cicéron a remis ce vieux 
mot en honneur dans des pas- 
tiches d'anciennes lois. Horace, 
dans les Epodes et les Satires, 
Virgile, dans VEnéide, en font un 
synonyme de at, que l'on peut placer 
en tète du vers devant une voyelle. 

5. Incedo : la démarche caracté- 
rise la noblesse des personnages : 
« Et vera incessu patuit dea » (405 ; 
de Vénus); « Je ceignis la tiare et 
marchai son égal » (Mathan dans 
Athalie, III, 3, v. 954). — Ensuite 
noter l'accumulation des titres (cf. 
Hom., //., XVI, 432) et des conjonc- 
tions, que, et, et (voy. p. 237, n. 8) ; 
l'antithèse : una, tôt; la vigueur du 
rejet : bella gero. Tout ce langage 
est fort et cependant conforme à la 
majesté divine : cf. Ov., Met., III, 
256 suiv., où Junon se plaint comme 
une petite bourgeoise. 

6. Adorât, adore maintenant en- 
core ; praeterea, après cela. — Ho- 
norem : yov. p. 196. n. 1. — Cf. 
Hom., Od., XIII, 128.' 



LIVRE I. 



241 



Praeterea, aut supplex aris imponet honorem? » 

Talia flammato secum flea corde volutans, 50 

Nimborum in patriam, loca fêta furentibus Austris, 
Aeoliam 1 venit. Hic vaslo rex Aeolus antro s 
Luctantes ventos tempestatesque sonoras 
Imperio premit ac vinclis et carcere frenat. 
Illi indignantes magno cum murmure montis 55 

Circum claustra fremunt; celsa sedet Aeolus arce 3 , 
Sceptra tenens, mollitque animos et tempérât iras. 
Ni faciat, maria ac terras caelumque profundum 
Quippe ferant* rapidi secum verrantque per auras. 
Sed pater omnipotens speluncis abdidit 5 at ris. 60 

Hoc me tu eus, molemquc et montes insuper altos 
Imposuit regemque dédit, qui foedere certo 
Et premere et laxas 7 sciret dare jussus habenas. 



4. Hom.,Od.,X,3,fait de l'Eolie 
une île flottante. Eratosthène (voy. 
p. 107, n. 9), impatienté par les dis- 
cussions des glossateurs sur I lu- 
mère, disait qu'on trouvera ce lieu 
et d'autres semblables quand on 
aura trouvé le cordonnier qui a 
cousu le sac où Eole renfermait les 
vents (Strabon, I, 24). Mais bien 
avant Virgile, on avait fait des îles 
Lipari les îles Eoliennes et choisi 
pour résidence d'Eole une d'entre 
elles, soit la grande île Lipara (VIII, 
416), soit Stromboli, anciennement 
Slrongyle (PI., N. H., III, 94). D'a- 
près la fumée du volcan de Stron- 
gyle, on augurait la direction des 
vents trois jours à l'avance. D'autres 
installaient Eole à Hiéra, une des 
îles Egates à l'ouest de la Sicile. 
Dans les mêmes parages, on loca- 
lisait les aventures de VOdyssée, les 
Gyclopes sous l'Etna ou à Hiéra 
(voy. p. 124, n. 3), les Lestrygons 
chez l'es Leontini (côte orientale de 
la Sicile), les Lotophages à Agri- 
gente ou à Camarina (côte méridio- 
nale), Scylla et Charybde près de 
Messine. — Aeoliam : souvent on 



ne répète pas la préposition dans 
l'apposition (Cic, De am.,2S). 

2. Antro : ce cachot est plus 
Doble que l'outre du conte populaire 
qu'Homère a recueilli. < !f. 81. Abla- 
tif avec épithète; voy. p. 137, n. j. 

3. Arce : le sommet de l'île ro- 
cheuse. L'Eole d'Homère est un 
père de famille qui vit avec ses 
douze enfants dans une riche de- 
meure, occupé de festins ; le conte 
ne se gâte qu'à la lin (Od., X, 84). 
L'Eole de Virgile est un centurion 
romain qui garde un poste. 

4. Quippe ferant : « bien sûr (voy. 
n. du v. 39), ils emporteraient ». Au 
conditionnel se rapportant à l'ave- 
nir correspond le subjonctif pré- 
sent ; la condition, hypothèse re- 
lative à l'avenir, exige son verbe à 
la même forme : « s'il venait à 
négliger sa consigne ».— Rapidi : 
ravissants, de rapere. — Les ex- 
pressions sont inspirées de Lucr., 
I, 276-279, et VI, 195-196. 

5. Abdidit : ventos. 

6. Insuper : « par-dessus ». 

7. Laxas : indique d'avance le 
résultat de l'action (prolepse). 



242 



L'ENEIDE. 



Ad quem tum Juno supplex his vocibus usa est: 
« Aeole (namque i tibi divum pater atquejhominum rex 
Et mulcere dédit 2 fluctus et tollere vento), 
Gens inimica mihi Tyrrhenum 8 navigat aequor 
Ilium in Italiam portans victosque Pénates : 
Incule vim verdis submersasque obrue puppes, 



8* 

-ex 



Aut âge diversos et disjice corpora ponto *. 



70 



Sunt mihi bis septem 8 praestanti corpore Nymphao, 
Quart» m, quae forma pulcherrima Deïopea, 
Conubjo 6 jungain stabili propriamque dicabo, 
Omnes Ut teCutt meritis ]jro tâlibtta annos 
Exigat. et pulchra l'aciat te prolo parentem. » 75 

Aeolus haec contra : « Tuus, o regifla, quid oj)tes 
Explorare labor; mihi jussa 7 ôàpfessere fas est. 
Tu mihi quodcumque hoc régni, tu sceptra Jovemque 
Concilias 8 , tu das epulis accumbere 9 divum, 



\. Xiiiin/iii >nini apfèa mi 

vocatif, comme yip en grer. indi- 
que pourquoi • on s'adresse à la 
personne ainsi nommée. — Divum: 
voy. p. 1407 n- 1. Ea formule 
divum... rex est la traduction bar 
Ennius de la formule bomérique : 
-2Tf ( p 2v6pâV T£ OSJdV Te. No- 
ter l'addition de rex. 

2. Mulco'e dédit : l'inlinitif est 
poétique après dare au lieu" de 
l'adjectif verbal : mulcendos flvc- 

us; cf. IX, 312. — Voy. Enniits, 
rite p. 318, n. 3. 

3. Tyrrhenum : pour aller de 
Picile en Italie, on doit traverser 
cette mer qui est entre ces deux 
(■outrées, la Sardaigne et la Corse. 
— Aequor : la construction transi- 
tive de navigo se trouve dans un 
passage poétique de Cicéron {De 
fin., II, 112). Voy. p. 273, n. 7. 

4. Ponto : in ponto: voy. la n. 5 
de la page 235. 

5. Bis septem : voy. la n. du 
v, 381. — Deïopea : l'antécédent de 
quae est enclavé dans la proposition 
relative, au lieu de : Deiopeam, 



(finir eut piileln'rriiixi forma, 
junqam (lil)i) conubjo. Vov. p. 
347,' n. 1. — Cf. Géorg., IV, 343, 

6. Conubjo, avec svnizèze : vov. 
p. 235, n. 4, et p. 355, n. B. — 
Mrriti's : services. — Virgile imite 
171., XIV, 267-268, mais ajoute la 
notion du mariage romain, auquel 
préside JunoPronv.bd (vov. p. 395, 
n. 7). 

7. Jussa : Cf. 63, jussus ; Eole 
est liri subalterne, qui obéit sans 
discuter, mais en déclinant toute 
responsabilité. Cf. //., XIV, 196. 
Les vers suivants établissent qu'Eole 
dépend tout partirulièrement de 
Héra. On n'a pas ailleurs, semble- 
t-il, d'autre preuve de ce rapport. 
— Quodcumque hoc regni : ex- 
pression déférente ; cf. IX, 287 ; 
Lucr., II, 16; Prop., IV, 1, 59, etc. 

8. Concilias se traduit différenl- 
ment et suivant les compléments : 
obtiens, rends favorable. — Divum: 
voy. plus haut, v. 05. 

9. Das aeevmbere : ut aecum 
bam: dare avec un infinitif com- 
plétif indiquant ce qu'on accorde 



LIVRE I. 



Niniborumque facis tempestatumque potentem. » 80 
Haec ubi dicta 1 , cavum conversa cuspide montem 
Impulit in latus 2 ; ac venti, velut agmine facto, 
Qua data porta, ruunt et terras turbine perflant. 
Incubuere mari, totumque a sedibus imis 
UnaEurusqueNotusque 5 ruunt 4 creberque procellis85 
Africus 5 et vastos volvunt ad litora fluctus. 
Insequitur clamorque virum 6 stridorque rudentum. 
Eripiunl .'• subito nubes caelumque diemque 
Teucrorum ex oculis : ponto nox incubât atra. 
Intonuere poli 8 et crebris micat ignibus aetber 
Praesenteuiquc viris intentant omnia niortein. 
Extemplo Aeneae solvuntur frigoro" membia: 
Ingemit, et duplices tendons ad sidora paliiias'", 
Talia voce refert 11 : « torque quaterque bôatl 
LJuis 12 ante ora patrum, Trojaë snb fcoetûhus tlti 



90 



95 



est une construction poétique, qui, 
même k l'époque impériale, ne si' 
trouve en prose que si on a le passif 
(dari, datur). L'infinitif a ici un 
autre sens qu au v. 66. 

1. Dicta : sunt ; Cette formule 
épique se retrouve dans Tite-Live. 
— L'épisode de la tempête est 
imité du premier livre de la GfttëWB 
punique de Névius (Macrobe, VI, 
2, 31); voy. p. xlih. Mais Homelt», 
Od., V, 291 suiv., est avant tout le 
modèle de Virgile. Des traits de 
réalité, précis et caractéristiques, 
font de cette peinture la description 
exacte d'une tempête de nature cy- 
clon^ique, pour les savants, et, pour 
tous, la description de la tempête. 
Virgile est le poète qui a le mieux 
dit les choses générales d'une façon 
définitive. 

2. In lalus : Eole, placé sur le 
rocher abrupt, tourne son sceptre 
les pointes en bas et frappe la mon- 
tagne dans la direction (i?i) du flanc, 
c'est-à-dire sur la pente. Ennius, 
cité par Servius : « Nam me gravis 
impetus Orci | percutit in latus ». 



3. Yov. p. 1 17. n. 7. 

4. Iliittut : tiMMMtif : \o\ . p. 9S. 
n. '.. 

5. Africu* : venl du sud ouest. 

6. Voy. p. |40j n. 1. 

7. iSripitint : cf. Lucrèce, I. 218. 

8. Poli : caèlutn (la partie pour 
le tout). — Cf. Catulle, 64, 187. 

9. /V/'/n/v : nous di-on* : tria ce 
d'effroi. 

10. Palmas : on suppliait lesdtëili 
d'en liant en tendant les mains ren- 
versées, la paume tournée vers le' 
ciel. Duplices est poétique, pour 
ambas. 

11. Ce discours, imité de celui 
d'Ulysse (Od., V, 299), coupe heu- 
reusement la description et présente 
au lecteur le héros entoure de tous 
les souvenirs de la guerre de Troie. 
Enée n'a pas peur de mourir, puis- 
qu'il voudrait être mort; ce qu'il 
regrette, c'est une mort héroïque. 
Son discours est bien placé, avant 
l'effort violent de la tempête. Dès les 
premiers coups de vent, il a jugé 
que la tourmente serait terrible. 

12. Quis = quibus. 



■244 



L'ENEIDE. 



Contigit oppetere ! o Dànaum * fortissime gentis 
Tydide 2 , mené Iliacis occumbere campis 
Non potuisse tuaque animam hanc effundere dextra, 
Saevus ubi Aeacidae 3 telo jacet Hector, ubi ingens 
Sarpedon 4 , ubi tôt Simois 3 correpta sub undis 100 

Scuta virum galeasque et fortia corpora vol vit? » 

Talia jactanti 6 , stridens Aquilone 7 procella 
Vélum adversa ferit ftuctusque ad sidéra tollit. 
Franguntur remi : tu m prora avertit 8 et undis 104 



1. Danaum : voy. p. 238. n. 8. 

2. Tydide : T-jôstor,. Tel est le 
nom ordinaire de Diomède, fils de 
Tydée et de Déipyle, la fille d'A- 
draste, roi d'Argos. Après avoir 
pris Thèbes, il se distingua sur- 
tout à la guerre de Troie, lutta 
contre Hector et Enée, blessa Vénus 
et Mars, prit part à l'enlèvement du 
Palladium. Le chant V de ïlliade 
est rempli de ses exploits. Enée 
aurait été tué par Diomède sans 
l'intervention de Vénus (V, 239). 
Voy. p. 287, n. 10 : VIII, 9. — 
Mené non potuisse : infinitif excla- 
matif; voy. p. il 8, n. 6. — Iliacis 
campis : ablatif de lieu ; voy. p. 137, 
n. 5. — Animam : vitam. 

3. Aeacidae : du descendant 
d'Eaque, c'est-à-dire d'Achille, fils 
de Pelée, fils d'Eaque, fils de Jupi- 
ter. — Telo : le mot désigne toute 
arme offensive. — Hector: le prin- 
cipal guerrier des Troyens, fils 
aîné de Priam et d"Hécube, époux 
d'Andromaque. Il tua Patrocle, 
l'ami d'Achille, et cet événement 
ramena sur le champ de bataille 
Achille qu'avait éloigné sa colère 
contre Agamemnon. — Cf. Hom.. 
Od., III, 108. 

4. Sarpedon : fils de Zeus et de 
Laodamie, ou d'Evandre et de Déi- 
damie. Il était roi des Lyciens et 
fut un allié utile pour les Troyens ; 
mais il fut tué par Patrocle. Zeus, 
pour venger son fils, poussa Hector 
à tuer Patrocle. Ces noms réunis- 



sent donc la .suite principale des 
combats de ITliade. 

5. Si7nois : torrent qui descend 
de la montagne voisine dans la 
plaine de Troie et se jetait dans 
le Scamandre; aujourd'hui le Doum- 
brek. Voy. p. 270, n. 4. De Sijxôet;, 
2t{£ÔevTOç, on a Sïmoïs. Simoen- 
tis (618), accusatif Simoenta (V, 
261). — Cf. Hom., IL, XII, 22. 

6. Jactanti : le datif marque, en 
général, l'être que touche l'action, 
qui y est intéressé, qui en subit les 
conséquences. Au participe présent 
surtout, il montre, comme ici, l'at- 
titude ou la situation de la per- 
sonne, tandis que se passe l'action 
du verbe principal ; il peut expri- 
mer une circonstance (de temps, de 
manière, etc.), mais toujours en in- 
sistant sur le rapport particulier 
qu'a l'action principale avec l'être 
désigné par le datif. Cf. VIII, 212 : 
« Quaerenti nulla ad speluncam 
signa ferebant », « pour quelqu'un 
qui aurait cherché les bœufs ». Ce 
dernier exemple montre l'emploi 
de ce datif pour désigner une per- 
sonne indéterminée, au sens du 
« on » français, « si on cherchait ». 

7. Aquilone : ce vent n'a pas 
encore été nommé; cf. 85-86. Abla- 
tif dépendant de stridens. La tem- 
pête frappant le vaisseau en face 
(adversa) attaque l'avant. 

8. Avertit : un verbe transitif 
peut être construit absolument. 
Tantôt l'idée du complément est 



LIVRE I. 



245 



Dat latus 1 ; insequitur oumulo praeruptus aquae mons. 
Hi summo in fluctu pendent; his unda dehiscens 
Terrain inter fluctus aperit; furit aestus harenis 2 . 
Très Notus abreptas 3 in saxa latentia torquet 
(Saxa vocant itali, mediis quae in fluctibus, Aras 4 , 
Dorsum 5 immane mari summo 6 ), très Eurus ab alto 110 
In brevia et syrtes 7 urget (miserabile visu) 
Illiditque vadis atque aggere cingit harenae. 
Unani, quae' Lycios fidumque vehebat Oronten*, 
Ipsius ante oculos ingens avertice pontus 9 
In puppim ferit : excutitur 10 pronusque magister 115 
Volvitur in caput; ast 11 illani ter fluctus ibidem 
Torquet agens circum et rapidus vorat aequore vortcx. 



laissée dans le vague : répétais 
(v. 372). Tantôt le verbe prend un 
sens réfléchi (moyen, voy. p. 253, 
n. 10) ou intransitif : avertit, se 
détourne; ingeminant plausu 
(747) = plaudunl ingeminantes ; 
praecipitat (II, 9), se jette, tombe; 
insinuai (II, 229), s'insinue; ac- 
cingunt (II, 235); volutans (III, 
607). Un grand nombre de ces 
emplois se rencontre dans la prose 
la plus sévère. 

1. Latus : du vaisseau — Cu- 
mulo, « avec sa masse amoncelée », 
se joint à insequitur. 

2. Harenis : le sable du fond de 
la mer; ablatif d'instrument. 

3. Abreptas : naves. La flotte 
d'Enée se compose de vingt vais- 
seaux (voy. 381). 

4. Constr. : Itali vocant Aras 
sajca quae sunt in mediis flucti- 
bus. Quint., VIII, 2, 14, critique 
dans ce vers ce qui est pour lui 
mixlura verborum, l'exagération 
de l'inversion (hyperbate). — Ces 
écueils sont les îles Egimures 
(Aegimoerae arae, dansPl.,À r . H., 
V, 42), à l'entrée de la baie de 
Garthage, auj. Zembra iimbulu et 
Zembretla Simboletto. 



5. Dorsum : apposition. 

6. Mari summo : ablatif de lieu, 
voy. p. 137, n. 5. 

7. Syrtes répète brevia; c'est un 
nom local désignant les bas-fonds, 
les bancs de sable, et qui s'est Bxé 
dans deux expressions géographi- 
ques, la grande et la petite Syrte 
(golfes de la ^idre et de Gabes) : 
mais le mot a ici le sens général . 

8. Ce nom et la plupart dfes 
autres ne se trouvent que dans ce 
passage. Les Lyciens étaient venus 
au secours de Troie sous la con- 
duite de Pandarus et, après la 
mort de leur chef, s'étaient rangés 
sous les ordres d'Enée (Sérvius). 

9. Pontus : une vague énorme, 
qui semble la mer entière. — A ver- 
tice : d'en haut, cf. 105. 

10. Excutitur a pour sujet ma- 
gister, commun aux deux verbes 
et placé dans la seconde proposi- 
tion, par une construction fré- 
quente que les Anciens appelaient 
à-zô Kowoû. — Cf. Hom., Od., XII, 
411. 

41. Ast : voy. p. 240, n. 4. — 
Illam : sur les vingt vaisseaux 
d'Enée, c'ml le seul qui ait péri. — 
Rapidus : qui rapit. 



240 



L'ENEIDE. 



Apparent rari liantes in gurgite vasto 1 , 
Arma 2 virum tabulaeque et Troïa gaza per undas. 
Jam valiciam Ilionei navem, jam fortis Achatae 120 
Et qua vectus Abas, et qua grandaevus 5 Aletes, 
Vicit hiems*; Iaxis laterum compagibus omnes 
Accipiunt inimicum imbrem 5 rimisque fatiscunt. 

Interea magno misceri murmure pontum 6 
Emjssamque 7 hiemem sensit Neptunus et imis 125 
Stagna refusa 8 vadis, graviter commotus; et alto 
Prospiciens, summa placidum caput extulit unda 9 . 
Disjectam Aeneae toto videt aequore classem, 
Fluctibus oppressos Troas caelique ruina. 
Nec latuere 10 doli fratrem Junonis et irae. 130 

Eurum ad se Zephyrumque vocat; dehinc 11 talia fatur 12 : 



1. Vers célèbre par son harmonie 
sourde. 

2. Arma : les armes (boucliers 
de bois, casques de cuir) et autres 
objets. Virgile, puis les poètes et 
les prosateurs qui les imitent, 
donnent à ce mot un sens général 
d'instruments qu'a le grec oitkct 
(boni. è'vTEa) : pour la navigation 
(VI, 233, 353), pour la culture des 
champs (Géorg., I, 160), pour les 
exercices du corps (Hor., A. p., 379), 
pour la conduite des chevaux (Ovi- 
de, Ï.-Live), pour la chasse (Grat- 
tius). Voy. 177. — Virum : voy. 
p. 140, n. 1. — Gaza : voy. II, 763. 

3. Grandaevus et les autres 
adjectifs sont des énithètes de 
nature ; mais ils font ressortir par 
un contraste la cruauté du sort. 
Ces compagnons d'Enée ne sont 
connus que par Virgile. Abas, 
Alétès, Ilionée sont des noms 
d'autres personnages dans la mytho- 
logie, où le poète a pu les emprun- 
ter. Achate doit son nom, dit 
Scrvius, à l'agate (achales) ; il y a 
aussi en Sicile un fleuve ainsi appelé. 

4. Iliems : la tempête. 

5. Imbrem : l'eau de la mer ; ce 
sens a été donné au mot par les 



poètes à la suite d'Ennius : « Rati- 
busque fremebat | imberNeptuni ». 
(Ps.-Servius, En., XI, 299). 

6. Cf. IV, 160. 

7. Emissamque : esse. 

8. Refusa : esse; des nappes 
d'eau ramenées des profondeurs de 
la mer; imis vadis équivaut à un 
ablatif proprement dit, mais voy. 
p. 137, n. 5. Pour la valeur du 
préfixe, cf. Géorg., IV, 420 et la n. 
— Alto : datif, in altum; cf. pros- 
picere in urhem (Ces., B. G., II, 
5, 3); voy. p. 236, n. 2. 

9. Géorg., IV, 352. « C'est ici 
qu'on voit l'idée que les anciens se 
formaient du beau idéal, particu- 
lièrement réservé à la peinture des 
dieux; les passions humaines peu- 
vent affecter leur àme, mais ne 
doivent pas défigurer leurs traits. 
Neptune est en courroux, mais son 
front est calme. » (Delille). 

10. Nec latuere : Apollonius, Ar- 
gon., IV, 753. 

11. Dehinc : monosyllabe; pro- 
sodie rare, tandis qu'elle est ordi- 
naire pour dein, deinde, deinceps. 

12. Fatur : verbe considéré par 
Quint., VIII, 3,27, comme un ar- 
chaïsme dont on ne peut se passer ; 



LIVRE I. 



24) 



« Tantane vos generis 1 tenuit fiducia vestri? 
Jam eaelum terramque meo sine numine, Venti, 
Miscere et tantas audetis tollere moles? 
Quosego 2 ... Sed motos praeslat componere fluetus. 135 
Post 3 mihi non simili poena commissa luetis. 
Maturate fugam regique haec dicite vestro : 
Non illi imperium pelagi saevumque. tridentem, 
Sed mihi sorte 4 datum. Tenet ille immania saxa, 
Vestras, Eure, domos; illa se jactet in aula UO 

Aeolus et clauso ventorum carcere regnet. » 

Sic ait, et dieto citius 5 tumida aequora plaçât 
Collectasque fugat nubes sole nique reducit. 
Gymolhoe 6 simul et Triton 7 adnixus 8 acuto 
Detrudunt naves scopulo; levât ipse 9 tridenti ikb 

Et vastas aperit syrtes 10 et tempérât aequor 
Atque rôtis summas levibus perlabitur undgts. 



très rare dans Cicéron; employé 

93 fois dans V Enéide. 

1. Generis : liés., Théog., .578, 
l'ait des vents les iils du Titan 
Astrée et de l'Aurore; les Titans, 
fils d'Ouranos et de la Terre, sont 
les ennemis de Zeus et des dieux 
Olympiens. — Tout le discours 
est animé par le mépris; cf. la 
place de venti (133), régi... vestro 
(137; cf. « allez dire à votre maî- 
tre... »); immania saxa; vestras, 
Eure, domos et toute la fin. 

2. Quos ego : exemple célèbre de 
réticence. On compare Racine 
Athalie, V, 5, v. 1713 : « Je devrais 
sur l'autel où ta main sacrifie | 
Te...; mais du prix qu'on m'offre 
il faut me contenter». L'accusatif 
désigne l'objet de l'action, qui est 
laissée dans un vague menaçant. 

3. Post : adverbe. — Mihi se 
rapporte à luetis. — Non simili : 
extraordinaire. 

4. Sorte : dans 17/.., XV, 187, 
Poséidon dit : « Nous sommes 
trois frères sortis de Kronos et 



Bnfant&g par Rhéa, Zeua, moi, le 
troisième est Haidèa (Plqtoa), 

L'univers fut divisé en trois parts; 
chacun reçut la sienne du BOPt. A 
moi m'est échue la mer blanchis- 
sante pour demeure éternelle, par 
suite du tirage au sort; Haidès 
reçut l'ombre nébuleuse; Zeus, le 
large ciel dans l'éther et les nuages. 
Quant à la terre, jusqu'ici elle est 
restée en commun à tous, ainsi que 
le grand Olympe. » 

5. « La rapidité avee laquelle 
Virgile a peint ta tempête se trouve 
dans la peinture du calme renais- 
sant.... Le grand écrivain saisit 
d'abord le trait profond et caracté- 
ristique, et passe à d'autres objets. » 
(Dehlle.) Définition de l'art clas- 
sique. Voy. p. 486, n. 3. 

6. Cytnothoe : une des cinquante 
Néréides. 

7. Triton : voy. p. 48(3, n. 5. 

8. Adni.rus : navilms. 

9. fpse : Neptune. — Levât 
naves scopulo. 

10. Voy. p. 245, n. 7. 



248 



L'ENEIDE. 



Ac 1 veluti magno in populo cum saepe coorta est 
Seditio saevitque animis 3 ignobile vulgus, 
Jamque faces et saxa volant, furor arma ministrat; 150 
Tum, pietate gravem 5 ac meritis si forte virum quem 
Conspexere, silent arrectisque auribus adstant; 
Ille régit dictis animos, et pectora mulcet : 
Sic cunctus pelagi cecidit fragor, aequora postquam 
Prospiciens genitor 4 caeloque invectus aperto 155 

Flectit equos curruque volans dat lora secundo 5 . 
Defessi Aeneadae, quae proxima litora 6 , cursu 
Contendunt petere et Libyae vertuntur ad oras. 
Est in secessu longo locus 7 : insula portum 
Efficit objectu laterum, quibus omnis ab alto 160 

Frangitur inque sinus scindit sese unda. reductos 8 . 



1. Ac attire l'attention sur la 
comparaison. Virgile termine par 
une comparaison qui complète le 
tableau de l'apaisement de la mer 
et en renouvelle l'intérêt. Elle est 
empruntée aux tumultes du forum, 
familier» aux Romains, tandis 
qu'Homère, //., II, 144-146, fait 
l'inverse, et dépeint le désordre 
d'une assemblée parl'oragedéchaîné 
sur les Ilots. — Saepe : comme il 
arrive souvent: cet adverbe est placé 
avec ce sens par les poètes après 
cum, ubi, dans les comparaisons, 
comme quondam, olim. 

2. Animis : mot à mot : « par 
les sentiments » ; le complément 
précise le sens du verbe. 

3. Gravem : recommandable. — 
Meritis : services rendus. — Quem : 
forme nécessaire après si. La place 
du mot montre le personnage seul 
en face de la foule. 

4. Genitor indique simplement 
le caractère vénérable de Neptune : 
voy. p. 221, n. 3. Virgile semble 
réserver le titre de Genitor (non 
Pater) aux dieux des eaux. 

5. Dat lora curru (datif) se- 
cundo volans. — Secundo : qui 
sequitur facile, rapide. — Le pré- 



sent historique, après postquam, 
donne plus de vivacité au récit. 

6. Constr. : petere litora quae 
(sunl) proxima ; voy. p. 242, 
n. 5. 

7. La description (l'île, 159-161; 
l'anse, 162-165; la grotte, 166-168) 
est imitée de YOd., XIII, 96 suiv. 
(port de l'île d'Ithaque où aborde 
Ulysse à son retour). Mais Virgile 
ajoute l'île qui abrite la baie contre 
les vents et les tempêtes du large. 
Cette disposition correspondait a 
l'idée que les contemporains se fai- 
saient d'un port; voy. les descrip- 
tions d'Alexandrie (Ces., B. C, III, 
H2),deCarthagène(T.-Live,XXVl, 
42, 8), de Brindes (Lucain, II, 616). 
Lorsque Claude creusa le port 
d'Ostie, il plaça au milieu de l'en- 
trée une île artificielle portant un 
phare. Le port de Virgile est donc 
une création littéraire, ce qui n'a 
pas empêché Shaw de le trouver 
dans la baie de Carthage, comme 
on peut le voir dans Yltinéraire 
de Paris à Jérusalem, par Cha- 
teaubriand. Cf. la description de 
Castra Cornelia dans Ces., B. C, 
II, 24, 3-4. 

8. Voy. p. 224, n. 11. Ici les flots 



LIVRE I. 



2W 



Hinc atque hinc 1 vastae rupes geminique minant ur 
In caelum scopuli, quorum sub vertice late 
Aequora tuta silenfc; tum 2 silvis scaena coruscis 
Desuper horrentique atrum nemus irnminet ambra. 165 
Fronte sub adversa 5 scopulis pendentibus antrum; 
Inlus 4 aquae dulces vivoque scdilia saxo, 
Nympharum domus 8 . Hic fessas non vincula naves 
Ulla tenent, unco non alligat ancora morsu. 
Hue septem Aeneas collectis navibus omni ' 170 

Ex numéro 6 subit, ac magno telluris amore 
Egressi optata potiunlur Troes harena 
Et sale tabentes artus in litore ponunt, ' 
Ac primum silici 7 scintillam excudit Achatês 
Succepitque 8 ignem foliis atque arida circuni 175 



du large viennent se briser en 
avant du port sur les lianes de 
l'île qui forme une sorte de V. Les 
vagues sont ramenées vers le large, 
en deux courants divergents. 

1. Hinc atque hinc : des deux 
côtés, dans l'anse même. 

2. Tum, en outre; donc en 
arrière et en haut. — Scaena est le 
mur décoré devant lequel jouent 
les acteurs; ce n'est "pas l'amphi- 
théâtre des gradins, lequel est ap- 
pelé cavea. Les bois sont dans ce 
paysage le fond du tableau, couron- 
nant les rochers d'une voûte om- 
breuse et mobile. Cf. Placidus : 
« Scaena dicitur arborum in se 
incumbentium quasi coneamerata 
densatio n (Corpus gloss. lat.,t. V, 
41,9; cf. t. VIII, 240). 

3. Fronte sub adversa : en face, 
quand on pénètre dans le port, 
c'est-à-dire au fond de l'anse dont 
les côtés viennent d'être décrits. 
Le paysage est le même, mais sous 
les rochers se trouve une grotte. — 
Cf. Lucr., VI, 195, et un vieux poète 
dans Cic, Tusc, I, 37. 

4. Inlus : sunt. — Vivo saxo : 
voy. p. 137, n. 5; naturellement 
taillés dans le roc. 



•VIPGILF. 



5. La demeure des Nymphes est 
décrite avec beaucoup plus de 
détails par Homère, I. i-.. io", suit. 
Cette description avait Frappé lis 
Anciens: le philosophe néoplatoni- 
cien Porphyre (232-3o' ( ap. J.-c.) 
en a donné une explication allégo* 
rique, De antro nympliarvui. 

6. Omni e.c numéro . voy. 38.li 
— Troes : la finale est brève, 
étant celle du mot greo, Toù)î;. 
Dans les mots latins, cette 'dési- 
nence est longue. 

7. Silici: ancienne forme d'abla- 
tif, d'après l'analogie des noms en 
-is, gén. -is; de même capili (Vil, 
668); virtutei (ei note un i long; 
dans l'épitaphe d'un Scipion, en 
624/130; G. T. L., I, 34), ab fontei 
(ib., 199,6; de 637/117), hereditati 
(ib., 200, 23; de 643/111), conti- 
nenli, corpori (ib.. 206, 56 et 122; 
de 709/46), etc. Cf. sorti (qui 
vient d'un primitif sortis, gén. 
sortis), p. 210, n. 3; et amni, 
classi, igni, imbri, qui appartien- 
nent aux thèmes en -»' (parisylla- 
biques). 

8. Suceepit : archaïsme d'après 
Servius, et en tout cas rare doublet 
de sitspin'o, avec la forme sub- du 



18 



250 



L ENEIDE. 



Nutrimenta (ledit rapuitque 1 in fomite flammam. 
Tum Cererem 2 corruptam undis Cerealiaque arma 
Expediunt fcssi rerum 5 , frugesque reeeptas 
Et torrere parant flammis et frangere saxo 4 . 

Aeneas scopulum 5 interea conscendit et oninem 180 
Prospectum 6 late pelago petit, Anthea si 7 quem 
Jactatuin vento videàt Phrygiasque biremes 
Aut Capyn an t celsis in puppibus arma Caïci 8 . 
Navem in çonspectu nullam 9 , très litore cervos 
Prospieit errantes; hos tota armenta sequuntur 185 
A tergo et longum per valles pascitur agmen. 
ponstitii liic areumque manu celeresque sagittas 



préverbe, tandis que suspido repose 
sur subs-; cf. ab et abs (abs d'ans 
abs te, abscondo). 

4. Rapuit : fit jaillir vivement; 
Lucain, III, 683 : « Carinae... li- 
quida rapuere incendia cera ». — 
Fomite : l'amas de bois sec dont 
il a entouré et couvert les feuilles 
et les brindilles enflammées. L'o- 
pération est décrite minutieuse- 
ment, à cause de son importance 
pour des naufragés. Cf. Géorg., 
I, 135. 

2. Cererem : fruges. — Cerealia 
arma : les ustensiles pour faire le 
pain. Voy. p. 246, n. 2. 

3. Rerum : génitif de relation 
avec un adjectif; cet emploi, qui 
n'était pas étranger à la langue 
familière, a été développé par les 
poètes qui ont ensuite été suivis 
par Salluste, T.-Live, Tacite, etc. 
Les prosateurs classiques emploient 
l'ablatif. 

4. Voy. p. no, n. 4. 

5. Episode imité d'Hom., Od., X, 
133-184; Ulysse va à la découverte 
dans l'île de Circé, tue un grand cerf 
et le mange avec ses compagnons. 
Le cerf est le gibier noble entre 
tous; « il a dans tous les temps 
occupé le. loisir des héros » (Buf- 
fon). Cf. le nom du chasseur, éÂa- 
<?7)6ôXo; àvTjp (Hom., IL, XVIII, 



319). Il est donc oiseux de se de- 
mander, avec Servius, s'il y avait 
ou non des cerfs dans la province 
proconsulaire d'Afrique. En fait et 
malgré la tradition négative des au- 
teurs anciens, une espèce particu- 
lière, qui existe encore, le cerf de 
Barbarie, aux bois plus courts et 
moins étalés, est représentée sur 
une mosaïque d'Utique. 

6. Prospectum : loeum unde 
lalum (voy. p. 251, n. 9) prospec- 
tum habeat in pelagus (voy. p. 236, 
n. 2). Cf. Pacuvius, Choses (No- 
nius, p. 467, 15) : « Incipio saxum 
temptans scandere | vorticem sum- 
musque in omnes partes prospec- 
tum aucupo » ; Catulle, 64, 24t : 
« Summa prospectum ex arce pete- 
bat ». 

7. Si : « pour le cas où »; voy. 
Riemann, Synt. lat., § 210 bis. — 
Anthea quem (= aliquem) socio- 
rum ut Anthea, aut Capyn, etc. 
Anthée et Caïcus ne sont connus 
que par Virgile, qui a pris ces noms 
dans la mythologie. Un Capys est 
le fondateur de Capoue (T.-Live, 
IV, 37, 1). — Phrygias : de Troie 
en Phrygie. — Biremes, synonyme 
de naves ; cf. V, 119. 

8. Le bouclier, peint aux armes 
du chef, était fixé à la proue. 

9. Coupe expressive célèbre. 



LIVRE I. 



251 



190 



(Jorripuit, fidus quae tela 1 gerebat Achates 2 , 
Ductoresque ipsos primum, capita alta ferentes 
Cornibus arboreis, stcrnit; Inm vulgus et omnei 
Miscet agens telis nemora inter frondea turbani ; 
Nec prius absistit quam septem ingentia victor 
Corpora fundat 3 humo et numerum cum navibus aequet . 
Hinc portum petit, et socios partitur in omnes 4 . 
Vina bonus quae deinde 5 cadis oneraral Âcesfes 6 195 
Litore ïrinacrio 7 dederatque abeuntibus héros, 
Dividit, et dictis maerentia pectora mulcet 8 : 

« socii (neque enim ignari sumus ante 9 nialorum), 
passi graviora, dabit deus bis quoque fînem. 
Vos ot Sayllaeam 10 rabiem penitusque sonantes 200 
Accestis 11 scopulos; vos et Cyclopeâ saxa 



1. Tela, armes offensives, appo- 
sition àarcwmetà sagittas. Quand 
l'antécédent du relatif est une appo- 
sition, cet antécédent est d'ordinaire 
enclavé dans la proposition relative 
(Madvig, Gr. lat., § 320). 

2. Enée a un confident; l'éti- 
quette a commencé de- bonne heure. 
Les héros homériques ont déjà des 
compagnons, STaïpoi : Achille a 
Patrocle ; Idoménée, Mérion; Dio- 
mède,Sthénélus. Acha te, après avoir 
allumé le feu, a rejoint le héros et 
lui sert d'écuyer. 

3. Fundat : il attendit qu'il ait 
abattu ; voy. p. 194, n. \k(serpanl). 

— Humo : datif, in humum; ils 
sont jetés sur le sol. 

4. Cf. Hom., Od., IX, 156-158. 

5. Deinde se rapporte à dividit. 

— Cadis : datif, in cados. 

6. Acestes : fondateur ou pre- 
mier roi de la ville de Ségeste, à 
l'ouest de la- Sicile. Thucydide, VI, 
•>, 3, attribue déjà l'établissement de 
cette ville à des Troyens fugitifs. 
Postérieurement, on a rattaché de 
diverses manières le héros à la lé- 
gende troyenne. Virg., V, 38, en 
fait le fils d'une Troyenne et du 



fleuve sicilien Crinisus. Vo\ .111,707. 

7. Trinacrin : à cause des trois 
promontoires qui terminent la Si- 
cile, Paehinum, Pélore, Lilybée 
ft'peïç ay.pat). — Héros : voy. la 
p. 651, n. 3. 

8. Le discours qui suit est imité 
de VOd., XII, 208. Mais Ulysse ne 
rappelle les maux anciens que pour 
ranimer la confiance de ses compa- 
gnons en sa propre intelligence, en 
son habileté qui les a tirés d'em- 
barras. Enée exprime une résigna- 
tion presque chrétienne dominée par 
la foi aux destins et aux oracles. 
Cf. Ilor., Od., I, 7, 25-32. 

9. Ante se rapporte comme un 
adjectif à malorum. Cet -usage de 
l'adverbe, facile en grec à cause de 
l'article (xà irpiv xaxà), n'existe 
d'ordinaire dans la prose classique 
que si le substantif est au nominatif 
ou à l'accusatif (cf. 181). — Enim 
suppose une idée comme : « Je fais 
appel à vos souvenirs ». 

.40. Voy. p. 51, n. 3. — Peni- 
tus, dans leurs profondeurs. 

11. Acceslis : accessistis; syn- 
cope très rare à la 2 e personne du 
pluriel (Ennius, seripstis ; Silius, 



252 



L'ENÉIDE: 



Experti : revocate animos maestumque timorem 
Mittite ; fors an * et haec olim meminisse juvabit. 
Per varios casus, per tôt discrimina rerum, 
Tendimus in Latium sedes ubi fata quietas 205 

Ostendunt; illic fas régna resurgere Trojae. 
Burate 2 , et vosmet rébus servate secundis. » 
Talia voce refert, curisque ingentibus aeger 
Spem vultn simulât 3 , prenait altum corde dolorem. 
Illi se praedae accingunt dapibusque futuris : 210 

Tergora diripiunt 4 costis et viscera nudant; 
Pars in trusta sécant 5 veribusque trementia figunt ; 
Litore aliéna locant alii flammasque ministrant. 
Tnm victu revocant vires fusique per herbam 
Implentur veteris Bacchi 6 pinguisque ferinae. 215 

Postquam exempta famés 7 epulis mensaeque remotao, 
Amissos longo socios sermone requirunt, 
Spemque metumque inter dubii, seu vivere credant 8 , 



profracclis); plus fréquente à la 2 e 
du singulier (surtout dixli, qui est 
dans Cicéron). Voy. p. 431, n. 6. 

— Scopvlos : voy. p. 235, n. 5. — 
Cyclopea : voy. III. 570-691. 

1. Forsan n'est guère employé 
que chez les poètes. L'indicatif en 
fait un véritable adverbe, tandis que 
forsitan (fors sil an) est dans la 
prose classique accompagné du sub- 
jonctif de l'interrogation indirecte. 
_ Cf. Hom., Od:, XV, 398-400 ; 
Euripide dans Aristote, Hhét., I, 9, 
et Cic., Fin., II. 105. 

2. TAfjte çttoi (IL, II, 299). 

3. Simulai : « Et sous un front 
serein déguisant mes alarmes. » 
(Racine. Phèdre, IV, 6 ; v. 1249). — 
Corde : IV, 332 : « Curam sub corde 
premebat». «au fond de son cœur ». 

4. Diripiunt : marque la hâte et 
le grand nombre d'hommes qui 
écorchent dans des sens différents. 

— Viscera : l'intérieur, la viande; 
voy. p. 218, n. 5. 

g. Sécant : voy. p. 129. n. 9 (sur- 



gunl) ; cf. illi. — Hom., //., I, 459. 

6. Bacchi: le vin: le génitif avec 
les verbes et les adjectifs d'abon- 
dance ou de disette est limité dans 
la prose classique (Cic, Ver., II, i. 
119, implevit rerum; Ces., B. G., 
VI, 11, 4, auxilii egeret). Virgile 
emploie toujours implere avec 
l'ablatif et (mpleri (se rassasier) 
avec le génitif. 

7. Formule homérique (Od., IV, 
68; etc.). — Mensae remotae : ex- 
pression figurée; cf. 214. — Inter : 
voy. p. 102, n. 2. 

8. Seu credant : suivant qu'ils 
croient ou qu'ils vivent ou qu'ils 
ont péri (extrema paii); cf. Ces., 
B. G., VII, 32, 2. Seu...sive corres- 
pond à si aut... aut. Le subjonctif 
est employé parce que Virgile rap- 
porte leurs paroles (voy. T. Live, 
XXIII, 19, 4, cité par Riemann. 
Synt. lat., § 232); ils disaient : 
« Je crois qu'ils vivent ». ou : « Je 
crois qu'ils parviennent au terme 
de leurs souffrances ». 



LIVRE I. 



253 



220 



225 



Sive extrema pati nec jani exaudire vocales 1 . 
Praecipue pius Aeneas nunc acris Oronti 2 , 
Xunc Amyci 3 casum gémit et crudelia secuni 
Fata Lyci fortemque Gyan fortemque Cloantlutm. 
Et jam finis erat, cum Juppiter aelhere suninio 
Despiciens mare velivolum 4 terrasque jacentes, 
Litoraqueet latos 5 populos, sic vertice c-aeli 
Gonstitit et Libyae defixit lumina regnis. 
Atque 6 illum taies jactantem pectore curas 
Tristior et lacrimis oculos suffusa 7 nitentes 
Alloquitur Venus : « qui res hominumque deunique 
Aeternis régis imperiis 8 et fulmine terres. 230 

Quid meus Aeneas in te committere tant uni, 
Quid Troes potuere, quibus tôt funera passis 
Cunctus ob Italiam 9 terrarum claudilur orbis? 
Certe hinc 10 Romanes olini, volvenlibus annis, 



4. Vocalos : vuy. III, oh. 

2. Oronti : génitif de Oronles ; 
voy. p. 238, n. 9. 

3. Amycus est frère de Diorès 
(XII, 509), lequel est lils de Priam 
(V, 297). Cyas est, d'après Senius. 
l'origine de la gens Gegania (V, 
118); Cloanthe, d'après Virgile, V, 
122, l'origine des Cluentii. Ces noms 
ne sont connus que par Virgile, 

4. Velivolum : parmi les nom- 
breux mots composes créés par les 
poètes archaïques, un des rares 
que les poètes classiques (Lucrèce, 
Ovide) aient conservés. D'abord 
dans Livius Andmnicus. 

5. Latos : laie habitantes. — 
Sic résume les détails précédents; 
après un participe, cet emploi, ordi- 
naire pour o'jtw? en grec, parait 
poétique ou familier en latin pour 
sic et ita. Voy. p. 316, n. 9, — 
Regnis : voy. p. 149, n. 6. 

6. Atque : voy. p. 54, n. 6. — 
Taies : en rapport avec la situation 
d'Enée en Libye. 

7. Suffusa : dans la langue poé- 



tique, le participe peut avoir le >rns 
réfléchi (du moyen grec) : « s étant 
baigaé <>, et recevoir un complément 
direct, oculos ; XI, 877 : percussae 
pectora, « s'étant frappé la poi- 
trine », Cet accusatif a une grande 
extension et s'applique à des locu- 
tions où le sens réfléchi ne peut être 
admis que par ligure (IV, 6'i' ( ). Cette 
extension est facilitée par l'usage 
de l'ace, grec (p. 260, n. 3). — 
Nitentes : « Triste, levant au ciel 
ses yeux mouillés de larmes | Qui 
brillaient au travers des (lambeaux 
et des armes » (Racine, B rit., II, 2, 
v. 387). 

8. Aeternis imperiis : l'idée phi- 
losophique des lois éternelles est 
ajoutée à l'élément mythologique 
donné parjlom., Od., XX, 112. Le 
vers 231 est inspiré par 17/., IV, .il. 

9. Ob Italiam : littéralement 
« devant l'Italie », pour les empê- 
cher d'arriver jusqu'en Italie. — 
Clauclitur : Cicéron emploierait le 
subjonctif pour exprimer la cause. 

40. Hinc : ab his Trojanis. — 



254 



L'ENEIDE. 



Hinc fore ductores l revocato a sanguine Teucri, 
Qui mare, qui terras omni dicione tenerent, 
Pollicitus 2 : quae te, genitor, sententia vertit? 
Hoc equidem occasum Trojae tristesque ruinas 
Solafear, fatis contraria fata rependens ; 
Nunc eadem fortuna viros tôt casibus actos 240 

Insequilur. Que m clas fine m, rex magne, laboruni? 
Antenor 3 potuit, mediis elapsus Acliivis, 
Illyricos penetrare 4 sinus atque intima tutus 
Régna Liburnorum 5 et fontem superare Timavi, 
Unde per ora novem vasto cum murmure montis 245 
It mare 6 proruptum et pelago prenait arva sonanti : 
Hic 7 tamen ille urbem Patavi sedesque locavit 



235 



Volventibus : sens réfléchi ou 
moyen ; voy. p. 244, n. 8. et 
Hiemaun, Synt. lai., § 133 a, 1°; 
£spiitXoûév(i)v êvtotuxûv (Hom., 
Od., 1,16). Cf. Géora., II, 402. 

4. Ductores : aliusion aux Cé- 
sars. — Revocato : cf. l'image bi- 
blique : « El de David éteint ral- 
lumé le flambeau » (Athalie, I, 2, 
v. 282). — Teucri : Teucer, fils du 
fleuve Scamandre et de la nymphe 
il u mont Ida (Idaea) fut le premier 
roi de la Troade, d'après une version 
de la légende troyenne. Sa fille, Ba- 
teia, épousa Dardanus, ancêtre 
d'Enée (voy. p. 170, n. 10). De là le 
nom de Teucri donné aux Troyens. 

2. Pollicitus : es. 

3. Anténor est un des sages 
vieillards de Troie ; il veut que l'on 
garde la foi jurée aux Grecs et con- 
seille de leur renvoyer Hélène avec 
ses trésors. Ce rôle impartial que 
lui donne l'Iliade, a été plus tard 
exagéré ; Lycophron et les auteurs 
postérieurs en font un traître. Les 
ménagements qu'il eut pour les 
Grecs lui valurent d'être épargné. 
Avec ses fils et les Enètes, peuple 
de Paphlagonie dont les Grecs 
tuèrent le chef sous les murs de 
Troie (II., II, 852), Anténor passa 



en Thrace, eu Illyricum, puis en 
Vénétie: on lui attribuait surtout 
la fondation de Padoue. 

4. Penetrare, dans la langue 
classique, se construit avec l'accu- 
salif et in ou ad; anciennement, on 
disait penetrare se ou penetrare 
pedem in aliquem locum. 

5. Ce peuple, qui paraît s'être 
étendu sur les deux côtes de l'Adria- 
tique, était, au temps de Virgile, 
réduit à un canton de la Dalmatiej 
avec Jader pour capitale. — Timavi: 
voy. p. 61, n. 7. Ora novem sont 
les sources dont la réunion forme 
ce cours d'eau. 

6. Mare : apposition au sujet : 
quand 1er volume de ces sources 
augmentait, le Timave débordait, 
et, par suite de quelque communica- 
tion avec la mer, l'eau prenait un 
goût saumâtre. Aussi, d'après Var- 
ron (dans Servius), les gens du pays 
appelaient le Timave mare. Cette 
description montre quelles difficul- 
tés Anténor a dû vaincre et devient 
un argument dans la bouche de Vé- 
nus. Ainsi s'explique tamen : mal- 
gré cela cependant. 

7. Hic : en réalité plus au midi. 
— Patavi : génitif de Patavium 
au lieu de l'apposition. 



LIVRE I. 255 

Tcucrorum et genti nomen 1 dédit armaque fixit 

Troïa; nunc placida compostus 2 pace quiescit. 

Nos, tua progenies, caeli quibus annuis arcem, 250 

Navibus (infandum!) amissis, unius 5 ob iram 

Prodimur atque Italis longe disjungimur oris. 

Hic pietatis honos? sic nos in sceptra reponis ? o 

Olli 4 subridens hominum sator atque deorum 
Vullu quo caelum tempestatesque serenat 5 , 255 

Oscilla 6 libavit natae 7 ; dehinc talia fatur 8 : 

« Parce metu, Cytherea 9 ; mancnt immota tuoruni 



i. Nomen : les Anciens identi- 
iiaient les Vénètes gaulois d'Italie 
et les Enètes paphlagoniens au nom 
desquels ils attribuaient un di- 
gamma (Fsvexot)- 

2. Compostus : voy. p. 197, n. 7. 
Componere se dit de l'ensemble des 
cérémonies funèbres et spécialement 
de l'acte de recueillir les cendres et 
de déposer l'urne cinéraire dans le 
tombeau ; voy. Horace, Sat., 1, 9, 28. 
Anténor est un simple mortel, qui 
a des honneurs funèbres. Enée est 
un héros qui recevra les honneurs 
célestes : tua progenies, quibus 
caeli adnuis arcem (cf. v. 250). En 
disant nos, Vénus parle en avocat 
qui se confond avec sa partie. Cette 
opposition entre Anténor et Enée 
est un nouvel-argument. — Cf. Var- 
ron de l'Atax, cité p. 623, n. 3. 

3. Unius : Junon. Par une ironie 
sensible seulement au lecteur, Vir- 
gile rappelle unius ob noxam{k\). 
Noter la différence de prosodie. — 
Hic, en accord très régulier avec 
honos ; voy. p. 386, n. 3. 

4. Olli : datif de olle (ollus), 
olla, synonyme de ille, dont En- 
nius et Virgile n'emploient que olli 
(dat. sg. et nom. plur.) et ollis 
(dat.-abl. plur.) ; Lucrèce n'a que 
ollis. Les autres cas n'apparaissent 
que rarement et seulement dans des 
textes juridiques ou administratifs 
très anciens. Il n'y a aucun exemple 
cliez les poètes dramatiques. Quint., 



VIII, 3, 2'., dit de l'archaïsme : ■■ Eu 
ornamento acerrimi judicii P. Ver- 
gilius unice est usus. Olli etiam et 
quianam [voy. V, 13] et moo-us 
[murus ; voy. X, 24] et pone [voy. 
II, 208] et porricerent [voy. V, 776] 
adspergtmt illam, quae etiam in pic- 
tuiis est graiissima, vetustatis ini- 
mitabilem arti auctoritatem. j> Cf. 
adorca (note sur VII, 109), ast 
(p. 240, n. 4), fatur (p. 246, u. 
12), reor (p. 293, n. 2), etc. — 
D'après Serviii>, olli serait ici un 
adverbe, synonyme de tune. Le da- 
tif convient mieux au sens. 

5. Ennius, cité par Servius : 
« Juppiter hic risit : tempestatesque 
serenae | riserunt omnes risu Jovis 
omnipotentis ». Cf. avec subridens, 
Uom.,IL, VIII, 38. 

6. Oscula : voy. p. 165, n. 4. — 
Libavit : eflleura. 

7. Natae : génitir. D'après une 
légende, Vénus était fille de Zeus 
et de Dioné, fille de l'Océan et de 
Thétis. Cf. III, 19. Voy. une autre 
légende, p. 486, n. 2. — Dehinc : 
voy. p. 246, n. U. 

8. Le discours de Jupiter est très 
important; il révèle le but de l'ac- 
tion du poème : moenia Romae 
(v. 7). 

9. Cytherea : de Cythère, île si- 
tuée au sud du Péloponnèse (Cerigo) 
et consacrée à Vénus. Cette qualifi- 
cation est devenue un nom de la 
déesse dans Homère; Virgile l'accré- 



256 



LENE1DE. 



Fala libi ; cornes urbeni et proruissa Lavini 1 
Moenia sublimemque feres ad sidéra caeli 2 
Magnanimum Aenean, neque me sententia vertit. 260 
Hic 3 tibi (fabor enim, quando haec le cura remordet, 
Longius et volvens fatorum arcana movebo) 
Bellum ingens geret Italia 4 populosque féroces 
Contundet moresque viris et moenia ponet, 
Tertia dum Latio regnantem viderit 5 aestas 6 
Ternaque 7 transierint Rutulis hiberna subactis. 
At puer Ascanius, cui nunc cognomen Iulo 8 
Additur (Ilus erat, dum res stetit Ilia regno) 9 , 
Triginta magnos volvendis mensibus orbes 10 
Imperio explebit regnumque ab sede Lavini 11 



265 



270 



dite dans la poésie latine. — Melu 
est un datif; voy. p. 209, n. 10. 

4. Lavini : plus fréquent que 
Lavinii. Voy. p. 235, n. 4. 

2. Ennius'(dans Var.,L. Av.. VII, 
6; Oy., Met., XIV, 814; F., II, 
■i87) : «Unus prit quëm tu toiles in 
càeruja fiâeli | templa ».('■(. p. 25;», 
h. 2. 

3 Hic : Enéo. — Tibi inarque 
l'intérêt que doit y prendre Vénus 
(datif de sentiment). — Volvens 
movebo : comme on déroule une 
toile, ou un livre en forme de rou- 
leau, tel que ceHX des Anciens. 

k. Italia : poét. pour in Italia. 

5. Viderit : après dum, « jus- 
qu'à ce que », se rapportant à l'ave- 
nir, le futur antérieur exprime 
l'idée de l'action accomplie (Rie- 
mann, Sijnt. lot., § 214). 

6. Aestas : la partie prise pour 
le tout. 

7. Terna : le nom de nombre dis- 
tri but if n'a pas d'autre valeur que 
le nom de nombre cardinal; cela se 
rencontre chez les poètes et quel- 
ques prosateurs (Riemann, Synt. 
lai.., § 8, r. 4). — Rutulis : datif. 
Les Rutules, peuple du Latium, 
attaquèrent les Troyens à l'instiga- 
tion de leur roi Turnus. Cette lutte 



est le sujet des derniers livres de 
V Enéide. 

8. Iulo est au même cas que 
oui, tandis qu'en français nous 
disons : le nom de Iule (voy. p. 
346, n. 4). L'accord en ce cas se fait 
avec le sujet logique. 

9. Etymologie imaginée pour rat- 
tacher Iulus aux Troyens. Le Ps.- 
Servius dit que J. César fut le pre- 
mier à donner le nom de Iule à 
Ascagne. Ilus est le nom d'un fds 
de Tros; voy. p. 172, n. 1, Le nom 
de Iulus, éponyme des Julii, est 
latin. On faisait entrer ce person- 
nage dans la légende troyenne, soit 
en l'identifiant avec Ascagne, comme 
fait Virgile, soit en le donnant pour 
frère ou pour fils à Ascagne. — 
Regno : par la royauté, sous forme 
de royaume (ablatif de manière). 

10. Orbes magnos, des années; 
volvendis mensibus, par le dérou- 
lement (voy. p. 148, n. il) des 
mois; le participe a la valeur d'un 
présent moyen. Enée régnera trois 
ans; Ascagne, trente; les rois 
albains, trois cents; Rome, tou- 
jours. Cette chronologie est pure- 
ment symbolique. Virgile ne parle 
pas ici de Silvius. Voy. p. 550, n. 2. 

14. Lavini : voy. la n. t. 



LIVRE I. 



257 



Transferet et Longam milita vi muniet Albam 1 . 
Hic 2 jam ter centum totos regnabitur annos 
Gente sub Hectorea 3 , donee regina sacerdos, 
Marte gravis, geminam partu dabit Ilia prolem. 
Inde lupae fulvo nutricis tegmine laetus 275 

Romulus excipiet gentem 4 et Mavortia condet 
Moenia Romanosque suo de nomine dicet. 
His ego 5 nec metas rerum nec tempora pono : 
Imperium sine fine dedi. Quin aspera Juno, 
Quae mare nunc terrasque metu 6 caelumque fatigat, 280 
Gonsilia in melius referet mecumque fovebit 
Romanos, rerum dominos, gentemque togatam 7 . 
Sic placitum. Veniet lustris labentibus aetas, 
Cum domus Assaraci 8 Phthiam clarasque Mycenas 
Servitio premet ac victis dominabitur Argis 9 . 285 

Nascetur pulchra Trojanus origine Caesar, 
Imperium Oceano, fa ma m qui terminet astrrs, 



1. Albam : voy. p. 236, rr, 3. 

2. Hic : à Albe. — Jam : dès 
lors". ■ — Ter centvm : voy. p. 
264, n. 2. — Regnabitur : imper- 
sonnel. 

3. Heclorea : Trojana. — lie- 
gina sacerdos : une prêtresse de 
sang royal; RhéaSilvia, fille du roi 
d'Aîbe, Numitor, qui était vestale. 
Elle eut de Mars deux jumeaux, 
Romulus et Rémus, les fondateurs 
de Rome. Elle s'appelle aussi llia, 
nom par lequel on semblait la ratta- 
cher aux Troyens. 

4. Excipiet gentem : succédera 
à la race d'Enée, en la continuant. 
Tout l'objet de ce discours est de 
montrer comment Troie renaîtra et 
sera perpétuée par Rome. 

5. Ego : Jupiter lui-même, le 
dieu du Capitule, se donne comme 
l'auteur de l'éternité de l'Empire. 
Dans les derniers siècles, le nom 
officiel de Rome est urbs aeterna. 

6. Metu : à cause de la crainte 
qu'elle éprouve (23); plutôt que ; 



la erainh' 



cherche 



par la craini»' qu 
inspirer. 

7. Ce vers caractéristique a été 
appliqué ironiquement par Auguste 
à une assemblée où les Romains 
étaient en manteau de couleur som- 
bre (paenida); l'empereur ordonna 
aux édiles de n'admettre personne au 
forum ou au cirque qu'avec la toge 
(Suét., Aug., 40). La toge, costume 
du citoyen romain, est devenue alors 
un habit de cérémonie que l'on met le 
plus rarement possible. Pour faire 
leur cour à Auguste, les rois étran- 
gers la revêtent (Suét., Aug., 60). 

8. Assaraci: voy. p. 170, n. 10. 
— La Grèce assujettie (remarquer 
se}'v/£t'o)en608/l46parlesRomains, 
est représentée par Phthie, patrie 
d'Achille, en Thessalie, Mycènes, 
royaume d'Agamemnon, dans le 
Péloponnèse, Argos, royaume de 
Diomède (voy. p. 238, n. 1). 

9. Il n'y a pas en grec un vers 
d'une ampleur égale; l'hexamètre 
est le véritable vers latin et l'hexa- 



258 



L' ENEIDE. 



Julius 1 , a magno demissum nomen Iulo. 
Hune tu olim caelo, spoliis Orientis onustum, 
Accipies secura ; vocabitur hic quoque votis 2 . 290 

Aspera tum positis mitescent saecula bellis ; 
Cana 3 Fides et Vesta, Remo cum fratre Quirinus 
Jura dabunt ; dirae ferro et compagibus artis 4 
Claudentur Belli portae 5 ; Furor impius intus 6 , 
Saeva sedens super arma et centum vinctus aënis 295 
Post tergum nodis, fremet horridus ore cruento 7 . » 

Haecait, et Maia genitum 8 demittit ab alto, 
Ut terrae utque novae 9 pateant Carthaginis arces 
Hospitio Teucris 10 , ne fati nescia Dido 



mètre latin est le véritable hexa- 
mètre. 

1. Julius : apposition à Caesar; 
nomen, apposition à Julius. On 
rapporte ce passage à Auguste, 
C. Octavius Thurinus, qui, par 
suite de son adoption par son oncle, 
Jules César, s'appelait C. Julius 
Caesar Octavianus. Alors Orientis 
au t. 289 est une allusion à la dé- 
faite d'Antoine et de Cléopâtre der- 
rière lesquels tout l'Orient était 
conjuré; voy. aussi p. 170, n. 1. 

2. Le culte de l'empereur associé 
à la déesse Rome est autorisé 
d'abord à Pergame et à Nicomédie 
en 725/29 ; il se généralise dans les 
provinces. Les citoyens romains 
rendent un culte à Rome et à Jules 
César divinisé, mais non pas à 
l'empereur vivant. En 740/13, Au- 
guste permet que l'on associe son 
génie aux Pénates ou Lares du peu- 
ple romain dans le culte restauré 
des Lares compilâtes; ce culte 
était pratiqué à Rome près de niches 
ou d'oratoires établis aux carrefours 
des rues. 

3. Cana : aux cheveux blancs; 
donc : antique. — Vesta : voy. 
p. 125, n. 9. — Quirinus, voy. 
p. 170, n. 1. Romulus et Rémus 
seront réconciliés. 

4. Ablatifs dépendant de dirae. 

5. Portae : les portes de la guerre 



sont celles de Janus, que l'on fer- 
mait en temps de paix. On disait 
qu'elles n'avaient été fermées qu'une 
fois depuis Numa, en 519/235, après 
la première guerre punique. Au- 
guste était fier de les avoir fermées 
trois fois, en 725/29, quand Vir- 
gile commençait l'Enéide, puis en 
729/25, enfin après la mort du 
poète, probablement en 746/8. Sur 
Janus, voy. p. 577, n. 4. 

6. Intus : en fermant les portes 
de Janus,. les uns disaient qu'on 
gardait la Paix, pour qu'elle ne 
quitte pas les Romains; d'autres, 
la Guerre, pour qu'elle ne sorte pas. 
Virgile s'empare de cette dernière 
idée et la modifie : Furor impius 
est la Folie sacrilège des discordes 
civiles. 

7. Le Ps.-Servius rapporte que 
Virgile s'est inspiré d'un tableau 
célèbre d'Apelle qu'Auguste plaça 
sur son forum, dédié en 752/2. 
Ce tableau représentait Alexandre 
triomphant sur un char, traînant la 
Guerre, les mains liées derrière le 
dos (PI., N. H., XXXV, 27 et 93). 

8. Maia genitum : Mercure 
(Hermès); voy. p. 107, n. 5. Sur cet 
épisode, voy. "p. 277, n. 3. 

9. Novae : inconnues d'Enée; cf. 
307. 

10. Hospitio Teucris : double 
datif de destination. 



LIVRE 



259 



Finibus arceret 1 . Volât ille per aéra magnum 300 

Remigio alarum ac Libyae citus adstitit oris. % 
Et jam jussa facit ponuntque ferocia Poeni 
Corda, volente deo; in primis regina quietum 
Accipit in Teucros animum mentemque benignam. 

At pius a Aeneas, per noctem plurima volvens, 305 
Ut primum lux aima data est, exire locosque 
Explorare novos, quas vento accesserit oras 3 , 
Qui teneant (nam inculta videt 4 ), hominesne feraene, 
Quaerere constituit, sociisque exacta 5 referre. 
Glassem in convexo nemorum 6 , sub rupe cavata, 310 
Arboribus clausam circum atque horrentibus umbris 
Oeculit; ipse uno graditur comitatus 7 Achate, 
Bina 8 manu lato crispans hastilia ferro. 
Gui mater média sese tulit obvia silva 9 , 
Virginis os habitumque gerens 10 et virginis arma 315 
Spartanae, vel qualis 11 equos Threïssa fatigat 



1. Arceret : demittit, présent 
historique, peut être suivi de arceat 
ou de arceret; le mélange des 
temps (paleant) n'est ordinaire que 
dans le style indirect. — Remigio 
alarum : voy. p. 495, n. 3. 

2. Pius : voy. p. 236, n. 5. — 
Plurima volvens : Hom., It.,X,k. 

3. Quas oras : ad quas oras 
dans la prose classique. 

4. Videt : la finale brève est 
allongée devant la césure. — Ho- 
minesne feraene : ne répété dans 
chaque terme de la double interro- 
gation, au lieu de ne... an..., est 
en prose rare dans l'interrogation 
indirecte (Ces., B. G., VII, 14, 8), 
très rare dans l'interrogation di- 
recte. 

5. Exacta : les résultats de son 
enquête. Dans Hom., Od.,X, 144, 
cette exploration a lieu avant la 
chasse du cerf et en est l'occa- 
sion. 

6. Nemorum : voy. p. 125, n. 5. 
— Le vers 311 est répété, III, 230. 



7. Comitatus -Aecomitor. Ovide 
et Properce ont comito ; mais co- 
mitatus a le sens passif comme 
beaucoup de participes de verbes 
déponents (Cic, Cat., II, 4; Cael., 
34). — Uno : voy. p. 137, n. 5. — 
Achate : cf. p. 251, n. 2. 

8. Bina : expression d'Hom., IL, 
XII, 298 (ib., III, 18, etc.); ces traits 
sont pris par paires. — Crispans : 
balançant. — Vers répété. XII, 165. 

9. Cette rencontre d'Enée avec 
Vénus est imité d'Hom., Od., VII, 
19 et XIII, 221 : Minerve apparaît à 
Ulysse pour le guider. 

40. Gerens : prenant en apparence. 

11. Spartanae : virginis Spar- 
tanae vel virginis talis qua- 
lis..., c.-à-d. Spartanae vel Threïs- 
sae. L'éducation virile des jeunes 
Lacédémoniennes était célèbre : 
« Quibus magis palaestra, Eurotas, 
sol, pulvis, labor | militiae studio 
est quam fertilitas barbara » (Poète 
tragique cité par Cic, Tusc, II, 



im 



L'ENEIDE. 






H&rpalyce* volucremque fuga praevertitur Hcbrum 
Namque ymieris de more habilem suspenderat arcum 
Venatrix dederatque comam dilïundere 2 ventis, 
Nuda genu 3 nodoque sinus collecta 4 fluentes, 320 

Acprior: « Iléus, inquit, juvenes,- monstrate, mearum 
Vidislis si quam hic errantem forte sororum, 
Succinctam phare tra et maculosae tegmine lyncis, 
Aut 5 spumantis apri cursum clamore prementem. » 

Sic Venus ; et Veneris contra sic filius orsus 6 : 325 
« Nulla luarum audita mihi neque visa sororum, 
0, quam te mcmorem 7 ? virgo : namque haud tibi vultus 
Mortalis 8 , nec vox hominem sonat; o, dea certe : 



1. Harpalyce : héroïne connue 
par ce passage. Le Ps. -Servais et 
le mythographe Hygin, à l'occasion 
de Virgile, racontent son histoire. 
Fille d'un roi de Thrace et élevée 
en guerrière pour succéder à son 
père, celui-ci se fit haïr pour sa 
dureté; il fut chassé et tué. Harpa- 
lyce s'enfuit dans les bois et vécut 
de chassé et de rapines. Sa rapidité 
à la course (fu<ja), supérieure à 
celle de tous les chevaux, la déro- 
bait aux poursuites. Les paysans 
finirent par la prendre dans un filet, 
comme un cerf, et la mirent à mort. 
Aussitôt, ils se disputèrent un 
chevreau qu'elle avait prisets'entre- 
tuèrent. En expiation, ils se ren- 
daient auprès de sa tombe et se li- 
vraient à un combat simulé. D'après 
une autre version de la légende, 
Harpalyce avait arraché son père 
prisonnier à ceux qui le gardaient, 
Gètes ou Myrmidons, avec une telle 
célérité qu'on la comparait aux 
fleuves les plus rapides. — Hc- 
brum : l'Hèhre (Maritza, voy. p. 85, 
n. 7), rapide dans sa partie supé- 
rieure. 

2. Diffundere : diffundendam; 
voy. p. 24-2, n. 2. 

3. Genu : accusatif indiquant la 

Ïiartie du corps ou d'un objei à 
aquelle convient telle manière 



d'être. Cet accusatif a été développé 
par les poètes à l'imitation du grec 
et a pénétré en prose. 11 sert même à 
marquer une relation avec un sub- 
stantif quelconque : « Qui genus 
(estis)? » (VIII, 114), « Qui êtes- 
vous pour ce qui est de la race ». 

4. Collecta : ce participe prend en 
latin un sena réfléchi, marquant que 
le sujet fait l'action sur soi; la cons- 
truction est donc la même qu'au 
v. 228 (voy. p. 253, n. 7), et sinus 
est un complément direct. Nous ne 
pouvons ici rendre l'idée réfléchie : 
« ayant rassemblé (sur elle) les 
plis ». — Fluentes : pour le mou- 
vement de ces draperies qui coulent 
comme mouillées, voy. la Diane de 
Gahies. 

5. Aut oppose errantem et pre- 
mentem; le v. 323 ajoute une des- 
cription comme entre parenthèses. 

6. 0)'8us : est; de brdiov. — 
Noter le mouvement de la phrase 
suivante, avec ses hésitations et ses 
reprises. Virgile ne trouvait qu'une 
indication dans Hom., Od., VI, 149- 
150. — Audita (est); visa(esl), pas- 
sif. — Mihi : voy. p. 267, n. 7. 

7. Memorem : subjonctif délibé- 
ratif qui marque qu'on est dans le 
doute sur la résolution qu'on doit 
prendre. 

8. Mortalis : est. — Hominem 



LIVRE 



261 



An Phoebi soror 1 ? an Nympharum sanguinis una? 
Sis felix, nostrunique levés, quaecu nique, laborem, 
Et, quo sub caeJo tandem, quibus orbis in bris 331 
Jactemur, doceas. Ignari hominumque locorumque 2 
Erramus, vento hue et vastis fîuctibus acti. 
Multa tibi ante aras nostra cadet hostia clextra 3 . » 

Tum Venus: « Haud equidem tali me dignor honore : 
Virginibus Tyriis mos est gestare pharetram 336 

Purpureoque alte suras vincire cothurno. 
Punica régna vides, Tyrios et Agenoris 4 urbem 3 , 
Sed fines Libyci 6 , genus intrac tabile bello. 
Imperium Dido 7 Tyria régit urbe profecta, p 340 



la nature humaine; VI, 50: o Ne* 
mortale sonans ». 

1. Phoebi soror : Diane. — Fé- 
lix : voy. p. 40, n. 8. — Quae- 
cumque : es. Voy. p. 430, n. 3. 

2. Locorumque" : la finale g'é- 
lide devant erramus ; voy. p. 113, 
n. 1. 

3. Cf. Hom., Od., XVI, 183-185. 

4. Agenoris : héros venant 
d'Argos, dont le nom se propage 
en Etolie, en Arcadie, en Orient, 
d'où il revient pour marquer les 
colonies d'origine phénicienne. Il 
entre ainsi dans les généalogies 
destinées à expliquer ces fondations. 
Il passait pour le premier roi de Si- 
don ou de Tyr. On fait d'Agénor 
tantôt le frère tantôt le fils de Re- 
lus, qui est dans Virgile le père de 
Didon. Tyrios désigne d'une ma- 
nière générale les Phéniciens. Tan- 
dis que les Anciens plaçaient la 
fondation de Tyr un an "avant la 
prise de Troie, ils fixaient celle de 
Carthage eh 853 ou 813, trois siècles 
ou trois siècles et demi après. Une 
discussion sur cette chronologie de 
légendes ne petit mener à aucun 
résultat. Virgile suit Névius sur 
Didon. 

5. Urbem équivaut à civitatem. 
« état, royaume », qui n'entre pas 
dans l'hexamètre. 



6. Libyci : sunt', la contrée est 
la Lybie. /./////''s,les Libyen-, e>t 
implicitement contenu dans cette 
phrase, ce qui explique l'apposition. 
Cf. IV, 40 : « Hinc Getulae urbes, 
genus insuperabile bello ». 
. 7. Dido : des historiens anciens, 
surtout de Justin, XVIII, 4-5, on 
peut dégager la légende ou l'histoire 
de Didon. Tyr était divisée en deux 
factions politiques, aristocratique 
et populaire, quand mourut un roi 
Mutton (Mattan). II laissait deux 
enfants, Elissar, Elissa dans les 
auteurs classiques, l'aînée: et Pyg- 
malion. L'élément populaire exclut 
du trône Elissar, qui épousa Sichar- 
bas (Zicharbaal), nom donné par 
Servius (v. 3'+3) au personnage que 
Virgile appelle Sychée. Pygmalioo 
fit assassiner Zicharbaal. Elissar, 
pour le venger, devint l'âme du parti 
aristocratique et tenta d'une cons- 
piration. Mais le parti démocratique 
était trop puissant. Les patriciens 
s'emparèrent de vaisseaux qui se 
trouvaient dans le port et allèrent 
fonder en Afrique, vers 813, une 
nouvelle Tyr, exactement la Ville- 
Neuve, Qarth-hadchat. Leur conduc- 
trice, Elissar, reçut de cette aven- 
ture le surnom de Didon, qui 
signifierait « l'errante ». Sur la fin 
de Didon, voy. p. 394, n. 10.; 



262 



L'ENÉIDE. 



Germanum fugiens. Longa 1 est injuria, longae 
Ambages; sed summa sequar fastigia rerum. 
Huic conjunx Sychaeus erat, ditissimus agri 2 
Phoenicum 3 , et magno miserae dilectus amore; 
Gui pater 4 intactam dederat primisque jugarat 
Ominibus 5 . Sed régna Tyri germanus habebat 
Pygmalion 6 , scelere ante alios immanior omnes. 
Quos 7 in ter médius venit furor. Ille Sychaeum 
Impius ante aras 8 , atquc auri caecus amore, 
Clam ferro incautum superat, securus amorum 
Germanae; factumque diu celavit, et aegram, 
Multa malus simulans, vana spe lusit amantem: 
Ipsa sed in somnis inhumati venit imago 
Gonjugis, ora modis attollens pallida miris 9 ; 
Crudeles aras trajectaque pectora ferro 
Nudavit, caecumque 10 domus scelus orane retexit. 
Tum celerare fugam patriaque excedere suadet, 
Auxiliumque 11 viae veteres tellure recludit 
Thensauros, ignotum argenti pondus et auri. 
His commota, fugam Dido sociosque parabat. 360 

Conveniunt quibus 1 - aut odium crudele tyranni, 



345 



350 



355 



1. Longa : à raconter. En met- 
tant ce récit dans la bouche de 
Vénus, au lieu de le placer dans 
celle de Didon, Virgile s'est mé- 
nagé la facilité de l'abréger. — Est : 
voy. p. 393, n. 6. 

2. Agri : voy. p. 252, n. 6. 

3. Phoenicum : dépend de ditis- 
mus. — Miserae : complément du 
participe; voy. p. 267. n. 7. 

4. Pater : Belus; voy. v. 621. 

5. Primis ominibus : un pre- 
mier mariage. Le rit initial du ma- 
riage romain est une prise d'aus- 
pices, qui se faisait primitivement 
par l'observation des oiseaux, le 
plus souvent par l'inspection des 
entrailles d'une victime (IV, 64). 
— Régna : pluriel poétique qui 



donne plusd'ampleur à l'expression. 

6. Voy. le III e livre de Téléma- 
que. — Ante alios omnes : péri- 
phrase poétique équivalant au su- 
perlatif: voy. p. 294, n. 1. 

7. Quos : Pygmalion et Sychée. 

— Inter : après son régime; voy. 
p. 102, n. 2. 

8. Aras : l'autel domestique ; 
cf. IV, 21. — Superat : accable. 

9. Voy. Georg., I, 477. 

10. Caecum : caché ; voy. p. 97, 
n. 3. — Domus : de sa maison. 

11. Auxilium viae : apposition à 
thensauros, ut sit auxilium viae. 

— Tellure (ablatif d'origine) reclu- 
dit ; il révèle la place : c'est comme 
s'il les déterrait lui-même. 

12. Quibus : ii quibus. • 



LIVRE I. 



263 



Aut metus acer erat; naves, quae forte 1 paratae, 
Corripiimt onerantque. auro. Portantur avari 
Pygmalionis' 2 opes pelago 3 ; dux femina facti. 
Devenere locos 4 , ubi nunc ingentia cernes 365 

Moenia surgentemque novae Karthaginis arcem, 
Mercatique 3 solum, facti de nomine Byrsam, 
Taurino quantum possent circumdare tergo. 
Sed vos qui tandem? quibus aut 6 venistis ab oris? 
Quove tenetis iter? » Quaerenti talibus ille 370 

Suspirans imoque trahens a peclore vocem : 

« dea, si prima repetens 7 ab origine pergam 
Et vacet annales 8 nostrorum audire laborum, 
Ante 9 diem clauso componet Vesper Olympo. 
Nos Troja 10 antiqua, si vestras forte per aures 375 
Trojac nomen iit, di versa per aequora vectos 
Forte sua 11 Libycis tempeslas appulit oris. 
Sum pius 12 Aeneas, raptos qui ex hoste Pénales 



1. Forte rend souvent dans une 
description ou un récit l'idée de 
« se trouver » ; « qui se trouvaient 
prêts », paratae (erant). Cf. 
Tuy/âvo) avec un participe. Par 
suite* cet adverbe pourra suggérer 
l'idée de « justement », et enfin 
celle d'un événement fatidique (voy. 
p. 508, n. 5). 

2. Pygmalionis : qu'il avait 
convoitées (désir exprimé par ava- 
ri). 

3. Pelago : datif ; voy. p. 237! n. 7. 

4. Locos : in locos; voy. p. 235, 
n. 5. — Cernes : plus vif que 
cernas. Ils sont média silva($lk). 
Cf. 418 suiv. 

5. Mercati : sunt. — Byrsam : 
nom de la citadelle de Carthage 
(phénicien Bosra, escarpement). 
Pour l'expliquer, les Grecs imagi- 
nèrent un conte fondé sur le sens 
de (ËOpaoc, cuir. Les Tyriens avaient 
acheté à bon compte le sol que 
pouvait embrasser la peau d'un tau- 
reau. Ils la découpèrent en lanières 



très minces et devinrent ainsi maî- 
tres d'un terrain étendu. 

6. Quibus aut : aut quibus. 

7. Repetens est pris absolument. 
Cf. Géorg., IV, 286. Voy. p. 2V,, 
n. 8. — Vacet : impersonnel. 

8. Annales : récit fait année 
par année, suivant la méthode tra- 
ditionnelle des Romains en his- 
toire, 

9. Ante: auparavant. — Compo- 
net : couchera. Ce futur indique 
un fait certain, tandis que pergam 
et vacet expriment une simple hy- 
pothèse. — Vesper : voy. p. 109, 
n. 6. — Clauso : voy. p." 184, n. 3. 

— Cf. Hom., Od., XIV, 196. 

10. Troja : ablatif du point de dé- 
part. — Cf. Hom., Od., XV, 403. 

11. Forte sua : par un hasard qui 
lui est propre. Cf. Géorg., IV, 22. 

— Oris : datif; voy. p. 236, n. 2. 

12. Pius : voy. p. 236, n. 5. — 
Ces vers célèbres définissent le hé- 
ros à la manière d'Homère et des 
poètes tragiques (Soph., Œdipe 



264 



I/ÉNËIDE. 



Classe veho mecum, fama super aethera notus. 
Italiam quaero patriam 1 et genus ab Jove summo. 380 
Bis dénis 2 Phrygium conscendi navibus aequor, 
Matre dea monstrante viam 5 , data fata secutus; 
Vixseptem convulsae undis Euroque supersunt. 
Ipse ignotus, egens, Libyae déserta peragro, 
Europa 4 atque Asia pulsus. » Nec plura querentem 385 
Passa Venus medio sic interfata dolore est : 

« Quisquis es, haud, credo, invisus caelestibus auras 
Vitales 5 carpis, Tyriam qui adveneris urbem, 
Perge modo, atque hinc te reginae ad limina perfer. 
Namque tibi reduces socios classemque relatam 390 
Nuntio et in tutum versis Aquilonibus actam, 
Ni frustra augnrium vani docuere parentes. 
Aspice bis senos 7 laetantes agmine cycnos, 



Roi, 8). Ils sont imités de YOd., 
IX, 19-20, où Ulysse se vante d'être 
connu de tout le monde comme un 
homme madré. 

1. Patriam : Dardanus, le chef 
de la maison royale de Troie (voy. 
p. 170, n. 10), deVient à Rome sous 
l'Empire un « AuSonien». Voy. III, 
167. Ainsi s'explique genus, la 
souche d'où est sortie la famille 
d'Enée, son berceau ; cf. HT, 129 : 
« Cretam proavosque petamus ». 

2. Denis : l'emploi du nombre 
distributif dans les multiplications 
est la règle ; mais ce genre de péri- 
phrase (pour viginti) est poétique. 
Des expressions comme bis sex 
(XI, 9) pour duodeeim sont dou- 
blement irrégulières;, l'emploi du 
nombre cardinal au lieu du distri- 
butif est aussi poétique. 

3. Viam : d'après Varron, Énée 
fut guidé par l'étoile de Vénus de- 
puis le moment où il sortit de Troie 
jusqu'à celui où il se trouva dans 
dans le pays de Laurente. — Data 
fata : les destinées annoncées par 
les oracles : prédictions de l'ombre 
de Creuse (II, 771), oracle d'Apollon 



(III, 94), avertissement des Pénates 
(III, 154), prédiction d'Hélénus (III, 
374)., etc. La route d'Enée est 
jalonnée d'avis célestes. 

4. Europa : la révélation qu'il 
est en Libye lui montre qu'il est 
chassé de l'Europe, -comme de l'A- 
sie. — Querentem : au lieu de 
queri, qui serait régulier ; Virgile 
construit pati comme facere, <t re- 
présenter ». Cf. Hom., H-, VII, 
427. 

5. Auras vitales : expression de 
Lucrèce. — Qui adveneris : le sub- 
jonctif introduit l'idée de cause : 
« puisque tu es arrivé ». 

6. Augurium : Vénus dissimule 
sa divinité en se réclamant d'une 
science humaine. La scène doit se 
passer hors du bois. 

7. Senos : voy. plus haut, la n. 2. 
Oronté a coulé en pleine tempête ; 
Enée a sauvé sept autres vaisseaux ; 
il lui en reste douze à retrouver, 
symbolisés par les douze cygnes. 
Les poètes latins représentent Vé- 
nus dans un char attelé de evgnes 
(Ov., Met., X, 708-^Hor., Od'., III, 
28, 15). Ici l'augure est choisi à 



LIVRE I. 



265 



Aetheria quos lapsa plaga 1 Jovis aies aperto 
Turbabat caelo; nunc terras ordine longo 
Aut capere aut captas jam despectare videntur 2 . 
Ut reduces illi ludunt stridentibus alis, 
Et coetu cinxere polum cantusque dedere 3 , 
Haud aliter puppesque tuae pubesque tuorum 
Aut portum tenet, aut pleno subit ostia vélo. 
Perge modo, et, quate ducit via, derige gressnm. » 

Dixit, et avertens 4 rosea cervice refulsit 
Ambrosiaeque comae divinum vertice 5 odorem 
Spiravere ; pedes vestis defluxit ad imos 6 
Et vera incessu patuit dea 7 . Ille, ubi matrem 405 



395 



400 



dessein ; cf. ^Emilius Macer, mort 
en 738/16, ami de Virgile, auteur 
d'une Omithogonia (cité par Ser- 
vius) : « Cycnus in auguriis nautis 
gratissimus augur : | hune optant 
semper quia numquam mergitur 
undis ». — Laetantes agmine : 
joyeux de s'être reformés en ba- 
taillon. 

4. Aetheria plaga dépend de 
lapsa et équivaut à un ablatif du 
point de départ; aperto caelo équi- 
vaut à un ablatif-locatif. Voy. 
p. 137, n. 5. — Jovis aies : l'aigle. 
Aies est ordinairement du féminin ; 
cependant, XII, 247 : « Fulvus Jo- 
vis aies». 

2. Vers dont le sens était déjà 
discuté dans l'antiquité. On adopte 
le plus souvent l'interprétation de 
Servius : « Ils paraissent ou choisir 
leur place ou déjà regarder d'en 
haut le lieu qu'ils ont choisi ».Mais 
comment peut-on distinguer de 
loin ces deux attitudes ? Ce sens de 
capere, qui va bien avec locum 
(Géorg., II, 230), va moins bien 
avec terras ; capere terras, pour 
ces oiseaux qui viennent du large, 
c'est-à-dire des hauteurs de l'atmo- 
sphère, c'est aborder. Captas des- 
pectare est développé et précisé par 
la suite : une fois posés à terre, ils 
se soulèvent, paraissent à nouveau 



vouloir planer en regardant de haut 
la terre (despectare), font des tours 
dans le ciel (cinxere polum), en un 
mot jouent les ailes battantes. 

3. Dedere : de même cinxere ; 
ces passés, après ludunt, opposent 
des actions isolées à un fait d'ordre 
général dont elles sont comme des 
parties ou des exemples. Il ne faut 
pas chercher entre les membres 
d'une comparaison une symétrie 
mathématique ; car toute compa- 
raison est l'occasion d'un tableau 
peint pour lui-même. 

4. Avertens : pris absolument ; 
voy. p. 244, n. 8. 

5. Vertice : dépend àe spiravere 
et équivaut à a vertice. 

6. Cf. le v. 320. Vénus reprend 
le long vêtement que portent les 
déesses sauf Diane. 

7. Noter l'effet de la ponctuation. 
Quand une pause de sens (un point 
français) se place entre le 4 e et le 
5 e pied, le 4 e pied est un dactyle. On 
appelle cette ponctuation « coupe 
bucolique », parce qu'elle était sur- 
tout recherchée par les poètes bu- 
coliques grecs; ce n'est pas une 
coupe à proprement parler, car elle 
ne dispense pas le vers d'avoir une 
césure régulière. Il y a de plus ici 
un hiatus, facilité par la pause. — 
« Ici Virgile a rassemblé les traits 

19 



2GG 



I/ÉNÉIDE. 



Agnovit, tali fugientem est voce secutus: i 
« Quid natum totiens, crudelis tu quoque, faîsis 
Ludis imaginibus ? cur dextrae jungere dextram 
Non datur ac veras audire et reddere voces 1 ? » 
Talibus 2 incusat gressumque ad moenia tendit. 410 
At Venus obscuro gradientes aëre saepsit 5 
Et multo nebulae circum dea fudit 4 amictu, 
Cernere ne quis eos, neu quis contingere posset 
Molirive moram aut veniendi poscere causas. 
Ipsa Paphum 5 sublimis abit sedesque revisit 415 

Laeta suas, ubi templum illi centumque Sabaeo 
Ture calent arae sertisque recentibus halant. 

Gorripuere viam 7 interea qua semita monstrat. 
Jamque ascendebant collem qui plurimus urbi 
Imminet adversasque aspectat desuper arces : 420 

Miratur molem Aeneas, magalia 8 quondam, 
Miratur portas strepitumque et strata viarum 9 . 



les plus caractéristiques de la divi- 
nité; mais les plus distincts sont la 
majesté, l'éclat de la figure, le par- 
fum qui s'exhale sur ses traces, la 
la noblesse de son long vêtement 
flottant avec dignité jusque sous ses 
pieds, et surtout 6a démarche. » 
(Delille.) D'après l'épopée sanskrite, 
le Mahâbhârata, qui contient 
beaucoup d'idées communes aux 
peuples indo-européens, les dieux 
se reconnaissent à cinq signes : ni 
sueur ni poussière; ils ne'clignent 
pas les yeux ; ils glissent sur la 
terre sans y toucher; leurs couron- 
nes ne «• flétrissent pas ; ils n'ont 
pas d'ombre. Cf. V, 647. 

i. Cf. Ulysse parlant à l'ombre 
de sa mère Anticlée, Od., XI, 210. 

2. Talibus : verbis ; incusat : 
mat rem. 

3 Aëre : un brouillard, un nua- 
ge. — Ulysse est de même enve- 
loppé d'un nuage par Athéné, quand 
il s'avance vers la ville des Phéa- 
ciens (Od.. VIT, 14-17, 39-42). 



4. Circum fudit, tmèse. 

5. Paphum : Paphos, ville de 
l'île de Chypre, siège d'un culte 
dont témoigne déjà Hom., Od., 
VIII, 362 suiv., imité par Virgile; 
cf. Tac, Hist., II, 3. 

6. Sabaeo : voy. p. 137, n. 8. 

7. Corripuere viam : ils se sai- 
sirent vivement de la route ; cf. 
Géorg., III, 104, et p. 357, n. 6. 

8. Magalia : « Afrorum casas: 
et mapalia idem significant ; sed 
magalia ma producit, mapalia vero 
corripit ». (Servius, IV, 259). Sur 
mapalia, voy. p. 188, n.5. Cesont des 
gourbis; PomponiusMéla, I, 8.41 : 
il Nullae quidem urbes stant. tamen 
domicilia sunt quae mapalia appel- 
lantur ». Il y avait encore de ces 
huttes oblongues autour des édifices 
en construction ; voy. IV, 259. Enée 
peut donc deviner sans peine ce 
qu'était le pays avant la fondation 
de Carthage. — Cf. Hom., Od., 
Vif, 43. 

9. Viarum ; génitif partitif dé- 



LIVRE I. 



2fi7 



Instant ardentes Tyrii, pars ducere 1 muros 

Molirique arcem et manibus subvolvere saxa. 

Pars optare 2 locum tecto et concludere sulco. 425 

Jura magistratnsque legunt sanctumque senatum. 

Hic portus alii effodiunt ; hic lata theatris 

Fundamenta locant alii immanesque columnas 

Rupibus excidunt, scaenis décora al ta futuris 5 . 

Qualis 4 apes aestate nova per florea rura 430 

Exercet sub sole labor, cum gentis adultos 

Educunt fétus, aut cum liquentia mella 

Stipant et dulci distendunt nectare cellas, 

Aut onera accipiunt venientum, aut agmine facto 

Ignavum fucos pecus a praesaepibus arcent ; 435 

Fervet opus redolentque thymo fragrantia mella. 

« fortunati, quorum jam moenia surgunt 5 ! » 

Aeneas ait, et fastigia suspicit 6 urbis. 

lnfert se saeptus nebula (mirabile dictu!) 

Per medios miscetque viris neque cernitur ulli 7 . 440 



pendant d'un adjectif pris substan- 
tivement (p. 124, n. 5). En fait, il 
n'y a plus aucune idée partitive dans 
l'expression; c'est comme s'il y 
avait stratas vias. Seulement ce 
qu'on remarque, c'est le pavé. 

1. Ducere : dépend de instant ; 
la construction de insto avec un 
infinitif, fréquente dans Virgile, se 
trouve dans Cic, Ver., III, 136. 

2. Optare : choisir; sens archaï- 
que et primitif, qui est celui du 
verbe parent en ombrien et en os- 
que, qui se trouve même dans Cic, 
Fin., 1,49. 

3. Virgile décrit la fondation 
d'une colonie romaine. Il en réunit 
les traits caractéristiques : ce pavé 
indestructible, qui est une marque de 
civilisation et qu'on trouve partout 
où ont passé les légions ; l'ara?, qui 
éveille l'image des capitules bâtis 
dans chaque colonie; les magistrats 
et les Récurions ; le théâtre, dont 
les restes. sopt pour nous Je signe I 



révélateur d'un municipe romain. 
Dans le théâtre, ce sont les hautes 
colonnes de la scène qui frappent 
la vue d'Enée, comme encore au- 
jourd'hui au théâtre d'Arles. Voir 
dans le ch. VII de l'Odyssée la des- 
cription de la ville à demi fantas- 
tique des Phéaciens pour sentir la 
différence des deux poèmes. 

4. Qualis : comparaison tirée en 
partie des Géorg., IV, 159-169. 
Voy. p. 210. Cf. Iliade, II, 87-90. 

5. Exclamation qui sort, sans que 
rien ne l'annonce, de la poitrine 
d'Enée et aussi du fond de l'âme 
du poète. « Virgile a donné à son 
héros un peu de ce sentiment qu'il 
avait lui-même et qu'il avait triste- 
ment nourri durant les années 
malheureuses de sa jeunesse ». 
(Sainte-Beuve). 

6. Enée, après avoir descendu 
la colline (420), est au pied des 
édifices qu'il considère. 

7. Ulli : ab vAlo. JJn pronom 



268 



L'ENÉIDE. 



Luciis in urbe fuit 1 média, laetissimus umbrae. 
Quo primum 2 jactati undis et turbine Poeni 
Effodere loco 5 signum, quod regia Juno 
Monstrarat, caput acris equi 4 ; sic nam fore bello 
Egregiam 5 et facilem victu per saecula gentem. 
Hic templum Junoni ingens Sidonia 6 Dido 
Condebat, donis opulentum 7 et numine divae, 
Aerea cui gradibus surgebant limina nexaeque 
Aère trabes 8 foribus cardo stridebat ahenis. 
Hoc primum in luco nova] 9 res oblata timorem